Hello !

Wow, la moitié des reviews commencent par « Oh mon dieu ». Je suis contente d'arriver à vous surprendre, même après 46 chapitres. La semaine prochaine, cette histoire aura 1 an. J'arrive pas à croire que j'ai réussi à tenir aussi longtemps avec ces deux-là.

Vos reviews ont été géniales, et comme à chaque fois que je bloque, elles m'ont donné la dose de motivation nécessaire. Toute la fin, pas forcément dans les détails mais au moins tous les gros traits, sont très clairs dans ma tête, mais parfois les mots ne veulent tout simplement pas venir (ou alors HP4 que je suis en train de relire, et FF6 que je suis en train de finir sur DS sont autant de distractions à l'écriture, sans parler de la neige, des montagnes et de toutes mes occupations quotidiennes).

Tomberry, j'espère que tes ongles ont bien repoussé, tu risques d'en avoir besoin :p (au fait, y'a des Tomberry dans FF6 ? Je n'en ai pas rencontré un seul !)

Bonne lecture à tous !


Chapitre 46

Il y eut un silence presque effrayant dans la pièce, mais dans la tête de chacune des trois femmes, un vacarme sans nom retentissait.

L'esprit d'Elsa avait éclaté en un millier d'exclamations affolées. Anna mordait sa lèvre inférieur avec force, comme pour s'empêcher d'ajouter quelque chose qui ne ferait qu'empirer la situation. Les yeux de Mme Andersen étaient écarquillés, sa bouche entrouverte, et son regard ne cessait d'aller d'Anna à Elsa. La ressemblance avec sa fille était impressionnante en cet instant.

- V-vous êtes ensemble ? demanda-t-elle enfin.

Anna hocha la tête, et les pires craintes de Mme Andersen semblèrent confirmées.

- Mais ça fait combien de temps que tu me caches tout ça ?! Non, inutile de me répondre, je peux me faire une bonne idée. Et vous ! s'exclama-t-elle en pivotant vers Elsa. Je comprends mieux pourquoi vous étiez prête à venir chez moi un vendredi soir !

Elsa recula instinctivement d'un pas. Anna reconnut immédiatement les prémices d'une colère dont sa mère avait le secret, et elle sentit son sang se mettre à bouillonner dans ses veines. Il était hors de question qu'elle reste sans réagir. Cette fois, elle ne se laisserait pas faire, elle ne laisserait pas sa mère agresser Elsa comme celle d'Olaf l'avait fait.

Elle s'avança et s'interposa entre sa mère et sa petite amie.

- Maman, dit-elle fermement, laisse-moi t'expliquer...

- M'expliquer quoi ? répliqua Mme Andersen. Que c'est encore pire que ce que je croyais ? J'ai passé des semaines à te voir dans des états pas possibles, Anna ! Des semaines à me demander ce qui n'allait pas chez toi ! Et maintenant j'apprends que tu... tu...

- Oui maman, coupa Anna d'un ton catégorique. Je sors avec Elsa. Et avant que tu paniques, oui je suis consentante, et non elle ne m'a pas forcée.

Elsa, qui n'avait rien dit, pas bougé jusqu'à présent, regarda Anna avec stupéfaction et admiration. Elle ne s'était pas attendue à ce genre de réaction de la part de la lycéenne. Au lycée, c'était toujours Mérida qui rentrait dans le lard des autres, Anna restait systématiquement en retrait. Alors face à sa mère, sa mère en colère ? Anna a définitivement beaucoup plus de courage que moi...

Les trois femmes sursautèrent en entendant le bruit de la porte d'entrée.

- BONJOUR TOUT LE MONDE ! lança une voix joyeuse au rez-de-chaussée.

- On est en haut, cria Mme Andersen à son mari, en passant la tête à travers la porte laissée ouverte.

Elsa se tendit encore un peu. Le père d'Anna, donc. Il ne manquait plus que ça.

M. Andersen monta les escaliers. Sa journée avait du être agréable, car il avait l'air d'être de bonne humeur et était plein d'entrain. Il arriva devant la chambre d'Anna, et s'interrompit en voyant Elsa. Il resta un instant surpris de trouver une tierce personne à cet endroit, puis il s'avança et posa une main sur l'épaule de sa femme, qu'il salua d'un baiser sur la joue.

- Bonjour, dit-il à Elsa avec un sourire qui ressemblait à celui d'Anna. Qui êtes... commença-t-il, mais sa femme le coupa immédiatement.

- Voici la copine d'Anna.

Ça, ça a au moins le mérite d'être clair, pensa Elsa.

- La cop... oh !

Ses yeux s'écarquillèrent en une expression de surprise, puis il reprit une contenance et tendit la main à Elsa. Sa poigne était chaude et chaleureuse, et Elsa fit tout son possible pour empêcher la sienne de trembler.

- Bienvenue ! dit-il avec un sourire encore plus grand.

Bienvenue ? Elsa déglutit avec difficulté, et entrouvrit la bouche pour dire quelque chose - n'importe quoi - mais aucun son n'accepta de franchir ses lèvres, et elle resta stupidement muette face au père de sa petite amie. Elle ne faisait certainement pas une bonne première impression. Au moins, ça n'avait pas l'air de le gêner qu'Anna sorte avec une fille... sauf qu'elle n'était pas n'importe quelle fille, évidemment.

Il va me falloir un bon avocat pour me sortir de là, pensa-t-elle sombrement. Elle imagina soudain la police arriver et lui passer les menottes, Anna hurler tandis que sa mère la retenait par la taille, M. Andersen la regarder partir sans aucune trace de sourire sur son visage rouge de colère.

Son cœur lui donna l'impression d'être successivement plongé dans un bain brûlant puis glacé.

Elle referma la bouche sans avoir prononcé un seul mot et serra les dents - c'était la seule façon d'empêcher ses lèvres de trembler.

- On ne s'est pas déjà vus quelque part ? demanda M. Andersen en penchant légèrement la tête, comme pour mieux la regarder.

- Si, acquiesça sa femme, les lèvres pincées.

Les yeux fixés sur ses parents, Anna redoutait ce qui allait fatalement suivre.

- Ah, je me disais bien ! Où ?

- En réunion parents-professeurs, répondit une fois de plus sa mère, toujours avec ce même ton désapprobateur.

Anna pouvait presque sentir les os d'Elsa trembler. Elle avait envie de lui prendre la main, mais elle avait l'impression d'être paralysée. Tout son corps, et même son cerveau, semblaient muselés depuis qu'elle avait fait l'erreur, la fatale erreur, de gaffer aussi stupidement devant sa mère. Sept tours, putain, sept tours on a dit ! Mais enfin, pouvait-elle s'attendre à voir Elsa débarquer devant sa chambre, avec sa mère, comme si elle n'était rien d'autre... qu'une prof ?

- En réu... quoi ? s'exclama M. Andersen, semblant finalement comprendre. Mais... attends, quand tu disais « sa copine », tu...

Il était visiblement incapable de produire une phrase cohérente, et Elsa comprit d'où Anna tenait cette manie de bredouiller autant quand elle était stressée.

Son regard ne cessait de passer d'Anna à Elsa et à sa femme.

- Il faut qu'on parle, dit cette dernière, et d'un geste vigoureux, elle l'entraîna dans le couloir. Anna et Elsa entendirent le claquement d'une porte, puis des mots inaudibles, au milieu desquels un grand « ta fille » suivi quelques secondes après par « une prof ! » résonnaient.

- Il faut que je t'embrasse avant de mourir, dit Anna, et elle s'avança d'un pas pour prendre enfin la main d'Elsa dans la sienne.

- Mais... et... s'ils sortent ?

- Comme ça ils auront la preuve en image.

Elle lâcha la main d'Elsa et prit à pleines poignées le col de sa veste, et se hissa sur la pointe des pieds pour l'embrasser avec une passion presque désespérée. Elsa sentit ses jambes céder sous le mélange de peur et de stress qui l'étranglait, et elle tomba dans les bras d'Anna qui l'aida à s'asseoir sur son lit.

- Pardon, murmura Elsa, les mains croisées sur ses genoux et la tête baissée.

- Pardon pour quoi ? s'exclama Anna avec surprise. C'est moi qui vient de tout faire foirer, pas toi !

- Pardon pour avoir été horrible avec toi cette semaine. Je suis désolée. Je ne sais pas ce qui m'a pris...

Il y avait un million de choses qu'Anna avait envie de dire, mais elle sentait que ce n'était pas le meilleur moment, avec ses parents autour et l'incertitude quant à leur réaction. Elle s'assit sur le bord du lit, juste à côté d'elle, et passa un bras autour de ses épaules tandis que sa main libre attrapait celle d'Elsa.

- Je t'ai vue avec Hans, avoua Elsa. Je... j'ai pas supporté de te voir avec lui.

- Quoi, au CDI ? Il essayait de me réconforter, cet idiot ! Comme si j'avais envie de...

Un « Non ! » aigu et tonitruant les fit sursauter, et les mots d'Anna moururent sur ses lèvres tandis qu'elle tournait la tête vers la porte de sa chambre.

- Donne-moi une une seule bonne raison de ne pas appeler la police !

Elles n'entendirent pas la réponse de M. Andersen. Dans le corps d'Anna, chaque cellule venait de passer en état d'alerte, et elle se leva d'un bond sans attendre une confirmation de son cerveau. Pas toi maman, putain pas toi !

Juste avant d'ouvrir la porte, elle se retourna vers Elsa, dont le visage épouvanté avait pris une teinte verdâtre, cadavérique.

- Ça ne finira pas en catastrophe, je te le promets.

Une fois dans le couloir, la porte refermée derrière elle, elle serra les poings, carra ses épaules, leva le menton et se dirigea vers la chambre de ses parents.

Sans prendre la peine de frapper, elle ouvrit la porte, la poussant si fort qu'elle claqua contre le mur. Ses parents se figèrent, et leurs regards se tournèrent vers Anna. Jamais ils n'avaient vu leur fille avec un air si déterminé.

- Tu veux une bonne raison de ne pas appeler la police ? demanda Anna en se dressant de toute sa petite taille face à sa mère, les poings sur les hanches. Moi j'en ai une : si tu le fais, je te jure que je ne te le pardonnerai jamais. JAMAIS !

- Anna, tenta M. Anderson d'un ton apaisant.

- Non ! cria l'adolescente. Vous allez m'écouter ! Tout le monde a l'air de savoir ce qui est le mieux pour moi, mais ça suffit ! Vous voulez savoir pourquoi je vous ai menti, pourquoi je ne vous ai pas parlé de mes histoires de cœur ? demanda-t-elle en encadrant ces trois derniers mots de guillemets formés avec ses doigts. C'est parce que je suis tombée amoureuse d'une fille merveilleuse et géniale, une fille qui m'aime elle aussi, qui me fait rire, qui est intéressante, et qui me rend heureuse. Et le problème, c'est que le monde entier ne veut pas me laisser en paix deux minutes, parce que cette fille c'est ma prof de maths. Oui c'est ma prof de maths ! répéta-t-elle encore plus fort alors que sa mère ouvrait la bouche pour répliquer. Et toi tu ne penses qu'à la dénoncer ? Parce que t'as entendu des histoires glauques, et donc t'oublies de te demander ce que j'en pense moi ? Est-ce que vous avez ne serait-ce qu'une idée de ce qu'on a déjà traversé toutes les deux ?

Elle s'interrompit, chancelante, le regard fixé sur sa mère qui recula et se laissa tomber dans le fauteuil qui faisait face à son bureau.

- J'ai besoin que tu sois de mon côté, maman.

Mme Andersen se mordilla les lèvres. L'expression désapprobatrice avait disparu de son visage, remplacée par une inquiétude purement maternelle.

- Anna... écoute... depuis décembre, je te vois rentrer de l'école avec un comportement complètement différent, je t'entends pleurer parfois dans ta chambre, certains soirs tu ne veux pas parler, d'autres tu ne souris pas, comme si tu étais malheureuse. Et toujours cet air stressé et angoissé quand tu rêvasses et que tu crois qu'on ne te regarde pas.

- C'est pas de la faute d'Elsa, coupa Anna d'une voix adoucie.

- Peut-être. Mais mets-toi à notre place, nous tes parents, qui te voyons rentrer le soir l'air totalement déprimée, qui refuse de dire ce qui ne va pas, allant même jusqu'à demander à changer de lycée ! Tu sais ce qu'on a pensé, nous ?

Des larmes commençaient à perler au coin de ses yeux, et elle regarda son mari d'un air presque implorant. M. Andersen se redressa et se racla la gorge.

- Je vais aller lui parler cinq minutes, à ta prof, dit-il, l'air légèrement inconfortable.

- Empêche-la de s'enfuir, répondit Anna sans quitter sa mère du regard.

Une fois la porte refermée, Mme Andersen prit son visage dans ses mains, les doigts pressés sur ses tempes et les coudes posés sur ses genoux.

- J'ai pas arrêté de me demander ce qui n'allait pas, pendant tous ces mois. Pourquoi tu n'étais pas heureuse. Pourquoi tu refusais de me parler. Je me disais, ce garçon qui est en train de lui briser le cœur, si je découvre qui c'est je lui fais la peau. Et un jour je t'ai entendue au téléphone, et c'est là que j'ai compris que c'était une fille. J'ai essayé de te faire comprendre que tu pouvais m'en parler, que ça ne nous posait pas de problèmes, mais...

- Je ne pouvais pas t'en parler, maman !

- Oui mais je ne le savais pas ! Alors j'ai pensé que c'était ma faute, et tu n'imagines pas combien je m'en suis voulu, tellement voulu !

- Ta faute de quoi ? demanda Anna avec surprise.

- J'ai cru que tu n'osais pas me le dire, que tu sortais avec une fille ! j'ai cru que tu avais peur de ma réaction, que tu pensais que j'étais de... de ces parents, ces horribles parents qui...

- Qui veulent appeler la police parce que la copine de leur fille ne leur convient pas ? demanda durement Anna en croisant les bras sur sa poitrine.

Mme Andersen regarda sa fille, l'air extrêmement coupable, et tellement misérable avec ses larmes qui luisaient sur son visage.

- J'ai jamais pensé que vous étiez des cons d'homophobes, papa et toi. Bon, j'étais pas certaine à 300% que vous sauteriez au plafond, mais... j'avais confiance en vous pour ça. Je ne pouvais juste... pas vous en parler. C'était pas Elsa qui me brisait le cœur, ajouta Anna. C'était... tout ça, dit-elle en ouvrant les bras, comme pour englober l'univers tout entier. C'était la peur qu'on nous découvre, c'était Hans qui me suivait dans la rue, c'était mon connard de proviseur qui arrêtait pas de soupçonner Elsa...

Anna s'assit au bord du lit de ses parents, et raconta à sa mère ce qu'il s'était passé, comment Hans l'avait outée au lycée, sa révélation et la rumeur qui avait suivi. Elle lui expliqua comment Elsa avait rompu avec elle pour ne pas se mettre en danger, et leur porte de sortie trouvée sous la forme d'une fausse petite amie qui avait mis fin à la rumeur. Enfin, comment elle avait réalisé récemment l'étendue de son égoïsme, de son aveuglement et de son inconscience, la décision qu'elle avait prise, et comment elle s'était retrouvée, par sa propre faute, le cœur brisé.

- Tu vois, elle est peut-être ma prof, elle a autorité et tout et tout, mais elle n'a jamais, jamais profité de moi de quelque manière que ce soit. A dire vrai, elle était plutôt morte de trouille la plupart du temps. En fait, ajouta-t-elle sombrement, c'est plutôt moi qu'on devrait balancer à la police pour tentative délibérée de destruction de carrière.

- Quand même Anna, c'était tellement...

- Inconscient ? Fou ? La plus belle chose qui me soit jamais arrivée ?

Mme Andersen soupira.

- Et ses parents à elle, ils réagissent comment ? Ils sont au courant ?

- Ses parents à elle, répondit Anna d'une voix morne, ils ne sont plus là pour donner leur avis.

Il y eut quelques coups portés sur la porte de la chambre, interrompant leur conversation, et empêchant Mme Andersen de réagir. Anna se tourna vers son père, qui venait de les rejoindre.

- Mlle Winter est rentrée chez elle, annonça-t-il.

- Quoi ?! s'exclama Anna.

- Anna, tu peux nous laisser un instant ?

- Si c'est pour parler de ma copine, je ne vois pas pourquoi je devrais partir, répliqua l'adolescente avec défi.

- Très bien, répondit-il en fronçant les sourcils. Quand je suis entré dans ta chambre, elle tremblait et elle pleurait sans s'arrêter. Elle était convaincue, je crois, qu'on allait la dénoncer. Je lui ai dit qu'on n'appellerait ni le lycée, ni la police, et qu'elle n'avait pas à avoir peur. Je lui ai dit qu'elle pouvait retourner chez elle, que c'était encore un peu tôt pour l'inviter à dîner, et je lui ai promis, ajouta-t-il en regardant Anna, que tu l'appellerais dès que tu aurais fini de discuter avec ta mère.

Des larmes de soulagement montèrent aux yeux d'Anna, et elle se jeta au cou de son père.

- Merci, murmura-t-elle.

Puis elle se pencha vers sa mère et la serra à son tour contre elle.

- Je suis contente que vous sachiez enfin la vérité. J'en pouvais plus de ne rien vous dire.

Elle libéra sa mère de son étreinte et sortit de la pièce pour se rendre dans sa propre chambre. Mme Andersen leva les yeux vers son mari.

- Alors, qu'est-ce qu'elle t'a dit ?

Elle n'eut pas besoin de préciser de qui elle voulait parler.

- Elle a tenu à m'assurer qu'elle n'était pas une perverse dégénérée, répondit-il en s'asseyant sur le lit.

- Une... perverse dégénérée ? s'étonna Mme Andersen.

- Ce sont ces propres mots. Elle a l'air de s'en vouloir beaucoup. Elle m'a dit aussi qu'elle était très, très amoureuse d'Anna, et que si elle n'avait pas été sa prof et Anna son élève, elle l'aurait aimée quand même.

- C'est tout de même pas normal, cette situation, tu ne trouves pas ?

- Je ne sais pas. Elle a l'air très jeune, quand même, elle ne doit avoir que quelques années de plus qu'Anna. Et je vois parfaitement Anna faire une chose pareille.

- Oui, moi aussi, admit Mme Andersen.

- Ce qui m'embête le plus, ajouta-t-il, c'est que ça veut dire que le bonheur d'Anna va dépendre de sa capacité à garder cette relation secrète le plus longtemps possible.

Il eut une grimace qui signifiait « Avec Anna, c'est pas gagné ».

Mme Andersen essuya ses larmes du revers de sa main, se leva et brandit le menton en avant, avec le même air de défi qu'avait eu sa fille, quelques instants plus tôt.

- Oui, mais elle pourra compter sur nous pour la soutenir, affirma-t-elle.


Anna descendit en courant les escaliers et se rua vers la porte d'entrée, qu'elle ouvrit d'un geste si fort qu'il lui laissa une douleur vive dans l'épaule. Elle pencha la tête par l'ouverture et regarda dans la rue, plissant les yeux pour voir le plus loin possible, à travers les arbres plantés sur le trottoir et les voitures en stationnement.

Elsa n'était plus là.

Durant une fraction de seconde, Anna eut envie de mettre ses baskets et de courir la rattraper, mais avant même qu'elle n'esquisse le premier geste, elle se ravisa. Evidemment, elle ne pouvait pas faire ça. Elle avait déjà fait une connerie grosse comme la Lune ce soir, inutile d'en faire une deuxième.

Mais était-ce vraiment une connerie ? Au moins, maintenant sa mère savait ce qu'il se passait. Pourrait-elle l'avoir dans son camp ? Pourrait-elle les protéger si quelque chose tournait mal ? Elle espérait qu'elle ne retourne pas sa veste... mais non, se rassura Anna. Ses parents ne feraient jamais quelque chose qui pourrait la rendre malheureuse, elle en était persuadée - ou elle avait envie d'en être persuadée.

La petite rousse referma la porte d'entrée et monta dans sa chambre. Ses parents étaient toujours dans la leur, mais quand elle eut fermé la porte derrière elle, elle les entendit sortir et descendre les escaliers. Le dîner promettait d'être épique, ce soir.

Elle se jeta sur son fauteuil de bureau et s'empara de son téléphone, qui était resté à côté de son ordinateur. Pas d'appel, pas de messages, rien. Elle regarda le visage de sa prof, sur la photo de classe qu'elle avait mise en fond d'écran, tandis qu'elle attendait qu'elle réponde à son appel. Enfin, elle décrocha.

- Allô Anna ? C'est Olaf, je me suis permis de répondre, Elsa est sous la douche là, je crois qu'elle est en train d'essayer de se noyer.

Si le jeune homme avait voulu la décoincer et la faire rire, c'était réussi. Elle se sentait beaucoup plus détendue, maintenant.

- Oh... et heu, comment elle va ?

- Elle est toujours sous le choc. Putain, qu'est-ce qu'il t'a pris ?

- Franchement, j'en sais rien, avoua l'adolescente. Parfois j'ai l'impression de ne pas avoir de filtre entre ma bouche et mon cerveau.

- Comme quand tu lui fais une déclaration d'amour en pleine salle de classe ? se moqua le garçon.

Ah ouais tiens, j'avais fait fort pour ce coup-là aussi...

- M'en parles pas, ça reste l'un des jours les plus épiques de ma vie.

- Bon et au final tes parents, comment ils ont réagi ?

- Beaucoup mieux que les tiens, répliqua Anna.

- Olaf ?

La lointaine voix d'Elsa parvint jusqu'aux aux oreilles d'Anna à travers le téléphone.

- Olaf, c'est Anna ? Passe-la moi. Tout de suite.

Il y eut un bruit, celui de l'échange de mains probablement.

- Anna ?

Sa voix n'était plus étouffée par la distance. Le cœur de l'adolescente se mit à battre plus vite et plus fort. Etait-ce l'appréhension ?

- Anna, tu sais que si je fais un ulcère ou une crise cardiaque ce sera entièrement de ta faute ?

- Moi aussi je suis contente d'entendre ta voix, répondit Anna avec soulagement. Au fait, tu sais que j'ai fait pleurer ma mère en lui racontant ce qu'il nous était arrivé ?

- Ça veut dire qu'il faut que j'arrête de m'arracher les cheveux à leur sujet ?

- Ah mais il est hors de question que tu abîmes tes cheveux, je les aime trop !

Il y eut un blanc, comme si toutes deux venaient de se rappeler qu'elles étaient sensé être séparées.

- Est-ce que je peux t'appeler ? demanda Elsa. Je veux dire... tous les soirs ?

Anna sourit et répondit par l'affirmative. Elle n'aurait plus besoin de chuchoter, désormais.


Le dîner fut bizarre, comme elle s'y était attendue. Ses parents - sa mère, surtout - ne cessèrent de la bombarder de questions. Sa mère voulut savoir si elle comptait toujours changer de lycée, mais comme Anna lui demanda son avis, elle répondit que la chose la plus sage, c'était de ne pas faire de vagues jusqu'à la fin de l'année. Après tout, elle ne serait plus à Arendelle à partir de septembre.

Lorsque Anna alla se coucher cette nuit-là, elle se sentait plus légère qu'elle ne l'avait été depuis des mois. La tristesse d'être séparée d'Elsa avait été effacée par les instants qu'elle avait passé avec elle au téléphone juste avant de s'endormir, bercée par sa voix adorable, et le sourire que lui avait lancé sa mère au moment de lui dire bonne nuit avait balayé les derniers doutes qu'Anna avait à son sujet. Le bac allait redevenir sa priorité et son angoisse numéro un, et ça avait quelque chose d'étrangement réconfortant.

Et de fait, la totalité de son week-end fut consacrée aux révisions. Quand elle arriva au lycée le lundi matin, après une agréable balade matinale en scooter où elle avait fait la course avec une certaine voiture bleue, ses amis ne purent manquer de constater le changement radical dans son humeur, par rapport à la semaine précédente.

- Toi, t'as passé un bon week-end, lança Tiana une fois qu'Anna fut assise parmi eux sur ce banc qui était leur préféré.

- Ça tient en deux mots, répondit la petite rousse. Coming-out.

Mérida et Kristoff interrompirent leur conversation, Rapunzel releva la tête de son téléphone et Alice referma son livre sur ses genoux avec un claquement sec. Tous braquèrent leur attention vers Anna.

- Et... ça s'est bien passé ? risqua Tiana.

- Bah, ils ont pas eu la meilleure des réactions du monde, mais compte-tenu des circonstances, ils ont été plutôt pas mal !


Avoir dix-huit ans, c'est quand même quelque chose de très symbolique.

Quand Anna se réveilla ce vendredi matin, avec seulement un jour de plus que la veille à son actif, mais un an de plus au regard de l'administration, elle se sentait d'une force et d'une énergie à soulever des montagnes. Ça y est, je suis majeure.

- Joyeux anniversaire ! s'exclamèrent ses parents d'une même voix lorsqu'elle arriva dans la cuisine.

Sa mère se leva et l'étouffa dans un câlin.

- Ma petite fille a tellement grandi ! murmura-t-elle dans son oreille.

Anna rougit et se dégagea de sa mère pour se servir un bol de céréales. Comme c'était son anniversaire, elle agrémenta son petit déjeuner d'une demi tablette de chocolat - lait, noisettes et cranberries, ses préférées. Ensuite, comme elle était en retard, elle courut dans sa chambre pour finir de se préparer, se tressa les cheveux à l'arrache et enfila son casque sur sa tête avant même d'avoir lacé ses bottines.

Elle voulait absolument croiser Elsa sur son trajet ce matin.


Il n'y eut aucune trace d'Elsa sur la route, et lorsqu'elle arriva au lycée, la petite voiture bleue était déjà là, à sa place habituelle.

Tout le monde lui souhaita un joyeux anniversaire. Y compris les hypocrites de sa classe, comme Oriane ou Sabrina, qui contrairement à Hans et à ses potes, n'avaient jamais présenté d'excuses à Anna. Mérida et Tiana étaient en pleine forme, et toutes trois s'amusèrent beaucoup à faire réagir des anticorps dans des boîtes de pétri, pendant le cours de SVT.

Assise au soleil, pour profiter des derniers instants de leur pause de midi, ses pensées étaient concentrées sur le cours de maths à venir. Malgré toutes ses allées et venues dans les couloirs proches de la salle des professeurs, elle n'avait pas croisé Elsa. Pas de message sur son téléphone non plus. Peut-être qu'elle ne connaît pas ma date de naissance, songea Anna tandis qu'elle regardait sur son portable pour la centième fois. Mais même les documentalistes lui souhaitèrent un joyeux anniversaire lorsqu'elle s'y arrêta en sortant du self pour rendre un magasine scientifique et un livre de révisions.

Elle leva la tête, machinalement, vers la façade du deuxième étage. Son regard s'immobilisa au niveau de la huitième fenêtre en partant de la droite. Combien de fois avait-elle regardé cette fenêtre, espérant voir une chevelure blonde tressée ?

Les lumières s'allumèrent dans la salle, et Anna continua de regarder avec espoir.

- Hé Anna, reviens sur Terre !

La petite rousse sursauta et secoua la tête.

- Quoi ? demanda-t-elle à Tiana.

- On monte, ça sonne dans cinq minutes.

- Ah...

Le regard de Mérida se dirigea vers ce qu'Anna fixait quelques secondes plus tôt. Elsa venait de s'avancer vers la fenêtre pour l'ouvrir, et disparut de son champ de vision un instant plus tard.

Le cours de maths s'écoula, beaucoup plus agréable que ceux de la semaine précédente. Une ou deux fois, alors que tout le monde était penché sur son travail, elle la regarda, et Elsa lui sourit discrètement en retour. Pendant toute la séance, Anna espéra quelque chose, une allusion, une plaisanterie, un petit mot écrit sur une feuille d'exercices. Quand la fin de l'heure arriva, elle imagina même que ses amies allaient lui faire le coup du goûter d'anniversaire en plein cours, mais quand la sonnerie retentit, rien de tout ça ne s'était passé. Anna quitta le lycée sans qu'Elsa ne lui ait souhaité son anniversaire.

Tant pis, elle le lui dirait ce soir au téléphone, c'était pas comme si elles pouvaient le fêter ensemble de toute façon.

Sa mère était déjà rentrée et s'affairait dans la cuisine quand Anna arriva à la maison. Elle l'éjecta sans sommation de la pièce sans lui laisser le temps d'attraper un truc à manger, alors l'adolescente monta directement à l'étage, prit une douche puis se posa en peignoir devant sa console tout en grignotant des biscuits au chocolat issus de sa réserve personnelle, cachée sous son lit. Elle avait des devoirs bien sûr, mais c'était son anniversaire, et sa partie de Kingdom Hearts était beaucoup plus intéressante que son cours de chimie.

Après deux heures à taper sur des monstres, elle entendit son père rentrer du travail, et décida qu'il était grand temps de s'habiller. Pendant qu'elle achevait de brosser ses cheveux, devant le miroir de la salle de bains, elle entendit de nouveau le bruit de la porte d'entrée. Sa mère qui rentrait de courses de dernière minute, probablement. Elle se tourna une dernière fois vers le miroir, et décida finalement d'ajouter un trait de crayon sous ses yeux. Elle avait bien senti l'odeur d'un gâteau en train de cuire, alors tant qu'à faire, autant qu'elle ait l'air jolie sur les photos où elle soufflerait ses bougies. Elle sortit de la pièce pile à l'instant où sa mère l'appela.

- Anna ! Tu descends ?

La petite rousse descendit les escaliers, forçant un sourire à étirer ses lèvres. Le plaisir d'avoir un dîner d'anniversaire ne suffisait pas à compenser la tristesse de ne pas avoir eu de message d'Elsa.

En arrivant au rez-de-chaussée, elle vit que la table avait été dressée dans le salon, comme lors des repas importants. Et quatre assiettes étaient posées sur la table, au lieu des trois habituelles.

Anna se retourna en entendant des bruits de pas derrière elle. Elsa se trouvait debout dans l'embrasure de la porte de la cuisine. Elle avait les joues roses, l'air surprise de se trouver ici, et un paquet-cadeau dans les mains. Derrière elle, les parents d'Anna souriaient timidement, un sourire qui faisait l'écho du bonheur de leur fille en cet instant.

- Joyeux anniversaire Anna, dit Elsa en lui tendant le cadeau.


A mercredi prochain,

Ankou