Coucou tout le monde !
Je suis grave à la bourre, ce chapitre a été terminé il y a genre douze minutes. Quelques instants de plus et on n'était plus mercredi ! Du coup je vais faire short pour l'intro.
Merci pour toutes les reviews. Et j'hallucine complètement en voyant les stats d'aujourd'hui. Il y en a qui ont fait refresh toutes les 3 minutes ou quoi ?
Bonne lecture :)
Note: Vous trouverez dans ce chapitre quelques éléments de conversation en anglais. J'espère que ça ne vous posera pas de problème pour la compréhension.
TW : Vous trouverez aussi des maths. Vous êtes prévenus !
Chapitre 47
La nuit était noire lorsqu'Elsa ouvrit la porte, et le ciel dégagé laissait apparaître de nombreuses étoiles. L'air était doux, on pouvait sentir que l'été n'était plus très loin désormais. C'était la météo idéale pour une promenade au clair de lune, parfait pour clôturer un agréable rendez-vous.
- Attends ! dit Anna.
Elsa se retourna, et la petite rousse la tira à l'intérieur avant de refermer la porte d'un coup de pied. Elsa savait ce qu'elle avait en tête, elle en avait eu envie elle aussi, à mainte reprises au cours du dîner, mais elle n'avait pas osé. Comment aurait-elle pu ?
Elle jeta un regard vers la porte du salon. Elle était fermée, mais elle savait que les parents d'Anna n'étaient pas loin, à quelques mètres à peine. Pouvait-elle l'embrasser là ? Que diraient ses parents s'ils sortaient ? Ils viennent de t'inviter à dîner pour l'anniversaire de leur fille, dit la voix de la sagesse dans sa tête, tu peux les rayer de la liste des dangers potentiels. Elle était encore surprise qu'ils aient décidé de l'inviter. C'était si tôt !
Elle se laissa faire quand Anna prit ses mains dans les siennes.
- Merci, dit l'adolescente en levant les yeux vers son visage.
- C'est pas moi qu'il faut remercier, tu sais.
- Oui, je sais, répondit Anna. J'en reviens toujours pas, d'ailleurs.
Le silence les enveloppa toutes les deux. Elsa regardait ses mains, qu'Anna caressait, distraitement ou consciemment, elle n'aurait su le dire. La porte du salon était toujours fermée. Si elle voulait l'embrasser, c'était maintenant...
Elle dégagea doucement ses mains de celles d'Anna, et les posa sur ses joues. La petite rousse avança d'un pas, leurs ventres, leurs poitrines se touchaient presque, et Elsa pencha son visage et embrassa les lèvres qu'Anna lui offrait. Elle hésita à interrompre le baiser, mais la langue d'Anna caressa ses lèvres et ses mains qui étaient posées sur la taille d'Elsa se serrèrent davantage, comme pour l'empêcher de s'arrêter. Quand est-ce qu'elles pourraient à nouveau s'embrasser comme ça ? Alors tant pis si ses parents choisissaient cet instant pour sortir du salon, tant pis si quelqu'un sonnait, tant pis si une entité supérieure assistait à la scène en riant, la seule chose qui avait de l'importance c'était Anna.
- Je donnerais n'importe quoi pour rentrer avec toi, murmura l'adolescente contre ses lèvres.
- Moi aussi...
- Je te promets que je ne sortirai pas par la fenêtre.
- Je vais essayer de prétendre que c'est pour le mieux, souffla Elsa tout en l'embrassant sur le front, à la lisière de ses cheveux.
- Et je vais essayer de te croire.
- Je t'appelle, d'accord ?
Anna hocha la tête, et serra ses bras autour de la taille d'Elsa, qu'elle attira contre elle. La jeune blonde pouvait sentir son cœur battre à travers sa poitrine, sentir la chaleur de son corps, sentir l'odeur de ses cheveux. Elle posa son menton sur sa chevelure et prit une profonde inspiration, emplissant ses poumons et sa mémoire d'un parfum qu'elle ne sentirait pas de nouveau avant bien trop longtemps.
- Je t'aime Elsa, dit la petite rousse en serrant la jeune femme encore plus fort contre elle.
Un frisson - un agréable frisson - la secoua, comme si son cœur venait d'entamer une danse de la joie, ou une valse à quatre temps avec un autre de ses organes, son cerveau peut-être, ou son estomac. Un gémissement menaça de s'échapper de ses lèvres lorsque cette bouche qu'elle adorait embrasser se posa sur sa clavicule, remonta vers sa gorge et tenta de se perdre dans son cou. Non, ses parents étaient trop près, elles ne pouvaient pas faire ça. Elsa recula, et sa main trouva la poignée de la porte. L'air de la nuit emplit l'entrée de la maison, un vent qui n'était pas là quelques instants plus tôt soufflait à présent, et Elsa, après un dernier baiser, sortit dans la rue sombre et silencieuse.
Elle l'avait fait, elle avait dîné, passé la soirée avec les parents d'Anna, et elle avait survécu.
Elle n'aurait jamais cru une chose pareille une semaine plus tôt, alors qu'elle entendait à travers les portes fermées les cris d'Anna et de sa mère.
Elle refit à pieds le trajet qu'elle avait parcouru le vendredi précédent. Le chemin semblait plus court sans le stress et sans l'angoisse, et elle arriva à la statue de Jeanne d'Arc sans s'en être rendue compte. Elle n'eut pas besoin de s'y arrêter pour essuyer ses larmes, cette fois.
Les parents d'Anna n'avaient rien dit qui risquait de déclencher un malaise, et même s'ils avaient parlé du lycée à plusieurs reprises, le sujet de son métier avait été consciencieusement évité. Vous ne pouvez pas imaginer combien j'aimerais ne jamais avoir été sa prof, et l'avoir rencontrée d'une autre façon, avait-elle dit à M. Andersen, lorsqu'il était venu lui parler dans la chambre d'Anna. Ne serait-ce que pour ne plus voir à chaque vois ce regard de reproche, et cette accusation silencieuse de détournement de mineur.
Tout de même, elle venait de survivre avec brio à son premier dîner familial, et elle se sentait comme si elle venait d'achever une mission particulièrement stressante et difficile dans un jeu vidéo. Elle n'avait qu'une hâte : retourner à son point de sauvegarde, tout raconter à Olaf, et aller se coucher.
Elle arriva aux pieds de son immeuble, ouvrit la porte et monta les escaliers.
- Bonsoir !
La personne qui descendait les escaliers face à elle l'arracha de ses pensées. Elle reconnut sa voisine du deuxième, qui tenait un gros sac poubelle à la main.
- Bonsoir Mme Bulda.
- Comment va Anna ? demanda la femme avec un sourire amical.
Elle se demanda, surprise et inquiète, pourquoi sa voisine lui posait une telle question, puis elle se rappela qu'Anna était aussi la baby-sitter de ses enfants.
- Bien, répondit-elle. C'était son anniversaire aujourd'hui.
- Oh, c'est vrai ? s'exclama sa voisine. Je penserai à lui trouver un petit cadeau. Ah là là, elle va pouvoir faire plein de choses, maintenant qu'elle est majeure.
- Oui... j'imagine.
Est-ce que ça existe, le détournement de majeur ?
- Bonne soirée, dit-elle finalement, et elle reprit son ascension jusqu'au quatrième étage.
Elle avait à peine sorti ses clés de son sac qu'Olaf ouvrait la porte pour la faire entrer. Il avait l'air à la fois surexcité et inquiet.
- Alors ? demanda-t-il sans lui laisser le temps d'ôter sa veste et ses chaussures.
Elsa se jeta sur le canapé et laissa échapper un impressionnant soupir. Le garçon s'assit en face d'elle, et sa colocataire commença à tout lui raconter.
Non, elle ne l'aurait définitivement pas parié, une semaine plus tôt
Elsa attrapa son téléphone qui vibrait sur son bureau. Un numéro s'affichait, un numéro qui n'était pas enregistré dans son répertoire mais qu'elle avait l'impression de connaître, et après un instant d'hésitation, elle décrocha.
- Allô Mme Winter ?
Elsa s'immobilisa. Elle savait d'où venait ce numéro. Elle venait de reconnaître la voix de la mère d'Anna.
Son souffle se coupa bruyamment. Comment retenir sa panique dans un moment comme celui-ci ?
- O-oui ?
- S'il vous plaît, je ne veux pas que vous vous inquiétiez. Je ne veux pas que vous ayez peur de moi.
- P-pardon ?
Avait-elle mal entendu ? Après tout ce qu'elle avait dit, la menace d'appeler la police, d'appeler le lycée, comment... comment pouvait-elle avoir changé d'avis ? Qu'est-ce qui pouvait lui avoir fait changer d'avis ?
La réponse devait être évidente : Anna.
- Écoutez, je n'aurais pas dû réagir de cette façon. J'imagine que c'est la surprise, ce n'était pas vraiment ce que j'attendais pour... enfin, ça fait plusieurs mois qu'Anna... Mais je comprends. Je comprends beaucoup mieux maintenant. Je suis désolée de vous avoir menacée.
Elsa resta silencieuse après ça. Elle ne savait pas ce qu'elle pouvait dire, comment elle devait réagir... Non, en fait elle savait exactement ce qu'elle voulait dire, mais elle n'osait pas... elle avait beaucoup trop peur de la réponse, beaucoup trop peur d'entendre un non.
Mais elle devait poser la question. Elle devait savoir. Elle devait être aussi courageuse qu'Anna, et être capable de faire face.
Elle déglutit, ferma les yeux, serra les dents. Il ne fallait pas que sa voix se mette à trembler.
- Est-ce que je peux continuer à voir Anna ?
- Mme Winter... commença Mme Andersen.
- Elsa, l'interrompit l'enseignante.
- Elsa, reprit la femme. Vendredi, Anna fête ses dix-huit ans. Voulez-vous venir dîner avec nous ?
Anna n'avait pas quitté le petit nuage sur lequel elle se trouvait depuis le matin de son anniversaire. Elle avait eu un week-end tellement magique ! Ses amis lui avaient monté tout un jeu de pistes chez Kristoff, entre la maison, le grenier et le jardin, alliant énigmes, maths et souvenirs de leurs aventures. Le jeu l'avait conduite à une énorme boîte de chocolats, un t-shirt geek, un livre sur les femmes scientifiques célèbres et une cravate Gryffondor (« c'est mieux qu'un gros sweat informe pour draguer dans un bar lesbien », avait dit Meg quand elle avait déballé son cadeau).
Mais son plus beau cadeau, ç'avait été la présence d'Elsa au dîner avec ses parents. Sa mère devait vraiment vouloir se faire pardonner pour avoir été jusqu'à l'inviter. En tout cas si c'était pour cette raison, ça avait bien marché, car Anna ne lui en voulait plus du tout d'avoir sur-réagi.
Sur sa table de nuit reposait le cadeau d'Elsa : une peluche représentant Vivi, son personnage de Final Fantasy préféré. Elle l'avait trouvée adorable et s'était jetée au cou d'Elsa, mais ses parents avaient regardé le cadeau avec surprise, comme s'ils s'étaient attendus à autre chose de la part de Mme Winter, pour les dix-huit ans de sa petite amie. Mais lorsque Anna était allée se coucher et qu'elle avait pris le petit mage noir avec elle, elle avait senti quelque chose de bizarre, de rigide dans les vêtements de Vivi. Sous les replis de son chapeau jaune et dans le revers de sa veste bleue, elle avait trouvé un bon pour une invitation au restaurant (« à utiliser à partir de septembre »), un bon pour une soirée ciné, et un bon pour « un week-end en amoureuses, le plus loin possible d'Arendelle ».
Elle avait hâte, tellement hâte de pouvoir les utiliser.
« La logique floue se base sur la théorie mathématique des ensembles flous. En introduisant la notion de 'degré' dans la vérification d'une condition, cette condition peut alors être dans un état autre que 'vrai' ou 'faux'. La logique floue permet de prendre en compte des imprécisions et des incertitudes. »
Ok, jusque-là ça va.
Anna continua à guider sa lecture de la pointe de son crayon.
« Un système de règles basées sur la logique floue est appelé un système d'inférence flou. Il permet de prendre des décisions complexes pouvant rappeler le mode de pensée humain. »
Là ça devient cool.
L'exemple qui illustrait la notion mathématique qu'Anna était en train de découvrir prenait place dans un jeu vidéo. Autour d'elle, les autres élèves continuaient à faire des exercices sur les probas, exercices qu'elle avait déjà terminé. Lorsqu'elle avait demandé, dix minutes plus tôt, si les probabilités pouvaient aider à comprendre le fonctionnement du cerveau et comment elles pouvaient être employées en intelligence artificielle, elle s'était retrouvée avec un cours qui dépassait de très loin le niveau de Terminale, et son envie de tout comprendre avait ôté de sa tête le stress de son oral d'anglais imminent.
Tous les quart d'heure, un ou une élève se levait et quittait le cours pour se rendre à son examen, et c'était bientôt son tour.
Elle avait passé plusieurs heures pendant son dimanche après-midi à relire une dernière fois ses fiches, ses résumés de cours, ses mots de vocabulaire et ses verbes irréguliers. Elle savait qu'elle n'avait pas un niveau extraordinaire, surtout à l'oral (ça faisait bien longtemps qu'elle maîtrisait suffisamment l'écrit pour lire des articles entiers de Wikipedia dont l'équivalent français n'était pas satisfaisant), mais elle espérait quand même s'en sortir.
- Anna Andersen !
Elle sursauta en entendant l'appel d'Elsa, et regarda l'heure à sa montre - qu'elle avait empruntée à sa mère juste pour l'occasion. Elle sursauta de nouveau : elle avait été tellement happée par cette histoire de logique floue et d'intelligence artificielle qu'elle avait presque laissé passer l'heure de sa convocation.
- J'y vais ! s'exclama-t-elle en fourrant à la hâte ses affaires de maths dans son sac.
Tandis qu'elle passait devant le bureau professoral, Elsa lui lança un sourire encourageant qui lui remonta brièvement le moral.
Quelques instants plus tard, une prof d'anglais qu'elle ne connaissait pas lui fit tirer son sujet, et elle s'attela, pendant dix minutes, à rédiger au brouillon la présentation de la notion du cours intitulée « Mythes et Héros ». Elle avait choisi de parler de Guy Fawkes et de la conspiration des poudres, de la persécution religieuse qui en avait été le point de départ, et de la fête nationale qui célébrait chaque année depuis ce jour la Bonfire Night, le soir du cinq novembre. Et comment une fête consacrant l'échec d'une tentative d'assassinat du roi d'Angleterre était devenue à la fin du vingtième siècle un symbole de rébellion et de lutte contre l'oppression politique.
Elle quitta son oral avec un grand sourire, et l'impression de s'en être plutôt bien sortie.
Son oral d'allemand, deux jours plus tard, fut une parfaite catastrophe en comparaison.
Même Mérida commençait à stresser pour les épreuves à venir, et chaque journée s'achevait par une heure ou deux de révisions commune au CDI, avant que chacune rentre chez soi pour réviser encore un peu plus. Anna aurait aimé passer un peu de temps avec Elsa ce week-end, mais ça faisait un bon moment que Mme Bulda ne l'avait pas appelée pour lui demander de garder ses enfants, et sans ce prétexte (cet alibi), elle ne pouvait pas aller la voir, elles s'étaient mis d'accord sur ce point. Aussi, le week-end fut consacré au boulot. Encore.
En allant se coucher après deux jours presque plus épuisants que les journées au lycée, elle barra une nouvelle case sur le calendrier de révision qui était accroché au mur à côté de son bureau.
Il ne restait plus que quatre semaines avant le bac.
Elsa corrigeait des copies de Secondes quand son téléphone sonna. Elle se leva pour décrocher. + 47 ? s'étonna-t-elle en voyant le numéro s'afficher sur son écran. C'est où, ça ?
- Allô ? demanda-t-elle tout en se versant une nouvelle tasse de thé.
- Hello Ms Winter, ya ? This is M. Oaken, Headmaster of Oslo International Highschool.
La surprise faillit lui faire lâcher son téléphone. Elle réussit à le garder en main, mais sa tasse de thé n'eut pas autant de chance, et une bonne partie du liquide brûlant tomba sur son pantalon. Elle sautilla sous la douleur.
- Hi, parvint-elle à répondre. Yes, It's me, Elsa Winter.
- Great ! D'ya remember me ? demanda M. Oaken avec un fort accent. Do you have a moment, or should I call back later ?
Son cœur s'accéléra. Elle se rappelait bien de l'homme, qu'elle avait trouvé très sympathique quoique imposant, lors de l'entretien qu'elle avait passé par skype plusieurs mois plus tôt. Malheureusement, l'entretien n'avait pas été concluant, elle avait reçu quelques jours plus tard un email de refus. Ça l'avait attristé, mais un peu plus tard la même semaine, elle avait embrassé pour la première fois sa petite rousse, et le sentiment de déception n'avait pas duré.
Que lui voulait-il maintenant, cinq mois plus tard ?
- No, it's a perfect time ! répondit-elle. What can I do for you ?
L'homme se racla la gorge. Sa voix avait maintenant un ton sérieux, important. Elsa pressa le téléphone contre son oreille et se concentra sur chacun de ses mots.
- As you may know, Ms Winter, you were the second choice on our list. It appears that the number one got pregnant a few weeks ago, and she and her husband decided finally not to move to Norway. They were afraid of the cold, I guess ? Well, that means, If you're still interested, we have a job for you. What d'you think ? Ms Winter ?
Elsa était incapable de parler. Sa bouche s'était ouverte au fur et à mesure des explications du directeur, et maintenant elle n'arrivait plus à formuler le moindre son.
Son rêve s'était réalisé. Ou bien avait-elle rêvé ? Mal compris ?
- Are you... are you sure ? réussit-elle à demander, n'osant toujours pas y croire.
- Ya, of course ! Well, I don't expect an answer right now, I'll give you some time to think 'bout it. But I'll hope you'll say yes !
- Yes ! répondit-elle en un souffle. I mean, yes, I will think about it. I'm very glad that... that you chose me.
- We all really liked you during this interview, even with your short experience, dit l'homme d'une voix beaucoup plus amicale.
L'espace d'un instant, elle eut l'impression que toutes ses cellules venaient de se mettre à sauter de joie. Oh mon dieu. Je vais aller en Norvège ! J'ai un poste en Norvège !
Une seconde plus tard, elle passa d'une exaltation euphorique à une profonde panique.
Anna.
- Er... thank you sir. I'll have to talk to... well... when can I give you my decision ?
- What about in one week ? On next monday ?
Une semaine... Elle aurait le temps d'y penser, le temps de choisir, le temps d'en parler à Anna.
- Perfect.
- Well, I'll call you back, ya ? Good day Ms Winter.
- Good bye, sir.
Elsa raccrocha avec des mains tremblantes.
Un violent conflit venait d'exploser dans sa tête. Il était impossible qu'elle parte en abandonnant Anna, mais... allait-elle refuser cette incroyable opportunité ? Quand elle avait postulé, il y avait maintenant plusieurs mois de cela, elle ne s'était pas vraiment attendue à obtenir une réponse positive. En vérité, elle avait surtout postulé pour voir, pour savoir ce qu'on attendait d'elle, pour connaître un peu le système, en une sorte d'entraînement. Mais elle avait été reçue. Seigneur, elle était reçue !
- Elsa, ça va ? Je t'ai entendue crier.
L'enseignante leva les yeux vers Olaf qui venait de se pencher par dessus la balustrade de la mezzanine. Elle avait crié ? C'était bien possible.
- J'ai reçu un appel. Du lycée privé d'Oslo. Ils... je...
Elle avala sa salive.
- Je suis prise, Olaf !
- Quoi ?!
- J'ai le poste ! cria-t-elle.
Le garçon dévala les escaliers et fit voler Elsa dans ses bras. Il criait et bondissait, d'une excitation absolument pas contenue tandis qu'Elsa lui rapportait sa conversation avec le directeur.
- C'est tellement, tellement génial ! s'exclama-t-il.
Elsa était tiraillée. Elle voulait à la fois crier et pleurer, sourire et se mordre les lèvres, sautiller et se rouler en boule dans son lit.
- Oui, répondit-elle. Oui, c'est... c'est génial...
Ses derniers mots s'étaient noyés dans un sanglot. Le temps qu'Olaf réalise que quelque chose n'allait pas, et elle pleurait à chaudes larmes, serrant dans ses poings des pans entiers de la chemise de son ami.
- Oh, dit-il en comprenant enfin. Anna.
Oui, Anna. Son Anna, qu'elle avait lutté pour aimer. Son cœur se serra quand elle comprit qu'elle allait devoir choisir.
Elle ne pouvait pas ne pas choisir Anna.
- Je... je ne peux pas accepter, Olaf !
Non, elle ne pouvait pas partir un an en laissant sa petite amie derrière elle. Pas après tout ce qu'elles avaient subi pour pouvoir être ensemble. Ce n'était pas juste ! criait son cœur. Mais elle ne pouvait pas refuser une telle opportunité. Ce n'était pas juste ! criait son cerveau.
- Mais... Anna pourrait venir avec toi, non ?
- Ne dis pas de bêtise, Olaf, dit-elle en sanglotant.
- Je suis sérieux, Elsa. Elle peut étudier à Oslo, il y a sûrement une très bonne fac là-bas.
Anna pouvait-elle partir avec elle ?
N'avait-elle pas rêvé de s'enfuir avec elle, loin d'Arendelle, loin de leur lycée et des personnes qui pourraient ruiner leurs vies ? Elle se rappelait les mots d'Olaf, juste après l'appel inattendu et invraisemblable de Mme Andersen. Tu as encore le temps de quitter le pays. Pas sans Anna, avait-elle répondu.
Elle prit son téléphone et envoya immédiatement un message à Anna, pour lui demander de venir dès qu'elle le pouvait, si elle le pouvait. Il fallait qu'elle lui parle, le plus vite possible. Il fallait qu'elle sache.
Une vie rêvée s'offrait à elle, mais la plus difficile des décisions, c'était Anna qui allait devoir la prendre.
Toc toc-toc-toc toc.
- Je vais ouvrir, dit Olaf.
- Non c'est bon, dit Elsa en secouant la tête. c'est Anna.
Elle aurait reconnu sa façon de toquer entre mille.
Elle ouvrit la porte. Anna avait son casque à la main et les cheveux mouillés. Visiblement, elle sortait de son cours d'EPS.
- Tu es seule ? demanda Anna à voix basse.
- N-non, répondit Elsa en fronçant les sourcils, surprise par sa question. Olaf est là.
- Ah bon ça va alors, dit la petite rousse juste avant de se jeter à son cou pour l'embrasser.
Elsa ferma la porte derrière Anna, qui posa son sac et ses chaussures près de l'entrée.
Elsa ne savait pas par où commencer. Après avoir proposé quelque chose à boire à Anna, après avoir préparé du thé dans la cuisine, l'avoir installée dans le canapé, elle se cramponnait maintenant à sa tresse tout en se demandant si elle devait s'asseoir ou s'il valait mieux tout cracher tout d'un coup. Et si elle le prend mal ? Et si elle refuse de partir ?
- Et si tu me disais ce qui ne va pas là tout de suite ? demanda Anna tout en la regardant par-dessus sa tasse.
Elsa tressaillit. C'était si proche de ses pensées que c'en était presque surnaturel.
- Anna...
- Je te préviens, coupa l'adolescente avec un sourire mi amusé-mi sérieux. Si c'est encore une histoire de rupture, j'arrête de jouer.
- Nnon, balbutia Elsa. En fait...
La petite rousse se redressa dans le canapé, toute trace d'humour disparue de son visage.
- Elsa, qu'est-ce qui ne va pas ? demanda-t-elle avec inquiétude.
L'enseignante ferma les yeux et prit une profonde inspiration. Il fallait qu'elle le lui dise, de toute façon, et retarder l'échéance ne ferait qu'empirer le stress déjà visible d'Anna.
- Anna, je voulais te voir parce que... j'ai reçu un coup de téléphone aujourd'hui. Un appel complètement inattendu...
Elle avala douloureusement sa salive. La lycéenne était suspendue à ses lèvres, attendant impatiemment qu'elle termine sa phrase.
- C'était le directeur du lycée norvégien où j'ai postulé il y a plusieurs mois. Je t'en avais parlé, tu te rappelles ?
Anna hocha la tête, mais resta silencieuse. Elsa se força à poursuivre.
- Il... ils me proposent le poste, dit-elle finalement.
Les yeux turquoises d'Anna s'écarquillèrent instantané chose comme du plomb se mit à tourmenter le cœur d'Elsa tandis qu'elle regardait sa petite amie réaliser lentement les implications derrière ses mots.
- Tu vas enseigner en Norvège ? demanda Anna.
L'adolescente se leva d'un bond. Elsa recula d'un pas - allait-elle s'énerver, lui crier dessus, se mettre à pleurer ? Après tout ce qu'elles avaient traversé, n'était-ce pas injuste de lui imposer une nouvelle épreuve ?
Mais quand la bouche d'Anna s'ouvrit sur un cri de joie et que la petite rousse se jeta à son cou, Elsa ne put rien faire d'autre que de refermer ses bras autour de son dos et de fixer avec un regard vide la chevelure rousse qui se répandait devant elle. Ce n'était pas du tout une réaction qu'elle avait prévue.
- C'est génial Elsa !
La blonde repoussa doucement Anna pour pouvoir la regarder. Non, il n'y avait pas de larmes qu'elle essayait de cacher, ni d'amertume qu'elle tentait de masquer. Elle avait l'air - aussi absurde que ça puisse paraître - tout simplement ravie.
- Tu... tu es contente pour moi ?
- Evidemment ! Tu m'as dit que tu avais toujours rêvé de faire ça !
- Mais... et toi ?
- Moi ? Je viens avec toi, bien sûr !
La chape de plomb dans l'estomac d'Elsa explosa en un violent feu d'artifice. Une partie d'elle même était en train de se dire que tout était trop beau pour être vrai, l'autre célébrait déjà la victoire. Anna se mit à parler très vite, comme elle le faisait à chaque fois qu'elle était stressée ou excitée. Pour elle, c'était l'échappatoire rêvé - un an ensemble à l'étranger, et toute cette histoire de relation prof-élève passerait à la trappe.
L'excitation d'Anna était communicative, et Elsa se surprit à commencer à planifier leur aventure, comme elle le faisait chaque fois qu'Olaf et elle décidaient de partir en voyage. Elle alla chercher son ordinateur portable, et ouvrit son navigateur Internet.
- J'espère que ce n'est pas trop tard pour t'inscrire dans une fac là-bas.
Elsa lança plusieurs recherches, et ouvrit simultanément plusieurs onglets, qu'elles lurent ensemble. Erasmus - tout ce qu'il faut savoir pour postuler... Les étudiants souhaitant effectuer une partie de leurs études à l'étranger doivent au minimum être inscrits en deuxième année dans un établissement d'enseignement supérieur...
Elles soupirèrent en refermant l'onglet, et tous les autres correspondant au programme Erasmus.
- Il doit y avoir un autre moyen, grommela-t-elle tout en parcourant du regard un nouvel article relatif aux études à l'étranger.
- Là, dit Anna en pointant du doigt un lien intitulé « faire ses études en Norvège ».
Elsa double-cliqua et ouvrit la page.
- Les formalités pour s'inscrire aux universités en Norvège, lut Anna. L'obtention du bac donne normalement accès aux formations de l'enseignement supérieur en Norvège. Cool ! Les démarches, poursuivit-elle, sont à effectuer à partir du mois de Décembre, jusqu'au 1er mars.
Sa voix s'était assombrie au fur et à mesure de sa lecture, un mélange de stupeur et de découragement.
- Et tu dois passer le TOEFL, ajouta Elsa sur le même ton abattu.
- Le quoi ?
- C'est un test d'Anglais, reconnu internationalement. C'est pour montrer que tu as le niveau nécessaire pour suivre des études en Anglais.
- Et est-ce que j'ai le niveau ? demanda l'adolescente en se mordillant les lèvres.
Elsa eut une moue désolée.
- Alors c'est mort ? Je veux dire, c'est foutu, je ne pourrai pas partir avec toi ? s'exclama-t-elle d'une voix désespérée.
Oui, c'était foutu, admit son esprit, en réponse aux questions d'Anna. Elle allait devoir renoncer à ce job, et - Anna avait raison - à sa porte de sortie.
Anna roula sur le canapé et s'étendit de tout son long, passant un bras sur sa tête comme pour cacher ses yeux, avec un soupir qui aurait pu être ultra-dramatique, s'il n'avait pas été aussi découragé.
Elsa se leva pour prendre son téléphone. Inutile de faire mariner le lycée d'Oslo plus longtemps. A moins que...
- Tu sais quoi Anna ? Je vais essayer de voir si on peut contourner le système d'inscriptions.
Elle ouvrit son historique et rappela le numéro commençant par +47. Il était presque dix-huit heures, mais avec un peu de chances...
- Hallo ?
- Allô, this is Elsa Winter. Can I talk to M. Oaken please ?
- One moment, dit la voix au téléphone.
Elsa s'était attendue à entendre une musique classique déformée, un son irritant destiné à la faire patienter, mais elle entendit le raclement d'une chaise, des bruits de pas, une phrase en Norvégien, et le son caractéristique d'un téléphone qui change de main.
- Hi Ms Winter ! dit la voix grave qu'elle reconnut immédiatement comme étant celle du directeur. How're ya ?
- F-fine, thank you.
- So, have you made your descision ? demanda-t-il sans préambule.
- Well... yes and no...
- Oh. Is there a problem ?
- I'd love to come, but it's complicated. My... my... girlfriend, she's still a student, and she can't... come with me. We tried to register for a bachelor in mathematics, but it's too late now. The deadline was in march. And she can't be an Erasmus student, because she'll just start university in September. So... I'm really, really sorry, but I'm forced to say no.
- Oh... But you know, it can be arranged. I know some people in the University of Oslo. Let me make a few phone calls, ya ? D'you by any chance have the academic record of your girlfriend ? I know the year's not over, but it may helps.
- Y-yes, I have. I can send you an email.
- Wonderful. Do it right now, and I'll call you back !
Elsa raccrocha, les mains toujours tremblantes.
- Qu'est-ce que tu fais ? demanda Anna en voyant Elsa se connecter à la plateforme Internet de son lycée.
- Je récupère ton dossier scolaire. Il faut bien qu'il y ait certains avantages à être ta prof.
Quelques minutes plus tard, elle avait compilé tous les bulletins d'Anna - à l'exception de celui du trimestre en cours - et les avait joint à un email adressé à M. Oaken.
- Attends ! s'écria Anna juste avant qu'Elsa ne clique sur 'envoyer'. N'envoie surtout pas !
- Pourquoi ?
- Il y a ton nom sur mon dossier ! Il va savoir !
- Oh mon dieu. Je n'y avais pas pensé.
Elles discutèrent de la meilleure stratégie à adopter - il était impossible de ne pas envoyer le dossier de Terminale si elle voulait qu'Anna ait une chance d'être acceptée - et finalement Elsa trouva la solution. Elle retourna sur la plateforme de son lycée, et alla dans l'onglet 'informations personnelles', et changea son nom pour celui d'une de ses collègues de mathématiques. En retournant sur le bulletin, elles virent que le nom avait été changé.
Elles relurent consciencieusement chacun des documents prêts à être envoyés à M. Oaken. Le nom d'Elsa n'apparaissait plus nulle part. Elsa envoya l'email.
- Et maintenant ? demanda Anna.
- Maintenant on attend, répondit Elsa.
J'espère que ce chapitre vous a plu :)
Merci de continuer à vous accrocher :) La fin n'est vraiment plus très loin.
Cette histoire fête ses 1 an. Et aussi ses 800 reviews. Vous êtes adorables.
Je vais essayer de ne pas vous faire attendre pour les prochains chapitres, mais je reprends la route lundi ou mardi... il se peut donc que le chapitre 48 ait un peu de retard. J'ai un peu de mal à écrire ces derniers chapitres. J'ai peur de bâcler la fin, je crois que je me mets un peu trop de pression toute seule.
A bientôt (probablement pas mercredi, mais promis j'essaie d'être rapide)
Ankou
