Hello !
Bon finalement je n'aurai eu qu'un jour de retard ! Il va falloir vous y habituer :)
L'update est un peu tardive (quoique Lounils est bien capable d'être encore réveillée :p ),ça vous fait de la lecture pour le petit-déjeuner !
Pour celles et ceux qui se demandent où je suis et pourquoi je n'ai pas Internet comme une personne civilisée, je quitte dans quelques jours le Canada pour les Etats-Unis. Ma route devrait traverser pas moins de neuf états (Montana, Wyoming, Colorado, Nouveau-Mexique, Arizona, Utah, Idaho, Washington et Alaska ), le tout à bord d'une Ford Explorer blanche un peu sale reconvertie en chambre-armoire-cuisine (telle une chambre étudiante parisienne) dans laquelle vont rouler et dormir, pendant cinq mois, deux aventurières un peu hobbites (ou l'inverse), une oursonne en chemise de nuit nommée Lizzie, et un Mog en peluche.
Merci à tous pour vos commentaires :) et bonne lecture !
Chapitre 48
Après le coup de téléphone à M. Oaken, Anna resta avec Elsa jusqu'à l'heure du dîner. Après tout, quitte à s'être déplacée, autant en profiter - elles n'avaient pas cent mille occasions de passer une heure allongées sur le canapé, dans les bras l'une de l'autre. Et puis, même si elles n'étaient plus séparées comme avant, les bisous par téléphone ne valaient définitivement pas les vrais. Elles avaient des semaines de baisers à rattraper.
Elles se moquèrent gentiment d'Olaf qui descendit les escaliers en courant, en retard pour son rendez-vous à cause d'un boss qu'il n'avait pas réussi à vaincre. Il était toujours avec son Marshmallow, et Elsa semblait particulièrement heureuse pour son ami.
Le directeur n'avait toujours pas rappelé quand Anna s'était levée pour partir, et Elsa suggéra que vu l'heure, il ne pourrait sans doute pas contacter ses collègues de l'université avant le lendemain.
Anna était épuisée. Elle était rentrée, avait mis la table, avait dîné avec ses parents, avait débarrassé la table, et lorsqu'elle s'était retrouvée enfin dans sa chambre, elle n'avait eu qu'une envie : se blottir dans son lit avec un bon bouquin. Au lieu de cela, elle s'assit à son bureau et se força à réviser sa physique pendant près d'une heure et demie.
Entre son examen de TP imminent, les épreuves écrites du bac, sa peur de se faire choper avec Elsa, et l'attente de la réponse de la fac d'Oslo, Anna ne savait plus où se donner de la tête.
La journée du lendemain fut aussi lourde et crevante que les mardi précédents. Leur prof de physique leur avait collé un contrôle, se justifiant en disant qu'ils leur manquait une note pour ce trimestre. Comme si c'était une excuse valable ! Elsa ne faisait jamais ça, elle. Enfin, heureusement qu'elle avait révisé. Mérida, elle, avait grogné pendant presque toute l'heure. Elle était à la bourre dans ses révisions et ça se sentait. Anna lui souffla la réponse du dernier exercice, et l'archère la griffonna à la hâte tandis que le prof annonçait la fin du temps imparti. Leurs amis des autres classes étaient dans le même état, entre stress, fatigue et surmenage. Enfin, sauf Alice, qui semblait aussi perchée que d'habitude, et qui ne sortit pas son nez de son livre pendant toute la durée de la récréation.
La seule bonne nouvelle vint du cours d'histoire-géo. Un quart d'heure avant la fin, et alors que la concentration d'Anna jonglait entre les paroles de sa prof et les gargouillements de son estomac vide, Gerda annonça que le programme était bouclé. Les deux dernières séances seraient consacrées aux révisions. Anna se joignit au soupir de soulagement général.
- Ça fait au moins une matière où on n'a plus rien de nouveau à apprendre, chuchota Mérida à Anna.
- Tant mieux. J'ai l'impression qu'un gros message d'erreur n'arrête pas de popper dans mon crâne en disant qu'il n'y a plus d'espace de stockage disponible.
L'archère pouffa. Anna n'écouta que d'une demi oreille les questions que ses camarades de classe posaient à la prof, et reposa sa tête sur l'épaule de Mérida. Ses paupières s'alourdissaient, elle avait bien envie d'une sieste, et elle songea qu'elle avait une occupation toute trouvée pour le cours de philo - enfin, sauf si le vieux Weselton décidait d'être désagréable aujourd'hui. Finalement, la sonnerie annonça la fin de la matinée, et les trois adolescentes se dirigèrent, à travers le flux grouillant d'élèves, vers le réfectoire.
Tout en vidant son assiette, Anna écrivit un message à Elsa.
« Celui qui a décidé de mettre deux heures de philo dans mon emploi du temps devrait être pendu. Des nouvelles d'Oslo ? »
Son portable vibra sur son plateau, et Anna reposa immédiatement sa fourchette pour lire la réponse de sa prof.
« Non, toujours pas. Je te tiens au courant, d'accord ? »
Kristoff la regarda remettre son téléphone dans sa poche avec un sourire de grand frère attendri. Depuis qu'elle lui avait raconté la réaction de ses parents, il était persuadé que plus rien ne pourrait leur arriver. Elle mourrait d'envie de tout lui raconter, mais elle attendait une réponse officielle de M. Oaken. Et de ses parents, à qui elle n'avait encore rien dit non plus.
A côté, Tiana, Mérida et Rapunzel parlaient de la fête post-bac qui était prévue. C'était une fête ambiance « bal de promo », impliquant robes et costumes de soirée, partenaires de danse, et élection du roi et de la reine du bal. Anna trouvait le thème un peu cliché, mais tout le monde y allait, alors elle n'allait pas être la seule à rester chez elle. Ce qui était encore plus cliché, c'était que Kristoff avait déjà promis d'y aller avec Mérida, donc elle allait devoir trouver quelqu'un. J'imagine la tête de tous ces idiots s'ils me voyaient arriver avec Elsa.
- Anna, demanda Rapunzel, tu viens avec nous demain aprem pour une virée shopping ?
- Pitié Anna, dis oui, supplia Mérida. Ne me laisse pas avec ces deux tarées.
Kristoff éclata de rire, et Rapunzel se tourna vers lui avec un sourire féroce.
- Fais pas le malin toi ! lança-t-elle. Tu viens avec nous !
- Quoi ?
- Tu ne crois quand même pas qu'on va te laisser y aller avec ces fringues-là ?
- Je préfère y aller en paysan qu'en pingouin, grommela-t-il.
- Si tu y vas en paysan, je peux mettre ma robe médiévale ?
- Anna pitié, dit cette fois Tiana. On ne sera pas trop de trois pour s'occuper de ces deux-là !
La petite rousse éclata de rire. Séance shopping pour habiller Kristoff et Mérida ?
- Je ne manquerais ça pour rien au monde !
- Sérieusement les filles, je ne vois pas pourquoi j'aurais besoin d'un truc pareil.
Rapunzel ne jugea pas nécessaire de répondre, et fit tourner Kristoff devant le miroir.
- Estime-toi heureux, grogna Mérida, qui assistait à la séance d'essayage. Toi au moins elles ne t'ont pas trimballé dans six boutiques différentes.
Elle était assise sans aucune grâce, les coudes sur les genoux, une montagne de sacs de vêtements entre les jambes. Comme pour provoquer ses amies, elle s'était pointée le matin avec un débardeur kaki et un baggy couleur camouflage rentré dans des Doc'Marteens rouges, déclenchant des regards étonnés et perplexes chaque fois qu'elles étaient rentrées dans un magasin pour y essayer des robes de soirée.
- Ne la ramènes pas Mérida, intervint Tiana. On doit encore te trouver des chaussures.
La grande rousse eut la même expression qu'un élève à qui on annonçait que la récré était supprimée. Elle reposa son visage sur son poing, regardant Kristoff d'un air boudeur. Elle grommela quelque chose, mais le seul mot que ses amies parvinrent à entendre fut « rangers ».
Anna sortit à cet instant de la cabine d'essayage juste à côté.
- Alors, comment vous trouvez ?
Tiana et Rapunzel abandonnèrent Kristoff pour tourner autour d'Anna en poussant des exclamations enthousiastes. Mérida leva la tête de son téléphone... et lutta pour empêcher sa mâchoire de se décrocher et garder un visage impassible. Anna était magnifique. La robe était verte évidemment, pâle au niveau de la jupe, foncée au niveau du haut, avec un bustier couleur crème et - la bouche de Mérida s'assécha tout d'un coup - un dos presque nu qui laissait apercevoir une myriade de taches de rousseur.
Pourquoi n'avait-elle pas demandé à Anna d'être sa cavalière ? En tant qu'amie, bien sûr. Après tout, Anna ne pouvait pas tellement inviter sa propre chérie à la soirée, et ça lui aurait donné l'occasion de danser avec elle une ou deux fois... C'était Kristoff qui l'en avait dissuadée, et l'avait convaincue de le choisir lui comme cavalier.
- Mérida ? demanda Anna.
L'archère remit ses idées en place. Elle ne pouvait pas penser à des trucs pareils, ça n'apporterait rien de bon.
- T'es superbe Anna, comme toujours.
La petite rousse répondit par un grand sourire et fila, les joues roses, dans la cabine d'essayage pour se changer.
- Bon Mérida, arrête de mater Anna et regarde ton cavalier.
- Je ne matais pas Anna, grogna l'archère en tournant son regard vers son ami.
Ouais, il était pas mal comme ça, Kristoff. Les filles lui avaient dégotté un costume bleu nuit à carreaux, une chemise bleu ciel et un gilet gris. Elle ne l'aurait pas parié, mais avec la carrure de Kristoff et ses cheveux blonds, ça lui allait parfaitement. Elles lui trouvèrent ensuite une cravate rouge sombre et des chaussures de la même couleur. Mérida ne put s'empêcher de penser qu'entre le rouge de ses cheveux et le bleu de sa robe, elle serait parfaitement assortie.
- Les filles, dit-il en se grattant nerveusement la nuque, ça va pas mal dépasser le budget que mes parents m'ont donné... franchement, tout ça pour un bal ?
- Dis-toi au moins que tu auras une tenue pour tous les mariages à venir dans ta famille, dit Anna en souriant. Essaie d'arrêter de grandir par contre !
Il marmonna quelque chose à propos des nuits d'interim qu'il allait faire après le bac et des projets qu'il avait pour cet argent - visiblement acheter des fringues n'en faisait pas partie.
Le petit groupe sortit du magasin - heureusement, c'était le dernier - et après quelques arrêts pour acheter snacks, pâtisseries ou boissons, tous se dirigèrent vers les arrêts de bus.
- Hé Anna, demanda Tiana. Tu sais avec qui tu vas aller au bal ?
- Je sais avec qui j'aimerais aller...
- Non mais sérieusement...
La petite rousse hésita.
- Je ne sais pas. Je pensais demander à Meg.
Mérida avala de travers sa gorgée de Coca et manqua de s'étouffer. Merde, on a connu plus discret comme réaction, grogna-t-elle mentalement tandis que Kristoff lui tapait dans le dos.
Elle ne le sentait pas, ce putain de bal. Non seulement elle allait y aller avec Kristoff alors que tous les autres y allaient avec leur mec ou leur copine, et tout le monde allait vouloir savoir s'ils sortaient ensemble, il allait y avoir tous ces crétins qu'elle n'avait jamais pu supporter, de la musique pourrie à n'en pas douter, et tout le monde finirait raide bourré avant une heure du matin.
Et pour couronner le tout, Meg allait être la cavalière d'Anna.
Le téléphone d'Anna sonna tandis qu'elle montait les escaliers vers sa chambre, les bras chargés de ses nouvelles acquisitions. Elle avait hâte qu'Elsa la voie dans cette robe, qu'elle n'avait certainement pas acheté que pour le bal. Elle accéléra le pas et lâcha ses sacs sur son lit avant d'extirper son téléphone de sa poche. Elle décrocha juste à la dernière sonnerie et le porta à son oreille.
- Elsa ! s'exclama l'adolescente, heureuse d'entendre enfin sa voix alors qu'elle avait pensé à elle tout l'après-midi.
- J'ai eu des nouvelles de M. Oaken, dit Elsa sans préambule.
Le cœur d'Anna s'accéléra subitement.
- A-alors ?
- Alors tu as intérêt à faire des progrès en anglais si tu veux pouvoir suivre tes cours de maths à la rentrée.
L'adolescente fronça les sourcils puis les éleva si haut sous l'effet de la surprise qu'ils disparurent presque sous ses cheveux.
- Attends... Ça veut dire que je suis prise ? Mais... comment ?
- Apparemment, M. Oaken connaît bien le directeur du département de maths et sciences. Il a été très très impressionné par tes résultats en mathématiques ces trois dernières années.
La réalisation engloutit Anna. Je suis prise à Oslo ! Je vais faire mes études en Norvège !
- Il a mis une condition cependant, poursuivit Elsa.
Anna se tendit.
- Quoi comme condition ?
- Tu dois suivre un stage intensif d'anglais au mois d'août.
- Oh !
Le soulagement la fit presque éclater de rire. C'était tout ? Juste ça et elle était acceptée, et ce alors que la date des inscriptions était dépassée depuis deux mois ? En plus, c'était parfait, elle en aurait besoin de ce stage, si elle voulait pouvoir suivre correctement les cours, et puis si elle décidait de faire de la recherche scientifique, tout se ferait en anglais, alors autant être préparée dès le début...
Elle était surexcitée, cramponnée à son téléphone. Elle ouvrit la page de l'université d'Oslo, et commença à parcourir les sections, faisant part de ses découvertes à haute voix à Elsa qui répondait avec enthousiasme, et Anna pouvait presque visualiser le sourire charmant qui devait étirer ses lèvres.
- Anna...
La voix d'Elsa était redevenue tendue, anxieuse.
- M. Oaken m'a dit que comme j'ai été prévenue tardivement, il a réussi à débloquer un appartement de fonction pour moi, et... je sais que c'est un peu tôt, mais... Anna, est-ce que tu veux... habiter avec moi ?
L'adolescente resta sans voix.
Elle s'était refusée de se projeter, de faire des plans, tant que tout était encore incertain. Et la question de son lieu de résidence, c'était définitivement pas une chose à laquelle elle avait pensé. Ou alors elle avait visualisé une de ces chambres étudiantes sur un immense campus, comme dans les séries américaines.
À toutes ses excitations relatives à ses études à venir s'ajoutait une nouvelle réjouissance : elle allait vivre avec Elsa.
- M'man, papa...
M. et Mme Andersen interrompirent leurs actions en entendant le ton inhabituel d'Anna. Le bras de son père resta figé au dessus du panier de pain, et la fourchette de sa mère s'immobilisa à mi-chemin entre ses lèvres et son assiette. Tous deux tournèrent leur regards vers Anna, un mélange de curiosité et d'appréhension sur leurs visages.
- Oui Anna ? dit Mme Andersen d'une voix bienveillante, pour encourager sa fille à poursuivre.
- Vous savez que je vous ai toujours dit que je voulais faire une partie de mes études à l'étranger ?
Ses parents hochèrent la tête. Anna pouvait voir que sa mère se méfiait déjà.
- J'ai... une opportunité de faire un an d'études à l'université d'Oslo, en Norvège, annonça-t-elle.
- En Norvège ? répéta son père.
- Qu'est-ce que tu entends par 'opportunité' ? le coupa sa femme.
Commment pouvait-elle leur annoncer ça de manière diplomate ? Elle ne pouvait pas ne pas leur dire qu'elle partait avec Elsa, et en même temps, elle ne devait pas laisser ses parents croire qu'il ne s'agissait que d'une lubie...
- Hé bien... OK, vous promettez de ne pas paniquer ?
Vu l'air qu'avait sa mère en cet instant, il était certain qu'elle allait paniquer. Allez, autant arracher le pansement d'un coup...
- Elsa a obtenu un poste dans un lycée à Oslo. Son proviseur connaît le directeur de la fac de maths et sciences et a pu m'inscrire en dernière minute pour la rentrée.
Un grand silence suivit son annonce. Son père avait la bouche ouverte et sa mère les lèvres pincées.
- Attends, dit M. Andersen, tu veux dire que tu es déjà inscrite ? Tu n'es pas en train de nous demander notre avis ou notre autorisation en fait ?
L'adolescente se mordilla nerveusement les lèvres.
- Si je comprends bien, ajouta sa mère, tu vas partir à trois mille kilomètres d'ici avec une femme avec qui tu sors depuis trois mois ?
- Quatre en fait, marmonna Anna.
- Et ce alors que vous n'avez eu que des rendez-vous en cachette, que vous ne savez pas ce que c'est que de vivre ensemble ?
- On va apprendre maman, comme tous les couples...
- Oui, oui bien sûr vous allez apprendre. Et si vous apprenez que vous n'êtes pas faites pour vivre ensemble ? Vivre ensemble et être amoureuses, ce n'est pas du tout la même chose, ajouta-t-elle alors qu'Anna ouvrait la bouche pour répliquer. Si ça arrive, tu vas te retrouver toute seule au milieu d'un pays inconnu, et...
- Maman, l'interrompit Anna en fronçant fortement les sourcils - et à sa surprise, sa mère se tut. Je vois bien que tu dis ça parce que tu t'inquiètes. Moi aussi je m'inquiète, un peu, je ne suis jamais partie à l'étranger ni rien de tout ça. Mais c'est normal, parce que ça fait partie des expériences que je vais vivre, que j'ai envie de vivre. J'ai pas envie de voir Elsa partir sans moi pendant un an juste parce que j'aurais eu trop peur de me retrouver en galère si...
Elle engloba d'un geste de la main toutes les suites potentielles à sa phrase. Mme Andersen poussa un soupir.
- Ils vont être en quelle langue, tes cours ? demanda son père. En anglais ?
Anna acquiesça.
- Ça ne va pas être facile, tu n'auras pas de sous-titres à la fac, tu sais.
- Je vais suivre un cours intensif en août, c'est la condition pour que mon inscription soit validée. Normalement il faut passer un genre de test ou d'examen, mais avec le stage j'en ai pas besoin.
Son père hocha la tête et se renfonça dans sa chaise.
- Ça l'arrange bien hein, dit sa mère en pinçant ses lèvres à nouveau.
- Qui ?
- Ta prof. C'est le bon plan, se cacher un an à l'étranger.
- Elle ne se cache pas ! s'offusqua Anna. Elle a passé cet entretien bien avant qu'on commence à sortir ensemble ! Et puis ça ne l'arrange pas qu'elle, ça nous arrange toutes les deux ! Moi aussi j'ai envie de passer un an avec elle sans qu'on nous casse les pieds !
- Ça n'aurait pas été plus simple pour elle de tout simplement demander un autre poste ailleurs ? À Lyon par exemple ?
- Mais ça ne marche pas comme ça ! Pour changer d'académie, les profs doivent demander leur mutation en décembre ! Et c'est super compliqué, faut des points et tout ! Si c'était si facile, tu te doutes bien qu'on y aurait déjà pensé. Et puis quand même ! s'exclama-t-elle. La Norvège quoi ! C'est pas une super expérience ?
Sa mère eut une moue qui ressemblait à la fois à une capitulation et à un sourire attendri.
- Le coût de la vie est très élevé là-bas, dit son père en se grattant le menton. Cette fac, elle est pas hors de prix j'espère ?
- Non, les facs publiques sont gratuites, répondit Anna. Et M. Oaken - c'est le directeur d'Elsa - a dit qu'il existait une bourse au mérite pour étudiants étrangers, j'y aurai droit si j'ai la mention TB au bac. Elle couvrira pas tout, mais une bonne partie...
- Si tu as la mention.
- Tu en es capable, intervint sa mère en relevant le menton d'un air de défi. Je suis sûre que tu arriveras à décrocher cette mention.
Un frisson d'inquiétude parcourut l'échine d'Anna. Y parviendrait-elle ? Elle avait regardé ses bulletins de l'année précédente, l'autre jour avec Elsa. Elle avait eu plus de 16 de moyenne toute son année de Première, et au premier trimestre de son année de Terminale. Au deuxième trimestre, elle avait eu tout juste 15, et en ce moment, elle tournait autour de 15,5. C'était jouable.
Ses parents continuèrent à poser des questions, mais ils n'essayaient plus de trouver des arguments pour la dissuader de renoncer à son projet. Son père se leva chercher sa tablette pour regarder où se trouvait sa fac sur Google Maps, et sa mère commençait déjà à s'agiter et à penser aux vêtements qu'il lui faudrait pour passer l'hiver, comme si Anna avait l'intention de partir à la fin de la semaine.
Rien de ce qu'ils auraient pu dire n'aurait pu la faire changer d'avis, de toute façon. Elle allait partir à l'étranger, vivre en toute liberté avec Elsa dans un endroit où personne ne pourrait les juger ou les condamner, et rien de la ferait renoncer à ça. Même s'il fallait qu'elle consacre tout son temps libre à travailler et qu'elle enferme ses consoles à double tour jusqu'à la fin du bac.
Anna : Hey, il faut que je vous annonce un truc super important !
Anna : 15h chez moi, ça marche ?
Kristoff : Ok ! Bonne nouvelle j'espère ^^
Anna : Tu verras :)
Mérida : Salut !
Mérida : Je peux pas sortir, je dois garder mes frangins. Chez moi, c'est possible ?
Kristoff : OK
Anna : Okay pour moi aussi !
Plus tard dans la journée, l'adolescente gara son scooter devant la porte de Mérida. Elle sécurisa son casque, rangea ses lunettes de soleil dans son sac et réajusta son foulard vert autour de son cou. Elle stressait, il fallait bien l'avouer. Elle avait encore un peu de mal à se remettre de la nouvelle et ses parents avaient eu un choc en l'apprenant, alors ses amis allaient forcément être surpris.
Mérida lui ouvrit la porte. Son meilleur ami était déjà là, une manette dans une main et un verre de Coca dans l'autre. Il se leva à son arrivée, et quelques instants plus tard, ils étaient tous assis sur le canapé du salon, à rire et plaisanter, à parler des examens qui approchaient, à faire des plans pour leurs vacances.
- Bon, dit finalement Mérida, tu voulais nous annoncer quoi ?
Le silence retomba sur eux trois. Anna se mit à tortiller ses doigts et mordiller ses lèvres, comme à chaque fois qu'elle était stressée.
- Et bien, je...
- T'es enceinte ? demanda le garçon avec un grand sourire.
Anna pouffa et lui mit un petit coup du plat de la main sur l'épaule.
- T'es con !
- N'empêche, je t'ai fait rire !
- C'est un peu compliqué, d'accord ? Dans l'idée, c'est une bonne nouvelle, mais... un peu compliquée. Je voulais vous le dire à tous les deux, maintenant, même si c'est pas encore à 100% sûr - disons que ça l'est à 99% - parce que voilà, vous êtes mes deux meilleurs amis. Je veux dire, j'adore Tiana, Rap' et Alice, mais je voulais vous le dire en premier.
L'archère hocha la tête, et malgré l'inquiétude évidente dans ses yeux, elle lui sourit et l'encouragea à poursuivre. Anna entortilla l'extrémité de son foulard autour de ses doigts.
- Voila... il y a quelques mois, Elsa a passé un entretien dans un lycée à l'étranger. En Norvège, en fait. Elle a pas été prise, juste classée deuxième, et elle pensait que c'était mort, mais le lycée l'a appelé il y a quelques jours. La femme qui avait le poste l'a finalement refusé... et du coup, Elsa est prise.
Ses deux amis la regardèrent avec des yeux surpris.
- Mais... vous allez faire comment ? demanda Kristoff.
La petite rousse prit une profonde inspiration.
- Et bien... c'est un peu ça ma nouvelle, en fait. Je suis acceptée à l'université d'Oslo, je pars en juillet avec Elsa.
Les lèvres de Kristoff s'arrondirent en un « o » de surprise, mais la réaction la plus inattendue fut celle de Mérida. L'archère se leva d'un bond, sa mâchoire presque entièrement décrochée, complètement pétrifiée.
- Tu... tu... tu t'en vas ?
L'air de profonde tristesse qui se répandit sur le visage de sa meilleure amie lui noua le cœur. C'est vrai que jusqu'à présent, elles avaient toujours parlé de partir ensemble à Lyon, peut-être même de vivre en coloc' si elles trouvaient un appartement qui leur plaisaient, et en tout cas d'être suffisamment proche pour continuer à se voir régulièrement. Et tout d'un coup, elle lui annonçait qu'elle laissait tomber tous leurs plans pour partir à trois mille kilomètres.
- En... en Norvège ?
Anna hocha la tête.
- Mais t'inquiète pas, c'est un endroit civilisé, avec Internet, le téléphone, skype et tout.
- Je... je... balbutia l'archère. Je... je reviens tout de suite.
Et sur ces mots, elle partit presque en courant vers les escaliers. Anna et Kristoff entendirent le bruit d'une porte se claquer et échangèrent un regard. Celui d'Anna était décontenancé. Celui de Kristoff était inquiet.
- Oh, murmura Anna. Je pensais qu'elle serait surprise, mais je ne m'attendais pas à ça.
- Tu peux rester là cinq minutes ? demanda Kristoff en se grattant la nuque. Je voudrais lui parler.
- D'accord.
Le jeune homme se leva et se dirigea vers la chambre de Mérida.
Assise au bord de son lit, Mérida se mordait les lèvres, presque jusqu'au sang, les poings plaqués sur ses yeux. Elle sursauta quand un coup fut porté à sa porte.
- Je peux entrer ? demanda Kristoff.
Elle ne répondit pas. Elle pensait qu'il allait repartir, mais elle entendit la porte de sa chambre s'ouvrir, puis se refermer. Elle ne releva pas la tête, mais vit son ombre, agenouillée devant elle.
- Mérida...
La jeune fille pressa ses mains sur ses tempes. Une boule était en train de gonfler dans sa gorge et les larmes coulaient sans interruptions le long de ses joues. Elle voyait la moquette de sa chambre absorber les unes après les autres chacune des petites gouttes qui tombaient de ses yeux. Il ne pouvait pas la laisser tranquille cinq minutes ? Il ne pouvait pas comprendre qu'elle s'était justement cachée pour pleurer ?
- Tais-toi, hoqueta-t-elle. S'il te plaît, tais-toi.
Elle avait envie de lui dire de partir, de la laisser tranquille, de la laisser pleurer. Elle ne voulait pas qu'on la voie dans cet état. Mais c'était Kristoff, c'était son meilleur ami, et c'était aussi l'unique personne à avoir jamais vu ce qui se cachait sous son armure.
Elle avait envie de crier, de hurler. D'arrêter de pleurer. Putain, où était passée sa force, sa hargne ? C'était quoi cette loque qui pleurait sur son lit ? Pas elle, c'était pas elle...
Le garçon resta silencieux, agenouillé sur le sol et les mains plaqués sur les genoux.
- C'est dur, d'accord ? dit-elle après avoir pris une grande inspiration. Je... j'ai envie d'être heureuse pour elle, tu sais. Mais j'arrive pas à m'en empêcher... à me demander pourquoi elle me fait un coup pareil, pourquoi est-ce qu'elle s'en va... Je sais que... qu'il y a Elsa, je... je me suis faite à l'idée, mais... je croyais stupidement qu'on resterait ensemble, comme meilleures copines, tu vois ? Qu'on ferait nos études ensemble. On avait parlé de prendre un appart en coloc' toutes les deux...
Kristoff hocha la tête. Comment faisait-il pour être aussi compatissant, aussi humain ? Alors qu'elle arrivait tout juste à se supporter elle-même ?
Un lourd sanglot s'échappa de sa gorge, et le garçon se leva, s'assit à côté d'elle et la prit dans ses bras. Elle ne pensa même pas à se débattre, cette fois. Elle avait besoin, désespérément besoin de son réconfort. Elle se mit à pleurer sans aucune retenue, trempant son T-shirt qu'elle serrait entre ses poings.
- Comment je vais faire, Kristoff ? Comment je vais faire sans elle ? Je pensais que ça me passerait, je pensais qu'en l'aidant à retrouver Elsa, en la voyant heureuse avec sa chérie, tout ça me sortirait de la tête, mais... merde, ça ne fait que m'étouffer, me prendre les tripes ! Et là, elle s'en va, et... je peux même pas lui en vouloir, parce que ce serait refuser son bonheur. Je... j'arrive pas à m'arrêter, Kristoff ! s'exclama-t-elle d'une voix étranglée.
- T'arrêter de quoi ? demanda-t-il doucement.
- M'arrêter de l'aimer ! Je... je suis pas jalouse d'Elsa, je sais qu'elles sont parfaites ensemble, et qu'Anna ne... ne sera jamais am... enfin...
La boule dans sa gorge enflait et s'agrippait de toutes ses forces, déchirait ses tissus, rongeait ses chairs.
- J'arrive pas à m'empêcher de me demander si elle m'aurait choisie si... si je le lui avais dit.
Il y eut un bruit, qui leur fit relever la tête.
Anna avait poussé la porte et se tenait debout dans l'encadrement, son poing tendu encore suspendu dans l'air comme si elle avait essayé de toquer, la bouche ouverte et les yeux plus gros que jamais.
Et vu la stupeur dans son regard, il était inutile d'espérer qu'elle n'ait rien entendu.
Bon bah voilà, pour tous ceux qui se demandaient comment Mérida allait prendre la nouvelle...
Prêts à découvrir quelle sera la réaction d'Anna ?
J'ai hâte de lire vos reviews et vos commentaires !
(PS pour Aurlie : Merci pour tes reviews ! Pour créer un compte, c'est en haut à droite, tu cliques sur « sign up » et hop !)
À la semaine prochaine (oui c'est plus simple comme ça).
Ankou
