« Emblèmes de l'Âme »
Lordess Ananda Teenorag
Titre : « Emblèmes de l'Âme »
Auteur : Lordess Ananda Teenorag
Série : Fire Emblem Three Houses
Genre : Alternate Universe – Fantasy, Frienship, Romance, Family.
Résumé : Les Emblèmes de l'Âme. Les marques précieuses d'êtres à la fois humains et divins. De ceux qui peuvent revêtir la forme magique des Esprits Gardiens Ancestraux. Tels que Flamme, le splendide étalon à la crinière de feu, et, Ambre, le magnifique loup aux prunelles d'or.
Personnage central : Sylvain Jose Gautier
Personnages principaux : Felix Hugo Fraldarius, Ingrid Brandl Galatea, Dimitri Alexandre Blaiddyd. La Maison des Lions de Saphir et quelques membres des Cerfs d'Or, dont Hilda Valentine Goneril et Claude Von Riegan.
Soutiens et pairings : Sylvain Jose Gautier x Felix Hugo Fraldarius A+/S
Autres : Mention de Sylvain Jose Gautier x Hilda Valentine Goneril B+. Dimitri Alexandre Blaiddyd x Claude Von Riegan A+/S, Caspar Von Bergliez x Hilda Valentine Goneril A+/S, Ingrid Brandl Galatea x Ashe Ubert A+/S, Annette Fantine Dominic x Mercedes Von Martritz A+/S.
Note : Après Ferdinand et Hubert, maintenant c'est le tour du Quatuor de Faerghus ! Et il me fallait, il me fallait, faire un Sylvix avec un Sylvain qui fait des bêtises, un Felix qui n'arrive rien à lui refuser, une Ingrid qui les réprimande tous les deux, un Dimitri à la fois inquiet et autoritaire avec eux. Pour info, c'est un AU complet, où les Porteurs d'Emblèmes sont appelés les Metanima. Ce sont des êtres avec le pouvoir de se transformer en animal, selon leurs propres caractéristiques physiques et traits de personnalité. Pour Sylvain, c'est un étalon à la crinière de feu. Pour Felix, un loup à la robe de nuit. Pour Ingrid, un aigrette dorée (c'est un oiseau magnifique assez longiligne). Pour Dimitri, un lion (what else ;). La fourrure, le pelage ou le plumage correspondent à la couleur des cheveux, tandis que les yeux sont les mêmes. Dans cet univers, les Metanima sont très convoités, d'où la nécessité de cacher son emblème. Pour le cadre temporel, on se situe après l'ellipse, Dimitri n'a pas encore pu asseoir son pouvoir, à cause de l'absence de certains alliés. Tous les personnages ont plutôt leur caractère post-guerre.
…
Emblème de l'Etalon : Flamme
…
…
Royaume de Faerghus, centre-ville.
Soirée animée.
…
La taverne était bondée.
Flots de boissons et de rumeurs se déversaient des verres et des bouches, pour remplir aussitôt panses et oreilles… d'individus plus au moins agglutinés les uns aux autres. Des mots parfois tendres, parfois gras, parsemaient des actes tantôt audacieux, tantôt timides.
C'était le terrain de chasse parfait.
« Oh, ma douce. Tu sais que ce collier te va à ravir ? »
« Vil flatteur. Tu sais que tu finiras un jour kidnappé par ceux que tu poursuis de tes assiduités ? »
Son sourire étincelant répondait 'Oui, je sais. Et je l'assume'. La jeune femme ne fit qu'en rire.
« Si c'est par une beauté telle que toi, cela m'ira très bien. »
Une claque chassa ses mains baladeuses, mais ce n'était qu'un jeu. Ils le savaient tous très bien.
« Sylvain, tiens-toi un peu. Il y a des gens qui nous observent. »
« Oh ? Mais quel est le problème ? Après tout, c'est normal de regarder les belles personnes, non ? »
Il avait l'habitude d'attirer les regards. Il possédait ce que les gens aimaient : force, charme, suavité. Sa forme importait peu. En humain, il offrait le meilleur moment possible aux autres. Sous son apparence animale, il attirait la convoitise de ceux qui rêvaient détenir le plus beau des étalons.
Et il adorait ça.
« Tu es incorrigible, Sylvain. »
« C'est pour ça que tu m'aimes. »
D'un air jaloux, l'homme à côté de son interlocutrice ronchonna.
« Arrête de parader comme Flamme. C'est pathétique. »
Il hausse un sourcil, taquin. Ses yeux chocolat suivent avec attention les mimiques du troisième individu attablé avec eux. On pourrait croire que ce dernier est jaloux, mais en y observant bien… oh, Sylvain est intelligent, malgré ses airs de séducteur écervelé. Ce n'est pas pour rien qu'il a remporté le premier prix des jeux de stratégie du Royaume. Bon, d'accord, c'est aussi parce que Claude a déserté la finale pour on ne sait quelle raison. Mais, tout de même.
« Flamme ? Qu'est-ce donc ? »
Mais autant noyer le poisson sous l'étang. Et pour ce faire, rien ne mieux que d'entretenir une futile conservation ? De la faire entretenir, par sa charmante interlocutrice.
« Un Esprit Ancestral. Le légendaire étalon à la robe de feu qui sillonne les Plaines Glacées de Faerghus. L'on raconte qu'il apparaît pour séduire quiconque le contemple d'un peu trop près, et, qu'une fois ce méfait accompli, il disparaît en emportant le cœur de ses victimes. »
Et pourquoi ne pas jouer avec le feu, tant que ce n'est pas lui qui tient la torche ?
« Oh, cela pourrait être moi, vous ne trouvez pas ? »
Tant qu'il ne se fait pas brûler…
« Oui, si tu détenais un Emblème de l'Âme. Auquel cas, tu serais la cible des Chasseurs d'Emblèmes. Et la convoitise de la bonne moitié de la taverne… »
« Aucune chance pour que ce vil individu ait un pouvoir aussi précieux ! » coupa le troisième larron de cette étrange assemblée.
Le jeune homme se mit à rire. Il aimait vraiment, vraiment cette ambiance.
« Ne sois pas jaloux, mon grand. Même un beau gosse comme toi perd des points s'il doute de lui-même. »
Le susnommé grommela quelque chose d'inintelligible (sans doute à propos de vils séducteurs à la noix), mais une rougeur fugace avait coloré ses joues. Manifestement, même lui n'était pas insensible à ses charmes.
« Je te déteste, mécréant. »
« Moi aussi, je t'aime. »
Attendrie, la femme les observa sans mot dire. Elle posa la main sur celle de son compagnon, dont les lèvres s'incurvèrent légèrement vers le haut.
« Ah la la… »
« Comme tu le dis. »
A côté, l'étalon roux les regarda avec attention. Puis, lui aussi, se permit de sourire de contentement. Avant, jamais cela ne serait arrivé. Mais tout avait bien changé, à commencer par lui.
'Mignon. C'est pas si mal, d'aider les autres question amour.'
Claude avait eu raison de les convaincre, Hilda et lui, d'utiliser leurs talents pour s'attirer les faveurs des humains.
« Je sais me battre, utiliser la magie, monter à cheval, jouer aux échecs, organiser le meilleur rencard du siècle. Et ça va servir à quoi ? »
« Tu as largement de quoi gagner au change. Hilda ? »
« Je sais faire des arrangements floraux, fabriquer de jolis objets, apprêter les gens et me faire servir. Personne ne danse aussi gracieusement que moi. Oh, je sais manier les armes, mais ça, ce n'est pas très séduisant. »
« C'est tout trouvé. Allez dans les lieux que vous fréquentez et proposez vos services. Vous verrez, vous en tirerez les meilleurs bénéfices. »
Et voilà comment tout avait commencé. Comment il avait commencé à offrir ses services et… recevoir en échange des compensations financières, qui faisaient se poser des questions à sa horde, mais qui lui étaient bien utiles malgré tout.
« Jamais je n'aurais cru que ça marcherait, Claude. Habituellement, les gens m'écharpent après un rencard… enfin, deux rencards. »
« C'est parce que tu le faisais sans y réfléchir sérieusement, pour toi. Mais là, c'est différent. Tu offres un service qu'ils attendent. Et ils t'en sont reconnaissants. »
« Tout de même. Si Dimitri et les autres savaient… »
« Cela restera entre nous. C'est plutôt le fait que tu n'y aies pas pensé qui me surprend. Tu es intelligent, Sylvain. »
« Un écervelé comme moi ? Ha ha, oh que j'aimerais qu'Ingrid ou Felix entendent ça. »
« Oh, ne joue pas à ça avec moi. Je connais le niveau du finaliste de la dernière Coupe des Stratèges. »
Ils rirent ensemble, complices en stratagèmes.
Sylvain était donc intervenu pour raccommoder le couple en voie de séparation, et, avec grand succès, vu son immense talent. Avec surprise, il avait constaté que Claude avait absolument eu raison, concernant ses dons – y compris dans le domaine social. Oui, jouer les entremetteurs, ça payait quand on s'y connaissait en amour et en relations. Hé, de quoi rabattre le caquet de sa famille de cœur. Comme quoi, on pouvait tout à fait être le charmeur du siècle et le meilleur individu du monde. Et puis, à présent, il ne brisait plus aucun cœur. Donc, c'était bien, ce qu'il faisait, non ?
« Bon, c'est pas le tout, mais il est temps de se mettre au travail. Vous vouliez participer au Concours des Meilleurs Chasseurs du Royaume ? Parce qu'avec votre niveau actuel en stratégie de traque, vous n'avez pas l'ombre d'une chance. »
Il se prit deux coups dans la tête – un féminin, un masculin. Oh, il l'avait bien mérité.
…
Royaume de Faerghus, Plaines Glacées.
Au même moment.
…
« Qui a encore oublié de ramener du bois pour le feu ?! »
Sylvain, fut la silencieuse – et unanime – réponse de la petite troupe. Pourtant, ses membres en parurent peu concernés. Annette étudiait frénétiquement le dernier tome des Magies du Monde, sous l'œil doux de son amie Mercedes. Les autres, quant à eux, étaient plus ou moins empilés les uns sur les autres pour se protéger du froid. Ingrid, en responsable individu qu'elle était, sentit la moutarde lui monter au nez.
« Felix ! »
Un élégant loup à la fourrure de nuit ferma les yeux, roulé en boule dans un coin. 'Pourquoi moi ?' semblait dire son grognement indistinct.
« Parce que tu es toujours de mèche avec lui. »
Une grimace se dessina sur la gueule du fauve. 'Je ne suis pas responsable des écarts de cet insatiable idiot', disait-elle, alors qu'il se rendormait. Ingrid la Chevaleresque en conçut de la contrariété.
« Altesse, faites quelque chose ! Cela ne peut pas durer ainsi. C'est la troisième fois que Sylvain nous plante dans ses corvées pour filer en ville ! »
L'œil perdu dans le vague, le Roi Tempête s'appuya sur sa légendaire lance Areadbhar, qui brillait d'une lueur morne.
« Est-il trop demander d'avoir un peu de tranquillité, en ce paisible soir de la Harpe ? » marmonna-t-il.
Manifestement, même Dimitri n'allait pas l'aider, aujourd'hui… la jeune femme soupira.
« Pas vous aussi ?! »
Non loin d'eux, l'élégant loup de nuit inclina sa tête sur le côté, une sorte de rictus inscrit sur ses traits.
« Même le phacochère ne peut gérer l'insatiable idiot qu'est Sylvain. »
Une claque sur l'épaule le fit grogner de mécontentement.
« Langage, Felix. » le tança vertement leur amie.
« Grrr. »
Il n'y avait pourtant aucune agressivité dans ce grognement animal.
C'était, après tout, une scène domestique.
…
Royaume de Faerghus, centre-ville.
Soirée animée.
…
« Place le pion ici. Tu seras en mesure d'isoler le roi et de le capturer. »
Force fut à l'homme de constater que l'abruti savait de quoi il parlait. C'était la cinquième partie qu'il jouait avec cet irritant professeur, qui n'avait de pathétique que ses tentatives de flirt. 'Je n'arrive pas à croire que ce dragueur du dimanche soit aussi fort aux jeux de stratégie', disait son expression. Sylvain l'Enjôleur avait des neurones, pour le plus grand malheur de ceux qui avaient affaire à lui.
« Grah ! J'ai encore perdu. »
Le vil individu lui fit un clin d'œil, mi-espiègle, mi-charmeur.
« Oh, ce n'est pas si mal. Tu as progressé. Dommage que tu affrontes le Champion de la Coupe des Stratèges. »
« Parce que tu as gagné cette prestigieuse Coupe du Royaume ?! »
« Hé oui, hé oui… après tout, vous avez devant vous le grand et merveilleux… hé, ne me regardez pas comme ça ! C'est vrai ! »
Devait-il se sentir insulté par le regard profondément dubitatif du couple ? Un peu, quand même. Car même s'il cultivait l'image de l'idiot pour mieux surprendre, pour une fois qu'il disait la vérité…
« Ne boude pas, Sylvain. Ça ne fait pas très viril. » rit la jeune femme.
« Maaaaiieeuuh ! Je suis toujours viril, moi ! »
Pour plaisanter, il avait exagéré sa mimique, entraînant un nouveau rire de son interlocutrice. Même l'autre homme ne put s'empêcher de sourire.
« Quel pathétique professeur. Quand je pense qu'il nous enseigne la stratégie… »
« Oh, tu me blesses, beau gosse. Tu le sais ? »
Ses yeux chocolat parcoururent le visage carré, mais bien fait, de son interlocuteur. Son regard dut troubler ce dernier, qui détourna la tête. Un sourire étira les lèvres de Sylvain. Il portait bien son surnom d'Enjôleur.
« Mais quel abruti… »
Il plaisait aux hommes. C'était un fait, dont il ne s'était rendu compte que très tard, par manque de maturité.
« Ooooh, douleur des douleurs ! Personne ne me prend au sérieux… »
A présent, il savait exploiter ce point fort. Si jadis, il s'attirait les foudres des compagnons entourant le beau sexe, il avait appris de ses erreurs. A présent, il charmait également la gent masculine qui entourait ses conquêtes. C'était une excellente tactique pour s'éviter les vengeances à la chaîne. Les duels d'honneur, très peu pour lui.
« Ça t'étonne que personne ne te prenne au sérieux, avec un comportement pareil ? »
L'Enjôleur laissa tomber son sourire artificiel, pour porter un regard aigu sur son interlocuteur. Qu'importât son attitude désinvolte, il était intelligent. Il saisissait les situations et cernait les gens.
« Souris un peu plus. Tu es beau. Tu verras que ça attirera les gens vers toi. »
Sylvain savait, à présent, joindre la sincérité à la flatterie. Conscient, désormais, du pouvoir positif de la séduction, et, armé de son charme inné, il pouvait apporter aux autres ce qu'il était, sans se renier.
« Hmph. Digne d'un vil séducteur de ton genre, Sylvain… »
Oh, et… cette façon de le rabrouer, avec des mots faussement durs… lui rappelait son très cher ami d'enfance. Lequel avait le majeur défaut de détester les bonnes choses de la vie. Mais bon, on ne se refait pas, hein ?
'Felix. J'aimerais tellement que tu viennes plus souvent avec moi, pour s'amuser. Passer du temps avec toi, c'est la meilleure chose au monde.'
« Vil séducteur, oui. Mais pas que, ha ha. »
Il avait changé depuis la guerre (tout le monde avait changé, d'ailleurs). Maintenant, la séduction avait un but plus innocent : le plaisir. Personnel, mutuel, partagé. Oh, occasionnellement… il se faisait offrir des cadeaux, mais ce n'était pas le but du flirt. Non, se faire servir, c'était plutôt le domaine de Hilda l'Aguicheuse. Lui, il aimait la compagnie et le sexe pur. Chose qu'il recevait et donnait à volonté.
« Bon, c'est pas tout ça, mais je dois rentrer au bercail ramener le fruit de mon travail. Mon chef risque de ne pas être content si je traîne trop. »
« Ah, parce que tu écoutes quelqu'un d'autre que toi-même ? »
Il consentit à sourire sous cette accusation éhontée. Cela dit, la dernière fois qu'il était rentré à l'heure où les autres se réveillaient… (bon, d'accord, c'était la quatrième fois de suite !)
« Euh… bonjour, Votre Altesse ? »
Au moins, il n'avait pas dit 'bonsoir', cette fois.
« Sylvain, la prochaine fois que tu rentres au petit matin et que tu inquiètes tout le monde, je te flanque un bon coup sur la tête. »
Oups. Dimitri en mode Roi Poule. Ça allait barder. Même sans arme, il était flippant dans cette humeur.
« Vous pourriez me tuer rien qu'en me donnant une gifle, votre Altesse. J'aimerais autant éviter cela. »
Il avait tenté un sourire désarmant, mais le Roi Tempête connaissait trop bien l'Enjôleur pour se laisser duper. Depuis l'enfance, en fait.
« Alors tu rentres avant l'heure du coucher, et, c'est non négociable. Sinon je viens te chercher personnellement en ville et je te traîne par la peau du cou. C'est compris ? »
Un soupir à fendre l'âme.
« Oui, Votre Altesse. »
Ce souvenir se rappela à lui, le faisant grimacer.
« Je n'ai pas trop le choix. Le boss aurait la force de me plier en deux. »
« Tu ne peux pas t'arrêter de faire des sous-entendus ?! »
Sa réputation allait le perdre, c'était certain.
« Non, pour une fois, c'en était pas un. Il a vraiment la force de me casser les reins. Euh, enfin, je veux dire… »
« Obsédé. »
Rectification : sa réputation l'avait perdu. Il soupira, tel un damné.
« Victime de mon charme, je sais… »
« Tu reviendras demain ? »
Sans le regarder, l'homme s'était mis en tête de compter les pièces qu'il lui devait. Cette simple phrase, pourtant… lui faisait chaud au cœur.
« Autant de fois que vous voudrez de moi. »
« Alors, c'est mal parti, on risque d'avoir encore besoin de toi. » rit la jeune femme. « Vu notre niveau… »
Il empocha l'argent. Puis, avec plus de sincérité, ajouta.
« Ce n'est pas si mauvais, vous avez progressé. La prochaine fois, je vous apprendrai les Stratagèmes de Conquête du Terrain. Avec ça, vous ne pourrez que gagner le prochain concours de traque. »
Le duo était sympathique. Sylvain devait s'avouer qu'il les appréciait bien. Dommage qu'il ne puisse pas leur avouer sa nature véritable. La taverne était bourrée de Chasseurs d'Emblèmes. Déjà qu'Ingrid le soupçonnait de se mettre en danger, si elle avait vent des endroits qu'il fréquentait… aïe aïe aïe. Dimitri risquerait de lui interdire de sortir de la Plaine Glacée, et ça, il ne le voulait pas.
…
Royaume de Faerghus, Plaines Glacées.
Matinée enneigée.
…
Plus fort.
Il bondit.
Plus vite.
Il galope.
Toujours plus.
Il s'envole.
Vole, Etalon du Feu.
Tu es le Symbole du Désir
Qui embrase les sens.
C'est Flamme ! L'Etalon de Feu !
Il engloutit les plaines, décime les éclairs.
Capturez-le !
Il transgresse les désirs.
'Vous ne m'aurez jamais. Jamais !'
Sa course ne prendra fin… qu'avec sa mort.
Vole, Etalon de Feu.
Tu es le Symbole du Désir
Qui embrase les sens.
…
La course ralentit, près du point de rencontre.
L'on raconte, sur la Berge des Promesses, que deux enfants ont juré de mourir le même jour…
'…'
Ses prunelles chocolat scannent les environs.
La plaine est froide. Les arbres sont muets.
Mais le vent porte son odeur, et, Flamme sait, en son cœur, que son compagnon l'attend.
L'on raconte, sur la Berge des Promesses, que deux êtres ont juré de partir le même jour…
La crinière se soulève. Le vent parle de lui. De sa fourrure soyeuse, empreinte de la Nuit que ses griffes ont volée aux ténèbres.
'Felix ?'
Sur la berge d'en face, un splendide fauve le regarde de ses yeux dorés.
« … »
C'est le Loup de la Nuit, Ambre.
Ambre, dont les prunelles sublimes envoûtent les êtres, dont les crocs déciment les faibles. Nombreux sont ceux qui craignent ses morsures, mais bien plus nombreux sont ceux qui admirent sa beauté.
Quant à ceux qui convoitent sa force…
'Ils ne t'auront jamais, Felix. Pas tant que je serai à tes côtés.'
« Loup de la Nuit… »
…as-tu entendu l'appel de ton ami, l'Etalon de Feu ?
Un rictus dévoile les crocs du Loup. Ils étincèlent sur la neige blanche, dans une promesse de combats et d'éternelles joutes.
« … »
Mais… ce n'est qu'un jeu, pour Flamme.
« Ambre… »
Danse des crocs, Loup de la Nuit. Que ton inégalable grâce envoûte le cœur d'enfant qui me reste.
Entre eux, ces joutes n'ont toujours été qu'un jeu.
« Montre-moi ta danse, Flamme ! »
Sans crier gare, Ambre file sur la blanche neige – défiant le feu de s'embraser, l'éclair de le rattraper.
Alors – sans même réfléchir – il s'élance à la suite de son compagnon d'enfance.
…
« Plus fort. Plus vite. Toujours plus. »
'Et c'est moi que tu appelles 'insatiable', Felix ?'
Il n'était pas facile de sourire sous forme animale. Surtout en galopant. Mais, avec Felix, il se sentait capable de tout.
Chante, Loup de la Nuit.
Que la neige blanche avale ton ombre
Que la Lune elle-même ne peut saisir.
« Plus fort… plus vite… toujours plus ! »
Avec une aisance surnaturelle, Ambre avait accéléré l'allure – comme s'il ne filait pas déjà aussi rapidement que les flèches des Chasseurs d'Emblèmes !
'Ah, tu es en forme, Felix !'
Devant lui, au tournant, se dessinait un ravin aussi profond que large. En-deçà, la rivière coulait, bordée de rochers tranchants. Naturellement, il fallait toujours qu'Ambre en fasse des tonnes…
'Et dire que c'est moi qu'on accuse d'en faire trop !'
« Ambre ! Hé, attends ! »
A son tour, Flamme se ramassa sur ses jambes et… franchit l'obstacle d'un seul bond, comme l'avait fait son compagnon. Si l'entraînement n'était pas forcément sa tasse de thé, il adorait passer du temps avec son indomptable ami.
« Ambre ! Attends-moi un peu. Il n'y a pas le feu, que je sache… »
Alors qu'il pressait de nouveau le rythme pour le rattraper, il aperçut, à l'orée de la forêt, l'ombre bleutée de son compagnon, à l'arrêt. L'air méfiant, le fauve découvrait ses crocs, reniflant la piste suivie.
'C'est vraiment un loup dans l'âme. Aussi gracieux, aussi farouche… le plus beau des fauves et des êtres en ce monde.'
Alors que cette dangereuse pensée le traversait, un grognement interrompit sa secrète contemplation.
« Tu as fini de me fixer comme ça ? »
Comptez sur Felix pour toujours se montrer aimable, mais, ça faisait partie de son charme.
« Je me disais que ta fourrure était superbe ce soir. Le noir bleuté, c'est ta couleur. Tu devrais porter plus souvent des vêtements dans ce ton, sous forme humaine… »
Les crocs appuyèrent légèrement sur son paturon.
« Garde tes répliques pour les pauvres imbéciles que tu séduis. »
Il s'écarta légèrement, sans mouvement brusque. La pression n'était pas suffisante pour le blesser, mais les dents d'Ambre n'étaient pas agréables au toucher.
« D'accord, d'accord… »
Quelle ironie que l'unique être qu'il eût voulu charmer fût le seul insensible à ses flatteries. Son cœur avait déjà été piégé depuis son enfance, en choisissant Ambre. Ambre, dont les mots étaient aussi acérés que les crocs, dont la course était aussi preste que les étoiles filantes. La Nuit elle-même gardait le secret de son infinie beauté.
« On fait une petite pause ? Ça fait des heures qu'on court… »
Les yeux dorés le fixèrent, aigus. Puis le Loup de la Nuit inclina la tête, l'air dédaigneux.
« Tu t'affaiblis. Ce n'est pas parce que la guerre est finie que tu dois cesser de t'entraîner. Que feras-tu si un ennemi attaque notre meute ? Ou si un Chasseur d'Emblème te repère ? »
Pourtant, il n'avait pas écarté ses pas de son compagnon. Ce dernier en profita pour reprendre forme humaine.
« Nos frères et sœurs ne sont pas des débutants en combat. Et les Chasseurs d'Emblèmes ne m'attraperont jamais. Ils sont bien trop bêtes et moi trop malin. »
Avec un soupir, le fauve l'avait imité.
« Tu es imprudent. Un jour, cela te perdra. »
Ses yeux dorés – couleur ambre – restaient la marque de cet indomptable prédateur. Par habitude (et aussi pour éviter de laisser ses pensées dériver dans cette direction), Sylvain avait opté pour le grand sourire charmeur.
« Oh, tu t'inquiètes pour moi ? »
Le jeune loup avait détourné le regard.
'Ha, ça marche à tous les coups !'
« Abruti. Bien sûr que je m'inquiète pour toi. Tu es capable de courir dans les filets des Chasseurs d'Emblèmes, sans même t'en rendre compte ! »
Felix, le Farouche, était bien connu pour ses mots acerbes et ses rudes manières. Beaucoup de gens le craignaient pour ces raisons. Mais Sylvain, l'Enjôleur, qui le côtoyait depuis l'enfance et avait grandi avec lui, savait bien, qu'en réalité, sous ses dehors de prédateur sauvage… se cachait un être profondément sentimental et loyal.
« Oh, le Farouche qui m'avoue son amour. Qui êtes-vous et qu'avez-vous fait du vrai Felix Hugo Fraldarius ? »
C'était pour ça qu'il avait tendance, dès qu'il en avait l'occasion, à le taquiner sur sa fibre sensible. Le problème, par contre, c'est qu'il avait du mal à s'arrêter. Et qu'il aurait peut-être mieux fait de la boucler.
« Hé ! Aïe aïe aïe ! Mais ça va pas ?! »
L'instant d'après, il s'était retrouvé par terre, coincé dans une redoutable clé martiale. Une voix indifférente parvint à ses oreilles.
« Je voulais tester la nouvelle prise que j'ai apprise ce matin. Succès total. »
Coincé sous l'inexorable étreinte d'un guerrier, l'étalon grogna.
« Tu avais l'effet de surprise ! »
« Tu t'imagines qu'un ennemi t'avertira de son attaque ? »
Il tenta de se libérer, mais, malheureusement pour lui, le Farouche était aussi puissant que sauvage.
« Duel, combat, duel, combat. Il n'y a que ça pour toi, qui compte ? »
« Dixit celui qui ne pense qu'à courir les filles. »
Etrangement, la prise se resserra plus violemment. L'Enjôleur couina de douleur.
« Je ne fais pas que courir les filles ! »
'Les garçons sont aussi à mon actif. Et, surtout, si celui qui me coinçait sous lui pouvait se rendre compte de l'effet qu'il fait aux autres, ça m'arrangerait…'
Au lieu de quoi, il répondit simplement.
« Je m'amuse. Je ne fais de mal à personne. Hé, grâce à ça, on me donne même de l'argent et des vivres ! Tu aurais dû voir, le couple de l'autre fois… aïe aïe, desserre un peu, tu me fais maleeeeuuhh ! »
« Ah, parce que, maintenant, tu fais dans les couples ? Pfff… non, finalement, ne réponds rien. Je n'ai pas envie de savoir… »
La prise se relâcha à peine.
'Ah, l'enfoiré !'
« Tu es injuste ! Je n'ai rien fait avec eux. Pas ce que tu t'imagines, si ce que tu imagines est ce que j'imagine. Ils sont super sympas, on a juste joué aux échecs. Je les aide à affûter leurs techniques de traque et de stratégie… ça se trouve, ce sont des Chasseurs d'Emblèmes… ha ha ha, l'ironie… »
« Sylvain. »
La prise s'était desserrée, mais le ton s'était durci. Il y avait une nuance incisive, sans appel, qui sonnait comme un avertissement.
« Je fais attention, Felix. Je te le promets. Ils ne savent pas qui je suis. »
« … »
Le silence se fit. Ne pouvant lire le visage de son ami, l'étalon essaya de déchiffrer sa respiration haletante, qui trahissait son état de pensée.
Alors, sans crier gare…
« Abruti. Dégage de là, tu ne sers vraiment à rien ! »
…un méchant coup de pied l'envoya rouler sur le côté.
« Aïe aïe ! Mais quelle douceur… »
L'étalon se frotta les fesses. Il en était quitte pour se coucher sous forme animale, plutôt que de s'asseoir normalement comme un être humain…
« Quelqu'un est de bonne humeur, à ce que je vois. »
« Crétin ! »
Parfois, Sylvain se disait que, vu la façon dont Felix le regardait, il finirait par le mordre même sous forme humaine.
« Le phacochère a encore fait des siennes. C'était insupportable. Entre toi qui n'es jamais là la nuit, et, lui qui s'agite tout le temps dans son sommeil… ça devient ingérable. Je me demande ce que je fais avec cette bande de bras cassés… »
« Mon cher ami, dis-le moi, si tu veux que je te réchauffe… aïe aïe aïe, ok, j'arrête, ne me donne pas de coup de pied ! »
Par prudence, il s'était écarté de son charmant – mais lunatique – ami. Un Felix de mauvaise humeur, c'était un Felix enclin à laisser des blessures. Sauf que, précisons-le, s'il donnait des coups, ça pouvait aussi être son état habituel.
« Dimi fait encore des cauchemars ? »
« Tu le saurais si tu ne passais pas ton temps à sortir toutes les nuits ! »
Ah, finalement, il était vraiment de mauvaise humeur… l'étalon roux pencha la tête, puis – avisant l'air revêche de son ami – dit avec sincérité.
« Je suis désolé, Felix. Je n'ai pas été assez attentif, ces derniers temps. »
« Humph. »
Le ton restait grincheux, mais Sylvain pouvait entendre l'inflexion du mécontentement s'adoucir légèrement.
« Dis-moi. C'est encore le passé qui le tourmente… c'est ça ? »
Le loup ne pipa mot, mais ses prunelles soudainement étrécies parlèrent pour lui. Sylvain soupira.
« Il aurait besoin de se détendre, je pense. La situation politico-sociale du Royaume est délicate. Le Trône de Faerghus est un fardeau que je ne lui envie guère. Même reclus, ses sujets l'enjoignent de répondre à leurs besoins. Mais il ne peut pas les rejoindre… pas encore. Pas tant qu'on aura retrouvé le Professeur. »
« Tu crois que je ne le sais pas, peut-être ?! »
Les yeux chocolat de l'étalon se firent sérieux.
« Felix. Tu es le Premier Conseiller du Roi, mais tu ne peux assumer ses tourments. T'inquiéter pour lui, au point de mal dormir, ne l'aidera en rien dans ses tâches. Garde la tête froide. Tu es le meilleur pour ça. »
Un an auparavant, Felix le Farouche eût nié s'inquiéter pour Dimitri Alexandre Blaiddyd, Douzième Roi de Faerghus. Ami ou maître, détestation ou amour, la frontière entre ces extrêmes était aussi mince que le lien entre ces deux-là était complexe. Mais, aujourd'hui, il s'autorisa un petit sourire.
« Et dire que c'est un bon à rien dans ton genre qui me rappelle mon devoir… »
Affectueusement, l'étalon donna un coup de tête sur l'épaule de son compagnon.
« Hé, même un bon à rien dans mon genre peut dire des choses sensées, parfois. »
L'Enjôleur n'était pas seulement un séducteur empli de charme et de talent. C'était également un homme complètement dévoué à ses amis. Un éclat éclaira brusquement ses prunelles.
« J'ai une idée. »
« Non. »
Sylvain ouvrit la bouche, pris de court.
« Comment ça, non ? » croassa-t-il.
« La dernière fois que tu as une 'idée'… ! »
Les yeux du loup étaient devenus deux fentes d'or liquide.
« …on a fini enfermés dans l'arène souterraine ! »
« Je pouvais pas savoir que c'était un repère de bandits parieurs ! »
Or de l'Ambre liquide, amie des Flammes !
« …j'en ai encore des raideurs dans le dos ! »
« C'était avant la fin de la guerre ! »
Le Farouche montra les crocs.
« Bon. Crache le morceau. C'est quoi ton idée ?! »
« Il y a eu des rumeurs d'un être aux pouvoirs extraordinaires, dont l'épée étincelle à la lumière de la lune. On chasse les informations dans les Plaines Glacées et on voit s'il y a des traces du Professeur. Si c'est le cas… alors… »
Alors, l'espoir sera permis pour le Royaume de Faerghus. Le temps sera venu, pour Dimitri, le Roi Tempête, Héritier de l'Emblème de Blaiddyd, de rallier le peuple à la cause de Fódlan.
Une dent égratigna son épaule.
« Aïeeeeeuuuhhh ! Mais qu'est-ce que j'ai fait, cette fois-ci ? » gémit Sylvain.
« Ça m'énerve quand tu as raison. »
Un sourire d'excuse fleurit sur le visage de l'Enjôleur.
« Pardon. »
Le Farouche le fixa, sensible à la douceur qui traversait ce simple petit mot. Tel un miroir du cœur, l'or liquide refléta l'once de tendresse d'un lien millénaire. Lien qui avait pris naissance dans le berceau des Plaines Glacées, là où, sur la Berge des Promesses, un serment avait été fait…
« Hé, Felix. Tu te souviens de notre promesse ? Celle de mourir ensemble ? »
« Je m'en souviens. »
Un ton acerbe coupa la rêverie de l'Etalon de Feu.
« Mais on ne s'approche pas de la ville. Je ne supporte pas la présence des humains. Je crois que j'étranglerais quelqu'un, si on croise tes… 'conquêtes'. »
« C'est dommage. Ils sont vraiment sympathiques. Et super mignons tous les deux… aïeuuh ! »
En un coup de vent, le Loup de la Nuit s'était évanoui dans la clarté matinale.
« Bien fait pour toi. »
