Yo !

Cet OS est la suite directe du précédent, il est aussi écrit pour la Nuit du FoF, sur le thème Méphitique.

Ici, j'utilise des pronoms neutres pour Katie/Pidge.

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Temps mort

Une inspiration qui râcle sa gorge. La main de Keith sur son épaule.

Raté. Raté, encore raté, et iel est en colère. Iel veut y retourner. Retourner sur le terrain, hurler à Lance qu'il se trompe, qu'il se fait avoir et que le monde n'est pas ce qu'il croit.

L'air pollué qu'iel respire n'aide pas.

Iel sait qu'iel doit se calmer. Se calmer, et sûrement pas fumer une cigarette. Mais quand iel le croit hors de danger, Keith en allume une, et le bras valide de Katie bouge plus vite que la surprise de Keith.

« C'est pas une bonne idée.

— Tu m'avais caché que t'étais un génie, toi aussi. »

Iel prend une longue latte. C'est rassurant. Iel tousse un peu mais tant pis. La guerre qu'iel mène a épuisé son corps, iel ne devrait vraiment, vraiment pas, parce qu'iel a besoin de ses toutes ses forces pour gagner.

Mais juste cette fois.

Juste maintenant, juste ce soir, après avoir retiré son costume de vilaine et avant de renfiler son binder et ses lunettes, quand iel n'est plus ni Cat Green ni Katie Holt ni Pidge Gunderson, mais quelque part entre tout ça, aux limites de toutes ses identités, iel s'accorde un répit. En boxer et T-shirt, les cheveux mouillés sur le canapé de Keith, iel se sent mieux que tout à l'heure. Kosmo s'approche d'ellui, pose la tête sur sa cuisse. Kosmo s'en fout, d'à quoi iel ressemble, de quel nom et pronoms iel utilise, de ce qu'iel porte et de ce qu'iel dit. Kosmo, il sent une odeur qu'il connaît, qu'il associe avec des caresses dans son cou et l'autorisation implicite de lécher un visage. La langue du chien est bientôt dans ses oreilles et iel rit, essaie d'oublier. Juste un moment. Juste ça. Iel sait que c'est provisoire.

Il faudra bien enfiler le costume de Pidge et retrouver l'appartement avec Lance, ouvrir la fenêtre, parler comme si de rien et essayer, essayer de planter des graines de doute dans l'esprit de son colocataire.

Il faudra bien, plus tard, s'affubler de la blouse de Katie Holt et retourner dans ce laboratoire dont les gaz méphitiques, à force d'être respirés, l'empêchent peu à peu de vivre.

Il faudra bien que Cat Green revienne sur le devant de la scène et combatte les héros de cette ville plus pourrie encore que tous les poumons de tous les fumeurs du monde.

Il y a quelque chose de sale, ici.

Quelque chose qui colle à la peau, qui s'infiltre, qui empoisonne.

Aucune douche ne fera jamais partir ça.

Keith s'allume une autre cigarette dans la cuisine, ouvre la fenêtre et lance un café sur le feu. Cette cafetière, c'est Katie qui la lui a offerte. Iel se dit que c'était peut-être une mauvaise idée.

De le voir là, fumer en marmonnant, une cafetière italienne sur des plaques au gaz dans une toute petite cuisine, ça ressemble un peu aux photos de son père quand il vivait à Venise.

C'est ça aussi, la cigarette.

L'odeur du bureau de son père qui lui faisait froncer le nez, enfant. Iel lui disait, à son père, que c'était du poison, et il disait qu'il savait, et iel comprenait pas pourquoi il arrêtait pas.

Iel prend une seconde bouffée, plus petite. Iel veut faire durer la cigarette. Après celle-là, iel arrête. Pour aujourd'hui en tout cas. Iel ira se laver les dents, enfilera le costume de Pidge, et Pidge rentrera dans son appartement.

Pidge racontera à Lance qu'on l'a traîné à une soirée avec des gens de son département. Ou qu'un ami de son père est en ville et qu'il est allé dîner chez lui. C'est plus proche de la vérité, ça marchera mieux. Il fait chaud, c'est le tout début de l'été, mais il devra garder des manches longues. Son épaule est bleue. Pidge trouvera quoi inventer, et s'il marmonne ou s'il bafouille, Lance mettra ça sur le compte de sa personnalité de nerd, les clichés qui vont avec. Il le connaît peut-être un peu mieux que ça, maintenant.

Le début de l'été … oui, ça ferait presque un an qu'iel est là. Les choses se sont mises en place, lentement mais sûrement. Trop lentement.

Iel a un quotidien ici maintenant.

Un quotidien entre Keith et Koma-inu, Lance et SP-Icy, Pidge et Cat Green, Garrison, Galra et la Lame de Marmora.

Les lignes entre ses parties de sa vie, nettes au début de l'années, se sont troublées au point qu'iel peine à savoir qui va où.

Iel ne sait plus à qui appartient sa colère.

Ou sa détermination.

Iel soupire, note que sa cigarette s'est éteinte. Keith pose une tasse de café devant ellui, et iel le remercie d'un hochement de tête.

« Tu fais la tête. On y retournera une autre fois. »

Iel secoue la tête.

« C'est pas ça.

— Quoi, alors ? »

C'est rare, que Keith soit plus bavard qu'ellui. Il doit s'inquiéter. Drôle de sensation. Iel a plus quinze ans.

« La mission traîne en longueur. Plus on reste ici, plus on s'expose, moins on a de chances. Ça te fait sourire ? »

Iel hausse les sourcils bien haut, et Keith se permet une main dans les cheveux, les décoiffe.

« Patience est mère de concentration, K2. »

Iel plisse les yeux. Iel n'aime pas ce surnom-là. Au moins, il ne ramène à aucune identité particulière. Juste à Keith et ellui. K1 et K2. Iel soupire. Keith tire sur sa cigarette, et ça lui rappelle de rallumer la sienne. Il lance :

« Tu dis 'on' naturellement, maintenant. »

Iel relève les yeux d'un coup. C'est vrai. Iel ne remarque même plus. Iel met un coup dans l'épaule de son ami, ricane.

« Ouais. »

Iel est toujours au milieu d'une mer de merde méphitique, mais …

« On est dans la même merde. »

Et iel espère, sincèrement, que ça changera quelque chose.

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Dans la VF c'est juste « Patience et concentration », donc je me suis permis de modifier ? Je préfère garder la notion cause/conséquence.

Aussi, ouais, les deux personnes de l'équipe qui ont le moins l'esprit de groupe qui bossent ensemble. Oui.

Si je continue cet UA en Français, y aura une backstory et tout.