Yo ! Encore un OS de la Nuit du FoF, cette fois sur le thème Vache. Est-ce que le thème est exploité autrement que dans le titre ? Non. Est-ce que ça vaut quand même ? Oui.
Si je postais cet UA dans l'ordre que j'avais prévu avant de commencer à écrire, ç'aurait été le premier chapitre. So. Voilà.
Bonne lecture !
La Vache Blanche
Il fait déjà nuit depuis plusieurs heures quand Pidge coupe le moteur de la voiture. Les rues du quartier sont silencieuses, et de ce qu'il peut voir, la plupart des lumières d'appartements est déjà éteinte. Le quartier dort, et il ne demande qu'à faire de même. Il fait rouler ses épaules, essaie de chasser l'inconfort qui s'est installé après tant d'heures assis. Pas qu'il bouge tellement en temps normal, mais les heures de conduites l'ont à la fois engourdi et exténué. Il ouvre la portière, quitte l'habitacle et étudie l'immeuble devant lequel il s'est garé. Son immeuble, maintenant.
Au troisième étage, la première fenêtre en partant de la gauche est allumée. Chez lui. Chez lui, et honnêtement, il rêve de laisser ses cartons dans la voiture, de seulement attraper son ordinateur et de se glisser dans son nouveau lit. Mais il sait que s'il monte maintenant, il va en premier lieu devoir rencontrer son nouveau colocataire. Et très certainement lui parler. Peut-être seulement des banalités, mais s'il essaie d'engager une vraie conversation ? S'il commence à raconter sa vie ? A parler de ses études ou de sa famille ? Pidge a lu qu'il est de nature bavarde, et rien que la pensée d'une conversation lui donne la migraine.
Il s'étire plus longuement, secoue les jambes un bon coup avant de checker son téléphone. Deux appels manqués, et un message.
Yo ! Comme tu réponds pas à ton tel et qu'il est tard, j me demandais si t'arrivais tjrs aujourd'hui ?
Il plisse les yeux pour lire, avant de se rappeler qu'il peut baisser la luminosité. Voilà. Il a bien vu. Trois points d'interrogation. Est-ce que ça veut dire que son futur colocataire est en colère ? Ou est-ce que c'est sa manière à lui de s'exprimer ? Impossible à dire avec si peu de matière. Pidge sursaute en sentant le téléphone vibrer dans ses mains. Bon. Plus de matière, alors.
PS : Bref ! Dis-moi quand tu sais, et si jamais, je laisse les clés sous le paillasson avant d'aller me pieuter ! Au plaisir !
XOXOXO
Pidge note l'information et range le téléphone dans sa poche, se demandant vaguement si ce type — Lance McClain, il se souvient — est un genre de nerd qui n'a aucune notion des codes sociaux mais essaie très fort. Ce qui, il espère, justifierait la signature. XOXOXO ? Aujourd'hui ? Dans un SMS ? A un inconnu ?
En tout cas, ça veut dire qu'il peut se permettre d'attendre qu'il dorme pour entrer. Il est déjà une heure passée, alors il suppose que ça ne devrait pas tarder. Ceci dit, Pidge n'a pas spécialement envie de s'enfermer pour une durée indéterminée dans sa voiture à nouveau. Pour ce qu'il en sait, Lance McClain pourrait être un oiseau de nuit, et c'est un risque fort peu nécessaire quand il a un tout nouveau quartier à découvrir.
Il sort à nouveau son téléphone, espérant trouver quelque part un débit ouvert où il pourrait boire autre chose qu'un café d'aire d'autoroute. Le goût crasseux lui colle encore aux dents et il verrouille la voiture, nouvellement motivé.
La marche lui dégourdit les jambes et l'air frais de la nuit s'engouffre dans ses poumons, tellement plus agréable que celui qui tourne en boucle dans la voiture. Il regarde un peu partout, essaie de retenir le nom des rues, l'allure des bâtiments avant de trouver l'adresse indiquée par son GPS. Une devanture sombre et salle, bouffée par le lierre comme si elle était là depuis mille ans.
C'est petit. De plain-pied, pas d'étage et ça fait comme un trou entre les immeubles d'habitation. Ça détonne dans le paysage urbain, avec ses fenêtres aux vitres carrées, tenues entre elles par des bars métalliques dont la peinture verte s'est effritée avec le temps. La lumière, qui vient de l'intérieur, est d'un jaune Sali par la poussière, étonnamment réconfortant, et par-dessus la porte de bois, sur une planche gravée, l'inscription en lettres sèches : La mucca bianca. Pidge n'est pas certain qu'il aurait pu la déchiffrer s'il ne l'avait pas lue plus tôt sur internet, mais l'agencement des lettres a quelque chose de familier qui le pousse à entrer, en dépit de l'état de la devanture.
La porte grince sur ses gonds quand il l'ouvre, et une sonnette de métal tinte au-dessus. C'est haut de plafond, mais les poutres apparentes et l'abondance de fioritures — bouquets séchés, tresses d'ail, plantes en pot — resserrent l'espace, le remplissent.
C'est comme en-dehors du temps, et du coin de l'œil Pidge cherche un visage, une silhouette qui lui indiquerait qu'il n'est pas le seul à voir cet endroit, mais la pièce est vide. Les tables, couvertes de nappes à carreaux blanches et rouges, sont encombrées de chaises retournées. Sur le mur à sa gauche, une toile peinte à l'ancienne mode, figurant une simple vache blanche dans ce qui semble être un pré. La signature est mangée par le cadre, indiscernable. Est-ce que ce serait un V ? Puis un P ? Ou un A ?
« Qu'est-ce que je peux vous offrir ? »
Il sursaute, rajuste immédiatement ses lunettes en tournant la tête vers l'origine du son. Derrière le bar, une jeune femme le regarde. De loin, il n'arrive pas bien à discerner la couleur de ses yeux. L'ombre fait des tâches noires dans ses iris, quand la lumière révèle des éclats presque dorés, ou rouges. Son débardeur blanc contraste avec sa peau mate et ses cheveux courts, d'un noir si profond qu'ils absorbent la lumière et ne reflètent que d'infimes traits brun foncé, tombent en traits droits au bord de son visage.
« Un espresso doppio. S'il-vous-plaît. »
Comme le regard traine sur lui plus que nécessaire, Pidge enfonce les mains dans ses poches, rajuste ses épaules.
« A emporter. »
Il précise, avant de se perdre dans les gestes de la barrista. Ses mains jouent avec la machine à expresso, assurées, plus fortes qu'elles ne le semblaient inactives. Pidge déglutit.
« Certo. Vous vivez ici ? Je ne vous ai jamais vu dans le coin.
— Je suis nouveau. »
Pidge n'élabore pas, sort son téléphone pour se préparer au paiement, espérant que la conversation s'éteigne là. Il n'évite pas le Colocataire pour engager un échanger avec quelqu'un d'autre.
« Pour vous. Revenez, la prochaine fois que vous êtes nostalgique. »
Il déglutit, pose son téléphone sur le comptoir.
« Je viens d'Arizona.
— Si vous voulez. »
Il hésite à la contredire. Ça n'a rien à voir avec ce qu'il veut. Mais elle le devance :
« On ne prend pas les e-paiements. Vous avez du liquide ? »
Pidge secoue la tête. Il veut partir. Partir, maintenant. Quelque chose dans son ventre le lui crie, et le sourire de la femme ne le rassure pas. Quand elle dit :
« Je le mets sur votre note, alors. »
Il file sans demander son reste, café en mains. Une odeur d'arabica le prend au corps, et la vague de nostalgie qui menaçait de déferler le noie d'un coup.
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Voilà ? La mucca bianca, ça veut dire la vache blanche, si jamais certain.e.s avaient pas fait le lien.
Je sais pas encore si ce sera important.
Sur ce.
