-Bonjour vous ! Shade à l'abordage!
-Et Kay évidemment.
-Et la superbe Serpenta qui nous accorde toujours du temps et de son talent pour soulager vos petits yeux!
-Voici donc le nouveau chapitre, tout beau et tout propre :)
-On a vu que la fameuse bague d'Harry vous a intrigué, vous avez des idées sur ce que cela pourrait être?
-A vos théories :P En attendant on vous souhaite une bonne lecture :)
-Et pour éviter de rater un chapitre ou une nouvelle fic, pensez à vous abonner :D
-A dans quinze jours pour un nouveau chapitre :)
-Love sur vous !
Chapitre 5.
— Chef, Kylian et Nate sont de retour !
Eva n'avait même pas frappé, elle avait le souffle court et venait d'ouvrir la porte du bureau d'Harry à la volée. Harry était à deux doigts de la sermonner avant de voir son état.
— Il y a un problème ? demanda-t-il en se levant déjà pour aller vers elle.
— Ils sont revenus amochés, grimaça la jeune femme. Mais j'ai obtenu le veritaserum hier soir.
— Parfait. Où sont-ils ?
— Philippé s'occupe d'eux dans le bureau de Nate et les mangemorts capturés sont dans les cellules trois et six.
Harry hésita un instant avant d'aller dans le bureau de Philippé d'abord afin de s'assurer que les blessures de son équipe n'étaient pas trop graves. Nate était assis sur le bureau du fond, tenant un sachet de glace sur son front, du sang au coin des lèvres et un œil à demi fermé. Philippé s'attelait autour de Kylian dont le visage et les vêtements avaient été éclaboussés. Nate sourit en apercevant le chef et leva le pouce pour lui faire comprendre que ça allait. Harry attendit que Kylian fasse de même pour leur répondre de prendre leur journée du lendemain et se diriger vers les cellules.
Il trouva les deux mangemorts pris dans les cellules désignées par Eva qui remontait d'ailleurs le couloir non loin, une boîte à la main.
— Veritaserum ?
— Oui, acquiesça Eva en lui tendant la boîte. Tout est là-dedans.
Harry le prit, le vérifia à l'odeur, avant d'hocher la tête, satisfait.
— Occupe-toi en avec Phillipé. Je me charge des nouveaux.
— Sans veritaserum ?
— On ne va pas le gâcher s'ils peuvent parler sans.
— D'accord, souffla Eva avant de s'éloigner pour retrouver son collègue.
Harry rentra dans la cellule et vint s'assoir juste en face d'un mangemort. Il ne l'avouerait surement pas mais il voulait juste passer un peu de temps à se défouler sur ces insectes sans importance. Parce qu'il s'en voulait pour hier. Pour avoir crié contre Drago. Le blond ne méritait que douceur et tendresse, juste ça. Il s'était étrangement habitué à l'avoir près de lui, pour l'instant. Il restait encore trois mangemorts en cavale. Harry en était presque content de pouvoir le garder encore un peu pour sa protection. Son petit animal silencieux. Avant de se rappeler que cela voulait dire qu'encore trois mangemorts pouvaient faire leur loi et il n'en était pas question. Ce fut donc dans cette optique là qu'il se leva après un long monologue du prisonnier qu'il n'avait pas du tout écouté et se prépara à le torturer.
Voix Douce lisait. C'était comme un cocon de douceur. Les journées s'étiraient, il observait le soleil et écoutait les mots sans aucun sens pour lui mais agréables. Il savait que lorsque l'astre solaire déclinerait, que les ombres reprendraient leurs droits, Voix Grave reviendrait et reprendrait le relai. Il l'attendait aussi parce que c'était un autre genre de cocons qu'il appréciait. Voix Grave ne lisait jamais mais avec lui, il pouvait manger, étreindre, aller sous l'eau. Il pouvait même lui montrer ce qu'il voulait, Voix Grave acceptait. Il avait découvert ça la veille. Il était simplement allé dans la pièce d'eau et Voix Grave avait allumé la douche pour lui.
Voix Douce s'arrêta soudain et il releva la tête vers elle. Assise sur le canapé, le livre entre les mains, elle était baignée des rayons du soleil et il en frissonna. Parce que c'était beau à regarder. La beauté, il avait oublié ce que c'était mais il la devina à ce moment. Les cheveux auburn qui semblaient flamboyer, le visage délicat, les lèvres qui esquissèrent un sourire, les yeux dans lesquels il décela une étincelle qu'il envia sans en comprendre la raison.
Ce n'était pas juste des voix, c'était des êtres.
La vérité tentait peu à peu de s'infiltrer en lui et usait sa résistance de jour en jour. Toutes les attentions dont ils l'entouraient amplifiaient ce phénomène. Il avait beau repousser tous ses souvenirs, tous ses sentiments, cela ne fonctionnait plus aussi bien. Son esprit voulait combler les vides laissés par la douleur enfin partie et, pour une raison qu'il ne s'expliquait pas, il refusait. Parce qu'il sentait un autre genre de souffrance arriver.
— Drago.
Lorsqu'il leva la tête à ce mot qui revenait si souvent, lorsque Voix Douce lui adressa le plus extatique des sourires, il devina qu'il allait perdre ce combat mental. Il avait beau refuser de comprendre leurs paroles, repousser chaque souvenir, nier sa propre existence en tant qu'être, il savait qu'il allait échouer. Elle lui mit le livre dans les mains et il ne chercha pas à analyser la phrase suivante alors qu'elle s'éloignait.
Il était vide. Des jours plus tôt, quand la douleur avait disparu, il n'avait été rien pendant des jours. Cet état de fait lui allait. Parce que maintenant, son esprit cherchait à se remettre en route et il ne voulait pas de ça. Il préférait que Voix Douce le rase le matin avant de lui faire un peu de lecture, qu'elle le nourrisse de ses mains gracieuses, qu'elle coiffe ses cheveux longs. Il voulait encore que Voix Grave lui ramène des boîtes de nourriture où il pouvait plonger les doigts, qu'il le prenne contre lui dans une étreinte chaude et rassurante, qu'il le tire de ces cauchemars infects.
S'il redevenait un être, il devinait qu'il allait perdre tout ça. Il n'était pas prêt.
Il referma le livre et le posa à côté avant d'attraper les feuilles et les crayons sur la table basse. La première fois, Drago n'avait tracé que des gribouillis mais il passait maintenant parfois des heures à simplement quadriller la feuille. C'était méthodique. Des traits droits. Ça lui permettait de faire le vide dans son esprit. D'oublier, le temps, les êtres, la complexité, les souvenirs refoulés. Mais pas ce jour-là. Alors il finit par rejeter la feuille et se leva pour retourner dans la chambre.
Il osait vagabonder seul maintenant. Depuis que Voix Grave avait crié, trois jours plus tôt. Après ça, il avait été plus près encore de lui. Voix Douce le félicitait dès qu'il bougeait. Il n'y avait qu'une porte de laquelle on l'éloignait alors il ne s'approchait pas. Il devina plus qu'il ne vit que Voix Douce le suivait mais elle s'arrêta au seuil de la porte alors qu'il allait vers la vitre pour observer le dehors. Le soleil n'allait pas tarder à se coucher, les gens marchaient dans la rue, les voitures roulaient presque trop vite et il observa cette agitation qui ne se rapprochait en rien de ce qui le remuait.
Il ignorait totalement d'où ça venait. Ça couvait en lui. Ça grondait. Ça enflait. Ça prenait de plus en plus de place.
Il entendit la porte d'entrée claquer et Voix Douce disparut pour accueillir Voix Grave. Drago tourna les talons pour en faire autant. Il avait besoin de lui à ce moment. Voix Grave avait une force qui lui manquait et sa chaleur semblait tout noyer. Mais son regard s'arrêta sur le miroir.
Lexi l'avait placé là en même temps que le fauteuil, peu après le premier échec. Il était dans un coin, sur son pied, permettant de voir toute une silhouette tant il était haut. Pourtant on ne pouvait pas s'y voir par hasard, il fallait aller devant vu son orientation actuelle.
L'échange des deux voix de la pièce d'à côté se perdit alors que ses pieds nus le menaient au miroir. Il se figea devant, retrouvant la même silhouette qu'avant. Parce qu'il était un être. Comme Voix Douce. Un humain. Sa main vint se poser sur le miroir alors qu'il s'étudiait. Il était quelqu'un. C'était tellement abstrait comme concept après avoir été un tas de chair souffrante pendant des mois.
Cela amenait tellement de questions. Cela complexifiait tellement de choses. Qui était-il s'il était vraiment quelqu'un ?
— Drago, appela Voix Grave.
Son regard ancré dans celui de son reflet, l'évocation de ce nom, amenèrent tellement de souvenirs que ce qui enflait en lui éclata. Ce fut un cri de rage, de douleur et de terreur qui franchit ses lèvres et il attrapa le miroir pour le balancer, cherchant à s'extirper de tout ce qui envahissait sa tête. Harry franchit le chemin jusqu'à la chambre en quelques enjambées pour trouver Drago mais s'arrêta à la porte. Drago ne le remarqua pas. Non, il voulait chasser tout ça. Ce Drago qui dévalait les escaliers du manoir avant de se faire réprimander. Ce Drago tout impatient d'aller à Poudlard. Ce Drago qui enlaçait sa mère au coin d'un couloir pour ne pas se faire voir. Ce Drago dans ce manoir en ruine, le bras cuisant. Ce Drago qui devait tuer. Ce Drago qui était dans cette cellule, à gémir.
Il recula, avec un cri pitoyable, déchirant son vêtement, cherchant à s'arracher les cheveux. Ça devait sortir. Il n'en voulait pas. Il ne voulait pas de tout ça.
Harry en fut tellement surpris qu'il ne bougea pas, le regarda faire, effaré. Il ne comprenait plus rien. Où était donc son petit animal si tranquille qu'il avait laissé ce matin ? Qui l'accueillait avec un câlin. Un moment qu'il avait attendu après s'être battu contre ces mangemorts tout l'après-midi. Alors il le regardait sans comprendre, la bouche entrouverte. Et sans analyser, il se mit à l'admirer. Justement parce qu'il criait, qu'il hurlait. Drago arrivait encore à le faire, lui. Il arrivait à s'exprimer, à crier. Et Harry, lui, en était soudainement envieux. Lui n'en avait plus la force, il n'en avait plus le désir et encore moins le courage. S'exprimer était devenu tellement épuisant, tellement improbable mais Drago le faisait soudainement avec tellement de force qu'il ne pouvait que le trouver beau.
Le tee-shirt en lambeaux, les cheveux en vrac, se coupant les pieds sur le miroir brisé, Drago s'attaqua aux rideaux, au fauteuil. Comme si ravager la pièce autant qu'il l'était lui-même pouvait l'aider. Voir le sang au sol coupa l'admiration d'Harry qui finit par s'avancer lentement vers Drago. Il leva lentement les mains, comme pour affronter un ennemi.
— Doucement, dit-il en venant lui toucher un bras. Calme-toi. Tu t'es fait mal.
Le contact fit sursauter Drago et son regard vint se poser, sombre et hanté, sur Harry. Ce fut les émeraudes. Lorsqu'il les vit, il réalisa que c'était Voix Grave. La chaleur, les étreintes, se rappelèrent à lui et il l'entoura de ses bras dans un gémissement pitoyable, comme s'il était la solution à tout ça. Harry le serra aussitôt contre lui, avec le même geignement. Il se pencha un peu pour passer ses bras sous ses cuisses et le porter pour le mettre sur le lit.
— Là, regarde, tu t'es fait mal, dit Harry en lui caressant les cheveux. Ne fais pas ça.
Drago se recroquevilla contre Harry. La douleur était si infime pour lui qu'il n'y prêtait pas attention, il préféra se concentrer sur la chaleur de Voix Grave qui le tenait contre lui. Harry, agenouillé au sol, entre ses cuisses, le câlina un long moment avant de coller leurs fronts ensemble.
— Cela va mieux ?
Drago ne le lâcha pas, les doigts crispés contre lui, comme s'il avait peur qu'il s'éloigne et garda ses yeux dans les siens. Il avait tellement d'autres souvenirs avec ces yeux mais ce n'était pas ce qui lui venait, c'était juste le calme, la force et la chaleur de Voix Grave. C'était tout ce qui comptait. Avec des gestes lents, Harry sortit sa baguette et lança un premier sort pour enlever les morceaux de verres dans les pieds, puis un autre pour le soigner. Il vérifia ensuite n'avoir rien oublié, avant de relever le regard sur le tee-shirt déchiré.
— Regarde dans quel état tu t'es mis, soupira-t-il en enlevant les derniers débris.
Drago se laissait docilement faire, récupérant son calme grâce aux gestes tranquilles d'Harry, retrouvant le confort familier de la routine. Harry vint lui redresser le visage, caressant ses joues avec tendresse.
— Là, qu'est-ce qu'il s'est passé ?
Mais Drago ferma les yeux, soulagé de sentir les gestes doux d'Harry. Voyant qu'il ne répondait pas, Harry remit la chambre en ordre, pour l'attirer ensuite contre lui.
— Ne te fais plus de mal. Tu es en sécurité ici. Pas besoin de te blesser toi-même.
Le blond l'enlaça aussitôt de nouveau, se calant contre lui comme s'il n'y avait que sa chaleur qui pouvait le rasséréner. Harry le fit même monter sur ses genoux et le berça quelques secondes.
— Tu veux aller prendre une douche ? Ou manger ?
Deux mots familiers qui attirèrent l'attention de Drago et il finit par hocher la tête en réponse. Harry lui sourit lentement et le fit se lever.
— Qu'est-ce que tu veux ?
Une fois debout, Drago entoura le poignet d'Harry de ses longs doigts et l'emmena jusqu'à la salle de douche. L'eau paraissait salutaire à cet instant. Harry sourit et se déshabilla aussitôt avec joie. Il aida Drago à faire de même avant de les entrainer sous l'eau. Harry aurait dû se poser des questions, vraiment. Mais ce n'était plus son genre et cela ne le serait plus jamais. Il voulait juste profiter d'un moment joyeux et doux. Juste ça. Il vint donc aussitôt passer ses doigts dans les cheveux fous pour commencer à le masser.
C'était tellement apaisant que Drago en poussa un soupir d'aise et vint appuyer son front sur l'épaule d'Harry. Les souvenirs étaient encore là, vagues, en fond, mais tout semblait peu à peu reprendre sa place car Harry surpassait tout et ça lui allait. Il se laissa faire, savourant les caresses, l'eau chaude et son bras entoura la taille d'Harry pour s'accrocher à cette fausse impression de sécurité. Cela n'avait rien de sexuel, rien de tendancieux, juste un simple réconfort pour les deux animaux qu'ils étaient. Harry le lava tout aussi tranquillement et l'habilla paisiblement avant d'aller l'installer sur leur petite table. Drago s'installa et plia ses jambes pour se mettre en tailleur, observant déjà ce qu'Harry avait ramené pour eux. Ce dernier lui tendit une boite de pâtes avec un sourire tendre.
— Mange.
Drago plongea les doigts dans l'emballage pour commencer à manger, comme demandé, relevant les yeux vers Harry qui lui sourit.
— Je suis content que ça aille mieux. C'est le miroir, n'est-ce pas ? J'en parlerai avec Lexi demain pour l'enlever.
Drago continua de le dévisager, observant les lèvres qui bougeaient, en piochant de nouvelles pâtes, alors qu'il tentait de se concentrer pour comprendre les mots. Cela semblait important soudain.
— Qu'est-ce qu'il y a ? finit par rire Harry. J'ai quelque chose sur le visage ? demanda-t-il en touchant sa joue.
Le son de son rire immobilisa Drago et il reposa sa boîte pour tendre les doigts vers les lèvres, toujours concentré.
— Encore ma barbe ? Je l'ai au moins un peu coupée déjà, dit Harry en se penchant vers lui.
Le blond y vit un assentiment et ses doigts allèrent explorer le visage, s'attardant sur chacun des traits. Il n'avait pas la même beauté que Voix Douce pourtant Drago trouva une force et une douleur inscrite sur ce visage. Ce n'était pas logique ou réfléchi, c'était une sensation, un instinct et cela lui fit un peu peur mais il préféra continuer sa découverte. Il balada son index sur les joues, le nez, contourna les lunettes, s'égara sur le front avant de redescendre sur les lèvres qui délivraient des mots qu'il ne saisissait pas mais que soudain, il avait envie de comprendre.
— C'est une manière de me dire que je devrais la fermer ? C'est vrai que je parle peut-être trop avec toi...
— Non.
Le mot n'était qu'un murmure, rauque, cassé, à peine audible. Mais Drago avait saisi le sens de la question. L'idée de ne plus entendre Voix Grave était triste. Harry en écarquilla les yeux, choqué. Et en comprenant qu'il se mettait à parler, il fronça les sourcils, pas vraiment sûr que l'idée lui plaisait.
— Tu veux que je continue de parler ?
Drago hocha la tête en ramenant les doigts sous les yeux, fasciné par le changement d'expression.
— Et alors... Toi tu parles aussi ?
Drago finit par secouer la tête, laissant retomber ses doigts pour attraper sa boîte. Harry fronça encore les sourcils, incertain de ce qu'il devait faire. S'il devait pousser Drago à parler ou non. Mais ils étaient bien comme ça, non ? Alors il finit par hausser une épaule et reprit son repas sans rien dire de plus. Drago termina sa boîte en lui jetant des regards réguliers avant de la reposer et de triturer le carton entre ses doigts.
— Qu'est-ce qu'il y a ? Tu as encore faim ? Oh, tiens.
Harry fouilla dans un des placards et trouva un reste de tablette de chocolat. Il en découpa un morceau et le donna à Drago. Ce dernier le prit avec curiosité, finit par croquer dedans et ferma les yeux en sentant la saveur qui lui en rappelait tant d'autres. Mais c'était trop bon pour qu'il se laisse distraire par ses souvenirs et il savoura le goût tranquillement.
— J'en garde pour les soirées trop dures, avoua vaguement Harry alors qu'il rangeait. C'est un secret entre toi et moi...
Drago hocha la tête. Il comprenait les mots, cela lui demandait de la concentration et le sens lui échappait un peu parfois, lui demandait de réfléchir. Harry finit par se mettre devant lui et tendit la main.
— On va au lit ?
Le blond mit quelques secondes à comprendre, il glissa finalement sa main dans celle d'Harry, serrant ses doigts avant de se lever pour le suivre. Harry l'attira contre lui, passant même un bras autour de ses épaules frêles pour l'emmener dans la chambre. Il l'y coucha avant de se caler contre lui.
— Ne te fais plus mal, d'accord ? Je n'aime pas ça.
Drago ne répondit pas mais enlaça Harry avec un soupir satisfait, simplement bien, là, dans la chaleur. Harry le câlina jusqu'à ce qu'il s'endorme et continua de le veiller encore jusqu'à sombrer.
Les images se mélangeaient si vite qu'il n'arrivait pas à toutes les capter. Juste le sang, la peur, la terreur mais surtout la rage. Il la revoyait un instant, belle, séduisante et plus rien, un vide si grand. La douleur mit bien quelques secondes à arriver. Puis tout s'enchaina. Si rapide et la peur emplit tout. Puis le cri. Lugubre, atroce, de douleur. Il comprit que cela faisait écho en lui lorsqu'il se rendit compte qu'il regardait le plafond, cherchant à la rattraper alors qu'elle tombait. Et ce fut lui qui tomba du lit, en nage, le souffle court, paniqué, apeuré, puis enragé. Il eut du mal à se redresser et haleta pour s'avancer hors de la chambre. Il devait les trouver, il devait sauver quelqu'un. Il devait comprendre pourquoi.
Au premier cri, Drago s'était laissé rouler hors du lit et était allé se terrer dans un coin, en position fœtale pour échapper aux coups qu'Harry avait portés durant son cauchemar. Mais Harry ne le vit même pas, il finit par réussir à sortir de la chambre et parcourut le salon pour finir par tomber devant la table et s'y rattraper de justesse. Il avait de plus en plus de mal à se contrôler, à respirer. Il devait se souvenir que c'était fini, que c'était loin, passé. Que tout était achevé. Ses doigts serraient la table avec autant de force qu'il pouvait, alors qu'il retrouvait péniblement une respiration normale, le corps en nage et frissonnant.
Malgré l'obscurité, après de très longues minutes, Drago parvint à son tour jusqu'à la pièce de vie. Il hésitait mais était parvenu à repousser sa terreur d'être surpris dans son sommeil, pour comprendre que la violence d'Harry n'avait pas été dirigée envers lui. À dire vrai, il n'en était pas certain, il tremblait même encore. À pas lents et incertains, il finit par atteindre la silhouette immobile. Il était terrorisé mais incapable de lutter contre cette espèce d'intuition qui l'amena à poser la main sur l'épaule de Voix Grave. Le sursaut le fit reculer d'un pas, la respiration hachée mais Harry ne bougea pas plus et son souffle semblait étrangement s'accorder au sien.
Le fait que son Voix Grave paraisse aussi terrifié que lui, l'anéantit complètement. Voix Grave était fort, inébranlable, chaleureux, tendre, calme. Alors sans réfléchir, Drago vint l'enlacer avec un gémissement douloureux. Harry l'accueillit aussitôt contre lui, le serra même presque trop fort. Il en avait besoin, de cette douceur, pour chasser tout le reste. Tous les cris, le sang, la rage. Tout ce qui n'était pas lui. Même eux, elle. Tout. Juste son animal trop maigre, trop peureux, trop doux pour lui.
— Pardon... Pardon, se mit à répéter Harry.
Drago mit de longues secondes avant de saisir le mot mais cessa de trembler en le comprenant et commença à le bercer. Il le serra contre lui comme il semblait en avoir besoin, le caressant avec tendresse. Harry finit par se calmer doucement, le nez niché dans le cou de Drago, chassant sa noirceur pour tout oublier, repoussant encore et encore. Il finit par redresser la tête pour cajoler le visage de Drago et colla leurs fronts ensemble.
— Je t'ai fait peur hein ? Je ne voulais pas.
Drago secoua lentement la tête pour le rassurer, comme pour dire que ce n'était pas grave et revint passer ses doigts sur le visage, pour l'apaiser. Harry en ferma les yeux, savourant le toucher délicat avec envie. C'était comme si les doigts chassaient les quelques restes. Voyant que cela fonctionnait, Drago continua encore, sans se lasser, avec toute la délicatesse possible, comme si son unique but était de faire disparaître la tension des traits d'Harry. Un soupir d'aise passa les lèvres charnues avant qu'Harry ne rouvre les yeux. Il fit un sourire tendre, trouvant pour la première fois depuis très longtemps qu'il avait un peu de chance.
— Merci. Je suis désolé. Tu as dû avoir peur, je ne voulais pas. Viens, retournons au lit.
Drago finit par le relâcher un peu et vint prendre sa main pour l'entraîner dans la chambre avec douceur.
— C'est toi qui prends soin de moi ? s'amusa un peu Harry.
Pourtant une fois dans le lit, ce fut lui qui vint s'enrouler autour de Drago qui l'accueillit avec attention. Il passa une jambe autour des siennes, enlaça sa taille et posa sa tête au-dessus de la sienne comme s'il pouvait le protéger, comme s'il en était capable. Harry sourit mais finit par se laisser faire, pour fermer les yeux et tenter de prendre un peu de vrai repos. Drago ne se rendormit jamais, comme investi de la mission de veiller sur lui. Il regarda l'aube envahir la chambre alors qu'Harry restait serein au creux de ses bras. Ce furent les coups habituels contre la porte qui les sortirent de leur cocon de douceur. Harry en grogna, refusant de sortir de la chaleur mais il finit par rouler sur le dos avec un soupir.
— Peut vraiment jamais être tranquille.
Drago le recouvrit de la couverture, comme pour le garder au chaud et il se leva, pour aller interrompre ce qui gênait Voix Grave mais il s'arrêta sur le seuil en remarquant que cela venait de la porte qu'il n'avait pas le droit d'approcher. Harry finit par se lever à son tour, prit un tee-shirt et passa à côté de Drago pour lui embrasser la tempe. Il continua ensuite son chemin en grommelant contre le reste du monde, la main dans ses cheveux encore plus fous que d'habitude.
— T'es obligée de taper comme une dingue, grogna-t-il en ouvrant la porte.
— J'y vais doucement mais tu as été long, je m'inquiétais, répondit l'infirmière en entrant. Tout va bien ?
— Mais oui, ronchonna-t-il en allant dans la salle de bain pour se passer un peu d'eau sur le visage pour se sortir de cette torpeur.
Lexi ne le retint pas et rejoignit Drago qui se trouvait toujours sur le seuil de la chambre et elle passa une main dans ses cheveux avec tendresse, les replaçant.
— Tu as faim ? Petit-déjeuner ?
Drago hésita, jeta un regard à la salle de bain et finit par s'y diriger, pour s'assurer que Voix Grave allait bien. Il arrivait dans la pièce quand la voix de Lexi s'éleva.
— Qu'est ce qui s'est passé ?
— Rien, bordel, soupira Harry en levant les yeux au ciel, alors qu'il accueillait Drago pour un câlin rapide. Tout va bien, murmura-t-il à son oreille. C'est fini.
Drago s'était laissé aller à l'étreinte, ferma brièvement les yeux et se redressa finalement. Rassuré, il s'éloigna pour prendre les lunettes d'Harry restées sur le lavabo et lui tendre.
— Merci, sourit Harry en lui ébouriffant les cheveux. Va prendre ton petit-déjeuner. C'est important. Je vais me changer pendant ce temps-là.
Harry l'accompagna jusqu'à la table et alla s'habiller dans la chambre tandis que Lexi lui préparait de quoi manger. Drago piocha dans tous les gâteaux proposés en observant la porte menant à la chambre. Lexi le contemplait, comprenant qu'il s'était passé quelque chose sans pouvoir deviner quoi. Harry ressortit vêtu et propre. Il passa une main comme tous les jours dans les cheveux de Drago, signe qu'il allait partir.
— Sois sage.
Ce matin-là, Drago acquiesça et le fixa jusqu'à ce qu'il parte. Harry échangea quelques mots avec Lexi avant de quitter l'appartement avec un étrange pincement au cœur. Parce que, ce matin, il serait bien resté dans les bras de Drago. Juste encore un peu. Pour se sentir bien, apaisé. D'habitude il mettait longtemps à se remettre de ses cauchemars, l'esprit embrumé, les sens aux aguets. Mais là, il avait juste envie de rester couché dans son lit et de tout oublier encore un peu plus longtemps. Juste un peu plus. Tant pis, il essayerait de rentrer plus tôt ce soir. Et de ramener du chocolat aussi. Cela avait fait sourire Drago.
Alors, qui pensait que HArry était aussi cassé?
Love sur vous :D
