Les méchants n'ont pas droit à une fin heureuse.
[Wishverse] : « Quand elle riait, il avait l'impression d'entendre des grelots chanter. Maintenant qu'elle était morte, les seuls grelots qu'il entendait étaient ceux qu'il avait dans le crâne, le rire strident et insupportable du démon qui était en lui, signes de sa folie grandissante et inévitable. » Rumbelle. Death!fic.
Cette fic est écrite dans le cadre de la 118ème nuit écriture du FoF (Forum Francophone) pour le thème "Grelot". Le FoF est un forum regroupant tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou s'amuser entre nous.
Il avait échoué.
Dans les faits, c'était principalement Regina, la reine, son ancienne élève, qui avait perdu, c'était elle qui avait perdu sa magie, avait fuit loin du royaume une fois qu'il était devenu certain, à son grand désarroi, qu'elle ne pourrait jamais lancer la malédiction.
Mais ça ne changeait rien.
Il avait perdu.
Le roi et la reine avaient réussi à le mettre en cage, à l'empêcher de se servir de sa magie et l'ironie du sort faisait que c'était lui qui s'y était jeté à pieds joints, persuadé qu'il était dans son orgueil et sa vanité que son plan était parfait, irréprochable, impossible à déjouer.
Il y avait eu une prophétie, il pouvait voir le futur, et la princesse Emma était supposée être la Sauveuse, celle qui briserait la malédiction et l'aiderait à retrouver Baelfire.
Alors quoi… que c'était-il passé ?
Qu'est-ce qui avait merdé au juste ?
L'encre de seiche était là, à sa portée, et il aurait pu l'utiliser pour s'enfuir de sa cellule et déchaîner ainsi sans vergogne, sans freins et sans limite sa rage et sa fureur sur le royaume.
Après tout, puisqu'il ne pouvait pas avoir sa fin heureuse, personne ne l'aurait…
Mais à quoi bon ?
La malédiction ne pourrait jamais être lancée, et dans les faits, il n'avait aucune raison valable de s'en prendre aux pauvres gens qui peuplaient ce monde, ce n'était pas ce que Baelfire aurait voulu de lui – et peut-être était-ce uniquement pour lui qu'il s'était retenu. Pour lui prouver, même si c'était vain vu qu'il ne le reverrait jamais, qu'il pouvait changer – ce n'était pas ce que Belle…
Oh Belle…
Elle lui manquait tellement !
Il n'aurait jamais dû la chasser de chez lui, non, jamais.
Quand il avait appris de la bouche de Regina qu'elle était morte, son monde s'était de nouveau effondré, quelque chose dans son esprit s'était brisé de façon irrémédiable.
Il avait essayé se concentrer exclusivement sur la mise en place de sa malédiction, et aussi à trouver un moyen de faire payer à Regina ce qu'elle lui avait fait (parce que oui, c'était bien à cause d'elle si il avait perdu Belle, pas vrai ? Enfin, la sienne, celle de son père, et aussi à cause de son obsession à conserver sa magie noire), mais maintenant, il ne pouvait même plus le faire pour se détourner de son chagrin.
La mort de Belle avait laissé un terrible vide en lui.
Quand elle riait, il avait l'impression d'entendre des grelots chanter.
Maintenant qu'elle était morte, les seuls grelots qu'il entendait étaient ceux qu'il avait dans le crâne, le rire strident et insupportable du démon qui était en lui, signes de sa folie grandissante et inévitable.
Il n'était plus Rumplestiltskin, plus vraiment, tout ce qui restait de lui, de l'homme bon qu'il avait été ou aurait pu être avait presque entièrement été englouti par la nuit éternelle provoquée par la mort de Belle et sa certitude de ne jamais revoir Baelfire un jour.
Les grelots.
Symbole du bouffon ou du fou.
Bouffon, il l'avait été autrefois, en quelque sorte, lui qui avait fuit la guerre, lui et sa jambe en morceaux, lui qui avait eu besoin de la magie pour sauver son fils.
Et fou…
Oh, s'il ne l'était pas déjà depuis qu'il était le Ténébreux, il l'était définitivement désormais.
Lorsque les nouvelles de la défaite de la reine avaient finalement atteint son cachot, quand il avait compris que c'était définitivement fini, qu'il n'y avait pas de retour en arrière possible, qu'il allait rester là, à croupir dans cette maudite geôle si froide et si vide (comme lui l'était) jusqu'à la fin de sa vie – c'est-à-dire jusqu'à la fin du monde, à moins que quelqu'un n'ait le courage (ou la folie, c'est selon) de le tuer en le poignardant avec sa dague – il avait tout bonnement éclaté de rire, et aurait terrifié ses gardiens s'il en avait eu.
Il avait rit pour ne pas pleurer, rit de son échec, rit de sa défaite, rit à gorgé déployée, d'un rire fou et hystérique, d'un rire brisé.
Il avait rit pendant des heures, jusqu'à se casser la voix, et il aurait rit encore plus longtemps si son corps lui en avait donné la permission.
Belle était morte et plus jamais, plus jamais il ne pourrait serrer son fils dans ses bras, lui dire qu'il l'aimait, le protéger, ou lui dire qu'il était désolé, tellement désolé de l'avoir abandonné.
Il était seul maintenant, seul pour toujours.
Seul avec lui-même, seul avec le monstre, le démon dans sa tête, seul avec le Ténébreux qui riait de sa détresse et sa douleur.
Il comprenait parfaitement le geste de Zozo soudainement…
Que n'aurait-il donné pour quelqu'un vienne lui planter une dague dans son cœur et mettre fin à ses souffrances, le pirate tiens, ça aurait fait d'une pierre deux coups, puisque ce maudit capitaine se serait retrouvé avec sa malédiction à devoir endurer et supporter jusqu'à ce que quelqu'un d'autre ne le tue, en un cycle infini et répétitif de haine et de violence.
Plus le temps passait, ces vingt-huit longues années pendant lesquelles il aurait dû être amnésique, ignorant, bienheureux, plus son rire s'intensifiait, plus son esprit se déchirait, plus Rumplestiltskin disparaissait sous la noirceur du Ténébreux.
Certes, une part de lui-même se battait toujours, luttait pour rester à flot, mais inexorablement, il sombrait.
Et les grelots de son propre rire remplaçaient ceux de Belle, oh dieux, il avait presque oublié le son de sa voix, il avait même presque oublié à quoi ressemblait son visage !
Quand cette femme prétendant s'appeler Regina l'avait libéré de sa prison, qu'il avait ensuite vu les os de Belle, puis la tombe de son fils, hé bien…
Les derniers lambeaux de son esprit qui étaient sains, qui étaient encore lui, s'étaient déchirés en mille morceaux, s'était mis à brûler, jusqu'à ce qu'il ne reste plus que des cendres…
Oui, il est vrai, Rumplestiltskin n'était plus désormais.
Ne restait plus que le Ténébreux.
Et ce monde allait bientôt réapprendre à le craindre.
