Les choses se répètent.

Ce texte a été écrit pour un atelier d'écriture de Kinaï, pour le thème « premier baiser ».

Tilly, la fille des rues, ne se souvenait pas de son premier baiser.

Ça n'avait rien de véritablement surprenant, après tout, avec la malédiction et son arrivée forcée à Hyperion Heights qui avait suivie, elle ne se rappelait que peu de choses de sa vie présente, et rien du tout en ce qui concernait sa vie passée, si ce n'est des bribes, parfois.

Mais Alice Jones, en revanche, celle qu'elle était autrefois, sa véritable identité, s'en souvenait parfaitement.

C'était arrivé un ou deux mois après sa rencontre avec Robyn Mills (devenue Margot West dans le monde sans magie), alors que les deux femmes étaient en train de se battre contre les sorcières du sabbat des huit, Alice, avec sa magie, et Robyn, avec son arc et ses flèches.

Elles avaient gagné, bien sûr, elles gagnaient toujours.

(Non, pas toujours, réaliseraient-elles douloureusement huit ans plus tard, alors que la malédiction, le Sort Noir tant craint, était sur le point de les frapper.)

Oui, elles avaient gagné, étaient sorties victorieuses de ce combat sans merci, et, emportée par l'euphorie du moment, Robyn l'avait embrassée, et Alice y avait répondu avec enthousiasme.

C'était la première fois qu'on l'embrassait (avoir vécu dans une tour pendant les dix-huit premières années de sa vie n'aidait pas beaucoup à avoir de quelconques relations sociales, il faut bien le dire), et ça avait été parfait.

Elle était amoureuse de Robyn, elle le savait depuis maintenant déjà quelques semaines, et espérait secrètement que ses sentiments puissent être réciproques.

Elle avait la preuve que ça l'était et alors que le baiser se poursuivait, elle sentit des centaines de papillons exploser dans son ventre.

Jamais elle ne s'était sentie aussi heureuse, aussi… à sa place.

Puis Gothel et les autres sorcières s'étaient mêlées de ce qui ne les regardait pas, avaient lancé le sortilège honni, et Alice avait oublié.

En effet, Tilly ne se souvenait pas d'avoir jamais été embrassée par qui que ce soit, c'est vrai.

Mais elle espérait, secrètement, dans son for intérieur, que Margot le ferait peut-être, un jour.