Yo ! Cet OS a été écrit en une heure pour la Nuit du FoF sur le thème Dégénérescence.

Alors voilà, c'est le dernier thème donc j'espère que c'est grammaticalement pas trop du foutage de gueule. Je relirai demain si j'ai la foi.

Bonne lecture !

5 sens : l'ouïe

La dégénérescence programmée de nos amours

C'était prévu dès le début. Joué à l'avance. Comme d'acheter un bouquet de fleurs. C'est joli, mais ça va faner.

On a été jolis, et maintenant on fane.

Je suis né le sept juillet, tu sais ce que ça veut dire ? Ça veut dire que je suis Cancer. Ça me va bien. Je ronge tout. Je suis comme ça, c'est tout. Regarde-toi.

Tu es rongé jusqu'à l'os. Tu es maigre. Tu rentres chez tes parents pour le week-end tu dis, pour te reposer, réfléchir au calme, mais on dirait que ton sac est plus lourd que toi. Tu as déjà pris la moitié de tes affaires. Tu le sais, que tu ne reviendras pas.

Moi je commence à me faire à l'idée. À ma vie sans toi. Je me dis, j'aurai le temps de prendre mon café le matin tranquillement. Je ne suis pas trop frileux alors je pourrai ouvrir la fenêtre et entendre dehors. Mon appartement sera silencieux.

On a vu ce film, ensemble, que t'as pas arrêté de critiquer, où une gamine entendait la musique des gens. Leur musique, dedans. Tous ils avaient de la musique classique. Ça t'a fait râler. Tu as dit « personne a du gros rap », c'est naze. Toi, tu aurais du « gros rap ». Et j'aime pas ça, moi, moi je préfère la musique classique.

Moi, j'aime, la musique classique à six heures du matin, la fenêtre ouverte sur les premières voitures qui passent et la cafetière de la voisine d'en face.

Je t'enverrai le reste de tes affaires par la poste, si tu veux. J'emballerai tes vêtements et tes livres dans tes cartons, et puis ta collection de CD que tu mets tout le temps sans me demander la permission.

Voilà, c'était un des premiers indices. On dit que les opposés s'attirent, ça a marché pour nous. On s'attire, on s'attire comme deux étoiles, jusqu'à ce qu'on se rencontre, jusqu'à ce qu'on explose tous les deux et qu'il ne reste que des petites poussières. Et les poussières deviendront peut-être étoiles, ou je ne sais pas. Ça recommencera. Ce n'est pas triste, c'est un cycle. Ce n'est même pas la fin, même pas le début, c'est la vie qui continue.

Profite bien de chez tes parents. Repose-toi, mets les choses au clair. Fais le compte, tu verras. Fais le compte de nos mots d'amour, et de nos disputes. Fais le compte de nos cris de plaisir et de nos cris de rage. Fais tous les comptes. Tu aimes bien les chiffres, tu y arriveras, et puis tu as une bonne mémoire.

Tu seras au calme, toi aussi. Il y aura la voix de ta mère et le silence de ton père, tu m'as beaucoup parlé d'eux, au point que je crois les entendre. Il y aura le bruit du lave-vaisselle qu'on vide en bas quand tu seras dans ta chambre à pleurer. Il y aura la tondeuse dehors quand tu décideras de me quitter pour de bon. Il y aura le bruit de l'imprimante qui sortira ton dossier de location, pour trouver un nouvel appartement loin de moi.

On ne s'entendra plus que par téléphone. Ta voix, ma voix, deux masses grésillantes qui circulent via satellite. Je n'entendrai plus jamais ta vraie voix. Desfois, certaines qui y ressembleront. Je sursauterai et puis en écoutant je verrai que ce n'est pas toi. Ou je verrai que c'est toi, et que tu as changé. Que tu m'as oublié. Tu viendras peut-être mettre les clés dans ma boîte aux lettres pour éviter de payer une enveloppe. Et quand tu feras demi-tour, tu te rendras compte que cette porte t'es fermée pour toujours, que ce sera la dernière fois que tu entendras le bip aigu qu'elle émet quand on appuie sur le bouton pour l'ouvrir, et son claquement sec et endurci. À ce moment là, pour toi, ce sera vraiment fini. Pour moi c'est maintenant que ça se termine.

À partir de maintenant, je n'entendrai plus ton pas qui court dans l'escalier. Je n'entendrai plus tes dents qui ouvrent une bouteille de bière. Je n'entendrai plus ton cou, tes chevilles ni tes doigts craquer. Je n'entendrai plus ta voix. Je n'entendrai plus tes clés tourner dans la serrure. Je n'entendrai plus ton claquement de porte. Je ne t'entendrai plus dire mon nom de toutes les façons que tu as inventées. Je ne t'entendrai plus faire bruisser les bras en marmonnant qu'il est tôt et que tu as froid, je ne t'entendrai plus tomber sur le lit à trois heures du matin, je n'entendrai plus ta peau quand je l'embrasse ni tes lèves quand tu m'embrasses ni tes ongles quand tu griffes ni tes dents quand tu manges ni ton souffle quand tu dors ni.

Ni rien. Voilà. Plus rien. Ton silence. Voilà ce qui m'est prédit. Les Verseaux et les Cancers ne s'accordent pas, tu sais. Les mélodies changent trop. L'un mange l'autre ou se dévore lui-même.

On y est. Une dernière fois, tu m'embrasses. Tu ne me regardes pas dans les yeux. J'ouvre mes oreilles autant que je peux, je veux me souvenir de ces derniers mots entre nous, de ton dernier mensonge. Ça non plus il n'y en aura plus.

« À lundi. »

Et tu refermes la porte.

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Ouin. Je suis triste. Je veux pas que ça finisse comme ça ! Bref.

J'espère que ça vous aura plu.

À très vite !