Yo ! Cet OS a été écrit en une heure, dans le cadre de la Nuit du FoF, sur le thème Hydrométéore.

Bonne lecture !

5 sens : l'odorat

Les fiancés de l'eau

1/Pluie

Dans l'air, dans l'air qui colle à la peau, qui plombe, qui alourdit chaque pas. Cet air qui portait l'odeur brûlée de la peau de sorcière, de la peau de notre sorcier. Cet air qui perd de son parfum comme des gouttes glacées tombent depuis le ciel, tombent sur la terre et sur les cendres. L'odeur prend toute la place. On oublie la chair carbonisée, et puis les cheveux en flammes, les branches de sauge fumantes dans les poches de notre sorcier, et son collier de lavandes qui a brûlé avec lui. Il ne reste plus que ça. L'odeur moite, humide de la terre détrempée, alors je lève la tête pour voir si la pluie veut bien me laver, moi aussi. On dirait que les gouttes m'évitent. J'ai attisé la colère des Dieux, et je sais pourquoi.

Tes cheveux sont trempés, Saïx, après trois jours aux cachots tu sens comme un chien mouillé. Un chien sans race et sans maître, errant, qui trimballe son odeur de crasse au milieu des rues, qui fait fuir les passants avec son haleine de sang passé, de charogne.

Je tends la paume devant. Il n'y a pas une goutte qui veut tomber dessus, qui veut laver le sang métaphorique qui empeste autour de moi. On pue la mort, toi et moi, et la haine et la rancœur. Tu es le premier à le dire, mais je le pensais.

« Il faut trouver Demyx. »

Je te dis, je le pensais déjà. Je baisse la tête. Tant pis pour le ciel qui me hait, tant pis. J'épuiserais l'océan si j'essayais de laver mes crimes à son eau. Je respire la terre brûlée-trempée, la terre où Axel ne surgira jamais de ses cendres. J'ai faim.

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2/Nuage

Quel étrange assortiment on fait. La charogne et le charognard. Les ennemis du ciel. Le soleil nous fuit. Tu l'as déjà vu, toi ? Je crois t'avoir déjà entendu dire que non. Je ne veux pas te demander.

Les nuages nous suivent comme le vautour l'animal blessé, comme l'odeur d'after-shave suit le connard qui décide de nos vies depuis son bureau en haut d'une tour. L'humidité nous décompose, peu à peu, elle s'infiltre partout, on pourrit. Quand on met les pieds dans un bar il se vide. Il y a un gamin qui vomit. C'est âcre et ça ne recouvre même pas notre malédiction.

On nous jette dehors. On entre à nouveau. Je jette mes crocs à la gorge de quelqu'un, ça sent le fer, un moment ça sent le fer et c'est tout, et tu montres une photo de Demyx, et tu demandes :

« Vous l'avez vu par ici ? »

Et on te répond que non, et j'en tue un autre et je mâche son épaule, et on te répond que oui, on l'a vu par ici, oui, il est passé dans cette auberge mais vous ne devriez pas aller le voir parce qu'il sent la vie et que vous sentez la mort, parce qu'il sent l'eau chaude et que vous sentez le feu humide. Je ricane. Tu ne ricanes pas. Je crois que tu nous trouves trop tragiques pour ça. Le goût de l'humain est sale sur mes crocs. Saïx. J'ai faim.

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3/Brume

L'altitude m'essouffle, et puis j'ai faim. Pourquoi aller se cacher dans les montagnes, pourquoi Demyx ferait ça ? On ne voit rien. On n'entend rien. La brume absorbe tout, les sons et les images et les odeurs, ça me glace le nez toute cette eau qui reste là, en suspens, comme si elle n'avait rien de mieux à faire.

Les roches glissent sous mes pieds nus. Le sol se dérobe. Et je sens quelque chose. Ça m'appelle, tu peux comprendre ça ? J'en ai besoin, et j'en ai envie. J'ai faim, Saïx, et il y a quelque chose qui sent comme toi et que j'aimerais bien manger. Une charogne. Une charogne de loup. L'odeur affreuse du vieux sang et de la chair blessée Je grogne, tu me cherches d'une main. Tu peux en penser ce que tu veux, tu ne me retiendras pas.

Depuis le temps qu'on est ensemble, partenaire, tu sais ce que je vaux. Je t'ai déjà mangé une oreille, et elle n'a pas repoussé. Plus rien ne repoussera, quand on en aura fini. Le loup cannibale et le loup-garou. On porte la fin du monde sur les épaules, mon amour. Cassandre a chanté nos louanges il y a deux mille cinq cents ans.

L'odeur pourrie me tient en appétit autant qu'elle me fait vomir. Bientôt c'est toi que je digérerai, c'est ton poison qui me tuera.

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Verglas

Tu glisses sur le chemin glacé. Tu te fends la tête contre un caillou. Alors je passe la main sur ton front, je récolte le sang et je m'en barbouille le museau. Ton odeur ne me quittera jamais. La brume est derrière nous, elle cache le monde des vivants, et les nuages nous interdisent l'espoir d'un soleil. C'est nous qui l'avons tué.

Il n'y a plus de chaud. Il n'y a plus de feu. Tout est parti avec Axel, et il ne reste plus que l'eau, la glace, le froid. Je crève de faim. Je crois que je commence à me digérer moi-même. Il faut qu'on fasse vite. Le sol est si froid qu'il me brûle les pieds, et le givre gagne la pointe de mes cheveux, de mes cils. Je ne sens plus mes lèvres ni mes doigts ni mes pieds. Mon nez est engourdi mais ton parfum est toujours là, malgré le froid. C'est ce qui me permet de continuer. Quand on arrive en haut, au milieu du nuage, je suis presque mort. Tu es déjà mort depuis longtemps.

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4/Neige

La montagne a mis son manteau blanc. Manteau blanc. Manteau. Un manteau qui ne tient pas chaud. Qui ne protège pas. Ou est-ce que Demyx pensait que ça le protégerait ? Il se tient là, au milieu d'un tourbillon de neige. Sa peau sent comme les cascades et ses larmes ne sont pas salées, elles font des rivières qui gèlent avant de nourrir la terre.

« Je peux chanter une dernière chanson ? »

Ses doigts sont gelés sur le manche de la guitare. Il s'assied. Je tiens ton cadavre sur mon dos et il commence à chanter.

« Morte de sécheresse,

La fiancée de l'eau

A marié son sang

A celui du ruisseau.

Prince, range ton drap blanc.

Il ne sera jamais

Le drapeau rougissant

De sa virginité

Regarde son honneur

S'enfuir par la mort

Regarde triste voleur

L'absence dans son corps.

Tu peux creuser la terre

Avec tous tes remords

Creuser jusqu'en Enfer,

Creuser, creuser encore,

Non tu n'auras rien d'elle.

Il n'y a plus rien à prendre,

Elle s'est jetée au ciel,

Tu commences à comprendre

Que tout n'est pas à vendre … »

C'est son dernier soupir qu'il lâche avec la dernière note. Il n'est pas comme les autres, lui. Il ne sent pas la mort. Il ne sent pas la charogne. Il ne sent que le tas de neige et le froid, ou alors c'est moi ? Moi qui ne sens plus rien avec mon nez gelé, moi qui dois te manger sans appétit, sans faim et sans goût. Tes yeux bougent encore un peu, et je les mange en premier, pour que tu ne me regardes plus comme ça. Ils n'ont aucun parfum.

Saïx. Amour. Partenaire. Loup-garou. Tu es méconnaissable.

Ma dernière pensée avant de mourir, c'est que je crois que je ne t'aime plus.

(5/Larmes)

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Oui, j'ai mis plein de points parce que je sais pas quoi dire.

C'est affreux. Je sais pas, OK ?

La chanson est de La Rue Kétanou.

A plus.