- Se passe après : Captain America : The first Avenger, X-Men : le commencement, X-Men : Days of Future Past, Iron Man, Hulk, Iron Man 2, Thor, Avengers, X-Men : Apocalypse, Iron Man 3, Thor : The Dark World, Captain America : the Winter Soldier, Gardiens de la Galaxie, Docteur Grace : Lost, Ant-Man, Docteur Grace 2 : Damned, Civil War, Logan.

Thème musical de l'histoire: See what I've become

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Back in Black-AC/DC


25 décembre 2016

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La nuit était relativement calme, après ce réveillon de Noël plutôt chargé en émotions pour de nombreuses familles. La neige était tombée durant toute la journée mais avait cessé de recouvrir le sol d'un épais manteau blanc en début de soirée. Tous les immeubles de la ville étaient décorés d'une couverture blanche, ce qui embellissait nettement la vue aérienne. De nombreuses lumières étaient encore allumées malgré l'heure tardive et faisaient ainsi ressortir pleinement le côté « ambiance de Noël ». Tandis que certains trouvaient ce moment de l'année plutôt féérique et propice à faire la fête, d'autres trouvaient cela presque écœurant et ennuyeux à mourir. C'était notamment le cas de cette personne qui, depuis le haut d'un building, observait silencieusement les environs afin de s'assurer que rien ne vienne perturber cet instant, puisque tel était son job. Veiller à la sécurité des habitants de New-York. Et ce soir, la surveillance était de mise. C'était justement après les fêtes de fin d'année que les dangers se multipliaient et survenaient brusquement de l'ombre, provenant parfois des entrailles de la terre pour venir perturber les petites vies tranquilles et bien rangées des new-yorkais. Pendant qu'eux festoyaient joyeusement sans se soucier du monde extérieur, une poignée d'individus était chargée de les protéger, agissant toujours discrètement et efficacement.

Pantalon et veste noirs, bottes montantes, ceinture équipée de nombreux gadgets utiles et armes puissantes et sophistiquées, dague rangée dans un étui et maintenue grâce à un lien de cuir contre sa cuisse droite, protèges-avant-bras solides pour les éventuels combats à venir, longs cheveux bruns volant habituellement librement au vent relevés en une queue de cheval haute, un genou au sol et air sérieux sur le visage, la jeune femme surveillait les environs, installée sur le rebord du toit afin d'avoir une vision optimale des lieux. Ceux qui dirigeaient les opérations l'envoyaient régulièrement faire un tour de ronde afin de s'assurer que tout se passait bien et en général, elle ne s'attardait que durant quelques minutes à chacun des points de repère. Elle n'avait pas besoin d'attendre un quelconque signal avant de changer d'endroit, elle savait quel était son travail et comment elle devait le faire. Musique à fond dans ses écouteurs, elle effectua quelques manœuvres sur l'appareil fixé à son poignet et un plan holographique de la ville apparut sous ses yeux, lui indiquant quel était le prochain endroit où elle devait se rendre, mais un cadre apparut en haut à droite, à l'intérieur duquel il était écrit « Mission : terminée ». Tenant une enveloppe dans sa main gauche depuis quelques minutes maintenant, elle poussa un bref soupir de soulagement, la rangea sous sa veste et se reconcentra sur la « vraie » ville qui s'étalait sous ses pieds.

Tout était calme, et cela lui plaisait. Elle sortit la dague de son étui et se mit à jouer distraitement avec, le regard quelque peu perdu dans le vide. Beaucoup de pensées sans queue ni tête se bousculaient dans son esprit mais étonnamment et contrairement à son habitude, elle parvint à les chasser avec une certaine aisance. Elle ne se préoccupait presque plus de quoi que ce soit, depuis quelques mois. Tant de choses auxquelles elle accordait avant une certaine importance lui paraissaient désormais tellement futiles qu'elle se demandait pourquoi elle s'en était un jour préoccupée. C'était un petit peu comme si une partie d'elle-même avait décidé de faire taire ses émotions et de ne plus du tout se concentrer sur ce qu'elle pouvait éventuellement ressentir à tel ou tel instant. Seulement, ces moments n'étaient que de courte durée. Quelque part, elle finissait toujours par redevenir cette personne fragile et instable émotionnellement parlant, sans pour autant vraiment le laisser apparaitre aux yeux de quiconque. Il n'y avait qu'une seule personne au monde à qui elle acceptait de faire part de ses états d'âme lorsqu'elle n'en pouvait plus, mais c'était très rare. Elle refusait de trop souvent l'inquiéter, alors elle faisait comme toujours : elle prenait sur elle en permanence. Mais au bout d'un moment, elle savait qu'elle finirait par craquer et que cela serait probablement pire que toutes les crises qu'elle avait pu avoir auparavant.

Alors, on rêve d'une vie meilleure ? résonna une voix dans ses oreilles, ses écouteurs étant branchés à son transmetteur.

En effet, elle sortit de cet état de rêverie profonde en entendant cette voix masculine si familière l'interpeller grâce à l'appareil qui leur permettait de communiquer même s'ils ne travaillaient pas sur la même affaire et donc pas au même endroit. Pour la première fois de la journée, elle se surprit elle-même à esquisser un sourire en préparant sa réponse, tout en diminuant un peu le volume de sa musique.

−J'imagine que tu fais référence à une vie dans laquelle tu ne seras pas là pour me faire la morale ?

Ouch, brutal ça… Mais très certainement vrai aussi. T'as fini, de ton côté, où j'ai encore été le meilleur des deux, comme à peu près à chaque fois ?

−Ne te fais pas trop d'illusions, j'ai terminé depuis une bonne vingtaine de minutes, lui répondit-elle. Et comme je ne savais pas trop quoi faire après avoir sécurisé tout le périmètre, je me suis posée au sommet du bâtiment où a bossé Max pendant un temps, histoire de bien prendre l'air avant de devoir rentrer. Et toi, j'imagine que tu as encore profité de la vue au lieu de te concentrer pleinement sur la tâche qui t'avait été confiée ?

Non Mademoiselle, j'ai travaillé moi aussi, figure-toi. J'ai arrêté toute une bande de jeunes qui menaçait de braquer une banque, mais ils n'avaient pas l'air très dangereux, alors les flics se sont chargés de les conduire au poste pour s'assurer qu'ils n'avaient pas un peu bu avant ça…

−Encore heureux qu'ils ne t'aient pas embarqué avec, après le réveillon qu'on vient de passer…

Hey, je me suis trouvé raisonnable par rapport à l'an passé… Et puis toi aussi, tu as pas mal picolé, alors je pense que tu es mal placée pour me juger là-dessus…

−C'est vrai, confessa-t-elle. Bon, c'est quoi le plan, maintenant ?

Pour ma part, j'ai bien l'intention de rentrer et d'aller me coucher, puis d'essayer de faire une nuit de huit heures sans la moindre interruption si possible. Tu veux que je passe te chercher tant qu'on y est ?

−Ça ira, je te remercie, déclara-t-elle. Je ne comptais pas m'éterniser. Est-ce tu as besoin que j'aille chercher quelque chose à manger avant de rentrer ou pas ?

En voilà une bonne idée, s'exclama-t-il, surtout que pour ma part, je viens tout juste de rentrer à la tour et que je n'ai pas spécialement l'intention de ressortir avant demain matin. Tu es certaine que ça ne te dérange pas de faire un détour ?

−Puisque c'est moi qui te propose, répondit-elle en souriant franchement. Cheeseburger j'imagine ?

Tu me connais si bien, Maddie, retentit la voix à « l'autre bout du fil ». Fais attention sur la route. Ou dans les airs, je ne sais pas trop comment tu comptes revenir.

−Je serai là d'ici dix minutes, affirma-t-elle en se redressant avant de se mettre à marcher sur le bord du toit enneigé, mais alors qu'elle s'apprêtait à redescendre en empruntant les escaliers de secours, quelque chose en contrebas attira son attention. Hum… reprit-elle en fixant une étrange lueur bleutée qui scintillait dans une ruelle non loin de là. Disons plutôt onze, acheva-t-elle avant de couper la communication puis de retirer ses écouteurs, qu'elle rangea dans sa poche. On ne peut jamais être tranquille, dans cette ville, marmonna-t-elle avec un soupir.

Après cela, elle s'éleva dans les airs et se dirigea à tout vitesse vers l'endroit qu'elle avait repéré quelques secondes plus tôt. Voler et sentir le vent frais de la nuit caresser son visage lui donnait l'impression d'être un peu plus libre. La lueur bleue s'intensifia davantage et la mutante décida d'atterrir un peu plus loin afin d'observer discrètement ce qu'il se passait avant de surgir de nulle part sans avoir le moindre plan. Une fois qu'elle eut posé un pied au sol, elle resta à part et plissa les yeux, curieuse de savoir ce qui se produisait. Elle remarqua que la lumière émise formait une sorte de cercle provoquant des étincelles et un nuage de fumée tout autour. Et brusquement, elle sentit un souffle glacé traverser et envahir la ruelle, ce qui la fit légèrement frissonner alors qu'elle était pourtant habituée au froid. « Etrange, ça… » se mit-elle à penser, tandis que sa magie la démangeait, mais elle préféra s'emparer en premier lieu de la dague qu'elle avait rangé dans son étui avant de « décoller ».

Et brusquement, une silhouette apparut dans ce cercle lumineux, ce qui piqua davantage la curiosité de la jeune femme et celle-ci quitta sa cachette, ignorant toujours si c'était oui ou non une bonne idée d'agir sans en prévenir qui que ce soit. Mais au fond, cela l'importait peu. Elle voulait seulement savoir ce qu'il se passait. Elle s'approcha prudemment, intriguée, jusqu'à se retrouver à à peine deux mètres de cette étrange apparition. La silhouette fut plus précise et quelqu'un se détacha finalement de toute cette fumée, et atterrit au sol comme s'il avait sauté à travers un portail mystique, un genou à terre et yeux rivés vers le sol qui avait gelé à son arrivée. C'était un homme. Enfin, un individu de type masculin qui mesurait près de trois mètres de haut et dont la peau était bleue. Lorsque son regard croisa finalement celui de la mutante, cette dernière abaissa doucement la dague avant de la ranger dans l'étui prévu à cet effet. Elle remarqua que celui qui lui faisait face paraissait préoccupé par quelque chose d'important, voire même de grave.

−Miss Stark, la salua-t-il immédiatement en inclinant légèrement la tête avant de se redresser.

−Je dois avouer que je ne m'attendais à vous voir débarquer ici, releva-t-elle en le saluant à son tour. Depuis quand est-il possible d'ouvrir des portails entre nos deux mondes ?

−Ces passages ont toujours existé, lui expliqua-t-il, mais nous n'avons que très peu de temps avant que les autres n'arrivent, enchaina-t-il avec gravité. Il fallait que je vienne vous prévenir que vous êtes loin d'être en sécurité, vous et le reste du peuple de Midgard…

−Vous savez, Jeshoan, c'est loin d'être nouveau, ça… On a l'habitude de s'en prendre plein la figure…

−Mais les choses sont différentes cette fois-ci, affirma le géant des glaces. Nous nous sommes malheureusement rendus compte trop tard que notre récente alliance avec votre monde n'a pas plu à certains d'entre nous… Ils veulent à tout prix se débarrasser de vous, et ils seront prêts à n'importe quoi pour cela. Nous avons tenté de les en dissuader, les ramener à la raison, mais ils n'ont rien voulu entendre. Je suis l'un des seuls à avoir réussi à s'échapper pour vous retrouver, les autres ont été faits prisonniers. Nos ennemis avaient pour projet de venir jusqu'ici, mais j'ai pu les devancer afin de vous avertir.

−Une seconde, ils vont arriver ? se rendit-elle compte. Dans combien de temps exactement ?

−Quelques m…

Il n'eut cependant pas le temps d'achever sa phrase, car une lance faite de glace transperça son corps par le thorax, ayant été plantée avec une certaine violence dans son dos, le portail étant toujours ouvert. Il tomba à genoux sur le sol, les yeux grands ouverts et son regard croisa une dernière fois celui de la mutante, qui se précipita vers lui avant de s'abaisser à sa hauteur afin d'évaluer les dégâts, mais elle constata que ceux-ci étaient peut-être trop importants pour être arrangés. Jeshoan se retrouva rapidement allongé au sol, qui gela à son contact, puis il attrapa la main de la jeune femme et la serra doucement dans la sienne.

−Ne… Les laissez pas… Faire…

Se retrouvant totalement désemparée, elle ne put qu'acquiescer à cette ultime requête. Le Jotün poussa un dernier soupir et ses yeux se fermèrent d'eux même, après qu'une brève lueur ait brillé au fond de ceux-ci. Madison eut du mal à relâcher la main du géant, encore sous le choc par ce qu'il venait de se passer et ce qu'il lui avait appris juste avant de se faire assassiner par… « Par qui ? » commença-t-elle à se demander et reportant son attention sur le portail qui émettait quelques étincelles, comme précédant l'arrivée de Jeshoan sur le sol terrien. Suivant son instinct, elle se redressa avant de s'éloigner de quelques pas, puis elle se mit en position de combat, prête à attaquer ceux qui lui chercheraient des ennuis. Et brusquement, trois silhouettes se dessinèrent dans la brume glaciale qui envahissait la ruelle depuis quelques instants, s'avançant dangereusement vers la mutante, provenant de l'autre côté du passage. Elle regarda brièvement son transmetteur, songeant à prévenir son frère de la situation mais se ravisa, se disant que de toutes façons, il n'aurait pas le temps de la rejoindre à cause de la distance qui les séparait. Les trois individus lui apparurent plus clairement, et elle reconnut facilement les apparences caractéristiques des Jotüns. Seulement, contrairement aux alliés qu'elle avait réussi à se faire plus tôt dans l'année, ceux-ci n'avaient absolument pas l'air d'être « venus en amis ». Les quatre personnes se dévisagèrent d'abord durant quelques secondes, avant que l'un des géants ne se décide à prendre la parole, un sourire naissant au coin des lèvres.

−Quelque chose me dit que nous sommes au bon endroit…

−Peut-être pas, répliqua la mutante, étant à deux doigts d'utiliser ses pouvoirs pour les faire déguerpir. Je n'ai pas la moindre idée de qui vous êtes, mais je dois avouer que je n'en ai clairement rien à faire. J'ai passé une très mauvaise journée, et même si je me répète cette même phrase depuis des mois, c'est pas une raison pour débarquer sur ma planète dans le simple et unique but d'y foutre le bordel.

−Votre tempérament de feu a fait parler de lui dans notre Royaume, Docteur. C'est un plaisir de vous voir ce soir.

−Je vous aurais bien dit que le plaisir est partagé, mais je vous ai aussi dit que je m'en foutais. Alors maintenant, veuillez avoir l'obligeance de dégager d'ici en vitesse avant que je ne me décide à vous chasser moi-même, et croyez-moi, vous n'en avez pas envie. Et comme c'est Noël et que je suis assez gentille les soirs de fêtes, je vous laisse très exactement quarante-cinq secondes pour vous tirer.

−Vraiment navré de vous décevoir, reprit-il, mais nous nous trouvons dans l'obligation de refuser cette délicieuse offre, mademoiselle Stark… Voyez-vous, cela fait des années que nous sommes à la recherche de quelque chose en particulier qui a été « caché » sur votre planète et sur quoi nous aimerions mettre la main une bonne fois pour toutes. Après un si long chemin, je suis presque déçu par l'accueil que nous recevons, mais j'imagine que l'on ne peut pas tout avoir…

−Simple curiosité, s'exclama Madison avec calme et sarcasme, vous recherchez quoi ? Je pourrais peut-être vous aider à trouver, histoire que vous partiez plus rapidement…

−Ne vous en faites pas, lui répondit l'un des Jotüns, nous avons déjà ce qu'il nous faut sous la main, souffla-t-il en fixant sans ciller la jeune femme.

−Nous sommes enfin à la portée de l'héritage d'Eléa, enchaina l'un de ses acolytes.

Madison ouvrit la bouche pour parler, mais aucun son n'en sortit. Du moins, pas dans l'immédiat. C'est seulement à ce moment qu'elle se rendit compte du pétrin dans lequel elle était plongée et qu'elle regretta un peu de ne pas avoir prévenu Tony. Il lui fallut quelques secondes pour que ses pensées se remettent en place et qu'elle trouve enfin quoi répondre à ces trois intrus totalement dépourvus de bonnes intentions.

−Ah… C'est problématique, déclara-t-elle simplement, parce que vous vous en doutez, je n'ai pas la moindre intention de vous fournir ce que vous êtes venus chercher… Alors désolée que vous ayez fait ce si long trajet pour repartir aussitôt, mais maintenant, allez-vous-en.

−Hors de question, répliqua celui qui semblait être le chef.

La mutante jeta alors un coup d'œil à l'heure indiquée sur son transmetteur puis elle lâcha un profond soupir avant de regarder à nouveau les trois Jotüns, qui paraissaient eux aussi prêts à l'attaquer. Et c'est juste avant de lancer une première attaque qu'elle leur dit en haussant les épaules :

−Vos quarante-cinq secondes sont écoulées.

Et les sortilèges s'enchainèrent rapidement. D'un côté, la midgardienne se servait essentiellement de ses lianes, qui étaient « son arme fétiche » depuis presque toujours, pour essayer de retenir les géants des glaces, les maintenir en place. De l'autre côté, ses trois ennemis se servaient de leur magie afin de tenter de la congeler sur place ou de la blesser grièvement à l'aide de lames de glace similaires à celle qui avait tué Jeshoan. Elle parvenait en revanche à esquiver avec facilité chacune des attaques qui lui étaient destinées, que ce soit grâce à des contre-sorts, des murs de pierre qu'elle faisait s'élever devant elle ou bien lorsqu'elle s'élevait tout simplement dans les airs durant quelques instants avant de regagner la terre ferme. Elle détourna l'un des lances, qui alla transpercer avec beaucoup de bruit une large benne à ordures qui se trouvait à l'autre bout de la ruelle. Madison suivit des yeux son mouvement avant de reprendre part au combat avec une plus grand attention.

Le problème était que, malgré sa grande puissance, les pouvoirs combinés des trois géants étaient bien plus menaçants que les siens et elle le savait. Surtout, elle le sentait et le voyait lorsque ces derniers arrêtaient ses lianes d'un simple mouvement de la main, ce qui l'énervait davantage. Seulement utiliser les éléments contre ses ennemis reviendrait à très certainement réveiller tout le quartier, et elle était supposée agir avec le plus de discrétion possible, d'autant plus que le Gouvernement serait capable de lui retomber dessus si elle faisait un peu trop de bruit et que quelqu'un osait déposer une plainte pour nuisance sonore. Alors elle préférait se concentrer sur ses lianes, pendant qu'elle en était encore capable. Ensuite, elle évitait à tout prix que l'un des Jotüns n'entre en contact avec sa peau, histoire d'éviter que celui-ci ne la paralyse complètement avec de la glace dont elle serait incapable de se débarrasser, même si en règle générale, elle savait parfaitement la manipuler. « Son » givre était différent de celui que créaient ses adversaires, d'autant plus que ceux-ci tiraient dans sa direction des flèches de glace qu'elle avait du mal à éviter.

Elle parvint cependant à en immobiliser un premier, tandis que les lianes s'enroulaient tout autour du corps de géant avant de le plaquer au sol, l'empêchant ainsi de bouger le moindre muscle. Très satisfaite et un sourire illuminant son visage, elle se concentra sur les deux autres avec autant de ferveur qu'avant. Une certaine rage la consumait, et cela se ressentait rien qu'en la regardant. Son regard avait beau avoir l'air d'être indifférent, sa façon d'agir en disant long sur cette colère qu'elle cherchait désespérément à exprimer. Un second fut mis hors-jeu lorsqu'elle l'envoya valser quelques mètres plus loin et qu'il heurta violemment un mur de briques brunes, qui se recouvrèrent immédiatement de givre. Elle se retrouva donc en face à face avec leur chef, bien plus inquiétant que les deux autres, ce qu'elle trouva incroyablement cliché sur le moment. Elle arrêta cependant de se focaliser sur ce détail afin de rester en pleine possession de ses moyens le plus longtemps possible, ce qui voulait dire le temps de renvoyer les trois géants d'où ils venaient puis de trouver un moyen de refermer ce fameux portail inter dimensionnel, qui risquait de lui apporter des ennuis supplémentaires.

Au grand désarroi de son ennemi, Madison utilisait la glace de ce dernier pour glisser librement sur le sol avec grâce et esquiver facilement chacun des sorts et coups qui lui étaient destinés. Elle savait que sa glace à elle ne lui serait d'aucune utilité face à un Jotün, mais faire usage d'un élément aussi dévastateur que le feu ne l'enchantait guère. Malheureusement pour elle, elle ne bougea pas assez rapidement lorsque le géant tendit la main vers elle et l'empoigna fermement à la gorge. Les lianes qui retenaient l'un des colosses retombèrent mollement sur le sol, la mutante étant incapable de continuer à les contrôler, trop occupée à essayer de se libérer de l'emprise de son adversaire, qui la souleva au-dessus du sol en ne la tenant que par la gorge, l'empêchant ainsi de respirer. Celui qu'elle avait en revanche précédemment réussi à empêcher de bouger resta un instant au sol, les muscles endoloris. Mais Madison ne s'en préoccupait plus le moins du monde. Tout ce qu'elle souhaitait, c'était retrouver un semblant de liberté, et éviter de mourir à cause de ce manque d'air qui persistait.

Le Jotün leva alors son autre main vers elle puis s'arrêta au niveau du manubrium sternal de cette dernière, et une lumière vive apparut entre ses doigts bleus. Tandis que la mutante sentait qu'un étau de glace se formait petit à petit autour de son cou, elle comprit également que le géant cherchait à faire exactement ce qu'avait fait Lydra quelques mois plus tôt : s'emparer de ses pouvoirs contre son gré. Elle avait l'impression que la glace se répandait dans ses poumons, empêchant ceux-ci de fonctionner convenablement.

−On dirait bien que vous n'êtes pas aussi douée que le prétendait Beorth à son retour… se moqua le géant, un sourire narquois se dessinant sur son visage. Peut-être a-t-il eu tort de vous surestimer de la sorte… Après tout, vous ne restez qu'une petite midgardienne insignifiante…

A l'entente de cette phrase, une lueur orangée s'alluma dans les yeux de la jeune femme, et sa main droite se referma avec force sur l'avant-bras de l'individu. A partir de là, des flammes apparurent entre ses doigts métalliques, commençant à laisser des marques indélébiles sur la peau bleutée de son rival. Avec une force étonnante et se mettant à flotter dans les airs, elle parvint à faire reculer le bras tendu, plongeant son regard dans celui du Jotün qui essayait à son tour de se libérer de cette prise. A ce stade-là, Madison ne s'inquiétait plus de savoir si oui ou non, elle réveillerait le voisinage en utilisant ses pouvoirs. Elle s'éleva au-dessus de son ennemi, qui lui sentait ses genoux fléchir légèrement à cause de la puissance qu'avait la terrienne. Elle le repoussa ensuite avec violence et lança une sphère de feu dans sa direction, sphère dont il eut du mal à se protéger. Il n'y avait vraiment que lorsqu'elle était en colère qu'utiliser quelque chose d'aussi instable que le feu pour se défendre devenait presque primordial pour elle.

Ce furent alors des rafales de flammes qui fondirent sur celui qui avait tenté de la tuer et sur celui qu'elle avait envoyé valser et qui s'était entre temps redressé et approché. Chaque fois que l'un des deux tentait de l'attaquer, elle le repoussait sans peine, gagnant au fur et à mesure du terrain, faisant fondre la glace qui s'était éparpillée un peu partout dans la ruelle, qui n'était éclairée que grâce aux flammes produites par la brune. Cependant, elle était bien trop concentrée sur ses deux cibles pour remarquer que le troisième géant avait fini par lui aussi se relever avec quelques difficultés et qu'il la visait désormais avec son arc. Elle se tourna trop tard vers lui, juste à temps pour qu'une flèche faite de givre ne l'atteigne en pleine poitrine avant d'imploser et s'éparpiller dans l'air en milliers de particules bleutées microscopiques. A cause du choc, elle tomba à la renverse et eu le souffle coupé lorsque son dos heurta non sans violence le sol froid et humide et recouvert d'une fine couche de neige. Elle eut presque l'impression de sentir la glace atteindre son cœur pour en ralentir petit à petit les battements et elle se retrouva bientôt incapable de se relever, sa respiration s'accélérant dangereusement.

Les deux géants qu'elle avait pourtant si bien affrontés se redressèrent et époussetèrent de leurs bras les quelques restes de cendres laissés par les attaques de leur rivale et s'approchèrent en silence de celle-ci, avant de s'arrêter lorsqu'ils ne furent plus qu'à un mètre d'elle. Seul leur chef s'agenouilla à sa hauteur, et le même air satisfait s'afficha sur son visage dur. Il paraissait réellement ravi de la voir dans une telle position de faiblesse, allongée au sol et ayant la sensation de suffoquer. Madison essaya de remuer les doigts mais en fut incapable, et il ne lui fallut que quelques secondes pour se rendre compte qu'un liquide coulait de son nez, pour venir ensuite tâcher le manteau de neige brillante qui recouvrait les rues de New-York. Elle ignorait si ce saignement était dû à sa chute ou à ce sortilège qui l'avait frappée. Elle se mit alors à tousser, cherchant à inhaler de grandes bouffées d'air frais, mais seul un mince filet parvenait à se frayer un chemin jusqu'à ses poumons presque gelés. Ses yeux papillonnaient, indiquant cette vague de panique qui la submergeait doucement mais sûrement. Une nouvelle fois, le géant approcha sa main de la mutante qui voulut reculer sans y parvenir, mais il se contenta simplement de poser deux doigts sur son front.

−Je vous l'ai dit, lui souffla-t-il d'un ton doucereux. Les gens ont la fâcheuse tendance à vous surestimer, mademoiselle Stark… Ils ne tarderont pas à se rendre compte qu'ils auraient dû placer leur confiance en quelqu'un d'autre pour les défendre…

Elle n'arriva pas à lui répondre, essayant déjà de respirer en y mettant toute sa volonté. Après cela, le Jotün se releva et fit signe aux deux autres de le suivre, puis ils commencèrent à s'éloigner, se dirigeant vers le portail qui était resté ouvert tout ce temps. Les deux acolytes attrapèrent chacun le cadavre de Jeshoan par un bras et le tirèrent derrière eux, prêts à retourner d'où ils venaient. Le troisième patienta un peu avant d'emprunter le même chemin, concentrant son attention sur la mutante qui était prise de légères convulsions, essayant de faire parvenir un rien d'oxygène à ses poumons. Il attarda temporairement son regard sur la ville qui l'entourait, du moins ce qu'il en percevait depuis la ruelle puis il s'adressa une dernière fois à la terrienne.

−Je suis persuadé que nous ne reverrons un jour… En attendant, profitez donc du peu de temps qu'il vous reste avant que nos chemins se recroisent… Nous vous avions mise en garde la dernière fois, mais…

Il s'interrompit lorsqu'Herag lui donna un simple coup dans l'épaule, comme s'il cherchait à le rappeler à l'ordre. Le Jotün détourna alors le regard et disparut dans le halo lumineux avec ses complices après avoir lâché un simple : « Nous nous reverrons… Plus tôt que vous ne le pensez, et les pouvoirs de Gaïa seront nôtres. ».

Et le portail se referma dans l'instant qui suivit le passage des géants à travers celui-ci. Madison se retrouva seule, livrée à elle-même, étendue au beau milieu d'un endroit sombre n'étant généralement fréquenté qu'en journée et dans l'incapacité de respirer convenablement. Elle porta sa main gauche, tremblante, à son thorax et sentit le froid polaire qui y avait pris racine, tout comme elle percevait brièvement du coin de l'œil la lumière bleue agressive qui en émanait. Avec son autre main, elle tenta d'actionner son communicateur afin d'appeler à l'aide. Qui que ce soit. Son frère, un agent du Shield, un employé du gouvernement… N'importe qui aurait fait l'affaire sur le moment, mais ses forces l'avaient comme totalement abandonnée. Son bras gauche retomba lourdement dans la neige sur le côté, la jeune femme se sentant incapable d'effectuer un mouvement supplémentaire. Les yeux rivés vers le ciel, elle tenta vainement de se calmer tandis qu'au-dessus de sa tête, les flocons s'étaient remis à tomber.

La fatigue prit soudainement le dessus et elle eut la terrible envie de fermer les yeux, mais elle essaya avant cela de résister, sachant que s'endormir par un temps pareil et dans son état risquait d'aggraver la situation désastreuse dans laquelle elle était plongée. Elle faillit même ne pas remarquer que des lumières s'étaient allumées dans les appartements dont les fenêtres donnaient justement sur la ruelle, tant son esprit était en ébullition constante. Elle se doutait que tout ce raffut avait dû alerter quelques personnes qui cherchaient à savoir ce qu'il s'était passé, maintenant que tout était enfin redevenu calme. Elle eut l'impression, juste avant de sombrer dans le néant, d'entendre au loin l'un de ces chants de Noël qui ne faisait que lui rappeler que c'était à cette période de l'année qu'elle avait tout perdu, vingt-cinq ans plus tôt.

Elle ne fut même pas surprise lorsqu'un papillon violet se posa au creux de sa paume, battre des ailes un instant puis s'en aller aussitôt. Ses yeux se fermèrent d'eux-mêmes et sa tête bascula légèrement sur le côté, mais la lumière qui émanait de son corps ne s'estompa pas immédiatement. Dans les deux immeubles qui bordaient la ruelle, quelques fenêtres s'ouvrirent et des curieux passèrent la tête à l'extérieur. Malgré le fait qu'elle soit évanouie, les voix lointaines de ces étrangers l'appelant parvinrent à ses oreilles. Quelques secondes plus tard, il n'y eut plus rien. Plus de son, plus de lumière, plus d'image. Juste elle, plongé dans un sommeil sombre et douloureux.