Leave a light on-Tom Walker


Tony soupira de soulagement en le voyant, même si de nombreuses questions naissaient au même moment dans son esprit. Lorsque l'autre homme le vit, il eut une réaction similaire à la sienne : une pointe de délivrance et de réconfort mêlée à de l'anxiété.

−Je ne m'attendais pas à ce que tu débarques aussi rapidement, confia le milliardaire au dieu nordique en allant à sa rencontre d'un pas assuré.

−Et je ne m'attendais pas à recevoir ce genre de message, déclara Thor en avança lui aussi vers son ami. Tu paraissais très inquiet, et à la seconde où tu as parlé des géants des glaces, j'ai compris que quelque chose de très grave devait être en train de se produire. Et puis, tu as également parlé de ta sœur, et disant qu'elle s'était retrouvée face à eux ? Comment des Jotüns ont-ils ne serait-ce que réussi à se retrouver sur cette planète alors que les portails entre Midgard et Jotunheim sont supposés avoir été scellés il y a des centaines d'années ?

−Du calme, Blondie, lui lança Tony en se tournant dans l'autre direction, faisant signe à l'asgardien de le suivre, je te l'ai dit, je n'ai pas la moindre idée de ce qui a pu se produire ce soir… Et toi, comment as-tu fait pour arriver aussi rapidement ? Je pensais que tu ne te servais plus du Bifröst pour voyager ?

−J'étais déjà en route depuis quelques jours, et je me dirigeais vers Midgard, lui expliqua-t-il en le suivant jusqu'à la porte d'entrée de l'hôpital.

−Pourquoi ? lui demanda le brun en fronçant les sourcils, interloqué.

−Tu n'es pas sans savoir que Madison et moi correspondons parfois via notre transmetteur respectif ?

Tony acquiesça sans rien dire et entra dans le bâtiment, et ils se mirent à avancer dans le long couloir bondé d'infirmiers, secouristes et médecins en tous genres, ainsi que de patients qui observaient avec étonnement l'étrange duo qui passait à proximité d'eux.

−De manière générale, nous nous donnons quelques nouvelles toutes les trois semaines grand maximum, l'informa-t-il. Ce ne sont pas forcément de longues communications, mais c'est amplement suffisant pour signifier à l'autre que les choses se passent bien des deux côtés.

−Et alors ?

−Et alors, je n'ai plus reçu la moindre note depuis plus d'un mois et demi, souffla-t-il en continuant à suivre le brun, ne sachant pas forcément où ce dernier le conduirait. J'ai craint qu'il n'y ait eu un problème sur Midgard, alors j'ai fait mon possible pour essayer de vous rejoindre. Et alors que j'étais sur le point d'arriver, tu m'as contacté pour me parler de la récente attaque que vous avez subie.

−Techniquement, il n'y a que Maddie qui l'a subie…

−Comment va-t-elle ? demanda immédiatement Thor, inquiet et se sentant concerné. Les dommages causés étaient-ils importants ?

Tony s'arrêta devant la porte du bloc où avait été conduite la mutante quelques heures auparavant, faisant dos au dieu nordique et en soupirant, puis ses épaules retombèrent mollement, comme si toute l'énergie dont il disposait avait été utilisée pour le maintenir éveillé durant ces longues périodes de stress.

−Pour être tout à fait honnête… Je n'en ai pas la moindre idée. J'attends en tournant en rond depuis plusieurs heures, et personne ici de semble disposé à me dire comme ça se passe depuis notre arrivée… Elle… A juste eu le temps de me dire qu'elle était dans cet état à cause des géants de glaces, mais elle était beaucoup trop faible pour dire quoi que ce soit d'autre… Après ça, ils l'ont emmenée.

Derrière lui, Thor demeurait immobile. Il serrait fermement son marteau dans sa main gauche depuis son arrivée, et ses doigts se crispèrent davantage autour du manche à l'entente des quelques mots du milliardaire. Un sentiment d'inquiétude commençait à s'emparer de lui, bloquant tous ses muscles et le figeant ainsi. Il visualisait parfaitement sa meilleure amie sur l'une de ces civières qu'il avait eu l'occasion d'apercevoir en arrivant sur place, inconsciente et totalement vidée de son énergie vitale. D'autres visions d'horreurs firent surface dans sa tête mais il préféra rapidement les chasser, refusant de penser au pire. L'espoir était l'une des seules choses qu'il lui restait, et ce quoi qu'il arrive, même dans les pires instants de sa vie. Alors, il souffla un bon coup, s'approcha du brun et posa une main réconfortante sur l'épaule de ce dernier.

−Tout ira bien… Peu importe ce qu'il lui est arrivé ou bien le temps que cela prendra pour que les choses s'arrangent… Je suis persuadé que tout rentrera dans l'ordre, affirma-t-il en essayant de paraitre le plus sûr de lui que sa voix le lui permit, cherchant à rassurer Tony, mais également à se rassurer lui-même par la même occasion.

A peine eut-il achevé sa phrase qu'un homme vêtu d'une longue blouse blanche ouverte vint à leur rencontre, quelques feuilles d'analyses dans sa main droite et un stylo bleu dans l'autre. C'était un individu d'une petite cinquantaine d'années qui dépassait le mètre quatre-vingt aux cheveux poivre et sel et qui avait laissé pousser sa barbe. Une paire de lunettes reposait sur son nez mais manquait de glisser à chaque fois qu'il penchait un peu la tête en avant. Même en tenue d'hôpital, il faisait très sérieux dans cet ensemble impeccable.

−Monsieur Stark ? commença-t-il lorsqu'il arriva à leur hauteur. Hector Lane, se présenta-t-il en serrant la main du brun, puis celle du blond dans la foulée. Je suis navré que votre attente ait été si longue, mais nous avions beaucoup de travail ce soir. Bien entendu, compte tenu de la situation, votre sœur a été notre priorité absolue.

−Comment va-t-elle ? fut la première question de Tony, l'inquiétude dans sa voix trahissant la panique qui le rongeait de l'intérieur.

−Eh bien, reprit-il en réajustant ses lunettes sur son nez avant de poser les yeux sur ses papiers, il s'agissait bien évidemment d'un cas auquel nous n'avions jamais eu affaire auparavant. Nous sommes au courant de l'existence de toutes ces créatures qui menacent la terre, et nous nous sommes bien entendus doutés que l'une de ces espèces était à l'origine de ce qu'il s'est passé. Il a été très difficile de maitriser votre sœur au début, aucun médecin ne pouvait l'approcher sans qu'il se retrouve projeté à l'autre bout de la pièce avant même de l'avoir effleurée. Même les gaz anesthésiants n'ont pas eu énormément d'effet sur elle, et j'imagine que sa condition de mutante y était pour quelque chose. Cependant, au bout d'un moment, elle s'est calmée d'elle-même et il nous a été possible de lui faire passer une IRM, ainsi que quelques examens complémentaires.

−Et donc ?

−Eh bien, notre salle des scanners est comme qui dirait… Actuellement figée sous une couche de plusieurs centimètres de glace impossible à briser, mais nous avons cependant pu obtenir quelques résultats, affirma-t-il avant de se diriger dans un couloir adjacent, invitant les deux autres hommes à le suivre, ce qu'ils firent sans répliquer. Lors de ses phases de crises, elle n'arrêtait pas de dire que des alliés avaient été trahis, mais chaque fois que l'un de mes collègues cherchait à en savoir plus, elle ne faisait que répéter ces quelques mots.

−A-t-elle parlé de quoi que ce soit d'autre ? le questionna l'inventeur.

−D'une forêt, déclara calmement le médecin. Une forêt, une croix, et de la neige. J'imagine que ces éléments vous sont familiers, contrairement à nous, soupira-t-il en poursuivant sa route, ne voyant donc pas que Tony baissa momentanément la tête, ce que Thor remarqua mais il ne fit aucun commentaire sur le moment. Mais pour revenir à son état, en plus d'une pression artérielle très en-dessous de la moyenne… Quelque chose d'indéterminé semble avoir pris racine en elle, leur expliqua-t-il d'un ton plus grave. Ce n'est pas une excroissance à proprement parler, mais plutôt une sorte d'inflammation qui se développe autour de ses poumons. Cela n'a que très faiblement évolué pendant l'auscultation, mais je pense qu'il serait judicieux de continuer à surveiller de près cette anomalie, acheva-t-il en s'arrêtant derrière une large vitre à travers laquelle on pouvait apercevoir l'entièreté d'une chambre aux murs clairs dans laquelle était disposé un lit simple afin d'effectuer quelques fouilles dans ses papiers.

Tony eu un bref mouvement de recul en voyant un jeune garçon étendu sur le matelas, recouvert d'un drap léger et relié à plusieurs machines via un tas de câbles. Il remarqua qu'il paraissait étonnamment paisible. Ses yeux se posèrent sur une femme qui était assise sur une chaise dans un coin de la pièce, yeux clos, visiblement épuisée. A l'intérieur, un interne était en train de prendre des notes dans un calepin tout en jetant quelques coups d'œil aux écrans qui se trouvaient non loin de lui. Un bouquet de fleurs fraiches reposait sur la table de nuit blanche. Le brun eut un pincement au cœur, se disant que sa petite sœur était très probablement dans un état similaire à celui de l'adolescent qu'il observait silencieusement. Le médecin qui les avait accompagnés jusque-là continua cependant à avancer et les deux individus se sentirent presque obligés de le suivre.

Au bout du couloir, l'agitation était un petit peu plus présente qu'à l'endroit où ils se trouvaient actuellement. Cela sembla par ailleurs intriguer Lane, qui leva enfin le nez de ses documents afin de tenter de savoir quelle était la source de cette animation. Lorsqu'il demanda à l'un de ses collègues, qui venait justement vers eux, ce qu'il se passait, il lui expliqua simplement qu'il revenait tout juste de la chambre cinquante-et-une. Le futur quinquagénaire fronça légèrement les sourcils avant d'en demander plus à l'individu, qui avant de s'éloigner, déclara qu'il ne valait mieux pas s'aventurer « en terrain si dangereux au risque de se prendre un outil médical en pleine figure ». Tony et Thor échangèrent un bref regard intrigué, avant de suivre Lane, qui s'était déjà remis en route d'un pas rapide en marmonnant quelque chose du style « Qu'est-ce qu'il se passe encore dans mon hôpital… ? ». Et effectivement, plus ils s'approchaient de la porte marquée des chiffres « 5 » et « 1 », plus des éclats de voix masculine et d'autres féminine parvenaient à leurs oreilles, bousculant la tranquillité habituelle des lieux.

Ils atteignirent enfin la pièce, dont la porte était restée ouverte après les départs quelque peu précipités de certains scientifiques et tandis que Thor resta en retrait dans le couloir, les deux autres furent quelque peu surpris de voir Madison debout, retenue par les bras par deux infirmières qui essayaient de la faire gentiment s'asseoir sur le rebord du lit. Tony se rendit compte qu'ils étaient loin de ce moment où il l'avait récupérée au beau milieu de la ruelle, à demi-inconsciente.

−Mais puisque je vous dis que je vais bien et que vous pouvez vous les garder, vos calmants ! s'énerva-t-elle sans pour autant trop s'emporter contre le personnel médical qui ne faisait que son travail, puis elle aperçut son frère dans l'encadrement de la porte. Tu peux leur demander de me lâcher, s'il te plait ?

−Depuis quand est-elle debout ? demanda Lane à l'un de ses collègues, sourcils froncés. Je pensais vous avoir demandé de la maintenir au calme le plus longtemps possible car elle avait besoin de beaucoup de repos…

−Depuis que les cinq doses de pentobarbital qu'on lui a injectées n'ont pas eu le moindre effet sur elle, docteur, lui répondit l'une des aides-soignantes, ayant l'air légèrement embêtée par la situation qu'elle ne parvenait pas à maitriser. Elle s'est levée rapidement après votre départ et depuis nous demande de la laisser sortir …

−Vous savez que je suis toujours dans la pièce, reprit la mutante, et que je suis capable de dire ça toute seule ? Bon sérieusement, lâchez-moi, enchaina-t-elle en se libérant les deux bras, et le médecin principal fit signe à ses employés de laisser à la jeune femme un peu d'espace. Vous voyez bien que je n'ai rien, alors évitez de m'approcher à nouveau avec l'un de vos sédatifs puisque de toutes façons, ils sont inefficaces.

−Maddie, tu… Tu vas bien ? la questionna prudemment l'inventeur, toujours inquiet pour elle.

−Disons que je suis à deux doigts de faire une crise de nerfs à cause du nombre de personnes qui se trouvent dans cette chambre, mais à part ça, je pète la forme, marmonna-t-elle. Et j'ai comme qui dirait envie de rentrer à la maison, ajouta-t-elle, et son frère lui lança un petit regard d'incompréhension. …. Tout de suite, de préférence…

−Mademoiselle Stark, il serait préférable que nous vous gardions en observation durant encore quelques heures, afin de nous assurer que vous allez vraiment bien, déclara calmement l'homme aux cheveux gris.

−Oh, je vois, soupira-t-elle en s'approchant de lui. Alors, laissez-moi simplement vous dire une petite chose, hum… poursuivit-elle en plissant les yeux afin de lire ce qui était inscrit sur le badge qu'il portait épinglé à sa blouse blanche. … Hector, reprit-elle en esquissant un sourire en coin, le fixant sans ciller. … Je m'en fous de votre avis.

Après cela, elle le repoussa légèrement en plaquant sa main sur son torse et se dirigea vers la sortie d'un pas furibond, sous les airs interloqués de tout le personnel médical présent dans la pièce ainsi que celui de son grand frère, qui la regarda sortir, bouche bée. Lorsqu'elle passa à proximité de Thor, qui était jusqu'à présent resté appuyé contre le mur, bras croisés attendant sagement qu'on l'autorise à entrer, il se redressa vivement, surpris de la voir en « aussi bon état ». Seulement, elle poursuivit son chemin sans lui accorder le moindre regard, le gratifiant d'un simple « Salut » sans trop de conviction et s'avança dans le couloir aux murs dont le papier peint beige reflétait la lumière crue que dégageaient les néons et luminaires incrustés dans le plafond aux panneaux de liège blanc, ignorant les regards curieux qu'elle attirait sur elle. Le dieu nordique, plus qu'étonné, s'autorisa alors à jeter un coup d'œil à l'intérieur de la chambre d'où elle venait de sortir, puis il se décida finalement à y entrer au moment où Tony lui fit un bref signe de la main.

−Hum… Excusez-la, dit le brun à Lane, elle n'apprécie pas spécialement ce genre d'endroit, et il est fort peu probable qu'elle accepte que je la ramène ici un jour…

−J'avais cru comprendre, soupira le médecin. Il est surprenant de voir à quel point son état s'est amélioré, mais je ne préfère pas me fier aux apparences, Stark. J'ignore ce qui lui est arrivé, mais il ne faut pas le prendre à la légère, affirma-t-il en lui tendant le dossier dont il ne s'était pas séparé depuis leur rencontre, quelques minutes plus tôt. Tout ce que nous avons pu trouver est inscrit là-dedans, je vous le laisse car vous saurez très certainement trouver une solution avant nous.

−Merci, souffla-t-il en s'emparant du paquet de feuilles, et le scientifique lui tendit ensuite une fiche accrochée à un support pour faciliter l'écriture ainsi qu'un stylo.

−Je ne vous cache pas que cela ne m'enchante guère vous laisser signer cette décharge à sa place pour la laisser partir, attesta-t-il, mais nous savons de quoi elle est capable, et également que ce n'est pas une bonne idée de se mettre en travers de son chemin lorsqu'elle a une idée bien précise en tête.

−Si cela ne vous dérange pas, je souhaiterais que vous passiez à la Tour, déclara Tony en signant la décharge, le dossier sous le bras. Elle refusera effectivement de remettre les pieds ici, mais sûrement pas de se laisser aider en cas de problème. A moins, bien sûr, que cela ne vous convienne pas à cause de votre horaire surchargé, ce que je comprendrais parfaitement, conclut-il en lui rendant le morceau de papier et le stylo.

−Contactez-moi dès que vous en avez besoin, lui répondit Lane en lui tendant une carte de visite sur laquelle étaient inscrits ses numéros professionnel et personnel au cas où. A présent, vous feriez mieux de la rejoindre. Par pure précaution, votre sœur ne doit pas être laissée sans surveillance.

Le brun le remercia et acquiesça, puis il quitta à son tour la chambre en invitant Thor à le suivre, ce que le blond fit sans hésiter. Il serrait à présent le paquet de feuilles entre ses mains tremblantes comme s'il s'agissait de son bien le plus précieux et avait le regard à la fois dur et vagabondant un peu partout autour de lui. L'asgardien marchait à côté de Tony, cherchant la meilleure façon de formuler en phrases cohérente les mots qu'il souhaitait prononcer. Le midgardien remarqua rapidement son air embêté et décida d'engager lui-même la conversation, facilitant ainsi la tâche à son ami.

−Je ne sais pas trop si tu as fait ce voyage pour rien ou non, mais ça t'embêterait de rester quelques jours de plus juste pour qu'on puisse s'assurer que tout va vraiment bien ?

−Je n'avais pas l'intention de partir avant d'avoir compris ce que faisaient des Jotüns sur cette planète, lui assura Thor, resserrant nerveusement sa main autour du manche de Mjolnir. J'en connais suffisamment sur eux, je ne m'en irai pas avant d'avoir obtenu des réponses.

−J'espérais t'entendre dire ça, souffla-t-il, rassuré, parce que tout ça commence sérieusement à me taper sur les nerfs…

Ils continuèrent à marcher jusqu'à ce qu'ils atteignent le hall principal, qui était l'endroit le plus bondé de l'hôpital. Seulement il n'y a qu'une seule personne que Tony se mit à essayer de retrouver, et il a l'aperçut seulement quelques instants plus tard, accoudée au comptoir de l'accueil, yeux baissés. Madison observa brièvement derrière le comptoir, enfilant ses gants qu'elle avait avec elle d'un geste un peu tremblant, semblant chercher quelque chose du regard. Le brun secoua un peu la tête puis se dirigea vers elle d'une marche soutenue mais le dieu nordique, lui, hésita à faire de même.

−Maddie, qu'est-ce que tu fais ?

−J'attends.

−Tu attends quoi ?

Il vit alors une jeune secrétaire revenir à son poste avec un bac en plastique transparent entre les mains, qu'elle posa ensuite sur son bureau. Elle en sortit quelques éléments, qu'elle étala sur le comptoir sous les yeux de la mutante, éléments que cette dernière récupéra au fur et à mesure. Il y avait son transmetteur -qui avait été endommagé durant son combat contre les géants des glaces-, son téléphone portable à l'écran fissuré, sa dague toujours rangée dans son étui et son arme de service également rangée. Elle réaccrocha les deux armes à leur place respective sans rien dire, fixa le transmetteur à son poignet gauche et rangea son GSM dans la poche de sa veste. La secrétaire regarda une nouvelle dois dans le panier et s'empara d'une enveloppe, qu'elle tendit à la brune.

−Ça aussi, c'est à vous ?

Madison s'en empara sans violence mais avec célérité, silencieuse, et la fourra rapidement dans l'une des poches intérieures de sa veste, piocha dans le bocal à bonbons normalement destiné qui se trouvait à sa portée et marcha vers la sortie sans rien ajouter, l'air neutre. La jeune employée parut surprise par cette réaction peu conventionnelle et écarquilla les yeux, comme si elle se demandait si elle avait fait quelque chose de mal. Tony parut presque gêné, tapa brièvement sur le comptoir et lâcha un faible « Bonne soirée » à l'individue, qui le regarda ensuite sortir à son tour. Thor était plus que soucieux. Il se contenta de réfléchir durant quelques secondes avant de se dire qu'il ferait mieux de suivre le frère et la sœur Stark, comme il venait tout juste de le promettre à l'inventeur. En se retrouvant à l'extérieur, il vit justement son ami en train de parler à la mutante un peu plus loin. Cette dernière était appuyée contre un mur, bras croisés. Il les rejoignit sans rien dire, ne voulant pas s'imposer dans leur conversation.

−Je suis fatiguée, Tony, je veux juste rentrer … soupira-t-elle. Cet endroit me fout le cafard.

−J'imagine que tu te doutes que j'ai demandé à Lane de passer de temps à temps à la tour ?

−Comme c'est aimable, répondit-elle avec un sourire un peu ironique. … On peut y aller, maintenant… ? … S'il te plait ?

Il poussa un profond soupir en actionna un bouton du bracelet à côté de son transmetteur et son armure se déploya autour de lui. Il attrapa sa sœur par les bras, et lorsqu'elle lui affirma qu'elle était encore capable de se débrouiller seule pour rentrer, que ce soit en marchant, volant ou roulant, il secoua négativement la tête et décolla avec elle, tandis que son regard donnait l'impression d'une enfant qui venait de se faire gronder. L'asgardien les regarda faire, toujours préoccupé, puis fit tournoyer son marteau et prit son envol à son tour.

. . . . . . . .

Ils ne mirent quelques minutes à rentrer à la tour, ancien QG des Avengers. Ils se posèrent sur le balcon, et Tony ordonna à l'intelligence artificielle de déverrouiller les portes afin qu'ils puissent entrer, et les trois individus se retrouvèrent au beau milieu du salon, où les lumières s'étaient allumées dès qu'ils avaient fait un premier pas dans la pièce spacieuse. Le milliardaire se débarrassa de son armure et se tourna vers la mutante, prêt à lui faire une remarque sur il ne savait encore trop quoi, juste histoire de lui faire comprendre que ne pas écouter les médecins n'était pas forcément très intelligent. Seulement, juste avant que le moindre son n'ait eu le temps de sortir de sa bouche, il fut frappé par une vision inquiétante : Madison était appuyée d'une main sur le dossier d'un fauteuil, tête baissée et s'étant remise à saigner du nez, comme lorsqu'il l'avait récupérée quelques heures plus tôt.

Il s'approcha donc d'elle en fronçant les sourcils et se remercia mentalement quand il fut arrivé à sa hauteur, car il put la rattraper à temps avant qu'elle ne s'effondre à cause de ses jambes qui venaient tout juste de faillir. Il l'aida ensuite à s'asseoir dans le fauteuil en question tandis que Thor alla rapidement chercher du papier à la cuisine, puisqu'il connaissait le chemin et revint pour le lui donner, tous ses sens étant en alerte. Il remarqua que son amie proche semblait avoir la tête qui tournait et un peu de mal à voir clair.

−Ne me fais surtout pas croire que tu vas bien, lança Tony d'un ton à la fois sérieux et inquiet.

−… Tu crois sincèrement qu'ils auraient accepté de te laisser signer cette fichue décharge s'ils m'avaient vu dans cet état quand je suis sortie… ? Ça fait près de vingt minutes que je me concentre pour paraitre la plus sereine possible, souffla-t-elle en maintenant sur son nez le mouchoir que lui avait ramené Thor. Et… Et non, ça ne va pas, ajouta-t-elle en plongeant son regard dans celui de son grand frère, les yeux fatigués.

−Tu veux que j'appelle Lane ? lui demanda-t-il avec douceur en passant sa main dans son dos pour la rassurer.

−… Je veux juste aller dormir… répondit-elle d'une voix presque plaintive et exténuée, puis elle roula en boule le mouchoir lorsque le saignement stoppa et le fourra dans sa poche avant de renifler un peu.

−… D'accord, finit-il par dire en l'aidant à se redresser, puis il porta son attention sur l'autre homme présent dans la pièce. Je reviens dans deux minutes. Fais comme chez toi, affirma-t-il en faisant ensuite sortir sa petite sœur du salon.

. . . . . . . .

−C'est bon, elle est couchée. Et elle s'est rapidement endormie, ajouta Tony en revenant au salon, où Thor avait patienté sagement pendant une dizaine de minutes environ, puis il alla chercher une bouteille de Whisky ainsi que deux verres dans le bar avant de revenir vers lui. J'ai rassuré Pepper et lui ai promis de tout lui expliquer demain matin avant son départ, enchaina-t-il en s'asseyant en face de lui avant de les servir, puis il lui tendit son verre. Quelle journée de dingue, je commence à être beaucoup trop vieux pour ça… Entre les Chitauris, les géants de feu et ceux des glaces, je me demande quelle sera la prochaine espèce qui voudra nous attaquer, soupira-t-il en s'enfonçant dans son siège. Après tout, peut-être que malgré sa folie évidente, Lydra n'avait pas entièrement tort… Sur les neuf Royaumes, les humains restent les moins avancés, et donc les plus vulnérables…

−Ce n'est pas vrai, lui assura le dieu. Vous avez simplement été injustement tenus à l'écart pendant trop longtemps, déclara-t-il avant de boire une première gorgée du breuvage qui lui avait été offert par le propriétaire des lieux. Mais à chaque fois, ces menaces ont été vaillamment repoussées parce qu'il n'y a que très peu de choses que vous ne pouvez contrer.

−Je crois que la pire menace qui puisse exister pour nous, cela reste les autres humains, soupira-t-il en entamant à son tour son verre, le regard perdu dans le vide. Le plus dangereux pour l'Homme reste son semblable…

−… Que s'est-il passé ?

−Quoi donc ? Pour que je perde foi en l'être humain à ce point ou pour que je me mette à devenir pessimiste alors que je n'en suis qu'à mon premier verre ?

−… Pour que Madison ait perdu son sourire.

Tony cessa brusquement de boire, le regard figé sur les quelques bûches qui brûlaient dans la cheminée, provoquant un crépitement qu'il était très plaisant à écouter. Les flammes aux tons orangés et doux avaient presque un pouvoir hypnotisant, elles demeuraient tellement attractives que le milliardaire eut du mal à en détacher les yeux pour finalement fixer la table basse qui trônait entre lui et le blond. Il se pencha en avant et reposa son verre en soupirant puis se réenfonça dans son fauteuil, et ses yeux rencontrèrent enfin ceux de Thor. Il remarqua que ce dernier paraissait sincèrement inquiet par le manque de réponse immédiate de sa part. Cela le touchait qu'il ait toujours montré autant d'attention aux humains, et ce malgré leur rencontre plus que mouvementée, houleuse. Il était également reconnaissant qu'il ait rapidement pris l'initiative de protéger Madison lorsqu'il le fallait, alors le voir aussi tourmenté l'affectait.

−Beaucoup de choses ont changé depuis notre retour d'Arcturus IV, si tu veux savoir… Et pas forcément en bien. Je crois que Maddie fait partie des personnes les plus affectées. Les derniers mois n'ont pas été simples, et j'imagine que si elle a cessé de te donner des nouvelles, c'est parce qu'elle n'en donne tout simplement plus à personne depuis des mois. Tu dois être celui avec qui elle a décidé de garder contact le plus longtemps. Si pour toi, si ça ne fait que, on va dire… Cinq ou six semaines, dis-toi que tu fais partie des privilégiés…

−Mais pourquoi… ? La dernière fois que je me suis retrouvé dans cette tour, c'était rempli de joie, de bonne humeur… De monde, surtout… Les Avengers restaient rassemblés ici jusqu'à très tard dans la nuit simplement pour discuter de tout et de rien…

−Les Avengers n'existent plus, lâcha froidement le brun. Il y a des mois qu'ils ont cessé d'exister.

−Quoi !? Pourquoi ?

Après une longue hésitation, Tony décida de tout lui raconter dans les moindres détails. Comment leur groupe autrefois si soudé s'était si subitement séparé en deux parties distinctes, comment ils s'étaient battus, défendant chacun une idée bien précise, comment ça les avait brisés de l'intérieur de devoir faire face à d'anciens alliés, des amis. Il lui parla de Bucky et de ce qu'il avait fait le seize décembre mille-neuf-cent quatre-vingt-onze et de Steve, qui était au courant mais qui avait décidé de le garder pour lui, le cachant ainsi aux principaux concernés. Il lui expliqua que le soldat avait désormais disparu dans la nature, ce qui l'avait en un sens soulagé, après lui avoir cependant laissé une lettre dans laquelle il lui confiait qu'il était désolé et qu'il regrettait vraiment la si brutale séparation des Avengers. Il aborda ensuite l'isolement fréquent de sa petite sœur. Le fait qu'elle se renferme énormément sur elle-même, ne voulant presque plus voir quiconque, se concentrant exclusivement sur les missions qu'on lui donnait et son travail -enseigner au manoir de Charles Xavier- sans plus faire quoi que ce soit d'autre. L'absence de la moindre once de joie sur son visage, le sourire qu'elle se forçait à afficher lorsqu'elle se retrouvait face à ses élèves ou bien même face à lui, Pepper ou encore Happy lorsque celui-ci leur rendait visite. C'était les seuls moments où Tony avait encore la joie de voir sa sœur sourire, et même en sachant que c'était loin d'être en permanence sincère, cela le rassurait un petit peu. Suffisamment pour se dire qu'un jour, elle irait forcément mieux.

−… Quand est-ce arrivé ? lui demande Thor lorsqu'il eut achevé son récit.

−Environ un mois après l'Islande, lui confia-t-il en reprenant son verre avec un soupire. Et alors qu'on pensait que ça faisait déjà suffisamment de problèmes à gérer et de peines à assumer, l'Univers a dû trouver amusant de nous voir aussi démunis, parce qu'il a continué à s'acharner sur nous pour foutre la merde encore une fois, il y a six mois… déclara-t-il, l'air légèrement mécontent.

−Pourquoi cela ? le questionna-t-il en fronçant les sourcils.

−… Logan est mort, lâcha Tony avant de reboire une gorgée de whisky.