Cold like that-Garth Brooks


26 décembre 2016

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Debout devant la cheminée, Tony observait silencieusement le feu qu'il avait allumé dans celle-ci quelques minutes plus tôt, pensif. Jamais il n'avait vécu un Noël aussi mouvementé que celui. Même lorsqu'il le comparait à celui de quatre-vingt-onze, lorsqu'il l'avait fêté seul pour la première fois de sa vie. Il se souvenait que certains adultes avaient énormément insisté pour qu'il ne se terre pas dans cette affligeante solitude, mais lui-même de son côté avait affirmé qu'il ne souhaitait voir personne ce jour-là. Cette année, c'était largement différent. Il s'était retrouvé avec sa compagne, sa petite sœur et Happy était brièvement passé pour les saluer. Mais à part eux trois, il n'y avait eu personne. Rien, pas de fête somptueuse avec beaucoup d'invités, pas de soirée médiatisée comme il en avait pourtant l'habitude, pas d'inconnus dont il se fichait éperdument, sauf lorsqu'il devait leur serrer la main et feindre un sourire. Ça n'avait été qu'eux. Juste une petite famille comme une autre qui fêtait Noël de son côté, oubliant temporairement les problèmes que la vie leur offrait avec un nœud en satin.

Pepper était partie se coucher aux alentours d'une heure du matin, épuisée, tandis que le frère et la sœur Stark avait décidé de rester un peu plus longtemps dans le salon afin de discuter. Au cours de cette soirée qui s'était éternisée, ils avaient un peu bu pour essayer de ne plus trop se soucier du fait que l'Univers s'acharnait constamment sur leurs existences. Et pour la toute première fois depuis plusieurs mois, ils s'étaient sentis apaisés. Plus rien ne les préoccupait, toute la peine semblait avoir subitement disparu. Mais leur répit n'avait malheureusement été que de très courte durée. Le lendemain du réveillon de Noël, alors que Tony se disait que lui et sa petite sœur pourraient peut-être sortir la tête de l'eau et essayer d'enfin tourner la page sur les épreuves qu'ils avaient péniblement traversées, le Destin leur avait à nouveau joué un sale tour et s'en était pris à la jeune femme. « Comme si elle n'avait pas déjà suffisamment souffert… » avait-il pensé. Il avait beau espérer, ils ne bénéficiaient jamais de maximum trois mois de tranquillité, voire très souvent moins. Entre ça et leurs missions, il se demandait s'ils allaient un jour avoir droit à une petite vie calme et bien rangée.

Les flammes orangées qui consumaient les bûches l'hypnotisait, il demeurait tout à fait incapable de regarder ailleurs. Il attendait, en réalité. Attendait que l'asgardien revienne en compagnie de Madison le plus rapidement possible. Il avait entièrement confiance en Thor, cela ne faisait aucun doute. En revanche, il savait à quel point la mutante pouvait être aussi têtue que lui, parfois même beaucoup plus, il n'était donc pas surpris que le blond prenne aussi longtemps à la ramener à la tour. Il espérait simplement que le temps d'attente ne s'étendrait pas trop, car l'inquiétude qui montait doucement en lui refusait de s'en aller et commençait à sérieusement s'ancrer dans sa poitrine. Ses craintes disparurent seulement lorsqu'en tournant la tête après avoir entendu du bruit provenant de l'extérieur, il aperçut les deux individus atterrir sur le grand balcon et se diriger vers la baie vitrée du salon. Il alla leur ouvrir afin de les faire entrer et lorsqu'il prit sa petite sœur dans ses bras, soulagé qu'elle n'ait rien, il la sentit tressaillir et se crisper, pour finalement se détendre au bout de quelques secondes.

−Est-ce que ça va ? lui demanda-t-il en la relâchant lentement tandis que Thor referma la porte vitrée derrière lui. Il n'y a pas eu de soucis en ville ?

−Tout va bien, affirma l'autre homme sans laisser paraitre la moindre émotion.

Cependant, Tony baissa les yeux vers la main droite du dieu et fronça les sourcils. Celle-ci avait pris une teinte légèrement grisâtre, couleur qui n'avait rien de bien naturel et tremblait très légèrement. Lorsque Thor se rendit compte qu'il était observé ainsi, il prit sa main gauche dans son autre main et soupira.

−Ce n'est rien, le rassura-t-il. C'est en train de se calmer.

−Que s'est-il passé ? demanda-t-il aux deux personnes en les regardant successivement. Et pas question de me servir un mensonge ou une semi-vérité, poursuivit-il d'un ton autoritaire.

−J'ai… commença la mutante d'un air incertain.

−C'est de ma faute, enchaina immédiatement l'asgardien. J'ai été trop loin, mes mots ont dépassé ma pensée et j'ai provoqué ta sœur, expliqua-t-il calmement au brun. Quand j'ai voulu la rattraper, une sorte de force m'a repoussé et m'en a empêché. Ma main s'est temporairement congelée, mais ça s'est nettement calmé depuis que c'est arrivé, donc pas d'inquiétude.

−Je ne voulais pas, Thor… reprit Madison. Je ne voulais pas m'en prendre à toi, je ne sais pas ce qu'il s'est passé… Je ne peux plus toucher qui que ce soit sans que ce genre de phénomène de répulsion se produise… Dans la ruelle, avec les secouristes… A l'hôpital, lorsque les médecins s'approchaient de moi…

−Mais… Je viens pourtant de te prendre dans mes bras, non ? lança Tony, ayant du mal à comprendre. Et justement à l'hôpital, je t'y ai conduite, je t'ai tenu la main, et rien ne s'est produit après que je t'aie récupérée dans cette ruelle. Comment ça se fait ?

−A cause du lien psychique établit entre vous, déclara Thor en se mettant assis dans le canapé, et cette remarque ne lui valut que deux paires d'yeux le fixant avec une certaine forme d'incompréhension. Lorsque vous étiez enfants, n'y a-t-il jamais eu un moment où vous avez senti que l'autre avait besoin de vous sans que vous ne sachiez réellement pourquoi ?

−C'est juste l'intuition, ça, les présentiments, soupira Tony en commençant cependant à réfléchir aux paroles de son ami, puis il regarda brièvement sa sœur avant de reporter son attention sur l'homme. Et d'où proviendrait ce lien, de toutes manières ?

En guise de réponse, le blond désigna la mutante d'un simple signe de tête et la concernée comprit ce qu'il voulait dire.

−Mes pouvoirs… murmura-t-elle. Ceux qui me permettent d'occasionnellement lire dans les pensées, déceler les émotions et m'infiltrer dans l'esprit des gens… Maintenant que j'y pense, quand j'étais petite et que je me sentais mal ou en danger, je pensais à toi en espérant que tu viennes m'aider et… A chaque fois, tu finissais par arriver…

−Votre lien fraternel est très puissant, confirma Thor. C'est pour cela que ton subconscient ne laisse personne d'autre que ton frère s'approcher et entrer en contact direct avec ta peau. Et pour tout à l'heure, je sais que ta réaction n'était pas volontaire, mais je tiens cependant à m'excuser pour avoir insisté à parler de certains points dont tu ne voulais rien entendre et affirmer que ce petit incident aura suffi à me servir de leçon.

−Je t'en prie, ne t'excuse pas, lui demanda-t-elle. C'est surtout moi qui… Qui suit incapable de contrôler la situation, répondit-elle avec culpabilité et gardant la tête baissée. Et pour le moment… J'ai besoin de me défouler, alors si ça ne vous dérange pas… Je vais vous laisser, dit-elle en commençant à s'éloigner.

−Où vas-tu ? la questionna Tony, inquiet dès qu'elle faisait mine de vouloir quitter une pièce sans lui donner plus d'informations.

−Gymnase, lui lança-t-elle en sortant du salon sans rien ajouter de plus.

Les deux hommes la regardèrent s'en aller, intrigués, puis échangèrent un bref coup d'œil après que la jeune femme ait disparu de leur champ de vision. Thor se frotta nerveusement les mains en les fixant, la gauche recommençant enfin à reprendre des couleurs, geste que le brun analysa en silence avec attention. L'asgardien parut s'en rendre compte et il esquissa un sourire en coin à l'inventeur.

−J'ai déjà été confronté à ce genre de sortilège. Je ne m'inquiète pas pour mon état, mais pour celui de ta sœur. As-tu découvert quoi que ce soit d'autre durant notre absence ?

−Rien pour le moment, répondit-il. J'ai demandé à Friday d'analyser Madison grâce aux systèmes de sécurité installés un peu partout dans la tour. Elle sera scannée en permanence pour que je puisse vérifier l'évolution de sa convalescence.

−J'imagine que tu ne l'as pas mise au courant ?

−Elle est intelligente. Elle s'en doute certainement, affirma Tony en soupirant. Mais je préfère nettement ne pas en parler directement avec elle, parce que cela ne serait que la source d'un nouveau conflit, et je n'ai franchement pas l'esprit à ça pour le moment. Sinon, à quel point les choses ont dégénéré, entre vous ?

−Suffisamment pour s'inquiéter, déclara gravement Thor. Je sais qu'elle a énormément de caractère, mais ce matin… Ce ne lui ressemblait pas. Ses yeux étaient remplis d'une rage que je n'avais jamais eu l'occasion de ressentir chez elle. Tony, j'ignore ce qu'il se passe, et je ne sais pas si les géants des glaces qui l'ont attaquée comptent revenir pour achever leur travail, mais je te promets que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir afin d'arranger les choses.

−Et je t'en remercie, lui dit-il en se dirigeant vers la table basse pour y récupérer le paquet de feuilles qu'il avait laissé trainer pour ensuite le lui tendre. Ça a beau être du charabia médical humain, je pense que tu devrais être capable d'en comprendre les grandes lignes. J'en ai fait plusieurs copies et l'intégralité du dossier se trouve dans le système, donc si jamais tu as besoin d'un plus grand nombre de détails, Friday pourra te les fournir.

−Je te remercie, dit-il après avoir récupéré le dossier en question.

−C'est moi qui te remercie, poursuivit le milliardaire en se tournant pour quitter à son tour le salon. Si tu me cherches, je serai dans mon laboratoire. J'ai demandé à Lane de passer pour que l'on puisse discuter.

Puis il s'en alla, et le dieu commença à réfléchir, seul face à la cheminée où le feu commençait à s'éteindre.

. . . . . . . .

C'était avec férocité que Madison s'acharnait sur le sac de frappe, le rouant de coups toujours plus puissants que les précédents, l'esprit focalisé uniquement sur cela et rien d'autre. En dehors du bruit que faisaient ses poings lorsqu'ils entraient en contact avec le cylindre suspendu, pas un son ne venait perturber le silence de la pièce aux murs froids. La mutante avait, pour la première fois depuis longtemps, pris la décision de faire le vide dans son esprit pour ne se concentrer que sur ce qu'elle faisait sur le moment. Elle manqua cependant le point d'impact qu'elle s'était mentalement fixée lorsqu'une voix robotisée s'éleva dans les airs, la sortant de cet instant qui n'appartenait qu'à elle. Elle continua pourtant de s'entrainer comme si de rien n'était.

Mademoiselle, vous n'avez pas fait la moindre pause depuis votre entrée dans le gymnase et votre rythme cardiaque est trop élevé. Vos deux heures d'entrainement ont été intensives, et vous méritez certainement un temps d'arrêt.

−Je te remercie pour tes conseils, Friday, mais je m'en passerai pour le moment, répliqua-t-elle et reciblant ses coups, faisant abstraction de la douleur qu'elle commençait à ressentir au niveau des articulations de ses doigts.

−Et si c'est moi qui te le conseille ? retentit une voix masculine dans son dos, et la phrase fut suivie du bruit caractéristique d'une porte qui se referme tandis que Thor apparut dans le champ de vision de la jeune femme. Tu devrais peut-être te reposer.

−Je suis en pleine formes, répliqua la mutante et elle frappa si fort le sac de sa main métallique que son poing s'enfonça dans celui-ci. Tu vois… Je vais parfaitement bien, ajouta-t-elle avec un sourire. Et puis je préfère me défouler là-dessus plutôt que sur les gens… Comment va ta main… ?

−Bien mieux, affirma-t-il en lui montrant brièvement. Tu es certaine que tu ne veux pas t'arrêter là pour aujourd'hui ?

−Sûre à cent pourcents, déclara cette dernière. J'vois que toi aussi, tu as de l'énergie à dépenser, enchaina-t-elle en remarquant sa tenue vestimentaire -sweat gris à capuche sans manches et mitaines de boxe similaires aux siennes-, ce qui changeait de son habitude.

−Je n'avais pas prévu que tu sois encore là, répondit-il avec un sourire. Je t'aurais bien proposé un face à face, mais…

La brune ôta ses mitaines pour mettre des gants qui couvraient l'intégralité de ses mains, puis elle remit son sweatshirt à manches longues et se dirigea vers le ring d'un pas décidé, sous le regard intrigué de Thor. Elle lui fit ensuite signe de la rejoindre.

−Comme ça, pas de soucis à se faire, lui lança-t-elle en l'observant passer sous la corde supérieure pour venir se positionner face à elle. Si jamais tu as peur que je te blesse, préviens-moi à l'avance, que je puisse m'adapter, le nargua-t-elle ensuite avec un petit sourire, et elle leva les poings, prête à engager le combat, puis il l'imita.

−J'allais justement te faire la même réflexion, répondit-il en parant le premier coup qu'elle envoya sans crier gare, et il hésita d'abord à riposter, se demandant s'il ne risquait pas de la blesser, mais à force de trop penser, la jeune femme prit l'avantage et le fit tomber à la renverse.

−Règle numéro un : ne jamais baisser sa garde, lui lança-t-elle, presque amusée avant de lui tendre sa main pour l'aider à se redresser.

Il hésita à nouveau mais finit par s'en emparer et fut soulager qu'aucun phénomène de répulsion ne se produise à cet instant, puis demeura brièvement reconnaissant envers celui qui avait eu la brillante idée d'inventer les gants. Il se retrouva rapidement debout et se mit d'abord sur la défensive. Ils reprirent ensuite l'entrainement, esquivant et renvoyant chacun les attaques de l'autre avec ardeur. Thor remarqua alors que son amie semblait avoir enfin retrouvé un semblant de bonne humeur, et cela le rassura énormément. La voir aussi malheureuse lors de leurs retrouvailles l'avait rendu triste lui aussi, et il était ravi de voir que malgré la situation qui s'offrait à eux, elle ne se laissait pas abattre. Du moins, pas totalement. Et c'est une nouvelle fois son manque d'attention qui le fit chuter, mais lorsqu'il se retrouva au sol, il parvint cette fois à faire perdre son équilibre à la jeune femme, qui tomba à côté de lui. Elle s'essuya rapidement le front et fixa le plafond.

−Pas si mal, lâcha-t-elle toujours en souriant avant de se redresser en position assise tandis que l'homme se releva rapidement et s'étira.

−C'est étrange, commenta-t-il.

−Quoi donc ?

−Il y a deux heures, tu paraissais épuisée, et ce pour des raisons évidentes. Actuellement, on dirait que tu es en pleines formes, comme si rien ne s'était produit hier soir. Alors je me demandais simplement comment cela se faisait.

−C'est une excellente question, répondit-elle en s'aidant de la main qui lui était tendue pour se mettre debout à son tour. C'est peut-être parce que je fais tout pour penser à autre chose en évitant ainsi à mes émotions de prendre le dessus et étonnamment, je me sens beaucoup mieux.

−N'est-ce pas dangereux de faire taire ses sentiments de la sorte ?

−Tu sais, du moment que ça me permet de rester en vie, ça me va, déclara-t-elle le plus sérieusement du monde, ce qui troubla un peu Thor, puis elle descendit du ring et retira son pull en gardant cependant sa paire de gants par simple mesure de précaution. Sinon, j'ai cru entendre que Tony avait appelé le docteur Lane ?

−Comment sais-tu cela ? Tu étais déjà sortie du salon lorsqu'il a abordé le sujet, affirma l'homme en quittant lui aussi le ring.

−J'ai une ouïe à toutes épreuves, commenta-t-elle simplement en marchant vers la porte, tenant son sweatshirt sur l'épaule. Tu viens, où tu as l'intention de continuer à me dévisager avec tes yeux de merlan frit encore longtemps ? enchaina-t-elle en soupirant avant de pousser la porte et de sortir du gymnase.

Il regarda ensuite la porte se refermer doucement après le passage de son amie et soupira en baissant les yeux. Le blond éprouvait énormément de difficultés à cerner son amie à cet instant. Il l'avait vue déprimée au matin, puis souriante lorsqu'ils s'entrainaient ensemble et elle avait fini par se renfermer brusquement sur elle-même en donnant la très nette impression qu'elle était totalement indifférente à ce qui pourrait lui arriver à l'avenir, ce qu'il ne comprenait pas. Il savait qu'elle-même était au courant que lui et Tony cherchaient à voir ce qui n'allait pas en elle, pour éventuellement trouver une solution à ses problèmes, l'aider à se sentir mieux. Sur le moment, il sentit qu'il ne contrôlait rien et que tout lui filait subitement entre les doigts sans qu'il soit capable de faire quoi que ce soit.

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Tony serrait tellement fort son mug entre ses mains qu'il aurait pu le briser. Cela se serait probablement produit si le scientifique ne l'avait pas sorti de ses pensées au bon moment en lui tapotant légèrement l'avant-bras, désirant lui communiquer quelque chose. Le brun posa sa tasse à moitié vide sur son bureau et croisa les bras en soupirant avant de se concentrer sur l'écran qui s'étalait sous leurs yeux. Il se souvenait avoir occupé cette même place lorsqu'il regardait Bruce travailler, de nombreux mois auparavant, sur l'ADN de sa sœur, lorsque l'équipe cherchait encore à l'aider à retrouver sa famille. Il se souvenait aussi de l'ennui qu'il avait pu éprouver durant ces instants interminables durant lesquels il tournait sur sa chaise, les yeux rivés sur le plafond et se demandant à quel moment son ami lui demanderait de sortir pour avoir la paix. Seulement, les choses avaient changé et il n'avait plus envie de jouer l'enfant impatient et insupportable que l'on ne peut retenir.

Sur le panneau de verre, Friday leur montrait les constantes de la mutante, constantes qu'ils étudiaient depuis l'arrivée du médecin à la tour, après que le propriétaire l'ait appelé. Hector Lane n'avait pas hésité avant de venir les rejoindre, ayant promis la veille au soir qu'il les aiderait autant qu'il le pourrait. Il avait demandé à un collègue de le remplacer à l'hôpital durant son absence et avait directement rejoint le milliardaire, qui avait été soulagé de le voir débarquer aussi rapidement. Très assuré, le quinquagénaire lui avait immédiatement demandé de le conduire au laboratoire, là où ils pourraient travailler à leur guise et sans risquer d'être dérangés. Tel un automate, Tony lui avait indiqué le chemin avant de le suivre sans rien dire, laissant son esprit divaguer il ne savait trop où.

−Stark, pour le moment, je ne vous cache pas que je ne sais pas comment me situer. Je n'ai pas pour habitude de traiter des patients détenant le gène « X », ce qui rend leur organisme bien plus complexe à analyser. La seule chose que je peux affirmer pour le moment, ce que cette chose qui se développe autour du cœur de votre sœur, bien que générée par un phénomène non-naturel, ressemble à ce qui pourrait s'apparenter à une tumeur cardiaque à l'échelle des humains normaux, mais sous forme de ce qui a l'air d'être de la glace. La tumeur cardiaque est une maladie plutôt rare, mais ça y ressemble, déclara-t-il en lui montrant sur l'écran les résultats des scans qu'il avait effectués la veille sur son lieu de travail. Je vous aurais bien suggérer d'envisager une opération, mais si l'on prend en compte le fait que ce soit une mutante, que cela ne soit pas arrivé de manière ordinaire et que personne d'autre que vous ne peut l'approcher sans risquer de se faire violemment repousser à l'autre bout de la pièce, je pense que cette proposition est malheureusement à écarter.

−Donc, vous êtes en train de me dire que vous, de votre côté, vous n'avez pas la moindre idée de la façon dont on pourrait procéder ?

−J'aimerais pouvoir vous affirmer le contraire, sincèrement. Mais peut-être que les choses rentreront dans l'ordre d'elles-mêmes. N'aviez-vous pas mentionné le fait que votre sœur dispose de certains dons de guérison ?

−… Qui ne fonctionnent que sur les autres. Elle ne peut se les appliquer, elle a déjà essayé. Vous pensez que cela risque d'évoluer ? Dans un sens ou dans l'autre ?

−Je souhaite qu'elle aille mieux, et si j'en crois ses constantes actuelles, rien ne semble avoir empiré, ce qui est quand même une assez bonne nouvelle, dit-il à Tony avec un sourire imperceptible. Peut-être que le seul moyen de tout arranger de manière définitive est de se pencher sur ce qui a déclenché tous ces problèmes.

−Je n'héberge pas un asgardien pour rien, répondit Tony en décroisant les bras avant de se lever pour contourner le bureau et fixer les données qu'affichait son intelligence artificielle devant lui sur le panneau translucide. Il a passé plus d'une heure à son retour ce matin à éplucher votre dossier avant d'aller rejoindre Madison. Il est venu me dire qu'il devrait certainement y passer plus de temps parce que les symptômes étaient différents chez elle que chez les « victimes » de ce sortilège qu'il a déjà eu l'occasion de côtoyer dans sa vie.

−… Toujours aucune nouvelle de Banner ? demanda prudemment Lane après quelques secondes de réflexion. Peut-être serait-il plus apte à étudier le sujet…

Tony secoua la tête, le regard perdu dans le vide et croisa une nouvelle fois les bras.

−… On fait quoi, en attendant ?

−On ne peut qu'observer l'évolution, souffla le scientifique en s'enfonçant dans son siège. Il n'y a pas grand-chose que je puisse faire, si ce n'est venir lorsque vous sentez que cela devient nécessaire. Si vous constatez un quelconque problème supplémentaire, prévenez-moi sur le champ. En attendant, je vais vous laisser un calmant que vous lui administrerez si jamais le genre de crise dont vous m'avez parlé venait à se reproduire, lui dit-il en se mettant à fouiller dans son sac en cuir marron pour en sortir une fiole contenant un liquide transparent qu'il déposa précautionneusement sur le bureau puis il se leva et épousseta brièvement ses manches avant de prendre sa besace par les anses. Une crise, même minime, est causée par la panique et cela ne peut être que néfaste pour n'importe quel individu ayant des problèmes cardiaques.

−Je vous remercie de vous être déplacé. Je sais que vous ne le faites pas habituellement mais…

−Mais vous êtes inquiet pour votre sœur, ce qui est tout à fait normal, déclara Hector en contournant à son tour le bureau et ils quittèrent ensemble le laboratoire. Vous savez, Madison a énormément de chance d'avoir quelqu'un comme vous à ses côtés pour veiller sur elle dans des moments comme celui-ci. Elle risque probablement de vous assurer que rester seule dans son coin lui sera bénéfique, qu'elle n'a pas besoin d'aide mais insistez auprès d'elle. Au fond, la solitude commencera rapidement à l'angoisser.

−Je n'avais pas l'intention de la laisser, lui confirma Tony d'un ton sûr de lui et très rapidement, ils se retrouvèrent devant la porte par laquelle le médecin était entré environ quatre-vingt-dix minutes plus tôt. Je vous raccompagne jusqu'en bas ?

−Ne vous dérangez pas, répondit Lane en sortant. Contentez-vous de garder un œil sur elle et de me faire part de vos découvertes. De mon côté, je vais continuer à étudier ce cas et voir ce que je peux faire au cas où les choses se mettent à dégénérer. Passez une bonne journée, Anthony.

Le brun referma lentement derrière lui avec une étrange sensation. Il était rare qu'on l'appelle encore par son prénom complet et il en avait perdu l'habitude, c'était pourquoi à chaque fois qu'il l'entendait, son cerveau se mettait temporairement en pause, le temps qu'il comprenne que c'était bel et bien à lui que l'on s'adressait. Il appuya doucement son front contre la porte et ferma les yeux en lâchant un profond soupir. Ses mains tremblaient un peu à cause de cette peur qui l'animait. La peur d'atteindre le point de non-retour, celui où il ne serait plus en mesure de changer la donne.

−Il est enfin parti ? résonna une voix derrière lui qui le fit sursauter et lorsqu'il se retourna, il aperçut Madison assise dans le canapé du salon.

−Tu es là depuis longtemps ? lui demanda-t-il en la regardant se lever.

−Quelques secondes seulement. Mais je n'ai pas eu besoin de plus de temps pour deviner que tu t'acharnais déjà pour trouver une solution alors qu'il n'y a pas de problème.

−Maddie, ne recommence pas, s'il te plait. Tu sais que c'est faux et que ça ne va pas. Lane ne sait pas encore comme les choses vont évoluer, et même si pour le moment, rien ne s'est encore aggravé, je refuse de me baser là-dessus pour me dire qu'il ne faut plus te surveiller, ajouta-t-il et il ne reçut en guise de réponse qu'un soupir. S'il te plait, explique-moi pourquoi tu as l'air de t'en foutre royalement ? poursuivit-il en fronçant les sourcils et modifiant son ton de voix.

−Je ne m'en fous pas, Tony, répliqua-t-elle d'une voix dans laquelle l'indifférence qu'il avait précédemment ressentie s'estompait légèrement. Je n'ai juste pas envie de me focaliser là-dessus. Ce n'est pas si important…

−Pas important ? s'offusqua l'homme, résistant à l'envie de se taper la tête contre le mur le plus proche. Tu n'as peut-être pas entendu ce que Lane a dit mais moi, si ! Ce que tu as, c'est similaire à une saloperie de tumeur, alors permets-moi de m'inquiéter !

−Parce que tu crois que je ne le sens pas ? J'étais à deux doigts de faire un malaise au beau milieu la rue ce matin à cause de ça. Si je me mets à trop me préoccuper de ce qu'il pourrait m'arriver, je ne suis pas certaine d'être capable de tenir très longtemps, lui lança-t-elle un peu moins froidement.

−Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

−Que j'essaye juste de me détacher de tout ça pour éviter que mon énergie ne se fasse la malle ! Si je laisse mon ressenti de côté, ça m'aide au moins à avoir les idées claires et ça m'empêche de manquer de tomber dans les pommes toutes les trois minutes, lui expliqua-t-elle, perdant peu à peu son calme. Si j'y attache trop d'importance, ça me rend vulnérable, est-ce que tu comprends ?

−Et en quoi devenir une sorte de … De robot sans la moindre émotion est une meilleure chose ? s'exclama-t-il.

−Tu penses que ça m'amuse ? se défendit-elle avec une pointe de colère. Bordel, je suis incapable de me contrôler si je laisse mes émotions prendre le dessus, tu as bien vu ce que ça a donné hier soir, ou bien ce matin quand tu as envoyé Thor me chercher !

Rythme cardiaque anormalement élevé, commenta la voix mécanique de Friday.

−Tony, je…

Elle fut alors reconnaissante de s'être postée près d'un mur, car elle se sentit prise de vertiges et elle serait tombée si elle ne s'était pas appuyée sur la paroi avant. Le brun fit un pas en avant, inquiet pour elle puis il s'arrêta, voyant qu'elle s'apprêtait à achever sa phrase.

−… J'ai peur, lui confia-t-elle d'une petite voix tout en levant les yeux vers lui, et c'est à cet instant qu'il se décida à la rejoindre pour la serrer contre lui, l'empêchant ainsi de tomber à cause de cette fatigue soudaine qui s'était emparée d'elle. Je… Je sais pas ce qu'il se passe, souffla-t-elle en s'accrochant à lui.

−On trouvera, murmura-t-il en caressant ses cheveux. Tout ira bien, je te le promets. Et toi aussi, tu sais que d'une manière ou d'une autre, ça finira par s'arranger, ajouta-t-il en s'écartant légèrement d'elle pour la regarder dans les yeux. Mais pour ça, il faut que tu me laisse t'aider. Que tu nous permettes, à Lane, Thor et moi de te venir en aide.

Il la sentait trembler contre lui et voyait qu'elle faisait tout pour retenir ses larmes. La voir ainsi lui brisait le cœur, et il s'en voulait de ne pas trouver de quoi l'aider plus rapidement. Son front rencontra doucement le sien et il soupira tandis qu'elle, ferma les yeux.

−D… D'accord… céda-t-elle en rendant à Tony son étreinte. Qu'est-ce… Qu'est-ce que je dois faire… ?

−Te reposer, pour commencer. Je préfère que tu dormes plutôt que tu ailles dépenser toute ton énergie au gymnase. Tu pourras toujours y aller, mais n'abuse pas.

Hypotension détectée, reprit Friday. Je suggère une prise de chlorhydrate de midodrine en cas d'une non-remontée de la tension d'ici quelques heures, ajouta l'intelligence artificielle pendant que l'homme passa un bras autour des épaules de sa petite sœur.

−Merci Friday, déclara-t-il avant de tourner la tête vers Madison. Et toi, c'est direction ta chambre sans négocier, reprit-il en marchant avec elle à travers la pièce jusqu'aux escaliers, et il l'aida à les monter pour plus de sécurité. Je peux rester avec toi, si tu veux.

−… Ça ira… répondit-elle en arrivant en haut des marches.

−Dans ce cas, je vais demander à Friday de garder un œil sur toi et de me prévenir en cas de problème, soupira-t-il en arrivant devant la chambre de la brune, puis il poussa la porte et la fit entrer en premier.

La jeune femme marcha d'un pas lent en direction de son lit et se laissa tomber sur ce dernier avant de s'emmitoufler dans sa couverture. Le milliardaire s'approcha et rajouta un plaid sur ses épaules, voyant que ses tremblements persistaient. Il n'était pas médecin mais reconnaissait aisément le syndrome de fièvre. Il y avait suffisamment fait face lorsque sa sœur était petite et qu'il devait s'occuper d'elle. Il posa une main sur le front de la mutante et sentit la froideur qui s'en dégageait. Il glissa ses doigts jusqu'à sa joue et contrairement au haut de son visage, ces dernières étaient brûlantes. Son regard croisa ensuite le sien et il eut l'impression d'y voir une lueur d'espoir qui lui était adressée. Il savait qu'elle avait placé toute sa confiance en lui pour qu'il trouve une solution et il s'était promis à lui-même, avant de lui en faire la promesse à elle, d'y parvenir.

Il déposa un baiser sur le haut de son crâne puis se recula lentement.

−Repose-toi… Je repasserai tout à l'heure.

Elle acquiesça et ferma les yeux sans répondre. Il se leva sans faire un bruit et quitta la chambre, se sentant intérieurement déchiré. Il referma ensuite la porte puis plaqua ses deux mains contre celle-ci avant de baisser la tête. Il avait bien évidemment remarqué la présence masculine non loin de lui, mais ce n'est pas pour autant qu'il leva les yeux vers lui. Il se contenta de fixer le sol, une boule se formant dans sa gorge et son estomac se nouant douloureusement, faisant remonter une petite dose d'acide dans son œsophage.

−Il va vraiment falloir que tu m'aides, soupira-t-il après quelques instants, daignant enfin tourner la tête vers lui. Je ne pense pas que je m'en sortirai seul, Thor.