Photograph-Ed Sheeran


26 décembre 2016

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Madison avait entendu des pas dans le couloir suivis du bruit d'une porte qui se ferme, et elle en avait rapidement déduit qu'il s'agissait de Thor. Après tout, sa chambre se situait presque en face de la sienne. Après cela, le silence était retombé sur l'étage. Seul le vent qui soufflait à l'extérieur ramenait les pieds sur terre à la jeune femme. La pièce était plongée dans une douce pénombre, seule la petite lampe de chevet était encore allumée.

Assise sur le rebord de son lit, la mutante regardait un morceau de papier glacé d'un air neutre. Sa respiration était calme, bien plus qu'elle ne l'avait été tout au long de la journée. En revanche, ses doigts tremblants trahissaient les émotions qui la traversaient. La voix lointaine de Friday peinait à se frayer un chemin jusqu'à elle, car étant perdue dans ses pensées, elle était comme déconnectée de tout ce monde qui l'entourait. Elle se doutait que l'I.A. cherchait très certainement à la mettre en garde concernant un problème de santé qui risquait de survenir si elle restait trop longtemps plongée dans cet état de mélancolie profonde, puisque ses sentiments faisaient partie des premières choses qui ne l'aidaient en rien à se sentir mieux.

Dans sa tête, quelques bruits s'enchainèrent, s'alliant à quelques images tirées tout droit de souvenirs qu'elle chérissait tant autrefois. Les yeux toujours posés sur la photographie, elle soupira et se laissa guider à travers sa mémoire, prenant le risque de détériorer davantage sa santé déjà fragile. Elle savait que de toutes façons, elle n'était plus à ça près.

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−Oh allez, bougez-vous, les vieux, vous êtes vraiment pas drôles ! lança le plus jeune du groupe à ses acolytes, ses cheveux gris étant balayés par une légère brise et ayant déjà un bras en l'air, son téléphone à la main. Faut bien qu'on immortalise ça, non ?

−Maximoff, si tu me redis encore une fois que je suis vieille, je te jure que tu ne passeras pas la nuit, le mit en garde une femme aux cheveux roux et qui croisait les bras, l'air très légèrement mécontent.

−A la limite, il n'y a que nous deux que le commentaire ne concernait pas, Tasha, lui lança son amie à la chevelure brune. Je te rappelle que cinq d'entre nous sont des asgardiens de je ne sais combien d'années et que nous avons un ancien soldat de la seconde guerre mondiale parmi nous…

−Et moi, alors ? s'offusqua le frère de cette dernière. J'ai à peine treize ans de plus que toi, je te signale.

−Tu es sûr que ce n'est pas au moins deux fois plus ? Je jurerais avoir vu quelques cheveux blancs faire leur apparition sur ton crâne plus vide que celui de Peter… le taquina-t-elle avant de jeter un coup d'œil en direction de celui qui avait interpelé l'entièreté du groupe. Pourquoi tu tiens à ce point à faire tout le temps des photos, toi ?

−Bah ch'ais pas, ça me semble important de vouloir garder des souvenirs, non ? Et puis, on est quand même sur une autre planète, et ça, c'est hyper classe ! s'exclama-t-il en énumérant chaque argument qu'il jugeait convenable. Et dernière chose, j'ai envie de montrer à ma sœur ce qu'elle est en train de manquer.

−Quel enfant tu fais, soupira la brune en secouant légèrement la tête, les mains sur les hanches.

−Ouais, je sais ! claironna-t-il, un grand sourire aux lèvres. Bon allez, tout le monde, venez, ça durera juste cinq secondes puis je vous laisse tranquilles, promis !

−On nous a appelés ? demanda alors une autre femme en s'approchant, rapidement suivie de ses quatre amis. Que se passe-t-il ?

−Il se passe que ce gosse commence sérieusement à me taper sur les nerfs, souffla Tony, faussement agacé. Maddie, explique-moi encore une fois pourquoi tu lui as proposé de faire partie des Avengers, l'an dernier ?

−Parce que je suis génial, s'empressa de répondre le mutant, toujours aussi souriant. Mais dis-moi, toi qui es très certainement l'individu le plus narcissique de la galaxie, depuis quand ça te dérange d'être pris en photo ? ajouta-t-il malicieusement.

−Pour commencer, parce que tu m'énerves, déclara l'homme avec amusement. Et ensuite, tu crois sincèrement que je vais te laisser capturer mon si merveilleux faciès avec cet engin ? poursuivit-il en désignant le GSM de Peter, avant de sortir son propre portable de la poche de sa veste qu'il lui tendit ensuite avec un clin d'œil complice. Prends plutôt ça, ça a au moins le mérite d'être beaucoup plus avancé technologiquement parlant…

−Et depuis quand tu le soutiens ? demanda Madison en croisant les bras à son tour.

−Depuis qu'il me fait de la peine, chuchota-t-il, mais pas suffisamment bas, histoire d'être certain que le concerné l'entendrait. Bon, on la prend, cette photo, ou on attend Noël ? Je ne sais pas pour vous, mais j'ai comme qui dirait un peu faim, alors si on pouvait se dépêcher…

−Tout le monde en place ! s'exclama le plus jeune, et les adultes autour de lui s'exécutèrent, les asgardiens étant guidés par les midgardiens, car ceux-ci n'avaient encore jamais eu affaire à ce genre de technologie. Bon, j'veux que tout le monde sourie, parce que c'est pour ma frangine !

Il leva l'engin, prêt à capturer cet instant, se trouvant au premier plan. Tony était légèrement en retrait, mais suffisamment proche de l'objectif -ce qui sembla le ravir, lui qui adorait en effet se retrouver sous la lumière des projecteurs-. Madison et Natasha se tenaient de part et d'autre du soldat d'hiver-qui avait l'air de se demander ce qu'il fabriquait là-, la rouquine ayant gardé ses bras croisés et la mutante s'appuyant grâce à son coude sur l'épaule de Bucky. Thor fit signe à ses amis de s'avancer un peu plus afin d'être certain qu'ils soient tous dans le cadre, et les quatre individus l'écoutèrent, assez intrigués par ce qui les attendait. Lorsque tout le monde fut enfin correctement placé, Peter déclencha le minuteur réglé sur trois secondes et une fois ce temps écoulé, la photo fut prise.

−Et voilà, merci pour votre collaboration, un chèque vous attendra dans vos quartiers, déclara-t-il joyeusement avant de rendre le téléphone à Tony. Tu me l'enverras, pas vrai ?

−T'inquiète pas, gamin, le rassura-t-il en rangeant son portable. J'en ferai même des cartes postales pour tes prochaines vacances si ça te chante.

Il le gratifia d'un sourire puis s'éloigna pour aller discuter avec Fandral et Volstagg, qui lui commencèrent à lui poser des questions sur ce boitier sombre qui avait été capable de capturer une image. Les trois asgardiens restant ainsi que Natasha et Bucky s'éloignèrent également, laissant donc les deux Stark entre eux.

−Il me rappelle moi, à son âge, commenta-t-il. Même caractère, même assurance…

−Même narcissisme, enchaina la brune avec un sourire.

−C'est très étonnant qu'il te préfère à moi…

−Qu'est-ce que tu veux, je le connais depuis beaucoup plus longtemps… Et puis, c'est surtout parce que j'ai réussi à le faire entrer chez les Avengers l'an passé…

Tony se mit à rire, son regard se portant sur le jeune aux cheveux d'un gris argenté.

−Il t'adore, reprit-il sérieusement. Tu es un vrai modèle pour lui. Pour beaucoup de monde, d'ailleurs. Et le reste devrait sérieusement prendre exemple sur toi, Maddie.

−Wow, tant de compliments à mon égard… Et en quel honneur ?

−J'ai besoin de me justifier pour dire la vérité à ma petite sœur ? lui demanda-t-il en passant un bras autour des épaules de cette dernière. Je suis juste fier de toi, affirma-t-il, arrachant ainsi un sourire à la mutante. Et aussi de ce que tu es devenue. De façon générale, tu t'es forgée seule et tu t'en es plutôt bien sortie, si tu veux mon avis.

−Je n'étais jamais vraiment seule, commenta-t-elle d'une voix un peu mélancolique, puis elle reprit, avec un peu plus d'entrain : Allez, montre-moi ce que ça donne, cette photo…

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Madison rouvrit les yeux, et son regard croisa celui de l'une des personnes qui fixait l'objectif. Elle effleura son visage du bout des doigts et soupira. Elle s'attarda alors durant un court instant sur le bras gauche de l'individu, qui était exclusivement fait de métal. C'était ce même bras qu'elle avait remis aux autorités gouvernementales quelques mois auparavant. Ce membre qui avait été séparé de son propriétaire lorsque Tony s'était défendu face à lui. Elle pouvait savoir grâce à ce que reflétaient les yeux de l'homme que même s'il était un peu distant, comme à son habitude, il avait l'air de se sentir bien et, pour une fois, à sa place. Elle se surprit à sourire un peu, mais ce bref sentiment de joie disparut aussi subitement qu'il avait refait surface dans son esprit.

Elle se souvint qu'à cette époque, tout allait encore bien. Ils étaient heureux. Ils s'étaient liés d'amitié avec les asgardiens, avaient réussi à restaurer la bonne entente entre eux et les autres peuples de l'Yggdrasil, et jamais les Avengers n'avaient été aussi soudés qu'à cet instant précis. Seulement, tout avait toujours une fin, joyeuse ou non, Et ça, la mutante le savait depuis suffisamment longtemps. Seulement, sur le moment, elle s'était dit qu'ils allaient enfin pouvoir bénéficier d'un peu de tranquillité une fois rentrés sur Terre. Que l'Univers s'était peut-être lassé de jouer avec eux de la sorte. Mais une fois encore, elle n'avait fait qu'espérer sans rien obtenir.

Elle reposa ensuite la photographie sur sa table de nuit puis se concentra sur la deuxième, qui lui ôta définitivement la moindre once de bonne humeur, et elle baissa la tête, essayant de retenir quelques larmes qui cherchaient désespérément à s'échapper. Elle inspira profondément puis soupira très lentement, chassant tout l'air de ses poumons et ferma brièvement les yeux, se laissant aller dans des souvenirs enfouis.

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−Attends, tu ne vas pas me faire croire que tu n'as encore jamais vu à quoi ressemblait Times Square un soir de Nouvel An depuis ton réveil ? s'exclama la jeune femme en continuant d'avancer dans les rues bondées en compagnie de ses deux nouveaux amis et partenaires de travail. Heureusement que je suis là pour remédier à ça, hein…

L'homme regardait avec un certain émerveillement tout ce qui l'entourait. Ils étaient tous les trois arrivés très tôt, en début d'après-midi pour être exact, car la brune avait prévenu les deux individus qu'en cette période de l'année, l'endroit était toujours surchargé. Elle leur avait ensuite affirmé qu'ils ne seraient pas obligés de rester indéfiniment coincés dans cette foule, puisqu'elle avait une idée derrière la tête. Pour le moment, ils essayaient surtout de ne pas se perdre de vue les uns des autres.

−Je n'ai vécu dans cette décennie que trois fois à cette période de l'année, et j'étais occupé à d'autres choses…

−Me dis pas que tu passais le Nouvel An seul, parce que ça, c'est un peu triste… A la limite, tu vas dans un pub, n'importe quel endroit où il y a du monde, mais tu ne fêtes pas ça en solitaire… Et toi, Thor ?

Le blond ne les écoutait qu'à moitié, et regardait de tous les côtés, ne voulant rien manquer de ce qu'il pouvait se passer autour d'eux. Les deux autres le regardèrent en souriant, trouvant qu'il ressemblait réellement à un enfant qui se trouvait face au Père Noël, ce qui leur donnait donc le rôle de parents responsables qui devaient s'assurer qu'il ne leur file pas entre les doigts à cause de son envie de tout voir en même temps. Em fit quelques pas en arrière et l'attrapa ensuite par la main, le sortant ainsi de sa rêverie, et l'attira vers eux.

−T'éloigne pas trop, Monsieur « Je-suis-le-plus-fort-des-Avengers », le charria-t-elle, on risquerait de ne pas te retrouver avec tout ce monde… Bon, vous n'allez pas me faire croire qu'une ambiance pareille ne vous fait rien ? poursuivit-elle en continuant de se frayer un chemin, suivie de près par les deux hommes.

−C'est très différent de ce que j'ai vécu sur Asgard, mais en même temps, j'y retrouve quelques similitudes, déclara Thor et jetant des coups d'œil furtifs dans toutes les directions. Comment se fait-il qu'autant de personnes se retrouvent ici, et ce chaque année ? Ils ne se connaissent quand même pas tous ?

−Certains fêtent le Nouvel An en famille pendant que d'autres préfèrent partager ces instants et s'amuser avec un plus grand nombre de personnes, faire de nouvelles rencontres qui resteront gravées dans leur mémoire, ou qui disparaitront le lendemain aux premières lueurs du jour… Comme je n'avais pas de plans pour cette fin d'année et qu'apparemment, vous non plus, je me suis dit que c'était mieux de sortir un peu plutôt que de rester cloitrés à l'intérieur à ne rien faire…

−C'était une bonne idée, commenta Thor, je n'avais aucun projet, si ce n'était que retourner sur ma planète pour une durée indéterminée… Et toi, Steve ?

−J'avais simplement prévu un livre et un bon café au coin du feu. Mais il est vrai que c'est plus convivial d'être à l'extérieur avec tous ces gens. Il ne faut simplement pas être agoraphobe… Et apprécier les musiques jouées, poursuivit-il en désignant un groupe installé au loin qui semblait s'en donner à cœur joie pour ambiancer les gens.

−Vous voulez qu'on fasse une petite photo, tous les trois ? leur lança alors Em d'un ton enjoué en ouvrant la sacoche qu'elle avait emporté et d'où elle sortit un polaroïd. Histoire de marquer le coup, enchaina-t-elle avec un grand sourire.

−Pourquoi pas, lui répondit Steve en souriant également, mains dans les poches, mais il les sortit lorsqu'elle lui tendit l'appareil. Tu… Tu es certaine que tu as suffisamment confiance en moi pour utiliser ce genre d'engin ?

−Oh allez, ce n'est pas compliqué, souffla-t-elle. Regarde, tu diriges l'objectif sur nous et tu appuies là, lui expliqua-t-elle en lui montrant un bouton. Thor, tu nous rejoints ?

Le dieu s'approcha, évitant comme il le pouvait de se faire bousculer par la foule composée à la fois de locaux et de touristes et se plaça à la gauche de la jeune femme, ce qui fit en sorte qu'elle se retrouvait entre ses deux amis. Il vit l'Avenger originel d'abord observer l'appareil d'un air intrigué, puis il se tourna vers ses acolytes, voulant s'assurer que ceux-ci étaient prêts, puis il prit la photo. Il y eut un flash lumineux mais ils se forcèrent à garder les yeux ouverts durant quelques secondes, puis l'américain rendit le polaroïd à sa propriétaire qui récupéra, sous son regard attentif, le carré de papier glacé qui commençait à en sortir.

−Bon, dans trois minutes grand max, on aura un petit résultat sympa, commenta-t-elle. En attendant, suivez-moi, on ne va pas rester serrés ici toute la soirée, ajouta-t-elle en se frayant maladroitement un chemin à travers tout ce monde, suivie de près par les deux autres. Allez, venez.

Plus ils s'éloignaient, moins il y avait de monde et plus le rythme de leur marche augmentait grâce à l'espace qui se dégageait devant eux. Elle les entrainait toujours un peu plus loin puis bifurqua sur la gauche, les conduisant dans une ruelle vide, malgré l'amas de personne avoisinant.

−Où va-t-on ? la questionna Thor, curieux.

−C'est bien que tu aies abordé le sujet de l'agoraphobie, dit-elle en se tournant vers Steve, parce que je le suis, mais alors complètement… Du coup, je trouve toujours une alternative.

−Quoi comme ?

−Tu vois l'immeuble avec les banderoles rouges et vertes devant lequel on est passé tout à l'heure ? Celui qui se trouve en face du grand poteau avec le drapeau américain ? demanda-t-elle à l'asgardien.

−Plus ou moins… Pourquoi ?

−Rejoins-nous sur le toit, d'accord ?

−Hum… Je… Ok ? répondit-il, surpris par cette requête. Eh bien… A dans… Quelques minutes j'imagine ?

En guise de réponse, elle se contenta de lui faire un rapide clin d'œil et Thor, ne sortant jamais sans son marteau, prit son envol tel une fusée, ce qui incita les deux autres personnes à lever la tête pour le regarder faire. Après cela, Em rangea précautionneusement la photo dans une pochette prévue à cet effet dans sa sacoche, puis elle s'accrocha au bras de Steve.

−J'espère que tu n'as pas le vertige, le prévient-elle avec un sourire naissant au coin de ses lèvres.

−Pourquoi me demandes-tu ç…

Il n'eut cependant pas le temps d'achever sa phrase. Il se retrouva subitement à plusieurs mètres au-dessus du sol, flottant dans les airs en compagnie de la mutante, après que celle-ci les ai faits… Décoller ? L'homme ne comprit pas tout de suite ce qu'il se passait, il fallut plusieurs à son cerveau pour qu'il comprenne que la jeune femme était en train de les faire voler. Par simple reflex, il s'accrocha lui aussi à son amie, craignant -légèrement- de tomber brusquement, et la jeune femme ne put s'empêcher de rire un peu en voyant son air stupéfait. Ses pieds regagnèrent le sol quelques instants plus tard, et le soldat eut en premier lieu un peu de mal à relâcher le bras de son amie, comme s'il craignait de tomber à la renverse.

−C'est bon, champion, tu es toujours en vie, le taquina-t-elle.

−Je… Je crois… Comment as-tu fait… ?

Elle haussa simplement les épaules en souriant et lui fit signe de la suivre. Il prêta alors enfin attention à ce qui l'entourait. Ils se trouvaient désormais au somment du bâtiment dont elle avait parlé un peu plus tôt et n'étaient pas seuls. Quelques petits groupes restreints s'étaient formés ici et là, chacun se réchauffant autours de barils dans lesquels des feux avaient été allumés. Il remarqua que se tenaient là des individus de tous les âges. Certains discutaient debout, d'autres échangeaient quelques mots en étant assis dans des chaises de camping pliables. Steve ignorait pourquoi, mais même s'il avait adoré passer du temps dans les rues en contrebas, l'ambiance chaleureuse qui se dégageait de cet endroit le mettait nettement plus à l'aise. Les gens avaient l'air bien plus proches les uns des autres et riaient ensemble.

−Vous êtes déjà là ? s'exclama Thor en venant à leur rencontre. Comment avez-vous fait pour atterrir ici aussi rapidement ? leur demanda-t-il ensuite sans se rendre compte du petit jeu de mot involontaire qui se trouvait dans sa phrase.

−Je connais cette ville et tous ses passages secrets comme ma poche, déclara Em en posant son sac à proximité d'autres besaces. Je trouve qu'on est bien plus tranquilles ici, et puis la vue est magnifique, déclara-t-elle en leur montrant les environs. Vous voulez un truc à boire ? Une bière, peut-être ? L'alcool est interdit, en bas, et ce pour des raisons évidentes, dit-elle en allant chercher trois bouteilles dans un casier non loin de là, puis elle revint ensuite vers eux et tendit une boisson à chacun avant de passer le décapsuleur à Steve en premier lieu.

−Et… Tu connais toutes ces personnes ? l'interrogea l'asgardien en ouvrant sa propre bouteille après que l'autre homme l'ait fait.

−Oh quelques-unes… Je les croise en général aux fêtes de fins d'année, quand j'en ai marre de rester coincée au manoir… Vous en faites pas, tout ce qui touche de près ou de loin aux mutants, Avengers, aliens, bref, tout ce que vous voulez, ça ne les dérange pas plus que ça. Ici, il n'y a aucune barrière. Juste une poignée de gens un peu paumés qui ne savent pas trop quoi faire de leur Nouvel an et qui viennent se réfugier ici…

−Donc, on a des chances de croiser d'autres mutants, j'imagine ?

−Oh, sûrement, déclara-t-elle très sérieusement. Mais je vous l'ai dit, quelles que soient les rivalités potentielles qui peuvent parfois persister entre les différents « clans », elles disparaissent toutes pendant au moins vingt-quatre heures… Mais en général, les rencontres qu'on fait sont très enrichissantes, et on peut parfois se faire de très bons amis, affirma-t-elle en souriant avant de lever sa bouteille. A la vôtre, leur lança-t-elle en trinquant avec eux.

Ils burent un peu, leurs yeux se posant sur une ville plus animée que jamais. Ils se trouvaient tous les trois près du bord du toit, ayant une magnifique vue d'ensemble sur tout ce monde qui festoyait. Le soldat fronça alors les sourcils, ce qui n'échappa pas à son amie.

−Que se passe-t-il, Steve ?

−Je me posais simplement quelques questions, comme par exemple… Comment se fait-il que l'on n'entende presque pas le bruit que font les gens dans les rues ? Nous ne sommes pourtant pas si loin d'eux… Et puis, je pensais que l'accès aux toits des immeubles serait interdit aujourd'hui…

−Tends la main, lui souffla la jeune femme avant de boire une autre gorgée de sa boisson.

Il fut un peu surpris, mais après tout ce à quoi il avait eu l'occasion d'assister au cours de son existence, il y avait un moment où il arrêtait de se poser des questions. Son bras s'avança donc vers l'avant et sa paume entra en contact avec une surface translucide et un peu visqueuse mais malgré son étonnement, il ne recula pas. Au contraire, il continue à effleurer cette zone qui suscitait un certain questionnement chez lui. Il eut l'impression que sa main passait au travers, puis il la ramena près de lui en silence, un peu intrigué.

−Un simple champ de force, lui expliqua Em. Petit truc de mutant pour atténuer le bruit qui vient d'en bas et pour nous protéger visuellement parlant des passages aériens… Ils l'ont juste ouvert pour que l'on puisse passer, tout à l'heure… Et je reconnaitrais ce type de protection entre mille, soupira-t-elle en passant elle aussi sa main gauche à proximité de la barrière transparente avant de tourner la tête vers la droite, en direction d'un groupe d'amis assis non loin d'eux.

L'un de ces derniers sembla remarqua que quelqu'un les observait et son regard croisa celui de la jeune femme puis s'illumina brusquement.

−Tiens tiens, te voilà ! Hey, ne t'avise pas d'essayer de me piquer ma bouteille de Jack Daniels cette année, lui lança-t-il avec amusement.

−Moi aussi je suis contente de te revoir, Cam', déclara-t-elle en souriant, puis elle reporta son attention sur ses deux acolytes après que le mutant lui ai fait un bref clin d'œil et soit lui aussi repartit à sa conversation. Du coup… Ça vous plait, cet endroit… ?

−Beaucoup, affirma Thor, d'excellente humeur, puis il acheva sa bière. Plus je passe du temps en présence des midgardiens, plus l'envie de rester sur cette planète m'envahit, avoua-t-il en regardant les étoiles qui illuminaient le ciel sombre au-dessus de leur tête. J'aimerais un jour pouvoir tous vous emmener sur Asgard, déclara-t-il ensuite.

Les deux autres sourirent en entendant cela se tournèrent brusquement vers un son qui venait de quelques mètres plus loin sur le toit. Un jeune avait attrapé sa guitare acoustique et s'était mis à jouer quelques accords de l'une des chansons d'Elvis. Les trois individus se regardèrent et se rendirent compte d'à quel point ils étaient heureux à cet instant précis.

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Le retour à la réalité fut moins douloureux que ce à quoi elle s'était attendue, même si elle se doutait que les effets risquaient très probablement de se faire ressentir plus tard dans la nuit. Elle demeurait soulagée que Friday s'abstienne de lui faire la moindre remarque sur son état -puisqu'elle se sentait fébrile- et la seconde photo alla rejoindre la première sur la table de nuit. Après cela, Madison laissa sa tête tomber sur son oreiller et elle se mit à fixer le plafond en soupirant. Quelques instants plus tard, elle se décida à éteindre la lampe, plongeant ainsi la pèce dans une semi-obscurité. Seuls les rayons de lune provenant de l'immense fenêtre à droite du lit éclairaient encore faiblement la chambre. Elle avait la tête qui tournait, bien plus que d'habitude. Se replonger dans tels souvenirs lui avait demandé beaucoup d'énergie, et revoir les deux soldats de la seconde guerre mondiale l'avait énormément attristée.

Jamais elle n'avait ressenti une telle douleur qu'à l'instant où elle et Tony avaient découvert que les deux autres les avaient tout bonnement trahis. Pas même lorsqu'elle avait été à de si nombreuses reprises grièvement blessée sur les différents champs de bataille. Dans son cœur, elle avait eu la même impression que lorsqu'elle s'était rendue compte, après l'explosion du manoir de Xavier en deux-mille-treize, qu'elle ne pourrait plus jamais revoir Alex. Cela avait eu le même effet. La perte avait été difficile à supporter, que cela soit pour elle ou bien son grand frère. Lui aussi avait eu du mal à digérer toute cette histoire, ce qui était compréhensible. Il avait beaucoup perdu. Et quelques mois plus tôt, c'était à l'un de ses meilleurs amis qu'il avait tourné le dos, une part de lui-même disparaissant avec le si valeureux soldat par la même occasion.

Elle attrapa sa couverture avant de la ramener vers elle, puis elle se tourna sur le côté, faisant dos à la porte et face à la fenêtre. Elle respirait très calmement et observait ce qu'il se passait à l'extérieur. Etrangement, elle se sentait un peu mieux. Le visage dénué de toute expression ou émotion, elle fixa un point précis et la porte vitrée donnant sur le balcon s'ouvrit lentement. Quelques flocons s'engouffrèrent à l'intérieur, et la froideur de la nuit apaisa rapidement la jeune femme. Ses iris prirent alors une couleur bleu acier sans qu'elle ne rende compte tandis que ses yeux étaient toujours tournés vers le ciel étoilé.