Bad Liar-Imagine Dragons
26-27 décembre 2016
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Il faisait déjà jour lorsqu'elle ouvrit les yeux. A vrai dire, un soleil radieux s'était levé sur la ville de New-York et inondait les rues de ses rayons chaleureux. La jeune femme aurait presque pu croire qu'ils étaient à nouveau en été, ce qui ne lui déplut pas. Elle repoussa l'épaisse couverture qui lui tenait bien trop chaud et se redressa en s'étirant. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait plus aussi bien dormi et elle en fut la première surprise, d'autant plus que toutes les douleurs qu'elle avait éprouvées la veille semblaient avoir subitement disparu, ce qui la rassura énormément. Au contraire, elle se sentait… Bien. En un sens, cela la ravissait, mais elle se demanda cependant pourquoi. « Aller bien » ne faisait plus partie de son vocabulaire depuis un bon moment déjà. Depuis Steve. Bucky. Depuis Logan. Et puis Jeshoan. Deux d'entre eux avaient péri, les autres ne donnaient plus le moindre signe de vie après leur altercation.
Elle quitta enfin son lit et alla enfiler un simple gilet, se surprenant à sourire lorsqu'elle regarda à travers la fenêtre la ville baignée de lumière. Quand avait-elle pris le temps pour la dernière fois de réellement admirer le paysage ? Cela lui semblait presque être dans une autre vie. Une vie ou tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Une vie où la souffrance n'avait plus sa place. Une vie dont elle ne pourrait, selon elle, jamais bénéficier. Elle s'attarda encore un instant sur la vue splendide qui s'offrait à elle puis elle marcha d'un pas décidé vers la porte de la chambre et une fois arrivée devant celle-ci, elle attrapa la poignée, prête à sortir. Seulement, quelque chose la frappa lorsqu'elle aperçut le couloir de l'autre côté : les lieux étaient plongés dans l'obscurité.
−Friday, tu veux bien éclairer le couloir, s'il te plait ?
Elle fronça les sourcils lorsqu'elle ne reçut aucune réponse de la part de l'intelligence artificielle, ce qui n'avait absolument rien d'habituel. Pas une fois l'I.A. n'avait failli à sa tâche, Tony avait bien fait ce qu'il fallait pour que ce genre d'incident ne se produise jamais, quoi qu'il puisse se passer entre les murs de la tour. Madison appela Friday une seconde fois mais une fois encore, il n'y eut que le silence. Intriguée, elle se tourna en direction de sa chambre et eu un bref mouvement de recul en remarquant que le soleil avait brusquement disparu derrière des nuages sombres et menaçants en quelques secondes seulement. Elle regarda encore dans le couloir, soucieuse, n'aimant pas ce qu'il se passait. Une pointe de panique naissait en elle mais elle se força à rester aussi calme que possible en inspirant profondément.
Elle osa enfin avancer d'un simple pas en avant lorsqu'elle entendit du bruit quelques mètres plus loin. Elle devina rapidement que cela provenait de la chambre que son frère avait si aimablement prêtée à Thor le temps qu'ils trouvent tous les trois une solution au problème de la jeune femme. Elle se mit à longer très lentement les murs, se rendant compte que la porte dont la pièce dans laquelle le dieu nordique se reposait était entrouverte. Elle songea qu'il était peut-être descendu en bas, histoire d'aller déjeuner en compagnie de Tony, mais quelque chose la poussait à aller plus loin. Elle sentait qu'elle devait aller vérifier que tout allait bien, mais elle eut la désagréable impression que le couloir devenait de plus en plus long au fur et à mesure qu'elle avançait. Après ce qui lui sembla être une éternité, elle atteignit enfin son but et d'un geste incertain, elle poussa doucement la porte, qui grinça un peu.
La pièce était plongée dans la pénombre elle aussi. Sentant une vague d'inquiétude la submerger, elle s'aventura un peu plus loin. A l'extérieur, le tonnerre grondait et un éclair magistral zébra le ciel et illumina la chambre durant une fraction de seconde. Ce ne fut pas long, mais suffisamment pour que Madison aperçoive la large trainée de sang écarlate qui s'étalait sur tout le long du tapis clair. Les battements de son cœur étaient de moins en moins espacés tandis qu'elle se pencha sur le côté afin de mieux voir ce qui étendu au sol, de l'autre côté du lit. Elle secoua légèrement la tête en comprenant ce que cela pouvait être mais lorsqu'elle s'élança vers l'avant, quelque chose -ou quelqu'un- l'agrippa fermement par l'épaule et la projeta violemment à terre sans ménagement.
Sa chute fut terriblement douloureuse, plus que ce à quoi elle s'était attendue. Elle eut la sensation qu'une dizaine de ses os s'étaient brisés lorsqu'elle était entrée en contact avec le sol glacé. Son épaule la faisait atrocement souffrir, et elle n'eut pas le temps de se relever que son ravisseur lui bloquait déjà les deux jambes avec fermeté. Elle se débattit comme elle put tout en hurlant, espérant que quelqu'un lui viendrait en aide. Elle voulut également se servir de ses pouvoirs, mais elle n'y arrivait pas. Ils étaient comme « bloqués ». Elle essaya ensuite de repousser l'homme -elle avait deviné que c'en était un grâce à sa carrure-, en vain. Ce dernier l'attrapa alors à la gorge et bloqua temporairement sa respiration, la surplombant de tout son être et l'empêchant d'effectuer le moindre mouvement. Et c'est à cet instant qu'elle remarqua que son adversaire n'avait qu'un bras. Le droit. L'autre semblait avoir été arraché.
Sa vision commença à se troubler et l'air lui manquait cruellement. Elle chercha à distinguer les traits du visage de son agresseur dans la noirceur de la nuit mais elle ne pouvait que sentir ses forces l'abandonner petit à petit. Mais subitement, il y eu un nouvel éclair qui lui permis de le voir et elle écarquilla les yeux, horrifiée.
−Je t'ai manqué, princesse ? lui lança-t-il d'un ton doucereux, un sourire malsain aux lèvres.
Elle se mit à trembler. Une seule personne l'appelait de la sorte depuis des années. Et elle avait été à mille lieux de se douter que cela serait cet homme qui signerait son arrêt de mort. Son ancien ami proche et fidèle collègue, le sergent James Buchanan Barnes.
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Thor se réveilla en sursauts à une heure qui n'était, selon lui, pas normale pour émerger. Seulement, ce n'était pas de manière naturelle qu'il était sorti de sa nuit sans rêves : il avait entendu quelque chose à l'étage où il se situait. C'était un cri. Pas le genre de celui qu'il avait poussé lorsqu'il avait perdu Loki -il commençait par ailleurs à en perdre le compte exact…- ni ceux qui sortaient tous seuls lorsqu'il se battait contre de puissants ennemis. C'était un hurlement de terreur qui, dès qu'il avait ouvert les yeux, lui avait glacé le sang et l'avait fait se redresser si brusquement qu'il en avait légèrement eu le tournis durant quelques secondes.
Il sortit de son lit d'un bond et remarqua qu'il s'était assoupi en étant tout habillé ce qui, en un sens, l'arrangeait. Il traversa sa chambre à grandes enjambées et ouvrit la porte à la volée. Le couloir n'était pas éclairé, mais il y voyait suffisamment clair pour ne pas royalement se vautrer par terre. Instinctivement, ses pas le menèrent jusqu'à la pièce devant laquelle il était passé avec une certaine inquiétude l'animant, quelques heures plus tôt, et il se rendit compte que cette porte-ci était également ouverte en grand, ce qui lui permis de voir à l'intérieur lorsqu'il arriva dans l'embrasure de celle-ci, le cœur battant à mille à l'heure, les mains très légèrement tremblantes et tous ses sens à l'affut.
Tony était assis sur le rebord du large lit et tenait, serrée fermement contre lui, sa petite sœur dans ses bras. L'asgardien remarqua les tressautements nerveux de celle-ci et fronça les sourcils, avant de se rendre compte qu'elle était en larmes, ce qui provoqua en lui un sentiment de peine. Il regarda son amie s'accrocher au brun comme si elle craignait qu'il ne l'abandonne pour ensuite ne jamais revenir tout en sanglotant faiblement tandis qu'il lui murmurait quelques paroles très douces, cherchant désespérément à la rassurer comme il le pouvait tout en passant délicatement sa main dans ses cheveux. Le regard du blond rencontra celui de la mutante et il y vit quelqu'un de totalement différent que la personne à qui il avait eu affaire dans les rues de New-York au petit matin. Elle n'avait plus rien à voir avec cette femme imperturbable et indifférente. Elle était terrorisée. Elle posa alors sa tête sur l'épaule de Tony et ferma les yeux, des larmes dévalant ses joues.
Thor alla simplement fermer la baie vitrée avant d'aller se replacer sur le pas de la porte, ne voulant pour rien au monde venir perturber cet instant frère-sœur. Avait-il une idée en tête ? Oui. Était-ce de la folie ? Bien sûr que ça l'était. Mais il se disait qu'au fond, ils n'avaient plus grand-chose à perdre.
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−Comment as-tu fais pour arriver si rapidement ? demanda Thor à Tony alors qu'ils étaient installés à table autour d'un bon café fumant en cette matinée du vingt-sept décembre deux-mille seize. Je n'ai mis que quelques secondes à vous rejoindre et je me suis levé immédiatement après avoir entendu ta sœur crier.
−Friday m'avait réveillé avant, lui confia le brun en remplissant sa tasse du breuvage foncé. Apparemment, le rythme cardiaque de Madison a commencé à s'élever brusquement sans raison puis est devenu très irrégulier. C'est quand je suis entrée qu'elle a hurlée, elle devait être en proie à je ne sais quel autre cauchemar… Merci de t'être inquiété, et…Désolé que tes heures de sommeil aient été écourtées.
−Ce n'est rien. Sais-tu ce qui aurait pu l'effrayer à ce point ?
−J'ai quelques idées, mais je n'en suis sûr à cent pourcents pour aucune d'entre elles. Cela pourrait être n'importe quoi, quelque chose de totalement différent de ce à quoi je pourrais éventuellement m'attendre. Ça faisait longtemps qu'elle ne s'était pas réveillée aussi terrifiée après l'un de ses cauchemars, affirma Tony.
−Mh…
−Tu m'écoutes ?
−Oui, désolé, s'excusa rapidement le blond, se rendant compte que son moment d'égarement n'était pas forcément survenu à l'instant adéquat. C'est juste que… J'ai… Simplement eu une idée pendant la nuit, mais je l'ai vite mise de côté.
−Tu peux développer ?
−Je ne pense pas que me mettre à vagabonder dans l'espace à la recherche d'une quelconque forme d'aide nous aiderait en quoi que ce soit. Le temps que je parte, que je trouve ce qui ne va pas et que je revienne, il se pourrait que… Enfin… Tu sais.
−Et tu ne connais vraiment personne qui saurait faire une sorte de « contre-sort » ?
−Seul un Jotün en serait capable, j'imagine… Et encore. La plupart d'entre eux nous réduirait en bouillie s'ils nous voyaient débarquer subitement chez eux depuis que Sithbrir semble avoir repris le contrôle de la planète. Alors j'ai pensé… Non, oublie, soupira-t-il.
−Quoi donc ? lui demanda Tony, voyant que cela semblait préoccuper le dieu. A qui as-tu pensé ?
−… A Loki.
−Oh…
Ce fut la seule réponse qui put sortir de la bouche du milliardaire, ce dernier ne sachant trop quoi dire. Il ne savait même pas comment il se sentait à l'idée que son ennemi ait potentiellement été mis au courant de la situation. Était-il énervé après son ami ? Se sentait-il trahi, ou en danger ? Non. Simplement intrigué et surpris. Il n'avait plus entendu ce prénom depuis des mois, mais cela ne lui faisait ni chaud ni froid d'entendre son acolyte le prononcer.
−J'ignorais que tu communiquais toujours avec lui, déclara le brun en se redressant afin d'aller se servir une autre tasse de café. Toujours en vadrouille, j'imagine ?
−Je ne lui parle plus, lâcha Thor d'une voix neutre.
−Vraiment ? Depuis quand ?
−Depuis très exactement dix mois.
−Dix mois… réfléchit le midgardien en fronçant les sourcils. L'Islande ? lança-t-il au bout de quelques secondes de réflexion.
−En effet.
−Et… Tu lui as demandé, du coup… ?
−Non. Et puis, je le connais. Il refuserait de nous venir en aide, ce qui nous ramènerait immédiatement à la case départ, soupira-t-il en croisant les bras. Je pense que nous ne pouvons de toutes façons ne faire confiance qu'à nous-mêmes, ainsi qu'au docteur Lane.
−Il passera demain dans la matinée, commenta Tony. Pour ma part, je vais continuer à aller travailler là-dessus, dit-il tandis que le blond se leva à son tour, prêt à le suivre. Non, toi, je veux que tu gardes un œil sur ma sœur, poursuivit-il en le regardant dans les yeux. Je préfère qu'elle ne reste pas seule. Tu veux bien faire ça pour moi ?
Son ami acquiesça et sortit de la pièce sans rien dire, l'esprit confus.
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Assise sur une chaise, les avant-bras appuyés sur ses cuisses et la tête baissée, la jeune femme ne faisait que ressasser ce qu'elle avait vu dans son cauchemar. Qu'elle ferme les yeux ou non, elle renvoyait sans cesse Bucky penché au-dessus d'elle, essayant de la tuer. Elle ne se rendait même pas que ses joues étaient inondées de larmes, tant le soldat d'hiver occupait ses pensées. Ces images se mêlaient à ses souvenirs datant de leur guerre civile, lorsqu'elle et Tony s'étaient retrouvés face à leurs deux amis proches. Leur combat était encore frais dans sa tête et la tourmentait chaque jour qui passait. Elle n'arrivait pas à se concentrer sur la réalité car à chaque fois, ce qu'elle voyait était remplacé par des visions d'horreurs. Elle percevait encore et encore ce tapis imprégné de sang. Sachant dans quelle pièce elle s'était retrouvée, elle avait su à qui il appartenait.
Elle se prit le visage entre les mains et soupira, priant pour que tout cela disparaisse au plus vite de sa mémoire. Elle avait l'impression que perdre des proches faisait désormais partie de son quotidien, et qu'il n'y avait rien qu'elle puisse faire contre ça. Elle savait qu'on ne déjouait pas aussi facilement le destin, même si elle avait déjà essayé à de nombreuses reprises. Sa crise de larmes ne se stoppa que lorsqu'elle entendit la porte du gymnase, située quelques mètres plus loin, s'ouvrir en grand. Elle se hâta de sécher ces quelques gouttes qui perlaient au coin de ses yeux, ne voulant pas qu'on la voit dans un tel moment de faiblesse, même si elle se doutait que c'était déjà trop tard, à en juger par l'air avec lequel son ami la regardait depuis l'entrée de la pièce, immobile. Elle se redressa rapidement tandis que l'homme la détaillait de la tête aux pieds, soucieux.
−Madison… ?
−T'inquiète, tout va bien… voulut-elle le rassurer, n'étant que très peu convaincue par ses propres mots. T'es… Venu t'entrainer ?
−De base, je voulais simplement savoir comment tu te portais après la nuit agitée que tu as eue.
−Ca va… Ça va, répondit-elle. Et je ne voulais pas te réveiller… Mais merci quand même d'être venu t'assurer que j'étais toujours en vie.
−…Veux-tu en parler ?
−… Tu ne préfères pas plutôt monter sur le ring ?
−Madison…
−S'il te pait, insista-t-elle en se rendant sur le lieu qu'elle venait de citer tout en enfilant sa paire de gants, les yeux toujours un peu rouges.
C'est en soupirant qu'il se décida à la rejoindre après avoir déposé son marteau contre le mur, puisqu'il ne le quittait que rarement. Il enjamba les cordes du bas et se plaça en face de la mutante, se demandant comment il pourrait lui venir en aide avec les moyens dont il disposait. Seulement, lorsque cette dernière se mit en position de combat, il ne l'imita pas et resta droit comme un « i », ce qui intrigua la brune. Elle abaissa lentement les poings, ne comprenant pas.
−Je ne me battrai pas contre toi, déclara-t-il calmement. Tu n'es pas en état.
−« Pas en état »… ? répéta-t-elle en réfléchissant. Et tu penses savoir si je vais bien ou non ? Tu n'es pas dans ma tête, à ce que je sache…
Thor savait qu'à n'importe quel moment, elle pouvait vriller et s'énerver à cause du moindre petit détail qui la frustrait. Il leva un peu les mains en signe de paix, ne voulant surtout pas créer ou entretenir une tension entre eux. Le regard de la jeune femme commençait à changer.
−Tu as besoin de calme et de repos, c'est évident.
−Ce qui est évident, c'est que tu ne sais pas de quoi tu parles et que je n'ai aucunement besoin de tes conseils, affirma-t-elle, un maigre sourire naissant sur son visage. J'ai besoin de me défouler et c'est tout. Si tu ne veux pas, c'est pareil. Je peux toujours faire ça seule, enchaina-t-elle en descendant du ring.
−Je ne te comprends pas. Tu demandes qu'on t'aide et l'instant d'après, tu rejettes ceux qui sont là pour toi, répondit-il en la suivant, sourcils froncés. J'ai du mal à te cerner, assimiler la façon dont tu raisonnes. Je sais que tu as tendance à tout faire sans attendre quoi que ce soit des autres, mais tu ne peux pas t'enfermer dans cette bulle que tu as commencé à te construire après ce qu'il s'est passé avec Rogers et Barnes, lança-t-il et il remarqua que cela sembla atteindre son amie, car elle s'arrêta d'avancer. Ecoute, je n'ai aucunement l'envie de te rappeler tout cela, mais si c'est le seul moyen pour te faire réagir, alors je n'ai pas le choix.
−Le choix, on l'a toujours, marmonna-t-elle. Tout comme tu avais le choix entre poursuivre tes petites aventures en solitaire ou revenir vers nous.
−Ne reviens pas là-dessus, soupira Thor, à la limite de lever les yeux au ciel. Ce n'est pas le sujet.
−Un peu quand même, répliqua-t-elle. Est-ce que tout ça serait arrivé si tu étais resté ? Est-ce que les Avengers existeraient encore, est-ce que j'aurais été attaquée par ces tarés de géants des glaces ? Est-ce que Jeshoan serait toujours en vie du coup, si t'avais été là ? Et Logan ?
Il ressentait tous les reproches du monde dans sa voix. Mais quelque chose sonnait faux dans ce qu'elle disait, il l'avait deviné.
−Tu ne m'en veux pas pour tout ce qu'il s'est passé à cause de mon départ, répondit-il. Tu es énervée juste parce que je suis parti loin de vous.
« De toi » avait-il hésité à rajouter, mais dire une telle chose à cet instant aurait été stupide de sa part. Il la regarda tourner le dos sans prendre la peine de lui répondre. Elle était bien trop fière pour ça, il le savait pertinemment. Seulement, il n'avait pas l'intention de se laisser faire aussi facilement, de la laisser agir comme si de rien n'était.
−Tu t'attendais à ce que je revienne rapidement, je me trompe ?
−Premièrement, ce n'est pas la question, lui dit-elle froidement, et ensuite, non. Après tout, ce n'est pas comme si tu étais mon meilleur ami et que je pouvais parfaitement me contenter d'un message minimaliste toutes les trois semaines… râla-t-elle en allant chercher sa bouteille d'eau, déposée près de la chaise sur laquelle elle était longuement restée assise.
Il regrettait déjà ce qu'il s'apprêtait à faire ; la pousser à bout était très certainement la pire idée qu'il ait eue depuis son affront avec Loki sur Arcturus IV, mais si c'était le seul moyen pour lui de rendre entièrement sa part d'humanité à son amie, alors il était prêt à prendre le risque qu'elle lui en veuille énormément après cela, car il refusait qu'elle reste à jamais coincée dans cette phase de déni. C'était, selon lui, plus que néfaste pour elle.
−Tu ne peux pas m'en vouloir d'avoir essayé de protéger et sauver d'autres peuples que le tien, finit-il par dire. Je sais que le nombre de problèmes survenant sur Midgard explose tous les records, mais les midgardiens n'ont pas l'air de se rendre compte de la situation chaotique dans laquelle sont plongées certaines planètes. Des milliers de gens payent, assument en permanence les conséquences des actes d'individus avides de pouvoir, des millions perdent quotidiennement quelque chose ou quelqu'un qui leur est cher, et ce n'est sûrement pas de ma faute si les Avengers ne sont pas capables de régler leurs différends sans faire usage de la force.
−Attends, tu crois qu'on avait envie d'être à la limite de tous s'entretuer comme ça ? Tu penses que l'idée que notre groupe soit aussi brutalement démembré nous a réjouis au plus haut point ? Que pourrais-tu en savoir, de toutes manières, TU N'ÉTAIS PAS LÀ ! s'exclama-t-elle en reposant sa bouteille.
−Non, mais j'en sais suffisamment pour affirmer que les vôtres ont la fâcheuse tendance à s'attaquer entre eux sans trop y réfléchir pendant que d'autres mondes se battent pour de « vraies » raisons.
Madison leva alors son bras droit sur le côté et subitement, Mjolnir quitta sa place initiale, vola dans sa direction et la main de la mutante se referma autour du manche de l'arme. Après cela, elle le tendit à Thor tout en avançant rageusement dans sa direction.
−Dans ce cas, va-t'en ! Pars, va donc aider ceux qui ont visiblement tant besoin du héro que tu es et laisse-nous nous débrouiller ! Je ne crois pas que ta présence ait été nécessaire sur NOS terres avant que tu n'y sois banni par ton père, on s'en sortait très bien tous seuls ! lui lança-t-elle en ne se trouvant plus qu'à moins d'un mètre de lui. Et si j'ai arrêté de te contacter, tu devrais peut-être commencer à réfléchir au pourquoi du comment et enfin comprendre que c'était parce que je ne voulais plus que tu mettes les pieds ici, ajouta-t-elle tandis que ses yeux prirent une couleur bleu acier.
−Ce n'est pas toi qui dis ça, souffla-t-il tout en conservant son calme et restant de marbre face à elle. Tu sais très bien que tu ne le penses pas, et ce n'est pas la peine de me mentir. Je te connais, et je comprends ce qui te tourmente.
−Ah vraiment ? répondit-elle ironiquement, sa colère n'étant pas retombée pour autant. Et que penses-tu savoir de moi ? Au fond, tu ne me connais pas si bien que ça, Thor. Techniquement, je te rappelle qu'on ne s'est vus que deux fois, d'accord ? DEUX-FOIS, répéta-t-elle en insistant bien sur chaque mot. Et pourtant, à t'entendre parler, on dirait presque que tu en sais davantage sur moi que ceux qui me connaissent depuis vingt ans, dit-elle, presque sur un ton narquois. Mais dis-toi que tu n'as pas la moindre idée de tout ce que j'ai pu faire avant qu'on se rencontre, alors arrête de jouer les bons samaritains en essayant de te mettre à ma place parce que premièrement, ça n'aide pas et ensuite, tu ne sais pas ce que ça fait.
Elle s'approcha davantage et plaqua Mjolnir contre le torse de l'homme puis leva les yeux vers lui.
−Va-t'en, dit-elle d'une voix presque brisée avant de baisser la tête, n'osant pas soutenir son regard. Retourne sur Asgard… On se débrouillera…
−Madison…
−Rentre chez toi, murmura-t-elle en le forçant à récupérer le marteau, puis une fois que cela fut fait, elle recula de quelques pas, remettant ainsi une distance convenable entre eux.
Elle sortit en trombe du gymnase, la gorge nouée. Thor la regarda s'en aller, se sentant totalement impuissant sur le moment. Il en était à ce stade où il avait abattu toutes ses cartes et qu'il ne savait plus quoi faire. Il regarda brièvement Mjolnir tout en se demandant si en effet, la meilleure chose qu'il puisse faire n'était pas de les laisser en famille et disparaitre pour de bon afin de ne plus les tourmenter comme il avait la désagréable impression de le faire depuis son retour sur Terre.
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−Il faut que tu évites de t'emporter comme ça, conseilla gentiment Tony à sa petite sœur en lui prélevant un peu de sang, alors qu'ils se trouvaient tous les deux dans le grand laboratoire scientifique. Ça te prend toute ton énergie…
Elle ne répondit rien et se contenta de fixer le sol devant elle sans bouger, laissant son frère planter puis retirer une aiguille de son bras gauche. Sa main droite tremblait légèrement, alors elle serra le poing pour éviter que cela se remarque. Elle tourna la tête vers lui lorsqu'il lui injecta un produit transparent et qu'elle se laissa faire sans rien dire. Elle se souvenait vaguement l'avoir entendu dire qu'il s'agissait d'une sorte de calmant. Ses yeux se posèrent sur l'écran qui affichait ses constantes : rythme cardiaque et pulmonaire, niveau de tension … Expansion de la glace dans son organisme. Elle en venait même à se demander comment elle pouvait encore être en vie en voyant cela.
−Bon, on dirait que ton état s'est stabilisé pour le moment, reprit l'homme en s'écartant de son microscope, et ta tension est remontée. Le docteur Lane passera demain pour vérifier lui-même l'avancée des choses et il…
−… Je ne vais pas m'en sortir, pas vrai… ? lâcha-t-elle soudainement, ce qui eut pour effet de faire frissonner Tony.
−… Non, on va trouver un moyen de te débarrasser de ça, lui assura-t-il, cherchant avant tout à s'en convaincre lui-même.
−Tony, je… Je sens bien que c'est en train d'empirer à une vitesse phénoménale et que j'ai de plus en plus de mal à suivre… Regarde comment je suis après seulement deux jours, imagine comment ça sera d'ici, quoi… Une semaine… ? Un mois ? Du moins, si j'arrive à tenir jusque-là…
−Tu verras, tout va rentrer dans l'ordre et on pourra continuer à passer nos journées à sauver le monde comme si rien de tout ça ne s'était passé.
−… Je t'ai connu plus convaincant, déclara-t-elle calmement en s'enfonçant dans son siège.
−… Je t'ai connue plus combattive, répliqua l'homme sans la lâcher du regard.
