99 problems-Hugo's cover
27 décembre 2016
. . . . . . . .
Lorsque Madison quitta le laboratoire de recherches de son frère et regagna la salle de séjour, elle y aperçut Thor, qui semblait absorbé par une représentation holographique que lui proposait Friday sur l'évolution -négative- de l'état de la mutante. Durant un court instant, elle le regarde de bas et haut, se demandant pourquoi lui et Tony s'obstinaient à ce point à toujours vouloir trouver une solution même là où il n'y en avait pas. Elle s'en voulait de réagir de la sorte avec lui, alors qu'elle savait pertinemment qu'il faisait tout son possible pour tenter de l'aider, ce qui était loin d'être une chose simple, en particulier avec un individu aussi têtu qu'elle. Elle avança vers lui d'un pas hésitant mais elle cessa rapidement de marcher, étant très hésitante. Pouvait-elle réellement se permettre d'aller l'aborder après tout ce qu'elle lui avait lancé quelques minutes plus tôt ? Elle avait réagi de la manière la plus égoïste qui soit, elle l'avait bien compris. Même dos à elle, il sembla avoir remarqué sa présence car il stoppa tout mouvement et se redressa en silence.
−… Thor… ? l'appela-t-elle doucement.
Il se retourna extrêmement lentement, comme s'il avait été artificiellement mis au ralenti et quelques secondes plus tard, leurs regards se croisèrent. Malheureusement pour la jeune femme, elle n'y voyait plus la patience et la compréhension qui avaient jusque-là tenu bon dans les yeux du dieu malgré la difficulté de l'objectif qu'il s'était fixé. Désormais, c'était presque de l'indifférence. Elle y vit même une sorte d'avertissement pour l'avenir ; apprendre à se laisser aider au lieu d'agir impulsivement et repousser tout le monde. La gorge sèche, elle déglutit difficilement, se sentant légèrement mal à l'aise face à lui. Il parut néanmoins se détendre un peu en sentant la culpabilité qui rongeait son amie.
−Thor, je s…
Elle n'eut pas le temps d'achever sa phrase car Tony fit son entrée dans le salon, sa tablette dans les mains et tête baissée sur l'écran. Il prit immédiatement la parole, n'ayant visiblement pas remarqué que les deux personnes étaient peut-être sur le point d'engager la conversation.
−Jefferson a appelé, il veut qu'on aille le voir tout de suite, leur lança-t-il en relevant enfin le nez de son appareil. Il aimerait qu'on lui explique ce qu'il s'est passé le vingt-cinq et comme des gens t'ont vu à l'hôpital, Thor, poursuivit-il en échangeant un simple coup d'œil avec son ami, il aimerait que tu nous accompagnes. On part dans cinq minutes, déclara-t-il en traversant la pièce d'une traite avant d'en sortir, les laissant à nouveau seuls.
Madison le regarda s'en aller puis elle porta son attention sur l'asgardien qui se tenait à quelques mètres d'elle. Elle s'apprêta à reprendre sa phrase là où elle avait été interrompue, mais l'homme fut plus rapide qu'elle.
−On devrait se préparer. Ça a l'air important, dit-il avant de quitter le salon lui aussi.
Elle ne put qu'acquiescer, se sentant quelque peu déstabilisée. Elle regarda un peu dehors, voyant le vent se lever et ainsi faire tourbillonner les quelques flocons qui tombaient du ciel.
. . . . . . . .
Les trois -anciennement- Avengers patientaient dans une salle de réunion où une secrétaire à l'air peu amical les avait installés en attendant que celui qui les avait convoqués arrive. Tony lisait la rubrique d'un magazine qui trainait parmi d'autres sur la table tandis que Thor était posté devant la fenêtre, mains derrière le dos, donnant l'impression d'être fasciné par l'horizon. Seule la mutante guettait la porte, se demandant combien de temps elle et les deux autres devraient encore attendre avant de pouvoir s'en aller. Ce n'était pas de l'impatience, mais elle y avait quelque chose qu'elle souhaitait faire une fois rentrée à la tour. Bras et jambes croisées, confortablement installée dans son fauteuil et perdue dans ses pensées, elle attendait simplement de savoir ce que leur « hôte » avait à leur dire pour ensuite ne plus remettre les pieds dans ce bâtiment qu'elle n'appréciait guère. Elle regarda brièvement ses mains gantées puis soupira.
−Ils parlent encore de ce qu'il s'est passé en Allemagne, commenta Tony sans quitter des yeux la revue dont il tournait les pages. A croire qu'il n'y a que ça qui les intéresse, soupira-t-il. Les accords sokoviens… Quand je pense que tout a commencé simplement parce que nous avons fait sauter les bases d'Hydra où Decker et Ultron fabriquaient leurs armées…
−Les journalistes n'ont que ça pour les divertir. Du drame, des conflits et encore du drame, marmonna sa sœur.
−Et je doute malheureusement que cela change un jour, déclara l'homme qui entra dans la pièce en soupirant. Madison, Anthony, je suis ravi que vous ayez accepté de venir malgré cette demande de rencontre si soudaine, poursuivit-il et allant à leur rencontre afin de leur serrer chaleureusement la main, puis il se tourna vers Thor. Monsieur Odinson, je ne m'attendais pas à vous revoir sur Terre. Du moins, pas dans l'immédiat.
−Jake, qu'est-ce qu'on fait là ? lui demanda Madison, ne voulant pas perdre plus de temps que cela n'était nécessaire. Si c'est pour parler de cette altercation que j'ai eue il y a deux jours, je suis persuadée qu'on va rapidement en faire le tour…
−D'après les médias, c'était quand même assez important. Suffisamment pour alerter un bon nombre de personnes qui croient de plus en plus aux théories du complot. Vous pouvez me faire un bref résumé de la situation ?
−De grands méchants ont débarqué, ont essayé de tuer Maddie, sont repartis, fin de l'histoire, s'exclama Tony en refermant son magazine avant de le reposer sur la table.
Thor fronça les sourcils, surpris par ce ton familier qu'ils utilisaient entre eux. La dernière fois qu'ils avaient parlé de Jake Jefferson, c'était plus de dix mois plus tôt, en lui expliquant que c'était le Procureur, à qui ils avaient dû raconter ce qu'il s'était passé à North Olmsted. Il remarqua qu'aujourd'hui, ils avaient l'air de suffisamment bien s'entendre pour se parler presque comme de « vieilles connaissances » et c'est précisément à cet instant qu'il se rendit compte qu'il s'était absenté bien trop longtemps.
−Bon, que les choses soient claires, spécifia-t-il en s'appuyant de ses deux mains sur la table. Le président n'est pas très enthousiaste à l'idée que des créatures venues d'un autre monde se soient permises d'entrer illégalement sur nos terres pour s'attaquer à une citoyenne américaine. Il va falloir que vous me racontiez en détails qui étaient ces personnes, parce que je fais déjà tout mon possible pour vous couvrir lorsqu'une toute petite chose tourne mal, alors imaginez avec ça, dit-il en allumant le grand écran accroché au mur opposé à l'aide d'une petite télécommande, et des images plutôt familières aux trois individus apparurent. Ceci a été filmé par l'un des témoins de l'attaque. Un jeune résident de l'immeuble voisin qui a été ensuite surpris par les forces de l'ordre, et elles lui ont confisqué cette vidéo avant qu'elle ne se mette à tourner sur tous les réseaux. Les enregistrements effectués par les caméras de surveillance des environs ont été récupérés et stockés en lieu sûr. Il ne faudrait surtout pas que n'importe qui tombe dessus et crée un mouvement de panique en se décidant à les diffuser.
−En gros, vous gérez parfaitement la situation, conclut Tony en se redressant, ressentant lui aussi l'envie de rentrer chez lui.
−J'ai besoin de plus d'explications, l'interpela Jake. Pour faire court, j'ai vraiment le président sur le dos. Il commence à se poser des questions sur les mutants et je ne voudrais pas qu'il s'imagine que ce qu'il s'est passé est de leur faute.
−En tous cas, ce n'est pas de notre faute s'il est totalement à côté de la plaque, maugréa la jeune femme.
−Madison, je te rappelle que je risque autant que toi. C'est déjà suffisamment surprenant qu'il m'ait permis de garder mon poste après avoir publiquement révélé que j'en étais un, moi aussi, et protéger votre équipe lorsqu'il y a un problème ne m'aide en rien. Le moins que vous puissiez faire, c'est de me dire ce que faisaient ces gens-là -il désigna les géants des glaces sur la vidéo mise en pause- à New-York.
−Pour ma part, reprit Tony, je me demande surtout comment ils ont fait pour arriver ici depuis Jotunheim. Ce n'est pas non plus comme si c'était la porte à côté…
−Il existe de nombreux passages entre les différents mondes, rappela Thor en s'éloignant de la fenêtre. Des passages qui relient tous les royaumes de l'Yggdrasil entre eux. Les Jotüns ont, par le passé, employé celui qui se trouve entre leur planète et Asgard le jour de mon couronnement avec l'aide de Loki. C'est simplement surprenant qu'ils soient parvenus à en ouvrir un menant directement ici sachant qu'ils ont tous été condamnés.
−Je dois vous avouer que je vous ai perdus à partir du moment où vous avez commencé à parler des passages, leur confia Jake, intrigué. Si ces personnes demeurent si dangereuses, comment se fait-il qu'ils aient l'air d'en savoir autant sur nous ? ajouta-t-il ensuite en s'asseyant en face des deux membres de la famille Stark.
−Probablement à cause de l'alliance qu'on avait faite avec eux, soupira Madison.
−Une alliance ? Pourquoi personne n'a été mis au courant ?
−Il y a quelques mois, s'exclama Tony, ma sœur, moi-même ainsi que trois autres terriens, nous avons temporairement quitté la planète pour assister à une réunion de la plus haute importance.
− Ca, je m'en souviens, affirma l'homme. Est-ce à ce moment-là que l'alliance a été créée ?
−En effet, confirma Thor en hochant la tête. Mais ce n'était pas avec ces Jotüns-ci.
−Il vaudrait peut-être mieux que j'évite de parler au président de cette histoire d'alliance avec les Géants des glaces pour le moment, il risquerait de ne pas apprécier. Est-ce tout ce que vous aviez à me dire, ou faut-il que je poursuive la lecture de la vidéo pour vous tirer les vers du nez ? Et croyez-moi, cela ne me plait pas plus qu'à vous… Que s'est-il passé dans cette fichue ruelle ?
Les trois héros commencèrent d'abord par soigneusement s'éviter du regard pour ensuite observer les mouches voler comme si de rien n'était, ce qui fit lever les yeux au ciel à Jake. Il se demandait sérieusement s'il n'avait pas affaire trois enfants immatures plutôt qu'à des adultes « responsables » et incroyablement débrouillards.
−Et ton cœur ? reprit-il finalement, voyant qu'aucun n'avait visiblement envie de se lancer. Comment se porte-il ? demanda-t-il à la mutante.
−A merveille, je te remercie, bougonna-t-elle en gardant les bras croisés.
−Etonnant, lorsque l'on sait ce qu'il t'est arrivé, enchaina-t-il en relaçant la vidéo, et les images de Madison se faisant violemment heurter par la flèche de glace leurs sautèrent aux yeux. Ton aura parle pour toi, ajouta-t-il en éteignant l'écran. Tu es épuisée, troublée et terrifiée.
−… C'est faux.
−Maddie… commença Tony.
−Non, écoutez, tous les trois, s'exclama-t-elle en se redressant brusquement, manquant de faire tomber sa chaise dans son élan. Vous êtes bien gentils de vous inquiéter comme ça pour moi, mais aux dernières nouvelles, je suis la seule à savoir ce qu'il se passe dans ma tête, d'accord ? Je… Je ne sais pas comment je suis supposée me sentir, mais ce n'est ni en pleines formes, ni à l'agonie pour le moment. Jake, il y avait-il une autre raison pour laquelle tu nous as convoqués ou est-ce qu'on peut s'en aller ?
−A vrai dire, oui, il y avait une chose alors rassieds-toi, s'il te plait, lui proposa-t-il calmement et elle s'exécuta sans broncher. Des scientifiques ont étudié les pics d'énergie survenus lors de l'apparition de ces intrus. Le même phénomène que celui qui s'est produit le vingt-cinq a été constaté à différents endroits du pays. Aucun n'a quoi que ce soit à voir avec les autres, mais ils avaient tous la même « forme », puis-je dire. De puissantes ondes de choc qui ont ravagé une bonne partie des défenses du territoire, notamment nos bases les plus secrètes dont très peu de personnes disposent des coordonnées exactes, déclara-t-il avant de rallumer la télévision afin de leur montrer quelques diapositives.
−Un hasard ? proposa le milliardaire.
−C'était parfaitement calculé, croyez-moi. Au millimètre près pour être exact. Ceux qui ont attaqué ces bases savaient où elles se trouvaient, mais le tout est de savoir comment ils ont fait pour taper au bon endroit alors qu'une petite dizaine d'individus seulement ont été mis au courant de ces lieux d'expérimentations, en dehors de ceux qui y travaillent jour et nuit.
−Qui était au courant ? lui demanda Thor, soucieux.
−Eh bien, c'est un projet assez récent qui a eu du mal à voir le jour, expliqua-t-il, c'est pourquoi nous ne sommes pas encore très nombreux à en connaitre l'existence. Il y a pour commencer le Président des Etats-Unis d'Amérique et moi-même bien entendu, les deux Stark, Nicholas Fury, le Ministre de l'Intérieur et celui de l'Armement ainsi que deux autres fonctionnaires d'état. Je ne pense pas que qui que ce soit parmi ces gens ait pu en informer nos potentiels futurs ennemis.
−Pourtant, c'est le cas, souffla la seule femme présente dans la pièce, ce qui attira les regards des trois autres sur elle. Je peux même vous dire de qui il s'agit…
−Qui donc aurait pu faire une telle chose ? s'offusqua Jake en fronçant les sourcils, plus curieux que jamais.
−… Moi.
Il y eut un long silence pesant et un ange passa. Aucun ne s'était attendu à ce genre d'affirmation de sa part, c'était évident, surtout déclarée avec un ton calme aussi prononcé. Elle décroisa enfin les bras, jugeant qu'une petite explication s'imposait.
−Avant que vous ne vous alarmiez, sachez que je ne l'ai pas fait délibérément, je ne suis pas encore suffisamment cinglée pour donner de telles informations aux géants des glaces qui ont justement tenté de me tuer, commença-t-elle. Je pense que ça s'est produit dans la ruelle, juste après qu'ils m'aient attaquée et mise au tapis. L'un des trois s'est approché et a simplement posé ses doigts sur mon front. Je crois qu'il en a profité pour lire deux-trois trucs dans ma tête…
−Qu'ont-ils vu d'autre ?
−Il n'ont eu le temps que de chercher les emplacements des différentes bases qu'on vient tout juste de voir, dit-elle en désignant l'écran d'un geste de la main. Ils sont repartis très vite après, j'imagine qu'ils n'avaient pas spécialement envie de se faire remarquer par qui que ce soit en se pavanant dans les rues de New-York un soir de Noël… Désolée, Jake, acheva-t-elle.
−Si j'ai bien compris tout ce que vous m'avez expliqué, je pense pouvoir affirmer que ce n'était pas de ta faute, mais que cette information ne doit pour autant pas remonter jusqu'aux oreilles du Ministre de l'Intérieur qui risque d'en faire un vrai scandale, à juste titre. Nous placerons donc ça sur le compte des capacités hors-normes de nos ennemis pour le moment, lança-t-il en allumant sa tablette portable pour y prendre quelques notes.
−Merci, Jefferson, lui dit Tony avec un maigre sourire reconnaissant.
−Vous me fatiguez, tous les deux, se contenta-t-il de répondre à cela sans lever les yeux vers eux avant de leur tendre la tablette ainsi qu'un stylet. Bon, signez là, c'est juste pour qu'il y ait une trace de notre entrevue d'aujourd'hui.
Les trois personnes paraphèrent donc tour à tour le document présenté, observés de la tête aux pieds par l'homme aux cheveux châtain clair et il récupéra son matériel une fois que cela fut fait. Il avait beau ressentir en permanence ce besoin de passer derrière eux pour essayer de réparer les petites erreurs -volontaires ou non- qu'ils commettaient, il appréciait sincèrement pouvoir les « dépanner » de la sorte en cas de coup dur.
−Oh, et vous avez carte blanche si ces géants des glaces remettent les pieds ici, les informa-t-il en leur montrant un papier signé par le chef de la nation lui-même, du moment que, comme l'a si bien dit notre cher Président, « vous ne fassiez plus exploser la moindre ville flottante ». Les dégâts ont été catastrophiques il y a deux ans et il craint toujours qu'un problème d'une aussi grande envergure surgisse brusquement.
−La chose la plus sûre serait de fermer définitivement l'intégralité des passages qui existent entre les Neuf Royaumes, déclara Thor. J'ignore comment faire, mais ainsi, Midgard n'aurait plus à craindre les attaques extra-terrestres, quelles qu'elles soient, et éventuellement songer à créer une barrière protectrice tout autour de la planète.
−Merci bien, mais j'y avais déjà songé, marmonna Tony dans sa barbe. Va dire ça au président, on verra s'il serra du même avis… « Trop coûteux », d'après lui, même si j'ai bien évidemment proposé de financer une très grande partie du projet.
−Créer cette barrière reviendrait à couper tout contact avec « l'extérieur », comprit Jake, réfléchissant sérieusement à la question. Cela inclurait également les asgardiens dans le lot, j'imagine…
−… En effet, confirma le blond d'un ton neutre. Mais il s'agit là de la seule solution qui garantirait un maximum de sécurité à votre monde, ajouta-t-il.
−Tu sais que tu ne pourrais plus jamais revenir ici, si c'était le cas ? lui lança Tony.
−Je sais, mais c'est peut-être mieux ainsi. Je pense que de nombreux problèmes vous sont tombés dessus depuis mon premier passage sur Midgard, et je préfèrerais vous savoir en sécurité sans pouvoir revenir plutôt que d'être en mesure de me promener librement sur vos terres en sachant que vous risquez à tout moment de vous faire décimer par je ne sais quelle autre menace.
−Et qui te dis que nous ne risquerions pas d'avoir à nouveau besoin de toi à l'avenir ? réenchérit le brun en croisant les bras tout en s'enfonçant dans son siège. Tes connaissances sur l'Univers dans lequel nous vivons sont infiniment plus étendues que les nôtres. Je pense que malheureusement pour toi, on risque encore d'avoir besoin de tes conseils avisés.
−Et je ne pense pas que vous aurez tant besoin de mon aide ici, répliqua-t-il toujours très calmement en haussant faiblement les épaules. Vous êtes tout à fait capables de vous défendre seuls, je vous ai suffisamment vus à l'œuvre pour le prouver. Midgard me manquera, certes, mais s'il n'y a pas d'autre moyen…
Il ne put ajouter rien ajouter d'autre car brusquement, la mutante se redressa en s'appuyant sur la table de ses deux mains et cette fois-ci, sa chaise tomba. Sans pour autant s'en soucier, elle quitta la salle de réunion en silence, avançant d'un pas rapide et décidé puis elle claqua la porte derrière elle. Cette réaction eut pour effet de surprendre Jake et Thor tandis que Tony soupira en secouant la tête. Il avait presque l'air fatigué par tout ce qu'il se passait mais il était loin d'en blâmer sa petite sœur. Elle avait bien trop souffert pour qu'il ne lui en veuille pour quoi que ce soit. Coude sur la table, il appuya son menton sur son poing et croisa le regard de l'asgardien, qui ne semblait pas spécialement comprendre ce qu'il venait de se passer.
−Dis-moi, tu n'es pas supposé être ce que l'on pourrait qualifier de « meilleur ami » par rapport à Maddie ? le questionna-t-il finalement.
−Je ne vois pas en quoi cela pourrait être lié à ce dont nous parlions, répondit son collègue en penchant légèrement la tête sur le côté, intrigué et un peu perdu. Pourquoi me demandes-tu une telle chose ?
−Très probablement parce que, vois-tu, tu viens tout juste de nous annoncer que tu avais prévu de t'en aller et que dans l'hypothèse où cette barrière serait mise en place, tu n'aurais plus aucun moyen de venir nous rendre une petite visite de temps en temps histoire de t'assurer que nous ne soyons pas décédés… Je pense donc que sa réaction était la plus logique qui soit.
−Pourquoi en serait-elle attristée, puisqu'elle m'a elle-même demandé de m'en aller ce matin-même ?
−Je n'en sais rien, parce que tu l'avais énervée ? Ecoute, tu es parti deux fois, et à chaque fois, elle a patiemment attendu ton retour pendant des mois, même si vous vous échangiez quelques messages quand vous y pensiez. Elle t'en veut d'être parti aussi longtemps, mais je doute fort que ce soit au point qu'elle ne veuille plus jamais te voir.
−Elle avait pourtant l'air sûre d'elle, commenta Thor, réfléchissant intensément aux paroles de Tony.
−Depuis quand ma sœur est-elle certaine de ce qu'elle dit ou fait ? lança l'inventeur. Ça, c'est sûrement parce que j'ai déteint sur elle, et que je fais un peu trop de choses en suivant mon instinct, mais crois-moi : si tu t'en vas pour de bon, c'est à ce moment qu'elle t'en voudra vraiment et que tu auras atteint le point de non-retour. Et techniquement, moi aussi je t'en voudrai puisque ça l'aura fait souffrir, jugea-t-il bon d'ajouter sur un ton de semi-plaisanterie.
−J'ai du mal à la comprendre.
−Tu es loin d'être le seul. Mais rends-moi service : ne la lâche pas. Déjà, surtout pas maintenant, et puis ni à l'avenir, d'ailleurs. Tu es l'un de ses amis les plus proches, et c'est pour le moment qu'elle risque d'avoir besoin que tu ne la laisse pas tomber, même si elle fait absolument tout pour tenter de te convaincre du contraire…
−… Qu'attends-tu de moi, exactement… ? l'interrogea-t-il, sentant que toute la colère qu'il avait pu éprouver au début de la journée s'était entièrement dissipée.
−Que tu me laisses finir cette entrevue avec Jefferson entre personnes adultes responsables pour commencer, soupira-t-il, et quand tu auras quitté cette pièce, tu en profiteras pour fureter un peu partout et chercher Maddie, ça te convient ? Non attends, je n'ai pas besoin de réponse. A plus tard, acheva-t-il en insistant sur les trois mots en poussant presque à l'extrême l'articulation de ces derniers.
Abasourdi, Thor leva la main gauche pour récupérer Mjolnir puis il sortit de la salle sans avoir trouvé la moindre réponse à lui lancer puis il referma doucement la porte derrière lui et Tony s'autorisa à soupirer une nouvelle fois. Il se rendit compte par ailleurs que cela commençait à devenir une habitude, chez lui. Il se pencha alors vers l'homme en costume et lui dit :
−Alors, Jake, un autre truc déprimant à m'annoncer avant qu'on rentre ?
. . . . . . . .
C'était avec une certaine appréhension que le dieu nordique arpentait les couloirs du bâtiment administratif, se demandant où son amie avait bien pu passer. L'endroit était loin d'être un espace « restreint », et il avait déjà gravit deux étages sans croiser la personne qu'il cherchait. Il se trouvait désormais au niveau maximum et observait un petit peu les environs, n'ayant jamais eu l'occasion de se promener entre ces murs auparavant. Il en profitait donc pour découvrir par la même occasion, même si son but premier était de retrouver la mutante, qu'il avait certainement heurtée, il le savait désormais. Il croisa alors un homme portant des vêtements d'homme d'affaire qui marchait à contresens, plongé dans la lecture d'un épais dossier d'où quelques feuilles mal attachées manquaient de tomber dès qu'il mettait un pied devant l'autre.
−Excusez-moi, auriez-vous aperçu…
−Stark ? le coupa-t-il sans prendre la peine de le regarder ou de s'arrêter pour lui parler plus longuement. Sur le toit, déclara-t-il en poursuivant sa route comme si leurs chemins ne s'étaient jamais croisés.
Thor le regarda s'éloigner et lorsque l'individu eut disparu au détour du couloir, il se remit à avancer d'un pas décidé. Au fond, il s'était douté qu'il la trouverait là-bas, sachant qu'elle avait pour habitude de se réfugier dans des endroits calmes et dépourvus de la moindre présence humaine, où elle pourrait profiter de l'air frais et de la vue. Il grimpa les marches qui reliaient le dernier étage au toit grâce à la cage d'escaliers de secours et ne mit qu'une dizaine de secondes avant de se retrouver dehors. Le vent froid de l'hiver lui mordit le visage mais il n'en fit rien. C'était l'une des dernières choses qui le préoccupait à cet instant précis. La porte en ferraille se referma d'elle-même derrière lui dans un claquement sec et il se mit à analyser les lieux, toujours à la recherche de son amie.
Il finit par l'apercevoir à quelques mètres de là, se tenant droite à quelques pas du bord et le regard perdu vers l'horizon. Il hésita un moment avant de se décider à la rejoindre en silence, mais il ne se plaça pas à ses côtés. Il préféra rester légèrement en retrait, et se rappela que les rôles avaient été inversés lorsqu'ils se trouvaient à la tour un peu plus tôt dans la journée. Il se concentra d'abord sur les traces de pas laissées dans la neige par le passage récent de la mutante et constata que les flocons avaient cessé de tomber pendant qu'ils discutaient avec Jake, quelques étages plus bas, mais le ciel restait aussi gris qu'au petit matin. Un gris clair, presque apaisant. Une couleur qu'il commençait étrangement à apprécier depuis son retour sur Terre.
−Hum… Je… commença-t-il.
Il s'interrompit en voyant la mutante lui faire un signe discret de la main, lui tournant toujours le dos et étant toujours aussi focalisée sur le paysage qui s'offrait à elle. Il fronça les sourcils puis il se remit à avancer et arriva bientôt à sa hauteur, intrigué. Il la regarda puis tourna la tête, se demandant ce qu'elle pouvait bien observer ainsi, mais il se rendit rapidement compte qu'elle demeurait essentiellement plongée dans ses pensées et qu'elle ne fixait aucun point précis. En tous cas, c'était son ressenti. Ses yeux continuèrent à passer d'elle à la ville pendant un moment. Il regrettait d'être incapable de lire dans l'esprit des gens, car il brûlait d'envie de savoir ce à quoi elle était en train de penser. Il la vit détailler les environs avec énormément d'attention, les yeux un petit peu plissés et un air plus que sérieux affiché sur son visage.
Il voyait qu'en apparence, elle paraissait calme mais il savait que ce n'était qu'une façade et que dans sa tête devaient se bousculer un milliard de questions dont elle cherchait avidement les réponses. Ce fut ensuite l'aura verdâtre flottant autour d'elle qui l'interpela. Il ignorait si c'était inconsciemment ou non, mais elle était en train d'utiliser -à faible dose- sa magie, pour une raison qui échappait totalement à l'asgardien. Il fut tenté de prendre sa main pour la rassurer avant de se rappeler des problèmes de répulsion. Et même s'il avait remarqué qu'elle portait toujours ses gants, à sa crainte s'ajoutait de l'hésitation. Il s'en voulait pour leur confrontation mais ne savait pas comment aborder le sujet. Il se contenta donc de chercher du regard ce qui pouvait la troubler à ce point.
−Il sont là, souffla-t-elle d'un demi-ton.
Il vit alors une sorte de longue ligne bleue traverser les rues à toute vitesse un peu plus loin, laissant derrière elle une trainée de glace sur le sol bétonné. D'autres se joignirent rapidement à la première, zébrant les routes sans entrer en collision avec le moindre obstacle ou quiconque se trouvant sur les trottoirs, marchant tranquillement. Seules toutes les voitures s'arrêtèrent subitement de rouler, comme si elles avaient été en proie à une panne générale. De nombreux klaxons retentirent en même temps, plusieurs conducteurs quittèrent leur véhicule, ne comprenant pas ce qu'il se passait pendant que les deux individus surplombant la ville du haut du toit continuaient à regarder les sillons qui avaient commencé à se rejoindre en un seul plus imposant que les autres. D'autres arrivaient du bout de la ville, se dirigeant vers un point bien précis et lorsqu'ils se rencontrèrent au loin et convergèrent, il y eu une violente onde de choc aussi puissante que le souffle d'une tempête déchainée qui fit reculer les deux personnes et ces dernières se protégèrent le visage par réflex.
Après cela, Thor et Madison échangèrent un bref coup d'œil et se précipitèrent vers l'intérieur du bâtiment.
