I bet my life-Imagine Dragons


27 décembre 2016

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−Bon, on va voir à quel point c'est amoché…

Madison se trouvait à l'infirmerie de la tour en compagnie de son meilleur ami, à qui elle avait ordonné de s'assoir dès qu'il avait mis un pied dans la pièce. Il s'était exécuté sans broncher et en un éclair, sa tenue de combat s'était volatilisée pour laisser place à des vêtements de civil, même chose pour la jeune femme. Elle se débarrassa ensuite de sa veste, qu'elle lança nonchalamment sur une chaise puis elle contourna le lit où s'était assis Thor pour aller chercher quelques objets dans un placard. Il la regarda faire sans rien dire et restant immobile. Elle revient par après placer ses trouvailles sur la tablette en acier à roulettes en changeant de gant, en mettant une paire propre, tout en demandant au blond d'enlever son haut pendant ce temps. L'asgardien fronça les sourcils, ne comprenant pas vraiment le but de cette requête, avant de se rappeler qu'il avait en effet été blessé et que c'était très certainement pour cela qu'elle l'avait conduit de force jusque-là. Il retira donc sa chemise à carreaux en éprouvant quelques difficultés à cause de sa blessure qui le tiraillait, ce que la jeune femme remarqua rapidement. Elle se dirigea alors vers lui et l'aida jusqu'à ce qu'il se retrouve en t-shirt, laissant apparaitre une large plaie le long du biceps gauche.

−Je suis désolée de devoir t'annoncer qu'il va falloir que j'utilise les méthodes de Midgard pour te soigner et non mes pouvoirs, déclara-t-elle. J'ai plus trop d'énergie de ce côté-là, mais tu devrais quand même t'en sortir, ne t'en fais pas, ajouta-t-elle, amusée, ce à quoi il acquiesça simplement. Ça risque de piquer un peu, par contre… Mais puisque tu es un si redoutable guerrier, j'imagine que ce n'est pas un petit produit de rien du tout qui va t'achever, pas vrai ?

Tout en disant cela, elle appliqua un désinfectant sur la blessure, et Thor ne put réprimer une petite grimace tout en se crispant légèrement lorsque l'antiseptique entra en contact avec sa peau mutilée. La mutante le remarqua et esquissa un sourire en coin.

−Il y aurait-il un gros cœur tendre sous cette carapace indestructible ? dit-elle en finissant de nettoyer la plaie, puis elle jeta les morceaux de cotons imbibés de sang dans la poubelle avant de revenir vers lui. Il ne t'a pas raté… soupira-t-elle en passant délicatement ses doigts gantés autour de la profonde lésion, où la peau était devenue presque grise. Il va falloir recoudre ça, poursuivit-elle en s'emparant d'une aiguille et de fil chirurgical.

−Je te fais confiance, dit-il naturellement en la laissant faire.

Elle hocha la tête puis commença à le recoudre, mais malgré le fait qu'elle s'efforçait d'être la plus délicate possible, elle vit bien que cela n'avait rien d'une partie de plaisir pour le dieu nordique. Il fit cependant son possible pour ne rien laisser paraitre.

−Ecoute… commença-t-il, l'air hésitant. Pour ce qu'a dit Geirroed…

−Thor. Oublie ça…

−Tu le savais… Tu le sentais, pas vrai ?

−… En voyant ces fichues radios, ça n'a fait que confirmer tout ce que j'avais pu imaginer… Je n'ai spécialement mis longtemps à comprendre que ce qu'il s'était passé était… Disons, plutôt grave… J'ai l'impression constante qu'un étau se resserre un peu plus autour de mon cœur et de mes poumons à chaque heure qui passe et je sais que ça ne va qu'empirer. Mais bon, vous aviez l'espoir de trouver une solution… C'est très gentil d'avoir espéré, mais… On ne peut pas toujours tout avoir, tu sais ?

−Je refuse de croire qu'il disait la vérité, lorsqu'il affirmait que tu es condamnée. Tu contreras ça, et nous t'aiderons. Je t'ai fait la promesse de te venir en aide, quoi qu'il arrive. Même si je dois m'en aller parce que tu ne veux plus de moi dans les environs, je poursuivrai mes recherches à part sans jamais renoncer.

Elle parut très surprise par cette réponse, puis elle reporta son attention sur la blessure qu'elle était en train de recoudre sans relever les yeux vers lui.

−Si ça ne te dérange pas… J'aimerais que tu restes un peu ici, à la tour… Histoire que je puisse surveiller ton état. Ce n'est pas non plus critique, mais je préfère te garder en observation jusqu'à ce que tu sois entièrement rétabli, enchaina-t-elle en tirant un peu sur le fil.

−Du moment que ma présence n'importune pas les maitres de lieux… Aïe !

−Désolée… s'excusa-t-elle en coupant le surplus de fil avec une paire de ciseaux adaptée. Bon, voilà une bonne chose de faite… Pas d'autre bobo à déclarer, tant qu'on y est ?

−Hum… Je n'en sais rien, réfléchit-il. Merci, en tous cas, pour les soins…

−Pas de soucis, répondit-elle en souriant avant d'aller ranger le matériel non-utilisé à sa place tout en faisant attention aux moindre faits et gestes de l'asgardien, voulant s'assurer qu'il allait bien, mais lorsqu'elle le vit se crisper et retomber assis après avoir tenté de se redresser, elle comprit que quelque chose d'autre n'allait pas. Thor, tu es blessé autre part qu'au bras ?

−Je ne sais pas… Sûrement… répondit-il en se tenant maladroitement les côtes du flanc gauche de sa main opposée.

−Fais-moi voir ça, lui dit-elle calmement en s'approchant de lui et lorsqu'elle vit qu'il avait du mal à ôter son t-shirt, elle l'aida sans rien dire.

Elle eut alors une vue d'ensemble sur les quelques dégâts provoqués par le combat qu'ils avaient eu avec les géants des glaces : plusieurs hématomes commençaient à ressortir et à la simple vue de sa peau, on devinait facilement qu'en dessous, quelques côtes avaient dû souffrir au passage. Elle tourna un peu autour et remarqua quelques égratignures dans son dos, mais pour ça, malgré les quelques traces de sang visibles, ce n'était rien de bien méchant. Elle alla récupérer la bouteille de désinfectant ainsi que quelques compresses, prête à s'occuper de ces quelques plaies supplémentaires.

−Tu n'es pas obligée, lui dit-il en la voyant faire, ce à quoi elle ne répondit pas dans l'immédiat.

Elle déboucha le flacon et en imbiba le bout de coton, puis elle le passa délicatement sur le dos mutilé de son ami, faisant son possible afin qu'il ne souffre pas trop. Lorsqu'elle eut terminé, elle se débarrassa de la ouate souillée, se rendant compte qu'en effet, le sang séché pouvait donner une impression différente et rendre une blessure plus importante. Elle put alors revenir devant lui, et elle prit place à ses côtés afin d'avoir une meilleure vue de son flanc gauche.

−C'est à cause de moi que tu es dans cet état. Je me sens redevable, c'est tout.

− « Redevable » ? Tu as passé ton temps à me protéger sur le champ de bataille, tu te souviens ? C'est plutôt moi qui devrais ressentir le besoin de te rendre la pareille, tu ne crois pas ?

Elle se contenta de hausser les épaules tout en continuant à s'occuper de son « patient » en ignorant le regard de ce dernier qui était posé sur elle.

−Comment se fait-il que tu sois aussi… Disons, « sensible » aux attaques de ces Jotüns ? Je pensais qu'avec… Ta constitution, les potentielles blessures qu'ils pourraient t'infliger seraient… Minimes.

−Je pense n'être au meilleur de ma forme que sur Asgard, et j'imagine que me retrouver loin de mon Royaume m'a un peu affaibli.

Elle jugea mentalement cette réponse comme n'étant qu'une semi-vérité mais ne fit aucun commentaire, comprenant bien que cela ne paraissait pas si important aux yeux de l'homme. Il remarqua à un moment qu'elle avait arrêté de se servir de sa main droite pour seulement s'affairer avec l'autre sans que cela ne soit forcément évident, mais ce petit geste le marqua.

−Et toi, ça va ? demanda-t-il innocemment avant de fixer avec insistance sa main métallique.

−Deux trois réglages et réparations s'imposent, avoua-t-elle. Mais sinon… Ça va étonnamment bien… A part bien sûr, le fait que mon frère et mon meilleur ami aient failli y passer aujourd'hui parce que deux-trois tarés en ont après moi…

−Ce n'était pas de ta faute, Madison, soupira-t-il. Tu as fait tout ce que tu as pu pour les repousser, et je t'ai trouvée remarquable. Seulement, ces individus sont plus puissants que ceux que j'ai affronté par le passé, lui confia-t-il ensuite. Je ne voulais pas que ça en arrive là, qu'ils s'en prennent à Midgard. J'aurais dû rester, cela ne se serait jamais produit si je n'étais pas parti.

−Tu ne pouvais pas prévoir, dit-elle simplement avant de se relever, puis elle alla remettre à sa place le reste du matériel. Sinon, bonne nouvelle, ton état n'est pas si mal, et si on prend en compte ta constitution d'asgardien, ça ne devrait pas mettre plus d'une trentaine d'heures, deux jours grand max avant que tu sois totalement opérationnel… Tu devrais enfiler ça le temps de regagner ta chambre, lança-t-elle en lui tendant un t-shirt noir propre récupéré dans l'une des armoires, et en le voyant ne PAS DU TOUT s'en sortir, elle l'aida à l'enfiler comme s'il s'agissait d'un enfant de trois ans et demi à qui on devait absolument tout montrer et expliquer, également rassurée de toujours porter une paire de gants pour éviter la moindre répulsion.

−Que ferais-je sans toi ? lança-t-il en soupirant, un sourire au coin des lèvres.

−… Plein de choses pour aider les autres, souffla-t-elle. Tu n'as pas tant besoin de moi que ça.

−Pourtant, tu m'as sauvé la vie, tout à l'heure. Deux fois. Un véritable ange gardien, déclara-t-il, toujours avec ce sourire illuminant son visage.

Mademoiselle Stark, votre frère requière votre présence dans le laboratoire au dix-neuvième étage, annonça la voix de Friday. Le rendez-vous que vous deviez avoir avec le docteur Lane a été avancé à aujourd'hui.

−Super, soupira-t-elle en nouant une écharpe autour du cou de Thor tout en y plaçant son bras blessé. C'est parti pour une autre dose de mauvaises nouvelles…

−Ne pars pas défaitiste… Peut-être y a-t-il eu, au contraire, une grande avancée dans ses recherches ?

−Te fais pas trop d'idées… Mais c'est toujours beau d'espérer. Allez, viens, ne faisons pas attendre ces messieurs.

. . . . . . . .

Madison était installée sur une chaise, le bras droit posé sur le bureau, son frère se trouvant de l'autre côté du meuble, entouré de plusieurs outils étant à la pointe de la technologie. Il s'affairait sur la main métallique de la mutante, celle-ci demeurant un peu défaillante et étant de temps à autres prise de quelques tressautements inhabituels. Ils avaient simplement jugé qu'il était possible que certains circuits aient été endommagés durant l'affrontement. D'autre part, le docteur Lane analysait le sang qu'il avait précédemment prélevé à sa patiente grâce à son microscope tout en gardant le silence.

Thor se tenait sagement dans un coin de la pièce, ne préférant pas intervenir dans leurs activités scientifiques midgardiennes dont il ne comprenait pas grand-chose de toutes manières. Il souffrait beaucoup moins, mais son égo en avait pris un sacré coup. Cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas senti aussi vulnérable face à ses ennemis. Il regrettait amèrement d'avoir été incapable de se débarrasser définitivement d'eux. Il remarqua que son amie donnait l'impression de s'ennuyer ferme. Leur regard se croisèrent et ils s'échangèrent un bref sourire en coin avant que la jeune femme ne reporte son attention sur les agissements de Tony. Celui-ci lui demanda de se contenter pour le moment de remuer les doigts, les fléchir » et étendre, ce qu'elle fit sans trop de mal, et tout « bug » ayant définitivement disparu. L'asgardien avait simplement du mal à comprendre une chose : c'était comment Madison faisait pour rester aussi calme après ce qu'il s'était passé un peu plus tôt dans la journée.

−Surprenantes, vos activités matinales, commenta alors le médecin en poursuivant ses recherches.

−C'est-à-dire ? l'interrogea la brune.

−Vous n'avez pas vu les infos ?

Tony pianota brièvement sur son écran holographique et des images retransmises sur les chaines d'informations journalières apparurent sous leurs yeux. Des journalistes étaient en train de débattre autour d'une table, parlant d'un événement qui s'était produit à Central Park le jour-même. Les trois héros reconnurent aisément leurs propres silhouettes sur les vidéos prises de points éloignés du lieu de l'attaque, mais la qualité était suffisamment bonne pour que l'on les reconnaisse sans trop de peine. Et bien évidemment, les personnes qui avaient pris le temps d'enregistrer toute la scène n'avaient pas manqué tous ces instants où ils se faisaient lamentablement mettre au tapis.

−Bon, c'est officiel… Jake va nous tuer, soupira Madison. On n'a pas vraiment réglé ça avec « discrétion » …

−Au moins, il n'y a pas eu de blessés parmi les civils, c'est déjà une bonne chose, déclara Lane. Par contre, tous les trois… Navré de vous annoncer que vous avez ce que l'on pourrait communément appeler des têtes de déterrés… J'imagine que la journée n'a pas commencé comme vous l'aviez espéré.

−Ça, c'est le moins qu'on puisse dire, marmonna l'inventeur en éteignant l'écran qui diffusait le journal télévisé. J'a-do-re ce genre de matinées… Alors, le verdict ?

−Avec ou sans mensonge ? lança le scientifique, très légèrement mal à l'aise.

−Sans, de préférence…

−Très bien… Alors… Je ne vais pas vous cacher que rien ne s'est arrangé, Madison. Au contraire… Je n'arrive pas à comprendre ce qu'il vous arrive. J'ai parlé de votre cas à des collègues qui travaillent à Washington et Boston, et certains pensent peut-être être capables de m'éclairer sur le sujet. On dirait que vous avez perdu beaucoup d'énergie en quelques minutes, ce matin-même, après le fâcheux incident survenu à Central Park…

−Pourtant, je t'avais rarement vue aussi déchainée, commenta Tony à l'intention de sa sœur en fronçant les sourcils.

−Bah, ça ne veut rien dire, déclara-t-elle en appuyant son coude sur le bureau. J'étais motivée à leur foutre une raclée monumentale, c'est tout… Et puis je ne m'en suis pas si bien sortie sur la fin, hein… A quel point est-ce grave ? demanda-t-elle ensuite en regardant le quinquagénaire, question à laquelle il se contenta de soupirer tristement en guise de réponse. Ok… Je vois…

−J'ai envie de vous aider, sincèrement. Seulement, en plus de cette excroissance autour de votre cœur, il semblerait votre organisme rejette tous les traitements que l'on pourrait lui donner pour une raison qui m'échappe. Mais rassurez-vous, je ne lâche pas l'affaire.

−Pourquoi, parce qu'il y a un gros chèque en jeu ? lança-t-elle ironiquement.

−Maddie… soupira le brun.

− Je ne fais que mon travail, sachez-le. Ce n'est en aucun cas parce que votre frère a insisté pour me fournir une somme conséquente d'argent que je vais poursuivre mes efforts. Votre rétablissement complet m'importe plus que vous le pensez, d'autant plus que j'ai refusé l'offre de Monsieur Stark ici présent. Par ailleurs Anthony, j'aimerais que vous me rejoigniez ce soir à l'hôpital afin que nous puissions parler avec mes confrères de la situation, si cela ne vous ennuie pas. Certains viennent de très loin et préfèrent nettement rester dans un bâtiment du milieu médical pour travailler, ainsi que parler en face à face avec les autres et non via des visio-conférences. Cela ne serait l'affaire que de quelques heures tout au plus, lui assura-t-il. Après cela, je continuerai à venir ici si vous en avez besoin.

Le concerné tourna brièvement la tête en direction de sa petite sœur, comme s'il paraissait inquiet à l'idée de devoir la laisser pour se rendre là où sa présence était requise. Il la vit lever les yeux au ciel et lâcher un petit soupir avant de le regarder.

−C'est bon, je ne vais pas faire exploser la tour pendant ton absence, râla-t-elle gentiment. Je dormirai à poings fermés quand tu rentreras, c'est promis, ajouta-t-elle d'une petite voix enfantine qui le fit sourire. Je serai sage, juré.

−Mh… C'est drôle, pourquoi suis-je tout juste en train de commencer à avoir peur ? répondit-il, faussement ennuyé.

−Probablement parce tu es l'une des personnes les plus intelligentes de la planète ? souffla-t-elle. Enfin, après moi, bien évidemment.

−Et heureusement que je pourrai compter sur Thor pour garder un œil sur toi, lui dit Tony avant de se tourner vers le dieu nordique. Enfin, si bien sûr, cela ne t'ennuie pas de devoir supporter cette enfant de six ans d'âge mental pendant toute une soirée… poursuivit-il, et la jeune femme se retint de lui tirer la langue, car cela n'aurait fait que confirmer ses dires.

−Je pense pouvoir faire cela, déclara-t-il presque solennellement.

−Une seconde, je n'ai pas besoin de nounou, s'offusqua la mutante.

−Je n'en suis pas une, enchaina rapidement l'asgardien.

−Non, il n'en est pas une, confirma Tony, il va juste s'assurer que tu ne fasses pas de bêtises pendant mon absence… Thor, même si j'ai entièrement confiance en toi malgré ton actuel « handicap », au moindre problème, tu me préviens et je rapplique sur le champ.

−Pourquoi ne pourrais-je pas moi-même me rendre à l'hôpital, interrogea soudainement Madison. Je n'en suis pas encore au point où je suis incapable de me déplacer pour aller rencontrer je ne sais quel autre scientifique persuadé d'avoir trouvé LA réponse ultime, le parfait antidote, en somme. Cela serait quand même plus logique, puisqu'il s'agit de MON état dont on parle…

−Je préfère que vous restiez ici afin de vous reposer, commenta l'individu aux cheveux grisonnants. Ne vous en faites pas, nous finirons bien par trouver.

A la limite de l'exaspération et toujours appuyée de son coude droit sur le bureau, elle leva le pouce gauche avec un soupir en guise de réponse à l'affirmation du docteur sans pour autant le regarder dans les yeux, fixant toujours le vide. Elle abaissa alors un moment les paupières en serrant un peu les poings, étant soudainement prise d'un mal de tête passager. Cela n'échappa bien sûr pas à la vigilance à toute épreuve de son grand frère, qui fronça les sourcils. Il se leva, contourna le bureau et la rejoignit, puis il se posta juste en face d'elle, accroupi. Il prit sa main dans la sienne et posa sa paume libre sur son front, inquiet.

−Tu es brûlante, constata-t-il. Sincèrement, j'ai surtout envie de croire que c'est parce que tu as attrapé froid dehors…

−On n'a qu'à faire comme si c'était le cas, répondit-elle d'une petite voix. Mais s'il te plait, ne me demande pas d'aller me coucher parce que j'en ai marre de dormir…

−… Bon, alors installe-toi juste dans le salon et restes-y, enchaina-t-il en se redressant tout en l'aidant à faire de même en la tenant par les deux avant-bras. La cheminée est allumée, mets un film, fais ce que tu veux mais sans dépenser trop d'énergie, ok ?

−… En gros, je ne fais rien…

−Exactement, dit-il en l'embrassant sur le front. Je serai de retour dans la soirée, tu veux que je te commande un truc à manger ?

−Pas très sûr que j'aurai faim, soupira-t-elle, et l'homme n'eut pas le courage d'aller à l'encontre de ses envies à cause du regard de chien battu qu'elle lui lançait.

−Très bien… Sois sage, alors, lui demanda-t-il d'une voix calme avant de marcher vers le docteur, à qui il revendiqua la chose suivante : Je devrai être impérativement rentré à vingt heures au plus tard, je préfère ne pas m'éloigner d'ici trop longtemps.

−Entendu, répondit le concerné en récupérant ses affaires, qu'il rangea dans sa sacoche en cuir puis il croisa le regard de la jeune femme. Mademoiselle Stark, je continuerai à prendre de vos nouvelles et effectuer des déplacements occasionnels jusqu'ici, si vous l'acceptez, ajouta-t-il, ce à quoi elle hocha doucement la tête. Monsieur Odinson, dit-il ensuite pour saluer le dieu nordique puis il quitta la pièce, suivi de l'inventeur qui gratifia les deux autres d'un simple « à tout à l'heure ».

. . . . . . . .

−Non, pas besoin de venir… Mais puisque je te dis qu'on va bien… Quoi, « la télé » ? Oui, j'ai bien vu qu'ils avaient filmé, mais l'angle de vue est trompeur, parce qu'on les a mis au tapis, déclara la mutante en tenant son téléphone collé à son oreille gauche. Si, c'est vrai ! protesta-t-elle en entendant son interlocutrice affirmer le contraire. Ecoute… Tu peux rester où tu es, ils ont besoin de toi à Londres, et puis, il n'y a pas de problème…Non, je ne mens pas… Ecoute, Tasha, je dois te laisser… A plus tard, d'accord… ? Mais oui, moi aussi je t'adore, lança-t-elle en entendant sa meilleure amie s'emporter à l'autre bout du fil avant de raccrocher puis de jeter son portable à l'autre bout du canapé dans lequel elle était installée, tout en lâchant un profond soupir de désarroi.

Elle détestait cacher quoi que ce soit à l'espionne russe, d'autant plus qu'elle savait pertinemment que cette dernière pouvait déceler la moindre petite parcelle de mensonge dans chacune de ses paroles. La brune avait cependant suffisamment insisté pour faire comprendre à l'autre femme qu'elle n'avait vraiment pas envie de l'obliger à se déplacer, bien qu'elle eût été capable de traverser tout le globe rien que pour elle. Elle ne voulait simplement pas l'inquiéter avec ça. Du moins, pas pour le moment. Natasha se montrerait aussi déterminée que Tony à trouver un remède qui n'existait pas, et elle refusait de lui faire perdre son temps. A la rigueur, elle pourrait faire comme elle faisait souvent : étaler tout ce qu'elle avait à dire à l'écrit. Était-ce lâche de ne pas oser s'exprimer en face ? Oui, sûrement, avait-elle songé. Mais cela lui importait peu, désormais.

Elle s'empara de la télécommande de la télévision afin d'allumer cette dernière et elle tomba sur la chaine principale d'informations. D'autres images de leur récente bataille tournaient encore et encore sur toutes les plateformes. A chaque fois qu'elle zappait, elle retombait au final sur quelque chose qui parlait d'elle, de Tony et Thor, alors qu'elle avait surtout envie de rester dans l'ombre après ce qu'il s'était passé à Lagos et en Allemagne quelques mois plus tôt. Elle sauta de nombreuses chaines, espérant tomber sur autre chose, mais il n'y avait visiblement que ça qui semblait intéresser les gens : la dérouillée qu'ils s'étaient prise dans la journée. Quelle belle image des « super-héros » les médias fournissaient au public… C'est donc avec un air un peu blasé qu'elle éteignit la télé, et l'écran noir lui renvoya son reflet en pleine figure.

Elle n'y vit que les traits fatigués d'une femme qui avait perdu le combat de trop. Une personne qui se sentait démunie intérieurement mais qui faisait tout pour que cela ne se fasse pas ressentir à l'extérieur. Une mutante qui en avait assez d'être prise pour cible à cause de pouvoirs qu'elle n'avait jamais voulu avoir de toutes façons. Une new-yorkaise qui se sentait à l'étroit dans sa propre ville. Une midgardienne qui remettait en question l'entièreté de son existence, qui cherchait encore à comprendre pourquoi elle se trouvait là où elle était et quel était réellement son « but ». « Encore faudrait-il qu'il y en ait un… » pensait-elle trop souvent. Toujours en se regardant elle-même dans les yeux, elle ramena ses genoux contre elle et les entoura de ses bras. Elle n'aimait pas ce qu'elle voyait, cela avait toujours été ainsi. Elle ne supportait pas cette impression qu'elle laissait apparaitre aux yeux des autres, mais elle aimait encore moins leur faire comprendre que quelque chose n'allait pas.

Son regard se posa sur un cadre comportant une photographie sur laquelle elle figurait en compagnie de son grand frère, ainsi que de ses parents. C'était l'un des rares clichés où ils figuraient tous les quatre et paraissaient si heureux et soudés. Où ils ressemblaient véritablement à une famille. Elle baissa un instant la tête tout en fermant les yeux, manquant un peu d'énergie et son moral ayant brusquement chuté. Elle fit de son mieux pour retenir quelques larmes, la vue de l'image l'ayant énormément attristée. Bien plus que d'habitude. Ses parents lui manquaient terriblement et elle n'osait pas en parler à Tony, refusant catégoriquement de le déprimer lui aussi. Le connaissant, elle se doutait qu'il chercherait à « absorber » sa peine à tout prix afin qu'elle se sente mieux, et elle n'avait aucune envie de le voir aussi malheureux qu'elle l'était actuellement.

« Maman, que suis-je supposée faire… ? »

Elle serra un peu les poings mais se détendit presque instantanément, refusant impérativement de laisser sa douleur mentale ainsi que sa frustration prendre le dessus. Elle n'était pas suffisamment en formes pour affronter ça, surtout seule. Elle se sentait si vulnérable, malgré cette si grande puissance qui lui avait été « offerte » par une déesse aux nombreux talents incommensurables à qui elle n'avait pas pu poser toutes les questions qu'elle se posait afin de pouvoir sortir la tête de l'eau et ne plus autant patauger dans la vie. Mais elle l'avait tout simplement laissée en plan avec des paroles qu'elle avait eu du mal à comprendre parfaitement et dont elle n'avait parlé qu'à son frère et sa meilleure amie. Non pas qu'elle ne faisait pas, en ce temps-là, confiance au reste des Avengers, mais elle ignorait comment aborder le sujet. Même avec Natasha et Tony, cela s'était révélé plutôt délicat.

Lorsqu'elle osa enfin relever la tête, le décor qui l'entourait lui paraissait légèrement différent. Elle se trouvait bien évidemment toujours dans le salon, installée dans le canapé et se trouvant juste en face de la télévision, mais tout était soudainement devenu plus « terne ». Les quelques couleurs qui avaient jusqu'à présent donné encore un peu de vie à la salle de séjour avaient perdu leur saveur et se confondaient en différentes teintes grisâtres aussi tristes les unes que les autres. Un peu de poussière flottait dans l'air. Un bref courant d'air quelque peu désagréable traversa la pièce, faisant légèrement frissonner la jeune femme au passage. Elle se redressa tout en se débarrassant du plaid dans lequel elle s'était emmitouflée en s'installant dans le canapé et se mit debout avant de s'étirer. Elle fit ensuite quelques pas en direction de la cheminée, où le feu avait fini par s'éteindre. Elle se mit accroupi devant les buches en soupirant et les fixa un instant, puis elle tendit la main vers ces dernières et des flammes apparurent au bout de ses doigts. Elle tenta de rallumer les morceaux de bois mais sa magie n'eut aucun effet. Elle fronça alors les sourcils et se releva lentement.

Elle baissa les yeux et regarda ses mains, toujours recouvertes d'une paire de gants en cuir noir qu'elle gardait afin d'éviter tout contact avec qui que ce soit d'autre que Tony. Les quelques tremblements presque imperceptibles de celles-ci ne l'angoissèrent pas plus que cela, mais suscitèrent cependant en elle un certain questionnement. Toujours le regard rivé vers le bas, elle se tourna et avança dans la direction opposée, et elle eut un mouvement de recul en apercevant la silhouette masculine qui se tenait devant la grande baie vitrée du salon.