Have you ever seen the rain-CCR
27 décembre 2016
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Elle le relâcha et recula vivement en tremblant. Son regard examina de la tête aux pieds l'homme qui lui faisait face et pendant un court instant, elle fut soulagée qu'en lui tenant l'avant-bras, il n'avait pas été blessé ; leurs peaux n'étaient pas entrées en contact car elle portait un sweatshirt à manches longues et épaisses, ainsi que sa paire de gants noirs. Elle s'éloigna davantage de lui, fixant ses propres mains avec effroi. Thor la regardait également, mais ce n'était pas de la terreur ou de la colère qu'elle lisant dans ses yeux. Elle n'y voyait que de l'inquiétude à son égard à elle. Elle avait failli le tuer et elle le voyait s'en faire pour elle.
−J… Je… commença-t-elle, mais elle s'interrompit, encore sous le choc de tout ce qu'il s'était passé.
−Madison, dit alors l'asgardien, tout va bien, tu n'as rien à craindre, poursuivit-il en tendant lentement sa main valide vers elle avant de faire quelques pas dans sa direction. Tu es en sécurité ici, la rassura-t-il d'une voix douce.
Elle continua cependant à s'éloigner de lui, apeurée par ses propres actions.
−Madison… ?
Elle releva la tête vers lui, sa vision se brouillant légèrement. Elle remarqua qu'il paraissait réellement tourmenté par son état, mais ses craintes étaient plus que justifiées. La mutante tressaillait légèrement tandis que quelques particules lumineuses s'échappaient involontairement de tout son être, comme si elle éprouvait de plus en plus de difficultés à maitriser ses pouvoirs. Son dos effleura la baie vitrée glacée et elle s'arrêta, sans lâcher son ami du regard. Il était à nouveau « normal ». Ce n'était plus celui qui l'avait rendue coupable de la mort de Tony. C'était simplement celui qu'elle avait patiemment soigné après la bataille de Central Park, à qui elle avait posé une attelle qu'il portait toujours. Celui qu'elle avait sincèrement eu peur de perdre quelques heures plus tôt lorsque Sithbrir s'en était pris à lui. Celui qui ne l'aurait pas abandonnée comme l'avait fait l'autre dans ce cimetière.
−Arrête, dit-il subitement en la voyant ouvrir la porte fenêtre qui menait sur le balcon avant de mettre un pied dehors. Tu n'es pas en état, il faut que tu restes ici, souffla-t-il en sentant le vent hivernal s'engouffrer à l'intérieur de la pièce.
Ces quelques mots n'y firent rien car la jeune femme ne s'arrêta pas de reculer jusqu'à ce qu'elle atteigne la barrière de sécurité. Thor sortit également, cherchant toujours à l'apaiser pour qu'elle se décide à rentrer. Seulement, l'air paniqué de la brune lui avait rapidement fait comprendre que la convaincre ne serait pas chose aisée. Elle se retourna vivement et prit son envol en passant au-dessus de la balustrade avant de disparaitre à vive allure dans la nuit noire, laissant le dieu nordique seul face à ce vent glacial qui soufflait sur son visage.
Il se précipita vers l'intérieur et attrapa de sa main libre le téléphone portable que Tony avait laissé à son intention dans l'éventualité où il y aurait un problème. Il chercha brièvement dans les contacts avant de tomber sur le nom de l'inventeur et alors qu'il fut sur le point d'appuyer sur la touche qui lui permettrait de l'appeler, il s'arrêta à un centimètre de l'écran, l'air hésitant, avant de regarder à nouveau dehors en plissant les yeux. L'autre homme lui en voudrait très certainement de ne pas le contacter comme il lui avait demandé, mais quelque chose le retenait de le faire. Au final, il reposa l'engin sur la table basse du salon et tendit le bras droit, puis Mjolnir vola jusqu'à lui. Il l'attrapa, les yeux rivés vers le balcon d'où s'était sauvée son amie et marcha dans cette même direction, bien décidé à la retrouver par ses propres moyens.
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De nombreuses images refaisaient surface dans son esprit, notamment celles qui concernaient ses proches. La vision de leurs corps meurtris valsait sous ses paupières closes et même en secouant la tête pour chasser ces atrocités de sa mémoire, elles persistaient et tournaient inlassablement en boucle. Elle se prit la tête entre les mains, les yeux toujours fermés et tremblant légèrement, se balançant un peu de l'arrière vers l'avant d'un geste nerveux et incontrôlé. Elle se doutait que de l'extérieur, elle devait certainement ressembler à une folle tout juste échappée d'un asile psychiatrique mis sous haute surveillance pour des raisons évidentes, mais c'était là la dernière chose dont elle se souciait. Ses souvenirs réapparaissaient sous formes de flashs si lumineux qu'ils lui donnaient le tournis accompagné d'une petite envie de se crever les yeux.
Pourtant, elle continuait à marcher sur le trottoir, au beau milieu d'une foule pressée qui ne faisait, à son plus grand soulagement, pas attention à elle. Après tout, les fous couraient les rues, par des temps pareils. Elle rouvrit les yeux pour éviter de foncer dans quelqu'un, même si la plupart des new-yorkais qui marchaient dans l'autre sens la bousculaient sans ménagement puis elle fourra ses mains gantées dans la large poche ventrale de son sweatshirt après avoir rabattu sa capuche sur sa tête baissée, ce qui était un signe qui montrait qu'elle ne voulait pas le moins du monde être dérangée. Seulement, son comportement de personne à l'allure complètement paranoïaque et perturbée attira quelques curieux, qui lui jetèrent d'étranges coups d'œil lorsqu'elle passait à proximité d'eux. Elle pressa donc un peu le pas, le regard furetant à gauche et à droite, guettant le danger qui pouvait venir de n'importe où selon elle. Elle était loin d'être rassurée à l'idée d'être dehors parmi tous ces gens, mais rester à la tour lui aurait été plus qu'insupportable.
Elle se revoyait encore et encore debout au centre de ce terrain vague ravagé par le combat qui avait dû y avoir lieu, des cadavres jonchant le sol. Cette fois-ci, elle en vit d'autres, qu'elle reconnut sans trop de difficultés. Il y avait Clint, pour commencer. Clint Barton, ami de longue date, à qui elle devait énormément. Puis les jumeaux Maximoff, Bobby et… Alex. Encore et toujours Alex. Qui qu'il puisse se passer, elle avait l'impression que tout revenait toujours à lui, même si elle était enfin parvenue à faire son deuil quelques mois plus tôt perdue dans les hautes plaines islandaises. Mais même si elle ne le voyait plus, il restait là, quelque part, enfoui au plus profond de sa mémoire, refusant de la laisser avancer. Du mois, elle s'empêchait elle-même d'aller de l'avant en s'accrochant désespérément à son souvenir. Il en allait de même pour Jean, mais elle demeurait moins présente que l'aîné des frères Summers.
Quelqu'un la heurta au niveau de l'épaule et elle en fut plus déstabilisée que ce à quoi elle aurait pu s'attendre. Elle resta immobile durant quelques secondes, forçant les passants à la contourner, un air mécontent se lisant sur leur visage. Elle les dérangeait, mais elle s'en fichait éperdument. Elle se sentait à l'étroit, pas à sa place, mais c'était partout la même chose. Ça avait toujours été le cas. Que ce soit au manoir ou à la tour, elle avait toujours eu ce ressenti de n'être qu'une étrangère parmi les autres. X-Men, Avenger… Elle ne se sentait pas digne de ces deux titres qu'on lui avait octroyés.
−Faites attention, se plaignit un homme d'une quarantaine d'années qui tenait un téléphone portable dans sa main gauche et une mallette de bureau dans l'autre. Regardez où vous mettez les pieds, ajouta-t-il d'un ton quelque peu désagréable.
Madison le fixa sans ciller et ne le lâcha pas du regard, puis elle l'observa s'éloigner. Lui non plus ne détacha pas ses yeux d'elle et il parut surpris qu'elle fasse de même. Pourtant, il poursuivit sa route, continuant à parler avec son interlocuteur d'une voix monotone en essayant de ne pas trop s'inquiéter de la façon de la jeune femme le dévisageait. Elle serra les poings mais se calma rapidement, se détournant de cette cible et reprenant son chemin d'un pas rapide et incertain. Elle ressentait ce besoin de s'éloigner de tout, alors lorsque l'occasion se présenta à elle, elle s'éclipsa dans une ruelle avoisinant l'avenue principale. Elle s'appuya un moment contre un mur de briques rouges abîmées par le temps et les intempéries en soupirant et retira sa capuche d'un geste vif, la respiration plus rapide que la norme.
Elle regarda un peu en l'air, vers le ciel étoilé et soupira une nouvelle fois. Pas un seul nuage à l'horizon, pour une fois. C'était complètement dégagé. Elle se reprit rapidement, tapa le pied au sol et se propulsa dans les airs, bien décidée à quitter ces lieux.
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Cela faisait plusieurs minutes que Thor survolait la ville de New-York, cherchant désespérément la mutante qui avait pris la fuite. Son bras blessé ne l'incommodait en rien, il ne s'en préoccupait plus depuis un bon moment. A peine la jeune femme lui avait-elle posé l'attelle au matin qu'il s'était mis en tête de ne pas y penser, d'éviter de se focaliser dessus. La douleur avait de toutes façons presque entièrement disparu, et il se doutait que la blessure devait être pratiquement guérie grâce à sa nature d'asgardien qui lui permettait de se régénérer plus rapidement malgré le fait qu'il ait été attaqué par une lame de Jotün ensorcelée. Mais une seule chose occupait désormais son esprit : mettre la main sur la petite sœur de celui qui lui avait accordé toute sa confiance pour la garder à l'œil durant son absence.
Il la remarqua quelques instants plus tard, aux abords de Central Park. Elle était assise sur un banc, mains posées sur les genoux, tête baissée et yeux rivés sur le sol couvert de neige. Elle s'était débarrassée de son pull, qui reposait désormais sur le dossier non loin d'elle mais elle ne semblait pourtant pas craindre le froid mordant qui persistait. Son jean et son simple débardeur tous deux noirs semblaient lui suffire amplement. Ses poings nerveusement serrés tremblaient un peu non pas à cause de cette basse température mais à cause de l'anxiété qui l'animait.
L'atterrissage de Thor se fit en douceur et presque sans bruit mais la mutante se rendit quand même compte de sa présence et tressaillit un peu, rendue mal à l'aise par le fait de ne plus être seule. Elle croisa les bras et tourna le regard sur la gauche afin de ne pas entrer en contact visuel avec lui. L'homme voulut s'approcher, mais voir la brune se braquer de la sorte l'en dissuada en premier lieu, bien qu'il aurait aimé pouvoir la prendre dans ses bras afin de la rassurer pour ensuite la raccompagner chez elle. Il se contenta de rester un moment à l'écart, l'observant silencieusement de bas en haut. Elle jeta un bref coup d'œil dans sa direction puis son regard se perdit à nouveau droit devant elle, un air presque indifférent marquant son visage. Elle se pencha légèrement en avant et appuya ses avant-bras sur ses cuisses puis soupira, dépitée.
−… Qu'est-ce que tu fais là… ? lui demanda-t-elle sans pour autant daigner le regarder.
−Je pourrais te poser la même question, déclara-t-il en restant à sa place. Il fait froid, la nuit est tombée et pourtant, tu es dehors. Madison, il faut que tu rentres, enchaina-t-il calmement en posant son marteau à terre d'un geste pacifique, puis il tendit sa mais vers elle pour qu'elle le rejoigne. Allez, viens.
Elle l'entendit mais fit comme si de rien n'était, n'osant pas lui répondre. La culpabilité la rongeait depuis qu'elle avait précipitamment quitté la tour. La honte, la peur, la rage enfouie… Ces trois sentiments se mélangeaient et créaient en elle une pulsion dévastatrice qu'elle avait énormément de mal à contenir.
−S'il te plait, insista-t-il. Tu risques de tomber malade.
−… Je suis déjà malade, dit-elle vaguement. Je suis en train de complètement perdre la raison, souffla-t-elle en prenant sa tête entre ses mains, expirant convulsivement. J'ai failli te tuer et on dirait presque que ça ne te fait rien…
−Tu ne m'aurais pas fait de mal, commenta-t-il simplement.
−Tu le crois, lança-t-elle ironiquement en le regardant enfin. Tu étais à deux doigts de suffoquer.
−Eh bien, je suis un dieu… Je ne risquais donc pas de mourir de ta main, dit-il doucement.
−… Tu n'as pas idée de ce qui aurait pu se passer… souffla-t-elle.
−Dans ce cas, explique-moi, lui proposa-t-il. Que s'est-il passé pour que Natasha m'appelle ? Pour qu'elle me demande de m'assurer que tu ailles bien ? Que s'est-il passé pour que tu te jettes violemment sur moi dès mon arrivée dans le salon ?
−Elle t'a appelé… ? le questionna-t-elle, songeuse.
−Apparemment, vous aviez déjà discuté avant, mais elle semblait inquiète à ton sujet, c'est pourquoi elle a pris la décision de me contacter et tout comme ton frère, elle m'a fait jurer de te surveiller pour qu'il ne t'arrive rien.
−C'est du Tasha tout craché, ça, marmonna-t-elle. Si seulement elle savait… Si seulement…
−Raconte-moi… Je pense avoir compris que tu as vu certaines choses, et j'ignore ce que cela pouvait être mais tu dois te mettre en tête que ce n'était pas vrai. Peut-être étaient-ce des hallucinations, mais ce n'était en rien réel, affirma-t-il, sûr de lui, tandis que la jeune femme se redressa lentement avant de se tourner vers lui.
−… Et qu'est-ce qui me prouve que je ne suis pas encore en train de délirer en ce moment précis… ?
Thor fronça les sourcils, l'information mettant un petit temps à arriver jusqu'à son cerveau. Il comprit alors qu'elle pensait toujours être plongée dans un monde de cauchemar qui n'existait que dans son esprit. Il soupira, ne s'étant pas attendu à une telle éventualité et la soutint du regard.
−Tu ne délires pas, déclara-t-il d'un ton sûr de lui. Je t'assure que je suis bel et bien là.
−Non… Non, je suis sûre que tout est faux, s'exclama-t-elle, tout va finir par disparaitre à nouveau… Oui, c'est probablement ça… Je perds la tête… Mais je vais finir me réveiller… Tout sera parti, murmura-t-elle en lui tournant le dos, nerveuse. Et je serai à la maison… Loin de tout ça…
−Madison… Laisse-moi te ramener chez toi, lui proposa-t-il gentiment en avançant prudemment.
−Ne m'approche pas ! s'écria-t-elle en se reculant vivement, remettant entre eux une distance minimum de sécurité qu'elle jugeait acceptable. S'il te plait, re… Reste là où tu es, je ne veux pas te faire de mal…
−Tu ne me feras pas de mal, dit-il en s'arrêtant, voyant l'ampoule du lampadaire qui les éclairait se mettre à grésiller. Mais tu dois me dire ce que tu as vu pour que l'on puisse t'aider, d'accord ? Et ça ne pourra qu'aller mieux, je te le promets.
−Comment veux-tu que ça aille mieux ? Je sais bien que ça ne s'arrangera pas et qu'il y a très peu de chances pour que je m'en sorte, mais à la limite, ce n'est pas plus mal parce que je refuse de blesser qui que ce soit en me mettant à faire n'importe quoi… Je crois que… Que je vais faire des conneries et ça me terrifie… Alors soit je m'enfuie loin de tout pour être certaine de ne nuire à personne, soit vous m'enfermez quelque part et vous vous débarrassez de la clé mais dans tous les cas, je ne dois plus fréquenter quiconque.
−Je ne pense pas qu'il s'agisse de solutions adéquates, commenta-t-il.
−Alors vas-y, qu'as-tu trouvé comme moyen, toi ?
−Pour l'instant, aucun, avoua-t-il. Mais te connaissant, tu vas encore me demander de m'en aller, n'ai-je pas raison ? tenta-t-il en soupirant.
−Parce que tu sais lire dans la tête des gens, maintenant ? ironisa-t-elle.
−En serais-tu effrayée ?
−Quoi, que quelqu'un puisse exactement savoir ce à quoi je pense, sachant que cela pourrait très certainement m'attirer des ennuis ? Non, penses-tu… Je suis incapable de me maitriser, de contrôler cette brusque envie que j'ai de te fracasser le crâne au sol, déclara-t-elle d'une voix un peu tremblante, puis elle poursuivit. Ne le prends pas personnellement, c'est juste que tu es la personne la plus proche et que j'ai besoin de me défouler un bon coup… Alors oui, j'étais en effet sur le point de gentiment t'inviter à retourner sur Asgard, parce que tu y seras bien plus en sécurité qu'ici… Et ne va surtout pas essayer de me faire croire que ce n'est pas le cas, parce que les événements de ce matin prouvent le contraire.
−Tu as peur de me blesser, mais cela n'arrivera pas.
−Et comment peux-tu en être certain ? s'énerva-t-elle tandis que le rugissement lointain d'un orage s'approchant rapidement retentit dans la nuit jusqu'à présent calme. Tu as vu ce que j'ai fait à Herag tout à l'heure ? Puis à Sithbrir après qu'il t'ait attaqué ?
−Justement, tu m'as défendu et protégé face à lui, je t'ai bien vue, tu n'as pas hésité, affirma-t-il en faisant un pas en avant.
−… Si… Je…. J'ai hésité.
Il eut du mal à encaisser le coup. Il n'avait pas vraiment assisté à l'entièreté de la scène en soi, mais au fond, il avait perçu son geste comme étant un acte potentiellement irréfléchi et impulsif. Pourtant, elle venait de lui apprendre qu'elle aurait peut-être pu le laisser se faire sauvagement assassiner par le géant des glaces.
−Je vois… parvint-il à lâcher.
−… Ça n'a duré qu'une seconde, précisa-t-elle, et elle se hâta de poursuivre en se rendant compte que l'homme était sur le point de répliquer. Mais tout s'est enchainé si vite… Au début, je me suis dit qu'à partir du moment où nos ennemis étaient vaincus, ce n'était pas si terrible qu'il y ait des pertes à déplorer.
Nouveau coup de poing imaginaire dans l'estomac pour l'asgardien, mais il décida de ne rien laisser paraitre et d'écouter la suite des explications qu'avait à lui fournir la brune.
−Ensuite, j'ai pensé qu'il n'y avait rien de plus important que cette vengeance personnelle dont j'avais tant besoin… J'avais horriblement envie de me débarrasser ces trois salopards, et quand je t'ai vu à terre, une ignoble petite voix vraiment insupportable est venue me souffler que quelque part, ce n'était que ce que tu méritais pour avoir encore une fois abandonné la Terre et ses habitants, qui avaient bien plus besoin de ton aide que tu ne peux l'imaginer. J'avais… Envie de croire cette voix, me fier à son jugement, me faire à l'idée que comme les autres fois, tu allais finir par te tirer sans demander ton reste… Je savais que tu allais partir, et cette rancœur grandissante me poussait à laisser Sithbrir t'achever…
Thor déglutit difficilement à l'entente de ces quelques phrases qui lui plombèrent le moral. Autant affirmer qu'il tombait de haut et que les mots de la jeune femme le blessaient profondément, même si jamais il ne l'avouerait ouvertement.
−Tu… Voulais savoir… Ce que j'ai vu pendant ce temps d'absence… Je me suis vue commettre les pires atrocités… Je marchais au beau milieu de cadavres et… C'était très certainement moi qui avais causé la mort de tous ces gens. Il y avait aussi Tony… Tasha… Et même toi. JE t'ai tué, je ne sais pas si tu arrives à visualiser ça… Je… Je t'ai poignardé avec ça, dit-elle en détachant de sa ceinture le fourreau qui contenait la dague de Loki et elle laissa le tout tomber aux pieds du banc public, et je donnais l'impression d'apprécier ce que je faisais… souffla-t-elle alors que quelques gouttes de pluie commencèrent à tomber sur eux, faisant frissonner la jeune femme lorsque l'eau glacée coula sur ses épaules nues, puis celle-ci donna un bref coup de pied dans le fourreau pour l'envoyer à l'homme.
Il hésita un instant, la considérant du regard, puis il se pencha en avant pour ramasser de sa main valide l'arme blanche rangée dans son étui. Il s'attarda un instant sur l'objet puis il soupira en l'accrochant à sa propre ceinture. Il baissa brièvement les yeux, observant la mutante des pieds à la tête, le visage fermé.
−Dans ce cas… Pourquoi ?
−… « Pourquoi » quoi… ? demanda-t-elle, se chevelure devenant plus lourde à cause de la pluie qui tombait plus abondamment.
−Pourquoi avoir changé d'avis, là-bas, sur le terrain ? Qu'est-ce qui t'a poussée à voler à ma rescousse, si cette fameuse voix t'empêchait presque d'agir ? Pourquoi m'avoir sauvé, Madison ?
−Parce que… Parce que tu es mon ami et… Et imaginer un seul instant une vie dans laquelle tu aurais péri à cause de moi… Non… Je… J'avais peur, d'accord… ? C'est à ça que je pensais durant la dernière partie de ma seconde de réflexion… J'avais peur de te perdre, et c'était bien plus fort que la crainte que j'ai à l'idée de ne pas m'en sortir… Avant cela, c'était comme si je ne pensais pas par moi-même… Ca a été la plus longue seconde de ma vie parce que je luttais inlassablement pour ne garder en tête que des choses positives pour sortir la tête de l'eau… Et cette voix… Oh, cette maudite voix… soupira-t-elle en regardant le sol humide. Elle faisait tout pour me forcer à te regarder mourir…
−… Comment l'as-tu contrée ?
−… En lui disant d'aller se faire foutre.
Cette réponse soudaine et brusque surprit le dieu nordique, qui écarquilla les yeux, déstabilisé par de telles paroles. Il la vit ensuite serrer nerveusement les poings, ce qui l'inquiéta un peu, d'autant plus qu'il savait que l'averse qui s'abattait sur eux était directement reliée aux sentiments éprouvés par la jeune femme.
−… Veux-tu que je sois honnête avec toi… ? lui demanda-t-il, ayant cependant hésité quelques secondes avant de lui poser la question.
−… B-bien sûr…
−… Alors voici ce que je tire comme conclusion de tout ça. Je ne pense pas que tu serais véritablement restée là sans rien faire parce que tu es bien plus forte que cette part d'ombre qui cherche à t'influencer et qui ne te correspond pas.
−… Qu'est-ce que tu en sais… ?
−Parce que même si, comme tu l'as mentionné, même si l'on ne s'est vus que deux fois au total et ce durant plusieurs jours à chaque fois, ça a été suffisant pour moi pour comprendre comment tu fonctionnais. Tu as peur de ce qui est en train de t'arriver, et c'est justement cette peur qui alimente ce côté sombre ayant pris racine en toi. Tu crois devoir être seule pour gérer cela, mais ce n'est pas le cas. Tu peux te confier aux autres… A ton frère, bien sûr, mais également à moi, déclara-t-il en se désignant de sa main valide. Je pourrais très bien être reparti depuis longtemps pour aller m'assurer que les autres Royaumes de l'Yggdrasil se portent bien, mais j'ai décidé de rester ici, sur les terres midgardiennes pour te venir en aide et te soutenir alors s'il te plait, ne me tourne pas le dos… Moi non plus, je ne veux pas te perdre alors laisse les gens autour de toi t'épauler lorsque tu en as besoin. Il faut que tu lâches prise, car plus tu vas lutter pour résister, plus tu risques de perdre tes moyens.
−… Si je ne résiste pas un minimum… Je risque aussi de m'affaiblir d'un coup…
−Oui, mais… A choisir entre ça et devenir quelqu'un que tu n'es pas… J'ignore combien de temps cela prendre, mais je t'ai promis que nous trouverons une solution…
−… Si j'arrête de lutter… Je manquerai de temps… Si je lutte contre… Mes émotions… Que je les fais taire… Je ne ressens plus la douleur… souffla-t-elle en tremblant toujours un peu, l'orage commençant à se calmer.
−Tu as tout le loisir d'y réfléchir, mais il serait en attendant peut-être plus prudent de retourner à la tour… Rentre avec moi, lui proposa-t-il gentiment en tendant la main vers elle.
Les gouttes cessèrent peu à peu de tomber, la pluie devenant de plus en plus fine, et la mutante se mit à hésiter. Elle regarda un instant l'homme tenir sa position, qui refusait visiblement de la laisser là, seule au beau milieu de la nuit sous un lampadaire grésillant. Elle posa les yeux sur son sweat à capuche, toujours posé sur le dossier du banc et complètement trempé. Elle tendit une main tremblante et l'attrapa d'un geste délicat. Après cela, elle osa enfin marcher en direction de l'asgardien sans pour autant le regarder dans les yeux. Thor abaissa sa main lorsqu'elle fut arrivée à sa hauteur, se souvenant qu'il était peu conseillé que leur peau se touchent. Il s'empara de Mjolnir puis posa à nouveau les yeux sur son amie.
−Tu penses pouvoir voler seule… ? lui demanda-t-il posément.
Elle ne lui répondit pas et se contenta de se détacher du sol, se mettant à flotter quelques centimètres au-dessus de celui-ci. Il esquissa un petit sourire en coin, soulagé de constater qu'elle était toujours capable de maitriser sa magie malgré les instants houleux qui venaient de s'écouler et il s'envola à son tour grâce à son marteau en la voyant commencer à s'éloigner. Il savait que la partie était loin d'être gagnée, mais au moins, elle l'avait écoutée et avait décidé de lui faire confiance pour cette fois. Cela avait beau ne pas forcément être un grand pas, Thor ne perdait pas espoir.
Ils ne mirent pas longtemps à regagner la tour, plus précisément le balcon qui longeait le salon principal de cette dernière. Lorsqu'ils posèrent un pied à terre, l'asgardien leva les yeux vers les cieux et soupira. La mutante, intriguée, fronça les sourcils et fit de même un instant avant de se reconcentrer sur les traits du visage de son ami.
−Il ne pleut plus, constata-t-il simplement avant d'ouvrir la porte vitrée qui menait à la salle de séjour, et il s'écarta poliment afin de la laisser passer en premier, ce qu'elle fit après quelques secondes d'hésitation.
Elle s'engouffra à l'intérieur et l'homme fit de même, puis il referma derrière eux et demanda à Friday d'éclairer les lieux, ce que l'Intelligence Artificielle fit sur le champ. La brune le regarda un instant, surprise de le voir si à l'aise avec les technologies terrestres mais elle ne fit aucun commentaire à ce sujet et se contenta de s'éloigner sans rien dire, un peu mal à l'aise à cause de la soirée qu'ils venaient de passer, alors l'homme fit de même en partant dans la direction opposée.
