Should I stay or should I go-The Clash


28 décembre 2016

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Concentré sur ses recherches et son travail, Tony ne s'était pas rendu qu'à l'extérieur, le ciel s'était rapidement couvert de nuages très sombres et menaçants. Ce n'est que lorsqu'il entendit un puissant coup de tonnerre retentir qu'il avait daigné lever les yeux vers la fenêtre avant de soupirer, puis de s'étirer longuement en faisant craquer son dos. Il n'avait pas fait de pause depuis qu'il était entré dans son labo, et même si cela ne faisait pas non plus trois heures, il commençait à ressentir le besoin d'aller se faire un bon café. Il attrapa sa tasse vide en passant devant le bureau recouvert de papiers et documents en tous genres puis il quitta son laboratoire en allumant les lampes à cause de l'obscurité subitement survenue.

−Friday, pourcentage de réussite ? demanda-t-il en observant les données lisibles sur sa tablette portable qu'il avait embarquée au passage, et dont il ne se séparait presque plus depuis les derniers jours. Donne-moi une estimation en fonction de mes recherches et de celles de Lane, au centième près.

Les chances de réussite sont actuellement de zéro point soixante-douze pourcents, déclara l'Intelligence Artificielle d'un ton monocorde, ce qui signifie sur le résultat a doublé depuis hier.

−Comme si c'était suffisant, marmonna le milliardaire. Bon, il va falloir que tu me trouves tout ce que tu peux sur les moyens de soigner les mutants, quelles que soient les maladies qu'ils peuvent contracter. Cherche aussi des infos supplémentaires sur le gène X qui pourraient m'être utile. Et si jamais tu as une quelconque idée qui surgit et qui soit susceptible de fonctionner, je t'en prie, je suis ouvert à toute proposition…

Peut-être pourriez-vous demander leur avis à Messieurs Xavier et McCoy, proposa-t-elle et Tony s'arrêta au milieu du couloir. Leurs connaissances sur les mutants sont, en toute logique, plus élevées que les vôtres, ajouta-t-elle tandis que l'homme se mit à y réfléchir sérieusement. Souhaitez-vous que je les appelle afin de fixer un rendez-vous avec l'un d'entre eux ?

−… Envoie simplement un message à Xavier. Dis-lui que je souhaiterais m'entretenir avec lui par téléphone dans la matinée. Pas un mot à qui que ce soit d'autre appartenant à l'entourage de Maddie… Je ne veux pas que quatorze personnes débarquent ici dans les prochaines heures… La réaction de Romanoff nous a bien montré ce que cela donnait, alors on garde ça pour nous pour le moment. Précise au professeur qu'il ne doit en parler à personne.

Très bien, Monsieur Stark. Avez-vous besoin d'autre chose ?

−… Que tu croies en moi, soupira-t-il en passant dans une autre pièce. Et que tu m'informes dès que tu as du nouveau. Merci, Friday.

Je vous en prie, acheva l'I.A.

Il poursuivit son chemin, consultant toujours sa tablette, lorsqu'une réponse du télépathe s'afficha sur l'écran sous ses yeux. [Compris. A plus tard. ] Minimaliste, mais efficace. Tony en fut satisfait et passa à autre chose. Il consulta brièvement ses mails en marchant tête baissée, et ce fut celui envoyé par sa compagne qui attira son attention. Il l'ouvrit et lut son message, ayant presque l'impression de pouvoir entendre la voix de Pepper dans sa tête le lui réciter.

[Bonjour, Tony. Les réunions se déroulent bien, les clients de l'entreprise semblent être heureux de pouvoir collaborer avec nous. J'espère que la situation ne s'est pas trop aggravée de votre côté… J'attends de vos nouvelles… Passe le bonjour à Madison et à Thor de ma part. Je t'embrasse. -Pepper]

L'inventeur, une fois sa lecture achevée, activa la retranscription vocale et commença à dicter sa réponse.

−Salut, Miss Potts. On dirait que les affaires marchent bien grâce à toi comme toujours. Heureusement que j'ai eu la si bonne idée de te refiler les pleins pouvoirs, parce que tu gères merveilleusement bien la société. Pour parler d'autre chose, disons qu'on fait aller, ici… Ma sœur n'est pas aussi déterminée que moi à trouver une solution, mais elle fait bonne figure et garde le sourire, même si je sais qu'elle est plus affectée qu'elle ne le laisse paraitre… Elle est triste, mais elle ne veut pas qu'on le soit, parce que… Les gens tristes rendent les autres heureux car ils savent ce que cela fait de toucher le fond, souffla-t-il en arrivant au salon. Bref, passons... Tu me manques, j'ai l'impression que tu es partie depuis de semaines déjà… J'ai hâte de te revoir… Fais attention à toi, je t'embrasse fort. Tony.

Une fois que cela fut fait, il relut rapidement son texte puis il l'envoya au moment où il posa un pied dans la cuisine. Il redressa la tête lorsqu'il entendit du bruit et aperçut alors sa petite sœur se débattre avec la machine à café, ce qui le fit sourire. Il posa sa tablette sur la table puis il s'éclaircit la gorge en toussant légèrement, profitant de ceci pour signaler sa présence à la jeune femme, qui se raidit brusquement mais ne se retourna pas. Il marcha vers elle, tasse en mais, puis il se posta à sa gauche, devant l'évier, et entreprit de nettoyer le mug.

−Ça va ? lui demanda-t-elle sans le regarder, s'affairant sur la machine aux couleurs rouges et or, aux couleurs de son propriétaire.

−Et toi ? répondit-il après avoir lâché un profond soupir. Tu t'en sors, ou tu veux que je t'aide ? lui proposa-t-il en la voyant éprouver quelques difficultés. Je ne voudrais pas que tu fasses exploser quoi que ce soit, plaisanta-t-il.

−Hum… Ouais… Ouais, répéta-t-elle en gardant les yeux baissés. C'est gentil, ajouta-t-elle un ton plus bas. Comment va Pepper… ? l'interrogea-t-elle, cherchant à faire la conversation, tandis que le brun déposa sa tasse pour venir lui prêter main forte.

−Elle va bien, affirma-t-il en essayant de trouver ce qui n'allait pas avec l'appareil. Qu'est-ce qu'il se passe ?

−Je n'en sais rien, j'ai l'impression que quelque chose coince.

−Je ne parlais pas de la machine, l'informa-t-il, et elle haussa les épaules, lui indiquant qu'elle avait bien compris avant qu'il ne le précise. Il y a un problème avec Blondie ? proposa-t-il en examinant l'appareil sous tous les angles, avant que celui-ci ne se remette enfin à fonctionner convenablement.

−Aucun, répondit-elle après quelques secondes d'hésitation. C'est réparé ?

−C'était en veille, dit-il simplement, puis il alla récupérer sa tasse afin de se faire un café. Vous vous êtes disputés ?

−Pas du tout, lâcha-t-elle en ouvrant un placard. Du sucre ?

−Oui, s'il te plait, accepta-t-il en plissant très légèrement les yeux. Tu en es sûre ?

−Parfaitement certaine, affirma-t-elle en lui apportant sucre et cuillère. Ça avance, tes recherches ?

−Plus ou moins, dit-il en ajoutant le cube blanc à son breuvage puis il mélangea le tout. Je dois y retourner, d'ailleurs, lança-t-il en allant récupérer sa tablette. Sois sage, lui conseilla-t-il gentiment en quittant la cuisine.

Madison soupira et, les mains tremblantes, ouvrit un autre placard pour s'emparer d'une tasse avec un dessin de l'un des vaisseaux spatiaux visibles dans Star Wars, puis elle la plaça sous la machine dans laquelle elle inséra une nouvelle capsule de café et appuya sur le bouton de mise en marche de celle-ci. Son regard resta rivé sur le liquide qui s'écoulait lentement dans le mug tandis que son esprit se perdit peu à peu dans de lointains souvenirs, tantôt joyeux, tantôt plus douloureux. Elle posa sa main gauche sur le plan de travail afin d'apaiser ses tremblements, ce qui ne fonctionna cependant pas. Elle se mordit nerveusement la lèvre inférieure puis elle attrapa la tasse par l'anse.

−Pourquoi as-tu fuis ? retentit une voix masculine dans son dos.

Elle tressaillit et renversa un peu de café sur le plan de travail. Elle se hâta d'aller récupérer un torchon pour éponger la tache de liquide sans se retourner, ni daigner répondre à l'homme qui venait de faire irruption dans la pièce. Ce dernier croisa les bras et s'appuya contre l'embrasure de la porte, observant attentivement son amie.

−Explique-moi, lui demanda-t-il simplement.

−Il n'y a rien à expliquer, déclara-t-elle d'une voix neutre, lui tournant toujours le dos, puis elle alla accrocher l'essui plus loin afin qu'il sèche. Absolument rien, dit-elle en essayant de paraitre aussi naturelle que possible, mais elle se doutait bien qu'elle devait certainement avoir l'air de quelqu'un de terriblement stressé et mal à l'aise, et l'asgardien secoua lentement la tête face à cette réaction.

−Pourquoi m'avoir embrassé ? lui lança-t-il en fronçant les sourcils.

−C'est toi qui m'as embrassé, répliqua-t-elle du tac au tac en appuyant volontairement sur le mot « toi ».

−C'est… Une semi-vérité, et… Ça n'a pas eu l'air de te déplaire, fit-il remarquer, relevant la mauvaise foi de la jeune femme. Alors explique-moi pourquoi tu es partie aussi rapidement…

−C'était une erreur, lâcha-t-elle en regardant l'intérieur de sa tasse.

−Pourquoi ? répéta-t-il. Je ne comprends pas, alors dis-moi ce qui ne va pas…

−On ne peut pas, s'exclama-t-elle en se tournant finalement vers lui, délaissant la tasse. On ne peut pas, d'accord ?

−Ce n'est pas une réponse, souffla le dieu nordique sans trop voir ce qu'elle voulait dire, et même s'il avait une furieuse envie de se rapprocher de la table qui les séparait, il s'abstint et resta sagement en place.

Madison considéra le sol un instant, réfléchissant à ce qu'elle pourrait dire. Lorsqu'elle releva les yeux, elle détourna rapidement le regard durant l'espace d'une seconde. Thor, bien que troublé intérieurement, demeurait parfaitement calme, serein.

−… Je n'aurais pas dû, déclara-t-elle nerveusement. Et… Et toi non plus, c'était… On n'aurait pas dû.

−Madison, tu…

−Je vais mourir, d'accord ? Pas besoin d'être un surdoué pour le savoir. Je sens que ça ne va pas, je ne sais pas combien de temps il me reste, et tu n'as pas idée comme ça m'angoisse… On ne peut pas… Se permettre une telle chose.

−Je ne vois pas où se situe le problème.

−Qu'est-ce que tu n'as pas compris dans la phrase « Je vais mourir » ? lança-t-elle en mimant des guillemets pour accompagner ses propos. Tu te rends compte que même si Tony trouve des solutions pour ralentir le processus, il doit me rester quelques mois au maximum ? Et quand bien même je survivais à tout ça… Je suis une terrienne, Thor. Si, par je ne sais quel miracle, tout se passe bien, je devrais normalement pouvoir vivre pendant encore, quoi… Quarante, cinquante ans ?

−Et alors ?

− « Et alors » ? Il te reste je ne sais combien de siècles d'existence, alors toi, explique-moi pourquoi tu te rabats sur moi ; une pauvre petite terrienne instable, souffrante et condamnée qui plus est…

−Parce que je tiens à toi.

−Il y a d'autres façons de le montrer que celle-ci, répliqua-t-elle en fronçant les sourcils et elle se passa brièvement une main sur le front. Mais pourquoi tu as fait ça, de toutes manières ? s'offusqua-t-elle en parlant un peu plus fort. Sincèrement, j'étais persuadée de pouvoir prévoir chacun de tes faits et gestes, avec le temps, mais tu arrives encore à agir de manière… Com-plè-te-ment inattendue… ! s'exclama-t-elle en plaquant ses deux mains à plat sur la table placée entre eux. Pourquoi tu fais ça ? souffla-t-elle, sentant sa voix se briser un peu trop soudainement. Pourquoi tu acceptes de souffrir aussi inutilement ?

−Je ne comprends pas…

−Non, bien sûr… tu ne comprends pas… Parce que tu n'as pas envie de comprendre, c'est tout… Tu es… trop optimiste.

−Ou alors c'est toi qui un petit peu trop pessimiste, dit-il calmement. Madison haussa les épaules, n'appréciant pas spécialement que l'on lui rappelle qu'elle l'était. Pourquoi refuses-tu si souvent de croire que de bonnes choses peuvent encore t'arriver ?

−J'ai envie d'y croire, sois-en sûr… Mais je préfère m'attendre au pire, même si je crois l'avoir déjà traversé deux ou trois fois. Ecoute, on… On va faire comme si rien ne s'était passé, comme pour tout le reste. On va juste agir comme s'il n'y avait rien eu…

−Tu as peur, soupira l'homme en se plaçant face à elle, s'appuyant sur le rebord de la table. Peur de ce que te réserves l'avenir, peur de ce qu'il t'est arrivé par le passé, peur de ce que tu es en train de vivre. Je ne peux pas imaginer ce que tu traverses mais je pense comprendre ce que tu ressens. C'est juste de la peur… Tu crains de me blesser, aussi, c'est plutôt évident, mais moi, je n'ai pas peur, déclara-t-il en contournant lentement la table. Je ne suis, au final, que rarement certain de ce que je fais et j'ai commis un nombre incommensurable d'erreurs, mais ce n'est pas le cas aujourd'hui. J'aimerais être capable de te montrer que tu n'as plus à t'en faire, mais j'ignore malheureusement comment, soupira-t-il en s'arrêtant une fois posté à moins d'un mètre d'elle.

−… Je ne peux pas, lâcha-t-elle d'un air désolé en se détournant, mais Thor la retint en l'attrapant par la main, ce qui la surprit. Je… Lâche-moi, s'il te plait…

−Tu n'as plus à craindre quoi que ce soit, la rassura-t-il. Regarde… Il n'y a déjà plus de répulsion.

−… Sûrement parce que mes pouvoirs se détériorent… Mais je n'ai pas peur, tu te trompes.

−Vraiment ?

−Vraiment.

−Dans ce cas, pourquoi puis-je sentir ton pouls s'accélérer ? lui demanda-t-il, tenant toujours son poignet. Tu n'as pas à être inquiète en ma présence, d'accord ? lui dit-il avec un sourire réconfortant, mais Madison préféra dégager lentement sa main de la sienne en baissant les yeux, n'osant plus le regarder. Ne crois pas que ce baiser était une erreur, je ne le regrette en rien.

−Tu…

−La seule chose que je regrette, reprit-il rapidement, c'est de ne pas l'avoir fait plus tôt et d'être parti trop précipitamment après l'attaque en Islande… J'aurais dû être là, au lieu de m'en aller avant de m'être assuré que tout était parfaitement rentré dans l'ordre. Et puis, tu avais été grièvement blessée par Loki.

−La blessure infligée par ton frère était minime…

−… Ce n'est pas mon frère.

−Arrête avec ça, soupira-t-elle en se retenant de lever les yeux au ciel. Tu n'es pas obligé de le renier pour si peu. Je suis toujours là, non ? Bon, plus pour longtemps, mais j'ai quand même survécu, alors laisse tomber, ok ?

−Que je laisse tomber ? s'indigna-t-il. Il aurait pu te tuer !

−Et est-ce qu'il l'a fait ?

−… Non.

−Exactement, alors ne ramène plus ça sur le tapis, s'il te plait. Sérieusement, c'était entre lui et moi, et je suis passée au-dessus comme une grande, alors pourquoi tu t'énerves dès que son nom est prononcé ? Il a commis des actes cent fois pires, donc je ne comprends pas pourquoi c'est CA qui semble le plus grave pour toi. Il faudrait peut-être que tu revois tes priorités…

−Ma priorité, reprit-il en se désignant, était de protéger mes amis, et j'ai échoué. On t'a volé tes pouvoirs, tu as été poignardée, et Steve a été blessé. Je sais qu'il est ce que l'on qualifie de supersoldat et que son temps de guérison est donc moins long que celui d'un humain normal, mais c'est quand même arrivé par ma faute.

−… Je ne veux pas que tu parles de lui, marmonna la jeune femme en se crispant un peu. Je te l'ai déjà dit.

−Pourtant il le faut. Tu ne pourras pas à jamais faire comme si lui ou Bucky Barnes n'existaient tout simplement pas. Je suis persuadé qu'ils regrettent profondément les récents événements, et quelque chose me dit que toi aussi, parce que tu n'es pas du genre rancunière avec tes proches…

−Ah, tu crois ça ? lança-t-elle avec un peu plus d'énergie. C'est que tu ne me connais pas si bien que ça, dans ce cas… Tu penses sincèrement que je peux pardonner l'homme qui a assassiné mes parents ? Ou bien celui qui m'a fait croire qu'il n'en savait rien ? Pendant plusieurs mois, j'ai « cohabité » avec Barnes dans l'une des bases souterraines d'Hydra et chaque jour, je lui faisais un peu plus confiance parce que je croyais qu'il était comme moi, l'une des victimes de cette bande de psychopathes… Mais ce n'est pas par sympathie qu'il me regardait comme ça et qu'il a fini par m'aider à m'échapper, c'était juste parce qu'il était responsable de ce qu'il m'était arrivé, que c'était lui qui m'avait conduite jusque-là, et qu'il espérait sûrement racheter sa conduite ! Je comprends qu'il ait eu peur de m'en parler, mais j'ai perdu vingt-trois ans à chercher ma famille. Ce n'était par bonté d'âme qu'il « veillait » sur moi, mais parce qu'il se disait que cela pourrait peut-être pardonner ce qu'il avait fait… Et Rogers… Rogers le savait, et il n'a rien dit… Il nous a fait croire, à Tony et à moi, qu'il ignorait tout de cette histoire, et… Et moi, je lui ai fait confiance… Trop gentille, trop… Naïve, comme toujours…Voilà pourquoi je me suis éloignée de tout le monde, parce que j'ai marre d'accorder ma confiance à des gens qui, au bout du compte, ne la méritent pas… Puis il y a toi, soupira-t-elle en levant la tête pour capter son regard. Toi, le dieu asgardien qui protège la Terre, mais qui a la fâcheuse habitude de s'en aller une fois toutes les menaces éradiquées sans forcément se soucier des « dommages collatéraux » engendrés et des problèmes qui suivent… Protecteur des Neuf Royaumes, guerrier valeureux au grand cœur… Mais également enfant immature qui s'imagine que renier sa famille est la meilleure des solutions… déclara-t-elle, et Thor baissa lentement la tête, presque honteux. La famille est la seule chose qu'il te reste dans les pires situations, alors ne tourne pas le dos à ton frère, s'il te plait.

−Ce n'est pas mon f…

−C'est tout comme, l'interrompit-elle. Adopté ou pas, vous avez grandi ensemble et je sais que tu tiens énormément à lui malgré vos différends. Pour ma part, je ne lui en veux pas pour notre affront, déclara-t-elle sérieusement, et l'homme écarquilla les yeux. C'est arrivé, et c'est tout. Ça s'arrête là.

−Il aurait pu te tuer… répéta-t-il à voix basse.

−Je sais. Mais c'est passé, alors n'en parlons plus. Même chose pour… Pour ce matin, ajouta-t-elle en regardant ailleurs. On oublie, d'accord… ? On… On oublie, dit-elle en se retournant afin d'aller récupérer sa tasse dont le contenu avait refroidi, après quoi elle passa à proximité de l'homme et quitta la cuisine sans demander son reste.

Thor se retrouva à nouveau seul, livré à lui-même. Ses yeux vagabondèrent un instant à travers la pièce et finirent par se poser sur la fleur de Lys installée dans un petit vase sur le plan de travail. Il se souvenait des couleurs orangées qu'elle avait la première fois qu'il l'avait vue. Ces couleurs avaient désormais été remplacées par un bleu froid et terne. Pourtant, au cœur de la plante, un point clair se détachait toujours du reste, malgré l'aspect gelé de l'extrémité des pétales.

. . . . . . . .

−Ce doit être le vingt-septième mélange de ce matin, mais je ne crois pas que le résultat soit très concluant, déclara Tony en traversant son laboratoire, étant en ligne grâce à une oreillette. Je sais que vous n'êtes pas un scientifique, mais vous n'avez pas une autre idée ?

−Je vous aurais bien mis en relation avec mon collègue Hank McCoy, mais vous m'avez spécifié que vous ne vouliez pas mettre un trop grand nombre de personnes au courant, ce qui est parfaitement compréhensible, mais j'essaye tout de même de vous venir en aide avec les bases que j'ai.

−Si vous m'assurez que McCoy saura garder le secret, j'imagine qu'il peut être mis dans la confidence…

−Dans ce cas, je lui en parlerai lorsque je le croiserai. En revanche, pour ce qui est d'essayer d'apaiser l'esprit de votre sœur à distance, cela risque d'être compliqué pour moi.

–Comment ça ? Vous êtes très certainement le mutant le plus puissant de la planète, je vous ai brièvement vu à l'œuvre et j'ai eu vent de toutes vos capacités, alors excusez-moi de ne pas comprendre quel est le problème de votre côté…

−Même si Em… Enfin, Madison, a délaissé depuis un moment ses dons télépathiques au profit de ses autre pouvoirs, elle conserve un mental fort et très peu ordinaire qu'il m'est difficile de cerner, comme si c'était presque totalement hermétique, et je pense que même avec son accord, je ne saurais pas faire grand-chose. Je pourrais éventuellement me déplacer si vous le souhaitez, mais je doute que cela serve à quoi que ce soit, à part peut-être simplement m'entretenir avec elle de vive voix… Je peux m'arranger pour faire le trajet jusqu'à New-York si besoin, Stark.

−Je n'en sais rien, soupira le concerné, puis il entendit quelqu'un frapper à la porte et aperçut Madison à travers la vitre qui séparait le laboratoire du couloir. Je ne voudrais pas vous déranger, poursuivit-il en faisant signe à sa sœur de le rejoindre, ce qu'elle fit.

−C'est mon amie depuis des années, et cela ne me dérangerait en rien. Mais d'après ce que vous m'avez expliqué, malgré le fait qu'elle essaye de garder un peu plus le sourire, elle n'a pas spécialement envie de recevoir de la visite, alors je l'appellerai en visio-conférence si elle est d'accord.

−Je lui en parlerai, promit-il en regardant la jeune femme s'installer sur une chaise non loin de lui. Je vous ferai parvenir sa réponse, et… Je vous remercie d'avance, j'apprécie votre soutien.

−Ne me remerciez pas, c'est tout à fait normal. A bientôt, Anthony.

−Au revoir, acheva-t-il avant de raccrocher, puis il se débarrassa de son oreillette et focalisa son attention sur la nouvelle arrivante. Ça va, Maddie ?

−Oui… C'était qui ?

−Xavier. J'avais deux-trois trucs à lui communiquer… Rien d'alarmant. Tu as l'air un peu… Un peu ailleurs, je me trompe ?

−Quoi ? lança-t-elle en sortant de sa rêverie.

−Non, rien, répondit-il avec un sourire. Est-ce que tu veux m'aider ? Je bosse toujours sur la même chose, mais je me suis dit qu'on pourrait peut-être travailler ensemble, juste toi et moi. Après, je comprendrais parfaitement que tu ne veuilles pas…

−Non, non, enchaina la mutante, j'ai envie de travailler, je ne veux pas passer l'intégralité de mes journées à ne rien faire, et autant me rendre utile, non ? Surtout que ça me concerne quand même un minimum… Tu en es où ? l'interrogea-t-elle en se redressant, puis elle alla déposer sa tasse sur le bureau principal.

Son frère se mit à sourire à nouveau, la regardant nouer autour de sa taille son pull à l'aide de ses manches puis faire craquer ses doigts. Avisé et attentif, il l'observa faire sans rien dire. Elle leva alors les yeux vers lui et ne put s'empêcher de lui rendre son sourire.

. . . . . . . .

Aux alentours de dix-neuf heures trente, les trois individus se retrouvèrent dans la salle à manger autour d'un plat de pâtes assez copieux et à l'allure appétissante. Thor et Madison s'assirent face à face tandis que Tony prit place en bout de table, les voyant ainsi tous les deux. Il remarqua rapidement qu'une certaine tension s'était installée pour une raison qui lui échappait, mais il décida au début d'en faire abstraction afin d'éviter d'ajouter un malaise supplémentaire en abordant un sujet possiblement fâcheux. Il les servit tous les trois et alla chercher deux bouteilles de bière ainsi que de l'eau dans le frigo de la cuisine, prenant soin de prendre un décapsuleur pour ne pas avoir à se relever pendant le repas.

Il se réinstalla en souhaitant bon appétit à sa sœur et son ami, puis il ouvrit les bouteilles et en tendit une à l'asgardien et servit de l'eau à la jeune femme. Il commença ensuite à manger, pensif. Le silence était bien trop pesant à son goût, il se doutait que quelque chose avait dû se produire pour qu'ils évitent à ce point de se regarder. Cependant, il ignorait quoi, et malgré cette promesse qu'il s'était faite de ne pas interférer dans la vie privée de sa sœur, il ne pouvait s'empêcher de vouloir à tout prix savoir ce qu'il se passait sous son toit. Cela le rassurait, en un sens. Sa curiosité prenant peu à peu le dessus, il s'adressa d'abord au dieu nordique.

−On ne t'a pas énormément vu aujourd'hui. Tu n'as quand même pas passé tout ton temps à t'entrainer dans le gymnase, quand même ? Si c'est le cas, je ne pense pas que tu en aies forcément besoin, si ?

−Mh. En revanche, j'avais besoin de me défouler, déclara-t-il le plus naturellement du monde. Il fallait que je me vide l'esprit.

−Il y a d'autres façons de le faire, non ? le questionna Tony en enroulant des spaghettis autour de sa fourchette à l'aide de sa cuillère. Des activités plus « calmes » … Lire un bouquin, faire un tour en ville… Je ne remets pas en cause ta passion pour le sport, mais c'est simplement quelques idées pour que tu évites de t'épuiser à l'avenir.

−J'y penserai, lâcha l'autre sans trop de conviction, les yeux rivés sur son assiette.

−Des problèmes sur Asgard ? lança l'inventeur à son acolyte.

−Pardon ?

−Je n'en sais rien, tu parais perturbé, j'en ai donc déduit qu'il était possible qu'il y ait des ennuis importants au sien de ton Royaume, mais étant donné ta surprise lorsque j'ai mentionné Asgard, je ne pense pas que ce soit ça. Peut-être es-tu toujours stressé à l'idée de devoir monter sur le trône à la place de ton paternel ?

−… Oui, mentit Thor. Oui, c'est exactement ça, affirma-t-il en jetant un bref coup d'œil en direction de la mutante qui lui faisait face. Mais à part ça, tout va bien, je te remercie, dit-il en inclinant légèrement la tête, reconnaissant que Tony se préoccupe de lui, alors le brun haussa les épaules, sachant qu'il n'y avait que très peu de vrai dans la réponse qui lui avait été fournie, mais il n'insista pas, craignant de le rendre mal à l'aise.

−Je vois… Et toi, Maddie ?

−Mh ? répondit la concernée, qui était en train de mâcher sa nourriture, puis elle l'avala afin de lui répondre. Quoi, « moi » ?

−Eh bien, je dois avouer que j'ai été agréablement surpris que tu t'investisses autant dans mes recherches, aujourd'hui… Je suis ravi que tu ne baisses pas les bras, petite sœur, lui lança-t-il avec un sourire en coin.

−C'est toi qui voulais que je n'abandonne pas, alors… J'essaye de faire ce que tu attends de moi, c'est tout, lui expliqua-t-elle sans lâcher son plat des yeux. Du moment que ça te fait plaisir…

−Oui, enfin, ça doit avant tout t'être profitable, ne l'oublie pas. Mais au moins, je me dis qu'il y a davantage de chances de trouver un remède rapidement si je suis épaulé par une autre personne que Lane ou bien l'un de ses collègues… Et comme tu l'as toi-même spécifié, ça te maintient occupée, affirma-t-il en portant sa bouteille à ses lèvres et il but quelques gorgées d'alcool. Au fait, vu qu'on a directement commencé à travailler tout à l'heure, j'ai complètement oublié de te dire que Xavier allait bientôt t'appeler pour discuter.

−De quoi ?

−Va savoir… dit-il d'un ton manquant d'assurance. Thor, je te trouve bien silencieux, embraya-t-il subitement, désirant changer de sujet. Je t'ai pourtant connu bien plus bavard.

−Je n'ai tout simplement pas grand-chose à dire, se contenta de répondre le blond avant de reprendre une bouchée de son repas.

−Bon ok, ça suffit, s'exclama le brun, attirant ainsi toute l'attention des deux autres sur lui. Je ne vous ai jamais vus comme ça. Vous ressemblez à des gosses à qui on vient tout juste d'annoncer que le Père Noël n'existait pas, et ça fait presque peine à voir. Vous ne voulez pas m'expliquer une bonne fois pour toute pourquoi vous ne daignez même pas accorder un seul regard à l'autre ? Sincèrement, c'est vraiment… Etrange de vous voir comme ça, vous n'avez pas idée. Alors, ça ne me regarde sûrement pas, mais à partir du moment où j'ai l'impression que vous agissez avec l'autre comme avec un simple étranger, ça m'inquiète, donc voici ma question : quelle mouche vous a piqués ?

−… Va savoir, marmonna sa sœur de la même manière que lui-même l'avait précédemment fait, mais encore moins assurée.

−Maddie, dit-il d'un ton strict mais néanmoins calme.

−Merci pour ce repas, Tony, clama soudainement Thor en se redressant, puis il récupéra son assiette, ses couverts, et se dirigea d'un pas décidé en direction de la cuisine sans rien dire de plus. Ce fut lorsqu'il repassa par la salle à manger qu'il les gratifia d'un « bonne soirée » avant de s'éclipser dans une autre pièce.

−… Alors ça… commença l'inventeur en se tournant vers Madison quelques secondes plus tard. Ça, c'était bizarre…

−…

−Je n'aurais pas dû insister, c'est ça ?

−Je… Non, ce n'est pas toi, souffla-t-elle. Ça… Ça lui passera, affirma-t-elle, peu sereine. Attends quelques jours…

−Je n'arrives pas à déterminer si c'est à moi que tu dis ça, ou si tu essayes seulement de te convaincre… fit-il remarquer en levant un sourcil. Comme je l'ai dit, ça ne me concerne pas, mais tu peux toujours te confier à moi, si jamais tu en as besoin. Je ne sais pas ce qu'il s'est produit entre vous pour que vous vous ignoriez de la sorte, mais ça ne devait pas être très joyeux…

« Si tu savais… » pensa la jeune femme, le regard tourné vers le chemin qu'avait pris l'asgardien pour s'en aller, se demandant ce qu'elle était supposée faire, et lorsqu'elle remarqua que son frère semblait attendre une réponse, elle se contenta de hausser les épaules et de lui répondre d'un ton plus bas qu'à son habitude : « C'est compliqué… ».

−C'est juste moi ou tout semble toujours être compliqué dès que cela concerne Blondie ? releva Tony avec une certaine pointe d'amusement dans la voix. En même temps, les asgardiens en soit paraissent compliqués… Même chose pour les Elfes clairs, commença-t-il à énumérer à l'aide de ses doigts, pour les géants de Muspellheim, les Vanes, les Elfes sombres aussi, pour…

−Ouais, pour tout l'Yggdrasil, en somme, résuma-t-elle. Et sûrement pour tout l'Univers, tant qu'on y est… Surtout nous, en fin de compte.

−C'est pas faux, approuva l'ingénieur en achevant son assiette quelques instants après elle. Bon, je m'accorde encore une heure ou deux au labo et j'irai me coucher quand je sentirai que mes neurones seront sur le point d'exploser, plaisanta-t-il.

−Tu veux que je vienne avec toi ?

−Non, tu en as déjà fait suffisamment, lui assura-t-il gentiment. Va plutôt te coucher, j'ai cru constater que ta journée n'avait pas été de tout repos… soupira-t-il en récupérant l'entièreté de la vaisselle. On en reparlera demain si tu en as envie, d'accord ?

−D'accord… répondit-elle en soupirant à son tour. A demain, lui dit-elle en s'éloignant calmement, ce à quoi il lui souhaita de bien dormir, avant qu'elle ne disparaisse de son champ de vision.

Elle se retrouva dans le couloir et s'appuya contre un mur, regardant vers le haut. Il fallait qu'elle agisse. Qu'elle se décide.