In the shadow of our love-Alain Lustig
28 décembre 2016
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Thor ne savait pas depuis combien de temps exactement il se trouvait là, accoudé à la rambarde du balcon, tête baissée, tremblant un peu à cause du vent glacial qui soufflait et balayait les mèches rebelles qui tombaient devant son visage fermé. La neige continuait de tomber lentement autour de lui, mais il était loin de s'en soucier, ou même de la remarquer. Ses pensées étaient confuses, bien plus qu'elles ne l'avaient jamais été. Nerveux, il faisait craquer ses doigts, le regard rivé sur un point lumineux parmi tant d'autres émanant de la ville qui s'étendait au pied de la tour. Il leva alors lentement la tête et observa le ciel sombre et couvert, mais à travers lequel il pouvait percevoir quelques étoiles lointaines. Quelques flocons tombèrent sur ses joues et fondirent presque instantanément tant sa peau était chaude par rapport au froid mordant de l'hiver. Il en vint même à se demander s'il n'avait pas un peu de fièvre et il laissa échapper un soupir.
−… Cela fait un moment que je ne vous ai plus parlé… J'imagine que… Je ne savais quoi vous dire. Pourtant, il se passe tant de choses dont vous voudriez très certainement être au courant, seulement… J'ignore par où commencer. J'aurais préféré vous dire tout cela de vive voix, cela aurait peut-être été plus simple… J'aurais pu bénéficier de vos conseils, qui ont toujours su me guider et me remettre sur le droit chemin… Vous auriez pu… M'aider face à tout cela…
Les cieux lui parurent étrangement bien plus vastes.
−… Je lui ai dit. Du moins, je lui ai montré… Je m'étais attendu à beaucoup de choses, notamment qu'elle se décide à fuir, mais… Elle est quand même restée un instant avant de s'en aller, et puis… L'explication qu'elle m'a donnée… Ce n'était pas un « non » à proprement parler, en y réfléchissant bien, mais c'est sûrement ainsi qu'elle désire que je le prenne. Je comprends son point de vue, évidemment… C'est ainsi qu'elle est, elle refuse de faire souffrir son entourage… C'est très noble de sa part.
La poudreuse tomba un petit peu plus abondamment sans que cela ne le dérange pour autant.
−Elle a raison… On ne peut pas. Mais je devais au moins le lui dire, non ? Je lui devais bien ça… Elle méritait de savoir. C'était peut-être un peu… direct, mais au moins, c'était le moyen le plus sûr pour lui faire comprendre. Peut-être que si vous aviez été là, vous m'auriez suggéré de le faire plus subtilement… Je n'en sais rien, mais vos paroles me manquent. Les traits délicats de votre visage, votre sourire réconfortant, vos gestes emplis de tendresse… Tout me manque chez vous. Si seulement vous étiez là… C'est très probablement mon souhait le plus cher… Que vous soyez là pour m'indiquer à la voie à suivre et… Et me dire comment la sauver. Je ne peux pas la laisser partir, qu'elle me rejette ou non.
Les flocons blancs se mirent à tourner lentement autour de lui avant de retomber normalement. Il passa rapidement sa main dans ses cheveux puis se réappuya contre la barrière de sécurité.
−J'ai promis de la protéger… Je trouverai un moyen, il le faut. Tony me fait confiance pour l'aider, je ne dois pas le décevoir. Et puis… Je pense que Madison a confiance en moi… Je sais qu'elle a peur, mais… Même si elle essaye de montrer que ça ne l'affecte pas, je sais qu'elle veut s'en sortir… C'est une battante, et elle est incroyablement courageuse, autant que vous l'étiez, Mère… Et tout comme vous, c'est une musicienne très talentueuse. J'aurais tant aimé que vous fassiez connaissance… Vous vous seriez très bien entendue avec elle… déclara-t-il, puis un souvenir refit surface dans son esprit. C'est… C'est ce que je lui avais dit à propos de Loki…
Il serra un peu les poings, ayant toujours du mal à rester parfaitement calme lorsqu'il s'agissait de lui.
−… Pourquoi ne le déteste-t-elle pas ? Je veux dire… Ne devrait-elle pas être furieuse ? Lorsque nous parlions de lui, elle le défendait et elle faisait tout pour que je lui pardonne… Peut-être persiste-t-elle à croire qu'il reste du bon en lui, comme elle le croit avec presque tout le monde. Mais après tout ce qu'il a fait, je crains malheureusement que… Que la lumière en lui n'ait fini par s'éteindre. Qui sait, peut-être qu'un jour, sa flamme se ravivera, mais en attendant… Cela reste à prouver… soupira-t-il. Je tiens à lui, évidemment. Mais à chaque fois que je lui fais confiance, il finit par me trahir.
La neige tourbillonnait dans une valse lente à proximité de lui.
−En revanche, Madison parait confiante à son propos… Pourtant, elle ne le connait pas tellement. Quoique, j'ai parfois l'impression de ne pas le connaitre si bien que cela, et… Il en va de même pour elle. Ils ont… Un caractère assez similaire, lorsque j'y réfléchis… Mais Madison est dotée d'une bonté admirable, ainsi que d'une résilience étonnante. Elle est… Vraiment valeureuse. Et… Et j'ai peur de la perdre. J'ai… Appelé Heimdall. Enfin, je lui ai parlé, à lui aussi. Je lui ai demandé de me prévenir s'il avait une idée de ce qu'il fallait faire pour tout arranger… Mais puisqu'il n'a pas répondu, je suppose qu'il n'a pas la solution.
Il lâcha un petit soupir, le regard perdu dans le vide.
−C'est étrange… Je ne pensais pas m'attacher si rapidement à elle, lorsque nous nous sommes rencontrés. Nous étions pourtant si différents… Et j'ignore pourquoi je l'ai appréciée à ce point sans rien savoir d'elle… Était-ce parce qu'elle était si gentille avec moi ? Parce qu'elle savait m'écouter et me réconforter ? M'épauler et me soutenir alors que je pensais avoir perdu… mon frère ? Elle a toujours été… Si douce, si compréhensive. Et je tiens énormément à elle, mais… Je ne sais que penser de sa réaction, au final… Peut-être me suis-je trompé.
Ses yeux s'assombrirent.
−… Était-ce une erreur, Mère… ?
Un bruit derrière lui le sortit de sa concentration, il redressa la tête. Les flocons restés en suspension ne le préoccupaient pas, tant il réfléchissait à d'autres choses. Ses yeux se baissèrent légèrement et cherchèrent à se raccrocher à un point fixe.
−Bonsoir, Tony, dit le blond, ses mots s'apparentant presque à un murmure. Je te prie de m'excuser pour la réaction que j'ai eue tout à l'heure, c'était… Ce n'était pas contre vous, j'avais juste besoin de me retrouver seul. J'espère que ta sœur ne l'a pas mal pris, ajouta-t-il calmement.
Il n'obtint aucune réponse, mais cela ne le dérangea pas. Ses mains se crispèrent autour de la rambarde sur laquelle il s'appuyait depuis quelques minutes déjà. Il eut l'impression d'entendre des pas se rapprocher, mais il ne releva pas. Il aurait aimé faire comprendre à son ami qu'il préférait qu'il le laisse tranquille pour le moment, mais il ne voulait en rien le vexer, alors il garda le silence. Il tressaillit cependant lorsqu'il sentit une main se poser très délicatement sur son épaule, et bien qu'il fût surpris que l'inventeur se montre aussi proche de lui, il demeura en quelques sortes soulagé de savoir qu'il pouvait compter sur lui. Les doigts se resserrèrent gentiment autour de son épaule gauche et il se sentit mieux.
−… Je ne l'ai pas mal pris, souffla une voix féminine très douce.
Thor se figea et frissonna lorsqu'il l'entendit, puis il comprit pourquoi la neige était restée en suspens. Il n'osa pas se tourner et laissa la jeune femme descendre sa main le long de son bras. Ses yeux se fermèrent un moment, le temps qu'il remette ses pensées en place, ce qui n'était pas une mince affaire. En dépit de la température extérieure, il n'avait absolument pas froid, au contraire. Il se sentait… Bien.
−Pourquoi pensais-tu qu'il s'agissait de mon frère ? lui demanda-t-elle en touchant toujours son bras nu.
−Parce que j'étais loin de m'imaginer que tu veuilles encore me parler, se justifia-t-il en la regardant faire du coin de l'œil. Je pensais que tu étais en colère et que tu préférais t'éloigner. Je dois donc avouer que je suis surpris de te voir ici… Tu as besoin de quelque chose ?
−… A part m'excuser pour mon comportement ? proposa-t-elle en se hissant sur la pointe des pieds pour qu'il l'entende mieux, effleurant l'arrière de l'épaule de l'homme de sa joue. Je n'aurais pas dû m'emporter contre toi, tu n'avais rien fait. Tu as été… Calme et patient avec moi, soupira-t-elle. Tu n'as pas froid ? lui demanda-t-elle ensuite en effleurant la main de Thor, et leurs doigts ne mirent pas longtemps avant de s'entrelacer.
−Plus maintenant, répondit-il, l'ombre d'un sourire apparaissant sur son visage. Et tu n'as pas à t'excuser, parce que… Je comprends. Je comprends, et j'accepte bien évidemment ton point de vue… Et quoi qu'il arrive, sache que je ne te laisserai pas tomber. Je l'ai promis à Tony.
−Est-ce juste parce que tu le lui as promis ? l'interrogea-t-elle malicieusement, ce qui le fit rire doucement.
−Non, en effet, il n'y a pas que ça, reconnut-il en tournant la tête vers elle, leur regard se croisèrent brièvement puis l'homme observa à nouveau l'horizon. Peut-être m'as-tu entendu me confier, il y a quelques instants… ? dit-il tandis qu'elle acquiesça sans prononcer le moindre mot. … Te perdre est impensable. Ça a toujours été le cas, et cette sensation n'a fait que s'accentuer avec le temps pour devenir plus forte ce matin, même si je doutais que cela soit encore possible. J'ignore pourquoi ce sentiment a toujours été aussi présent comme si nous nous connaissions depuis des décennies, mais je ne peux agir comme s'il n'existait pas, souffla-t-il. Alors, ce matin… J'ai pensé que c'était le bon moment pour que tu le saches, même si tu ne…
−Ce n'était pas une erreur.
Il fallut un instant à l'information pour monter à son cerveau. Il fronça les sourcils, puis il regarda la main gauche de la mutante toujours sur la sienne et, hésitant, il posa sa main opposée au-dessus de celle-ci. Il décrivit quelques petits cercles délicats sur sa peau, sentant une nouvelle vague de chaleur l'envahir. La mutante appuya son front contre son dos en soupirant, avant de passer son bras droit autour de lui. Il pencha la tête un peu en arrière, yeux clos, sentant se desserrer l'étau qui s'était formé autour de ses poumons tout au long de la journée, journée qu'il avait trouvée interminable.
Ils restèrent ainsi durant moins d'une minute, puis l'asgardien s'écarta, se retourna afin de la voir et planta son regard bleu dans celui de la jeune femme avant de l'attirer contre lui pour la serrer dans ses bras, les flocons tourbillonnant et tombant toujours autour d'eux.
−Ce n'était pas une erreur, répéta Madison dans un murmure, rendant son étreinte à l'homme. Qu'importe ce qu'il me reste à vivre, j'ai envie d'être égoïste, déclara-t-elle. Je ne veux plus me prendre la tête, parce que concrètement, ça m'épuise… Mais tu es certain de savoir dans quoi tu t'embarques… ? lui demanda-t-elle en relevant la tête vers lui, apercevant alors le sourire qui naissait sur son visage.
−Je sais ce que je fais. Je crois que je le sais depuis longtemps… affirma-t-il.
−Vraiment ? Depuis combien de temps ?
−J'imagine que cela sonnerait très niais de dire « depuis le début », déclara-t-il d'un ton à moitié sérieux, ce qui la fit rire. Mais je crois que certaines choses ont brusquement changé il y a quelques mois, lorsque nous nous trouvions sur Arcturus IV, répliqua-t-il. Puis-je te confier quelque chose ?
−Bien sûr…
−Tu dois probablement te rappeler de cette petite altercation que j'ai eue avec Loki, rappela-t-il et Madison hocha la tête afin de confirmer. Après vous avoir vus danser, j'ai été à sa rencontre pour lui dire de rester loin des midgardiens, car je ne voulais pas qu'il fasse du mal à l'un d'entre vous, mais cela a quelque peu… Dégénéré.
−Je sais. Et donc ?
−Ce n'était que la moitié de la raison qui m'a poussée à aller lui parler, révéla-t-il, faisant soulever un certain questionnement chez la brune, puis elle fut comme frappée par l'évidence.
−Ne me dis pas que tu étais jaloux ? proposa-t-elle, amusée mais néanmoins interloquée.
−… Je n'ai rien dit, déclara-t-il, la faisant sourire.
Elle réappuya son front contre son torse, tandis qu'il resserra un peu plus son étreinte autour d'elle, sentant une boule se former dans sa gorge. Il passa une main dans les longs cheveux bruns de Madison, qui soupira de bien-être en fermant les yeux. Elle avait peur, mais plus autant qu'avant. La présence de l'asgardien l'apaisait énormément. Elle garda son sourire, profitant de cette proximité.
−Au fait, tu avais raison, dit-elle soudainement.
−A propos de… ?
−… C'est vrai que le baiser ne venait pas que de toi…
−Ça, je le savais… lui dit-il avec amusement, mais je sais aussi que tu as du mal à me mentir…
−Ah oui ? l'interrogea-t-elle en le regardant, les yeux très légèrement plissés. Tu crois ça ? poursuivit-elle, conservant sa bonne humeur actuelle. Je te trouve très sûr de toi, pour quelqu'un qui se demandait pourtant il y a quelques minutes s'il allait finir l'année célibataire ou non, plaisanta-t-elle, et il ne put retenir un rire clair et sincère.
Il cala son menton sur le sommet du crâne de la mutante en soupirant, soulagé que tout aille enfin mieux.
−Dis… reprit Madison.
−Mh ?
−… Pourquoi tu ne m'avais pas invitée à danser, là-bas ?
−Sur Arcturus IV ? demanda-t-il, et elle acquiesça. Je ne sais pas… Pourquoi cette question ? Tu aurais voulu que je le fasse ?
−Peut-être…
−Je vois… Je craignais de ne pas être à la hauteur, c'est aussi simple que cela. J'avais peur…
–De moi ?
–Pas dans le sens où on pourrait le penser, mais plus ou moins, oui…
–Pourquoi ? Il n'y avait vraiment pas de quoi…
–Ah bon ?
–Je te rappelle que tu m'avais vue en serviette moins de deux heures plus tôt, lui lança-t-elle en souriant, ce qui le détendit.
–… Les choses auraient sûrement été différentes aujourd'hui, n'est-ce pas ?
−On ne peut pas savoir… Et de toutes manières, je suis très satisfaite de la façon dont ça s'est déroulé, affirma-t-elle. J'espère juste que… enchaina-t-elle en s'interrompant, tandis que l'asgardien attendit patiemment qu'elle achève sa phrase. Que je pourrai profiter un peu de ces instants…
−Je te promets que ça ira, lui assura-t-il en reculant pour la regarder dans les yeux. Tu verras que d'ici quelques années, tu n'y penseras même plus. Tu auras droit à tout ce bonheur que tu mérites, Madison. Après tout ce qu'il t'est arrivé, tu as le droit d'être heureuse.
−Tu en feras partie, de ce bonheur… ?
−Seulement si tu le désires, déclara-t-il sérieusement, et il la regarder passer ses bras autour de son cou avec un sourire pour lequel il était capable des pires folies.
−A votre avis, votre Majesté ? répondit-elle en se rapprochant de lui.
Il posa une main dans son dos afin de l'attirer doucement contre lui.
−Je prends cela pour un oui… murmura-t-il sans la quitter du regard, se perdant dans ses grands yeux bruns et lorsqu'il la vit trembler légèrement quelques secondes plus tard, il ne put empêcher une pointe d'inquiétude de refaire surface en lui. Il serait peut-être judicieux que tu ailles te reposer, lui proposa-t-il en la soutenant, la voyant risquer de faillir.
−Tu as sûrement raison…
−Souhaites-tu que je te raccompagne jusqu'à ta chambre ?
−… Oui… Oui, s'il te plait, dit-elle après quelques secondes d'hésitation, et ils retournèrent ensemble à l'intérieur, regagnant la pièce chauffée et faiblement éclairée qu'était la chambre occupée par Thor sans rien ajouter.
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L'homme ne parvenait à trouver le sommeil. Il tourna la tête sur sa gauche afin de regarder l'heure indiquée sur le réveil posé sur la table de nuit et soupira en voyant qu'il n'était qu'une heure trente-huit. Enfin, « que » … Il venait de passer les dernières heures à se tourner et retourner dans son lit, cherchant désespérément à s'endormir sans pour autant y arriver. Il réfléchissait trop, et son esprit commençait à saturer, mais faire le vide lui était inconcevable. Il repoussa sa couverture d'un geste presque agacé, ayant trop chaud, malgré le fait qu'il se soit débarrassé de son t-shirt avant d'aller se coucher. Il plia son bras droit et passa ensuite une main derrière sa tête en soupirant une nouvelle fois, fixant le plafond clair, son autre main reposant sur son ventre. Dire qu'il était tendu était un euphémisme ; il ne s'était presque jamais senti aussi stressé et déboussolé de toute sa vie.
Il fut surpris d'entendre la porte de la chambre, sur sa droite, s'ouvrir lentement, laissant passer dans la pièce un peu de lumière s'étendant sur la moquette beige. Conservant la même position, il se contenta de regarder dans cette direction et fronça légèrement les sourcils en voyant une silhouette s'approcher lentement de son lit. Il entrouvrit légèrement la bouche mais ne prononça aucun mot, puis de sa main gauche, il souleva un peu ses draps, comme une invitation. Il ne fallut pas longtemps à la personne pour se hisser sur l'épais matelas avant de se glisser contre l'asgardien sans rien dire qui rabattit la couverture sur eux en passant son bras autour de la jeune femme, qui se blottit confortablement contre son torse en soupirant.
−… J'avais froid, se justifia-t-elle, ce qui amusa le blond.
−Je croyais que tu arrivais à t'adapter aisément à de basses températures… releva-t-il d'une voix douce.
−Tout est très différent maintenant, soupira-t-elle. Tantôt j'ai chaud, tantôt j'ai froid… Je ne contrôle plus rien…
Il resserra son étreinte autour d'elle, sentant son souffle chaud sur sa peau nue et frissonna vaguement. L'épiderme de la mutante était presque glacé, ce qui l'inquiétait, mais il conserva son calme et se contenta de la maintenir contre lui, cherchant inconsciemment à former une protection autour d'elle. Cela le rassura cependant de la sentir bouger dans ses bras, recherchant un certain réconfort auprès de lui.
−Arcturus IV, alors… murmura-t-elle finalement.
−Oui… Et toi… ? Enfin, si cela ne te dérange pas d'en parler.
−Mh… Je… Je crois que c'était à North Olmsted.
−Si tôt ? déclara-t-il, un petit sourire au coin des lèvres.
−C'est bien toi, qui disait tout à l'heure, que cela faisait trop niais de dire « depuis le début » … se défendit-elle. Mais… En fait, c'est lorsque tu m'as révélé que tu poursuivais les recherches de ton côté, que… Que tu essayais de savoir par tous les moyens s'il me restait de la famille quelque part… Tu étais… Si motivé à m'aider, malgré la tâche difficile que c'était, et puis, tu m'as soutenue dès le début sans vraiment savoir à quoi t'attendre avec moi…
−A vrai dire, j'étais très en confiance, affirma-t-il en regardant droit devant lui. TU m'inspirais confiance, précisa-t-il. Je n'avais pas peur de ce qui m'attendais, du moment que je me trouvais à tes côtés.
−C'est étrange, mais j'avais également cette sensation, lui confia-t-elle, pensive, avant de passer son bras au-dessus de son torse pour aller attraper sa main gauche afin entrelacer les doigts de l'homme avec les siens, ceux de sa main faite de métal, tout en gardant les yeux rivés dessus. Je me sentais… Bien… souffla-t-elle en le sentant serrer gentiment sa main. Je me sens bien, précisa-t-elle en fermant les yeux un instant. Pourquoi tu n'as jamais rien dit avant… ?
−… J'avais peur.
−De quoi ?
−De te faire souffrir. Et puis, je craignais que… Tu ne veuilles pas de moi à tes côtés. J'ai donc fait mon possible pour agir comme si de rien n'était, même si d'après Sif, il était évident que quelque chose avait changé chez moi… Elle n'a cessé de m'embêter avec tout ça depuis que nous étions retournés chez nous et a, à de nombreuses reprises, insisté pour que je vienne te parler, mais j'ai toujours repoussé cet instant. Je pensais que…
−Tu pensais trop, l'interrompit-elle en esquissant un maigre sourire. Et moi aussi je me posais beaucoup trop de questions…
−De quel genre ? lui demanda-t-il en regardant un moment son avant-bras droit.
−Du genre… Comment je me suis fait ça, lança-t-elle en comprenant ce qu'il regardait. Cette marque… Elle me suit depuis des années, mais je suis incapable de me rappeler d'où ça vient…
−De quand ça date ? l'interrogea-t-il en effleurant l'ancienne blessure avec délicatesse, craignant presque de faire mal à Madison.
−Cela s'est produit pendant la période où j'oubliais beaucoup de choses, même des trucs qui dataient du matin même… J'imagine qu'un ennemi m'a attaquée, mais bon, ça n'aurait pas été le premier… Ça m'a tellement stressée de ne pas savoir que j'ai décidé de le cacher… Ne pas savoir d'où ça venait… Encore aujourd'hui, je ne comprends pas. Je pensais qu'une fois m'être souvenue de qui j'étais, ça aussi, ça reviendrait… Mais je m'étais trompée, apparemment…
−Je t'aiderai à trouver, lui promit-il. Mais tu sais… Lorsqu'on y fait attention, cela ressemble presque à la marque que peuvent laisser les Jotüns lorsqu'ils touchent d'autres individus que ceux de leur peuple… Mais si cela s'est produit il y a quelques années… Peut-être en avais-tu déjà croisé par le passé ? proposa-t-il.
« Je suis persuadé que nous ne reverrons un jour… En attendant, profitez donc du peu de temps qu'il vous reste avant que nos chemins ne se recroisent… Nous vous avions mise en garde la dernière fois… »
Les mots de Sithbrir tournaient inlassablement en boucle dans la tête de la mutante. Herag et Geirroed savaient, eux aussi. Quoi qu'il se soit passé, ils savaient. Elle en avait tué un au beau milieu de Central Park, mais quelque part, elle espérait que les deux autres soient en mesure lui fournir les réponses qu'elle attendait. Thor sembla remarquer son moment d'égarement, car il resserra son étreinte autour d'elle, avant d'apercevoir quelques-unes de mèches brunes s'éclaircir lentement, devenant châtain. Madison soupira avant de relever la tête afin de croiser le regard de l'homme qui était entendu à ses côtés, et elle sentit ses joues chauffer malgré elle.
−Ça te va bien, commenta-t-il.
−De quoi, de rougir comme une adolescente intimidée ? souffla-t-elle en détournant rapidement le regard.
−Non, déclara-t-il en l'invitant à le regarder à nouveau. Tes cheveux… Ils sont plus clairs, fit-il remarquer avec douceur, tandis qu'elle s'empara d'une mèche pour l'examiner attentivement. J'aime beaucoup, avoua-t-il avec un sourire, ce qui la déstabilisa encore plus, puis elle referme les yeux et se lova confortablement dans ses bras en respirant calmement. Tu es magnifique… ajouta-t-il dans un murmure.
Les yeux toujours clos, elle ne put s'empêcher de sourire en coin.
−Où as-tu appris à te battre ? demanda-t-il soudainement, après quelques secondes de réflexion.
−J'ai appris à me défendre avec Logan quand j'étais petite, puis je me suis entrainée en grandissant en m'inspirant de ce que je voyais autour de moi, et puis, y'a eu mon entrainement au sein du SHIELD… Pourquoi ?
−C'est juste que durant nos entrainements, j'ai l'impression d'affronter une guerrière asgardienne, lui répondit-il avec un sourire. C'est un compliment, assura-t-il.
−Ah bon… Peut-être que je m'inspire de tes techniques à toi, qui sait… répondit-elle en mettant sa main devant sa bouche pour bailler.
−Repose-toi, lui souffla-t-il gentiment tout en remontant un petit peu plus la couette sur les épaules de Madison. On continuera à parler de tout ça demain, mais en attendant… Repose-toi… répéta-t-il d'une voix douce, la sentant s'endormir dans ses bras, puis il ferma les yeux à son tour, la respiration calme, les rayons de lune traversant la vitre pour venir partiellement éclairer son visage aux traits détendus.
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C'est tardivement que Madison émergea le lendemain matin, les pensées confuses. Les yeux toujours clos, elle s'étira en tendant les bras au-dessus d'elle, percevant la lumière du jour à travers ses paupières encore lourdes. Il lui fallut quelques secondes supplémentaires pour finalement ouvrir les yeux et elle eut d'abord du mal à s'habituer à la luminosité ambiante. Elle cligna plusieurs fois avant de fixer le plafond, encore fatiguée, puis elle tendit les bras et son bras gauche retomba mollement sur l'autre côté du matelas, qui était plutôt froid, mais cela ne la perturba pas plus que cela. Quelque chose la dérangeait en revanche, mais elle ignorait quoi. Elle passa brièvement sa main droite sur son front et se rendit compte qu'elle transpirait légèrement.
C'est donc avec un petit soupir agacé qu'elle se redressa lentement en position assise en s'aidant de ses bras, mais elle fronça les sourcils en regardant autour d'elle.
Elle ne se souvenait pas être venue ici la veille, et encore moins s'y être endormie. Bien sûr, elle reconnaissait les lieux, puisqu'elle connaissait par cœur chacun les moindres recoins de la tour, et cela la surprit encore plus de se savoir ici. Elle continua à analyser visuellement les lieux, espérant trouver une réponse à ses doutes et questionnements, en vain. Rien ne lui revenait, elle ignorait comme elle avait atterri sur ce lit qui n'était pas le sien. Elle remonta instinctivement le drap sur ses jambes dénudées et sentit son pouls s'accélérer dangereusement, mais elle se força à rester aussi calme que possible afin d'éviter toute crise de panique qui ne ferait que l'affaiblir.
−Tiens, tu es levée, claironna la voix enjouée de Thor lorsqu'il entra dans la pièce, un sourire illuminant son visage. J'étais tenté de te réveiller, mais tu dormais si bien que je n'en ai pas eu le cœur, lui avoua-t-il avant de s'asseoir sur le rebord du lit. Comment te sens-tu ? lui demanda-t-il ensuite, mais il ne comprit pas pourquoi elle paraissait autant sur ses gardes et la voir reculer légèrement l'intrigua. Que se passe-t-il ?
−… Qu'est-ce que tu… Tu… commença-t-elle, incertaine, en continuant à observer la chambre avec appréhension. Qu'est-ce que je fais là… ?
−Ce que tu fais là ? répéta l'asgardien, prit de court. Hum, eh bien… Tu viens de te réveiller ? lui dit-il.
−… Comment je suis arrivée dans… Dans TA chambre… ? s'expliqua-t-elle, mais Thor fronça à son tour les sourcils.
−Tu… Eh bien, tu es venue cette nuit, et tu es restée…
−Je… Quoi… ?
−Tu ne t'en rappelles pas ? souffla l'homme, quelque peu inquiet, et lorsqu'il voulut faire un geste, il s'abstint, se souvenant de la réaction qu'elle avait eu lorsqu'il n'avait fait que s'asseoir près d'elle. Tu t'es allongée et tu as dit que…
−… J'avais froid… murmura-t-elle, les images lui revenant soudainement en tête, puis elle leva les yeux vers lui. Je me souviens, ajouta-t-elle à voix basse. Désolée, s'excusa-t-elle.
−Que s'est-il passé ? l'interrogea-t-il prudemment. Tu avais oublié… ? comprit-il, puis la jeune femme acquiesça.
−ça m'arrive encore… Je pensais que c'était terminé… soupira-t-elle en ramenant ses genoux contre elle, et le blond s'approcha d'elle pour ensuite passer un bras autour de ses épaules, tandis qu'elle se laissa faire sans protester. Je n'ai plus envie d'oublier quoi que ce soit, encore moins mes proches… Et j'ai peur, au bout du compte, d'oublier définitivement certaines choses…
−Madison, c'est simplement ton esprit qui te joue des tours parce que tu es fatiguée, mais même si tu as parfois l'impression qu'il s'agit de ton pire ennemi dans certaines situations, c'est également ta meilleure arme… affirma-t-il, parvenant à obtenir un petit sourire de la part de la brune lorsque soudain, une voix parvenant du couloir, à proximité de la porte, les sortit de leur conversation.
−Thor, il faut qu'on… commença Tony en ouvrant en grand la porte qui était déjà entrouverte d'un geste vif, son regard se focalisant sur les deux individus qui se trouvaient face à lui. Hum…
L'asgardien retira rapidement son bras d'autour des épaules de la petite sœur de l'inventeur, craignant des représailles de sa part, tandis que Madison s'écarta légèrement, toute aussi gênée qu'il l'était. Tony plissa légèrement les yeux, mais à leur grande surprise, il s'abstint de leur faire le moindre commentaire et enchaina immédiatement sur ce pourquoi il était venu.
−Peu importe. Jefferson est en bas, il veut nous parler. C'est important, apparemment, alors on se dépêche, s'il vous plait, lança-t-il en sortant de la chambre pour ensuite s'appuyer contre le mur du couloir, bras croisés, attendant que les deux autres le rejoignent.
Ils se regardèrent un instant et la mutante fut la première à se lever pour quitter le lit. Elle sortit sans trop de conviction, gratifia rapidement son grand frère d'un « bonjour » discret avant de disparaitre dans sa chambre, où elle avait prévu d'aller se changer rapidement. Le dieu nordique sortit également et sentit les yeux inquisiteurs de son ami le dévisager un instant, alors il se hâta de quitter son champ de vision, ayant l'impression d'être un enfant pris sur le fait d'avoir commis une bêtise. Cependant, au fond de lui, les paroles de Madison lui soufflaient qu'il n'était pas en tort.
« Ça n'était pas une erreur… »
