I loved her first-Heartland


28 décembre 2016

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Il avait rarement l'occasion de prendre le temps d'apprécier la vue qui s'offrait à lui depuis la fenêtre de son bureau, qui valait pourtant le coup d'œil. Alors maintenant qu'il se trouvait dans le salon de la tour Stark, face à la baie vitrée, il en profitait un peu. Son téléphone était momentanément coupé, alors il ne risquait en aucun cas d'être dérangé au beau-milieu de son observation de la ville. Une épaisse couche de brouillard recouvrait les rues, donnant l'illusion que les gratte-ciels émergeaient des nuages. Un soleil orangé décorait le ciel, donnant l'impression que l'hiver glacial que le continent traversait avait enfin disparu pour laisser place à un début de printemps chaleureux.

L'homme aimait ce qu'il voyait, cela l'apaisait, en un sens. Tout la nuit, une tension désagréable avait pris possession de son corps, et il se sentait désormais comme si l'aube avait effacé les nombreux méfaits de l'obscurité. Il n'arrivait pour autant pas à se détendre complètement. Il se frotta nerveusement les mains avant de croiser les bras d'un geste hésitant, ses mouvements étant un peu limités à cause de son costume, puis il soupira en desserrant un peu sa cravate. Il entendit ensuite des pas derrière lui, descendant les escaliers, et tourna la tête.

−Salut Jake, lança Madison d'un ton énergique, le rejoignant à grandes enjambées. Que se passe-t-il ?

Tony et Thor descendirent également les marches. Le blond salua l'invité d'un simple hochement de tête et resta en retrait, ne souhaitant pas intervenir à moins d'être sollicité tandis que Tony se dirigea directement vers le bar.

−Il est rare que je me déplace, et la dernière fois que j'ai mis les pieds ici, c'était il y a plusieurs mois. Mes associés et collègues… Ont insisté pour attendre quelques jours avant d'en parler à qui que ce soit, mais j'ai pensé que vous étiez les mieux placés pour nous aider à comprendre, déclara-t-il en se tournant vers eux, puis il reprit ; Il y a eu une nouvelle attaque.

−Quoi ? répondit Madison en fronçant les sourcils, demeurant aussi intriguée que l'étaient les deux autres. Où ça, en ville ?

−Plus ou moins, concéda Jake.

−Je n'ai rien vu aux informations ce matin, releva le propriétaire des lieux en revenant avec un verre, qu'il tendit à son ami, néanmoins soucieux. La seule explication logique que je vois est qu'il s'agissait d'une opération Gouvernementale qui a mal tourné…

−Plus ou moins, répéta-t-il.

−Bon, ça veut dire quoi, « plus ou moins » ? s'impatienta l'inventeur.

−Disons que le Gouvernement a plutôt décidé de ne rien révéler à propos de ce qu'il s'est passé cette nuit pour des raisons de sécurité. Les gens sont déjà suffisamment inquiets à cause des récents événements, à juste titre, alors autant ne pas les alarmer, soupira-t-il en sortant de sa poche un petit dispositif qu'il posa sur la table basse du salon, puis il appuya sur l'un des boutons et une image holographique d'environ un mètre de large représentant un endroit assez sombre apparut sous les yeux des quatre individus. Hier, je travaillais tard, et j'ai reçu un appel. Quelqu'un s'était infiltré là, dit-il en désignant l'image.

−Ce sont… Les égouts ? devina la jeune femme.

−En effet. On m'a demandé de rassembler une petite équipe et d'y aller, mais d'être aussi discret que possible. On ne devait croiser personne, c'était impératif pour ne pas éveiller les soupçons, et on m'a chargé d'arrêter cette personne et si possible, de l'arrêter et la ramener en vie.

−Qu'est-ce qui vous a alertés ?

−Un technicien qui travaillait à distance, et qui a remarqué un changement soudain et important d'ampérage au niveau des turbines souterraines, celles qui sont cachées sous Central Park et dont très peu de personnes connaissent l'existence.

−Et alors ? l'interrogea Tony. C'était peut-être simplement une petite défaillance, ou bien un autre technicien qui finissait de bosser, proposa-t-il.

−On nous a signalé le même type de phénomène à quelques kilomètres d'ici, dans une base sous-marine, ainsi que dans le Minnesota, le Nevada, la Caroline du Nord et le comté de Westchester, cette nuit également, affirma-t-il. Partout dans ces endroits, la même chose s'est produite et dans tous les cas, c'était la même personne, et tout ça s'est produit en moins d'une heure, affirma-t-il, le plus sérieusement du monde. On ne sait pas comment l'individu a fait pour voyager aussi rapidement, et c'est globalement pour cela qu'on nous a demandé de nous déplacer, mais… Ça ne s'est pas très bien passé.

−Comment ça ? le questionna Madison, un peu inquiète, le regardant vider son verre d'une traite.

−Quand on est arrivés sur place, on a fait attention aux endroits où on mettait les pieds, puis on a aperçu cette silhouette, expliqua-t-il en zoomant sur l'image à l'aide de sa main, et les trois héros purent voir quelqu'un plongé dans la pénombre, se tenant de dos par rapport à eux mais s'affairant sur l'une des turbines. Même si nous avons tout fait pour ne pas l'alerter, on s'est rapidement faits repérer et… C'est là que ça a quelque peu dérapé, souffla-t-il en lançant une sorte de vidéo, où l'on voyait Jake et ses hommes s'approcher à pas de loups de l'individu perturbateur, qui se retourna brusquement et projeta vers eux d'immenses pics de glace, qu'ils évitèrent de justesse.

−Qu'est-ce que c'est que ça… souffla Tony, happé par les images.

−Je ne sais pas trop, marmonna Jake, mais je ne te cache pas que ça n'a pas été une partie de plaisir... ajouta-t-il en se frottant brièvement le bras avant de faire avancer la vidéo, et la silhouette leur apparut plus clairement cette fois.

C'était une personne à l'allure élancée, couverte d'un ensemble peu commun ainsi que d'un casque, dissimulant l'intégralité de son crâne. Il était en revanche évident qu'il s'agissait d'une femme. La tenue en question qu'elle portait était faite de tissus de différentes teintes de bleu ainsi que de métal argenté brillant réparti sur ses bras, ses épaules et ses jambes, formant de petites écailles. L'entièreté de son bras droit était couverte tandis que le gauche était dénudé à partir de l'épaule jusqu'au poignet, sa main étant caché sous un gant. De grandes bottes rappelant les couleurs d'un océan profond et menaçant remontaient jusqu'au-dessus de ses genoux. Un manteau sans manches, comme une cape à grande capuche surplombait le tout, lui donnant une allure encore plus mystérieuse. Son casque comportait les mêmes couleurs : un mélange de bleu et de nuances plus sombres ne laissant apparaitre qu'une paire d'yeux perçants et lumineux, rappelant un glacier, mais étant trop loin par rapport à la caméra, ils ne purent voir que deux éclats dans la pénombre.

−… Tu as été blessé ? demanda alors la mutante à son ami.

−Rien de grave, lui assura ce dernier. On m'a envoyé moi, et je ne vois que deux possibilités : soit parce que je suis habitué à ce genre de situation de crise, soit parce que quelqu'un de plus haut placé espère se débarrasser de moi à cause de ma condition, lâcha-t-il en relançant la lecture de la vidéo, où on le voyait s'avancer sans peur vers son ennemie, à l'abris derrière un grand bouclier rectangulaire similaire à ceux qu'utilisaient les forces de l'ordre lors des émeutes.

−Tu as pu accéder à sa mémoire ? s'empressa de lui demander Tony, curieux.

−Non, soupira l'autre, et pourtant, je me trouvais suffisamment proche pour le faire. C'est pour cela que ça me laisse penser que ce n'était pas quelqu'un d'humain, parce qu'aucune personne ne m'a auparavant résisté comme ça. Tous ceux que j'ai visé, tous ceux dont je me suis « approprié » les souvenirs, jamais je n'avais éprouvé la moindre difficulté à le faire, déclara-t-il en se débarrassant de la veste de son costume, laissant apparaitre sa chemise blanche aux manches retroussées jusqu'à ses coudes ainsi que ses avant-bras partiellement égratignés, puis il alla déposer le vêtement sur le rebord d'un fauteuil.

−Mais qu'est-ce que cette personne faisait, concrètement ? l'interrogea l'inventeur.

−Elle installait d'étranges dispositifs qu'il nous a été impossible d'approcher ou désactiver. Nous ne pouvons pas les retirer ou les toucher, et même s'ils n'émettent que très peu d'ondes pour le moment inoffensives, nous ne savons toujours pas à quoi ils servent. Alors, si jamais vous avez une idée de l'identité de l'individu qui nous fout à ce point dans la merde, lança-t-il, ne faisant même plus attention à surveiller son langage, je serais ravi de vous écouter…

−… Je ne saurais pas vous donner son nom, mais je sais d'où vient ceci, dit alors Thor, sortant de son silence, en se permettant d'effectuer un zoom sur l'ensemble bleu de leur potentiel nouvel adversaire, ce qui étonna les trois autres. Cela fait partie de nombreux récits que l'on trouve sur Asgard.

−Quoi, cette tenue ? se moqua presque Tony, redevenant brusquement sérieux lorsqu'il se rendit compte que le dieu nordique ne plaisantait pas. Sérieusement ? poursuivit-il, puis il vit son ami acquiescer. Qu'est-ce qu'elle a de si spécial ?

−Elle dispose de certaines propriétés intéressantes, notamment celle de protéger son porteur du froid, mais cela fait plusieurs années que l'on n'a plus entendu parler d'elle, comme si elle avait disparu, ou si quelqu'un l'avait volée. Mais chaque asgardien sait qu'elle appartenait à Gaïa, affirma-t-il le plus naturellement du monde.

−Attends, c'était à Gaïa, ça ? répéta Madison, demeurant encore plus intriguée. Pourquoi ne m'en a-t-elle pas parlé ?

−Je n'en sais rien, peut-être elle-même n'était pas certaine de son emplacement. Mais techniquement, aujourd'hui, cela veut dire que cela te revient de droit.

−Une minute, reprit la jeune femme, ignorant délibérément la dernière partie de sa phrase, tu étais au courant ? Est-ce que tu savais qu'Eléa allait me choisir comme « descendante » ?

−Non, s'empressa-t-il de répondre, mais je savais que cette chose, enchaina-t-il en désignant l'ensemble, était à elle, et que quelqu'un l'avait potentiellement volée.

−Bonne nouvelle, on l'a retrouvée, ironisa Tony. D'autres particularités à signaler, histoire qu'on ne se fasse pas ramasser si on se retrouve face à… A qui que soit cette personne ?

−En plus d'être immunisée du froid, elle est protégée par la tenue, qui est plus solide qu'elle n'y parait, et d'après ces images… ajouta-t-il en revenant au moment où les pics de glace émergeaient du sol, on pourrait croire qu'il s'agit d'une Jotün, mais assez jeune alors, car sa taille ne correspond pas à celle qu'on les adultes, fit-il remarquer. Mais sa peau n'est pas bleue, alors à moins qu'elle ne se soit adaptée à son environnement, elle ne fait pas partie des Géants des glaces…

−C'est ce que j'ai pensé, releva Jake avant de se tourner vers Madison, bras croisés. Un avis, ou pas ?

−Je n'en sais trop rien, soupira-t-elle. Je ne connais à ce jour que deux terriens capables de faire ça ; Robert Drake et moi. Etant donné le fait que Bobby ne soit pas une femme et qu'il soit surtout l'une des personnes les plus pacifistes que je connaisse, ce n'est certainement pas lui. Quant à moi, je ne me rappelle pas spécialement m'être levée cette nuit pour aller foutre le bordel à travers tout le pays, puisque la nuit, je dors…

−Sûre ? De toutes façons, je ne capte rien d'étranges dans vos auras, elles me semblent plus ou moins normales…

−Elle dormait, confirma Thor, n'aimant pas les insinuations douteuses du second mutant. J'en suis certain.

−Je ne demande même pas à savoir comment tu peux en être aussi sûr, commenta Tony, un peu bougon, étant donné le fait que je vous ai retrouvé dans la même chambre ce matin… lâcha-t-il, ce qui fit légèrement rougir l'asgardien tandis que la jeune femme resta de marbre, se jurant pourtant intérieurement d'en toucher un mot à son frère un peu plus tard. Mais passons. Qu'attends-tu de nous, Jake ?

−Que vous restiez sur vos gardes. Si jamais un nouveau phénomène similaire se produit, vous serez les premiers informés, leur promit-il en se frottant un peu le bras.

−Tu es sûr que ça va ? lui lança Madison, le voyant faire. D'après ce qu'on a vu, ce n'était pas qu'un simple petit affront de rien du tout, et tu as l'air de t'en être pris… Disons, plein la gueule, souligna-t-elle en montrant brièvement les images qui continuaient de défiler.

−Ne t'en fais pas, je m'en remettrai. Mais fais attention à toi. J'ai vu ce dont ces créatures étaient capables, et elles en ont visiblement après toi, alors surveille tes arrières. Mais je dois avouer que je ne m'en fais pas trop, puisque tu es très bien entourée, ajouta-t-il en désignant les deux autres hommes. Et si vous, de votre côté, vous remarquez quelque chose de suspect…

−On pensera à toi, c'est promis, enchaina Tony. Bon, vous n'avez pas du boulot, Monsieur le Procureur ? Ce n'est pas que je te chasse, mais presque, parce qu'entre toi qui scannes nos auras et peut plonger dans nos souvenirs si tu te trouves suffisamment proche et ma sœur qui sait faire à peu près la même chose, je ne me sens pas spécialement en sécurité, poursuivit-il d'un ton plutôt blagueur, ce qui lui valut une tape amicale sur l'épaule de la part de Madison.

−Tu as raison, je dois filer, confirma Jake en récupérant sa veste. Je ne vais pas vous déranger plus longtemps, j'ai une pile de travail qui m'attend après les attaques de cette nuit. Je vous laisse les enregistrements, au cas où vous avanceriez de votre côté sur l'affaire, jugea-t-il important d'ajouter, se dirigeant vers la porte, suivi de près par Tony.

−Je te raccompagne, dit-il simplement.

−Merci. Madison, Thor, faites attention à vous, leur recommanda-t-il gentiment, on risque d'avoir besoin de vous si les choses s'enveniment davantage dans les rues… A plus tard, acheva-t-il en disparaissant derrière la porte, suivi de l'inventeur, qui jeta néanmoins un dernier rapide coup d'œil derrière lui, se demandant s'il devait laisser les deux autres seuls, mais il décida de tout de même raccompagner le procureur en bas, comme promis.

Les yeux bruns de Madison reportèrent leur attention sur l'hologramme de l'individue perturbatrice, sur sa tenue en particulier, qu'elle trouvait intrigante, élégante et majestueuse, pleine d'histoires, suscitant un grand nombre de questions. La mutante pencha légèrement la tête sur le côté, réfléchissant intensément, presque admirative, tandis que Thor l'observait silencieusement.

−Alors… Ça appartient à Gaïa, souffla la jeune femme, impressionnée par ce qu'elle voyait, effleurant du bout des doigts l'ensemble bleu et gris qui était affiché devant eux, et l'homme s'approcha lentement d'elle et lorsqu'il se trouva dans son dos, il posa ses mains sur ses épaules.

−Ce qui veut dire que c'est à toi, déclara-t-il calmement, la sentant pourtant se tendre un peu.

−Je… Je ne suis pas… « Gaïa », protesta-t-elle.

−Bien sûr que tu l'es, mais je pense que tu as peur de tout ce que cela implique, ce qui est normal, la rassura-t-il en se plaçant face à elle. Tu ne t'en rends peut-être pas compte, mais dit-toi que tu es presque l'équivalent d'une divinité, et si je dis « presque », c'est juste parce que tu n'es pas encore révélé l'entièreté de ta puissance. Mais pouvoirs ou pas, cela ne change rien au fait que tu sois quelqu'un de merveilleux, affirma-t-il, ce qui la fit baisser les yeux et rougir légèrement. N'en doute jamais, d'accord ? Et quand bien même tu en douterais un jour, enchaina-t-il sans trop lui laisser le temps de répondre, je serai là pour te le rappeler.

Madison se perdait peu à peu dans son regard qui lui rappelait un océan calme sous un ciel clair, ressentant toute forme d'angoisse ou de nervosité abandonner son organisme. Depuis la veille, malgré cette douleur qui la tiraillait dans ses poumons et sa cage thoracique en général, elle avait l'impression de se sentir libérée d'un énorme poids. Elle s'apprêta à lui parler lorsqu'elle le vit regarder derrière elle en fronçant les sourcils, ce qui la perturba. Thor, lui, eut une sorte de bref flash dans lequel il voyait quelqu'un portant cette tenue s'élancer sur un terrain fait de glace brillant sous un reflet de lune, la rendant éclatante et même aveuglante à certains endroits.

−Quoi, qu'est-ce qu'il y a, lui demanda-t-elle d'une voix douce en se tournant, ne voyant rien d'autre que l'hologramme et le reste de la vaste salle de séjour, donc rien qui puisse paraitre inquiétant. Thor, qu'est-ce qu'il y a ?

−… Pardon ? lança-t-il après un court instant en se focalisant sur elle, récupérant un air plus serein. Oh, rien, ne t'en fais pas, j'étais simplement perdu dans mes pensées, la rassura-t-il en esquissant un sourire², et je me suis laissé porter par celles-ci. De plus, je n'ai pas énormément dormi ces derniers temps, alors je suppose que ma fatigue me joue des tours.

−Tu vois ce que c'est de tout le temps s'inquiéter, lui dit-elle en souriant également. Tu veux retourner te reposer ?

−Je te remercie de te montrer aussi bienveillante, lui répondit-il, mais ça ira, je t'assure, ajouta-t-il en la voyant aussi préoccupée, puis il s'approcha un peu plus d'elle et l'attrapa délicatement par la taille. Et puis de toutes façons, même si je n'allais pas bien, TON bien-être passe avant tout…

−Quel gentleman tu fais, déclara-t-elle en se collant davantage à lui, alors l'homme l'entoura de ses bras d'un geste tendre et protecteur, ce qui ravit la jeune femme. Mais s'il te plait, ne t'épuise pas pour rien, ok ? Je pense qu'on a assez d'une personne en plus au moins mauvaise santé dans la tour, non ? dit-elle en le voyant détourner le regard, comme si parler du fait qu'elle ne soit pas au meilleur de sa forme le perturbait. Hey… murmura-t-elle en posant sa main sur sa joue afin qu'il la regarde à nouveau. Ne fais pas cette tête…

−Madison, je…

Elle l'interrompit en posant délicatement un doigt sur ses lèvres, ce qui le fit presque frissonner et ses yeux plongèrent dans les siens.

−Je sais ce que tu vas dire… souffla-t-elle d'une voix à peine audible. Mais… S'il te plait, je n'ai pas envie qu'on parle de ça pour le moment…

−En fait… reprit-il après quelques secondes de réflexion et en employant un ton plus enjoué, voyant que parler de choses négatives semblait énormément la déranger, j'étais en train de me dire… Que… Eh bien, ton frère nous a vus, ce matin…

−… Oh. Oui, je… N'avais pas vraiment réfléchi à ça, pour être honnête, déclara-t-elle en récupérant de l'assurance dans sa voix. Mais j'ai bien cru qu'il aurait pu assassiner quelqu'un d'un simple regard, ajouta-t-elle, presque amusée.

−Je pense qu'il est en colère contre moi, affirma Thor.

−Pourquoi le serait-il ? QUI dans cet Univers pourrait t'en vouloir pour quelque chose alors que tu es la gentillesse et la bonté incarnées ? s'exclama-t-elle, ce qui le fit sourire.

−Eh bien… Toi, tu m'en as voulu… Parce que je suis parti, rappela-t-il.

−… Ce n'était pas à toi que j'en voulais, avoua-t-elle en baissant la tête. J'étais… Egoïste, parce que je voulais que tu restes sur Terre, avec nous, alors que je savais pertinemment que le reste du monde avait besoin de toi. Je m'en voulais parce que je n'arrivais pas à me faire à l'idée qu'à chaque fois que tu viendrais nous rendre visite, tu devrais ensuite repartir pendant au moins plusieurs mois.

Il soupira et déposa un baiser sur son front avant de la serrer contre lui, une délicate odeur florale venant chatouiller ses narines. Il inspira plus profondément ce parfum en souriant tout en fermant les yeux. Il savait que cela venait d'elle et qu'il n'y était pas insensible. Ils restèrent ainsi, enlacés, durant une dizaine de secondes jusqu'à ce que Madison ne s'écarte de lui.

−Ce n'est pas que je ne suis pas bien, là, mais je meurs de faim, lança-t-elle. Je vais aller me chercher un truc à manger à la cuisine. Tu veux quelque chose ?

−Non, je te remercie, répondit-il, déclinant son offre. A plus tard, alors… ?

−A plus tard, acquiesça-t-elle en s'éloignant, le laissant seul dans la salle de séjour.

L'asgardien la regarda partir, se sentant bien mieux que la veille. Il se rendit compte qu'il y avait bien longtemps qu'il n'avait pas éprouvé tant de joie malgré une situation plutôt compliquée. Il s'en voulait toujours de s'en être allé après ce qu'il s'était passé avec Lydra, mais ses regrets s'estompaient peu à peu, au fur et à mesure qu'il passait du temps en compagnie des midgardiens dont il était le plus proche. Il vit alors Tony revenir, une tablette entre les mains, marchant à grandes enjambées. Ce dernier récupéra le dispositif laissé par Jake et fit demi-tour, sous le regard intrigué du blond, mais il s'arrêta en route pour jeter un bref coup d'œil derrière lui.

−Tu viens ? lui lança-t-il. On a du boulot, ajouta-t-il en lui faisant signe de le suivre, ce que Thor fit sans répliquer.

Ils marchèrent ensemble vers l'ascenseur et entrèrent dedans, le milliardaire restant penché sur son appareil électronique et le dieu nordique se tenant droit, mains dans le dos. Il n'osait pas parler, après que Tony les ait surpris, lui et Madison, et aussi après la petite remarque qu'il avait faite plus tard à ce sujet, tant il était gêné. Il prit cependant son courage à deux mains pour prononcer quelques mots n'ayant pourtant rien à voir avec ce qui le tourmentait, trouvant le silence un peu trop pesant.

−… Jefferson est parti ?

−Oui, il avait du travail, répondit l'inventeur, les yeux rivés sur sa tablette.

Thor soupira, pensif, n'arrivant pas à analyser le timbre de voix de son ami. Il ignorait s'il devait se sentir mal à l'aise ou non en sa présence, tant le visage du brun restait de marbre lorsqu'il s'exprimait.

−… Pour, hum… Pour ce matin… reprit-il.

−Et moi qui pensais que tu faisais tout pour éviter le sujet, releva l'autre homme sans le regarder. Eh bien ?

−Je me disais… Que… Disons, que tu… Je voulais…

−Tu voulais quoi, le coupa-t-il en éteignant l'écran pour enfin croiser son regard. Mon accord ? Ma bénédiction, peut-être ? Ecoute, ma sœur est suffisamment grande pour prendre des décisions, et ce n'est sûrement pas moi qui vais l'empêcher d'être avec celui qu'elle aura choisi, déclara-t-il. J'ai bien vu qu'elle était heureuse avec toi. Et puis, ton regard aussi, je l'ai vu.

−Mon regard ? répéta l'asgardien, n'étant pas certain de comprendre.

−La façon dont tu te comportes aussi, dès qu'elle entre dans la pièce où tu es. La manière que tu as d'avoir l'air d'aller mieux, tout à coup, et puis surtout, l'air avec lequel tu l'observes. Et ce n'est clairement pas depuis que tu es revenu que j'ai remarqué ça, je vois bien que ça date d'avant, fit-il remarquer. Je suis bien moins idiot que certains le prétendent certains, tu sais ? lança-il en arquant un sourcil. On ne regarde pas quelqu'un pour qui on n'éprouve rien de plus que de l'amitié de cette façon et oui, je fais notamment référence au fait que tu aies failli fondre sur place quand tu as vu ma sœur entrer dans la grande salle de bal sur Arcturus IV il y a quelques mois, affirma-t-il, voyant alors le blond baisser un peu les yeux.

−… Alors… Est-ce que ça te…

−Si ça me dérange ? devina Tony. Je ne vais te demander qu'une seule chose, donc écoute-moi attentivement. J'ai toute ton attention ? lui demanda-t-il, et Thor hocha la tête pour lui signifier que c'était le cas. Très bien. Alors, ne la déçois pas. Compris ? insista-t-il et une fois de plus, l'autre acquiesça. Parfait, alors n'en parlons plus, acheva-t-il en sortant de l'ascenseur.

−Attends, Tony, reprit Thor en suivant ses pas, c'est… Merci.

−Pourquoi tu me remercies ? C'est elle qui a choisi, et non moi qui vous ai donné une quelconque autorisation. Sache simplement que je serai là pour l'épauler et que tu n'as tout simplement pas intérêt à ce qu'elle soit malheureuse, dit-il en avançant dans le couloir. Tu sais, le jour où Maddie est née, j'ai été le premier, après les médecins et sages-femmes, à la voir. Notre mère était trop fatiguée et mon père était coincé sur la route, alors c'est à moi qu'on l'a confiée. Et j'ai été le premier à l'aimer. A la tenir dans mes bras. A promettre de la chérir et la protéger au péril de ma vie, que malgré les barrières que nous imposerait le destin, Elle aurait toujours la première place dans mon cœur. J'ai été le premier à sentir les battements du sien lorsque je la tenais contre moi. A apercevoir la pureté de son regard qui, je le savais, deviendrai espiègle et rieur avec les années… Le premier à lui parler, lui dire que je l'aimerais au-delà de toutes les limites, quoi qu'il arrive. Mais je savais que le jour viendrait où cela serait vers un autre homme qu'elle se tournerait et même si je redoutais cet instant, je savais que je ne pourrais rien contre. Alors je dois m'y faire, c'est tout. Et si c'est avec toi qu'elle a décidé d'avancer, alors je respecte sa décision. En plus, il y a une part de moi qui est soulagée que cela soit toi et pas un autre, Blondie, affirma-t-il en poussant la porte de son laboratoire.

Thor, qui l'avait écouté avec énormément d'attention jusqu'au bout, entra à sa suite, flatté que Tony lui ait confié tout ça sur son passé. Il manqua de lui rentrer dedans car perdu dans ses pensées, il ne s'était pas rendu compte que ce dernier s'était arrêté. Il remarqua alors que Madison était confortablement installée dans l'une des chaises, les jambes étendues sur la partie dégagée du bureau, un ordinateur portable ouvert sur le meuble et un donut entamé entre les mains.

−Ah, vous voilà ! s'exclama-t-elle. Je me demandais quand est-ce que vous comptiez arriver…

−Ca travaille dur, à ce que je vois, plaisanta son frère. Qu'est-ce que tu fais ici ?

−Je viens vous aider, bien sûr, déclara-t-elle comme s'il s'agissait d'une évidence. Visiblement, il ne te reste plus que quarante-neuf virgule vingt-huit pourcents avant d'atteindre la moyenne de chances de réussite dans la confection d'un traitement pour moi ? Ça va, tu avances bien, se moqua-t-elle gentiment, achevant son donut, tandis que Tony se tourna vers Thor, un sourire naissant au coin de ses lèvres et qu'il lui dit simplement ;

−Et c'est exactement pour ça que je te la laisse… ce à quoi il reçut une bouteille vide en plastique à la figure. Hey ! protesta-t-il, regardant à nouveau sa sœur, puisque le projectile venait de sa direction.

−Ce n'était pas moi, se défendit-elle. C'était Friday.

C'est faux, Monsieur, répliqua du tac au tac l'Intelligence Artificielle.

Tony se mit à rire tandis que Madison leva les yeux au ciel en marmonnant qu'elle ne pouvait même plus faire confiance à l'I.A. pour la défendre, ce à quoi l'inventeur répondit juste qu'il était temps qu'ils se mettent au travail.