Live like you were dying-Tim McGraw
1er janvier 2017
. . . . . . . .
Accoudée au balcon, Madison scrutait la ville qui s'étendait sous un ciel éclairé par de nombreux feux d'artifice époustouflants et de grande envergure. Minuit avait sonné environ une heure plus tôt, mais les gens continuaient à fêter le début de cette nouvelle année, même si tout était désormais beaucoup plus calme que lorsque les douze coups avaient retenti. Elle se félicitait mentalement d'avoir mis une robe avec des manches longues, qui empêchaient le vent froid de frapper ses bras, mais cela ne la dérangeait en rien qu'il souffle sur son visage dégagé. Un mince courant d'air entrainant dans sa course quelques flocons de neige passa à proximité d'elle, tourbillonna un instant puis se fondit dans l'air. Elle sentit quelqu'un se placer derrière elle, l'enlacer avec beaucoup de douceur puis poser son menton sur son épaule droite. Elle ferma les yeux en souriant et lâcha un petit soupir de bien-être.
−Bonne année, Mademoiselle Stark… murmura Thor.
−Bonne année, Monsieur Odinson, répondit-elle dans un souffle. J'imagine que tout le monde est parti se coucher, à cette heure-ci…
−Ton frère a permis à Natasha et Happy de s'installer dans les chambres d'amis à l'étage pour la nuit, puis il a rejoint Pepper en me demandant de m'assurer que tu ne veilles pas trop tard, précisa-t-il.
−Je n'ai pas envie de dormir, soupira-t-elle en rouvrant les yeux afin d'observer la ville. Je ne suis absolument pas fatiguée, j'ai l'impression que je pourrais tenir toute la nuit sans me reposer, même si je sais que je risque de le regretter d'ici quelques heures… Ça te dit qu'on s'échappe de la tour ? lui proposa-t-elle malicieusement en tournant la tête vers lui afin de croiser son regard, et elle trouva qu'il paraissait surpris par sa proposition. J'ai envie de fuir un peu cet endroit… Pas longtemps, hein, juste pendant une heure ou deux… Changer d'air, si tu veux…
−Tony n'avait-il pas précisé qu'il préférait que tu restes ici ?
−Il n'en saura rien, répondit la jeune femme, ça serait juste une petite escapade de rien du tout…
Thor sembla réfléchir à la question, son regard se perdit momentanément dans le vide. Il pesa le pour et le contre, se demandant s'il était vraiment prudent et judicieux de quitter la Tour Stark après tout ce qu'il s'était passé, d'autant plus aussi tardivement dans la nuit. Les yeux de la brune le suppliaient presque d'accepter sa demande et au fond de lui, il n'avait clairement pas envie de refuser.
−… As-tu un endroit en tête ? dit-il finalement, ce qui fit sourire la jeune femme.
−Laisse-moi aller chercher un manteau, et on y va, lui répondit-elle, de très bonne humeur, avant de quitter le balcon pour rentrer.
. . . . . . . .
Madison et Thor marchaient sur les sentiers couverts de neige de Central Park. Quelques flocons s'étaient remis à tomber dès l'instant où ils avaient quitté la tour. Les deux individus avaient été « surpris » par Friday, qui leur avait cependant assuré qu'elle ne réveillerait pas le propriétaire des lieux à conditions qu'ils soient rentrés avant trois heures du matin. Simple mesure de précaution mise en place par Tony. Mais pour l'instant, c'était la dernière chose dont les deux personnes se préoccupaient. Ils vivaient un moment assez banal, ce qui les changeait de leurs habitudes. Pas de conflits, pas d'attaques orchestrées par ils ne savaient quelle personne pourvue de mauvaises intentions, pas de brusque montée d'adrénaline. Ils n'étaient qu'un duo passant inaperçu, se promenant tranquillement dans un espace de verdure très paisible mais néanmoins fréquenté.
Chacun avait revêtu une paire de gants à cause des basses températures, mais ça ne les avait pas empêchés de se prendre timidement la main au bout de quelques minutes. La jeune femme s'était pourtant légèrement écartée de lui et s'était mise à marcher un peu plus lentement afin de réajuster convenablement le bonnet blanc qu'elle avait enfilé et resserrer son écharpe de la même couleur autour de son cou, puis elle reprit sa marche comme si de rien n'était, ses bottines laissant des tracés réguliers dans la neige. Elle avait préféré changer de chaussures avant de sortir, sachant que cela ne serait pas pratique de se déplacer dehors avec des talons hauts par un tel temps.
−Tu ne m'as jamais vraiment expliqué comment s'est passée ta « rencontre » avec Tony, lorsque vous vous êtes croisés en deux-mille dix, dit alors l'homme en la regardant. Vous ignoriez bien sûr que vous faisiez partie de la même famille, mais j'ai cru comprendre qu'à cette époque, vous ne vous appréciez pas réellement…
−Disons que Fury nous avait demandé, à Tasha et moi, de garder un œil sur lui… Alors qu'il savait pertinemment que je détestais jouer la nounou pour les autres, sauf lorsque j'en avais vraiment envie. Alors en effet, on ne s'est pas très bien entendus… Pendant que Nat s'occupait de la menace extérieure, je m'occupais de celle de l'intérieur, autrement dit la santé de Tony qui se détériorait. Je l'ai aidé à trouver quelque chose qui l'aiderait à s'en sortir, puis j'ai participé à la destruction des robots auxquels il faisait face et j'ai disparu dans la nature sans laisser de trace, comme je l'ai si souvent fait… Et en deux-mille quatorze, Fury m'a mise sur une nouvelle mission et cette fois-ci, c'était avec vous…
−Je me souviens que tu avais précisé que tu te trouvais à New-York, lorsque mon frère y a ouvert des portails donnant un accès à votre planète aux Chitauris… Mais que Nick Fury t'avait justement empêchée d'intervenir parce qu'il souhaitait savoir si nous étions capables de nous entendre au point que l'équipe soit soudée. C'est étrange, comme manière de faire…
−Tu sais, cela fait longtemps que le projet « Avengers » trainait dans un coin de son esprit, affirma la mutante. Je me souviens, lors de mon arrivée au Shield en mille-neuf-cent quatre-vingt-quinze, de la première fois que je l'ai entendu en parler… Il avait disparu pendant quelques jours on ne sait où, et il n'était pas encore le grand patron, à l'époque… A son retour, il a eu cette idée, qui sortait de nulle part…
−Quel âge avais-tu ? Douze ans, n'est-ce pas ?
−Douze ans, oui, confirma-t-elle. Ça peut paraitre… Aberrant, quand on y pense, d'engager une enfant dans un système pareil, mais Nick m'avait repérée depuis un moment déjà. Et puis, en ce temps-là, je ne participais à aucune mission, bien entendu… Je ne faisais que m'entrainer, j'apprenais à me défendre… Logan avait l'air réticent en apparence, mais je savais qu'au fond, cela le rassurait de savoir qu'en cas de problème, je pouvais me débrouiller seule… Clint est arrivé plus tard, et on s'est immédiatement bien entendus, lui et moi. Par contre, qu'est-ce qu'on en a enfreint, comme règles… ajouta-t-elle, souriant à la pensée de ce souvenir. Aucun de nous n'était vraiment un « agent » régulier. C'était une sorte… De stage, en fait. Oui, voilà, un stage… Puis, quand on a grandi, qu'on est devenus adultes, Clint a décidé d'y consacrer tout son temps pendant que de mon côté, je restais surtout avec les autres mutants au manoir.
Thor sourit également, puis il soupira quelques secondes plus tard, ce qui intrigua la jeune femme.
−Tout va bien ? s'enquit-elle.
−Oui, oui… C'est juste que… Je trouve cela dommage que les Avengers se soient séparés, après tout ce qu'ils ont traversé ensemble, avoua-t-il. Nick Fury a dû être triste de voir son projet de longue date tomber à l'eau… Peut-être que ce n'est que temporaire ?
−Que veux-tu dire ?
−Comme une sorte de mauvaise passe, expliqua-t-il. Chaque membre du groupe a quand même réussi à surmonter de lourdes épreuves, alors je persiste à croire que les Avengers se reformeront un jour, même si cela doit prendre des années, affirma-t-il, sûr de lui, et Madison ne put s'empêcher de sourire face à tant d'engouement. Tu as été l'une des premières personnes, si ce n'est LA première à entendre parler de ce projet, tu dois donc te douter, au fond de toi, que ce n'est peut-être pas terminé ?
−Peut-être… concéda-t-elle. Il avait… Cette idée, de rassembler des personnes qu'il jugeait remarquables… C'était une bonne idée, en soi…
−Je me pose quand même une question concernant tout cela… Comment se fait-il que tu ne sois pas devenue une Avenger avant deux-mille quatorze ? Nick Fury a pourtant l'air de te faire entièrement confiance, alors pourquoi avoir attendu ?
−Oh, il n'a pas vraiment attendu… En fait, il me l'a proposé il y a très longtemps, mais j'ai refusé.
−Tu as refusé ? répéta-t-il, perplexe.
−Je ne voulais pas appartenir à un groupe en particulier, et je préférais d'abord me concentrer sur le développement de mes pouvoirs avant toute autre chose… Alors il m'a signifié que lorsqu'il sentirait que je serais prête, il ferait officiellement de moi une Avenger, même si selon lui, je l'étais déjà… Mais ça, c'est quelque chose dont seuls les agents du Shield sont au courant, précisa-t-elle. Oui, je n'aime pas trop que ça s'ébruite…
−Pourtant, tu viens de m'en parler.
−Eh bien, disons que j'ai confiance, déclara-t-elle avec un sourire, tandis qu'ils continuaient de s'aventurer sur les sentiers blancs du parc, jusqu'à ce qu'ils atteignent le grand lac où ils avaient affronté, quelques jours plus tôt, les trois géants des glaces. On dirait que tout est revenu à la normale… souffla-t-elle en voyant quelques personnes patiner sur l'épaisse couche de glace qui recouvrait l'eau tandis que plusieurs dizaines de mètres plus loin, un périmètre avait été délimité autour du trou qu'avaient fait les Jotüns, ce qui ne semblait pourtant pas déranger les new-yorkais qui se trouvaient à proximité. Comme si rien ne s'était produit, ajouta-t-elle.
−En effet, soupira-t-il. Mais n'est-ce pas mieux ainsi ? Il est plus prudent pour les gens qu'ils ne sachent pas ce qu'il se passe vraiment.
−C'est vrai, confirma-t-elle. Et… reprit-elle, réfléchissant un instant, puis en l'entrainant vers le bord du lac. Je te propose de faire la même chose, d'oublier un instant tout ce qui nous tracasse, de faire comme tout le monde et de profiter de ce début d'année…
−Où veux-tu en venir ? l'interrogea-t-il, curieux.
−Est-ce que tu me fais confiance ? lui lança-t-elle avec un regard espiègle.
−Bien sûr, répondit-il, amusé.
A peine eut-il répondu que la mutante claqua des doigts et quelques étincelles apparurent entre ceux-ci. Il fronça légèrement les sourcils, intrigué, puis elle lui fit signe de baisser les yeux, ce qu'il fit dans l'instant. Il fut alors étonné de voir quel leurs deux paires de chaussures étaient désormais pourvues de lames de glace, ce qui leur donnait un aspect semblable à ces patins que portaient les quelques individus qui évoluaient déjà sur le lac gelé.
−Qu'est-ce que…
−Allez, suis-moi, lui proposa-t-elle en l'entrainant à sa suite, le tenant néanmoins par la main, voyant qu'il demeurait très peu confiant, puis ils se retrouvèrent sur la glace scintillante. Tu n'as jamais patiné, à en juger par l'air apeuré que je peux lire sur ton visage ? lui demanda-t-elle doucement.
−Je n'ai pas peur, affirma-t-il, sentant cependant une petite pointe d'inquiétude naitre en lui, tandis que ses doigts gantés se resserrèrent autour de ceux de Madison.
−N'aie pas peur, je te tiens, lui assura-t-elle en reculant, le faisant ainsi avancer, captant en même temps son regard afin qu'il ait quelque chose à quoi se raccrocher, cherchant à le rassurer, ce qui fonctionna plus ou moins car elle le sentit se détendre petit à petit. Tu vois, tu t'en sors pas si mal, constata-t-elle.
Thor se calma, la présence de la midgardienne à ses côtés l'apaisant grandement. Il était vrai qu'il n'avait jamais eu recours à cette pratique, mais à la simple idée que ce soit Madison qui lui apprenne, il n'avait pas peur. Pourquoi aurait-il peur, de toutes façons ? Jamais il n'avait réussi à entièrement mettre sa fierté de côté, et le fait qu'il soit un dieu lui rappelait qu'il ne pouvait pas être angoissé pour si peu. C'est donc d'un air bien plus confiant qu'il suivit les indications que lui donnait la jeune femme et imita ses gestes. Ils avaient beau s'écarter du bord, les craintes de l'asgardien s'envolaient peu à peu.
−Tu as l'air douée, commenta-t-il soudainement. Que sais-tu faire ?
−Oh, pas grand-chose, mais disons que je me débrouille, répondit-elle en les faisant aller un peu plus vite, et l'homme pris rapidement le pas. Tu veux que je te laisse essayer seul ? lui proposa-t-elle en le regardant dans les yeux avec un petit sourire en coin.
−Ma professeur en aurait-elle déjà assez de moi ? lui lança-t-il malicieusement.
Elle n'eut pas le temps de répliquer car l'homme vacilla et chuta, l'entrainant avec elle et ils se retrouvèrent à terre. Thor ne se fit pas mal lorsqu'il heurta la glace et la mutante se retrouva au-dessus de lui. Ils échangèrent d'abord un regard inquiet, craignant que l'autre se soit blessé en tombant et lorsqu'ils se rendirent compte que ce n'était pas le cas, ils rirent doucement, à la fois rassurés et amusés, puis ils soupirèrent à l'unisson.
−Non, répondit-elle finalement, mais ça m'aurait évité de me retrouver comme ça, souffla-t-elle, ses longs cheveux caressant les joues du blond. Quoi que, cela ne me déplait pas spécialement…
−Viendrais-tu de tomber amoureuse ? l'interrogea-t-il en souriant.
−Est-ce que tu viens tout juste de faire un jeu de mot digne de ceux de mon frère ? s'étonna-t-elle, ce qui amusa encore plus Thor, avant de se remettre à rire. C'était plutôt inattendu, reconnut-elle, mais il est hors de question que je réponde à ça…
−Dans ce cas, laisse-moi t'affirmer que c'est le cas, pour ma part, avoua-t-il sans ciller, s'attendant presque à la voir se redresser et s'éloigner car elle trouverait que cela fait beaucoup à assumer, mais il fut surpris de la voir rester en place et entrelacer leurs doigts.
−Quel romantique vous faites, votre Altesse… déclara-t-elle avant de s'écarter pour se redresser, puis elle aida l'asgardien à faire de même, allez, on se lève avant de faire une hypothermie, ajouta-t-elle et cette fois-ci, ce fut elle qui manqua de tomber, mais il rattrapa à temps. Eh bah… heureusement que tu es là…
−Je ne te laisserai plus tomber, dans tous les sens du terme, précisa-t-il plaçant une main dans son dos pour qu'ils se rapprochent l'un de l'autre tandis que leurs souffles s'entremêlèrent. Et je te promets que je vais tout faire pour te sauver, poursuivit-il en caressant la joue de Madison de sa main libre.
Elle fut hypnotisée par ses yeux bleus, qu'elle trouvait de plus en plus magnifiques à chaque fois qu'elle les voyait. Elle ne mit pas autant de temps que la première fois pour s'approcher davantage et l'embrasser avec beaucoup de tendresse. C'est avec passion que Thor lui rendit son baiser, passant sa main dans sa nuque afin d'approfondir le contact. Le vent se leva, faisant voleter leurs cheveux mais plus rien d'autre n'existait que la personne avec qui ils étaient. Cela dura de longues secondes, jusqu'à ce qu'ils se séparent après avoir « aperçu », malgré les yeux clos, un flash dirigé vers eux. Lorsqu'ils regardèrent brièvement autour d'eux, ils virent, environ trente mètres plus loin, un buisson bouger, puis plus rien.
−Qu'est-ce que c'était ? s'exclama Thor, aux aguets.
−Hey, détends-toi, le rassura-t-elle, c'était sûrement un flash d'appareil photo, rien à craindre…
−Rien à craindre ? Pourquoi quelqu'un nous aurait photographiés, je ne comprends pas.
−Sûrement parce que les gens viennent tout juste de voir deux Avengers s'embrasser en public, au beau milieu d'un lac gelé ? proposa-t-elle. Crois-moi, même si c'était un paparazzi ou je ne sais quoi, ça va en faire parler pendant quelques jours, puis tout le monde passera à autre chose…
−Si tu le dis… soupira-t-il en haussant simplement les épaules, puis il sentit Madison manquer de tomber une nouvelle fois, mais pas par maladresse. Que t'arrive-t-il ? lui demanda-t-il en la retenant par les bras.
−Rien qu'un coup de fatigue, ne t'inquiète pas, le rassura-t-elle avec un petit sourire.
−Certaine ? insista-t-il, et elle acquiesça. Bien… Veux-tu que l'on reste encore un peu ? lui proposa-t-il.
−Eh bien… Je pense que tu as encore besoin d'une leçon ou deux en ce qui concerne le patinage, plaisanta-t-elle, lui reprenant doucement les mains. Prêt ?
−Ai-je le choix ? soupira-t-il en faisant mine de ne pas avoir envie de continuer, mais conservant son sourire charmeur, et ils reprirent leur « entrainement ».
. . . . . . . .
Madison paya le vendeur et s'éloigna de la petite cahute, deux gobelets remplis à ras-bord d'un liquide fumant entre ses mains, puis elle rejoignit l'asgardien et lui tendit l'une des boissons. Il la remercia avant de s'en emparer puis gouta le breuvage, qu'il trouva délicieux. Un simple chocolat chaud, mais par de si basses températures, cela faisait du bien. Il regarda la petite file de personnes qui attendaient sagement leur tour devant le stand où deux personnes s'affairaient à préparer des boissons chaudes. C'était la première fois qu'il voyait cette infrastructure à proximité de Central Park, mais la mutante lui avait expliqué que c'était tout simplement parce que les deux individus s'installaient là pendant les fêtes de fin d'année uniquement.
−J'aimais bien me promener dans les rues les soirs de fête avec Tony, lorsque j'étais enfant, lui confia-t-elle. Je me souviens de l'année où nos parents nous ont accompagnés… Notre père avait l'habitude de travailler jusqu'à pas d'heure, et notre mère se couchait très souvent assez tôt… Mais en quatre-vingt-dix, lors de notre dernier Noël en famille, nous étions tous les quatre réunis, se souvint-elle. J'avais sept ans… Mais je m'en rappelle comme si c'était hier, affirma-t-elle en faisant apparaitre, à l'aide de la magie qui coulait dans ses veines, une image dans sa main gauche, représentant les membres de la famille Stark, le soir du vingt-cinq décembre mille-neuf-cent quatre-vingt-dix, arpentant joyeusement les rues enneigées de New-York. Pour une fois, je voyais en notre père quelqu'un de chaleureux et extrêmement attentionné… Je le voyais tel qu'il était réellement, au final, et je ne comprenais pas pourquoi il passait ses jours à cacher cette part de lui derrière un masque d'indifférence et de sérieux… Maintenant, lorsque j'y repense, je comprends qu'il faisait surtout tout pour garder la tête froide, dit-elle simplement en faisant disparaitre l'image avant de boire une gorgée de chocolat chaud.
−Peut-être avait-il du mal à vous dire qu'il vous aimait, mais il le pensait, c'est certain, affirma Thor.
−Nous aussi, nous l'aimions, soupira-t-elle. Bien plus qu'il ne l'a jamais su…
Voyant son regard se perdre dans le vide et s'assombrir un peu, il posa deux doigts sous son menton et lui fit relever légèrement la tête en lui offrant un sourire réconfortant, auquel elle mit un moment à répondre, puis il caressa sa joue de son pouce.
−Il serait très fier de toi, déclara-t-il. De vous deux, de ce que vous êtes devenus.
−Tu crois… ?
−J'en suis persuadé. Tu sais, j'ai parfois la même impression avec mon propre père… Comme l'était le tien, c'est un homme important qui a énormément de responsabilités, et j'ai à de nombreuses reprises cru qu'il nous délaissait. Pourtant, en grandissant, j'ai compris que même s'il était très occupé, il ne nous en aimait pas moins pour autant. Et je pense qu'Howard Stark lui ressemblait en plusieurs points.
−J'aurais aimé passer plus de temps avec lui, souffla Madison, un sourire triste naissant sur ses lèvres. Peut-être… Peut-être que les choses seraient différentes aujourd'hui, s'ils avaient survécu, qui sait… Je suis sûre qu'ils t'auraient adoré, en tous cas.
Ils n'ajoutèrent rien de plus durant un long moment, savourant leur boisson chaude et ne se souciant pas des regards intrigués tournés vers eux. Certains chuchotaient à voix basse en les observant, d'autres ne faisaient que les regarder sans prononcer le moindre mot. Lorsque l'un des deux s'en rendait compte, les gens se trouvant près d'eux faisaient immédiatement mine de rien et entamaient une conversation avec leurs voisins mais lorsque Madison les surprenait, elle se contentait de leur sourire gentiment avant de reporter son attention sur l'asgardien, puis ils se remirent en route après qu'elle eut terminé sa boisson
−Quelle heure est-il ? demanda alors Thor, tandis que la brune sortit un téléphone de la poche de son manteau.
−Il est… Oula, il est déjà deux-heures quarante et une, on ne devrait pas tarder à rentrer…
−C'est vrai que cela vaut mieux, à moins que l'on veuille voir ton frère débarquer ici en armure simplement parce que nous ne sommes pas revenus à temps… ajouta l'homme, mi-amusé, mi-sérieux avant d'achever son gobelet, et il jeta le déchet en carton dans une poubelle avant de proposer son bras à Madison. Je vous raccompagne, Mademoiselle ?
−Avec plaisir, surtout si c'est proposé aussi galamment, répondit-elle en souriant tout en s'accrochant à son bras, échangeant avec lui un bref coup d'œil complice.
. . . . . . . .
Ils rentrèrent quelques minutes seulement avant que l'horloge ne sonne trois heures du matin. Ils firent leur possible pour rester silencieux, ne souhaitant pas éveiller les quatre individus qui dormaient dans la tour. Même si les lieux étaient vastes, ils préféraient prendre toutes leurs précautions. La mutante se débarrassa de son manteau, qu'elle laissa sur le dossier d'un fauteuil et ensemble, ils montèrent à l'étage. Ils se dirigèrent vers sa chambre à elle et quelques minutes plus tard, ils se retrouvèrent sous des draps chauds et doux. Thor ouvrit ses bras à la midgardienne, qui vint s'y blottir et il fronça les sourcils lorsqu'il sentit sa peau toucher la sienne.
−Tu es glacée… constata-t-il avant de poser une main sur son front, qui lui était brûlant. Et on dirait que tu as de la fièvre… s'inquiéta-t-il et il remonta la couette sur les épaules de la jeune femme avant de la serrer contre lui.
−Je te l'ai dit… souffla-t-elle en frissonnant. Je ne contrôle plus rien… C'est… Complètement aléatoire… dit-elle ensuite, et l'étreinte du dieu se resserra un peu plus. Merci…
−Tu es frigorifiée, tu dois te réchauffer, se justifia-t-il.
−Non, je… Merci d'être là, précisa-t-elle. Tu sais, avant, j'avais peur… j'avais peur parce que je me sentais seule. Tony était là, mais… Je savais qu'il était malheureux, lui aussi… Et puis, tu es revenu de ton voyage dans l'espace et c'est un peu comme si tout c'était arrangé… Et rien que pour ça, je n'ai plus peur de ce qui m'attends…
−Madison…
−Je fais bonne figure, mais je ne vais pas bien, sache-le… Je suis de plus en plus fatiguée, j'ai l'impression d'étouffer et de geler de l'intérieur, mais… Mais ça ne m'inquiète plus, parce qu'en ce moment, pour moi, ça va… Je ne voulais pas de ce rapprochement entre nous parce que je ne voulais pas que tu souffres par la suite. J'ai cédé, mais je m'en moque pas mal, à présent… Je… Je vais peut-être mourir bientôt, rappela-t-elle, et elle le sentit se crisper à ces mots, mais ce n'est pas grave. Au moins, j'aurais pu passer du temps avec ceux que j'aime. Mon seul regret est que j'ignore comment te rendre vraiment heureux, soupira-t-elle.
−… Pourquoi penses-tu à mon bien-être avant le tien ?
−Parce que… Je sais ce que ça fait de toucher le fond, et je n'ai pas envie que ça t'arrive, répondit-elle en croisant son regard. Thor, je te l'ai répété l'autre jour, tu as encore des siècles et des siècles à vivre, il est hors de question que tu les gâches en te raccrochant désespérément à moi… Je n'ai pas envie d'abandonner, mais je crois que cette fois, je ne peux rien faire contre ce qu'il va se passer…
−Et que va-t-il se produire, selon toi ?
−Eh bien… Soit je vais finir par m'endormir pour de bon, soit je vais complètement vriller, mais dans les deux cas, rien ne se passera bien… Alors je profite de l'instant présent, d'être entourée d'amis, de mon frère et de toi. Et je refuse que qui que ce soit ne se morfonde si je ne m'en sors pas, ajouta-t-elle en commençant à sombrer dans le sommeil.
−Tu ne peux pas me demander quelque chose d'impossible, murmura tristement l'asgardien en caressant doucement ses cheveux. Je te sauverai, je te protégerai… C'est promis, ma belle, je ne te laisserai pas partir… Jamais… souffla-t-il, la gorge nouée.
Il avait peur. Il était prêt à le reconnaitre, il était terrifié à l'idée qu'il ne puisse pas la sauver. Il regrettait d'avoir quitté la Terre après l'attaque en Islande, et il ne cessait de se dire que s'il était resté, les Jotüns ne l'auraient peut-être pas attaquée. Ou alors, il aurait été là pour la défendre. Lorsqu'il tourna à nouveau la tête afin de la regarder, il se rendit compte qu'elle s'était endormie.
« Tu as le droit au bonheur… » pensa-t-il. « Plus que quiconque… »
Il sentait lui aussi la fatigue le gagner doucement, la journée n'ayant pas été de tout repos.
–… Laisse-moi t'emmener quelque part…
