Like I'm gonna lose you-Jasmine Thompson
1er janvier 2017
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Pepper se réveilla au beau milieu de la nuit sans raison particulière, et alors qu'elle s'apprêtait à se rendormir aussitôt, elle se rendit compte que l'autre moitié du lit qu'elle partageait avec Tony était vide. Elle se souvenait s'être assoupie aux côtés de son compagnon, et pourtant, ce dernier ne se trouvait plus dans la chambre. Elle repoussa la couverture tout en se redressant, puis elle quitta le matelas, enfila sa paire de chaussons et alla récupérer son peignoir, qui était déposé sur le dossier d'une chaise, puis elle l'enfila. Elle avait espéré pendant un instant que l'homme profiterait d'au moins une nuit de repos complète, mais elle le connaissait, et savait qu'il ne s'arrêtait jamais avant d'avoir résolu tous les problèmes.
Elle sortit de la pièce et arpenta les couloirs froids et sombres de la tour, désormais bien réveillée et elle se frictionna brièvement les bras afin de se réchauffer. Elle descendit jusqu'à l'étage principal, là où l'activité était plus généralement présente en journée et marcha d'un pas calme en direction de la cuisine, où elle perçut un peu de lumière, pensant qu'il s'agissait très certainement de Tony, en train de se préparer quelque chose à boire. Elle demeura cependant surprise d'y trouver Natasha et non le propriétaire des lieux, assise sur une chaise et accoudée à la table, le regard rivé sur un point précis. Cette dernière semble en revanche remarquer qu'elle n'était plus seule, et elle soupira.
–Insomnie ? lui demanda Pepper en restant sur le pas de la porte.
–… Ça fait longtemps qu'elle est comme ça ? enchaina l'autre, ignorant sa question, en désignant d'un simple mouvement de tête la fleur de lys dans son bocal, qui virait de plus en plus au bleu, toujours posée sur le plan de travail.
–Elle l'était moins lorsque je suis rentrée hier, fit remarquer Pepper. Je ne m'attendais pas à ce que ce soit toi, dit-elle ensuite, je pensais trouver Tony… Tu n'arrives pas à dormir ?
–Ce n'est pas inhabituel, commenta Natasha d'un ton neutre en se redressant. Je vais prendre l'air, poursuivit-elle en passant à proximité de l'autre rouquine, mais celle-ci l'attrapa gentiment par le bras.
–Asseyons-nous un instant, s'il te plait, lui proposa-t-elle, et l'espionne russe ne put se résoudre à lui refuser quoi que ce soit, tant elle se montrait amicale envers elle. Veux-tu que je prépare du café ?
–Ne te dérange pas pour si peu, répondit l'autre femme en se rasseyant.
–C'est moi qui propose, lui signifia la compagne de Tony en se dirigeant vers le plan de travail. Tu sais, tu peux rester ici quelques temps, si tu n'as pas envie de… Disons, de devoir échapper au gouvernement… Tu es bien évidemment la bienvenue dans cette tour, quelles que soient les circonstances… Tony et Madison se sentent responsable de ta situation et de celles des autres comme Clint, Scott, Wanda et Sam… Alors si jamais tu…
–Je te remercie, mais je ne compte pas m'éterniser, la coupa-t-elle. J'étais juste venue prendre des nouvelles, et je m'en irai d'ici quelques heures, l'informa-t-elle. De plus, je risquerais de vous attirer des ennuis si je décidais de rester plus longtemps entre ces murs et que quelqu'un le découvrait.
–C'est comme tu veux, soupira Pepper en revenant avec deux tasses, dont l'une qu'elle posa devant Natasha, avant de prendre place en face d'elle. Pourtant, je pense qu'au fond de toi, tu ressens le besoin de rester un peu, n'est-ce pas ?
–Qu'est-ce qui te fait dire ça ? répliqua-t-elle en buvant quelques gorgées.
–Madison, dit simplement Pepper, et Natasha arrêta brusquement de boire, mais elle ne leva pas pour autant les yeux vers elle. Je ne pense pas bien te connaitre, je suis très loin de tout savoir sur toi, mais s'il y a une chose dont je suis certaine, c'est qu'il y a quelque chose dans ton regard que je n'avais jamais vu auparavant qui est apparu lorsque Madison nous a rejoints au salon… Je vois bien que tu t'es construit une façade pendant des années afin d'être certaine que les gens ne puissent pas lire en toi mais…
–Mais quoi ? l'interrompit Natasha en reposant sa tasse sur la table d'un geste un peu brusque, ce qui fit du bruit. A quoi est-ce que vous vous attendiez tous ? A ce que je sois soulagée à l'idée de remettre les pieds ici en sachant pertinemment que je n'en ai pas le droit ? Que je profite pleinement de ma soirée alors que je suis en cavale ? Que je me dise que ma situation n'est pas si dramatique par rapport à ce qu'il se passe autour de moi, et que je dois relativiser ? Que je sois heureuse de… De revoir Madison alors que c'est peut-être la dernière fois que j'en ai l'occasion, parce que soit je vais finir par me faire coffrer, soit elle…
Natasha serra les poings et n'acheva pas sa phrase, puis elle souffla un bon coup et reporta son attention sur son café.
–J'ai quand même passé une excellente soirée, reprit-elle froidement sans regarder son interlocutrice. Merci pour l'invitation.
–Tu as peur, soupira Pepper sans ciller, ce à quoi elle n'obtint aucune réponse. C'est normal d'avoir peur. C'est… Humain.
–… J'ai peur tous les jours, lâcha toujours aussi froidement et durement Natasha en levant les yeux vers elle. Notamment depuis que je l'ai retrouvée au beau milieu de nulle après qu'elle m'ait appelée, totalement paniquée, pour me dire qu'elle ne savait pas comment elle s'était retrouvée là. Ça fait des années que j'ai peur que quelqu'un s'en prenne à elle parce qu'elle est nettement différente de n'importe quel autre être humain, ou n'importe quel mutant standard. Elle n'est pas comme eux, et c'est pour ça qu'elle est constamment en danger. Je ne sais pas à quel moment Gaïa, ou… Eléa, puisqu'elle s'appelait ainsi, a eu la si bonne idée de transmettre l'intégralité de sa magie à une enfant, mais on dirait qu'elle ne s'est pas rendue compte que ça n'allait faire que la détruire à petit feu. Et pour revenir à mon statut de fugitive, ce n'est pas à cause des Stark, mais parce que j'ai pris la décision de les aider en permettant à Madison de partir avec Rogers et Barnes. Je ne regrette pas ce geste, mais je regrette ne pas avoir été suffisamment présente pour elle.
–Tu n'as pas à t'en vouloir, tenta de la rassurer Pepper. Elle sait qu'elle peut compter sur toi si besoin, et ce qui est arrivé n'est en rien de ta faute. Je crois que personne n'aurait pu y faire quoi que ce soit, même avec toute la volonté du monde… Tu te sens responsable, mais imagine une seconde que tu te sois retrouvée dans cette ruelle lorsque ces monstres ont débarqué… Ils t'auraient probablement tuée, Natasha, et ça, tu n'imagines pas à quel point ça aurait détruit Madison. Et si j'ai bien compris, la faire souffrir ne fait pas partie de tes plans.
–…
–Et quelle que soit la situation, je sais que tu serais venue quand même, parce que tu tiens à elle. Seulement, maintenant, tu es en train de culpabiliser alors qu'il ne faut pas… Ceux qui sont responsables de tout ça avaient très certainement prévu leur coup depuis un moment, et rien ni personne n'aurait pu les empêcher d'agir…
–… Les recherches de Tony, elles avancent ? demanda finalement Natasha en conservant une attitude parfaitement neutre, qui ne coïncidait absolument pas avec son ressenti intérieur.
–Plus ou moins… Il fait tout ce qu'il peut, et il n'est pas seul. D'ailleurs, je crois qu'il est en train de travailler dans son laboratoire en ce moment-même, puisqu'il n'y avait aucun signe de lui en haut. Crois-moi, il remue ciel et terre afin de trouver une solution, et je suis persuadée que tout va finir par s'arranger. J'ignore combien de temps ça prendra, mais chacun d'entre vous s'en est toujours sorti, alors pourquoi pas cette fois ?
–J'ai simplement un mauvais pressentiment.
–Tu sais, je ne crois pas que tout va s'arranger en un claquement de doigts, ce dont je suis certaine, c'est que Madison serait sûrement ravie à l'idée que tu prolonges un petit peu ton séjour ici… Et comme ça, tu feras partie des premières personnes à être tenues au courant de l'avancée des événements, et je te promets que personne ne saura où tu es.
–… Merci pour le café, se contenta de répondre Natasha après quelques secondes de réflexion en se relevant une nouvelle fois, puis elle quitta la cuisine sans rien ajouter, laissant Pepper soupirer de son côté et achever son breuvage.
. . . . . . . .
Madison se réveilla lorsqu'une lumière vive traversa ses paupières. Elle ouvrit péniblement les yeux, ayant au début un peu de mal à s'habituer à une telle luminosité, puis la première chose qu'elle aperçut fut un ciel dégagé, coloré de tons orangés très doux. Elle baissa lentement la tête, voyant alors le sommet d'une haute tour faite d'or massif, puis elle en vit une autre, une autre et encore une autre. Une fois que son regard se stabilisa à hauteur d'homme, elle constata qu'elle se trouvait dans un jardin luxuriant dont le sol marbré luisait sous les rayons d'un soleil éclatant. Intriguée par l'une des plantes grimpantes, elle leva la main vers celle-ci et se rendit compte qu'elle était vêtue d'un accoutrement tout à fait différent de celui dans lequel elle se souvenait s'être endormie.
C'était une robe de la couleur qu'elle affectionnait le plus ; une sorte de parfaite combinaison entre sinople et vert amande, aux longues manches légères et évasées qui tendaient davantage sur un très élégant vert avocat, à travers lesquelles on pouvait cependant discerner ses bras. Le vêtement tombait jusqu'au sol, était fait d'un mélange de soie et de velours et laissait apparaitre les épaules de la jeune femme, mais son aspect était léger, presque vaporeux. Une ceinture aux imprimés floraux entourait sa taille, et le même motif pouvait être retrouvé sur la partie supérieure du buste, marquant une démarcation entre le tissu et la peau de la mutante. Le tout lui donnait un air à la fois royal et elfique.
Elle jeta ensuite un coup d'œil à ses cheveux, qui en plus d'être passés de brun foncé à châtain, retombaient en boucles soyeuses sur ses épaules et dans son dos. Seules deux mèches prises de part et d'autre de son visage désormais dégagé avaient été ramenées en arrière et attachées en une simple tresse.
Elle observa un instant ses mains et vit quelques étincelles voleter entre ses doigts, puis le croassement d'un corbeau traversant les cieux la fit lever la tête vers l'animal. Elle fit quelques pas sur les dalles de marbre, plusieurs questions naissant dans sa tête, et s'arrêta net lorsqu'elle perçut la présence d'autres personnes non loin d'elle. Effectivement, quelques individus se promenaient également dans cet espace paisible de verdure, discutant calmement entre eux sans trop se soucier de Madison, qui ne les reconnaissait pas, mais sa présence ne paraissait pas les déranger. Un homme qui passa à proximité la salua même d'un hochement de tête, accompagné d'un sourire, et il s'éloigna.
–Je suis ravi de constater que cela a fonctionné, retentit alors une voix masculine dans son dos.
Elle se retourna et aperçut Thor, se tenant debout, mains dans le dos, un sourire éclairant son visage radieux. Il portait simplement son armure, sans la longue cape rouge qui l'accompagnait habituellement. Madison lui rendit un sourire curieux.
–Est-ce que… Je suis en train de rêver ?
–NOUS sommes en train de rêver, la rectifia-t-il en s'approchant. Cela peut paraitre étrange, mais je me suis dit que puisqu'il t'était possible de voir certaines choses dans la tête des gens, peut-être pourrais-je t'emmener dans l'un de mes rêves… Pour te faire découvrir mon Royaume, ajouta-t-il.
–C'est… Asgard ? demanda-t-elle en se mettant à examiner les alentours avec plus d'attention.
–Bienvenue chez moi, déclara-t-il simplement. Evidemment, j'aurais préféré pouvoir te montrer ces lieux en vrai, et j'espère sincèrement que cela se fera un jour, mais je me suis dit que je pouvais quand même t'en donner un petit aperçu… Et tout comme je me sens chez moi sur Midgard, j'aimerais qu'un jour, tu te sentes également chez toi ici...
–J'ai déjà cette impression, affirma-t-elle lorsque leurs mains se touchèrent. Vous me faites visiter les lieux, Majesté ?
–Avec plaisir, répondit-il en lui offrant son bras, auquel elle s'accrocha en riant, et ils se mirent en route. Je vois que tu t'es retrouvée dans le meilleur endroit qui puisse exister pour toi, n'est-ce pas ? lui demanda-t-il, et elle acquiesça. Ce sont les jardins royaux, lui expliqua-t-il. C'est très probablement la partie du palais que préférait ma mère, souffla-t-il ensuite, un sourire mélancolique au coin des lèvres. Elle pouvait rester assise sur l'un des bancs durant des heures entières à ne rien faire, simplement profiter de la beauté de ce qui l'entourait… D'ailleurs, chose étrange, mais toute la verdure que tu peux voir autour de toi a commencé à être aussi pleine de vie il y a quelques années seulement.
–Comment cela ?
–Eh bien, avant, c'était un endroit assez ordinaire, si tu veux, puis le jour est venu où les plantes montraient davantage qu'elles étaient vivantes, qu'elles existaient, et leur beauté n'a fait que croître depuis, mais je n'ai jamais vraiment compris pourquoi… Peut-être que ma mère a utilisé sa magie dessus, qui sait…C'est également ici qu'elle instruisait ses élèves, alors peut-être que cela a eu des répercussions sur l'environnement…
–C'était une sorcière ? se rappela-t-elle.
–L'une des meilleures, et elle aidait les personnes dotées de pouvoirs à s'en servir et à les développer sans en avoir peur… Elle était incroyablement puissante, mais aussi très humble, et jamais elle n'a hésité à soutenir ceux qui en avaient besoin… Elle nous faisait parfois la lecture en ce lieu lorsque nous étions enfants, se souvint-il, et son souvenir se matérialisa sous leurs yeux, leur montrant deux enfants assis à même le sol qui regardaient une femme installée sur un banc blanc, un ouvrage entre les mains, puis l'image se volatilisa aussi rapidement qu'elle s'était formée.
–Plus tu me parles d'elle, plus je me dis que j'aurais aimé la connaitre…
–Elle t'aurait adorée comme sa propre fille, c'est certain, déclara-t-il tandis qu'ils posèrent un pied à l'intérieur.
–Je pense qu'où qu'elle soit, elle garde toujours un œil sur toi, histoire de s'assurer que tu ne fasses pas trop de bêtises…
–C'est fort possible, reconnut-il. Mais…
–.. Mais… ? répéta-t-elle après que quelques secondes se soient écoulées dans un silence assez pesant et troublant, au bout duquel l'homme soupira.
–Je ne cesse de me dire que si elle était toujours là, elle aurait forcément pu te sauver avant que tout ne s'aggrave, dit-il en fixant le sol, et la jeune femme les fit s'arrêter et se plaça face à lui.
–Ecoute… souffla-t-elle, on ne peut pas changer le passé, ni prédire l'avenir… Et pour l'instant, poursuivit-elle en prenant son visage entre ses mains, je suis pleinement satisfaite de mon présent. Bien sûr, ça aurait pu frôler la perfection si j'avais réussi à esquiver cette flèche, mais ce n'est pas le cas. Dis-toi juste que si on n'a pas eu l'occasion de profiter davantage de ce qu'on vit en ce moment, c'est pour la simple et unique raison que nous sommes restées deux enfants têtus et bornés qui attendent impatiemment que l'autre fasse le premier pas… Je ne sais pas ce qui nous a retenus comme ça, chacun de notre côté, à attendre aussi longtemps, mais maintenant, c'est derrière nous, d'accord ?
–… Je n'ai pas envie de te perdre…
–Et peut-être que tu ne me perdras pas, le rassura-t-elle. On ne sait pas ce qui nous attend, et même si les choses sont… Plutôt mal parties, je garde quelque part une petite pointe d'espoir, parce que j'ai promis que je ne baisserai pas les bras. J'ai envie de vivre, déclara-t-elle avec assurance, j'ai envie de continuer à embêter Tasha, je veux travailler avec Tony sur ses innombrables projets, je veux voir mon filleul grandir, ajouta-t-elle en faisant référence au dernier né de la famille Barton, je veux faire sortir Fury de ses gongs en ne répondant jamais à ses appels et je veux t'aider à protéger le monde de tout ce qui pourrait le détruire et avoir une chance de bâtir quelque chose avec toi, et puis je…
Elle fut coupée par Thor, qui se pencha pour l'embrasser chastement et brièvement. Lorsqu'il recula, il ne la lâcha néanmoins pas des yeux.
–On bâtira quelque chose, lui dit-il. Je te le promets.
–Je te fais confiance, répondit-elle en souriant.
–Tu as d'autres projets ? lui demanda-t-il d'une voix douce, l'invitant à ce qu'ils se remettent à marcher dans le long couloir. Des choses à faire, des endroits à visiter ?
–J'ai peut-être une petite chose à faire, oui… J'ai… Quelques lettres à écrire et poster…
–Ah, oui… A ton correspondant mystère, je présume ? devina-t-il en souriant. D'après ton frère, c'est avec l'un des occupants du manoir que tu corresponds, et j'avais pour ma part pensé à Clint, mais puisque vous avez les transmetteurs…
–La plupart des transmetteurs ont été détruits après notre guerre civile, lui apprit-elle. Il n'y a plus que toi, moi et Tony qui nous nous en servons, je crois… Mais pour appeler Clint, j'utilise juste mon portable, enchaina-t-elle en revenant sur les propos principaux.
–Donc…A qui parles-tu via ces lettres ? l'interrogea-t-il, curieux.
–Ça t'intéresse ? lui demanda-t-elle avec un regard malicieux.
–Un peu, en effet.
–Eh bien… Disons simplement que c'est une connaissance commune…
–Serait-ce… La jeune Wanda Maximoff ?
–Non.
–Son frère, alors ?
–Non plus, répondit-elle, commençant déjà à trouver ce petit jeu distrayant et amusant.
–Dans ce cas… Peut-être James Rhodes ?
–Essaye encore…
–Hum… souffla-t-il, et lorsqu'un autre nom surgit dans son esprit, il hésita d'abord un instant avant de le proposer, craignant la réaction de la mutante, mais il se lança quand même. Steve… ?
–Vas-tu vraiment me citer les noms de toutes les personnes de notre entourage que nous avons en commun ? s'exclama-t-elle en souriant, ce qui rassura grandement le dieu nordique.
–J'essayerai jusqu'à ce que je trouve, affirma-t-il. Nick Fury ? proposa-t-il, mais la jeune femme secoua négativement la tête. Sam Wilson ? Erik ? lança-t-il, mais Madison lui faisait à chaque fois signe qu'il se trompait, ce qui ne le découragea pas pour autant, et il continua à lui donner plusieurs prénoms pendant qu'ils poursuivaient leur petite escapade à travers le palais.
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C'est en poussant la porte très doucement que Pepper entra dans le laboratoire de son compagnon, où elle espérait le trouver. Elle l'aperçut de dos, debout, concentré sur une représentation holographique de ce que Jake lui avait fourni à partir des caméras de surveillance, rediffusant ainsi les images de ce qu'il s'était passé quelques jours plus tôt. Tony avait séparé le tableau en plusieurs morceaux afin d'étudier plus minutieusement chaque petit détail qu'il risquait de manquer. Il se trouvait donc au centre d'un cercle de modèles représentés en 3D, bras croisés et pensif.
–Que fais-tu debout à cette heure-ci ? lui demanda-t-il sans se retourner vers elle, comme s'il avait senti sa présence.
–Je pourrais te poser la même question, soupira Pepper. Tony, tu dois dormir, ce n'est pas en étant exténué que tu parviendras à mieux travailler, ajouta-t-elle en s'approchant de lui. Je sais que tu n'as presque jamais été aussi motivé, mais s'il te plait, tu as besoin de sommeil…
–Pourquoi avoir déposé ces engins à travers le pays ? se questionna l'homme à haute voix en fronçant légèrement les sourcils, contemplant les schémas qui s'étalaient sous ses yeux. A quoi servent-ils ?
–Quels engins ? lui demanda Pepper, comprenant qu'elle n'arriverait pas à le dissuader pour le moment.
–Ceux-là, commenta-t-il en désignant les étranges machines. Ils ne ressemblent à rien que je puisse avoir déjà vu et d'après Jake, ils sont inapprochables, quels que soient les moyens employés. C'est forcément une technologie extraterrestre, et bien évidemment, je parie sur les Géants des glaces, mais à quoi ces trucs pourraient leur servir ?
–Aucune idée… Mais je persiste à croire que tu devrais venir dormir un peu… Juste quelques heures, ça ne te ferait pas de mal, insista-t-elle en entrant dans le cercle pour attraper sa main, tandis qu'il plongea son regard dans le sien. Tu reprendras tout ça plus tard, d'accord ?
Tony soupira, n'ayant pas le cœur à argumenter là-dessus et acquiesça sagement.
–Très bien… Si tu insistes…
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Tout était calme autour d'eux. Seul le bruissement des feuilles dû au vent se faisait entendre, mais cela avait un côté très apaisant. Thor était assis dans l'herbe, le dos contre un large tronc brun foncé qui surplombait une colline, jambes tendues devant lui et Madison se trouvait confortablement installée contre lui, yeux clos, mais elle ne dormait pas. L'asgardien caressait distraitement les cheveux de la midgardienne, le regard perdu vers l'horizon, appréciant cette brise fraiche qui soufflait sur son visage. Il aimait beaucoup cet endroit reculé d'Asgard, et puisque c'était un rêve, il pouvait lui donner l'aspect qu'il voulait, c'était pourquoi la saison n'était pas la même que celle qu'ils traversaient dans le monde réel, sur Terre. Un grand soleil brillait de mille feux, éclairant l'entièreté du Royaume, s'infiltrant dans les plus petits coins d'ombre, se reflétant sur les sols et réchauffant les lieux. Cependant, les deux personnes étaient protégés de ces rayons, à l'abris sous un immense saule pleureur, dont certaines branches effleuraient l'herbe verte.
–J'aimerais pouvoir rester ici pour toujours… murmura Madison en expirant calmement.
–Moi aussi, répondit l'homme en la regardant.
–C'est si paisible… On est loin de tout danger, loin de tout ce qui pourrait nous nuire… Il n'y a plus rien de négatif, déclara-t-elle en rouvrant les yeux, regardant droit devant elle.
Thor ne répondit rien, il se contenta de sourire et d'à nouveau observer les terres verdoyantes qui s'étendaient sous leurs yeux. Voir ces immenses plaines et collines à perte de vue qui n'avaient rien à voir avec le centre de la Cité d'Asgard lui permettait de changer d'air, lorsqu'il se sentait trop à l'étroit au palais, quand il vivait encore chez lui « à plein temps ». Il n'était pas toujours venu ici, et par rapport à sa longévité, c'était même très récent. Il trouvait que ce lieu avait un certain charme, et il parvenait à mieux se calmer et se concentrer lorsqu'il s'y trouvait.
–Merci… dit alors la jeune femme.
–Pourquoi ?
–La douleur… elle a disparu, dit-elle simplement.
–… Je t'en prie, parvint-il à répondre, la gorge nouée, avant de déposer un baiser sur le haut de son crâne. Tu sais, reprit-il, désirant changer de sujet, c'est l'arbre le plus vieux d'Asgard…
–C'est vrai ? lui demanda-t-elle en levant les yeux vers les branches, tout en restant dans les bras de l'homme. Quel âge a-t-il ?
–Il est bien plus vieux que moi, ou bien que mon père, son père avant lui, et même mon arrière-grand-père… A vrai dire, je ne saurais te dire quel est son âge exact, mais il est très ancien… Et il recèle toute l'histoire du Royaume, puisqu'il a tout traversé avec lui… Un jour, je t'emmènerai ici, et puis je te montrerai les autres mondes de l'Yggdrasil, dit-il ensuite. On ira rendre visite à nos alliés, ajouta-t-il. D'ailleurs… Tout à l'heure, lorsque tu parlais des transmetteurs et de ceux qui s'en servaient encore…
–Ne t'en fais pas, le contact a été maintenu entre les autres ambassadeurs et nous, souffla-t-elle. On ne se parle pas énormément, mais on se rassure les uns les autres en s'envoyant un message de temps en temps… Mais c'est vrai que j'aimerais bien les revoir, à l'occasion…
Il ne put s'empêcher d'esquisser un petit sourire, ravi qu'elle ait dit « quand » et non « si ». Il aurait tant donné pour que ce qu'ils vivaient actuellement soit réel, et non un simple rêve. Cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas senti aussi heureux et triste à la fois. Le mélange était difficile à accepter, mais il faisait tout pour ne se concentrer que sur ce qui était positif. Il resserra un peu son étreinte autour de la jeune femme, la laissant se reposer et profiter de cet instant qu'ils partageaient. S'il en avait eu la possibilité, il aurait arrêté le temps afin de ne jamais à avoir à retourner à la « vraie vie ». Le temps… Tout n'était toujours qu'une question de temps.
–Dis…
–Mh ?
–Puisque c'est un rêve que nous contrôlons… N'importe quoi peut s'y passer ? On peut imaginer tout ce qu'on veut, pas vrai ? lui demanda-t-elle, pensive.
–Bien sûr, confirma-t-il d'une voix douce. Pourquoi ? la questionna-t-il, puis il la vit soupirer brièvement et concentrer son attention sur un point dans l'herbe, à quelques mètres en contrebas.
Le vent souffla un peu plus fort, emportant avec lui quelques feuilles et des étincelles survenues de nulle part, tournant un instant avant de commencer à dessiner des formes sur le sol. Thor, intrigué, ne les lâcha pas des yeux et eu ensuite la surprise de voir deux individus apparaitre au beau milieu de l'étendue verte. Ils ne lui étaient pas inconnus, mais il ne parvenait pas à se rappeler de l'endroit où il les avait vus. Un jeune homme d'une vingtaine d'années fit alors son apparition et cette fois-ci, l'asgardien ne mit que quelques secondes à reconnaitre les traits d'un Tony beaucoup plus jeune qui fut rapidement rejoint par une fillette à l'air amusé qui se mit à observer les lieux avec émerveillement.
–Mes parents auraient adoré cet endroit, affirma calmement Madison, souriant un peu en regardant Maria et Howard s'asseoir dans l'herbe, leur fils les imitant et l'enfant s'amusant à courir derrière un papillon. Et j'aurais aimé qu'ils te rencontrent… souffla-t-elle, tandis que la petite famille accueillit joyeusement et affectueusement un nouvel arrivant, qui n'était autre que Logan.
L'homme sourit face à cette vue et se concentra lui aussi. D'autres étincelles se mirent à scintiller, voletant d'abord près d'eux, puis se dirigeant vers ceux qui discutaient gaiment à quelques pas de là, formant également des silhouettes humaines. La mutante reconnut les traits fins de Frigga, reine d'Asgard, puis ceux plus durs d'Odin, et deux enfants se matérialisèrent près d'eux. Le blond paraissait fou de joie tandis que celui aux cheveux sombres donnait l'impression d'être un petit peu plus réservé, mais cela ne dura que peu de temps. Son frère l'attrapa par la main et ils commencèrent à courir dans l'herbe. A cette vue, la version enfantine de Madison les rejoignit et ils se mirent à jouer ensemble.
–Tu imagines, si on s'était connus à l'époque, tous les trois ? lança la jeune femme sans pouvoir réprimer un petit rire. On aurait été ingérables…
–Et comment… « Ingérables » est un terme encore trop faible selon moi, déclara-t-il avec un sourire. Mais on se serait très bien entendus, je crois… Mais bon, nous avons grandi, entre temps…
–Cela ne veut pas forcément dire qu'il faut faire une croix sur certaines éventualités, précisa Madison sans lâcher les jeunes des yeux.
–Tu sembles croire dur comme fer à une potentielle… Rédemption pour Loki, soupira Thor. Je pensais que tu le détestais ?
–Ce sont ses actes que je ne supporte pas, et non celui qu'il aurait pu devenir, dit-elle se réajustant contre Thor.
–« Aurait pu » ? l'interrogea-t-il. Tu penses que les choses auraient pu se dérouler différemment ?
–Il y a toujours d'autres alternatives… soupira-t-elle en refermant les yeux. Toujours…
Thor ne jugea pas utile d'ajouter quoi que ce soit, et il se contenta de soupirer lui aussi, continuant à regarder les projections représentant leur famille respective, sorties tout droit de leur tête. Ses parents discutaient amicalement avec ceux de Madison comme s'ils s'étaient toujours connus, ce qui lui réchauffa le cœur. Il se rendit compte d'à quel point il aurait aimé que tout cela se produise pour de vrai. Il se focalisa ensuite sur les trois enfants qui restaient de leur côté, discutant et jouant entre eux.
Puis, comme si l'on passait les images d'une vidéo en accéléré, il les vit mûrir. Changer. Devenir rapidement des adolescents, puis de jeunes adultes, sans que cette complicité entre eux ne changent. Ils arrêtèrent de grandir lorsqu'ils eurent l'apparence de jeunes gens ayant entre vingt et vingt-cinq ans. L'asgardien les observait silencieusement, comprenant que malgré le temps qui semblait s'être écoulé, rien n'avait changé entre eux trois. Ils restaient proches, discutant avec entrain, assis en tailleur dans l'herbe. Et Thor eut un pincement au cœur en revenant à la brusque réalité, sachant que jamais cela n'arriverait.
