It's not over yet-For King and Country


1er janvier 2017

. . . . . . . .

Thor s'affairait depuis un moment dans la cuisine. Il s'était réveillé de bonne heure après avoir passé l'une des meilleures nuits de son existence, et avait préféré laisser la mutante se reposer encore quelques instants, puis une idée avait germé dans son esprit. Il s'était donc habillé en enfilant un simple pantalon noir ainsi qu'un t-shirt gris puis était descendu sans faire de bruit, ne désirant pas réveiller qui que ce soit dans la tour, et s'était immédiatement rendu dans la cuisine. Il se trouvait désormais devant une poêle dans laquelle il faisait cuire de la nourriture avec pour seule compagnie l'Intelligence Artificielle qui veillait sur le bâtiment, avec qui il appréciait discuter, même s'il savait que ce n'était pas un humain. Puis, alors qu'il avait justement tenté de faire le vide, il avait recommencé à penser à l'attaque qui avait eu lieu quelques jours plus tôt, dans les égouts. Il ignorait pourquoi, mais il avait l'impression que l'explication à tout ceci était bien plus simple que cela n'y paraissait.

–Friday ?

Oui, Monsieur ?

–Est-ce que… As-tu remarqué une potentielle infraction au sein de la tour dans la nuit du vingt-sept au vingt-huit décembre ? demanda-t-il, soucieux, sans pour autant perdre sa concentration sur ce qu'il était en train de cuisiner.

Non, personne n'est entré ici. Mes systèmes de détection d'intrus se seraient immédiatement déclenchés, ce qui n'est pas le cas. Feriez-vous référence à l'attaque survenue au même moment à quelques rues d'ici, qui s'est produite sous terre ?

–En effet, soupira-t-il. Peut-être que la personne qui en est à l'origine aurait pu essayer de s'introduire ici pour tenter de s'en prendre à quelqu'un.

Je vous assure que personne n'est entré, répéta l'I.A. Le procureur Jefferson a par ailleurs essayé de contacter Monsieur Stark il y a deux heures pour lui communiquer un message qui pourrait s'avérer important.

–Est-ce qu'il faut que j'aille réveiller Tony ?

Je doute que cela soit réellement nécessaire. Monsieur Stark se trouve déjà dans son bureau, en train de travailler.

–A-t-il au moins dormi cette nuit, chercha à savoir l'asgardien, inquiet pour son ami.

–Très peu, malgré la mise en garde de Mademoiselle Potts. Il n'a que très peu dormi depuis la première offensive, et malgré les différentes remarques qui lui ont été faites, il se contente de rester éveillé le plus longtemps possible et insiste pour que l'on évite de le déranger pendant qu'il effectue ses recherches. Je peux l'appeler si vous souhaitez lui parler, ajouta Friday. Il vient de terminer sa conversation avec le procureur, justement, et il semble être en train de faire une pause.

–Hum… Je passerai le voir plus tard, merci.

Je vous en prie.

Thor sortit la nourriture de la poêle et la déposa dans une assiette qui se trouvait à sa droite, puis il reversa de la pâte dedans en soupirant, pensif. Quelque chose lui échappait, il en était persuadé, et cela la tourmentait énormément. Il redressa un peu la tête.

–Est-ce que quelqu'un est sorti ? demanda-t-il subitement.

Sorti, Monsieur ?

–De la tour. Le soir de l'attaque, as-tu vu quelqu'un sortir ?

Durant quelques secondes, le silence se fit. Friday ne répondit rien, comme si elle était en train de vérifier les allées et venues de chaque personne, et Thor patienta, le regard perdu dans le vide, et ce fut une autre voix féminine qui le sortit de ce bref instant de rêverie.

–J'ignorais que tu savais cuisiner, commenta Natasha, à l'entrée de la cuisine. Quoique, j'ignore encore beaucoup de choses sur toi, et sur le reste des asgardiens de manière générale. En tous cas, quoi que tu sois en train de préparer, on le sent depuis en haut, ajouta-t-elle en s'approchant.

–Tu ne sembles pas avoir beaucoup dormi, devina l'homme lorsqu'il posa les yeux sur elle. Des troubles du sommeil, j'imagine ?

–Plus ou moins. Et toi ? Je ne pensais pas que tu te lèverais si tôt, surtout après votre escapade nocturne, lui lança-t-elle en s'appuyant contre le plan de travail, bras croisés, puis elle porta son attention sur ce qui était en train de cuire. J'imagine que c'est pour Madison ?

–Tu en veux ? lui proposa-t-il.

–Non merci. Elle dort encore ? l'interrogea-t-elle en allant se préparer un café.

–Oui.

–Et… Comment va-t-elle ? le questionna-t-elle ensuite, tout en s'efforçant de conserver un visage et un timbre de voix aussi neutres que possible.

–Elle a eu un peu de fièvre hier soir, l'informa-t-il. Je crois que ça s'est calmé durant la nuit, car elle n'en avait plus ce matin. Du moins, je crois, poursuivit-il en jetant un petit coup d'œil rapide en direction de la rouquine. Tu sais, tu n'es pas obligée de faire semblant.

–Semblant de quoi ? répliqua-t-elle, imperturbable.

–Rien, soupira l'asgardien, voyant qu'elle n'avait vraiment pas envie de dévoiler son ressenti. Tu es certaine que tu n'as pas faim ? lui proposa-t-il quand même en désignant la poêle, dont il vida le contenu dans l'assiette.

–Oui. Je crois que je ne vais pas tarder, de toutes manières. Je vais simplement attendre que Pepper et Happy soient réveiller pour les saluer avant de m'en aller.

–Et Madison ? Tu ne veux pas la voir ?

–Il vaut mieux pour elle qu'elle se repose, commenta Natasha en récupérant sa tasse remplie de café chaud, tandis que Thor alla déposer ses ustensiles de cuisine dans l'évier, puis il fit couler l'eau dessus un court instant sans lâcher la jeune femme du regard. Je lui laisserai peut-être un mot, on verra.

–Je sais que tu fais tout pour faire croire aux autres que tu tiens le coup, et que ça ne t'atteint pas plus que ça, mais ça ne sert à rien de le faire avec moi. Je suis dans le même cas que toi, Natasha, parce que moi aussi je tiens à elle, et moi aussi j'ai peur qu'on ne trouve pas le moyen de la sauver. Tu as l'habitude de te renfermer sur toi-même, mais ce n'est pas la chose à faire actuellement, affirma-t-il en ouvrant le frigo pour en sortir une bouteille de jus d'orange. Si je peux te donner un conseil, enchaina-t-il en versant le liquide dans un grand verre, reste encore quelques jours. Tu risques de regretter de t'en être allée si jamais les choses ne s'arrangeaient pas, acheva-t-il en quittant la cuisine avec l'assiette, des couverts et le verre, laissant Natasha seule avec ses pensées.

Elle savait qu'il avait raison. Que Pepper avait raison. Tous deux disaient vrai, mais elle refusait de se l'admettre. D'accepter la situation. Pour elle, ce n'était qu'un affreux cauchemar dont elle espérait s'extirper au plus vite, de peur de finir par devenir folle à force d'y rester plongée. Elle posa sa tasse sur la table et s'appuya contre le rebord de celle-ci, tête baissée et poings crispés. Et elle pensa à Madison. A leur parcours commun. Elle avait beau chercher, elle ne se rappelait pas d'un seul instant où la mutante ne l'avait pas aidée lorsqu'elle en avait eu réellement besoin. Quoi qu'il arrive, elle avait été présente. Elle-même lui été également venue en aide, mais elle avait l'impression que ce n'était rien à côté de ce que la brune avait accompli pour elle. Elle se sentait… Presque inutile. Quelques souvenirs lui revirent en mémoire, et elle les laissa l'envahir.

. . . . . . . .

Elle avait l'impression de courir depuis des heures, alors que cela ne faisait que quelques minutes seulement. La main plaquée sur l'abdomen, le souffle court mais rapide, le pas chancelant, elle courait à en perdre haleine, tenant son arme fermement serrée dans son poing libre. Elle entendait quelqu'un la suivre de près depuis un moment, rechargeant son arme à feu, prêt à l'abattre. Arpentant la ruelle avec rapidité, elle parvint à se cacher temporairement derrière une benne à ordures assez large, et elle soupira, vérifiant ses propres chargeurs, qui étaient presque vides. Elle jeta ensuite un coup d'œil à sa blessure sanguinolente, qui la trahissait à cause des traces qu'elle laissait derrière elle. Elle n'avait pas eu le temps d'esquiver le couteau que son ennemi avait dirigé vers elle d'un geste précis et calculé, et sa chair était ouverte sur une bonne dizaine de centimètres.

Les pas se rapprochaient. Respirant toujours rapidement, elle s'efforça de faire le moins de bruit possible et se prépara à tirer, craignant cependant de manquer sa cible, puisqu'elle n'avait aucune idée de l'endroit précis où se positionnait son assaillant. De plus, elle sentait que sa vision commençait à se brouiller car elle était affaiblie à cause de tout ce sang qu'elle avait perdue. Cependant, elle savait qu'elle n'avait pas le choix. Elle se devait d'achever sa mission avant que cela ne soit trop tard, et elle était prête à en assumer les conséquences. Du moins, presque toutes les conséquences. Il n'y avait que pour une seule raison que mourir lui déplairait quelque peu, mais elle ne pouvait se permettre de se focaliser sur ça sur le moment, n'ayant dans la tête que son objectif premier, qui était d'éliminer sa cible avant d'être elle-même achevée.

Après avoir pris une grande inspiration, et toujours à ras du sol, elle se tourna vers la ruelle et tira dans la direction d'où elle était arrivée, apercevant brièvement la silhouette de son ennemi, qui sauta sur le côté afin de l'éviter. Elle voulut tirer à nouveau, mais elle se rendit compte que ses munitions étaient désormais épuisées. Elle avait épuisé ses dernières balles et n'avait désormais plus qu'un seul moyen de défense, qui était le combat à mains nues, ce qui allait s'avérer compliqué à cause de son état. Elle vérifia sa ceinture, où de nombreux gadgets étaient toujours accrochés, et remarqua qu'il lui restait encore un fumigène. Elle le dégoupilla d'un geste vif et le lança derrière elle. Elle baissa instinctivement la tête au moment où la détonation retentit, puis elle se redressa difficilement et s'élança dans le brouillard, sautant sur sa cible qui vacilla et ils se retrouvèrent à nouveau hors de la fumée. Elle essaya de s'emparer de son garrot, espérant mettre fin aux jours du terroriste qu'elle avait traqué toute la semaine, mais ce dernier prit rapidement le dessus en lui donnant un coup au niveau de sa blessure, et Natasha se retrouva plaquée au sol, l'homme la surplombant et là maintenant coincée entre lui-même et la route goudronnée.

Elle n'abandonna pas pour autant et se débattit, lui donna un coup de genou qui le fit se décaler légèrement sur la droite, mais ce ne fut pas suffisant pour qu'elle parvienne à se libérer totalement de son emprise. Il la retenait fermement par le bras avec force, et même si elle parvint à décoller son dos du sol, il ne la lâcha pas et sortit son couteau du dessous de sa veste. La rouquine ne lâcha pas l'affaire, refusant d'y passer sans s'être battue corps et âme, et elle le frappa dans l'épaule, ce qui le fit lâcher l'arme blanche, qui tomba à terre dans un tintement métallique. C'est lorsqu'il lui asséna un violent coup de poing dans la mâchoire qu'elle sentit l'adrénaline qui lui avait permis de résister jusque-là l'abandonner d'un coup. Sonnée, elle le vit récupérer le couteau, une expression de rage profonde se lisant sur sa figure salie par la poussière et le sang séché.

Pourtant, au plus profond d'elle, il lui restait encore une pointe d'énergie qui essayait de la pousser à résister davantage. Elle n'avait pas envie de mourir, pas aujourd'hui. La raison pour laquelle elle se battait, à laquelle elle ne préférait pas penser lorsqu'elle était en mission lui sauta brusquement au visage et elle serra les dents, tout en réessayant de pousser l'homme, mais il plaqua le couteau sur sa gorge et elle se figea, sentant un mince filet de sang couler sur sa peau lorsqu'il augmenta la pression sur son cou avec l'objet.

–On dirait que le Shield se détériore de plus en plus, la nargua-t-il. Ses agents ne sont même plus capables de se défendre convenablement, ajouta-t-il en l'empêchant de bouger, puis il leva l'arma au-dessus de lui, prêt à l'enfoncer dans le cœur de l'espionne.

Elle eut l'impression que cela se déroula au ralentit. Elle vit le couteau fendre l'air, se dirigeant droit sur elle et elle ferma les yeux, par peur. Pour une fois, elle avait vraiment peur de ne pas s'en sortir. Le cri de colère poussé par l'homme au même moment lui déchira les tympans et résonna douloureusement dans son crâne. Elle sentit alors son cœur faire un bond dans sa poitrine lorsqu'elle entendit trois coups de feu à proximité d'eux et elle rouvrit brusquement les yeux à cause de la surprise, et sentit quelques gouttelettes d'un liquide chaud et rouge éclabousser son visage, puis elle aperçut son assaillant tomber en arrière, trois trous béants marquant son torse, et elle put respirer plus facilement, la masse musculaire imposante de l'homme ne la retenant plus coincée à terre.

Elle crut entendre quelqu'un sauter de quelque chose de haut et atterrir au sol, puis avancer vers elle avec rapidité, mais elle était paralysée et voyait flou. La respiration toujours saccadée, elle referma les yeux, véritablement épuisée par ce duel, mais elle sentit cependant quelqu'un se mettre accroupi à ses côtés et lui toucher l'épaule et le front.

–Natasha ?

Elle connaissait cette voix. Bien sûr qu'elle la connaissait. Mais elle était trop fatiguée pour répondre. Elle voulait simplement dormir un peu. Se reposer un court instant.

–Tasha, est-ce que tu m'entends ? lui lança la jeune femme brune, penchée au-dessus d'elle, analysant très vite l'ensemble de son corps et des blessures qu'elle pouvait avoir, puis elle plaça deux doigts contre son cou afin de prendre son pouls. Allez, je sais que tu es en vie, alors interdit de me claquer dans les bras, compris ?

La suite lui parut longue. Très longue. Quelqu'un l'avait portée, elle en était sûre. Elle avait senti qu'on la déplaçait. Mais pour aller où ? Elle l'ignorait. Elle avait perdu connaissance peu de temps après, et en revenant à elle, elle ne savait toujours pas ce qu'il s'était passé après que le terroriste ait été abattu sous ses yeux. Les paupières lourdes, elle papillonna un instant, n'ayant aucune idée du nombre d'heures durant lesquelles elle était restée inconsciente, et son regard se posa en premier lieu sur un plafonnier à la lumière qu'elle trouvait agressive, même si elle était très faible et qu'elle grésillait, situé au beau milieu d'un plafond dont la peinture beige était écaillée.

Elle se redressa avec peine, découvrant ensuite l'entièreté de la pièce dans laquelle elle se trouvait. C'était ce qui s'apparentait à une chambre d'hôtel assez basique. Des murs orangées, un meuble en bois sombre sur lequel reposait un poste de télévision et une plante en plastique placée dans un pot, une fenêtre sur laquelle la pluie battait abondamment avec férocité, un minibar, une horloge dont la petite aiguille se situait non loin du un et la plus grande sur le dix, deux portes, dont l'une était entrouverte et menait vers une petite salle de bain où elle pouvait apercevoir des petites taches de sang sur le carrelage blanc cassé et l'autre menant vers l'extérieur, une table claire où du matériel médical tel que du bandage, des tubes de médicaments, des compresses ensanglantées, du fil et une aiguille étaient posées, une chaise et un lit double aux draps froissés sur lequel elle se trouvait.

Elle baissa ensuite les yeux vers son abdomen et se rendit compte qu'elle portait toujours son pantalon noir, mais plus son t-shirt. Simplement son soutien-gorge de la même couleur que son jean, et sa blessure avait été traitée et bandée avec soin. Elle se passa brièvement les doigts sur le cou et sentit une ligne là où l'homme l'avait coupée, puis elle balaya une nouvelle fois la pièce du regard. Elle eut cette fois-ci un bref sursaut en discernant une silhouette dans l'ombre, assise dans un fauteuil se trouvant dans un coin de la chambre, près de la fenêtre, puis la lampe sur pied se trouvant juste à côté s'alluma et Natasha pu enfin voir son amie qui la regardait, enfoncée dans son siège au tissu un peu abîmé et bras croisées.

–On est où, là ? demanda-t-elle, la langue pâteuse et la gorge sèche.

–New-Jersey.

–On a changé d'Etat ? la questionna-t-elle d'une voix assez faible en se frottant les yeux, encore fatiguée.

–Oui. Tu m'expliques ?

–Je t'explique quoi ?

–Ce que tu foutais au beau milieu de cette ruelle avec la cible. Seule, ajouta-t-elle en insistant sur ce mot avec ferveur.

–Mon boulot. Je faisais mon boulot, c'est tout… C'est toi qui m'as amenée ici ? Et qui m'a soignée ?

–A ton avis ? lâcha-t-elle froidement.

–Je peux savoir pourquoi tu réagis comme ça ? l'interrogea Natasha en fronçant légèrement les sourcils. On avait une mission, et ça a été exécuté convenablement, alors je ne vois pas où est le problème…

–ON avait une mission, Tasha, comme tu viens de le préciser ! On était trois sur le coup, alors pourquoi tu as pris le risque de la finir seule ? s'énerva l'autre femme. Tu te rends compte que si j'étais arrivée une demi-seconde plus tard, on ne serait pas en train d'en parler ? Non mais sérieusement, tu es suicidaire, ou quoi ? Qu'est-ce qui t'es passé par la tête !? s'exclama-t-elle en se redressant, tandis que la pluie tambourina davantage contre la vitre.

–C'est fait, alors n'en parlons plus… La cible a été neutralisée, c'est le principal, non ? répondit la rouquine en restant très calme.

–… Tu fais vraiment chier quand tu t'y mets, lâcha la mutante avant de quitter la chambre en claquant violemment la porte.

Natasha ne fut qu'à moitié surprise par ce genre de réaction. Elle savait que son amie pouvait entrer dans de terribles colères, mais ce n'était jamais vers elle que c'était porté. Jusqu'à aujourd'hui. Elle quitta le lit et grimaça lorsqu'elle se leva, puis porta une main à son ventre, au niveau de sa plaie recouverte par un bandage, puis elle alla récupérer son t-shirt, qui séchait sur le dossier de la chaise et l'enfila avec difficultés, avant d'attraper sa veste qui trainait sur le rebord du lit, la mit et sortit par la même porte qu'avait emprunté la brune quelques instants plus tôt.

Dehors, il pleuvait beaucoup, mais elle était à l'abris sous une espèce de porche qui longeait toutes les chambres, soutenu par des colonnes. Il lui était impossible d'y voir clair à trois mètres tant l'averse était violente. Natasha fourra ses mains dans ses poches et souffla brièvement, son soupir étant visible sous forme de buée, et regarda autour d'elle. La pluie faisait énormément de bruit en tombant sur le toit des quelques voitures qui étaient garées sur le parking du motel. L'enseigne de l'établissement était toujours allumé, sauf deux lettres, dont les ampoules LED avaient grillé. Il faisait frais, un peu trop à son goût, mais cela ne dérangeait pas plus Natasha que ça, qui avait de toutes façons trop chaud. Elle chercha l'autre femme des yeux et l'aperçut, quelques mètres plus loin, une jambe repliée et posée contre la colonne à laquelle elle était adossée, et bras croisés.

Elle hésita un instant à la rejoindre, se contentant d'abord de la regarder, espérant qu'elle se soit un peu calmée afin qu'elle puisse discuter sans devoir hausser le ton. De toutes manières, elle n'avait pas assez d'énergie pour commencer à débattre avec elle ce soir. Au bout d'un moment, elle marcha vers elle d'un pas lent. La mutante la vit, mais elle détourna rapidement le regard comme si elle n'était pas là. L'autre agent du Shield pouvait presque sentir à distance toute cette colère qui l'animait.

–… Ok, j'ai merdé, concéda-t-elle avant de dire quoi que ce soit d'autre.

–Sans rire…

–Ecoute, je sais que j'aurais dû prévenir quelqu'un, mais c'était une occasion en or, et ça n'allait peut-être pas se présenter à nouveau, se justifia-t-elle. Et maintenant que tout ça est terminé et que tout le monde va bien, pourquoi tu es en rogne comme ça ? Ce n'est pas comme si je ne m'en étais pas sortie.

–… Justement, lâcha-t-elle, et Natasha fronça un peu les sourcils. Tu imagines si ça avait été le cas ? Si tu ne t'en étais pas sortie ?

–Et alors ?

– « Et alors » ? répéta la mutante. Ça ne t'arrive jamais de te dire qu'il y a encore des gens qui tiennent à toi sur cette foutue planète ? Non, bien sûr… râla-t-elle en détournant une nouvelle fois le regard. Tu as l'impression que personne ne s'intéresse de près ou de loin à ton sort… Mais réveille-toi, tu te trompes lourdement. Qu'est-ce que j'aurais fait, moi, si j'étais arrivée trop tard ?

–J'en sais rien, tu aurais ramené ma dépouille au Shield, et vous m'auriez enterrée, déduit logiquement la blessée.

–Tu es tellement loin du compte, soupira la brune. Tu n'as pas idée de la peur que j'ai ressentie lorsque j'ai vu que ce malade était sur le point de te tuer… Et tu sais quoi ? Je n'ai eu aucune hésitation lorsque j'ai appuyé sur la détente, tout comme je n'ai actuellement aucun remord. Je ne regrette en rien de l'avoir tué, parce que même si l'objectif était de le capturer et le ramener vivant à Fury, il allait te tuer, et ça, c'est juste… Inacceptable.

–Mission ou pas, j'allais le tuer quand même, quitte à me faire engueuler par le patron, avoua Natasha en haussant les épaules, totalement indifférente au sort de leur ennemi.

–Et mourir, ça faisait partie de tes plans aussi ? lui lança l'autre d'un ton plein de reproches.

–Pas spécialement. Si tu veux tout savoir, j'avais deux bonnes raisons de vouloir rester en vie.

–Lesquelles ? s'impatienta son amie.

–Toi et Clint, ça te va, comme réponse ?

L'autre ne répondit pas dans l'immédiat. Elle ouvrit d'abord la bouche pour parler, mais elle se ravisa et ne prononça aucun mot. Les yeux rivés sur une large flaque qui s'était formée un peu plus loin à cause de la pluie, elle se rendit compte de l'impact que cette phrase venait d'avoir pour elle.

–… Il est hors de question que je te perde.

Natasha ne le montra pas, mais elle fut très touchée.

–Et il est hors de question que tu meurs avant moi, ajouta-t-elle.

–Je te retourne l'avertissement, lui lança alors Natasha avec un petit sourire en coin.

–Tu veux parier ? répliqua la mutante en riant légèrement, et la rouquine fut soulagée de voir que son amie semblait voir récupéré un semblant de bonne humeur.

–Je prends les paris, oui, acquiesça-t-elle, amusée.

. . . . . . . .

Natasha redressa la tête, sortant brusquement de ses pensées. Elle regarda brièvement le contenu de sa tasse, à laquelle elle n'avait pas touché depuis qu'elle s'était appuyée contre la table de la cuisine, et soupira. Elle regarda ensuite sur sa droite, par où était passé Thor quelques instants auparavant, puis elle attrapa sa tasse par l'anse de celle-ci.

–Friday ?

Oui, Mademoiselle Romanoff ?

–Peux-tu dire à Tony que si ça ne le dérange pas, je souhaiterais rester ici encore quelques jours ? demanda-t-elle, puis un maigre sourire se dessina sur son visage, tandis qu'elle laissa une pointe de nostalgie naitre en elle. J'ai un pari à gagner…

. . . . . . . .

Assis sur le rebord du lit, Thor regarda Madison émerger, après avoir posé l'assiette ainsi que le verre de jus d'orange sur la table de nuit. Il la trouvait magnifique. Un rayon de soleil venait caresser sa peau, la rendant moins pâle qu'elle ne l'était depuis quelques jours. Il la vit ouvrir lentement les yeux, et il lui esquissa un sourire radieux, auquel elle répondit.

–Tu me regardais dormir ? lui demanda-t-elle d'une voix encore fatiguée.

–Un peu, déclara-t-il.

–C'est flippant, répondit-elle avec amusement. Ou romantique. Je ne sais pas trop, la frontière entre les deux est assez mince… soupira-t-elle en se tournant un peu plus vers lui. Qu'est-ce qui sent bon comme ça ? l'interrogea-t-elle ensuite, puis elle vit le plat qui se trouvait à sa droite et écarquilla les yeux. Tu… C'est toi qui as cuisiné ? comprit-elle, et il acquiesça. Et tu as fait des pancakes en plus ?

–Je me suis souvenu que tu semblais aimer cela… Après notre victoire à North Olmsted, tu en avais dévoré une assiette remplie, lui rappela-t-il, et même sur Arcturus IV, j'ai remarqué que tu en mangeais le matin. Alors j'ai cherché une recette, et… Et voilà.

–Tu es génial, affirma la jeune femme en se redressant pour ensuite s'adosser à la tête de lit, un oreiller dans le dos. Vraiment… Vraiment génial, répéta-t-elle, n'ayant pas d'autre mot lui venant à l'esprit, puis elle s'empara de l'assiette et la déposa sur ses genoux, puis récupéra les couverts. Ça fait longtemps que tu es debout ?

–Environ deux bonnes heures. Je n'arrivais plus à dormir.

–Pas à cause de moi, j'espère ? Je crois que je bouge pas mal en dormant, dit-elle, une pointe de culpabilité perçant dans sa voix.

–Non, pas du tout, la rassura-t-il avec un sourire chaleureux. Et toi, est-ce que tu as bien dormi ?

–A vrai dire… Merveilleusement bien… Cela faisait longtemps que je n'avais plus eu le droit à un sommeil aussi réparateur, déclara-t-elle en découpant un morceau de sa nourriture avant de porter la fourchette à sa bouche pour gouter, et son regard s'illumina. Tu n'en avais jamais fait avant ? s'exclama-t-elle en désignant les pancakes.

–Non, jamais… Pourquoi ?

–Ils font de loin partie des meilleurs que j'ai jamais mangé ! lança-t-elle avec enthousiasme, ce qui ravit l'asgardien.

Son regard parcourut brièvement la pièce et s'arrêta lorsqu'il rencontra un épais ouvrage, ouvert à la moitié et déposé sur le bureau, à côté d'un bloc de feuilles et de quelques stylos. Il pencha légèrement la tête sur le côté, intrigué par l'apparence du livre. Ancien, très large, mais dont une énergie particulière semblait émaner.

–Qu'est-ce donc ? demanda-t-il à la midgardienne.

–Oh, ça, lança-t-elle en voyant ce à quoi il faisait allusion, tout en continuant à manger, petit cadeau de Lenrad après notre escapade sur Arcturus IV, il a vu que j'appréciais particulièrement cet ouvrage… expliqua-t-elle, se doutant qu'il réagirait, et elle le vit sourire en coin. J'imagine que tu sais de quoi ça parle… ?

–En effet, confirma-t-il. J'ignorais que Lenrad te l'avais offert… J'imagine que c'est à cause de ce récit que tu as affirmé vouloir connaitre la souveraine d'Asgard ? l'interrogea-t-il d'une voix douce, et elle acquiesça.

–Elle avait l'air si… Si courageuse… Bien plus que je ne le serai jamais, soupira-t-elle, puis elle ferma un instant les yeux, étant frappée par un brusque mal de tête, ce qui alarma immédiatement le dieu nordique, alors il récupéra l'assiette presque vide et la déposa sur la table de nuit, puis il porta une main à la joue de la mutante.

–Tu es brûlante, Madison… Tu veux que j'aille te chercher quelque chose ? Ou que je demande à Friday de prévenir ton frère ?

–Oui, je… Un verre d'eau, s'il te plait… souffla-t-elle en portant une main à son crâne.

–J'y vais tout de suite, la rassura-t-il en se redressant vivement, puis il se dirigea à grandes enjambées vers la salle de bain.

Thor était plus qu'inquiet. Depuis la veille, la condition de Madison s'était rapidement détériorée. Il savait que c'était parce qu'elle avait pris la décision de lâcher prise, de ne plus contenir ses émotions comme elle le faisait si habilement au début, et que plus elle se sentait moralement mieux, plus elle souffrait et son état s'aggravait dangereusement. Il actionna le robinet et plaça un gobelet en dessous, sous le mince filet d'eau qui s'écoulait et soupira. Sa main tremblait légèrement tant il se faisait du souci. Quoique, « se faire du souci » était un euphémisme. Intérieurement, il était réellement terrorisé à l'idée de perdre la jeune femme.

Un bruit sourd provenant de la chambre le fit sursauter et il renversa une partie de l'eau à côté du lavabo. Il coupa l'eau, reposa le gobelet et se précipita vers l'autre pièce, sentant la peur le gagner et poussa la porte. Un froid mordant le prit immédiatement au visage et il se figea. De la glace avait recouvert une grande partie des murs, ainsi que le plafond, donnant un aspect hivernal à l'endroit. Le coin bureau avait été épargné. La porte vitrée qui menait tout droit sur le balcon était ouverte en grand, et les rideaux fins remuaient à cause d'un vent léger qui soufflait vers l'intérieur, apportant avec lui quelques flocons de neige. Thor voyait son propre souffle sous forme de buée et il fut parcouru d'un frisson lorsque ses yeux se posèrent sur le lit vide.

Madison était partie.