Bad to the bone-George Thorogood
1er janvier 2017
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–Comment ça, « elle est partie » !? s'exclama Tony, le dieu asgardien sur les talons. Je pensais qu'elle était à la limite d'être trop fatiguée pour ne serait-ce que se lever, et tu me dis qu'elle a quitté la tour après avoir gelé une partie de la pièce ?
–Je ne me suis absenté qu'un instant pour aller lui chercher de l'eau, lui répondit Thor, et à mon retour, elle avait disparu, souffla-t-il en le suivant dans le couloir.
–Et bien sûr, elle ne répond pas au téléphone, s'énerva-t-il en rangeant son portable. Que s'est-il passé juste avant que vous ne soyez plus dans la même pièce ?
–Rien, on parlait de plein de choses, tout était parfaitement normal, se défendit-il, et puis d'un coup, elle a commencé à avoir mal à la tête et ça paraissait sérieux. Je suis parti lui chercher de l'eau et j'avais l'intention de te prévenir juste après, lui assura-t-il, mais j'ai entendu du bruit et en revenant elle n'était plus là. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, pourquoi elle a pris la fuite comme ça, mais je vais t'aider à la retrouver, sois-en assuré, lui promit-il.
–Je sais, et je ne te blâme pas, ne t'en fais pas, lança le milliardaire en entrant en trombe dans son laboratoire. Tu as une idée de l'endroit où elle a pu se rendre ? l'interrogea-t-il ensuite en faisait apparaitre en hologrammes ses plus récents travaux et dernières recherches.
–Je suis déjà dessus, s'exclama Natasha en entrant à son tour dans la pièce, une tablette entre les mains. Le système mit en place par Nick et Clint pour la traquer grâce à ses pouvoirs fonctionne toujours, mais j'en ai pour quelques minutes, leur expliqua-t-elle en se concentrant sur l'écran. Si elle utilise sa magie, je le saurai et je pourrai la localiser.
–Et dans le cas contraire, si elle n'en fait pas usage ?
–On se débrouillera, affirma le brun en jetant un bref coup d'œil à son travail, mais j'espère qu'elle ne va pas faire de bêtises…
–Qu'est-ce qui te fait dire qu'elle va en faire ? lui demanda la rouquine sans lâcher son écran des yeux.
Tony ne répondit pas, concentré sur les images en 3D qui s'affichaient autour d'eux. L'attaque du premier soir. Celle dans les égouts. Les étranges dispositifs. Leur adversaire masqué. Tout se mélangeait dans sa tête, et pourtant, il avait l'impression que tout commençait à devenir parfaitement clair. Il zooma sur la personne face à qui s'était retrouvé Jake et se mit à réfléchir.
–Tony ? l'interpella la jeune femme. Pourquoi penses-tu qu'elle risque de faire quelque chose de mal, là dehors ?
–… Parce que je pense qu'elle en a déjà fait, déclara-t-il en désignant la silhouette de leur ennemi, puis il croisa les bras, sous les regards médusés des deux autres.
–Attends, tu n'es pas sérieux ? protesta l'asgardien. Tu ne penses pas que c'était elle ? Elle n'a pas quitté la tour le soir de l'attaque, lui rappela-t-il. J'ai demandé à Friday une confirmation, tout à l'heure, et…
–Et ? insista Tony, voyant que l'autre homme s'était lui-même interrompu.
–Et Natasha est entrée, alors je n'ai pas eu de réponse, soupira-t-il. Mais enfin, c'est insensé ! s'emporta-t-il ensuite. Pourquoi aurait-elle fait ça ? Attaquer Jake Jefferson n'a absolument aucun sens, d'autant plus qu'ils sont amis !
–Thor, je suis le premier qui n'ait pas envie d'y croire, mais il n'y a qu'un seul moyen de le savoir, soupira l'inventeur. Friday ?
–Oui, Monsieur ?
–Est-ce que ma sœur est sortie, dans la nuit du vingt-sept au vingt-huit décembre ?
–Non, répondit l'I.A après un petit temps de réflexion.
–Certaine ? insista Tony en fronçant les sourcils.
–… Oui.
–Elle ment, s'exclama Tony à l'intention de ses deux amis en se dirigeant vers un panneau de contrôle. Friday, dis-moi la vérité, est-ce que tu as été trafiquée pour ne pas me dire ce qu'il s'est vraiment passé ? Et crois-moi, je n'ai pas enfin de fouiller dans tes programmes pour obtenir des réponses par moi-même, mais je vais le faire si tu ne me dis pas ce que j'attends de toi, et tu sais que je finirai par trouver. Alors soit je te repose la question et tu me donnes immédiatement les images non trafiquées, soit je force le système. Tu as le choix, lâcha le milliardaire d'un ton strict.
Durant plusieurs secondes, rien ne se produisit, le silence fut complet. Les trois personnes se regardèrent, intriguées, se demandant ce qui allait se produire, et au bout d'une dizaine de seconde, il y eut un étrange son puis une image apparut sur l'écran situé sur le plus grand mur de la pièce. L'image montrait la chambre de Thor, où l'asgardien et la midgardienne étaient en train de dormir. Le blond parut surpris mais ne fit aucun commentaire. Tout semblait parfaitement calme pendant quelques instants, jusqu'à ce que la mutante se mette à remuer dans son sommeil, comme si elle était en proie à un cauchemar. Le dieu nordique se vit alors l'entourer d'un geste protecteur, dormant toujours aussi profondément. A partir de cet instant, le calme se fit à nouveau, mais cela ne dura que peu de temps.
Ils virent la jeune femme se réveiller en ouvrant les yeux en grand et se redresser machinalement. Elle quitta le lit, le contourna et posa une main sur le front de Thor. Une étrange lueur apparut entre ses doigts, puis elle recula et alla s'installer à son bureau avant d'ouvrir son PC portable. Elle tapa sur quelques touches et la voix robotisée de Friday se fit entendre, prononçant les mots suivants : « Pare-feu désactivé ».
–Elle a trafiqué le système… murmura Tony sans comprendre. Et elle t'a ensorcelé pour que tu ne te réveille pas, poursuivit-il à l'adresse de l'asgardien.
Ils la virent ensuite se lever et marcher vers la baie vitrée, qui s'ouvrit en grand devant elle sans qu'elle ait besoin de la toucher, puis il y eu un violet flash et en un quart de secondes, sa tenue se métamorphosa et elle prit son envol, disparaissant dans la nuit. Natasha n'arrivait pas à détacher ses yeux du grand écran et elle tenait toujours la tablette entre ses mains crispées. Thor était confus, et Tony abasourdi. L'image se brouilla et se modifia légèrement. C'était toujours la même ambiance nocturne, le blond ne s'était pas réveillé mais avait changé de position en dormant. Et une nouvelle fois, la porte vitrée s'ouvrit et Madison s'engouffra à l'intérieur sans faire le moindre bruit, puis elle referma la fenêtre à distance d'un simple geste de la main avant d'aller se recoucher aux côtés de l'homme comme si de rien n'était.
Tony se pinça l'arête du nez en lâchant un soupir d'incompréhension et d'exaspération puis il s'appuya contre son bureau à l'aide de ses deux mains avant de redresser la tête et de combiner la vidéo qu'ils venaient de regarder et celle fournie par Jake. Et cette fois-ci, malgré le casque que portait leur rivale, il reconnut les yeux de sa sœur, ainsi que les traits de son visage, qui n'était que partiellement masqué.
–Merde… souffla-t-il, incapable de formuler une phrase complète, se sentant dépassé par les événements.
Natasha fut la première à réagir. Elle marcha droit vers le panneau de contrôle et effectua quelques manipulations rapides pour revenir au moment où la mutante avait quitté la tour au beau milieu de la nuit. Thor, lui, était totalement figé. Il avait dû mal à se dire que ce qu'ils avaient vu était réel. Il se souvenait s'être endormi en tenant Madison dans ses bras, puis s'être réveillé de la même façon, et désormais, ses sens étaient confus. Ce n'est que lorsque la rouquine les interpella qu'il releva la tête, tandis que Tony paraissait perdu dans ses pensées.
–Dites-moi, qu'est-ce que vous voyez, là ? leur demanda-t-elle en leur montrant les images de la brune se dirigeant vers son bureau, puis celles qui dataient du matin même, lorsqu'elle semblait perdre la raison avant de se sauver.
–… Ma petite sœur qui dérègle le système de sécurité de MA tour, lâcha l'inventeur sans daigner lever les yeux. Comment ai-je pu… Ne pas voir ce qu'il se passait…
–Tony, souffla Natasha, regarde… S'il te plait, regarde, l'incita-t-elle en désignant l'écran. Et toi aussi, Thor, ajouta-t-elle en fixant l'asgardien, qui n'osait pas parler. Regardez-la tous les deux et dites-moi ce que vous voyez.
Les deux hommes échangèrent un coup d'œil à la fois inquiet et perturbé, puis ils se reconcentrèrent sur la vidéo. Au bout de quelques instants, le dieu nordique pencha légèrement la tête sur le côté, un détail ayant marqué son attention.
–Ses gestes sont si… si mécaniques… C'est comme si… Elle savait ce qu'elle faisait, et qu'elle n'avait pas la moindre hésitation.
–Mécaniques, exactement, répéta la jeune femme comme s'il s'agissait d'une évidence. Vous n'allez pas me faire croire que vous l'avez déjà vue agir comme ça ? En donnant l'impression ne plus avoir la moindre parcelle d'humanité ? Ou bien sans montre une quelconque émotion ? Bien sûr, elle a déjà essayé de tout masquer, de faire comme si elle ne ressentait rien, mais là, poursuivit-elle en pointant l'image du doigt, là c'est différent.
–Tu… Tu insinues que… commença Tony, mais il se fit rapidement interrompre.
–Ça, ce n'est pas elle. Du moins, pas totalement…
–Comment ça ? l'interrogea Thor, intrigué. Pas elle… Elle aurait été manipulée ? essaya-t-il de deviner, tandis que son amie approuva. Mais comment ? Par qui ?
–Ça me semble assez évident, soupira-t-elle en montrant ensuite la vidéo de la toute première attaque, celle à l'issue de laquelle la mutante s'était retrouvée à l'hôpital. Cette glace dont vous m'avez parlé, celle qui s'est étendue autour du cœur de Madison, je crois qu'elle avait pour but de l'affaiblir au point qu'elle ne soit plus capable de se défendre face à une attaque, physique ou… Ou bien psychique, comme c'est très certainement le cas aujourd'hui, déclara-t-elle, et le brun s'approcha de l'écran, puis leva lentement la main vers sa sœur.
–… Maddie… souffla-t-il avant de se tourner vers les deux autres. Qu'est-ce qu'on fait, alors ? Si ces salopards ont pris le contrôle de son esprit, ils vont tout faire pour semer la terreur sur Terre, et ils risquent de lui faire du mal, s'exclama-t-il en désignant la jeune femme, et ça, c'est absolument hors de question ! Personne ne s'en prend à elle, je ne les laisserai pas faire, enchaina-t-il, sentant la rage le gagner peu à peu au fur et à mesure qu'il s'exprimait. Elle a sûrement réussi à résister jusqu'à présent, et elle a dû finir par craquer d'un coup… Et cette bande de… De connards s'est servie d'elle pour faire leur sale boulot, et aller poser leurs machines merdiques à travers le pays, et… Et c'est pour ça que lorsqu'on les a affrontés à Central Park, elle a été temporairement paralysée… Parce qu'ils la manipulaient comme si elle leur appartenait ! s'écria-t-il, et bien qu'il comprenne que cela soit propice à la situation, Thor demeura surpris par le langage employé par son acolyte.
–On va la récupérer. Les jotüns ne l'auront pas, affirma Thor, sentant ses muscles se tendre. Elle a réussi à tenir jusque-là, nous pourrons la ramener. Je ne savais ce que ferait réellement le sort qui l'a touchée, à part l'affaiblir, et maintenant que je le sais, je me dois d'agir. J'ai juré de la protéger, quoi qu'il arrive, alors allons la chercher.
–… Merci, lui dit-il simplement, sincèrement reconnaissant d'avoir son soutien. Friday, sois gentille, et prévient Pepper que nous partons pour la matinée avec Thor. Dis-lui de rester ici, et de ne quitter les lieux sous aucun prétexte. Explique-lui la situation et demande à Happy de rester ici aussi, le temps que nous revenions.
–Les gars… reprit Natasha, qui s'était montrée assez silencieuse, occupée à faire quelques recherches sur le petit écran portable, attirant l'attention des deux hommes sur elle.
–Quoi ?
–Vous disiez que d'après Jake, des engins avaient été installés dans différents états, c'est ça ? les questionna-t-elle, soucieuse.
–Exact, confirma Tony, et donc ?
–Lesquels ?
–Hum… souffla-t-il, essayant de se rappeler de ce que le procureur leur avait dit. Je crois qu'il y avait le Minnesota, et le comté de Westchester aussi…
–Le Nedava ? se souvint subitement l'asgardien, n'étant pas certain de la prononciation.
–Le Nevada, répéta correctement l'inventeur, et la Caroline du Sud, acheva-t-il d'énumérer. Pourquoi, un problème ?
–Westchester, commenta-t-elle en gardant le regard fixé sur la tablette. J'imagine que puisque vous y avez déjà tous les deux mis les pieds, vous vous souvenez de ce qu'on peut y trouver là-bas ? les interrogea-t-elle, et tous les deux se mirent à réfléchir.
–Le manoir de Xavier, dit Tony en écarquillant les yeux.
–Pas seulement, affirma-t-elle en leur montrant l'écran, où un point rouge brillait au centre d'une carte simplifiée. Je crois que je sais où elle est allée.
–Alors on décolle, s'exclama le terrien en contournant son bureau pour ensuite quitter le laboratoire d'un pas rapide, et les deux autres se lancèrent immédiatement à sa poursuite. Je ne sais pas ce à quoi on va avoir affaire sur place, surtout si ces maudits géants redébarquent à l'improviste. Friday, prépare le jet et mon armure, s'exclama-t-il d'une voix claire et forte.
–Tout de suite, Monsieur.
–Thor, tu es prêt ?
L'asgardien s'arrêta au milieu du couloir, tendit le bras et après quelques secondes seulement, les midgardiens virent Mjolnir fendre l'air pour venir se loger dans sa main, et il referma ses doigts autour du manche d'un air décidé. Après cela, il y eut une sorte d'éclair qui éblouit les deux terriens, qui se protégèrent un instant les yeux, et lorsqu'ils les rouvrirent, ils virent que le futur souverain était vêtu de son armure de combat.
–Nous n'avons pas de temps à perdre, lâcha-t-il d'un ton dur à cause de la tension qui montait en lui, puis il se remit à marcher et très vite, ils arrivèrent au hangar où étaient stationnés les quelques vaisseaux de Tony. Une fois qu'on aura récupéré Madison, je me rendrai sur Jotunheim afin de régler personnellement tous les problèmes qui y sont dernièrement survenus. Je crois que Sithbrir, Geirroed et Herag ont dû causer du tort à un grand nombre de leurs semblables, mais que d'autres se sont joints à leur cause. Il est temps d'y mettre un peu d'ordre.
Tony acquiesça et son armure vola jusqu'au vaisseau dans lequel ils s'apprêtaient à embarquer et s'y rangea naturellement, puis son propriétaire monta dans l'appareil en sautant quelques marches, Natasha sur les talons.
–J'aimerais que tu restes ici, pour veiller sur la tour.
–Et manquer toute l'action ? s'offusqua-t-elle. Dans tes rêves, Stark, lui lança-t-elle en sortant une arme à feu qui était jusque-là accrochée dans son dos grâce à un harnais qui lui entourait la taille et passait au-dessus de ses épaules.
–C'est dangereux, protesta l'asgardien.
–Justement, c'est là que ça devient amusant.
–Natasha…
–Je viens, les coupa-t-elle vivement. Je ne débattrai pas là-dessus avec vous, enchaina-t-elle en allant s'installer aux commandes. Bon, c'est quand vous voulez, s'exclama-t-elle en mettant une oreillette avant de se tourner vers eux, et une fois que les deux hommes eurent échangé un bref coup d'œil, Thor embarqua à son tour et la porte se ferma derrière lui.
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Raven était en train de lire dans l'un des fauteuils de la chaleureuse salle commune du rez-de-chaussée lorsqu'elle avait entendu quelqu'un frapper à la porte principale. Elle avait été quelque peu surprise, car durant la période des fêtes de fin d'année, au beau milieu des vacances d'hiver, personne ne passait par le manoir. La rentrée des élèves n'avait lieu que quelques jours plus tard, quant à ses autres connaissances, elles téléphonaient toujours avant de venir leur rendre visite, à elle, Hank ou Charles. Ils étaient les seuls à vivre en permanence sur place. Elle savait que cela ne pouvait pas être Erik, qui avait depuis peu emménagé chez Natalya Maximoff et qui était donc occupé à ranger ses affaires chez elle, ni Robert Drake, qui se trouvait à l'autre bout de l'état pour prendre lui aussi quelques vacances.
C'est donc avec une certaine curiosité qu'elle se dirigea vers l'entrée, mais également avec appréhension. Les visites improvisées n'apportaient, selon elle, jamais rien de bon. Elle craignait qu'on leur apporte encore une mauvaise nouvelle. Les derniers mois n'avaient pas été simples, entre la guerre civile à laquelle plusieurs de ses amis avaient pris part, et la perte tragique de Logan, qu'elle appréciait beaucoup pour qui il était et ce qu'il avait fait pour les autres. Elle s'était presque convaincue que rien de pire ne pourrait arriver, jusqu'à ce qu'elle ne perçoive une conversation entre Charles et Hank, et c'était à cet instant qu'elle avait appris que l'une de ses plus anciennes amies était possiblement condamnée. Elle n'avait pas mentionné le fait qu'elle était au courant, même si elle se doutait que son frère adoptif savait qu'elle les avait entendus.
A la fois soucieuse et intriguée, elle tourna la clé puis ouvrit lentement la porte, et elle fut soulagée de reconnaitre un visage familier.
–Oh, salut… Pendant un instant, j'ai cru qu'on allait encore avoir des problèmes, soupira-t-elle, puis elle remarqua l'air terrorisé et paniqué de la femme qui se tenait face à elle. Em… ? Est-ce que tout va bien, tu es… Tu es terriblement pâle…
–… J'ai besoin d'aide… murmura-t-elle, la voix brisée, presque déformée par la peur.
–Rentre vite, on dirait que tu as vu un fantôme, lui lança l'autre mutante en s'écartant afin de la laisser passer, puis elle referma la porte un peu plus rapidement qu'elle l'avait ouverte. Que se passe-t-il ? s'inquiéta-t-elle en la voyant dans un tel état.
–… Il… Il faut que je parle à Charles, je dois me servir du Cérébro…
–Du… De Cérébro ? Mais, il n'y a que Charles qui l'utilise, personne d'autre…
–C'est justement pour ça qu'il faut que je le voie… Je t'en prie, Raven, c'est… C'est important, sinon, je ne serai pas venue… Il y a quelqu'un que je dois retrouver, quelqu'un qui… Qui pourrait m'aider, qui arrangerait tout…
–Je vois… Viens, on va aller le chercher, d'accord ?
Madison acquiesça faiblement, presque paralysée par la peur, et son amie dû la tenir par les épaules et la guider afin qu'elles quittent ensemble le corridor et se lancent à la recherche du mutant auquel elle avait besoin de parler de toute urgence.
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–Bon, il devrait nous rejoindre là-bas d'ici une quinzaine de minutes, lança Natasha à l'autre terrien tout en restant aux commandes du jet dans lequel ils se trouvaient. Tu as raison, on ne sait jamais ce qui peut se produire. Tu as essayé de la rappeler ?
–Répondeur, soupira Tony, puis son attention se porta vers Thor, qui se trouvait au fond du jet, appuyé contre une paroi, tête baissée et bras croisés. Pointbreak ? lui lança-t-il en le rejoignant, et ce dernier ne leva pas les yeux vers lui. Thor, je vais avoir besoin que tu sois au top de ta forme, quoi qui nous attende, même si je me doute que moralement, ce n'est pas trop ça.
–… J'aurais dû remarquer que quelque chose clochait.
–Tu n'aurais pas pu. Elle allait mieux, et je crois qu'elle n'avait aucune idée de ce qui était en train de lui arriver. Mais tu as été là pour elle, et ça, je t'en remercie infiniment. Seulement, on n'en a pas encore terminé avec tout ça, alors il faut qu'on tienne le coup jusqu'à ce qu'elle soit hors de danger. Jusqu'à ce qu'elle redevienne entièrement elle-même, compris ? déclara-t-il d'un ton réconfortant mais stable et confiant.
–Je ferai tout pour l'aider, Tony.
–Je sais. D'ailleurs, Natasha, comment as-tu su qu'elle n'était plus vraiment elle ? reprit le milliardaire en se tournant vers la rouquine qui leur tournait le dos.
–Ça se voyait, sur la vidéo. Elle n'agissait pas comme d'habitude.
–Mais elle a déjà joué la comédie pour qu'on la laisse tranquille. Pourtant, tu as eu l'air de savoir différencier une sorte de jeu d'acteur d'une vraie manipulation. Je sais que tu es une espionne surentrainée et que c'est certainement grâce à ces fameux entrainements que tu as suivis que tu as eu la puce à l'oreille, mais je voulais savoir s'il y avait autre chose.
–Autre chose ?
–Autre chose, oui. Je ne t'ai jamais aussi expressive qu'hier et aujourd'hui, et quelque chose a eu l'air de t'inquiéter lorsque tu as vu la vidéo. Je pense que c'est plus ou moins normal qu'on panique, parce que personnellement, je n'ai jamais eu aussi peur de toute ma vie, mais… Je ne sais pas, ton regard était étrange.
–Pour le moment, on doit se contenter de ramener ta sœur à la tour et tout faire pour sortir ces cinglés de sa tête, lâcha Natasha d'un ton neutre.
Tony et Thor se dévisagèrent, interloqués, et le brun s'approcha lentement de leur amie.
–Il y a quelque chose que tu ne nous dis pas, comprit-il aisément. Et on dirait que ça te perturbe, ajouta-t-il, mais elle ne lui répondit pas. Ecoute, si ça concerne ma sœur, il faut que tu m'en parles, d'autant plus que ça parait important.
–Pas maintenant, se contenta-t-elle de dire, ce qui frustra encore plus le brun.
–Mais tu d…
–Pas maintenant, répéta-t-elle froidement en lui jetant un regard presque assassin qui le dissuada d'ajouter quoi que ce soit alors que d'habitude, il ne se laissait pas aussi facilement abattre. Ce n'est clairement pas le bon moment, de toutes façons. On verra ça plus tard, si tu permets.
–Tu m'inquiètes.
–Je sais. Mais contente-toi de simplement te préoccuper de ce sur quoi on risque de tomber en arrivant.
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C'est d'un pas peu serein, rapide et irrégulier que Madison progressait aux côtés de Charles et ensemble, ils se dirigeait vers le Cérébro. Ils étaient déjà dans la grande salle sphérique, ils n'avaient plus qu'à atteindre la machine. La jeune femme bougeait nerveusement les mains, croisait et décroisait inlassablement les bras.
–Je sens la peur te gagner, lui souffla l'homme, mais il faut que tu te détendes, d'accord ? Je n'ai jamais laissé quiconque se servir du Cérébro parce que cela épuise rapidement et que ça peut devenir dangereux si on l'utilise de la mauvaise façon, mais si tu cherches à contacter cette personne dont tu m'as parlé, je ne vais pas t'en empêcher. Permets-moi juste de rester à tes côtés au cas où tu aurais besoin d'aide.
–C'est la seule… Qui puisse me sortir de ça, lâcha Madison. Je ne sais pas quoi faire pour contrer tout ça, et j'ai… Charles, j'ai fait…
–Je sais. Je l'ai senti, soupira-t-il.
–Il faut que j'arrive à lui parler. C'est elle qui est à l'origine de mes pouvoirs, alors ça devrait marcher, avec son soutien, non… ? Son inconscient est toujours là quelque part, je dois juste entrer en contact avec elle…
–C'est une opération très délicate, lui rappela Charles en lui tendant le casque, dont elle se saisit de ses mains tremblantes. À tout moment, si tu sens que quelque chose ne va pas ou que tu as le sentiment que tu ne contrôle plus ce que tu fais, arrête. C'est simplement parce que tu es l'unique personne à être liée à cette femme que je ne cherche pas à la contacter moi-même et crois-moi, je ne suis pas particulièrement rassuré par le fait qu'elle puisse ne pas te répondre.
–Elle s'est trompée, murmura-t-elle. Ce n'était pas moi, ça ne pouvait pas… Je suis si instable…
–Tu l'es, mais tu as appris à te maitriser. Si c'est différent aujourd'hui, c'est parce que tu te bats à l'aveugle. Tu ne sais pas comment contrer ce type de menace, et il est parfaitement logique de désirer t'en remettre à Eléa. Mais s'il te plait, sois prudente, lui répéta-t-il en la voyant mettre le casque avec précaution, puis prendre une grande inspiration. Je reste là, je ne te laisse pas.
–Merci… Merci de ne m'avoir jamais laissée tomber, lui dit-elle en croisant son regard, puis elle se concentra sur sa recherche, sous l'œil attentif du télépathe, mais avant qu'elle n'ait eu le temps de ne serait-ce que percevoir la moindre âme mutante grâce à la machine, elle se sentit sombrer.
Charles la retint afin que sa chute ne soit pas douloureuse et soupira. Il n'aimait pas se jouer d'elle, mais il sentait qu'il n'avait pas eu le choix.
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Raven était sortie en courant du manoir lorsqu'elle avait vu la navette aux armoiries Stark Industries se déposer dans le parc qui entourait le domaine, à proximité du lac. C'était avec soulagement qu'elle avait vu Tony, Thor et Natasha en sortir pour venir à sa rencontre.
–Je savais que vous finiriez par venir, et je suis ravie que vous ayez été aussi rapides…
–Elle est là ? s'empressa de lui demander la rouquine.
–Oui, avec Charles, à l'intérieur, leur apprit-elle en leur faisant signe de la suivre vers le bâtiment. Mais j'ai tout de suite su qu'il y avait un problème, pas parce qu'elle avait l'air paniquée en arrivant, mais parce que je la connais, et que jamais elle n'aurait pris le risque de venir ici.
–Comment ça ?
–Elle a toujours détesté mettre ses proches en danger, elle ne serait donc pas venue au manoir s'il n'y avait pas un souci… à l'intérieur. Elle a parlé du Cérébro et d'une personne à trouver, quelqu'un qui pourrait l'aider à aller mieux mais qui n'était techniquement plus en vie, et que la seule manière pour prévenir cette personne était grâce au lien qu'il y avait entre elles.
–Probablement Eléa, déduit Thor tandis qu'ils franchirent la large porte d'entrée.
–C'est effectivement le prénom qu'elle a prononcé, confirma Raven en les guidant à travers les couloirs des lieux. Ecoutez, j'ai du mal à saisir le sens de toute cette histoire, mais ça parait suffisamment sérieux pour que le procureur en personne nous signale de nous montrer prudents à cause d'une détection d'énergie inconnue dans les environs. Hank aussi a obtenu quelques relevés assez étranges.
–Ça serait donc ici que l'un des dispositifs a été placé, comprit Tony. Bordel, mais à quoi ils jouent, ces jotüns ?
–Aucune idée, marmonna Natasha, mais on va vite régler cette affaire.
–On y est, les informa la mutante tandis qu'ils arrivaient devant l'entrée de la fameuse salle sphérique où se trouvait le Cérébro, et ils furent étonnés de voir Madison étendue à terre, aux pieds de Charles, et Hank penché au-dessus d'elle. Qu'est-ce que… Elle s'est évanouie ou tu l'as endormie ?
–Quelque chose semblait vouloir sortir, se justifia son frère adoptif, et les trois autres se précipitèrent vers eux. J'ai préféré l'endormir avant qu'elle ne commette involontairement un vrai carnage. Hank, tu as trouvé quelque chose ?
–C'est assez étrange, à vrai dire… C'est comme si c'était elle sans vraiment l'être, expliqua-t-il, tandis que Tony se mit à genoux à ses côtés et observa sa petite sœur qui avait les yeux clos et respirait calmement, mais cela ne dura que peu de temps car brusquement, elle ouvrit les yeux en grand et se redressa en se mettant assise et commença à tousser, tête baissée. Hey, tout doux… lui conseilla Hank en passant une main dans son dos. Tu es sûr que tu l'as endormie convenablement, Charles ? s'enquit-il auprès de son ami, et le regard que ce dernier lui lança l'inquiéta, car même lui donna l'impression de ne pas comprendre. Em, calme-toi, tout va bien, d'accord ? Tu es en sécurité, la rassura le scientifique d'un ton apaisant.
–Maddie ? souffla l'inventeur en prenant sa main avec une extrême délicatesse, ne voulant pour rien au monde la brusquer.
–Devrait-on la ramener à la tour ? demanda l'asgardien, plus inquiet que jamais.
–« La tour »… ? répéta la brune, ayant toujours les yeux rivés vers le sol, et ses paroles étant entrecoupées par sa quinte de toux.
–On ferait mieux de rentrer, en effet, confirma le milliardaire, qui regarda ensuite les autres mutants. Désolés pour le dérangement, on vous tiendra au courant, leur promit-il en tenant sa sœur par le bras. Maddie, viens, on rentre chez nous… Tout va s'arranger, ne t'en fais pas. On va trouver comment te soigner.
–… Me soigner…
–Oui, te soigner, répéta-t-il avec un petit sourire à la fois triste à cause de cette vision qu'il avait, mais également soulagé qu'elle se soit réveillée.
Il s'apprêta à se redresser puis à l'aider à faire de même mais subitement, lui, ainsi que Natasha, Thor, Raven, Hank et Charles furent propulsés en arrière et sur les côtés de la passerelle avec une force assez étonnante. Le télépathe se retrouva en dehors de la salle, dans le couloir, et il en alla de même pour l'espionne russe. Raven se rattrapa à temps avant de tomber de la passerelle tandis que les trois hommes se retrouvèrent presque encastrés dans les parois métalliques de l'endroit. Tony fut protégé par son armure, Thor par sa constitution d'asgardien et Hank grâce à son gène de mutant qui avait décuplé ses forces et sa résistance.
Devant le Cérébro, toujours assise par terre, Madison releva lentement la tête, et son frère pu alors voir son regard. Mais ce n'était plus les yeux bruns rieurs auquel il était habitué. C'étaient des yeux d'un bleu acier brillant et froid qui aurait pu congeler la pièce en une fraction de seconde. Ses cheveux, qui étaient devenus brun clair au fil des jours, prirent subitement une teinte noir corbeau.
–Je n'ai pas envie d'être soignée.
Ce fut la dernière phrase qu'elle prononça après s'être relevée, puis elle prit son envol et traversa le toit fait de métal, le brisant avec la simple force de son poing, se retrouvant ainsi à l'extérieur et laissant le reste du groupe abasourdi, terrifié à cette vue.
