So cold-Ben Cocks


1er janvier 2017

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Instinctivement, pour se protéger, Hank s'était transformé juste avant que son dos n'heurte la paroi de la grande salle sphérique, ce qui lui avait permis de ne pas trop ressentir la douleur au moment de l'impact, sans quoi il aurait pu en sortir avec quelques fractures. A l'instant même où il s'était à nouveau retrouvé sur la passerelle, son premier réflex avait été d'aller s'assurer que Raven n'était pas blessée. Il avait toujours craint qu'il ne lui arrive quelque chose, mais cette peur n'avait fait que se renforcer depuis le jour où Jean avait manqué de la tuer. Et il s'était promis que plus jamais il ne laisserait quiconque lui faire mal. Il tenait trop à elle pour risquer de la perdre.

–Pourquoi s'est-elle réveillée ? s'exclama la mutante à l'adresse de son frère adoptif, qui revenait justement dans la pièce, Natasha à ses côtés. Je pensais que lorsque tu endormais quelqu'un, on pouvait être tranquille pendant au moins trois heures !

–Je n'en sais rien, Raven, lui répondit-il, peut-être parce qu'elle n'est plus elle-même, proposa-t-il. Mais une chose est sûre, c'est que vous devirez vous dépêcher de la rejoindre avant que tout ne dégénère. Je vais rester ici et essayer d'atteindre son esprit via le Cérébro, même s'il a été endommagé par la vague d'énergie qui a traversé la pièce. Stark, je vous conseille d'être prudent… J'ai vu certains éléments dans la tête de votre sœur, et autant vous avertir que vous risquez d'avoir du mal à la maitriser.

–Dites-moi plutôt quelque chose que je ne sais pas déjà, marmonna l'inventeur en vérifiant rapidement les fonctionnalités de son armure. Avez-vous ne serait-ce qu'une idée de la façon dont on pourrait la ramener, extraire d'elle ce qui est en train de la manipuler et la détruire par la même occasion, sans lui faire de mal, parce que si c'est le cas, je suis toute ouïe.

–…

–Ne me dites pas que vous n'avez aucun plan, s'inquiéta Tony en tenant néanmoins de garder son calme. Parce qu'il est absolument hors de question que je reste là sans rien faire, tout comme je refuse que qui que ce soit la blesse.

–… Je vais faire tout mon possible d'ici, lui assura le télépathe, esquivant légèrement la question, mais allez, dépêchez-vous de sortir, je crains qu'elle ne sème le trouble dehors.

–Que ce soit bien clair, le mit l'autre en garde, si jamais vous voyez que ce que vous faites à distance la fait souffrir, vous arrêtez et on trouvera autre chose. Et vous quatre, poursuivit-il en se tournant vers l'asgardien, les deux mutants et l'espionne, je compte sur vous pour ne pas lui faire de mal non plus. Du moins, essayez de la stopper sans que… bref, vous avez compris, je ne vais pas vous faire un dessin, acheva-t-il tandis que son casque se rabattit, et il prit son envol, sortant par la brèche créée par sa sœur quelques instants auparavant.

Thor s'apprêtait à faire de même, mais Charles l'attrapa par le poignet avant qu'il ne puisse s'en aller et planta son regard dans le sien.

–Je crois que vous n'avez pas idée à quel point elle peut être dangereuse.

–Et vous, vous semblez ignorer que sa volonté de se battre contre ce qui est néfaste dépasse toute la cruauté de ceux qui l'ont attaquée, répliqua le blond. Nous la ramènerons, affirma-t-il, serrant le manche de Mjolnir entre ses doigts.

–C'est ce que je voulais entendre, soupira Charles, qui se tourna ensuite vers sa sœur adoptive et le scientifique. Faites attention, elle n'a plus rien à voir avec celle que nous connaissons. Essayez de la distraire, de l'immobiliser un instant le temps que je parvienne à entrer dans son esprit et tenter de sortir d'elle cette part de noirceur. Mademoiselle Romanoff, je compte également sur vous. Et que chacun se montre extrêmement prudent, termina-t-il en mettant le casque.

Ils acquiescèrent et échangèrent un bref coup d'œil. Thor attrapa Natasha par la taille et décolla avec elle, tandis qu'Hank attrapa Raven par la main et l'entraina avec lui en dehors de la salle. L'homme chauve souffla un bon coup et se concentra, sentant déjà les esprits mutants alentours se manifester dans sa tête.

. . . . . . . .

Madison traversait la grande cour du manoir à grandes enjambées, laissant des traces de pas dans la neige fraichement tombée au petit matin, le regard fixe, imperturbable. Le vent se leva, et le ciel se couvrit peu à peu de nuages sombres et épais qui empêchaient les rayons du soleil hivernal d'atteindre la terre. Là où elle posait le pied, le sol se noircissait subitement. Elle ne se soucia pas du bruit métallique qu'elle entendit quelques mètres derrière elle, reconnaissant pourtant le son caractéristique que faisait l'armure de son frère lorsque ce dernier atterrissait. En effet, Tony venait de toucher le sol et son poing reposait à terre. Il redressa la tête vers la jeune femme qui s'éloignait toujours plus et se releva.

–Madison ! l'appela-t-il.

Elle s'arrêta de marcher et se tourna très lentement vers lui. Il put alors voir le bleu acier de ses yeux, qui lui glaçait le sang. Il ne voyait en ceux-ci que de l'indifférence à son égard, rien d'autre. Tout autre sentiment semblait avoir abandonné sa petite sœur, ce qui le terrifia, mais il fit son possible pour ne pas le montrer. Il fit en sorte que le masque qui se trouvait devant son visage se rétracte et s'exposa donc à elle. Il pensa au fait qu'il l'avait appelée par son prénom et non par le surnom qu'il avait l'habitude de lui donner, et soupira à cette simple pensée. Il prit alors une grande inspiration, chassant du mieux qu'il le put ses peurs et craintes avant de reprendre la parole.

–Il faut que tu résistes, lui lança-t-il avec entrain. C'est la magie des Géants des glaces qui agit sur toi, mais tu dois la contrer !

–Vous semblez… Imaginer que j'ai envie de redevenir « normale », dit-elle très calmement d'un ton glacial et dénué de toute émotion. Mais vois-tu, je ne me suis jamais sentie aussi bien, aussi… Aussi vivante qu'aujourd'hui.

–C'est faux, tu te trompes, souffla l'homme, c'est en train de te détruire, et il faut qu'on te débarrasse de ça avant qu'il ne soit trop tard. Je sais que tu n'es pas maitresse de tes actions en ce moment, mais je sais aussi que tu es toujours là quelque part, alors écoute-moi ! Tu es plus forte qu'eux, il faut que tu résistes comme tu l'as fait dernièrement.

Elle n'eut pas l'air de vouloir répondre, et il se fit rejoindre par les deux autres Avengers. Thor relâcha son amie et tous deux se placèrent de part et d'autre de Tony, les yeux rivés sur la mutante qui se tenait debout à une quinzaine de mètres face à eux. Tony sentait presque la panique des deux autres se mêler à la sienne pour se transformer et quelque chose de plus fort, quelque chose qui les faisait tenir bon pour elle. Pour Madison.

–Pourtant, tu as l'air d'avoir besoin de renforts pour ne serait-ce que me parler, soupira la mutante. C'en est presque risible, et… J'ai presque de la peine pour vous.

–Ce n'est pas toi qui parles, marmonna Natasha, intérieurement furieuse envers ceux qui l'avait rendue ainsi. Ils se servent de toi comme intermédiaire pour s'en prendre à la Terre, et ils te manipulent comme si tu n'étais qu'une simple poupée de chiffon ! Mais je refuse de croire que toi, tu n'es plus là, à l'intérieur.

–Donc, tu persistes à t'accrocher à une pauvre âme midgardienne, se moqua presque Madison. Pathétique, jugea-t-elle, restant de marbre.

–Je ne sais pas lequel de Sithbrir ou Geirroed est en train de s'adresser à nous, s'exclama Thor, mais vous avez intérêt à la laisser tranquille.

–Sinon quoi ? les interrogea-t-elle en plissant très légèrement les yeux, qui venaient de virer au gris, indiquant que ce n'était définitivement plus elle, et ce fut comme si sa voix se dédoubla. Que me feriez-vous, que LUI feriez-vous ? Un terrien arrogant, un asgardien lamentable et une femme parfaitement pitoyable, qu'ai-je à craindre, concrètement ? déclara-t-elle sereinement. De plus, je me doute très bien qu'aucun d'entre vous n'a réellement envie de m'attaquer pour des raisons évidentes, alors je crois que c'est ici que nos chemins se séparent, à moins que vous ne vouliez que l'on se lance dans un combat qui sera très rapidement écourté.

–Laissez-la tranquille, répéta le dieu nordique, sentant de l'électricité parcourir ses veines pour descendre jusqu'à Mjolnir et se matérialiser sous forme d'éclairs à l'allure pour le moment inoffensive, tandis que Natasha sortit son arme à feu de son étui et arma le chien du canon par simple précaution, et cette fois-ci, ils virent leur amie s'esclaffer d'un rire mauvais.

–Sérieusement ? C'est avec CA que vous espérez me dissuader de poursuivre ma tâche ? lança-t-elle en désignant d'un bref signe de tête l'arme de la rouquine. Allons, Natasha… Il faut être un petit peu plus réaliste…

La concernée serra les poings, bouillonnante de rage.

–Tu as intérêt à lui foutre la paix, espèce d'enfoiré, ou je viendrai-moi-même te trouver en personne pour te coller une balle entre les deux yeux, lâcha-t-elle, la colère montant dangereusement en elle, et Tony, à ses côtés, sentait qu'elle pouvait exploser à tout moment.

–Prendriez-vous le risque que je lui cause du tort ? répondit son « adversaire » en se désignant elle-même, ce qui calma immédiatement la jeune femme. Je pense que nous savons tous ici que quelqu'un d'aussi faible que vous ne pourrais rien pour la protéger ou la sortir d'un aussi mauvais pas.

–Je l'ai déjà fait, l'avertit la jeune femme, et je recommencerai.

–Oh, mais bien sûr, où avais-je la tête, lança Madison en levant les yeux au ciel, j'en avais presque oublié ces délicieux souvenirs que j'ai eu l'occasion d'explorer… Vous aviez eu peur, n'est-ce pas ? Vous avez découvert une autre facette de votre amie, ce jour-là, lui rappela-t-elle, et même si Natasha tentait de ne pas montrer que cela l'affectait, son expression faciale se métamorphosa lentement. Vous avez compris que cela ne serait pas la dernière fois que l'on essayerait de l'utiliser. Et vous avez toujours peur, déclara-t-elle, amusée par la situation. Vous refusez de l'admettre, mais vous êtes terrorisée à l'idée de perdre votre amie, tout comme vous ne parvenez à chasser de votre esprit cette image qui vous hante depuis des années. Vous savez, cet instant où vous vous êtes rendue compte qu'elle ne vous reconnaissait pas, et que vous n'étiez rien de plus pour elle qu'un simple obstacle…

–… Tout ça ne vous regarde en rien, cracha Natasha. Vous êtes entré dans sa tête sans en avoir l'autorisation, ajouta-t-elle, et vous cherchez à nous la prendre, mais vous ne gagnerez pas…

–Oh, ma chère… souffla l'autre femme d'une voix doucereuse. Croyez-moi, j'ai déjà gagné…

Elle sortit de sa poche une espèce de télécommande grise et noire et la leur montra, un petit sourire au coin des lèvres, tandis que ses yeux redevinrent bleu acier, indiquant que ce n'était plus Sithbrir qui parlait et agissait à travers elle, mais elle n'en était pas pour autant redevenue elle-même. Venant du manoir, Hank et Raven rejoignirent les trois autres et s'arrêtèrent de courir une fois arrivés à leur hauteur.

–Les dispositifs… murmura Tony, comprenant que l'objet que tenait sa sœur allait très certainement les activer. Maddie, je sais que tu m'entends, alors quoi que te dise de faire ces cinglés, ne le fais pas ! Il faut que tu luttes, tu peux y arriver !

Madison ne lui répondit pas. Elle se contenta de lever la télécommande et d'appuyer sur le bouton principal sans la moindre hésitation. Dès cet instant, le sol se mit à trembler sous leurs pieds et quelques pas derrière la mutante, une large crevasse s'ouvrit dans la terre sans qu'elle n'en soit pour le moins du monde perturbée. Sous les regards intrigués des autres, une lumière vive apparut dans son dos, au-dessus du trou, et un portail aux teintes bleutées se forma, portail semblable à celui qui avait permis, quelques jours à plus tôt, à quelques Jotüns de pénétrer sur les terres de Midgard. Raven recula d'un pas, à la fois surprise et apeurée, tandis qu'Hank se plaça devant elle d'un geste protecteur. Puis, sortant de ce rond de lumière froide, des Géants des glaces apparurent un à un, se rangeant en lignes derrière la jeune femme.

Geirroed et Sithbrir furent les derniers à arriver, et chacun se plaça aux côtés de Madison, qui les regardait toujours avec indifférence.

–… Et maintenant ? demanda Natasha, qui était loin d'avoir été entrainée pour ce genre combat, de même que les trois autres terriens.

–On a un plan ? demanda Hank, toujours sous sa forme de fauve.

–Oui, déclara platement Tony. Exterminer ses pourritures et ramener ma sœur, leur dit-il simplement, et ils acquiescèrent. Friday, est-ce que d'autres portails ont été ouverts grâce aux dispositifs ?

Non, Monsieur. Seul ce dispositif a été activé.

–C'est déjà ça, soupira-t-il. Bon, je sais que cela risque d'être compliqué, mais essayez de tout faire pour ne pas lui faire de mal. Elle ne contrôle pas ses gestes, leur rappela-t-il sans détacher son regard de Madison.

Un halo luminescent entoura alors cette dernière, dont les yeux se mirent à briller et en un instant, elle se retrouva vêtue de l'ensemble bleu et gris métallisé qu'elle avait déjà porté lorsqu'elle avait affronté Jake. Le même casque apparut sur sa tête, recouvrant une grande partie de son visage, ne laissant à l'air libre que ses yeux, son nez, sa bouche. Thor fronça les sourcils, déstabilisé par cette vue, mais il se reprit rapidement, se souvenant qu'il ne pouvait se laisser distraire. Il aurait aimé que rien de tout cela n'arrive, que cela ne soit qu'un cauchemar. Son regard croisa celui du chef de l'armée adverse et son énervement ne fit que croître.

–Dernier avertissement, s'exclama l'asgardien à son égard. Laissez-la, si vous ne voulez pas que l'on vous élimine tous jusqu'au dernier.

–J'ai l'impression d'avoir déjà entendu de telles paroles auparavant, soupira le Géant des glaces. Je me souviens des mises en garde et quelques remarques inutiles de Beorth… Lorsque celui-ci a eu vent de mes projets, il a tenté de s'interposer, mais bien évidemment, c'était pour lui peine perdue. Quant à la fuite de Jeshoan vers cette ridicule planète… Le pauvre pensait pouvoir arriver à temps afin de prévenir cette chère petite mutante, déclara-t-il en désignant Madison, qui demeurait immobile, le regard fixe. Il est désolant de constater que lui et d'autres s'imaginaient qu'elle serait capable de se mesurer à nous pour ensuite en sortir indemne. Après tout, elle est bien plus faible intérieurement qu'elle n'y parait. En revanche, pour ce qui est de la magie qui coule dans ses veines, il n'y a rien à redire. Lydra s'est montrée bien imprudente, il y a quelque mois, en tentant de la lui arracher, puisqu'il n'y a qu'une seule personne qui soit en mesure de l'exploiter à son maximum, bien que notre amie ici présente en soit très loin, mais… Je pense que cela sera tout de même suffisant pour exterminer chacun d'entre vous.

–C'est ce qu'on va voir, marmonna Tony, dont le masque se rabattit sur le visage. Vous vous rappelez de ce qui est arrivé au troisième membre de votre trio infernal ? lança-t-il en s'adressant directement à Geirroed, sachant que cela le mettrait en rogne puisqu'Herag était son frère. Le même sort vous attend !

–J'en ai assez entendu, reprit Sithbrir. Détruisez-les ! s'exclama-t-il en regardant ses hommes tout en désignant ses adversaires, et les Jotüns s'élancèrent vers eux en hurlant, tandis que Sithbrir, son second et la mutante restèrent en retrait.

Thor et Tony se détachèrent du sol et volèrent jusqu'à leurs ennemis. Hank se mit à courir à une vitesse phénoménale, Natasja proposa l'une de ses armes à Raven, qui accepta l'offre en lui signifiant qu'elle serait capable de s'en servir sans trop de mal. La rouquine acquiesça puis regarda l'autre femme s'éloigner d'elle avant de pointer son arme à feu sur les extraterrestres.

. . . . . . . .

Charles avait le sentiment de ne s'être jamais autant concentré de toute sa vie. La salle, et donc le Cérébro par la même occasion, avaient été endommagés, ce qui ne le démotivait par pour autant, même si la tâche s'avérait désormais plus compliquée. Les apparitions holographiques représentants les mutants peuplant le monde étaient représentés sous formes de points rouges et étaient un peu brouillés, mais la machine fonctionnait toujours suffisamment pour qu'il tente d'entrer en contact avec le subconscient de son amie qui avait, il l'espérait, été épargné par la magie des Géants des glaces.

Il s'attarda brièvement sur plusieurs taches, n'en cherchant qu'une seule en particulier, puis il localisa Hank, ce qui lui permit de comprendre que sa cible ne devait pas se trouver bien loin. Il capta alors une énergie qui lui paraissait à la fois très familière et totalement étrangère, associée à une silhouette bleutée qui se tenait en retrait, entourée de deux autres formes grisâtres plus grandes qu'elle.

–Em, souffla-t-il, agrandissant mentalement l'hologramme. Madison, c'est moi. C'est Charles.

Dehors, la jeune femme ne broncha pas. Elle se contentait d'observer le combat qui venait de débuter non loin d'elle. Imperturbable. Inébranlable. Absente. Prête à exécuter tous les ordres qu'on lui donnerait, telle une véritable machine de guerre.

–Ecoute-moi, enchaina-t-il, remarquant la non réaction de son amie, je veux t'aider. Il faut que tu me laisses accéder à ton esprit. Je veux t'aider, je VAIS t'aider, d'accord ? Tu es tellement plus forte que ces individus, mais tu refuses de l'admettre… Tu dois simplement reprendre le dessus. Je sais que tu peux y arriver, et quand ce sera fait, je n'aurai pas besoin de beaucoup de temps pour t'endormir et après ça, on aura tout notre temps pour trouver un moyen de te sortir tout ce mal de la tête…

Les quelques mèches de cheveux noirs de Madison qui s'échappaient de son casque flottaient au vent, passant devant son visage. Une cape apparut autour d'elle et une large capuche se rabattit sur son crâne protégé, sous le regard plus que satisfait de celui qui la manipulait, qui se délectait de la situation. Face à eux, les cinq héros demeuraient déjà en bien mauvaise posture, mais se battaient vaillamment contre leurs nombreux adversaires.

–Je sais que tu as peur, murmura le télépathe, sentant sa voix trembler à cause de ses émotions qui se décuplaient en lui. Moi aussi, j'ai peur, avoua-t-il, parce que j'ai trop souvent échoué à protéger mes proches, toi en particulier… Alors s'il te plait, permets-moi de t'aider…

La mutante examinait indifféremment son frère, qui tentait tant bien que mal de tirer sur les Jotüns avec ses blasters, mais ces derniers parvenaient à s'abriter derrière d'épais boucliers de glace. Elle entendait très bien Charles s'adresser à elle, mais cela ne lui faisait ni chaud ni froid. La voix de l'homme était distante, presque inexistante pour la jeune femme qui donnait l'impression de n'être rien de plus qu'une coquille vide.

–… J'ai juré à Logan, avant qu'il meure, que tu aurais un jour droit à la vie merveilleuse et remplie de joie, à cette vie que tu mérites… déclara Charles sans perdre sa concentration. Il voulait que tu sois heureuse, Em… Il voulait tant de choses pour toi, il était prêt à l'impossible pour toi.

Le regard toujours fixe, Madison remua presque imperceptiblement les doigts.

–Il t'aimait plus que tout. Plus que sa vie, et… Jamais il n'aurait baissé les bras. Il en va de même pour moi, affirma-t-il, sûr de lui, sentant quelque chose changer chez elle. Je ne te laisserai jamais seule, c'est promis. Je suis là pour toi.

La mutante ne bougea pas d'un cil, mais la couleur bleue de ses iris se mit à lentement virer au brun et son teint fut un peu moins pâle qu'il l'était devenu durant la matinée. Le télépathe, de son côté, resta focalisé sur elle, ce qui lui demandait de fournir un effort considérable compte tenu du fait que l'esprit de cette dernière demeurait presque inaccessible. Malgré lui, il sentit une larme couler le long de sa joue. Ses mains tremblaient légèrement, tant il était inquiet et après un bon moment, il baissa la tête en soupirant, dépité, craignant que ses efforts ne soient vains, et qu'il ne puisse contrer une telle menace. Pourtant, quelques secondes plus tard seulement, un chuchotement discret parvint à ses oreilles.

« … Charles… »

–Em ? souffla-t-il, reprenant soudainement espoir, puis il plaça toute son attention sur la vision qu'il avait de la jeune femme et dans son esprit, ce furent ses grands yeux bruns qu'il aperçut avant toute autre chose, puis son air apeuré qu'elle tentait de dissimuler lui sauta à la figure, et il ressentit alors toute la douleur qui tiraillait son amie, toute cette souffrance atroce qu'elle ne pouvait pas extérioriser. Em, je suis là, la rassura-t-il, puis il redoubla d'efforts. Reste avec moi, d'accord ? Je vais te ramener.

« … Aide-moi… » pensa Madison aussi fort qu'elle le put, commençant à se sentir mal, nauséeuse, perdue… Seule.

Seulement, Sithbrir sembla remarquer son changement d'attitude, car il posa une main sur l'épaule de la jeune femme, qui fléchit légèrement avant de se reprendre. Son regard redevint froid et toute angoisse, toute forme d'inquiétude abandonna son organisme. Charles serra les poings, plus qu'énervé, mais ne lâcha pas prise, tandis que le géant maintint son emprise sur la mutante, qui n'eut aucune réaction. Il se pencha ensuite vers elle, le regard rivé sur ses ennemis.

–Occupes-toi d'eux, lui ordonna-t-il calmement.

Sans répondre quoi que ce soit ou simplement acquiescer, la terrienne s'écarta des deux Jotüns et se mit à marcher vers le champ de bataille d'un pas d'abord lent, puis de plus en plus rapide, et quelques étincelles apparurent entre ses mains gantées, se transformant en reflets de lumière. Du coin de l'œil, Tony s'en rendit compte et son sang ne fit qu'un tour. Voir sa petite sœur ainsi l'effrayait terriblement, mais il savait qu'il ne pouvait pas ne se concentrer que sur elle, alors il se tourna vers son adversaire et l'envoya valser grâce aux propulseurs intégrés à son armure.

Thor, lui, frappa le sol de son marteau et une puissante déflagration se fit entendre, tandis que la terre se fissura à plusieurs endroits, faisant chuter quelques Jotüns, qui se retrouvèrent en position de faiblesse, ce qui permit à Hank d'en achever certains avec davantage de facilité, mais toujours avec autant de hargne. Le dieu nordique arrêta de se battre un instant pour regarder autour de lui, un peu déstabilisé. Lorsqu'il vit Madison, il se figea sans trop comprendre pourquoi et eut l'impression, durant une fraction de seconde, que tous deux se trouvaient sur Jotunheim, au beau milieu des glaciers imposants à l'allure menaçante, après quoi sa vision redevint normale.

Il l'avait vue marcher vers lui d'un pas lent et hésitant sur les terres arides des Géants des glaces, mais sans son casque, sans son regard perçant. Ce qu'il avait perçu dans ses yeux, c'était de l'inquiétude. Puis tout s'était brusquement effacé, le ramenant à la réalité. Il secoua brièvement la tête et chercha à se rapprocher tant bien que mal de Sithbrir, comprenant que s'il se débarrassait de lui, cela augmenterait considérablement leurs chances de ramener la mutante parmi eux. Les obstacles étaient nombreux, mais il n'en avait que faire.

Un colosse se dressa alors devant lui, armé et déterminé à l'exterminer, mais étant probablement loin de se douter que la rage qui animait le blond demeurait cent fois plus élevée que le simple désir qu'il avait de l'achever, de le mettre en pièces une bonne fois pour toutes. Le plus grand des deux chercha à l'intimider, mais cela n'eut aucun effet sur l'asgardien, qui lui asséna un puissant coup dans la mâchoire à l'aide de Mjolnir. Son rival ne bougea que très peu, ce qui frustra énormément l'autre homme, et ce dernier l'attaqua à nouveau.

Voyant que les coups qu'il portait au géant n'avaient pas suffisamment d'effet, il s'empara d'un geste vif de la dague qui était accrochée à sa ceinture et l'enfonça dans le torse de l'homme à la peau bleue, qui lâcha un puissant rugissement de douleur avant de s'effondrer. Thor considéra alors un instant l'arme blanche qui dégoulinait du sang de sa victime avant de remercier intérieurement -et il en fut le premier étonné- Loki, puisque l'objet lui appartenait. Il rangea ensuite la lame dans son fourreau et essaya une nouvelle fois de gagner du terrain, dans le simple et unique but d'atteindre le responsable de toute cette agitation.

Mais avant qu'il ne puisse s'approcher de Sithbrir, Madison se posta devant lui et il s'arrêta. La seule chose qu'il avait voulu éviter était en train de se produire. Il ne voulait pas l'attaquer, mais le sentiment ne semblait pas être réciproque, car les mains de la jeune femme se recouvrirent de glace, lui indiquant qu'elle ne tarderait pas à s'en prendre à lui. Il jugea qu'essayer de la raisonner à cet instant précis ne servirait à rien, mais cela ne signifiait pas qu'il était prêt à engager le moindre combat avec elle.

Une boule bleue fonça alors droit sur lui et son premier réflex fut de dresser ses deux bras devant lui, se protégeant de ses avant-bras croisés, espérant que le choc ne soit pas trop difficile à encaisser, étant cependant quelque peu rassuré par le fait qu'étant asgardien, résister ne devrait pas s'avérer si compliqué. Pourtant, les secondes passèrent sans qu'il ne se fasse heurter par le moindre sortilège et un bruit sourd lui fit relever les yeux. Il fut surpris de voir l'épais mur de glace qui s'était matérialisé entre la mutante et lui, lui ayant ainsi évité d'être touché.

Madison fronça les sourcils, à la fois étonné et mécontente, avant de diriger une nouvelle attaque sur la paroi déjà fragilisée et fissurée à cause de son premier sort, et celle-ci se brisa dans un fracas assourdissant, mais avant qu'elle n'ait eu le temps de viser par la suite Thor, deux colonnes de glace sortirent simultanément du sol et bloquèrent ses mains, et elle comprit encore moins ce qu'il se passait. Le dieu observa la scène, intrigué, puis il aperçut, à quelques pas de là et se tenant debout sur le bord de la fontaine de pierre qui ornait la cour du manoir, un homme à l'allure familière, portant une tenue noire barrée d'un grand « X » sur le torse. Ses cheveux châtains étaient un peu plus longs que dans les souvenirs de l'autre homme et sa barbe était parfaitement taillée. Sa peau, qui donnait presque l'impression d'être faite d'un mélange de verre et de givre, retrouva peu à peu une allure plus conventionnelle.

–Est-ce que quelqu'un voudrait bien avoir l'amabilité de m'expliquer ce qu'il se passe ici, même si j'en ai déjà une petite idée ? s'exclama Bobby Drake, poings sur les hanches, et tout le monde arrêta temporairement de se battre en l'entendant s'exprimer, mais cette pause ne fut que de courte durée. Vous savez quoi ? poursuivit-il en sautant à terre, regardant les Jotüns, je ne sais pas qui vous êtes, mais quelque chose me dit que vous n'êtes pas les bienvenus… déduit-il en s'étirant. Je crois qu'on va s'amuser.