Thème musical "triste" - Sacrifice, Steve Jablonsky
I'll be good-Jaymes Young
1er janvier 2017
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–NON !
Thor cria à la seconde où il vit la dague se diriger vers l'abdomen de Madison et il tendit le bras vers elle en avançant précipitamment. Seulement, à l'instant à la lame s'enfonça dans la chair de la mutante, une puissante onde la parcourut et émana de son corps, propulsant l'asgardien en arrière, faisant se soulever la neige du sol, couchant à terre les arbres alentours, et une sorte d'aura sombre abandonna son organisme en la faisant temporairement léviter, accompagnant l'onde de choc qui se propagea en créant une violente bourrasque. Tout le domaine se couvrit peu à peu de nuages qui masquèrent la lumière du jour, et les flocons qui tombaient prirent une teinte grisâtre foncée.
Dans le manoir, au beau milieu du Cérébro, Charles sentit une vague de panique le traverser et tandis que ses yeux s'écarquillèrent, une larme brûlante coula sur sa joue. Devant lui, l'intensité de la lumière que créait le point rouge se mit à baisser.
A de nombreux kilomètres de là, dans la cuisine de la tour qui dominait New-York, Pepper et Happy parlaient des événements matinaux, craignant pour la vie de leurs amis. La compagne du propriétaire des lieux tournait en rond, faisant les cent pas, se faisait plein de scénarios, stressant à l'idée que les autres ne rentrent pas. Alors que le son de ses talons résonnait sur le carrelage de la pièce, le chef de la sécurité lui fit signe de s'arrêter, puis il lui désigna quelque chose. Sur le plan de travail, dans son vase, les pétales brunissant et s'affaissant, la fleur de lys était en train de faner à une vitesse phénoménale.
Dans un autre Etat, le Wisconsin, un homme jouant à la luge avec ses enfants -deux garçons et une fille, plus âgée que ses frères- sentit le vent se lever assez vite et fit signe aux jeunes de rentrer à l'intérieur, ce qu'ils firent sans trop protester. Avant de poser également le pied dans la maison, il se tourna une dernière fois vers l'extérieur, songeur, puis demanda à sa femme de consulter les prévisions météorologiques de la journée, et celle-ci lui apprit que le temps devait normalement rester stable et que la tempête qui s'annonçait n'était pas prévue. Il fronça les sourcils et referma la porte derrière lui, craignant que quelque chose de grave soit en train de se produire et que ses deux meilleures amies ne soient impliquées et en danger.
Dans la cour, Natasha leva la tête vers le ciel couvert, intriguée, ne comprenant pas ce qu'il passait et observa les flocons gris toucher ses mains pour ensuite fondre immédiatement. Plus loin, Tony se figea un moment, ignorant le vent qui soufflait. Il fut protégé par Bobby qui, ayant remarqué cet instant d'égarement, le rejoignit et créa un mur de glace entre eux et le Jotün qui le menaçait.
–Stark, qu'est-ce qu'il y a ? lui lança-t-il, inquiet de le voir aussi distrait.
–Je n'en sais rien… répondit ce dernier, déstabilisé. Je sens quelque chose d'étrange, déclara-t-il, croisant alors le regard du chef de l'armée des Géants des glaces, et il comprit que quelque chose de grave devait s'être produit pour que le colosse paraisse aussi perturbé, et ce dernier lança simplement à ses hommes « Allez la récupérer ».
De son côté, Thor se redressa, ayant chuté à cause de la force de l'onde, tendant le bras vers Mjolnir afin de le récupérer, et essaya d'y voir clair à travers le tourbillon de flocons, ses cheveux et sa cape volant librement derrière lui. Brusquement, tout retomba et il put à nouveau y voir clair. Mais il lâcha son marteau lorsqu'il vit Madison, étendue à terre. L'objet tomba et il courut vers elle en criant son nom, puis il s'agenouilla à ses côtés, constatant alors l'étendue des dégâts.
Allongée sur le dos, son corps tremblait. Les doigts de sa main gauche étaient crispés, refermés autour du manche de la dague avec laquelle elle s'était poignardée, son bras s'enfonçait dans la neige. Son t-shirt noir était imbibé d'un liquide poisseux qui tachait le sol blanc. Les yeux mi-clos, la respiration saccadée, elle sentit la présence de l'asgardien et se calma un peu avant d'ouvrir totalement les yeux afin de mieux le discerner. L'homme ne sut quoi faire. Il passa délicatement une main sous la tête de la mutante pour la soutenir, ayant l'impression qu'on venait de lui arracher le cœur pour ensuite le broyer et le déchiqueter en mille morceaux avec sauvagerie.
–… C'est fini… souffla alors la blessée. C'est… C'est parti, ajouta-t-elle en faisant allusion à la présence de Sithbrir dans son esprit et à tout ce mal qui la rongeait. Thor, c'est parti… murmura-t-elle, un sourire triste et faible se dessinant sur son visage fatigué.
–… Oui… Oui, c'est parti… confirma-t-il, la voix tremblante en plaçant sa main libre sur la joue de la brune, sentant les larmes monter, tandis que non loin d'eux, la bataille se poursuivait comme si de rien n'était, mais à l'abris des regards, personne ne s'approchait d'eux. Madison, dit-il à voix basse, pourquoi as-tu fait ça… ? Il… il y avait forcément une autre solution…
–… C'était CA, l'autre solution… La seule… Alternative qui… Qui soit, articula-t-elle. Il était… Hors de question que j'offre à Sithbrir la… Satisfaction… De faire à nouveau du mal à l'un d'entre vous…
–Mais on aurait pu trouver un moyen de…
–Non, le coupa-t-elle puis elle se mit à tousser, et Thor lui maintint la tête. Non… J'ai compris… Que je ne pouvais échapper à ça. Je crois que je le savais depuis… Depuis le début, avoua-t-elle.
–Et tu as fait comme si on pourrait te tirer de là, murmura l'asgardien, se sentant démuni, contenant au maximum ses émotions, qui risquaient d'exploser à tout moment. Mais pourquoi… ?
–Parce que… Je suis égoïste, je te l'ai dit… Je ne voulais pas agir normalement… Paraitre heureuse, me rapprocher de toi parce que… Au fond, je savais comment tout ça allait se terminer, et t'impliquer là-dedans… Je s… Je suis désolée, hoqueta-t-elle en se raccrochant à lui. J'aurais dû… Je suis désolée…
–Je t'en prie, ne le sois pas, enchaina-t-il rapidement, des larmes perlant au coin de ses yeux. Ecoute, je… Ça va aller, d'accord ? lui dit-il, cherchant à se rassurer lui-même avant tout. Ça va aller…
–… C'est exactement ce que je comptais te dire, avoua la mutante, mais… Pas dans le sens où toi tu l'imagines…
–Ne dis pas ça comme s'il n'y avait plus d'espoir, répliqua-t-il, poussé par le déni. J'ai besoin de toi… souffla-t-il. Tu entends, j'ai besoin de toi…
–…
–Je t'en supplie, essaye de tenir le coup…
–… Ça ira, murmura-t-elle après quelques secondes écoulées dans le silence, tout en conservant son sourire triste.
Il l'entoura de son bras et passa sa main dans son dos afin de la surélever légèrement de la terre glacée et la rapprocha de lui, voyant la neige rougir à vue d'œil. Il avait l'impression de revivre l'un des pires de moments de sa vie ; lorsque Loki avait « péri » dans ses bras sur Svartalfheim et cette fois-ci, il ne fut plus en mesure de retenir ses pleurs.
–Je t'en prie, reste avec moi… l'implora-t-il, resserrant doucement son étreinte, n'osant désormais plus la lâcher. Reste avec moi…
–Je suis désolée… Mais… Ça ira…
–Hey, reste éveillée, lui dit-il, la voyant fermer plus régulièrement les yeux. Je suis là, je suis là pour toi… déclara-t-il en espérant la rassurer, cherchant par la même occasion à se convaincre que tout s'arrangerait.
Il y eut une déflagration provenant de l'endroit où se trouvaient tous les autres, ce qui fit trembler le sol. Il y eut encore du bruit, et le dieu nordique tourna la tête sur la droite, apercevant alors des Jotüns armés de lances s'approcher, étant sur leurs gardes, sachant que l'asgardien était puissant, mais ces derniers demeuraient tout de même prêts à l'attaquer au moindre mouvement brusque de sa part. Thor les regarda les encercler avec méfiance, l'esprit en ébullition, remarquant que les géants maintenaient une distance raisonnable entre eux, avant de lever les yeux vers le ciel, priant intérieurement.
Il détourna le regard et concentra à nouveau son attention sur la mutante, et il sentit son cœur s'arrêter de battre pendant un instant. La jeune femme paraissait paisiblement endormie contre lui, l'air détendu. Il l'appela doucement, sa voix se brisant toujours plus et sa gorge se nouant douloureusement, l'empêchant de respirer convenablement, mais il n'obtint aucune réponse. Il la secoua très légèrement, comme pour chercher à la réveiller ; sans succès. Elle n'eut pas de réaction et une fois encore, il murmura son nom avec une souffrance incommensurable, et ce fut quelqu'un d'autre qu'il entendit s'adresser à lui. Quelqu'un qui parut souffrir autant que lui.
« Thor… »
Il voulut l'ignorer, car il savait déjà quels seraient les mots que le télépathe lui soufflerait. Il ne se sentait tout simplement pas prêt à les entendre. Pourtant, il dut l'écouter lui parler, ne pouvant l'en empêcher.
« … Il est trop tard… »
Il le savait. Mais il le refusait. Il refusait la réalité. Il ne voulait pas que cela soit vrai.
Pourtant, ça l'était. C'était terminé.
Madison était morte dans ses bras, et il avait été incapable de la sauver.
La maintenant toujours contre lui, il serra les poings et ses sanglots se changèrent en larmes de rage. Les nuages qui recouvraient le domaine dans son intégralité s'assombrirent davantage, laissant pourtant paraitre un premier éclair qui fut suivi d'un puissant coup de tonnerre, puis d'autres flashs zébrèrent les cieux. Très délicatement, l'homme reposa la brune à terre, l'allongeant précautionneusement comme s'il craignait encore de lui faire mal, sans lâcher ses yeux clos du regard. Les Géants des glaces, remarquant que leur adversaire bougeait enfin, demeurèrent prêts à se jeter sur lui à tout moment. Le visage dur et fermé, Thor tendit d'abord le bras gauche, Mjolnir se souleva du sol et vola dans sa direction, alertant davantage les extraterrestres, puis l'objet vint se loger dans la main de son propriétaire qui s'apprêtait à se lever. Seulement, il s'attarda sur ce que la mutante tenait toujours dans sa main gauche.
La dague de Loki.
Tout en se saisissant de l'arme blanche couverte d'un liquide rouge coagulé qui cristallisait à certains endroits, il leva les yeux vers ses ennemis. Malgré cette foule de sentiments négatifs qui l'animait, ce fut comme s'il fut brièvement traversé par quelque chose de familier et presque réconfortant. Face à ces Jotüns, il ne se sentait plus seul. Fou de rage, certes. Mais pas seul. Ses iris s'illuminèrent, donnant l'impression d'être parcourues d'électricité.
Quoi qu'il advienne, il était prêt à tout, cette fois-ci. Prêt à leur faire payer. Après un dernier coup d'œil jeté en direction du corps sans vie de Madison, il se précipita vers ses ennemis.
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–Tony, qu'est-ce qu'il y a ? s'inquiéta Natasha, le voyant de plus en plus déstabilisé et éprouvant de nombreuses difficultés à se concentrer depuis plusieurs minutes.
Tony était ailleurs. Il ignorait la nature et la provenance de cette sensation qui grandissait en lui, mais cela le perturbait. L'angoissait. L'empêchait de se focaliser sur sa tâche première, qui était d'éliminer une bonne fois pour toute cette menace qui planait au-dessus d'eux, de chasser les éléments perturbateurs de leur territoire. Bobby, à l'affut, le protégeait, le temps qu'il se reprenne pleinement. Ni lui, ni Hank, ni Raven ne comprenaient ce qu'il se passait, de même que l'espionne russe. Ce qui était certain pour eux, en revanche, c'était que le milliardaire était très perturbé par ce qui se produisait, quoi que cela puisse être.
Puis, après avoir longuement fixé la terre sous ses pieds, il redressa soudainement la tête, sentant quelque chose de bien plus fort le parcourir et, dans un murmure désespéré, il prononça le prénom de sa petite sœur, ce qui sembla déstabiliser les autres. Sans avoir assisté à quoi que ce soit, il avait compris. L'un de ses genoux entra en contact avec le sol en même temps que la main qui lui était opposée et il fut surpris par un frisson désagréable.
Natasha s'agenouilla à côté de lui et posa sa main droite dans son dos, son inquiétude se décuplant. Elle sut qu'il était terrifié et elle perçut un tas d'émotions refoulées dans les yeux bruns de l'inventeur. Après l'avoir analysé durent quelques secondes, elle se figea. Elle aussi venait de comprendre. Mais avant que ses pensées n'aient eu le temps de ne serait-ce que se mettre en ordre, un puissant grondement retentit, caractéristique du tonnerre, puis un éclair déchira le ciel avant de s'abattre dans la cour, devant les marches qui menaient au manoir, et la silhouette de Thor se dessina dans cet éclat.
Jamais la rouquine ne l'avait vu ainsi. Aussi enragé. Aussi dangereux. Aussi imposant. Aussi… Aussi redoutable. Son arrivée brusque sembla calmer presque tout le monde, et Sithbrir parut, pour sa part, réellement enchanté. Il examina l'asgardien, dont la tenue de combat était salie par un mélange de terre, et de différents sangs. L'un des fluides était bleu, celui de ses ennemis, et l'autre était rouge foncé. Ses traits étaient crispés, ses sourcils froncés, ses poings serrés sur Mjolnir d'un côté et la dague de son frère de l'autre. Sa longue cape était brune sur le bas à force d'avoir trainé à terre, et déchirée à certains endroits. Ses longs cheveux blonds étaient emmêlés et quelques mèches cachaient partiellement ses yeux devenus presque noirs à cause de toute la colère qui l'habitait, lui donnant un air de prédateur que l'on pouvait à peine approcher, seulement à ses risques et périls. Jamais ses acolytes ne l'auraient avoué à haute voix, mais ils avaient peur.
–Regardez qui daigne enfin nous rejoindre, s'exclama Sithbrir, bras croisés, un mince sourire au coin des lèvres. A en juger par votre air, je n'ose imaginer ce que vous avez fait subir à mes hommes… Ou à la midgardienne, ajouta-t-il en fixant intensément la dague, où les sangs bleu et rouges se mélangeaient, et les yeux de Thor s'illuminèrent tandis que le ciel grondait toujours plus. Non, bien sûr, ce n'est certainement pas vous qui auriez pu la blesser d'une quelconque manière… Se serait-elle infligée cela seule afin de ne plus souffrir ? De ne plus… Risquer de vous faire mal ? poursuivit-il et Tony, réagissant enfin, voulut se précipiter vers lui mais Hank eut le bon réflexe de le retenir, sachant qu'il ne gagnerait pas à répondre à la provocation.
–… Vous allez le payer, déclara froidement Thor, tandis que le Jotün se tourna vers une partie des géants qui les avaient rejoints avant que les portails ne se ferment et s'adressa directement à eux.
–Débarrassez-moi de l'asgardien.
Il ne leur en fallut pas plus pour qu'ils s'élancent vers le futur souverain d'Asgard, qui les attendait de pieds ferme devant les marches, prêt à faire un vrai carnage. Pendant ce temps, Sithbrir, toujours en retrait, fit signe à la seconde partie de son armée et leur ordonna de reprendre le combat, malgré leur nombre qui avait drastiquement diminué, mais ils savaient qu'ils avaient toujours bien plus de chances de s'en sortir que les cinq terriens, car ces derniers étaient épuisés depuis un bon moment, et désormais dépités après la nouvelle qui venait de tomber.
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Le froid avait disparu, mais toute forme de chaleur demeurait inexistante. Il n'y avait… Rien. Juste un espace vide dans lequel Madison se sentait flotter. L'un de ses pieds toucha alors un sol invisible et elle ouvrit les yeux à cet instant pour ensuite découvrir qu'il n'y avait absolument rien autour d'elle. C'était comme si elle se trouvait dans une pièce plongée dans le noir, mais qu'elle pouvait toujours se voir comme en plein jour. Le fait de se retrouver seule dans cet immense endroit l'inquiétait un peu, mais pas autant qu'elle l'aurait cru. Pourtant, l'isolement de ce type avait le don de l'angoisser, et ce depuis toujours, elle demeurait donc la première étonnée de se rendre compte que cela ne l'affectait pas tant que ça.
Elle baissa lentement les yeux pour observer ses mains, ses avant-bras, son corps en général. Elle ne voyait plus cette large blessure qu'elle s'était infligée, et son t-shirt sombre paraissait en parfait état. Son genou, où la balle tirée par Natasha l'avait touchée, était lui aussi indemne. Elle regard remonta le long de son bras, jusqu'à ses cheveux anciennement particulièrement foncés, qui avaient désormais repris leur teinte naturelle, et elle enroula distraitement une mèche autour de ses doigts métalliques, pensive, avant d'examiner plus attentivement ses mains. Elle se souvenait de les avoir vues couvertes de sang, tremblantes et crispées, mais tout était différent, à présent. Elle se sentait étonnamment calme et détendue malgré ce qui venait de lui arriver.
Soudain, au beau milieu de ce vide, une petite lueur apparut à quelques mètres d'elle, ce qui l'intrigua. Sa curiosité prenant momentanément le dessus, elle s'approcha prudemment, pas à pas, se demandant ce que cela pouvait être et pourquoi elle se sentait attirée par cette lumière, qui ne faisait que grandir et fur et à mesure que la distance entre elle et la jeune femme diminuait. La température ambiante augmenta doucement, tandis que l'obscurité dans laquelle étaient plongés les lieux laissa peu à peu place à une couleur plus claire, grisâtre, tirant sur le bleu. Madison avança encore et tendit la main vers la lueur, puis une fois arrivée à sa hauteur, elle l'effleura du bout des doigts. A cet instant, la lumière concentrée sous forme de boule d'énergie se mit à scintiller de mille éclats.
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Dans le Cérébro, Charles retira son casque en tremblant, étant toujours frappé par cette image de Madison, étendue dans la neige, qui ne quittait pas sa mémoire, qui y resterait très certainement à jamais gravée. Il pouvait, d'où il se trouvait, entendre ce qu'il se passait dehors, et cela ne le rassurait en rien. Il savait que tôt ou tard, ses amis et lui finiraient par faillir. Il s'en voulait terriblement de demeurer incapable de mentalement attaquer les Géants des glaces, et il se sentait… Inutile. Faible. Perdu.
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La brune se protégea les yeux du revers de la main, éblouie, mais tenta tout de même de regarder entre ses doigts, toujours aussi curieuse. Puis, plus les secondes passaient, plus elle fut capable de discerner une silhouette au centre de la lumière, ce qui la fit davantage s'interroger. Elle crut reconnaitre une allure gracieuse aux formes féminines qui commença à lui paraitre familière et ce n'est que lorsque l'éclat s'estompa et qu'elle se retrouva face à une autre personne qu'elle comprit pourquoi elle n'était pas si apeurée. L'individue à la longue et magnifique chevelure blanche lui offrit un sourire réconfortant et chaleureux lorsqu'elle la vit, ce qui le mit immédiatement en confiance.
–Bonjour, Madison, la salua-t-elle poliment et affectueusement.
–Je pensais que je ne vous reverrai plus, souffla la brune en faisant un pas vers l'avant, hésitante, mais néanmoins ravie et soulagée d'être en mesure de s'adresser à elle.
–Il fallait bien que je revienne au moins une fois, se justifia Eléa. Tu semblais avoir besoin d'aide… Je suis navrée de ne pas avoir pu intervenir dernièrement, ajouta-t-elle plus gravement, de la culpabilité se faisant entendre dans sa voix, mais je devais laisser les choses arriver, qu'importe ce qu'il se passe.
–Et vous saviez, enchaina Madison. Vous saviez que CA arriverait. L'an passé, vous avez affirmé avoir des connaissances sur un bon nombre d'éléments sur ce que l'avenir nous réservait, alors… Tout ça…
–Pour être tout à fait honnête avec toi, j'étais bien loin de m'imaginer que c'est ainsi que les choses se dérouleraient aujourd'hui, la corrigea-t-elle, ce qui surpris la midgardienne. Je ne peux tout savoir, et cette journée, je n'en avais pas vu le déroulement final, mais je suppose que tu sais pourquoi…
Madison acquiesça et baissa la tête en soupirant.
–J'avais beau ne pas savoir quand… Je savais que cela risquait effectivement d'arriver plus tôt que prévu, déclara-t-elle. Vous m'aviez mise en garde, vous vous étiez assurée qu'on se retrouve seule à seule et vous me l'aviez dit, mais j'avais du mal à croire ce qui pouvait… Potentiellement suivre.
–C'était tout à fait légitime de ta part d'avoir des doutes là-dessus, la rassura l'autre femme. J'imagine que tu te poses cependant encore quelques questions concernant ta condition ? devina-t-elle, voyant la brune approuver. Tu crains… Ne pas être à la hauteur, n'est-ce pas ? poursuivit-elle en s'approchant de la mutante, se mettant ensuite à marcher autour d'elle en l'examinant de la tête aux pieds. Pourquoi donc ?
–Comment voudriez-vous que je le sois après tout ce que j'ai fait ? répliqua-t-elle en s'écartant pour faire les cent pas à part. Je suis loin de vous égaler, d'être comme vous, ou les anciens possesseurs de cette magie que vous m'avez transmise. Ce jour-là, lorsque nous étions sur Arcturus IV, vous avez spécifié que je devrais être méritante pour… Pour revenir et hériter de votre longévité car d'après vous, j'allais en avoir besoin pour protéger le monde aussi longtemps que possible, s'exclama-t-elle. J'ai manqué de tuer mes amis, je vous rappelle, je les ai blessés grièvement, j'ai causé du tort à tout le monde et je ne suis qu'un danger ambulant !
–Pourtant, ce n'est pas une décision facile que tu as dû prendre, là-dehors… lui indiqua Eléa d'une voix douce. Et… Sache que cela a été particulièrement douloureux de devoir y assister sans avoir le droit de te secourir.
–Sauf votre respect… souffla Madison, sentant ses nerfs lâcher petit à petit, vous n'êtes plus des nôtres… Comment auriez-vous pu m'aider ?
–Peut-être simplement en faisant une brève apparition, afin que tu comprennes que tu n'as jamais été seule.
Madison détourna le regard se sentant bien trop mal pour encore oser la regarder droit dans les yeux, et toute la confiance en elle qu'elle avait s'effondra brusquement tel un fragile château de cartes. Comme une enfant perdue, elle s'abaissa et s'assit à terre, ramenant ses genoux contre elle, les entourant de ses bras et posant son menton dessus. La honte la rongeait de l'intérieur, et Eléa le ressentait nettement. Instinctivement, elle prit gracieusement place à ses côtés et posa une main sur son épaule tendue.
–… Vous pensez que je vais les retrouver… ?
–Qui donc ?
–… Mes parents…
L'elfe claire d'Alfheim ressentit toute la peine dans sa voix et ne put que partager sa douleur. Le regard fixé sur le sol, la terrienne ne prêtait presque plus attention à ce qui l'entourait. Le froid revenait, la faisant frissonner. Elle resserra nerveusement ses bras autour de ses jambes pliées et étrangement quelques flocons se mirent à tomber au-dessus de leur tête, mais la mutante ne s'en préoccupa pas le moins du monde. L'autre femme parut embarrassée par la situation, mais également malheureuse pour la brune qui souffrait intérieurement. Elle prit une profonde inspiration et, après avoir réfléchi durant un instant à ses paroles, elle se lança.
–Ils te manquent, déclara-t-elle en l'observant sans que Madison ne la regarde en retour, mais elle connaissait déjà, bien évidemment, la réponse. Et… Tu as envie de les revoir, ajouta-t-elle, percevant les émotions de la midgardienne.
–… C'était prévu, de toutes façons… Que je meurs peu de temps après notre entrevue sur Arcturus IV… Et je vous l'ai dit, je ne suis pas comme vous et… Et les « anciens », dit-elle en relevant les yeux, alors je doute sérieusement pourvoir passer à l'étape supérieure.
–Ces… « Anciens », comme tu dis, répliqua la déesse, m'ont chargée de te faire savoir qu'ils demeuraient particulièrement fiers de toi, de tes accomplissements, affirma-t-elle, apercevant alors la mutante froncer les sourcils, visiblement étonnée, puis elle se fit dévisager, ce qui, quelque part, amusa un peu Eléa. Tu vois, tout n'est toujours qu'une question de point de vue… D'une part, tu es bien trop dure avec toi-même, et tu juges ne pas être digne de ce que tu as en ta possession alors que d'autre part… Ceux qui t'ont précédée, bien qu'aujourd'hui décédés et reposant au Valhalla, admirent ta bravoure et ta détermination…
–Ma « bravoure » … ricana-t-elle, presque mauvaise et ne s'en voulant qu'à elle-même. Vous trouvez que j'en ai eu, de la bravoure, lorsque j'ai cessé de me battre ? s'exclama-t-elle en se redressant subitement, lorsque j'ai décidé de lamentablement baisser les bras alors que mes proches se raccrochaient désespérément à la moindre lueur d'espoir, ou bien quand je me suis tuée sous les yeux de…
Elle s'interrompit, ses pensées se faisant envahir par une vision claire et nette du visage de Thor, ce qui la fit se sentir encore plus mal et elle se prit la tête entre les mains, criant un bon coup afin d'extérioriser sa colère et sa tristesse. Elle se trouvait désormais à quelques mètres d'Eléa, lui tournant le dos et cette dernière se leva également mais resta à sa place, ne voulant pas brusquer la plus jeune, se tenant droite.
–Je pense qu'il faut beaucoup de courage pour accepter de périr afin d'assurer la sécurité des autres, mais qu'il en faut bien plus pour prendre soi-même la décision que tu as prise. Ni moi, ni les anciens aurions pu croire que cela se terminerait ainsi.
–… Alors… Je suppose que j'avais raison… ? murmura Madison. Direction le Royaume des Morts pour moi… ? C'est terminé… ?
Lui tournant toujours le dos, elle ne put voir la divinité s'approcher, un sourire aux lèvres. Celle-ci effleura son bras avant de venir se placer face à elle. Elle prit ensuite très délicatement sa main gauche entre les siennes, tout en conservant son sourire et elle tourna sa paume vers le haut, lui faisant observer les quelques flammèches vertes qui en sortaient, ramenant avec elles une once de chaleur très agréable et relaxante.
–Ou alors peut-être que ce n'est qu'un simple chapitre qui s'achève, proposa Eléa, pas l'histoire en soi…
La brune plongea son regard dans le sien, sentant son rythme cardiaque s'accélérer, et les flammes grandirent un peu, étant directement liées à son état d'âme.
–Tu sais… Il était écrit que tu mourrais aujourd'hui, reprit Eléa, mais la suite demeurait encore incertaine, ce qui n'est à présent plus le cas, affirma-t-elle. Et je crois qu'à l'extérieur, il reste encore beaucoup de gens qui ont besoin de Docteur Grace, déclara-t-elle, ce qui arracha un sourire à la concernée. Ah, revoilà ce visage radieux et souriant, dit-elle en plaçant son index sous le menton de la mutante afin de lui faire redresser un petit peu plus la tête. Tu n'as pas idée de l'importance que tu as, et j'aimerais tant que tu reprennes confiance en toi… S'il te plait, n'oublie jamais que tu es essentielle pour le monde et que même si tu ne vois pas les choses de cette façon, ta présence est vitale pour la survie de ta planète, de ses habitants et de nombreux autres peuples, poursuivit-elle en s'écartant, faisant alors apparaitre une image plutôt claire sur la gauche de Madison, affichant les proches de celle-ci, qui se défendaient difficilement face aux Géants des glaces, ce qui l'inquiéta encore plus. Il va falloir que tu leur montres qui tu es vraiment, l'avertit Gaïa. Tu es… Presque prête.
– « Presque prête » ? répéta l'autre. Que suis-je censée comprendre par-là ?
–Il reste certains points qui devront être éclaircis, mais ce n'est pas le bon moment, je le crains… Mais je te fais la promesse que le jour viendra où tu auras droit à toutes les réponses que tu attends, souffla-t-elle en s'éloignant davantage.
–… J'imagine que je ne vous verrai plus d'ici-là ?
Contre toute attente, Eléa ne répondit pas dans l'immédiat et s'arrêta. Madison vit ses épaules s'affaisser, puis la plus âgée soupira avant de se tourner vers elle, un voile de tristesse dans les yeux. La mutante ne put que craindre ce qu'elle s'apprêtait à entendre.
–… Si, déclara l'elfe claire. Nous aurons l'occasion de nous revoir une fois et même si cela ne m'enchante guère, cela sera le jour que ton subconscient jugera comme étant le pire de tous, avoua-t-elle, et la brune eut un petit mouvement recul à l'entente de telle paroles, ne s'y étant pas du tout attendue. Lorsque tu en auras le plus besoin, je serai là pour t'épauler.
Abasourdie, la midgardienne l'observa se diriger vers la lueur qui venait d'apparaitre, similaire à celle qui avait accompagné l'arrivée de la divinité. A ses côtés, les images continuaient à défiler, lui dévoilant la situation désastreuse dans laquelle ses amis étaient empêtrés. Son frère paraissait à la fois terrorisé et détruit par la souffrance que l'on pouvait lire dans ses yeux. Natasha, habituellement confiante et imperturbable, ressemblait à quelqu'un de déboussolé dont on venait de briser le cœur. Et Thor… C'est ce qui marqua la plus Madison. Elle savait qu'il tenait à elle, mais elle était à mille lieux de s'imaginer que sa disparition déclencherait chez lui une telle réaction. Cela ne fit que renforcer cette détermination dont l'autre femme lui avait parlé un peu plus tôt, celle qu'elle avait lorsqu'il s'agissait de protéger les siens.
Elle sortit de ses pensées et vit Eléa, qui s'enfonçait toujours plus loin dans le conduit de lumière.
–Attendez ! s'exclama-t-elle, et la femme aux cheveux blancs se retourna, Madison ayant capté son attention. Et pour vous ? lui demanda-t-elle ensuite. Je veux dire… Qu'est-ce qu'il va vous arriver ?
–Eh bien… souffla-t-elle, un sourire naissant sur ses lèvres. Disons que… Ça ira, déclara-t-elle avec un clin d'œil complice, comme l'avait affirmé la mutante lorsqu'elle s'était adressée à Thor. Tout comme toi, acheva-t-elle avant de disparaitre dans l'éclat.
« Ça ira… » se répéta la brune à elle-même une fois seule, récupérant sa force et son courage.
