Note de la traductrice : Nous voici à mi-chemin de la deuxième partie. Un nouveau petit POV de Jack, comme je les aime. Enjoy !


Compatriotes


Il y avait plus à attendre dans la vie d'un espion ou d'un passeur que ce que Jack ne l'avait cru au premier abord. Il lui avait fallu des années pour accepter ce constat. Au fil du temps et de ses expériences, il avait appris à apprécier le calme.

A l'inverse de son côté, Daniel semble à présent bien pressé. Depuis leur départ, il paraît convaincu qu'ils perdent leur temps, que Jack le fait même exprès. Tandis qu'ils voguent trois jours durant de tavernes minables en tavernes minables, Jack peut sentir son impatience grandir. La sensation est familière, mais ce n'est pas vraiment ainsi qu'il se souvenait de Daniel.

Il n'y avait malheureusement pas de moyen plus rapide pour atteindre leur but. Ce n'est pas comme s'il existait une technologie ou un téléphone pour joindre les passeurs. Alors oui, ils peuvent parfois utiliser les transmissions sub-spatiales. Mais la plupart du temps, les gens comme Jack préfèrent rester discrets. Vous voulez retrouver quelqu'un ? La meilleure façon est de le déloger de son repère.

Cette ville en particulier est l'une des préférées de ses contacts : animée, voire agitée. Et surtout, personne qui ne s'offusque du caractère illégal que peut parfois prendre leurs petits business. La violence gravite toujours plus ou moins autour du trafic d'armes, d'informations ou autres joyeusetés. Il y a toujours quelqu'un pour essayer de court-circuiter un interlocuteur ou tenter de doubler son partenaire. Bref, pour faire quelque chose de stupide. Alors oui, parfois il y a de la violence.

Endommager les biens publics ou perturber la paix de tout un chacun aboutit généralement à un plongeon dans le puits. Pas de la part des gardes de la ville, mais plus de la personne avec qui vous concluez votre affaire. Clairement, si vous vous retrouvez avec un couteau dans le dos, cela ne viendra pas du shérif grassouillet du coin. C'est certainement la raison pour laquelle le contact de Jack apprécie cet endroit plus que tout autre.

Elle n'aime pas trop les figures autoritaires. Du moins celles qui ne peuvent pas être corrompues. C'est soit ça, soit elle raffole juste des bonbons au caramel de la boutique qui se trouve juste à la sortie de la ville. Comme presque toutes les choses qui concernent Vala Mal Doran, il est très difficile de savoir exactement de quoi il s'agit réellement.

Jack l'avait rencontré six mois après la défaite de la Terre.

Cet évènement était devenu son point de repère dans le temps. Il avait assez rapidement pris la place de celui borné par l'arrivée puis la disparition du serpent. Jack reconnait que les implications galactiques causées par la mort de la Terre vont bien au-delà de ce que Anhur avait pu espérer. Le serpent continue malgré tout de le hanter mais ça n'a plus vraiment d'importance. Et en plus, ça emmerde prodigieusement le parasite. Jack prend son plaisir où il peut.

Durant ces trois ans, il avait passé une bonne partie de son temps à envisager de tirer sur Vala quand elle avait eu le dos tourné. Elle avait d'ailleurs fini par lui coller un œil au beurre noir. Un match qui s'était déroulé sur Netu, et contre toute attente, ça avait débloqué la situation. Ca fonctionnait pas trop mal entre eux depuis. Enfin, dans une certaine mesure.

A présent Jack se méfie bien moins de ce qui est contre-intuitif. Parce que c'est toujours ce qui a le plus de sens au premier abord qui vient par la suite lui botter le cul.

Et Vala Mal Doran est clairement tout, sauf logique.

Ils ne sont pas amis. C'est à la fois plus, et moins en même temps.

« C'était quoi le nom de ton serpent ? » Se surprenant-il lui-même à demander.

Les yeux de sa comparse se rétrécissent et son humeur se modifie dangereusement. C'est une sorte de trahison de parler de ça. Un pied de nez à l'accord implicite qu'ils avaient établis la première fois où ils s'étaient retrouvés autour d'une table face à face, avec cette sensation désagréable parcourant leur épine dorsale. Ils avaient été possédés l'un comme l'autre. Soit. Ca ne voulait pas dire qu'ils avaient quoique ce soit en commun. Ou qu'ils souhaitaient aborder le sujet.

« Combien de temps ? » Insiste-t-il face à son silence.

Elle le fusille du regard, lui faisant clairement sentir qu'elle l'aurait déjà tué si elle n'avait pas eu besoin de lui. Peut-être même qu'elle le ferait quand même s'il continuait à poser des questions.

Pour une raison qu'il ignore, aujourd'hui, il ne peut pas se contenter de ça, de rester sans réponse. « Combien ? » Répète-t-il.

« Suffisamment. » Lui assène-t-elle en retour.

Cela veut tout et rien dire à la fois. Il a besoin d'en savoir plus. « Est-ce qu'il continue à…interférer ? »

« Quoi ? » Elle le regarde comme s'il était fou, mais il ne s'en émeut pas. Il a l'habitude à présent. Après tout, ce n'est pas totalement faux.

« Tu sais, là-dedans, » Précise-t-il en tapant sur sa tempe.

Pendant un instant son visage pâlit, ses défenses tombent et il voit la douloureuse compréhension transparaitre dans ses yeux. Jack sent son cœur manquer un battement. Elle se détourne, vérifie son arme. Le sujet semble clos. « Seulement si je le laisse faire. » L'entend-t-il soudain répondre à voix basse.

Au moment de conclure l'affaire, ses boucliers sont bien revenus à leur place. Elle laisse courir une main sur sa cuisse, lui offrant d'achever leur accord en *douceur* tout en sirotant leurs verres.

C'est sa façon de faire. Il respecte ça mais n'accepte jamais l'offre.

Il lui faut un certain temps pour se rendre compte qu'elle le teste simplement. Elle n'en a pas plus envie que lui. Cela le fait s'interroger sur le type de jeux malsains que son serpent a bien pu lui faire subir.

Alors en compensation, il la déshabille du regard et l'appelle chérie tandis qu'elle recompte sa part du butin avec vigilance. Comme d'habitude, elle l'escroque un peu, mais il la laisse faire. C'est un petit prix à payer pour sa tranquillité. Un petit prix face à son besoin de contrôle, de séduction.

Chacun fait face à sa manière.

Quant à Jack, il sait ce qu'il a vu. Ce qu'elle a laissé entrevoir quand tous les mensonges et les faux semblants se sont évaporés. Et il se rappelle. Il veut y croire.

'Seulement si je le laisse faire.'


Jack et Daniel sont entrain de descendre la grande rue quand Vala fait enfin son entrée.

« Jack ! » s'exclame-t-elle en s'écartant de la foule et en lui sautant au cou. Jack réprime un gémissement alors qu'il la réceptionne en trébuchant presque sous ce poids inattendu, sachant qu'elle se réjouira de l'insinuation sur sa lourdeur s'il la laisse transparaître. Une telle moquerie pourrait lui coûter cinq pour cent de plus.

Il finit par retrouver un équilibre et constate qu'elle a ses jambes enroulées autour de lui. Elle lui sourit « Salut. »

« Hey mon ange » Répond-il. « Toujours vivante à ce que je vois. »

« Evidemment » Dit-elle, sa tête penchant sur le côté. « Et toi ? Toujours aussi fou j'espère. »

« Toujours » réplique-t-il.

Passant ses cheveux par-dessus son épaule, elle lui fait un clin d'œil. « Alors, c'est pour les affaires, ou tu as enfin réalisé que tu ne peux pas vivre sans moi ? »

« Jack » Intervient Daniel juste derrière lui. Honnêtement, son compagnon avait gardé le silence bien plus longtemps que Jack ne l'avait imaginé capable. « Mêle si tout ceci est très amusant à regarder… » Continue-t-il d'une voix trainante et pleine de sarcasmes. Il laisse sa phrase en suspens.

Jack n'est pas sûr de savoir ce qu'il a bien pu faire pour agacer Daniel cette fois-ci, et pour tout dire, il s'en contre-fout. « Daniel, » Dit-il, reposant la femme à terre « Voici Vala Mal Doran. »

Vala observe l'intrus avec méfiance. Ses sentiments sont bien dissimulés sous son éclatant sourire. La plupart des hommes sont trop stupides pour y percevoir ce qui s'y cache. Il ne sait pas vraiment si Daniel est lui aussi capable de voir au travers des apparences.

« Il cherche des armes. » Explique Jack. « Alors je lui ai dit que tu étais la personne à rencontrer. »

« Vous êtes un Tau'ri » Devine-t-elle.

« Oui. »

Il perçoit cet infime moment de réflexion qu'elle s'accorde pour estimer les risques et les bénéfices de cette rencontre. « Et bien » poursuit-elle, glissant son bras sous celui de Daniel « Offrez moi un verre, bellâtre, et je verrais ce que je peux faire. »

Jack rattrape sa main libre, celle-ci voguant déjà librement pendant que l'autre fait office de distraction. « Hep ! Pas de vol à la tire, chérie. »

Daniel éloigne la main de Vala de son bras, poussant un soupir exaspéré. « Pouvons-nous simplement conclure cette affaire ? » Demande-t-il, se dirigeant vers la taverne la plus proche.

Vala jette un regard noir à Jack tandis qu'ils suivent l'archéologue. « Toi, tu sais comment gâcher le plaisir d'une femme. » Boude-t-elle.

Jack sourit. « C'est ce qu'elles me disent toutes. »


Jack fait rouler son verre entre ses mains, ses yeux parcourant une fois encore la foule, cherchant par réflexe des visages familiers, amicaux ou non, et repérant tout comportement suspect, qui serait susceptible d'enclencher un repli rapide. La paranoïa est devenue une seconde nature, une mutation de son entrainement de militaire. L'ennemi se présente rarement sans un uniforme reconnaissable ou une armure clinquante.

Daniel et Vala initient la majorité de la conversation, un échange que Jack n'écoute que d'une oreille distraite. Il n'est pas vraiment là pour négocier l'accord avec eux. Il est juste présent pour vérifier que Vala n'arnaque pas Daniel.

Il a d'autres soucis en tête.

Jack doit admettre que regarder Vala et Daniel se tourner autour est une des choses les amusantes qu'il ait vu depuis des années. Il fut une époque où une femme comme Vala, aussi directe, voire vulgaire, aurait fait perdre à Daniel ses moyens et ses mots. Ce nouveau Daniel est bien plus combattant, parant toutes les tentatives et insinuations suggestives de son interlocutrice par des répliques acerbes, ne lui laissant aucune chance. Et plutôt que se sentir vaincue ou ennuyée, Vala semble s'en délecter. Une lueur particulière brille dans ses yeux. C'est nouveau.

Même en proie à cette amusante joute verbale avec son nouveau compagnon de jeu, elle reste néanmoins sur ses gardes. Elle est bien trop douée pour se laisser distraire complètement. Elle jette régulièrement un coup d'œil à Jack, qui continue à siroter sa bière en admirant le spectacle. Elle attend la faille, il peut le sentir. Pour l'heure, il la laisse mijoter dans son jus.

Il leur faut une demie heure pour aplanir tous les détails, ce qui est deux fois plus long qu'à l'accoutumée. Il dépose quelques pièces sur la table avant de suivre à l'extérieur le couple qui se chamaille toujours.

« Bien » Dit Vala, affichant son plus éblouissant sourire, celui qu'elle utilise pour conclure ses accords. « Je pense que ce sera un arrangement aussi lucratif d'un côté que de l'autre. »

« Encore un détail » l'interrompt Jack en s'arrêtant sur le trottoir.

Elle se crispe et son sourire se fige.

« Il faut qu'ils rencontrent Netan. »

Jack capte la fureur sur le visage de Vala un poil trop tard, se prenant son poing directement dans la figure.

Le coup n'est pas très fort, mais il vacille sous l'impact. Il sait que si elle avait vraiment voulu le blesser, il serait déjà par terre et en sang. Il frotte sa joue, essayant d'ignorer le ricanement de Daniel. Les gens qui l'entourent ont un peu trop tendance à le frapper ces temps-ci.

« Tu arranges ça ? » Demande-t-il en regardant Vala sans se démonter.

« Tu es entrain de dépasser les bornes là, O'Neill. » Siffle-t-elle, aussi énervée qu'il l'avait imaginé. Il sait qu'il la met en danger en prenant parti. Se ranger d'un côté est la plus rapide manière de finir mort ou pire : invalide.

« Pouvez-vous nous excuser un instant ? » Demande Jack à Daniel, attrapant le bras de Vala et la forçant à s'éloigner de quelques pas. « Bon, je t'ai laissé me filer un coup sans broncher donc maintenant tu vas écouter ce que j'ai à dire. »

Elle essaye de se dégager mais Jack enfonce ses doigts dans son bras. « Je pensais que tu avais eu le temps de te rendre compte par toi-même que personne ici n'en a quelque chose à faire du sort des Tau'ri. » Lui crache-t-elle.

« Il ne s'agit pas de la Terre. » Réplique-t-il.

« Conneries. »

Jack soupire et libère son bras. « Soit. C'est à propre de la Terre. Mais qu'est-ce que ça peut bien te faire puisqu'il s'agit de se débarrasser d'Anubis ? Je n'ai jamais pensé que tu en avais quelque chose à faire des raisons. Tout ce qui t'intéresse, c'est le résultat, je me trompe ? »

« Je me fiche du sort d'Anubis » Réplique-t-elle en croisant les bras. « Il a même plutôt arrangé mes affaires. »

Le massacre des Grands Maîtres par Anubis avait ouvert de nouvelles perspectives dans l'univers. Toutes ces manigances, ces congrégations de brigands, n'auraient certainement pas existées ni prospérées sans ça. Mais Jack n'est pas assez stupide pour croire que cette situation allait durer éternellement.

« Tu as peut-être raison » Finit-il par lui concéder. « Mais combien de temps avant ça ne change ? Tu penses qu'il va se contenter de regarder ailleurs pendant qu'on fait tous nos petites magouilles ? Il ne se sera satisfait que le jour où tout sera broyé sous son joug jusqu'aux confins de la galaxie. Jusqu'à ce que plus personne, plus rien, ne puisse se mettre en travers de sa route. »

« J'ai déjà entendu ça, des dizaines de Goa'ulds avant lui clamaient pouvoir dominer le monde. Ils ont eu leur chance des milliers d'années durant. Aucun d'eux n'a réussi. Toi et moi, on sait mieux que quiconque à quel point ils sont faibles. »

« Nous savons également qu'ils étaient tous différentes d'Anubis. » Même Anhur, du fin fond de son trou, est d'accord avec ça.

Vala le regarde d'un air buté, s'apprêtant sûrement à contrer. Mais Jack reste fixé sur elle, la défiant de lui sortir une nouvelle excuse. Elle grimace, ses yeux se détournant, lui concédant ainsi le point. « Très bien. » Accepte-t-elle d'un ton mordant. « Mais qu'est ce qui te fait croire que la Tau'ri et son peuple ont une chance de réussir ? »

Jack jette un regard vers Daniel. Il se souvient d'une époque où ils croyaient tous aux miracles, à cette satanée chance. Les choses avaient-elles tant changé que ça?

« Parce qu'il le faut. » Répond-il.

« Ne joue pas les sentimentaux » Réplique-t-elle, mais il n'y a plus de dureté dans sa voix. Jack est une des rares personnes à percevoir ces changements. Il sait que Vala n'est pas aussi cynique qu'elle ne le prétend.

Et les Tau'ri sont exactement le type de causes perdues à laquelle elle peut s'identifier, à condition qu'elle abaisse suffisamment longtemps ses défenses pour le voir. Son sens de la préservation lui a longtemps permis de survivre. Mais il existe un moment pour se préserver et un autre pour se lancer.

Ce moment est devant elle.

Jack lui sourit. « Dis-toi simplement qu'une fois débarrassé d'Anubis, il n'y aura plus aucun Goa'uld pour prendre sa place. Il ne restera rien d'autre que le chaos et une flopée d'opportunités pour tes futures affaires. »

Elle roule ses yeux vers lui. Ils savent très bien tous les deux que la possibilité très abstraite de potentiels profits ne justifie pas un tel sacrifice. Si elle, ou l'Alliance Lucienne, décide de les suivre et qu'ils perdent, Anubis cessera de les ignorer. Et il les massacrera.

Le fait qu'elle ne le frappe pas pour avoir suggéré une telle chose signifie clairement qu'elle y réfléchit.

« Sois maudit Jack O'Neill. » Clame-t-elle alors qu'elle se détourne. « Sois maudit de m'avoir fait y croire. »

Jack est presque certain de pouvoir dire la même chose.


La suite la semaine prochaine ! :)