Chapitre 3
Jingle Bell Rock - Bobby Helms
La fin du repas se passe dans une ambiance moins oppressante. Mon client ne parle pas beaucoup, se contentant de répondre à mes questions concernant le la soirée de lancement et de m'en poser parfois, pour approfondir les idées que j'ai et qui émerge à mesure de ses réponses. Mon cerveau fume littéralement. Toute la déco, la nourriture, le groupe de musique, l'espace… tout est en train de naitre petit à petit, et j'adore ça. C'est d'ailleurs certainement la partie que je préfère de mon métier.
Je suis plus à l'aise que je ne l'aurais cru, finalement. Mon client est agréable, il semble avoir cessé de vouloir me mettre mal à l'aise, du moins, jusqu'au moment de payer l'addition. Edward Cullen insiste pour régler, ce qui me fit grogner, ce qui le fait sourire.
- J'ai une passion pour les valeurs éculées, s'amuse-t-il quand on sort du restaurant pour rejoindre l'ascenseur.
Je soupire.
- J'ai une passion pour les nouvelles valeurs, celles où la femme est l'égale de l'homme.
Un rire le secoue alors que nous prenons place dans la cabine grise où les miroirs nous reflètent. Me voir à ses cotés est étrange. Il est tellement élégant, il dégage tellement de charisme que je me sens ridicule comparée à lui. J'ai l'air fade, triste ma petite robe noire n'est en aucun cas assez habillé pour cette endroit.
- Oh, pour moi vous êtes bien au dessus des hommes.
Je glisse un regard vers lui alors qu'un sourire étire sa bouche.
- Vous marquez un point, soufflé-je en souriant malgré moi.
Il secoue la tête en avançant d'un pas vers les boutons.
- La salle est à quelle étage ?
- Au 17ème, dis-je un peu nerveusement.
Il appui sur le numéro correspondant à l'étage. Les portes se referment, nous emprisonnant tous les deux dans la cabine, à nouveau seuls.
Le cœur battant, j'observe les étages défiler en comptant mentalement dans ma tête pour garder les idées claires. Ne peut-il pas y avoir un groupe de personne qui viennent s'interposer entre nous ? Faire cesser de m'envoyer son odeur douce et épicé par vague ? Sa présence à mon coté et son regard sur moi me déstabilisent totalement. J'ai du mal à me reconnaitre quand je suis seule avec lui, ce qui est étrange. Jamais personne n'a vraiment eu d'impact sur ce que je suis, et sur mon comportement… avant lui.
- Vous ne m'avez pas parlé des personnes hors du commun, intervient soudain la voix de mon client, me sortant de mes pensées peu professionnelles.
Je lui glisse un regard pour voir qu'il est légèrement tourné vers moi et qu'il m'étudie avec attention. Je tente d'ignorer ses yeux sur moi et l'effet que cela produit dans mon corps entier.
- Oh… c'est vrai, réalisé-je. Et bien… c'est un couple d'amis qui tiens un magasin-traiteur sur Lexington Avenue. Ils sont… ce qu'ils cuisinent, c'est… fabuleux ! Et je pèse mes mots.
Son sourire est vrai, sincère. La décontraction s'empare de moi devant la bienveillance de ses iris. Sans savoir vraiment pourquoi, je sais que je peux lui faire confiance.
- Je suis certaine qu'ils seraient absolument ravis de travailler pour vous.
- Je n'en doutes pas, s'amuse-t-il.
- Je pourrais convier d'une entrevue avec eux ? Une dégustation ? Vous pourrez voir ce qu'ils proposent ?
Mon client hoche la tête alors que je sors mon téléphone de mon sac pour me noter de faire ça dans mon agenda. Il fait un pas vers moi pour regarder mon écran par dessus mon épaule.
- Vous pouvez prendre rendez-vous pour la semaine prochaine, je reviens sur New-York au milieu de la semaine. Je devrais avoir une créneau de deux heures mercredi matin.
Je hoche la tête, notant consciencieusement les informations qu'il me transmet. Ma curiosité me donne envie de lui demander où est-ce qu'il vit, mais je me retiens en pinçant mes lèvres. Son odeur autour de moi me trouble à nouveau. Mon ventre fait un petit bon quand sa main effleure la mienne légèrement. Il n'a pas l'air de l'avoir fait exprès, mais mon souffle se coupe de par sa proximité.
Je suis soulagée quand la cabine se stabilise au 17ème étage. Je sors enfin de ce petit espace trop exiguë pour supporter la présence d'Edward à mon coté.
On dépose nos affaires sur les chaises vides de l'entrée -seul meuble de la pièce pour nous débarrasser.
La pensée de son prénom me fige légèrement en le regardant faire le tour de l'immense pièce qui fait presque tout l'étage. Depuis quand mon cerveau s'autorise à l'appeler simplement Edward ?
Je reste silencieuse, apaisant mon cerveau surchauffé en observant mon client découvrir la beauté de la pièce, les moulures, le parquet au soleil, les immenses fenêtres baignant la salle de lumière… Cet endroit à un charme fou. Derrière la grande porte double au fond de la salle, il y à les cuisines que nous visitons rapidement. Ben et Angela seraient totalement fous de cuisiner ici !
On regagne la salle vide après un instant. Mon client s'avance vers les baies vitrées qui font quasi tout le tour de la salle de réception, donnant une vue incroyable sur la Ville et Central Park. La neige est encore présente partout, rendant l'espace sublime. Cependant, mon vertige m'empêche de totalement profiter de la beauté du spectacle devant nous et je reste à l'écart, désireuse de ne pas regarder en bas.
Je me contente de fixer la nuque de mon client et ses cheveux désordonnés, m'interrogeant finalement sur l'effet qu'il a sur moi. C'est étrange, non ?
- Vous n'approchez pas ? demande-t-il en me jetant un regard.
Quand il se tourne vers moi, mes yeux effleurent une seconde la ville sous nos pieds. Je me sens pâlir légèrement et me concentre sur son visage pour tenter de ne pas paniquer.
- Je… hum, j'ai le vertige.
Un léger sourire fleurit sur ses lèvres roses.
- Approchez, décide-il en tendant une main vers moi.
Je resserre mon -son- dossier contre ma poitrine, repoussant son ordre en secouant la tête.
- Le seul moyen de vaincre une peur est de l'affronter, insiste-t-il en faisant un pas vers moi. Venez.
Je secoue la tête à nouveau.
- Isabella…
- Monsieur je… vraiment, je ne peux pas.
Il fait à nouveau un pas vers moi. Mon cœur s'affole et mon ventre se noue. Je sais que ça n'est pas seulement dût au vertige, mais en partie à son corps qui n'est plus qu'à un mètre du mien. Son odeur, à nouveau, m'entoure.
- Venez, répète-t-il avec une confiance qui me noue la gorge.
Ses doigts s'agitent sous mes yeux alors qu'il s'approche encore, m'incitant à lui donner ma main. Je m'entends déglutir quand mon bras se lève tout seul et que mes doigts effleurent sa paume sans que je ne le décide réellement.
Mon cœur s'arrête un instant à son contact. Sa peau est chaude, douce. J'ai du mal à ne pas rougir quand son regard profond retrouve le mien. Sa mâchoire tressaute légèrement : mes doigts sont glacés.
Il ne peut pas ignorer à quel point je tremble. Je mets ça sur le dos de mon vertige, fermant légèrement les paupières quand ses doigts se referment sur les miens et qu'il tire légèrement sur mon bras pour m'approcher de lui.
- Je…
- Respirez, murmure-t-il en verrouillant son regard au mien à nouveau.
J'inspire lentement. Je n'arrive plus à réfléchir, ni à penser raisonnablement. Aussi, je me laisse faire quand il me tire à lui, faisant un pas en arrière pour nous approcher de la baie. Perdue dans son regard incroyablement profond et déroutant, je réalise après plusieurs secondes que nous nous trouvons juste à coté de la fenêtre -ma pire ennemie.
- Ne regardez pas en bas, souffle-t-il en me tournant pour que je me trouve face au spectacle sous nos yeux.
Je n'arrive carrément pas à détacher mon regard du sien. J'ai la sensation d'être emprisonnée dans son âme, réalisant trop brusquement l'alchimie trop présente entre nous. Il m'attire, plus qu'aucun homme ne m'a attiré depuis des années… et il est mon client.
Brutalement, je m'écarte et recule de trois pas, incapable de réussir à me contrôler face à la violence de mes pensées qui s'emballent.
- Je ne peux pas, m'affolé-je en secouant la tête, abandonnant totalement l'idée que je suis capable de le faire.
Son regard change légèrement, mais un sourire presque invisible habille sa bouche et affole un peu plus mon cœur.
- Vous l'avez presque fait, fait-il remarquer d'une voix profonde.
Je secoue la tête à nouveau, avec la sensation que je vais perdre totalement les pédales si je ne calme pas mon corps entier. Tout en moi semble bouillir. Etre à son contact me déboussole trop pour que je garde la tête froide, et je ne peux me perdre une telle chose.
- La salle vous plait-elle ? demandé-je pour reprendre contenance.
Il ne fait pas de remarque sur le tremblement de ma voix et je pourrais presque l'en remercier. Ses yeux font le tour de la pièce avant de revenir se poser sur moi. La façon dont il est m'observe est totalement déroutante.
- Elle est parfaite, avoue-t-il avec calme. Je n'aime juste pas le plafond.
Je réprime un rire qui me détends un peu. Son sourire s'agrandit, illuminant ses yeux. Les fresques relatant l'histoire de New-York ne sont pas aux gouts de tous.
- A ce sujet, m'enthousiasmé-je en ouvrant son dossier, j'ai pensé à installer des longues bandes de tissus au plafond. Elle pourrait être bleu marine, rappelant le ciel de nuit et nous pourrions faire passer des spots pour la lumière ce qui…
- Les étoiles, me coupe-t-il en s'approchant.
- Oui. Si ça vous…
- Ca serait grandiose, s'exclame-il avec une certaine excitation.
- Je crois aussi.
Il a l'air totalement satisfait de ce que je lui propose, ce qui me redonne confiance brutalement en moi et ma capacité de gérer ma mission auprès de lui.
- Je vous envoie les croquis dans le Week-end, dis-je en l'observant regarder la salle une nouvelle fois.
- Vous ne cessez donc jamais de travailler ? s'étonne-t-il en reportant son attention sur mon visage.
Je hausse les épaules, puis retourne près de mon sac pour y glisser le dossier. Non, je ne cesse jamais de travailler. Mais je ne peux pas lui dire une telle chose : il me prendrait certainement pour une folle.
On récupère nos affaires, puis appelons l'ascenseur. Je suis soulagée de partir de cet endroit où la vue me tord le ventre. Je ne suis pas sûre que je l'aurai supporter encore longtemps. On s'engouffre dans la cabine, retrouvant l'espace trop petit -mais pourtant plus grand que l'ascenseur de mon immeuble- et trop étouffant où son parfum prends toute la place. Je soupire de soulagement quand l'ascenseur s'arrête à l'étage d'en dessous : le bar.
Un groupe d'hommes d'affaires en costard s'y engouffrent, nous saluant d'un mouvement de tête.
Je m'appui contre la paroi, soudain à l'étroit. Je voulais deux-trois personnes pour effacer la tension entre nous, pas dix !
A l'étage de la salle de sport, deux femmes s'engouffrent dans l'ascenseur, me faisant m'écraser un peu plus contre la cabine. Cullen se racle la gorge. Se moque-t-il de moi ? J'aimerais le regarder noir mais je commence déjà à respirer plus vite, incapable de me calmer alors que ma claustrophobie se réveille lentement.
Pendant quelques secondes, je sens son regard se poser sur mon visage alors que je ferme les yeux, espérant que cela suffise à me faire redescendre en pression.
Après un court instant où je lutte pour me reprendre, ses doigts se posent sur les miens. Sans que je ne puisse contrôler quoi que ce soit, ma main agrippe la sienne, si bien que sa respiration se coupe le moins discrètement du monde. Ses doigts serrèrent légèrement les miens alors que son souffle vient m'effleurer quand il se penche vers moi.
Je me sens rougir furieusement, haletant presque. Je suis ridicule. Ridicule, mais littéralement engloutie par ce que je ressens. Je ne sais brutalement plus si c'est mes peurs, ou simplement sa présence qui me mets dans un état pareil.
- Respirez lentement, souffle sa voix dans un murmure.
Je tremble tellement que j'ai du mal à tenir sur mes jambes. Rouge de honte, je tente de m'éloigner mais il me maintient contre lui fermement, pressant mes doigts.
- N'allez pas nous faire un malaise. Respirez Isabella.
Je m'exécute par à coups, incapable d'inspirer calmement alors que tout mon corps est sur le point d'exploser.
Je ferme les yeux brutalement quand sa prise sur mes doigts se relâche mais que je suis incapable de m'éloigner de lui. Mon épaule frôle sans cesse le caban qu'il porte. Je lutte en silence pendant de longues, trop longues secondes pour ne pas m'appuyer contre son corps que je sens à coté du mien. En l'espace d'une demie heure, j'ai entravé absolument toutes les règles que je m'impose au quotidien avec mes clients, mais surtout, surtout une : aucun rapprochement physique d'aucune sorte.
La cabine s'arrête dans une légère secousse un étage plus bas, laissant sortir les deux femmes.
Je voudrais bouger, mais je n'y arrive pas. J'en suis incapable. La chaleur de son corps près du mien est atroce. Son pouce caresse lentement l'intérieur de ma paume, me faisant frissonner de la tête aux pieds. Mon ventre se retourne quand l'ascenseur reprends sa balade, les hommes devant nous discutant bourses et tableaux d'amortissements. Je suis incapable de bouger, si bien que je sens l'incompréhension me serrer la poitrine face à ce que je ressens. La peur et l'excitation se mêlent, me faisant trembler d'avantage.
Je dois être écarlate et à deux doigts de fondre en larmes. Cullen doit, quant à lui, me prendre pour une folle.
A un autre étage, les hommes sortent lentement, me libérant brutalement de ce qui me retient contre mon client. Je retiens un hurlement intérieur en m'insultant mentalement. Je le lâche précipitamment, et m'oblige à partir à l'autre bout de la cabine, comme si j'avais besoin d'instaurer brutalement une distance démentielle entre nous. Cullen qui m'observe comme si je l'avais insulté, ou comme si j'avais un sérieux problème. J'en ai un, maintenant, j'en suis certaine. J'ai conscience d'être absolument tout sauf professionnelle.
- Vous allez bien ? demande-t-il d'une voix tendue après une seconde d'un silence pesant.
Je déglutis, incapable de le regarder, même d'assumer mon comportement de folle furieuse.
- Je… je suis un peu claustrophobe, me sentis-je obligée de dire.
- J'ai vu, avoue-t-il en fronçant légèrement les sourcils.
J'aimerais faire une blague qui détendrait l'atmosphère mais je n'arrive même pas à penser à quoi que ce soit d'autre que mon corps près du sien. Qu'est ce qu'il s'est passé ? A-t-il vraiment prit ma main dans la sienne quelques instants ? Pourquoi je réagis de la sorte ? Qu'est ce que ça peut me faire finalement qu'il me prenne pour plus folle que je ne le suis ?
Perdue, je me rends compte que l'ascenseur s'est à nouveau arrêté quand mon client se déplace dans la cabine. Nous sommes certainement arrivés à l'étage de sa suite, et j'ai soudain hâte qu'il disparaisse.
- Vous êtes sûre que ça va aller ?
Mon regard retrouve le sien. Le vert étincelant de ses yeux est impressionnant de clarté. Il est à nouveau tout près, juste devant les portes qui s'ouvrent, à un pas de moi. J'inspire profondément devant l'inquiétude qui flotte dans ses pupilles et hoche la tête.
- Oui, j'ai… j'ai l'habitude. Ne prenez pas de retard pour moi. Je… merci, bafouillé-je, ne sachant plus quoi dire tant le malaise en moi est important.
Un léger sourire étire sa bouche mais n'atteint pas ses yeux.
- J'attends les dessins de la salle de réception, avec le ciel, me rappelle-t-il après une seconde.
Sa phrase me remet définitivement sur les rails, malgré mon visage encore brulant et mon cœur battant trop vite.
- Oui je… je vous fait ça en rentrant au bureau.
- Parfait.
Nouveau silence. Il me dévisage, comme pour s'assurer que ma crise de panique est bien passée et que je ne vais pas me mettre à pleurer comme un bébé.
- Bon après-midi Isabella, finit-il par dire après plusieurs longues -trop longues- secondes.
- A vous aussi Monsieur Cullen.
Il disparait par les portes qui se referment l'instant d'après, me laissant enfin respirer.
Nouvel objectif de vie : trouver un moyen de me guérir de mes peurs et de ne plus jamais être en contact physique avec cet homme.
Je suis plus calme quand je retrouve le bureau. Jacob n'est pas là, mais un donuts m'attends dans une petite assiette devant mon clavier d'ordinateur. Je ne peux retenir mon sourire. Mon meilleur ami me connait définitivement trop bien.
J'appelle Angela pour l'informer de ma proposition pour le gala.
- Tu rigoles ? s'exclame-t-elle, abasourdie.
- Vous seriez ok ?
- Edward Cullen ? s'écrit-elle, sa voix partant dans les aigus.
- Je… oui.
Je me mords la lèvre quand elle glousse puis me fait chauffer un thé.
- Bon sang Bella, tu mesures la chance que tu as de travailler avec cet homme ?
- Enfaite, je travaille pour lui, pas avec lui…
- Peu importe. C'est génial !
Je lève presque les yeux au ciel : il n'est pas le père Noël non plus.
- Comme il est ? s'extasie-t-elle dans un sourire.
Je coince le téléphone entre mon épaule et mon oreille pour pouvoir choisir un thé que je glisse dans une tasse.
- Hum… très occupé, alors si tu pouvais juste me dire…
- C'est ok, se précipite-t-elle à répondre. Dis m'en plus !
- Eh bien, c'est une soirée vraiment importante et…
- J'me fou de la soirée Bella ! Je veux des détails sur lui, sur son comportement, sur sa vie…
- Oh et bien… je, j'en sais trop rien, réalisé-je. On… on parle surtout boulot.
Il y a un silence. Seul le bruit de ma bouilloire semble perturber le blanc qu'Angela laisse planer.
- C'est tout ? s'étonne-t-elle franchement.
- Angela…
- Le plus beau célibataire de l'état, du continent même bosse avec toi…
- Je bosse pour lui, la coupé-je.
- Et tu n'essaies même pas d'en savoir plus ? m'ignore-t-elle royalement.
Je verse mon eau chaude dans ma tasse en repoussant un rire nerveux.
- Que veux-tu que je fasse de plus ? Ca n'est pas comme si…
- Tu veux vraiment que je te dise avec des mots ce que je veux que tu lui fasses Bella ? demande-t-elle le plus sérieusement du monde quand je me retourne pour rejoindre mon bureau à deux pas.
J'écarquille les yeux brutalement.
Edward Cullen se tient debout dans l'entrée de mon bureau, la porte encore ouverte derrière lui. Sa vision dans mon bureau -dans ma vie- me coupe le souffle. Je me sens rougir furieusement quand il m'adresse un léger sourire, presque contrit de m'avoir surprise.
- Je… Angela je… je te rappelle !
Je raccroche alors qu'elle s'égosille dans mon téléphone, ne lui laissant pas le temps d'en placer une -ou de l'écouter, du moins.
- Monsieur Cullen ?
- Isabella, sourit-il doucement.
Je me pince les lèvres, incapable de comprendre ce qu'il lui prends de débarquer dans mon bureau de la sorte.
- Vous avez oublié votre écharpe, à l'hôtel, explique-t-il en posant le tissus sur ma chaise de bureau pour expliquer sa présence ici.
Je fronce les sourcils en posant les yeux sur mon vêtement prune qui était entre ses doigts quelques secondes auparavant.
- Vous avez traversé la moitié de la ville pour me déposer mon écharpe ? demandé-je idiotement.
Un léger rire -presque moqueur- le secoue quand je retrouve ses yeux.
- J'ai un rendez-vous dans la rue d'à coté. Comme je ne savais pas quand est-ce que je vous reverrai je me suis dit que j'allais vous la déposer directement.
Ai-je vraiment cru qu'il avait traversé la ville pour moi ?
- Oh je… merci, murmuré-je, cramoisie.
Il y a un silence pendant lequel je ne sais plus où regarder. Je me sermonne, me force à rester immobile et à ne rien dire de totalement idiot alors que les yeux de mon client font le tour de notre petit bureau avec attention.
- C'est joli, lâche-t-il soudain en retournant son attention sur moi.
Je me sens déglutir, emprisonnée dans son regard clair.
- Je… j'ai eu Angela, au téléphone.
Je me racle la gorge et me reprends quand je me rends compte que je suis bien trop familière.
- Angela la… le traiteur. Ils sont partant pour vous rencontrer mercredi matin.
- Parfait. Bloquez les deux heures que je vous ai indiqué ce midi.
- Parfait, répété-je le plus bêtement du monde.
On se dévisage encore. J'ai cette sensation étrange au creux de l'estomac. Il est loin d'être comme tous les hommes puissants que j'ai pu rencontrer dans ma vie -professionnellement parlant. Il n'est pas si imbus, si déplacé… Il est gentil, bien qu'un peu arrogant.
- Bella ! Tu vas vouloir m'épouser ! J'suis passé chez Victoria et je t'ai trouvé des… proclame Jacob qui débarque dans le bureau avec un énorme sachet de chez Victoria Secret dans les mains avant de se stopper net quand il voit que je ne suis pas seule. Oh !
Je me sens piquer un fard quand il se rends compte de la présence de mon client et qu'il cache le sac rose et blanc le moins discrètement du monde dans son dos. Cullen nous dévisage l'un et l'autre, repoussant difficilement un sourire.
- Monsieur Black, je suppose ? demande-t-il à Jacob qui lui adresse un énorme sourire.
Mon client lui tends la main. Une brève seconde je pense à quand je lui ai foutu le vent du siècle et j'ai envie de m'enfoncer dans le sol.
- Lui-même ! Ravi de rencontrer le fameux Edward Cullen ! s'extasie mon meilleur ami en lui serrant vivement la main. Bella m'a beaucoup parlé de vous !
Edward et Jacob glissent un regard vers moi au même moment. Je vire coquelicot et décide de me cacher dans ma tasse de thé et de tenter d'oublier la gêne monstrueuse qui s'insinue en moi depuis que mon client est entré ici.
Je me sens trembler en espérant qu'il n'est rien entendu de ma conversation avec Angela. Ils échangent quelques mots sur le fait que je vais gérer entièrement la soirée de lancement, ce qui me mets une pression monstre.
C'est bizarre. Cullen et Jacob s'entendent parfaitement. Jacob est à l'aise. Pas de bégayement, pas de rougissement, pas de tremblement. Mon client et lui se parlent comme deux êtres normaux alors que j'ai que mon cœur va foutre le camp à chaque regard de Cullen.
- Je vais vous laisser travailler, finit par dire ce dernier en coulant un regard vers moi, toujours figé devant mon bureau. Isabella, on se voit mercredi ?
Je hoche la tête lentement, ralentis par mon cœur qui s'accélère tout seul à la seule idée de le revoir.
- Monsieur Black, ça a été un plaisir !
Mon meilleur ami le salut avant que mon client ne fasse demi tour, m'adressant au passage un dernier sourire. Lorsqu'il quitte la pièce, je m'assois lentement dans mon fauteuil, brutalement étourdie.
Quelqu'un peut-il m'expliquer ce qu'il vient de se passer ?
- Ok, souffle Jacob à l'entrée en refermant la porte de notre bureau pour s'y appuyer.
On reste quelques secondes silencieux. J'ai presque envie de rire tant cette situation est grotesque.
- Bella… ce mec…
- Jacob, n'y pense même pas !
- Mais… pourquoi ?
Je lui adresse un regard noir qui le fait croiser les bras sur son torse.
- Il est canon, se défend-t-il en m'approchant. Canon, et sympa. Et franchement, il est…
- Il est un client Jacob. Notre client.
- Il ne le sera pas pour la vie, fait-il remarquer en asseyant une fesse sur mon bureau.
- Dis pas n'importe quoi…
- Je suis sérieux !
- On se connait à peine Jake. Je ne l'intéresse sûrement même pas !
- Mais tu es Isabella quand je suis Monsieur Black ! souffle-t-il dans un sourire de victoire.
Je lève les yeux au ciel et me lève pour aller attraper un sucre que je glisse dans ma tasse. Par la grande fenêtre (la seule de la pièce) j'aperçois Monsieur Cullen traverser la rue et monter dans une berline noir. Mon cœur s'accélère tout seul à sa vision.
- Avoue qu'il est quand même superbe !
Je soupire, ne pouvant détacher mes yeux de la voiture qui démarre. Un sourire étire mes lèvres. Mon dieu, oui, il est superbe. C'est peu de le dire.
- Il est… oui, en effet, dis-je juste avant de regagner ma place.
Le reste de l'après-midi, je me concentre sur la soirée. Oublié Cullen et ses sourires qui font s'accélérer mon cœur, l'important, c'est ce projet. Son projet. Mon projet.
- Rentre chez toi Bella, dit Jacob à presque 19h.
Je viens de finir mon dixième -au moins- café. Je m'apprête à envoyé les plans de la salle que je viens de finir de dessiner. J'ai l'impression d'être rongé par le stress malgré tout ce que Cullen m'a dit sur mes idées. J'espère vraiment que ça va lui plaire.
- Jacob appelle Bella…
- Hum ?
- Je te dis qu'il est presque 19h et que tu devrais rentrer chez toi.
- Je… je veux finir la présentation de la salle.
- Elle est déjà parfaite, me réprimande-t-il. T'y bosse depuis que Cullen est partit d'ici !
Mon ventre fait un petit bond ridicule à l'évocation de son nom mais je décide de l'ignorer.
- Tout va bien Jake. Je bosse, ça m'occupe.
- Tu pourrais t'occuper autrement, marmonne-t-il en m'observant attentivement.
- Jake…
- Tu devrais laisser tomber le boulot ce Week-end et peut-être… je ne sais pas, sortir ? Rencontrer du monde ?
Je soupire, sentant mon ventre se tordre presque douloureusement.
- Je… je n'en ai pas envie.
- Bella… Tu… ca fait tellement longtemps… tu devrais revenir un peu parmi le monde des vivants.
Ne pouvant pas lutter contre, je me referme subitement. Je sais qu'il me dit tout ça seulement pour mon bien. Mais ça me blesse toujours autant. Je ne suis pas prête. Je ne veux pas l'être.
- Jacob on a... on déjà parlé de ça, dis-je d'une voix tendue, presque tremblante.
J'observe mon meilleur ami se lever pour enfiler son manteau en soupirant.
- Je ne veux que ton bonheur, me rappelle-t-il dans un regard plein de douceur.
Ma gorge se serre. Il y a un léger silence où la pression retombe doucement et où je repousse ce que je ressens plus loin.
- Tu es très élégant, remarqué-je.
- J'ai des projets pour ce soir ! sourit-il.
- Laisse moi deviner, vous allez fêtez votre moiniversaire ?
Il éclate de rire, ce qui me détends finalement.
- Tu ne me connais que trop bien. Je file ma belle, ne dors pas ici et n'oublies pas ton sac !
Je jette un coup d'œil au dit sac quand il récupère sa sacoche et sors du bureau après m'avoir embrassé.
Curieuse, je l'attrape et le pose devant moi. J'hésite une seconde à regarder ce que Jacob m'a -encore- dégoté chez Victoria Secret avant de soupirer en retournant le sac sur mon bureau. Deux ensembles en sortent. Un bleu marine, un noir. La dentelle est quasiment le seul tissus utilisé, ce qui me fait lever les yeux au ciel.
Depuis presque un an, Jacob voue une réelle passion à m'acheter des sous-vêtements tous plus indécents les uns que les autres. Je ne comprendrais jamais pourquoi, ni comment il s'y prends, mais je me retrouve avec une trentaine de sous-vêtements que je ne mets quasiment jamais.
Pourquoi les mettrais-je, franchement ? Ces ensembles sont pour la plupart incroyablement indécents !
Quand je quitte le bureau, il est 20h passé. J'ai envoyé ma présentation de la salle à mon client une demie heure plutôt et j'ai commencé à attaquer les billets d'invitations. Je tente de les faire assortit à la salle, et surtout à l'ambiance que désire Cullen. J'aimerais pouvoir continuer à travailler encore et encore, mais mes yeux n'arrivent plus à suivre et mon cerveau est en burn-out.
La neige à recommencée à tomber quand je sors de l'immeuble. Un taxi me ramène à mon appartement, et je m'effondre dans mon canapé, le cerveau en vrac.
Pendant un moment, je fixe l'écran de ma télé éteinte. Le silence chez moi est déroutant, et rassurant à la fois. J'y vis depuis presque 3 ans, et je me sens bien ici, malgré le manque de luminosité et la solitude pesante que j'y trouve chaque soir.
Mes pensées voguent au fil de mes tourments pendant un moment avant que je ne me relève pour aller prendre une douche. Sous l'eau chaude, je soupire longuement. Le silence de chez moi ne me perturbe pas tant que ça : j'y suis habituée. Peut-être même que je m'y suis trop habituée. Serais-je capable, un jour, de revivre avec quelqu'un ?
Je lève les yeux au ciel.
Je ne suis même pas capable d'aller rencontrer un homme, ni même de l'envisager. Alors vivre avec…
Quand je sors de la douche, je m'enroule dans une serviette moelleuse en m'épongeant les cheveux. Soudain, alors que je repense à mon comportement plus qu'étrange pendant mon déjeuner -et depuis que j'ai rencontré Edward Cullen- tout me parait d'une lucidité absurde : la seule raison pour laquelle je suis troublée, n'est autre que le fait que cela fait bien trop longtemps que je me suis enfermée dans ma routine de solitude et de protection.
Je ne laisse personne m'atteindre, et ce depuis des années. Aucune nouvelle rencontre, aucune nouvelle envie de refaire ma vie. Ma solitude m'a-t-elle menée à me renfermer au point de ne plus être capable de tenir la conversation à un homme ?
Je soupire à nouveau. J'ai déjà eu des rendez-vous professionnels avec des hommes. Seulement, la plupart du temps, ils sont soit en couple, soit sur le point de se marier ou de devenir père, soit ce sont des hommes d'affaires plus âgés que mon père et bedonnant qui me laissent totalement indifférente.
Edward Cullen n'a rien à voir avec ce genre d'homme. Le fait qu'il soit probablement de ma génération me pousse-t-il à me sentir aussi… mal à l'aise, troublée avec lui ?
Jacob doit certainement avoir raison… il y a bien trop longtemps que je n'ai pas côtoyé le monde des vivants.
Je regagne mon lit après avoir enfilé un bas de jogging lâche et un t-shirt. La fraicheur de mes draps me fait frissonner. Je me repasse en boucle cette journée étrange où Edward Cullen à brouillé mes inhibitions et mes pensées.
Sa soirée est importante pour moi. Cela approchera bien plus vite que je ne l'imagine et j'ai hâte d'être rendue à la mise en place de tout mon travail.
Le Week-end passe lentement.
Je m'autorise à sortir de chez moi le dimanche pour trainer dans les rues commerciales de Greenwich Village, le quartier où je vis depuis plusieurs années. J'en suis tombée amoureuse dès que j'y ai mis les pieds.
Une immense bibliothèque fait l'angle de la rue principale. C'est ici, que je passe généralement mon temps libre. Plus aucun rayon de cette librairie n'a de secret pour moi, et j'adore ça. Je flâne pendant plusieurs heures avant de retourner chez moi, les mains et les pieds gelés. Je rêve de prendre un bain brûlant, mais ma petite salle de bain me permet tout juste d'avoir une douche ridiculement petite.
Je me contente de me faire chauffer un bon thé, appréciant la chaleur de celui-ci avant de prendre un bouquin pour m'installer dans mon canapé.
A nouveau, le silence de l'appartement me dérange. Jusqu'à peu, ça n'a jamais été le cas. Au contraire. Il m'a toujours permis de me retrouver, et d'apprécier le calme et la sécurité que je trouve ici. J'me sens chez moi. Vraiment chez moi.
J'allume une bougie, sourit doucement à la vision de la photo sur mon meuble de télévision.
Riley est beau. Il l'a toujours été.
Je souris doucement, m'installe sous le plaid et m'enfonce dans l'histoire d'amour de mon bouquin qui me colle des frissons à chaque page.
Heeey salut vous !
Oui, je sais, je suis en retard #sorry
La semaine a été mouvementée, j'imagine que c'est le cas pour beaucoup d'entre vous aussi.
J'espère pouvoir tout de même vous apporter un peu d'amour et de magie avec la suite de cette romance ! J'ai hâte de vous la faire découvrir un peu plus !
On se retrouve également sur Stay, si vous ne l'avez pas encore lu, j'vous invite à le faire ! :) Ah et, aussi, si vous ne me suivez pas encore, vous pouvez me rejoindre sur Instagram : Tied Foster.
En attendant, on en dit quoi de ce chapitre ? Vous me foutez la pression pour dire vrai, cette romance est en train de devenir votre préférée et, bien que j'en sois super ravie et touchée, j'ai peur de vous décevoir ! Ca n'est -ne sera- qu'une petite histoire sans prétention qui est uniquement là pour faire du bien, apportez de la chaleur et vous faire sourire. J'espère qu'elle continuera de vous plaire autant...
Pour ma part, voilà des jours que je lutte pour ne pas faire mon sapin de Noël ! (oui, vous avez bien lu et, oui, nous ne sommes que le 31 octobre !) J'suis une fan de magie et je crois qu'on en a bien besoin en ce moment...
J'vous embrasse, prenez soin de vous. A très, très vite.
Tied.
