Chapitre 4
Frosty the Snowman - Ella Fitzgerald
A mon retour au bureau lundi matin, mes idées sont plus claires et ordonnées.
Il ne m'a fallu qu'un week-end pour comprendre que mon problème n'était pas Edward Cullen, mais le fait que cela fait trop de temps que je suis seule. J'ai tellement voulu me protéger, ne plus jamais souffrir que le vide que j'ai créé autour de moi à fini par m'étouffer. Ca n'est, évidement, pas pour autant que je veux rencontrer quelqu'un ou même l'envisager, mais je sens que je dois avancer. Pour moi. Pour ma vie. Pour Riley.
- Un café ? me demande Jacob en arrivant avec deux gobelets fumants.
- Oh mon dieu oui !
Je m'empare du café qui me brule la langue, mais ça ne fait rien. Cette chaleur est tellement agréable ! Il neige à nouveau quand je jette un coup d'œil par la fenêtre de notre bureau. Les températures commencent à être glaciales à New York. Déjà que je n'aime pas beaucoup l'hiver et les fêtes de fin d'années, si en plus il fait si froid, cette année je ne vais pas survivre.
La matinée passe rapidement. Jacob est plongé dans la préparation du baptême qu'il organise pour dans 10 jours, et le mariage d'un couple dans à peine 2 semaines. Pour ma part, je m'évertue à trouver de quoi remplir la salle après avoir appelé l'hôtel pour bloquer pour la date du 11/12/13 janvier. J'appelle même une entreprise de nettoyage pour la rendre impeccable le lendemain. Le budget d'Edward Cullen est assez confortable pour que je puisse me permettre de le faire.
Pendant le déjeuner -que je mange devant mon écran d'ordinateur- je reçois un nouveau mail de mon nouveau client m'indiquant son approbation pour tout ce que je lui ai envoyé vendredi soir. Il s'excuse même de me faire travailler si tard. Je lève les yeux au ciel en souriant bêtement en lui répondant que, même si je n'avais pas été occupée par son gala, je ne serais pas rentrée chez moi plus tôt.
Je lui dresse la liste des propositions de plats que qu'Angela m'a envoyé pour le Gala. Le nombre d'amuse-bouche et de desserts est assez impressionnant. Et follement alléchant. J'envoie le tout en pièce-jointe et m'attèle à fabriquer de toute pièce les invitations. C'est probablement une des phases préférées de mon métier. J'ai toujours eu une passion pour l'art, la création. Je ne saurais l'expliquer. J'aime créer, et ce métier me permet d'exploiter pleinement ce domaine. Je m'éclate, littéralement. Je ne pourrais plus faire autre chose de ma vie, j'en suis profondément convaincue.
Le mardi, je déjeune avec Angela dans la boutique où ils travaillent elle et Ben, son mari. Ca n'est pas un grand traiteur. Ils se sont lancés il y a cinq ans à peine, mais, petit à petit, ils se font un nom au cœur de la ville. Ils méritent que leur boutique prennent plus d'échelons. C'est d'ailleurs ce que je leur souhaite et j'espère que le Gala va les aider à se faire connaitre d'autant plus.
- Goûtes-moi ces macarons, souffle-t-elle en ramenant un plateau multicolore sur la table où nous venons de déjeuner.
- Franchement Angie, c'est délicieux mais…
- N'y pense même pas ! argue-t-elle avec force. Je veux les présenter demain à Cullen et je me demande si ils sont assez… réussis.
Je regarde l'inquiétude danser dans ses yeux noisettes et réprimant mal un sourire.
- Tout ce que tu m'as fait gouté est absolument divin. Je ne vois pas pourquoi Monsieur Cullen ne les aimerait pas !
Elle hausse les épaules.
- J'en sais rien, marmonne-t-elle. T'as raison, je crois que je me fou trop la pression.
Je souris, repensant à son coup de panique lorsque je suis arrivée presque deux heures plus tôt. Elle était débordée -littéralement. Ben est absent pour la semaine -partit rendre visite à sa maman malade à l'autre bout de l'état- et elle a dû gérer seule toute préparation la dégustation de demain.
Je prends un macaron et croque dedans avant de fermer les yeux. Je pourrais gémir tant le gout qui m'explose en pleine bouche est délicieux. Et le mot est faible.
- Angie… marmonné-je en mâchant avec délectation, les yeux rivés sur le macaron jaune à pois noirs sous mes yeux.
- Citron et pavot, sourit-elle devant mon émotion.
- Mon dieu, c'est divin !
- C'est vrai ?
- Evidemment !
- J'en ai fait à la pêche/rose et à la menthe, aussi.
- En plus de ceux au chocolat et au caramel ? Tu… il va ne plus savoir où donner de la tête, m'amusé-je en finissant mon macaron.
J'ai presque envie de me lécher les doigts comme une enfant tellement c'est bon. Ses sourcils bruns se froncent, elle parait soudain soucieuse.
- Tu crois que j'en ai trop fait ?
- Je crois qu'il ne pourra plus rien avaler à midi.
Elle sourit, et moi aussi. Elle semble enfin se détendre un peu. Je l'observe une minute en me disant que j'ai de la chance de l'avoir dans ma vie.
- Alors… comment il est ? demande-t-elle d'une petite voix en croquant dans un macaron vert clair qui me fait de l'œil depuis plusieurs secondes.
- Pourquoi tout le monde me pose cette question ?
Elle rit légèrement, remettant une mèche brune échappée de son chignon derrière son oreille.
- On parle d'Edward Cullen !
- Et alors ? Il n'est pas… le Messi !
Cette fois, elle éclate de rire et m'adresse un regard lourd de sens.
- Dit-elle en rougissant…
- Je ne rougis pas !
Elle lève les yeux au ciel, absolument pas convaincue. J'avoue moi-même que je repousse la sensation de mes joues qui se réchauffent.
- A d'autre !
- Il est sympa, dis-je finalement après un silence. Un peu… un peu trop sûr de lui et il donne des ordres sans cesse mais, sympa.
Je m'empare d'un autre macaron. Caramel au beurre salé cette fois. Mon dieu. Cette femme à des mains en or. Si seulement je savais cuisiner aussi bien qu'elle !
- Vous vous êtes vu combien de fois ?
- Deux. Trois. Il a débarqué au bureau pour me déposer mon écharpe.
Elle se fige légèrement. Ses lèvres se soulèvent en un sourire en coin que je connais par cœur.
- A votre bureau ?
- Ouais.
- Il a...
- J'n'en sais pas plus que toi, m'amusé-je en secouant la tête devant ses yeux curieux. J'étais au téléphone avec toi et d'un coup, il était là. Il a prétendu avoir rendez-vous dans la rue d'à coté et de ne pas savoir quand est-ce qu'on se reverrait pour me la ramener. J'm'étais même pas rendue compte que je l'avais oublié là bas !
- D'où le fait que tu aies raccroché en vitesse, se moque Angela en buvant une gorgée de son café.
- Il m'a surprise !
- Cet homme à l'air… charmant, s'amuse-t-elle. Il traverse la ville pour pouvoir te ramener ton écharpe…
- C'était rien, balayé-je en souriant malgré moi. C'était juste… vraiment gentil de sa part.
Lentement, mon sourire retombe. Angela en face de moi m'observe avec une certaine émotion dans les yeux. De la peine. Presque de la pitié. J'en ai que trop l'habitude.
- Ca n'est que mon client, soufflé-je après une minute. Pas de quoi en faire toute une histoire.
Elle hoche la tête, puis me tends un macaron rose pâle.
- Ceux à la pêche et à la rose, tu m'en diras des nouvelles !
Je lui souris doucement en saisissant le gâteau. Je lui suis reconnaissante. J'aime ça chez elle. Elle n'insiste jamais. Elle est toujours douce, prévenante et respectueuse. A coté d'elle, Jacob à l'air d'une sensu qui ne lâchera jamais le morceau.
Il est 9h quand on arrive au Plaza le lendemain.
On s'est donné rendez-vous à la salle de réception avec Monsieur Cullen à 9h30, ce qui nous laisse le temps, à Angela et à moi, de monter la totalité de la dégustation qu'elle à ramenée.
J'ai la boule au ventre. Le stress me fait trembler depuis mon réveil et s'est amplifié depuis notre arrivée ici. Je ne sais pas vraiment si c'est dût au fait qu'elle ait emmené de quoi nourrir l'hôtel entier ou si c'est juste la dégustation, ou simplement le fait que je vais devoir être -encore- confronté à ce que mon corps me fait subir quand mon client est dans la même pièce que moi.
Je me répète comme un mantra que tout ira bien, et qu'il n'est seulement qu'un client parmi tant d'autres.
Angela installe les tables qu'elle à ramener pour former une ligne d'un mètre de long sur laquelle elle installe une nappe grise, et mets en place les dégustations. Je regrette presque de me sentir capable de ne rien avalé depuis mon réveil tellement j'ai envie de piquer dans ce qu'elle a préparé. C'est coloré, appétissant à souhait. Elle a réalisé des merveilles en si peu de temps que je ne peux que l'admirer pour son travail.
Elle enfile un tablier blanc alors que j'empile les cartons qui contenaient la nourriture prêt des portes de l'ascenseur, ne pouvant m'empêcher de fredonner Jingle Bells Rock que j'ai entendu dans la petite camionnette de Angie en venant jusqu'ici.
J'ai du mal à supporter Noël et le reste depuis le départ de Riley, mais, pourtant, chaque fois que j'entends une de ces chansons insupportables, je l'ai en tête pendant des heures. Mes proches disent que je suis devenue allergique aux fêtes. Ca n'est pas une aversion à Noël, ça m'est juste devenu trop douloureux, puis ça s'est transformé en indifférence. J'me fiche des cadeaux, de la magie et du reste. Est-ce un droit qui m'appartient encore ?
- C'est vous qui assurerez l'ambiance musicale le soir du lancement ? demande une voix profonde derrière moi, me faisant sursauter.
Je me fige et pique un fard, honteuse d'avoir été surprise à chanter ainsi. Mon cœur s'accélère tout seul avant même que je ne le regarde.
- Monsieur Cullen, le salué-je poliment en me tournant vers lui.
Mon ventre fait un petit bon ridicule en retrouvant le vert étincelant de son regard clair.
Autant, le midi, et l'après-midi, il est beau. Autant, ce matin, avec la douce lumière du début du jour inondant la pièce par les grandes baies, il est éblouissant. J'ai du mal à ne pas le dévisager impoliment alors qu'un sourire en coin étire lentement sa bouche.
- Alors ? insiste-t-il, visiblement toujours amusé par ma gêne. Vous animerez la soirée ?
- Je... ça n'est pas dans notre contrat, répondis-je en retenant mal un sourire.
Le sien s'agrandit de manière spectaculaire. Je suis consciente d'être celle qui vient de le provoquer et ça me fait un effet incroyable. Je me noie dans son regard emprunt de lumière, perdant totalement le fil de mes pensées et la raison. Je me souviens brutalement de la présence d'Angela quand celle-ci nous approche en se raclant la gorge.
Je l'avais presque oubliée, c'est dire à quel point cet homme embrouille mes sens.
- Je... Monsieur Cullen, je vous présente Angela Cheney, le traiteur. Angela, c'est... Edward Cullen, notre client.
La mention du client semble me faire revenir un peu sur Terre. J'opte pour garder au maximum ma position de professionnelle pour survivre à cet entrevue et cesser de me noyer le plus idiotement du monde dans ses yeux trop perturbants pour mon bien.
Angela et lui se serrent la main avec professionnalisme. Ils sont polis, mais froids. Je dévisage mon amie en sentant ma poitrine se serrer. J'aimerais y déceler un rougissement, un bégayement, une accélération de sa respiration… mais rien ne se passe. Il la laisse totalement indifférente. Comment s'est possible ? Ok, elle à Ben dans sa vie depuis tellement longtemps qu'elle et lui ne font presque plus qu'un, mais, quand même ! Edward Cullen ne fait-il cet effet qu'à moi ?
Pendant que mon client lui explique ce qu'il attends pour la soirée, je m'autorise à faire glisser mon regard sur le costume qu'il porte. Sa chemise noire recouverte d'une veste du même ton est ouverte de trois boutons -encore- sur son torse. Son pantalon de la même couleur tombe implacablement sur des chaussures italiennes que j'imagine sur mesure et hors de prix.
Ai-je déjà rencontré quelqu'un avec autant de classe ? De prestance ? Non, certainement pas.
- Madame Swan saura vous faire une liste de mes choix après la dégustation.
La mention de mon nom me ramène sur Terre. Angela glisse un léger regard vers moi, un peu troublée. Oui, je sais. Je lui transmets par mes yeux surement sombres de ne pas poser de question. J'n'ai pas envie de m'étaler là-dessus, surtout pas devant notre client.
- Vous pourrez ? insiste mon client en me glissant un regard devant le silence entre Angela et moi.
- Oui je… évidement, balbutié-je quand je me rends compte que je n'ai pas répondu.
- On devrait commencer, intervient mon amie. On ne va pas vous retenir toute la journée.
Cullen acquiesce et emboite le pas à Angela pour revenir près de la table qu'elle a dressée. Le ventre noué, je les rejoins et accroche mes mains dans mon dos pour faire cesser mes tremblements.
- J'espère que vous avez faim, s'amuse Angie quand notre client découvre l'ensemble de ce qu'elle a préparé.
- J'aurai dû ramener mon équipe avec moi, avoue-t-il un sourire dans la voix.
Sa remarque me fait sourire. Il fait courir un regard vers moi.
- Vous allez m'aider à choisir ? demande-t-il sérieusement.
- Je…
- Je sais, c'est surement pas dans notre contrat mais vous pouvez quand même le faire non ?
Je me mords la langue pour ne rien dire d'idiot avant de hocher la tête, pétrifiée. Quand il reporte son attention sur la table, je me souviens brutalement de respirer.
Je l'observe pendant plusieurs minutes écouter Angela expliquer ses choix.
Après un moment, il enlève sa veste de costume, la posant sur la partie vide de la table devant nous. Pour ce faire, il se déplace légèrement, passant à demi devant moi dans un murmure d'excuse.
Je n'ose même plus bouger, inspirant lentement cette odeur qui est la sienne et qui me noue violement l'estomac.
Le cœur battant, je mets au moins une minute à m'en remettre et à retrouver une attitude relativement normale -aussi normale que j'y arrive quand il est dans la même pièce que moi. Je suis ridicule, et d'une excessivité extrême, mais je n'arrive pas à faire autrement.
- Vous avez mis du basilic ? demande-t-il en goutant la verrine blanche et rouge entre ses doigts.
- Basilic et une touche de citron, avoue Angie, concentrée.
Sa nervosité est partie, la mienne ne fait pourtant qu'accroitre sans que je ne comprenne bien pourquoi. Je reste silencieuse, légèrement à l'écart et j'ai du mal à ne pas me sentir idiote de dévisager mon client ainsi à chaque geste qu'il fait, mais je n'arrive pas à faire autrement. Tout semble me ramener inlassablement à lui.
- Isabella ? Vous voulez goûter ?
- Oh je… merci, mais je…
- Encore ce truc de contrat ? demande-t-il en haussant un sourcil.
Il a encore ce sourire presque invisible sur la bouche. Cet air victorieux sur son visage m'agace légèrement, et je me tends.
- J'allais dire que je n'ai pas faim, me repris-je en me reprenant. Mais merci.
- J'aimerais que vous goûtiez, insiste-t-il en me tendant la verrine.
Je me pince les lèvres, me remontant moi-même les bretelles. Il est mon client. Je dois, en toute logique, me plier à ses exigences. J'attrape la verrine, une petite cuillère et goute la mixture.
- C'est… incroyable, avoué-je.
Angela me sourit, contente d'elle.
- On va en prendre deux cents cinquante comme ça. Vous notez ? demande-t-il en glissant un nouveau regard vers moi.
Sa question me rappelle brutalement que je suis son employée, et non juste quelqu'un qui est là pour admirer chacun de ses faits et gestes. Je hoche la tête, repart à mon sac pour en sortir mon bloc-notes et écrire sa demande.
- La réception commencera à 21h, indique-t-il à Angela. Les invités auront certainement diner avant, mais je tiens à ce qu'il y ai de quoi les régaler pendant la soirée.
Elle hoche la tête, puis lui présente une nouvelle verrine.
- Foie-gras, pain d'épices et poire, annonce-t-elle en lui en tendant une.
Mon client l'attrape puis me la fait passer avant même de goûter.
- Je veux votre avis, me rappelle-t-il alors que j'hésite à m'en saisir.
Je soupire presque, vaincue par son petit jeu et l'air fier qui flotte dans ses yeux clairs.
- C'est… je pourrais manger que ça tous les jours de ma vie, avoué-je après avoir goûté.
Angela rit légèrement. Cullen me dévisage avec tellement d'intensité que j'ai du mal à ne pas rougir. Pourquoi me regarde-t-il donc ainsi ? J'ai quoi ? Un bouton énorme au milieu du nez ? Je me suis mise de la mixture partout ?
- On va en prendre aussi, dit-il avant même que je ne puisse lui donner la verrine pour qu'il goute. Mettez en 250.
Un peu perturbée, je note sa demande. Pourquoi ne goûte-t-il même pas ?
- J'ai pensé que vous apprécierez des bouchées, indique mon amie en attrapant une assiette pleine de canapés miniatures.
Tout est aéré, et d'une beauté incroyable. Notre client en goûte plusieurs, demandant des explications pour chacun. Quand je le vois mettre son pouce dans sa bouche pour y enlever de la crème fouettée à base d'asperge, mon cœur s'arrête brutalement.
Mon dieu, qui est aussi sexy ?
Je me gratte la gorge, avec l'impression que mes jambes tremblent tellement que ça peut se voir.
La dégustation des préparations salés traine sur presque une demie heure. Cullen à vraiment l'air de s'intéresser à chaque chose qu'il goûte, et il m'oblige à goûter aussi par la même occasion.
Plusieurs fois, ses doigts frôlent les miens. Je tente de ne pas y prêter attention, mais, surtout, je tente de comprendre pourquoi sa proximité me fait autant d'effet. Est-ce réellement seulement la faute à la solitude qui m'entoure depuis presque 3 ans ? Cette pensée me rends brutalement maussade. Je tente d'ignorer la culpabilité totalement idiote qui me serre le cœur, mais je n'y arrive pas.
- On va passer au sucré si vous voulez bien, s'exclame Angela en débarrassant les nombreuses petites assiettes maintenant vides.
Je doute même d'être capable d'avaler encore autre chose. Même si tout était miniature, j'ai la sensation d'avoir mangé l'équivalent d'un repas entier. Une chose est certaine, je ne vais rien pouvoir avaler ce midi… peut être pour le reste de la journée. Angela finit par s'éclipser pour aller nous chercher de quoi boire dans la camionnette. J'insiste pour y aller à sa place, mais elle refuse, me laissant seule avec Edward Cullen quand elle disparait derrière les portes de l'ascenseur.
Je la déteste.
Je tente d'ignorer ce que mon corps entier ressent quand il s'approche légèrement de moi pour lire mes notes par dessus mon épaule. Je les relis aussi, vérifiant que je n'ai rien oublié.
- Vous allez avoir du succès, souffle-t-il après plusieurs longues secondes de silence.
- Sûrement moins que ces petits fours, avoué-je dans un sourire.
Ma remarque le fait rire doucement. Mon cœur fait à nouveau concurrence au rythme d'une musique Electro. Il finit par s'écarter et se déplacer lentement dans la salle. Je me tourne pour l'observer, incapable de résister. Cet homme est un plaisir pour les yeux.
- Vous viendrez ? demande-t-il après un silence.
Je me retrouve face à lui, à deux mètres, qui me regarde comme si j'étais incroyable. Je me rends compte après une seconde que je n'arrive pas à détacher mes yeux de lui. Que fait-il pour être aussi… lui ?
- A la soirée, ajoute-t-il, voyant que je ne réponds pas.
- C'est…
- Vous êtes censé répondre à toutes mes exigences, sourit-il avec une arrogance certaine.
Je me mords la langue.
- Mon rôle est de... construire votre soirée. Pas d'y participer.
- Ca vous permettrai de rencontrer tout un tas de gens intéressants, argumente-t-il.
Je reste figée une seconde. Des gens intéressants ? C'est à dire ? Des gens riches ? De pouvoirs ?
- La plupart des invités sont des gens qui ont beaucoup d'influences, continue-t-il d'une voix calme en faisant un pas vers moi. J'ai l'intuition que votre travail ne passera pas inaperçu. Si vous êtes présente, je pourrais vous présenter à chacun d'eux.
Je m'entends déglutir. Je n'arrive tout simplement pas à rester de marbre alors que son regard profond et lumineux sonde le mien, à la recherche de réponse tandis qu'il s'approche encore.
- J'en ai conscience, dis-je juste.
Un léger froncement de sourcil se dessine sur son visage.
- Je… j'veux dire… l'influence que vous avez, me repris-je en rougissant. Je… hum, mais je ne crois pas avoir ma place à votre soirée.
- Pourquoi ? s'intéresse-t-il, apparemment désireux de savoir le fond de ma pensée.
J'étouffe un rire purement nerveux alors qu'il glisse ses mains dans les poches de son pantalon à pince. M'a-t-il bien regardé ? Voit-il à quel point nous ne sommes pas du même monde ?
- Et bien je… je suis votre employée, dis-je juste. Il n'est fait mention nul part que je suis obligée d'assister à cette soirée.
Ses lèvres se pincent brièvement en une ligne mince, comme si ma réponse le contrariait fortement.
- Il n'est fait mention nul part que vous n'avez pas le droit de le faire.
- Monsieur Cullen... commencé-je, définitivement mal à l'aise.
- Et si je vous le demande ?
Je secoue la tête en souriant malgré moi. Son comportement m'agace et m'amuse à la fois. Je me sens presque abasourdie qu'il insiste autant pour que je sois présente. Est-ce réellement nécessaire ? Ne lâche-t-il jamais l'affaire ?
- C'est votre soirée.
Il s'apprête à ouvrir la bouche pour contrer ma réponse quand l'ascenseur s'ouvre sur Angela qui revient avec des verres et une bouteille d'eau.
- On va continuer, éludé-je en me tournant à nouveau vers les merveilles qui restent sur la table.
Je ne sais pas ce qui est le pire. Qu'il insiste pour que je sois présente, ou l'éclat de déception qui flotte dans ses yeux chaque fois que je lui dit non.
J'ai du mal à penser à autre chose pendant qu'il goute à chaque chose que Angela lui propose avec une attention digne d'un saint. Il pose des questions, s'intéresse sincèrement et me tends un dessert à chaque fois pour que je goûte aussi. A plusieurs reprises, il me demande mon avis. Cette fois, je me retiens -difficilement- de gémir quand les macarons citron/pavot arrivent dans ma bouche.
Mon client à l'air conquis par chaque sucrerie, ce qui me fait réellement plaisir. Ce plaisir est décuplé quand, à la fin de la dégustation, il dit à mon amie qu'il aimerait vraiment collaboré avec eux. Et pour cet évènement, et pour les suivants. Angela est émue et ravie : elle tient là une chance incroyable.
Je note consciencieusement tout ce que mon client commande.
On finit par aller visiter les cuisines. Angie en fait le tour, les yeux émerveillés.
- Ben va être... fou de travailler ici, s'extasie-t-elle dans un rire.
- J'imagine bien, m'amusé-je en imaginant déjà Ben mettre de la musique fort -très fort- et cuisiner en chantant comme il le fait toujours.
- Vous aurez besoin d'une personne supplémentaire, pour vous aider le jour de la réception ? demande Cullen après un court moment où il est plongé dans ses pensées, nous regardant échanger en souriant.
- Oh je...
- Je peux recruter quelqu'un, si vous voulez.
- Je m'en occuperais, l'interrompis-je. Ne vous encombrer pas ça.
Cullen hoche la tête, me lance un bref regard et quitte la pièce en s'excusant quand son téléphone portable sonne. Je fixe les portes se refermer derrière lui, laissant son parfum disparaitre.
La voix profonde de mon client résonne dans la grande salle vide. Je frissonne malgré moi, maudissant tout ce que je ressens. Angela me dévisage plusieurs secondes.
- Isabella, alors ? demande-t-elle en retenant mal un sourire moqueur.
- Il l'a décidé tout seul, me défendis-je en repoussant un malaise.
Son sourire s'agrandit.
- J'imagine, oui.
Je me mords la lèvre nerveusement. Je ne sais pas moi-même comment tout cela à put arriver.
- Tu lui plais, lâche-t-elle à voix basse.
- Angie… grondé-je en la regardant noir.
- Quoi ? Fais pas comme si tu ne le voyais pas ! Tu bégayes chaque fois qu'il te parle !
- Hé je ne…
Son regard noir me fait comprendre que ça ne sert à rien que j'insiste ou que je lui mentes : j'ai moi même conscience d'avoir un comportement totalement stupide en sa présence.
- Peu importe, soufflé-je en soupirant finalement. C'est mon client, et pour l'instant, je dois me concentrer assez pour que cette soirée soit une réussite.
Elle soupire légèrement, me regardant intensément.
- Bella tu sais… ça fait...
- Angela, la menacé-je, sentant mon cœur s'accélérer.
Elle se fige légèrement et soupire.
- J'ai… je ne suis pas prête. Ni maintenant, ni demain, ni… jamais, asséné-je un peu plus froidement. J'ai pas envie de ça. Qui plus est avec… lui.
Son regard trahit son envie d'en rajouter une couche, pourtant, elle se tait.
La voix d'Edward Cullen résonne encore dans la salle quand je me décide à sortir des cuisines.
Je pense ce que j'ai dit à Angela. Tout ce que j'ai dit. Peu importe le temps qui a passé, c'est inenvisageable pour moi de refaire ma vie maintenant. J'ai 30 ans, certes, mais peu importe. Je n'ai pas envie de ça. Et d'autant plus avec quelqu'un comme Edward Cullen; je ne peux même pas l'envisager. Il est mon client, et il le restera.
En regagnant la salle de réception, mes yeux tombent sur lui qui éclate de rire, toujours au téléphone. Sa silhouette se découpe dans les lumières vive de l'extérieur, devant les immenses baies. Mon ventre, ce traitre, sursaute. Il ne me laisse pas indifférente, c'est certain. Je le sais depuis des jours. Mais ça ne veut rien dire. Un tas d'homme sont attirants. Ca n'est pas pour autant que l'on passe à l'acte.
Je soupire en traversant la pièce pour rejoindre les tables et débarrasser le reste des assiettes maintenant vides. Je tente de ne pas écouter la conversation de mon client, mais des brides me parviennent avant qu'il ne raccroche. Je comprends que la personne avec qui il parle est une femme : la sienne, certainement. Jacob n'avait pas dit qu'il était célibataire ?
Je soupire à nouveau quand il avance vers moi. Qu'est ce que ça peut me faire, finalement ? Cela ne me regarde pas le moins du monde !
- Vous pourrez m'envoyer le devis par mail pour tout ça ? finit-il par demander après avoir senti son regard bruler mon corps le plus douloureusement du monde pendant un moment.
- Oui, ça sera fait dans l'après-midi.
Du coin de l'œil, je le vois hocher la tête. Je replis la nappe en tentant de ne pas paraitre trop gauche. Dans les cuisines, j'entends Angela parler avec excitation : j'imagine qu'elle est au téléphone avec Ben. Je me tais pendant un instant, désireuse de retrouver un peu de calme dans mon cerveau malmené. J'ai la sensation que sa seule présence perturbe même mes neurones. J'ai besoin de trouver un terrain sur lequel je ne risque pas de glisser.
- J'ai ramené le premier modèle d'invitations que j'ai créé hier, dis-je après une nouveau silence gênant.
Je le vois hocher la tête en rangeant son téléphone sur lequel il tapait un message à la vitesse de l'éclair avant de partir chercher mon sac. Cullen s'est rapproché des baies quand je reviens à sa hauteur, l'invitation rectangulaire dans les mains. Je reste un peu à l'écart, peu désireuse de m'approcher à nouveau des baies. La semaine dernière m'a largement suffit.
- Ah, c'est vrai, le vertige, s'amuse-t-il en s'approchant lentement.
Je m'empêche de lever les yeux ciel.
- Toujours pas envie de vaincre votre peur ?
- Pas aujourd'hui, non.
Un sourire vrai s'affiche sur son visage. J'ai la sensation que, un instant, devant moi, l'homme d'affaire disparait pour devenir simplement… Edward Cullen. Soudain, je me sens un peu moins tendue. La pression redescend lentement alors que je me perds dans ses yeux clairs et époustouflants. Le soleil à l'air de donner directement dedans. Il est superbe, et c'est vraiment peu de le dire.
- Alors, cette invitation ? demande-t-il après un silence où je ne sais plus vraiment qui je suis.
Je me racle la gorge, ma nervosité remontant en flèche. Je lui tends le papier épais, tremblant sous nos yeux. Il ne peut que le voir, mes doigts me trahissent. Mon cœur s'accélère à nouveau sous la coupe de ses yeux.
- Ne soyez pas si nerveuse, souffle-t-il en posant le bout de ses doigts sur les miens.
Son contact semble plonger mon corps entier dans du coton. Sûr de lui, il me sourit doucement. Je dois respirer profondément pour retrouver l'usage de mes membre et lui laisser l'invitation en relâchant le papier écru.
Un instant, il observe ma création, ses yeux glissant sur les lignes que j'ai écrites. C'est simple, indicatif, direct. J'ai rajouté une lune en transparence, sur le fond à droite de l'invitation. Cela donne déjà une vague idée de ce que la soirée va être sans trop en dévoiler.
- C'est…
Il se stop un instant, puis fronce les sourcils.
- On peut modifier, proposé-je précipitamment, me rendant compte qu'il n'aime probablement pas. Ca n'est qu'un premier…
- Non, me coupe-t-il en relevant les yeux vers moi. C'est… Isabella, c'est parfait.
Mon prénom dans sa bouche à l'air d'allumer un brasier en moi.
Je me sens rougir alors qu'il me sourit sincèrement, pleinement satisfait de ce que j'ai fait pour lui et sa soirée de lancement. Mon cœur s'accélère à nouveau, ayant probablement envie de m'entrainer à tenir le rythme d'un marathon.
- Décidément, vous êtes surprenante, ajoute-t-il avant de rire légèrement, ce qui me fait rougir d'autant plus. Je ne pensais pas que vous me feriez un travail de cette qualité là.
Une partie de moi à presque envie de se vexer qu'il ait pu douter de la qualité de mon travail mais je repousse ce sentiment et profite simplement de ce que je lis dans ses yeux. C'est de la satisfaction. Presque de l'émerveillement. Son regard vaut plus que tous les compliments qu'il saura me faire.
- Je… je fais juste de mon mieux.
- Je le vois. C'est parfait. Vous pouvez en faire imprimer 250 ?
Je hoche la tête, refoulant un sourire en attrapant mon -son- stylo pour noter ce qu'il me demande. Angela finit par sortir de la cuisine, et s'excuse brièvement de s'être fait attendre
- Oh, n'ayez crainte nous avons trouvé de quoi nous occuper, glisse Cullen en souriant.
Je me sens rougir furieusement avant de pester entre mes dents quand Angie étouffe un rire.
Me mettre mal à l'aise est-il son but ultime ?
Quand il salut Angela en lui serrant la main et en la remerciant à nouveau pour son travail, je comprends que notre entretien touche à sa fin. Je suis presque déçue de devoir quitter l'hôtel si rapidement. J'ai toujours l'impression que les moments où je partage mon temps avec Edward Cullen passent à une vitesse folle. Je repousse ce sentiment d'amertume qui m'enserre la poitrine et raccompagne mon client jusqu'aux portes de l'ascenseur, gardant mon bloc-notes coincé contre ma poitrine pour garder le plus de contenance possible face à notre proximité.
- J'ai un service à vous demander, murmure-t-il en se tournant légèrement vers moi quand on attends que la cabine arrive.
Il a remit sa veste de costume. Il est plus élégant que jamais, tout en noir ainsi. Je retrouve ses yeux, me concentrant sur ce qu'il me dit. Essayant, du moins.
- S'il s'agit de la soirée monsieur je ne…
- Non, non. Pas la soirée. Je… j'aurai besoin de vos services pour quelque chose d'un peu plus… personnel.
Je hausse un sourcil, attendant qu'il poursuivre, le cœur battant.
- J'aimerais organiser une réception, chez moi, pour Thanksgiving commence-t-il en plantant son regard dans le mien. Pourriez vous vous en occuper ? Ou est-ce… déplacé ?
Je me mords la lèvre, ma nervosité remontant en flèche face à ce que je lis dans ses yeux.
- Je…
- Je suis certain que vous êtes capable de faire quelque chose d'absolument incroyable, avoue-t-il dans un sourire en coin. Et je n'ai définitivement pas le temps de m'en occuper mais ma mère…
Il soupire, le regard mi-amusé, mi-agacé. Son comportement m'apaise très légèrement. La tendresse qu'il ressent pour cette femme est bouleversante.
- Ma mère va me tuer si je refuse une année de plus de préparer Thanksgiving chez moi.
- Monsieur je… je ne vois pas…
- On pourra signer un contrat pour ça aussi, si vous y tenez, ajoute-t-il.
L'assurance dont il fait preuve est vraiment déstabilisante. Je me recule d'un pas quand je me rends compte que nous nous sommes rapprochés et tente de penser de manière réfléchie. Sa proximité me donne vraiment du fil à retordre.
- Evidement, je ne vous forcerai pas à rester pour la soirée, simplement préparer tout ce qu'il faut pour que ma famille arrive enfin à passer un Thanksgiving à la maison.
Je m'entends déglutir. Son regard perçant semble me broyer le ventre et le cœur sans ménagement. La bouche sèche, je n'arrive plus à réfléchir à autre chose que son parfum m'entourant et la sensation que ses yeux clairs créés en moi. Je suis littéralement ailleurs, comme si mon corps était déconnecté de la réalité dans laquelle nous vivons. Je ne sens, ne vois que lui. C'est incroyable et vraiment perturbant.
- Je… d'accord, répondis-je au bout d'un instant, sans l'ombre d'une hésitation.
Un sourire sans précédent étire sa bouche alors qu'il se recule d'un pas. Nous sommes nous encore rapprochés ? Les portes de l'ascenseur s'ouvrent enfin, mettant fin à mon supplice. Maintenant, j'ai hâte qu'il disparaisse de mon champ de vision.
- Je vous envoie un mail dans la journée pour le nouveau contrat, décide-t-il en rentrant dans la cabine vide.
Je hoche la tête, perturbée de ne plus réussir à détacher mes yeux de lui. Que m'a-t-il fait pour que je sois si déroutée ?
- Isabella, salut-il dans un murmure avant que les portes ne se referme sur son visage parfait.
Je reste plusieurs secondes devant les portes en acier closes. Le retour à la réalité à l'air d'une chute brutale sur vingt étages. L'écrasement au sol est aussi violent qu'un crash d'avion.
Que viens-je d'accepter de faire ?
Helloooooo mes petites cuillères !
Si vous lisez ceci, c'est que FF remarche et que c'est définitivement un miracle !
J'espère que ce chapitre vous aura plu ! J'attends vos réactions ! Sachez d'ailleurs qu'il n'y a pas de bonnes ou de mauvaises reviews... vous pouvez dire ce que vous voulez (bon, pas de truc méchant quand même) je suis toujours très très heureuse de vous lire, même si vous dites juste "merci" ou "a la semaine prochaine" :)
Les reviews n'ont qu'un but : savoir si ce qu'on écrit plait assez pour continuer à le faire... allez, motivez moi ;)
Prenez soin de vous !
On se retrouve très vite (sur Instagram pour celles qui veulent -Tied Foster- merci d'ailleurs pour vos ajouts et nos conversations qui me font rire!)
J'vous embrasse,
Tied.
