Chapitre 5

Blue Christmas - Elvis Presley

- T'es au courant qu'on est mardi ? Et qu'il t'attends pour demain ?

- Je sais Jake mais je... vraiment, je ne peux pas le faire, m'entêté-je.

- Tu peux, et tu...

- Non je... mon rôle était de lui organiser sa soirée de lancement ! Pas d'atterrir chez lui et de décorer toute sa maison pour qu'il puisse fêter Thanksgiving avec sa famille ! Il veut quoi en plus ? Que je prépare la sauce à la canneberge ? Que je lui fourre la dinde ?

Ma dernière phrase fait pouffer mon meilleur ami, ce qui apaise légèrement l'atmosphère de notre bureau. J'ai l'impression d'être ridicule au possible, et bien trop agacée par tout ça.

- Franchement je sais pas ce qui t'empêche de le faire. Il va te payer pour ça, c'est un service comme un autre !

- Ca n'est qu'un client, m'agacé-je en me faisant un autre café -le cinquième depuis ce matin.

- On parle d'Edward Cullen, Bella ! Pas d'un vulgaire…

- Tu veux dire qu'il doit passer avant tout ? Même avant mon amour propre ? me vexé-je en haussant un sourcil en sa direction.

- Non, je dis que tu fais tout un plat d'un truc que tu devrais accepter de faire sans même te poser de question ! s'exaspère Jacob en avançant vers moi.

- Je ne suis pas à son service comme bon lui semble !

- Il est ton patron, me rappelle-t-il vivement. Notre patron...

Je serre les dents, me retenant de dire à Jacob que j'ai du mal à comprendre réellement pourquoi je ne me sens pas capable de réaliser la chose qu'il m'a demandé. Je suis ridicule.

- Je vais lui envoyer un mail et lui dire que je ne peux pas.

- La veille d'aller chez lui ? Très professionnel.

- Il est plus riche que les trois-quarts des mecs bossant à Wall Street, il trouvera un autre prestataire pour décorer sa maison.

Jacob soupire, mais je ne peux pas admettre que j'exagère -légèrement- les choses. Ca n'est pas un drame qu'il m'ait demandé de venir organiser sa soirée de Thanksgiving, non ? Si ? Je suis pourtant trop agacée pour y réfléchir posément. J'aimerais que sa demande n'est jamais eu lieu et que je puisse me concentrer uniquement sur la soirée de lancement.

Seulement, depuis presque une semaine, je ne pense qu'à ça : je vais aller chez lui, 48h, pour faire de cette soirée une réussite. Et je n'en ai pas envie le moins du monde.

J'ai dit oui, et, à la première seconde où je l'ai fait, j'ai regretté d'avoir céder sans même y réfléchir. Pourquoi d'ailleurs ? Qu'est-ce qui a fait que je n'ai pu que dire oui ? Donner mon accord sans même réussir à y penser sérieusement ? Comment est-il possible qu'il brouille mes pensées à ce point ? Qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez moi ?

- Et s'il le prends mal ? Tu y as pensé ? Reprends Jacob après un court silence où je marmonne entre mes dents.

- Il engagera quelqu'un d'autre ! balayé-je.

- Et pour la soirée de lancement ?

- Quoi la soirée de lancement ? répété-je mécaniquement.

Ses yeux me regardent avec dureté. Je sais très bien où il veut en venir. C'est impossible.

- Si à cause de ton refus pour Thanksgiving il annule tout ? insiste Jacob, aussi agacé que moi. Tu y as pensé ?

Je me pince les lèvres pour contenir la vague d'anxiété qui a envie de me submerger et secoue la tête.

- Il ne fera pas ça, grommelé-je.

- Et s'il le fait ?

- Il n'en a pas le droit, me défendis-je en regagnant mon bureau où je m'assoie. Nous sommes tenus par un contrat je te rappelle.

Jacob soupire.

- Parce que tu crois qu'un simple morceau de papier arrête un homme comme lui ?

Je soupire fortement, pour tenter d'évacuer ma colère idiote. Cette conversation ne mène à rien. Je le sais. Jacob le sait : je ne changerai pas de position : je ne peux pas aller chez Cullen et lui organiser cette soirée. C'est d'ailleurs une soirée personnelle ! Pourquoi diable devrais-je obéir ? Je me suis engagée pour la soirée de lancement, pas pour lui organiser Thanksgiving !

- Fais comme tu veux, finit par céder Jake en rendant enfin les armes quand il voit que je ne démord pas. Mais je te préviens que s'il nous plante pour la soirée de lancement, on peut fermer ce bureau dans la semaine qui suit.

J'observe mon meilleur ami s'asseoir derrière son écran d'ordinateur, les dents serrés. Je sais que j'en fais des caisses, mais c'est plus fort que moi. Rejoindre mon client chez lui me mettrais trop en danger. J'en suis consciente. Je sais ce qu'il provoque en moi, et, fatalement, je ne veux pas prendre ce risque. Cela irait à l'encontre de tout ce que j'ai toujours été.

Je reste plusieurs minutes silencieuse, figée devant mes mails. Nos mails.

On a discuté toute la semaine avec mon client, il m'a envoyé ses envies pour Thanksgiving, notre nouveau contrat et j'ai tenté -en vain- de repousser ce que ça me faisait ressentir.

D'une part, ça me rappelle, que, une année encore, je vais être seule malgré mes amis autour de moi. Je n'ai pas de famille et, quand bien même j'irai diner chez Jacob et Sam, je sais que je serais seule en rentrant chez moi. D'autant plus si je dois être chez mon client -à Miami.

D'autre part, je n'en ai pas envie. Je suis… bien trop nerveuse, troublée quand il vient sur mon territoire alors, qu'est-ce que ça sera quand je serais sur le sien ? Chez lui ?

Je ne peux même pas y penser sans que cela fasse monter une bouffée d'inquiétude en moi. Je n'arrive pas à réfléchir quand il est près de moi. Je n'arrive pas à me rappeler avec force qu'il n'est que mon client. Passer du temps avec lui, ici, est une chose. Passez du temps chez lui, sans personne autour pour m'aider à garder pied… non, définitivement, je ne peux pas le faire. Je ne le veux pas. Il me trouble trop pour mon propre bien, il fait naitre en moi un tas de questions et de sentiments que j'ai étouffés depuis trop longtemps.

J'ouvre nos mails, puis inspire profondément.

Je suis rapide, concise, mais polie : je ne peux pas faire ça. Je ne peux pas venir chez lui, organiser cette soirée et faire comme si c'était quelque chose de... bien, pour moi. Je veux que ma concentration ne soit que sur sa soirée de lancement, et rien d'autre. Je ne peux pas, simplement. Je suis certaine qu'il peut comprendre.

J'envoie le mail en m'empêchant littéralement de réfléchir plus.

C'est trop tard, désormais. Je ne peux faire demi-tour, et, si je subis ses foudres, j'assumerais. Je ne veux pas gérer ce projet juste trop... personnel à mes yeux.

- Je vais chercher des sushis, m'annonce Jacob après dix minutes alors que je tente, sans y arriver, de me concentrer sur les plans de tables pour la soirée de lancement.

Je jette un coup d'œil à l'heure et m'aperçois qu'il est déjà 20h passé. Pourquoi le temps file-t-il aussi vite ?

- Tu en veux ? ajoute-t-il dans un léger sourire, les yeux braqués sur moi.

Je me mords la joue pour contenir le sourire qui étire ma bouche, sans même relever les yeux vers lui. Je sais que c'est le signe pour faire la paix, et pour passer à autre chose. Les sushis sont notre armistice.

- Comme d'habitude ? demandé-je en lui jetant un coup d'œil.

Il hoche la tête, puis un sourire énorme s'étend sur sa bouche, au même moment que le mien.

- Comme d'habitude, approuve-t-il en enfilant son manteau.

Je le regarde quitter le bureau par la porte en bois puis me replonge dans mes plans de table en essayant d'ignorer ce que je ressens depuis que j'ai envoyé ce foutu mail... Et si Jake avait raison ?

Quand dix minutes plus tard, mon téléphone sonne, un sourire s'étire sur ma bouche sans même que je n'ai besoin de regarder l'appel entrant. Jacob à encore oublier si je préférai le soja salé, ou sucré ! 20 ans qu'on est amis, 20 ans qu'il me le demande quasiment tous les mois ! Ce type est incroyable.

- Ne me dis pas que tu as encore des doutes pour la sauce soja Jake ! m'amusé-je en décrochant mon téléphone, les yeux rivés sur la liste des invités.

- Oh… et bien, je serais ravi de savoir ce que vous préférez !

- Monsieur Cullen ? m'horrifié-je en me reculant brutalement le visage de mon écran d'ordinateur. Je... pardon je...

- Isabella, respirez, s'amuse-t-il d'une voix laissant paraitre un sourire à travers le téléphone.

Je ferme les yeux, tapant mon poing contre mon front en m'insultant mentalement. Bordel !

- Je pensais que c'était Monsieur Black, m'excusé-je en me sentant rougir.

- J'ai bien compris, s'amuse-t-il.

J'ai la sensation que sa voix est d'autant plus rauque au téléphone qu'en vrai. Je tente de me reprendre, le souffle court.

- Pardon, répété-je idiotement.

- Pardonnée ! s'exclame-t-il joyeusement. Maintenant, vous voulez bien me dire avec quelle sauce vous préférez vos sushis ?

Je me mord la lèvre en manquant de me taper à nouveau le front tant je me sens idiote.

- Je… hum, sucré, marmotté-je, redoublant de gêne.

Je suis largement heureuse qu'il ne puisse pas voir à quel point mon visage me donne l'impression qu'il va prendre feu. S'il avait été en face de moi, je n'aurai certainement plus su où me mettre !

- Vous m'auriez dit salé je vous aurai viré sur le champs, raille-t-il dans un rire.

Je reste silencieuse quelques secondes alors que le silence se fait au bout de la ligne quand il retrouve son sérieux. Je suis mortifiée, mais pas seulement pour cette histoire de sushis... pourquoi appelle-t-il donc a cette heure-ci ? Est-ce à cause de ma décision ?

- Je viens d'avoir votre mail, reprend-t-il d'une voix calme, comme s'il lisait dans mes pensées.

Je pince mes lèvres en elles brutalement pour contenir mes excuses une nouvelle fois. Il faut vraiment que j'arrête d'être aussi ridicule face à lui !

- Je n'ai pas bien compris pourquoi vous voulez tout à coup refuser, lâche-t-il avec un sérieux désarmant.

- Monsieur je...

- Je refuse que vous fassiez demi-tour, me coupe-t-il sans ménagement.

Je me sens rougir à nouveau. Je ne peux pas me permettre de le renvoyer sur les roses -cela causerait du tord à Jacob et c'est bien là la dernière chose que je veux. J'avoue ne pas en avoir non plus envie. Mais cette soirée, chez lui...

- Ecoutez je... j'ai besoin de vous sur ce coup là Isabella, plaide-t-il après un silence où mon cerveau me torture. Je... je n'ai que vous, ajoute-t-il d'une voix lourde et sérieuse.

La culpabilité m'empêche de totalement rester de marbre. Pourquoi me dit-il ça ? Dois-je le prendre au pied de la lettre ? Ou est-ce juste une façon de parler ? Je soupire discrètement, tentant de ralentir mon rythme cardiaque et les questions qui me secouent. Moi qui avait une tonne d'arguments à présenter à Jacob tout à l'heure, je n'ai soudain plus rien qui me vient en tête. Quelle sorte de pouvoir a donc cet homme pour faire s'arrêter mon cerveau de la sorte ?

- Vous êtes toujours là ? Finit-il par demander après un silence.

- Oui je... oui, dis-je dans un murmure, incapable de me raisonner.

- Vous viendrez, alors ? s'inquiète-t-il.

- Je...

- Vais-je devoir vous supplier ?

Un soupire passe mes lèvres le moins discrètement du monde alors que mes défenses tombent brusquement, me laissant sans aucune protection. Je ne veux pas lui dire non.

- Non, murmuré-je, lassée de me battre contre lui.

Je suis presque sûre de l'entendre soupirer à son tour. Est-il soulagé à ce point ?

- Je vous ai réservé une suite au Four Seasons, m'informe-t-il, un sourire dans la voix. Mon chauffeur vous récupèrera à votre arrivée à l'aéroport. Votre billet d'avion devrait arriver dans votre boite mail d'ici quelques minutes.

- Monsieur je... j'aurai pu m'occuper de tout ça, intervins-je, mal à l'aise de toutes les dispositions qu'il prend pour moi.

- Vous ne seriez pas venue si je vous avais laissé faire, s'amuse-t-il, plus détendu.

Je le sens sourire, pourtant, je sens aussi qu'il est sérieux.

- C'est sûrement vrai, admis-je en fermant les yeux pour tenter de retrouver un minimum d'intégrité.

- Bien. Vous avez votre billet retour pour le midi de Thanksgiving, j'espère que ça ira pour pouvoir le fêter en famille de votre coté.

Sa remarque me fait rouvrir les yeux. Mon cœur se fait brutalement plus lourd. S'il savait...

- Oh je... parfait, murmuré-je en repoussant l'effet que ses mots me font.

Je passe volontairement sous silence le fait que, probablement, je ne fêterai pas Thanksgiving cette année non plus.

- Bien, souffle-t-il, visiblement soulagé. Je ne vous aurai pas fait louper ça, ajoute-t-il d'une voix plus douce.

Son attention me touche plus que je ne saurais le dire.

- Merci, dis-je doucement.

Je devine son sourire, à l'autre bout du fil. Mon cœur s'accélère sans que je n'arrive à bien comprendre pourquoi.

- Bonne soirée Isabella, finit-il par dire après un léger silence où j'écoute sa respiration calme. On se voit demain.

- Bonsoir Monsieur Cullen, répondis-je dans un souffle.

A nouveau, je le sens sourire, puis il raccroche dans un cliquetis.

Je reste plusieurs longues secondes figée, interdite par cette conversation des plus perturbantes avant de réaliser brutalement que tout ce que j'avais dressé contre lui -contre la préparation de sa soirée- est tombé aux oubliettes à la seconde où j'ai entendu sa voix. Je soupire, puis fini par serrer les dents, agacée de me retrouver incapable d'avoir un fonctionnement normal face à cet homme -et même au téléphone ! Quel est mon problème, franchement ? Ne suis-je qu'une incapable ?

Je passe le reste de la soirée dans le brouillard. Mon billet d'avion est bien arrivé par mail aussi rapidement qu'il l'a dit. Et le décollage est à onze heures le lendemain matin.

Je sais d'avance que ma nuit va être bien trop courte.

On arrivant chez moi, toujours remuée par ma conversation avec lui et le fait qu'il ait réussit à me faire changer d'avis en quelques mots seulement, je prépare un petit sac de voyage en emportant seulement le nécessaire.

Pendant plusieurs heures, n'arrivant pas à m'endormir malgré une douche chaude pour tenter de me détendre, je m'imagine un million de scénario de nos retrouvailles. Dans tous les cas, je finis toujours troublée et perdue, terrifiée par les réactions disproportionnées de mon corps au contact du sien.


Le lendemain, Jacob m'emmène à l'aéroport.

Je suis nerveuse, mais c'est même plus que ça. Je tente de ne rien laisser paraitre mais mon meilleur ami me jette des coups d'œil sans cesse le temps du trajet de mon appartement à JFK, et j'ai l'impression que, plus les minutes passent, et plus la boule d'angoisse dans mon ventre grossit.

C'est encore pire quand il m'embrasse avant de me pousser littéralement à monter dans ce fichu avion. J'ai presque envie d'appeler Cullen et de lui dire que je suis malade, ou que j'ai une urgence familiale pour ne pas le rejoindre. J'ai sérieusement l'air d'avoir 14 ans.

Je soupire en prenant place dans l'avion, derrière le hublot.

Le vol de presque 6h me parait interminable. Et, quand, enfin, l'avion se pose sur le tarmac de l'aéroport, je tente de me raisonner. Cullen n'est qu'un client. Un client richissime, et très séduisant, certes, mais il est notre client. Je suis capable de gérer ça. Largement capable. J'ai eu affaire à des clients bien plus péteux que ça (et qui pourtant n'avaient pas du tout la même classe sociale que lui) et j'ai parfaitement su composer avec leurs exigences. Il n'y a aucune raison pour que, cette fois, cela soit différent.

Je n'ai pas besoin de lire mon nom sur le petit panneau que son chauffeur tiens pour savoir que c'est lui. Bien que je ne l'ai jamais vu -ayant seulement aperçu un des chauffeurs de l'hôtel de New York- et sans savoir réellement pourquoi, je sais immédiatement que cet homme travail pour mon patron.

Il me salut le plus poliment du monde avant d'attraper mon sac et de me demander de le suivre. On sort de l'aéroport en quelques minutes, slalomant difficilement entre le nombre important de personnes rendant le bâtiment bruyant à souhait.

Plusieurs taxi attendent devant l'aéroport. Nous longeons le large trottoir, slalomant entre les valises et les voyageurs avant d'apercevoir plusieurs berlines sombres. Les riches. Un sourire presque ironique étire ma bouche en réalisant que je vais monter dans l'une d'elles avant de sentir mon cœur s'arrêter violement à la vue d'Edward Cullen appuyé contre l'une dans elle.

Lunettes de soleil sur les yeux, un costard noir et une chemise blanche immaculée et parfaitement cintrée, j'ai la sensation qu'il est encore plus beau que la dernière fois que je l'ai vu. La cravate qu'il porte me fait déglutir nerveusement. Qui est aussi classe ? Qui ?!

Ici, les températures sont beaucoup plus douces qu'à NY, ce qui me laisse l'occasion de pouvoir profiter de la vision de sa personne, inondée par la lumière du soleil.

J'ai du mal à continuer de marcher alors qu'il suit chacun de mes faits et gestes des yeux. Quelques secondes, je prie pour ne pas me mêler les pieds, et trébucher le plus ridiculement du monde.

Quand on a moins de deux mètres de lui, il ôte ses lunettes de soleil en se redressant pour venir à ma rencontre.

J'ai presque l'impression qu'il marche au ralenti et mon cerveau me fredonne le début de You can leave your hat on résonne dans mon cerveau détraqué, accélérant mon cœur. Me voilà embarquée dans un téléfilme miteux où le protagoniste veut sauver une demoiselle en détresse.

Il faut vraiment que je pense à me soigner.

La perfection n'est même pas ce qui pourrait le décrire le mieux.

Pendant plusieurs secondes, alors que nous marchons l'un vers l'autre, je reste subjuguée par lui, incapable de détacher mes yeux de sa personne et de ne pas me rendre compte à quel point mon cœur bat vite dans ma poitrine. Pourtant, au milieu du bruit infernal que fait ce dernier, et du brouhaha autour de moi, l'apaisement s'empare de chacune de mes cellules, si bien que mes jambes tremblent. C'est surréaliste. Joe Cocker n'a qu'à bien se tenir. J'ai la sensation d'être dans du coton.

- Madame Swan, souffle-t-il dans un demi sourire quand je l'atteins enfin.

J'ai du mal à ne pas rougir alors que je me perds dans l'éclat de ses yeux clair. Comment avais-je pu oublier à quel point ses yeux étaient déroutants ?

- Monsieur Cullen, réussi-je à dire après quelques secondes.

- Le vol n'a pas été trop long ? s'intéresse-t-il, prévenant.

- Je... c'était parfait.

Un sourire satisfait s'empare de ses traits. La brume cotonneuse s'intensifie, faisant trembler mes mains que je serre autour l'anse de mon sac à main. Quelques secondes, son regard vogue sur mon visage, atténuant le bourdonnement des bruits autour de nous. Je ne vois plus que lui. Est-ce réel ?

- Allons-y, finit-il par dire, passant une main dans mon dos pour me ramener vers la voiture où le chauffeur nous attends, portière ouverte.

Je le suis dans un état second, tentant de me raisonner... je suis tout de même capable de me retrouver face à lui sans perdre tout mes moyens à chaque fois... non ?

On prends place sur la banquette arrière en silence, mon client me laissant passer devant lui pour que je m'assoie de l'autre coté de la berline certainement neuve. Il remercie son chauffeur dans un sourire, avant que celui-ci ne ferme la portière et fasse le tour pour monter à derrière le volant.

Pendant plusieurs minutes, nous éloignant lentement de l'aéroport, je tente de retrouver mes esprits et de reprendre mon souffle. Mon client est silencieux, observant par la fenêtre la ville qui apparait lentement sous nos yeux.

- C'est la première fois que vous venez à Miami ? demande-t-il d'une voix calme en reportant son regard sur moi après un moment.

Je noue mes mains sur mes cuisses pour contenir mes tremblements idiots et inspire profondément avant d'ouvrir la bouche. Tu peux le faire Swan.

- Oui.

Incroyable comme réponse !

- On va passer à mon appartement, dans un premier temps, souffle-t-il en jetant un coup d'œil à la route avant de revenir à mon visage. Ensuite, vous pourrez rejoindre votre hôtel si vous désirez vous reposer.

- Je... ça ira, merci.

Je regrette immédiatement mes paroles alors qu'un sourire étire lentement sa bouche. Je devrais aller me réfugier dans la suite qu'il m'a réserver plutôt que de devoir aller visiter son appartement et y rester ! Seule avec lui qui plus est !

- Je ne suis pas fatiguée, me sentis-je obligée d'ajouter.

Son regard ne lâche pas le mien, comprimant mon cœur douloureusement.

- Comme vous voulez.

J'ai la sensation d'être au bord de l'implosion. Ses yeux clairs, d'un vert étincelant, continuent de me scruter attentivement de longues secondes, me perturbant plus qu'il ne devrait. Mon cœur veut à nouveau aller courir un marathon. Il faut que je trouve une conversation moins gênante pour réussir à me détendre.

- Avez-vous déjà réfléchi à ce que vous avez envie ? demandé-je après un nouveau silence succint.

Pourquoi me regarde-t-il comme ça ?

- Pour Thanksgiving, complété-je.

Le doute traverse ses traits un instant.

- Je... j'en sais rien, avoue-t-il, presque honteux.

Pour la première fois depuis notre rencontre, j'ai la sensation que cet homme est capable de douter de lui. Ce sentiment me souffle un peu d'assurance. Finalement, il est... comme nous, le commun des mortels ?

- Mais je compte sur vous pour que vous fassiez à nouveau quelque chose d'incroyable, s'amuse-t-il dans un sourire irrésistible qui fait sursauter mon ventre.

- La soirée de lancement n'a pas encore eu lieu, grincé-je en me sentant rougir.

- Je suis certain que vous êtes pleine de surprise Isabella, ne doutez pas de vous.

Touchée, et largement perturbée par la confiance qu'il semble avoir en moi, je baisse les yeux sur mes doigts noués contre mes cuisses. Je me sermonne presque d'avoir enfilé ce jean et ce pull léger. Cullen est tellement chic à coté de moi, dans son costume sur-mesure que je me sens tout à coup ridicule. Je dois vraiment faire tache à coté d'une beauté pareille !

- Vous devriez cesser d'avoir si peu confiance en vous, murmure-t-il après une seconde de silence. Tout ce que vous m'avez montré jusqu'à présent est une réussite.

Je retrouve son visage et je suis de nouveau happé par son regard doux et confiant. A-t-il conscience d'être absolument... incroyable ?

- Je... merci, Monsieur, soufflé-je avec une émotion certaine.

Son demi sourire s'agrandit, dévoilant ses dents blanches avant que son téléphone ne vibre dans sa poche, stoppant immédiatement la lancinante brulure de son regard sur moi.

- Excusez-moi, murmure-t-il avant de décrocher. Bonjour maman ! Non... non, non je... oui, t'inquiètes pas, tout sera parfait comme toujours.

Il se tait un instant, écoutant son interlocuteur -sa mère- parler. A plusieurs reprises, il sourit avec une tendresse évidente. J'aimerais être capable de ne pas le regarder, mais c'est impossible. Tout semble m'attirer inexorablement vers lui.

- Non, ça ira. Oui j'en suis sûr !

Il lève les yeux au ciel, me faisant sourire.

- Tom te récupérera à l'aéroport demain matin dans ce cas...

Nouveau silence de sa part. Je me sermonne en silence, détournant les yeux de son visage parfait légèrement penché sur le coté qui écoute avec attention.

- Parfait, souffle-t-il dans un sourire. Je vais devoir te laisser maman, une... une urgence professionnelle, s'amuse-t-il en me lançant un regard.

Je me sens rougir quand je me rends compte que je le dévisage à nouveau, et le moins discrètement du monde.

- Je t'embrasse aussi. A demain, murmure-t-il avant de raccrocher.

Je me mords la langue nerveusement quand il s'excuse à nouveau de cette irruption entre nous.

- Ma mère, explique-t-il dans un rire qui me fait sourire malgré moi. Elle est toujours incroyablement nerveuse avant un voyage en avion.

- Oh... elle n'aime pas ça ?

- Ca l'angoisse beaucoup. Et elle lit des tonnes d'articles sur les accidents d'avion avant chaque voyage, je ne sais pas pourquoi elle s'inflige ça.

Je repousse un rire, sentant mon corps se détendre doucement.

- J'ai beau lui dire qu'il ne faut jamais lire ça… elle le fait quand-même !

- Drôle de préparation à un voyage, souris-je en secouant la tête. Elle habite loin ?

- San Francisco.

- Ca lui fait un sacré voyage.

Il hoche la tête, passe un doigt entre la peau de son cou et le nœud de sa cravate pour le desserrer un peu avant de parler à nouveau.

- Elle vient toujours pour une dizaine de jours. Ca évite qu'elle nous fasse deux crises d'angoisses en un week-end.

- Elle voyage seule ? demandé-je doucement.

Ses yeux sont rieurs, mais un éclat de tristesse orne ses pupilles brillantes à ma question. Son sourire s'affaisse légèrement, bien que l'ensemble de son visage soit relativement serein.

- Oui. Mon père est décédé il y a quelques années.

- Pardon je... je ne voulais pas...

- Isabella, murmure-t-il en posant sa main sur les miennes, toujours nouées sur mes cuisses. Ca n'est rien, cessez de vous excuser sans arrêt.

- Désolée, bégayé-je, pétrifiée par son geste.

J'ai la sensation que mon sang bat une mesure frénétique contre mes tempes, m'empêchant de penser intelligemment. Son pouce glisse le dessus de ma main dans une lente caresse qui fait s'accélérer mon cœur d'autant plus.

- Tout est ok, sourit-il doucement.

Je ne peux pas lui répondre, perdue dans la sensation de sa peau chaude contre la mienne. Ca n'est rien, mais j'ai l'impression que tout mon corps est au bout de la rupture. Il finit par baisser les yeux sur nos mains avant de retirer ses doigts des miens.

Immobile, incapable de penser calmement et de manière adulte, je ne dis plus rien du reste du trajet. Je suis trop perturbée par les réactions disproportionnées de mon corps pour réussir à me sortir de la brume cotonneuse qui m'a entourée dès qu'il m'a touchée.

Quand on se gare devant un immeuble incroyablement haut, au bord de la baie de Miami, je comprends que le cauchemar ne fait que commencer. Je n'ose même pas regarder la hauteur de ce dernier quand on sort de la voiture. Je me refuse même à y penser.

Je laisse mon sac de voyage dans la voiture lorsqu'on la quitte : ce même véhicule me ramènera à mon hôtel dès que je le voudrais. En pénétrant dans l'ascenseur, je tente de ne rien laisser paraitre quand mon client appui sur le bouton nous menant au 25ème étage, pourtant, je me sens pâlir. J'ai même presque envie de vomir.

- C'est vrai, le vertige, se souvint-il en me jetant un coup d'œil.

- Je m'adapterai, réussi-je à dire en dépit de ma nervosité qui remonte façon grand 8.

Je ne sais pas vraiment ce qui est le pire : le fait que je vais me retrouver à un des étages les plus hauts de ma vie, ou le fait de me retrouver à nouveau seule dans un ascenseur avec lui quand les portes de la cabine se ferment sans bruit.

- Je pourrais tirer les rideaux, si ça peut vous aider, propose-t-il après un silence où j'essaye de respirer calmement.

Un rire nerveux me secoue, mais je secoue la tête.

- Je resterai juste loin des fenêtres.

Un sourire presque moqueur étire ses lèvres, comme si ma réflexion était insensée. L'est-elle ?

Quand on arrive -enfin- à son étage, et que les portes de l'ascenseur s'ouvrent directement sur une immense pièce de vie baignée de lumière, je me rends brutalement compte, le cœur battant, que ce séjour s'annonce bien plus compliqué que tout ce que j'avais imaginé jusqu'ici.


Coucou mes petites cuillères ! Comment vous allez ? On est vendrediiii !

Je suis dans une forme olympique sans savoir vraiment pourquoi ! (ce chapitre, peut-être? Edward, peut-être ? Sûrement!)

J'espère que tout ça va vous plaire autant que les premiers chapitres ! Je ne sais pas encore combien de chapitres cette histoire va contenir... peut-être une vingtaine ?

Dites moi ce que vous ressentez, et comment vous allez.

On se retrouve ici, ou ailleurs. Merci pour vos nombreux retours à chaque publication, et pour tout vos abonnements et échanges sur Instagram (Tied Foster) J'aime profondément papoter avec vous (et rigoler, surtout)

Prenez soin de vous. J'vous embrasse très fort,

Tied.