Chapitre 6

Santa Tell Me - Ariana Grande

- Vous n'allez quand même pas rester dans l'ascenseur ? se moque mon client après une longue minute où je suis incapable de bouger.

L'appartement est littéralement entièrement vitré. C'est une putain de verrière !

La vue sur la ville est supposément spectaculaire, faisait un tour à pratiquement 180 degrés. Ça doit être sublime, certainement… Mais j'ai du mal à me résonner.

Je n'ai qu'une envie : que les portes de l'ascenseur se referment et que je puisse revenir sur la terre ferme. Mon corps est totalement figé, et ma respiration courte trahit mon angoisse montante.

Je baisse les yeux sur le marbre du sol qui semble recouvrir tout le sol de l'appartement avant de sursauter quand le bras d'Edward Cullen retient les portes de l'ascenseur qui veulent se refermer -et faire cesser mon enfer.

- Venez, souffle-t-il calmement en tendant sa main vers moi.

Je l'observe une seconde, appréciant plus que de raison le sursaut de mon ventre à la vision de ses doigts longs et fins tendus vers moi. Sans que je n'arrive à y penser vraiment, ma main tremblante se pose dans la sienne, faisait s'arrêter à nouveau mon cœur à son contact.

Ça ne se calmera donc jamais ?

Son regard confiant verrouille le mien alors que ses doigts s'accrochent aux miens dans une caresse qui me fait trembler tout entière.

J'ai du mal à respirer.

Je sais que ça n'est plus seulement la hauteur… c'est lui.

- Bien, dit-il dans un murmure à peine audible en nous faisant lentement avancer au milieu du salon. Vous voilà entrée.

Sa voix est voilée d'un sourire, mais son regard est sérieux, presque inquiet. J'inspire lentement, repoussant les frissons qui picotent mon corps sans arrêt depuis qu'il me touche. La brume cotonneuse de l'aéroport semble être démultipliée ici, et maintenant. Me drogue-t-il à mon insu ?

- Ça va ? demande-t-il en se baissant légèrement pour mettre son visage à hauteur du mien, comme pour vérifier que je tiens le choc.

Pour être totalement transparente, j'n'ai presque plus l'impression d'être dérangée par la hauteur de son appartement. Sa peau contre la mienne m'apaise et me perturbe à la fois, comme rien au monde ne l'a jamais fait. C'est indescriptible, effrayant et vraiment troublant.

- Je... je crois, marmotté-je, incapable de le lâcher des yeux.

- Je vais tirer un peu les rideaux, décide-t-il soudain en reculant pour exécuter ses paroles.

Je pince les lèvres nerveusement pour m'empêcher de lui demander de rester contre moi, plutôt.

Je l'observe tirer sur les grands rideaux beiges des baies.

Quand ils sont fermés, la lumière n'est pas totalement occultée, mais la ville tout autour de nous est troublée, ce qui donne une sensation d'apaisement incomparable à mon cerveau perturbé. J'inspire lentement en le regardant faire avec habilité, me sentant brutalement gênée par mes réactions disproportionnées alors qu'il part sur ma droite pour fermer d'autres rideaux.

L'appartement est clair, et lumineux. Du sol en marbre noir et gris aux murs blanc cassé, la salle de séjour dans laquelle nous sommes est superbe, et d'une classe surprenante.

Sur ma gauche, un énorme canapé blanc trône, recouvert de plusieurs plaids et coussins, dans des nuances de gris.

Une cheminée d'au moins deux mètres rempli le bas du mur face à ce monstre, surmonté de plusieurs cadres où des photos en noirs et blancs ajoutent du charme à la pièce.

Mal à l'aise, je ne m'attarde pas dessus quand je me rends compte qu'elles sont personnelles.

Mes yeux retrouvent le corps d'Edward Cullen, occupé à fermer les derniers rideaux de la pièce un peu plus loin, à ma droite : la cuisine.

Blanche et chaîne brute, un ilot se dresse fièrement en son milieu, accentuant la sensation que la pièce est immense. Je m'avance prudemment, découvrant avec curiosité la beauté des lieux.

C'est superbe. C'est... c'est presque à l'image du sourire que mon client m'adresse en revenant vers moi.

- Vous vous sentez mieux ?

Sa voix est chaude. Ses yeux sont d'une profondeur et d'une clarté époustouflante.

- Oui je... désolée pour...

- Je pensais vous avoir dit de cesser de vous excuser sans cesse, me sermonne-t-il dans un sourire.

Je me sens rougir, presque incapable de ne pas réagir face à tout ce qu'il provoque en moi.

- Voulez-vous boire quelque chose ? m'interroge-t-il après une seconde où je n'arrive plus à détacher mes yeux des siens.

- Je...

- Voyons voir, poursuit-il en ignorant mon hésitation tout en se dirigeant vers le frigo américain de sa cuisine. Je peux vous proposer, du café, du thé, du jus de fruits, du... champagne ? s'étonne-t-il, se demandant visiblement ce que cette bouteille fait ici.

Je repousse un rire nerveux quand il me jette un regard.

- Rien, merci Monsieur Cullen.

- Vous êtes sûre ? Un peu de sucre vous redonnerait des couleurs.

Je me pince les lèvres, sentant mon visage s'enflammer malgré toute ma volonté à ce que ça n'arrive pas. Bordel.

- Ou pas, s'amuse mon client, visiblement ravi de l'effet qu'il a sur moi.

Son sourire est totalement irrésistible, et moi j'ai juste envie d'être aspirée par le sol.

- Ça ira, réussi-je à dire après plusieurs secondes où son regard brûle chaque centimètre de mon visage. Merci.

- Bien, annonce-t-il en refermant son réfrigérateur. Allons dans la salle à manger. J'imagine que vous avez besoin de voir l'espace où vous allez devoir implanter votre travail ?

J'acquiesce, ravie de pouvoir retrouver un terrain sur lequel je suis plus à l'aise.

D'un mouvement de tête, il m'invite à me suivre dans une pièce, derrière la cuisine, que je n'ai même pas vue. La salle à manger. Une table immense en bois brute trône au milieu de la pièce d'une belle taille, entourée de 8 chaises en cuir foncé.

Un buffet de la même collection que la table longe le mur de droite, et plusieurs plantes sont posées ici et là.

- Votre appartement est superbe, osé-je après une seconde à observer la pièce.

- Je n'ai aucun mérite, avoue-t-il en s'appuyant contre le mur d'une épaule. Alice s'est occupée de tout.

Une bouffée d'incertitude me foudroie soudain. Alice ?

- Alice ? répété-je, perdue, faisant écho à mes pensées.

- Mon assistante, explique-t-il dans un sourire, me rappelant que je suis au courant.

Je hoche la tête, un peu perdue. Est-elle... seulement son assistante ?

- Oh je... oui, je me souviens de votre assistante, murmuré-je ne me sentant de plus en plus mal à l'aise. Désolée je... je ne pensais pas que vous...

Je n'ai pas fini ma phrase alors qu'il hausse un sourcil, me contemplant comme si j'avais un troisième œil qui me poussait au milieu du front.

- Que nous ?

Je me pince les lèvres, incapable d'achever ma pensée.

- Oh ! comprend-t-il avant d'éclater de rire.

Je me sens rougir furieusement en me rendant compte qu'il a parfaitement compris où je voulais en venir.

Cette femme est donc... la sienne ? Mon dieu, il aurait été tellement étrange qu'il soit... seul.

Son rire clair et naturel résonne dans tout l'appartement et noue mon ventre avec une violence inédite.

- Alice n'est pas ma... ma femme, articule-t-il dans un rire qui se tord en grimace. C'est ma plus proche collaboratrice mais elle est surtout ma sœur !

À nouveau un rire le traverse alors qu'il secoue la tête. Bien, je veux maintenant disparaitre. Ai-je été déjà plus mal à l'aise ?

- Oh... pardon je... je pensais...

- C'n'est rien, balaye-t-il en se décollant du mur pour m'approcher alors que j'ai envie de me cacher dans un trou de souris.

- Je... je suis désolée, bégayé-je en secouant la tête, mortifiée.

- Isabella, tout va bien.

Sa voix à l'allure d'une caresse. Je me mords la lèvre quand sa proximité est telle que mon cœur résonne dans mes tempes. J'ai du mal à soutenir son regard, soudain.

Pourquoi me regarde-t-il de la sorte ? À quoi pense-t-il ? Voit-il à quel point j'ai envie de m'enfuir ?

- J'espère que votre séjour ici n'est pas un problème, d'ailleurs, murmure-t-il après un instant à fouiller mon regard de la manière la plus déroutante du monde.

Je dois prendre quelques secondes pour comprendre ce qu'il dit. Mon alliance et mon cœur me brule violemment d'un même ensemble, me faisant me rendre compte que je n'ai pas pensé à Riley depuis que j'ai quitté NY.

Depuis combien de temps, combien d'année, cela n'est-il pas arrivé ?

- Non je... non, aucun problème, arrivé-je à articuler après une minute à respirer le plus calmement possible malgré son parfum m'entourant.

Ma réaction semble le troubler alors que ses sourcils se froncent légèrement.

Je me recule d'un pas quand je me rends compte que nous nous sommes rapprochés une nouvelle fois, comme si nos corps étaient aimantés l'un par l'autre. J'inspire profondément, tentant d'ignorer la douleur accablante dans mon ventre et mon cœur trop lourd, puis décide de reprendre le contrôle de cette situation totalement déroutante.

- Vous voulez mener votre réception ici, alors ? repris-je pour changer de sujet rapidement.

Ma question semble le ramener sur Terre alors qu'il quitte mon visage pour poser ses yeux sur la table devant nous.

- Oui, nous serons probablement 7 personnes, dont une enfant.

Je hoche la tête, notant cette information dans un coin de mon cerveau malmené.

- Quelle âge a-t-elle ? demandé-je en gardant les yeux rivés sur la pièce.

- 5 ans.

- D'accord. J'imagine qu'elle ne va pas rester en place toute la soirée.

Un sourire affectueux le traverse. Je ne sais qui est cette enfant, mais, visiblement, elle allume chez lui une tendresse bouleversante.

- Ma nièce est... à l'image d'Alice. Une tornade ravageant tout sur son passage mais attachante.

Je me surprends à lui sourire, presque soulagée que ça ne soit pas sa fille. Je me fige à cette pensée, un peu perturbée par ma propre réflexion. Si ça avait été le cas, ça ne m'aurait regardé en rien !

- D'accord. Je vais tenter de trouver de quoi l'occuper, conclus-je en quittant le visage de mon client des yeux quand son regard croise le mien.

- Ne vous inquiéter pas pour ça, Chloé sait parfaitement où trouver de l'occupation chez moi... il suffit qu'elle trouve le piano et on l'a perdue pour la soirée.

Il a un piano. Il a un piano ?

- Vous avez un piano ? soufflé-je, soudain émerveillée.

Je n'ai en aucun cas vu de piano à mon entrée ici ! Un sourire immense se dessine sur ses lèvres.

- Dans la pièce, juste ici, m'indique-t-il en repoussant une large porte à galandage de l'autre côté de la pièce où nous nous trouvons.

Je m'avance prudemment, me réprimandant pour mon indiscrétion. Cependant, quand mes yeux se posent sur le piano à queue qui occupe la moitié de la pièce, je reste ébahie devant tant de beauté.

- Il... il est...

- Vous jouez ? demande-t-il en braquant son regard profond sur mon visage alors que je reste figée à l'entrée de la pièce.

Ses longs doigts se posent sur l'instrument une seconde avant qu'il ne s'appuie contre pour me faire face.

- Oh je... non, enfin, j'ai pris quelques cours, plus jeune mais je... je suis nulle.

Un sourire ravi étire ses lèvres alors que je refoule mes cours de piano catastrophiques.

- Et vous ? demandé-je, rongée par la curiosité, à nouveau.

- Je me débrouille, admet-il dans un sourire en coin qui fait sursauter mon cœur.

Sans savoir pourquoi, je suis certaine qu'il est bien plus doué qu'il ne le prétend.

Mon regard tombe sur ses doigts, remarquant à nouvelle fois à quel point ils sont fins et longs. Des doigts de musicien. Un pianiste. J'aurai dû m'en douter.

- Bien. Avez-vous une idée de ce dont vous avez envie, pour la décoration ? demandé-je après un instant où je n'arrive pas à faire cesser l'image de lui assis derrière se piano.

Cela suffit à faire s'accélérer mon cœur, encore une fois. Il se redresse, puis regagne la salle à manger, me forçant à sortir de la pièce.

- Je... je n'en sais trop rien. Ma famille aime faire dans le traditionnel.

Je hoche la tête, puis repart dans le salon chercher mon bloc-notes que j'ai laissé dans mon sac à l'entrée. Je note ce qu'il me dit, puis attrape mon téléphone pour recherche sur Google ce que je peux trouver, afin de l'aider à m'éclairer sur ce qu'il veut réellement.

En déverrouillant mon cellulaire, le sourire de Riley noue brutalement mon estomac.

Je repousse ce que ça me fait ressentir, d'autant plus quand mon client est juste derrière moi, regardant mon écran par-dessus mon épaule. La vision de mon mari n'a pourtant l'air de produire en lui aucune réaction, preuve, si j'en ai besoin, que je suis bien la seule perturbée (et bien trop) par sa proximité.

Après un quart d'heure de recherche avec lui, nous avons défini ce dont il a envie dans les grandes lignes. À moi de m'organiser pour que mes créations soient aussi belles que tout ce que nous avons trouvés. J'ai du boulot, mais j'ai déjà hâte de m'y mettre.

Je regagne l'entrée, mon client sur les talons.

Me retrouver seule, ici, avec lui, est vraiment trop perturbant pour mon propre bien. Il faut que je sorte d'ici.

- Je vais aller faire quelques boutiques, soufflé-je en balançant mon bloc-notes et mon téléphone dans mon sac. Pour tout préparer.

- Je vous accompagne, dit-il en attrapant son téléphone sur le meuble de l'entrée.

- Je peux trouver toute seule Monsieur Cullen je...

- N'y comptez pas trop Isabella. Je viens avec vous.

Je me pince les lèvres, tremblante alors que je l'observe en étant dans l'incapacité totale de lui tenir tête. Pour dire vrai, le fait qu'il ait envie de m'accompagner me fait plaisir. Et, sans être capable de me l'avouer pleinement, j'apprécie sa compagnie, et j'ai envie de passer plus de temps avec lui.

Le cœur battant, on regagne l'ascenseur et descendons lentement vers le sous-sol où sa voiture et son chauffeur nous attendent. Le trajet jusqu'au centre commercial est silencieux.

Pour la première fois depuis notre rencontre, je me détends un peu.

J'observe la ville qui défile sous nos yeux. Miami est une jolie ville. Vivante, active, colorée. Elle a l'air débordante de vie et de gaieté. Malgré tout -le fait que je sois là pour le travail et avec Edward Cullen- je suis contente d'avoir le droit de m'échapper un peu de New York. Ça me fait du bien de quitter ce quotidien parfois trop lourd.

Comme si nos pensées étaient connectées, mon téléphone vibre dans ma poche. Jacob.

Bien arrivée Beauté ? Tu ne m'as rien dit ! Pas de bêtises avec M.C.

Je refoule un sourire, levant les yeux au ciel avant de répondre brièvement.

Tout va bien. On se marie demain.

Je range mon téléphone en souriant toujours.

- Une bonne nouvelle ? interroge mon client en se tournant légèrement vers moi pour m'observer.

Je repousse le rougissement qui veut inonder mes joues et ravale mon sourire.

- Jacob s'inquiète de mon arrivée ici.

- Oh, eh bien… rassurez le. Vous êtes plus en sécurité que vous ne l'avez surement jamais été, s'amuse-t-il.

- C'est fait, dis-je en ignorant sa dernière phrase. Il est... bien trop mère-poule !

Un sourire étire ses lèvres. Mon cœur s'accélère mais je l'ignore, me contentant de soutenir son regard autant que je le peux.

- Vous êtes amis depuis longtemps ? s'intéresse-t-il.

- Le lycée. On s'est construit ensemble.

- Les plus belles relations, admet-il sérieusement.

- C'est vrai. On n'avait pas de frères et sœurs alors on… on s'est choisi, soufflé-je avec nostalgie. On n'a souvent pas besoin de parler pour se comprendre.

Son sourire s'agrandit légèrement, me disant silencieusement qu'il n'avait pas besoin que je lui dise pour le savoir.

Quelque chose que je ne comprends pas danse dans ses yeux quelques secondes.

- On est arrivés, indique-t-il après un moment de silence entre nous où je suis incapable de quitter son regard clair où flotte des centaines de questions.

La fin d'après-midi se passe sans encombre majeures.

Faire les boutiques avec Edward sur les talons est vraiment très étrange. Il est agréable, prévenant et aussi impatient.

Faire des emplettes n'est, apparemment, pas sa tasse thé. Je le laisse choisir une bonne partie des décorations, de la vaisselle et des guirlandes pour sa soirée.

Plusieurs fois, son regard croise le mien, et fait s'accélérer brutalement mon cœur. Alors qu'il paye ses achats à une énième boutique, je n'arrive pas à détacher mon regard de lui.

Je le sais, il m'attire. C'est indéniable.

Je ne peux plus nier le fait que j'aime ce que je ressens quand je croise son regard, ou quand il me sourit. Je l'accepte, totalement, mais cela ne changera rien, malheureusement.

De un : Je ne suis en aucun cas prête à risquer de vivre quoi que ce soit. Je ne suis pas prête. Pas du tout.

De deux : il reste mon patron.

- Je crois qu'on a tout, dis-je une fois qu'il revient vers moi, un troisième sac plein entre les doigts.

Je tends la main pour le récupérer mais il secoue la tête en souriant, refusant mon aide une nouvelle fois.

C'est presque étrange. Mes anciens clients n'ont jamais hésité à me confier leurs achats quand nous les faisions ensemble -ce qui est arrivé vraiment peu de fois. J'ai presque l'impression qu'Edward Cullen prend plaisir à être avec moi. Cette constatation me trouble bien plus que de raison. Est-ce possible ?

- On a presque finit, admet-il, ce qui me fait froncer les sourcils.

Presque ?

- Je veux que vous alliez choisir une robe.

Je me fige, les rouages de mon cerveau perturbés par sa proximité et son doux sourire ayant du mal à fonctionner normalement.

- Je... quoi ?

Son regard est attentionné, franc et doux. Il émane de lui une telle confiance que je n'arrive pas bien à savoir s'il plaisante ou s'il est sérieux.

- Il faut que vous ayez une robe, pour la soirée de lancement, complète-t-il devant mon incompréhension.

- Monsieur Cullen...

- Isabella... menace-t-il sérieusement d'une voix si grave que je me tais. Je vous veux à cette soirée et je refuse que vous décliniez encore mon invitation.

L'agacement monte en moi aussi rapidement que ma respiration s'accélère sous la satisfaction qui flotte dans son regard clair éclairé par les néons froids du centre commercial.

- Je ne viendrais pas, contré-je plus froidement.

L'éclat de joie qui flotte dans ses yeux depuis nos retrouvailles s'amenuise légèrement.

- Écoutez je…

- Non, le coupé-je, repoussant ma gêne et la politesse dont j'ai toujours fait preuve avec lui. Je... votre offre est... incroyable, mais je dois refuser.

Il fronce les sourcils et semble un peu perdu par mes réactions.

- Vous n'avez qu'à dire à votre mari de venir s'il n'y a que ça pour vous en persuader ! lâche-t-il plus durement.

Un rire purement nerveux s'étrangle dans ma gorge soudain serrée.

- Le problème n'est pas là, éludé-je en balayant l'air entre nous de ma main.

- Alors quoi ? demande-t-il d'une voix tendue.

Je soupire, ignorant l'angoisse dans mon estomac et tout ce que je suis en train d'affronter. Je ne suis pas prête à ça. Vraiment pas.

- Je... je crois que ça serait une erreur, dis-je, sincère.

- Vous aurez le droit de vous enfuir avant la fin si vous le voulez. Mais je veux que vous soyez là. Avec moi.

Avec lui ?

- Je veux que nous conservions une relation professionnelle, lâche-je précipitamment en le voyant faire un pas vers moi, troublant mon corps tout entier.

Il hausse un sourcil, visiblement surpris par mes propos.

- Une relation professionnelle ?

Je pince les lèvres, hochant la tête lentement, ralentie par son regard profond qui trahit les questions qu'il se pose soudain.

- Le contrat entre nous est que je prépare votre soirée, ajouté-je maladroitement. En aucun cas que je vous y accompagne.

- Je ne vous pensais pas si têtue, avoue-t-il, l'ombre d'un sourire sur les lèvres.

Je repousse le mien au mien. Je veux garder mon sérieux et lui faire comprendre que je n'irai pas à cette soirée, peu importe ce qu'il me dit pour que je change d'avis.

- Vous êtes mon patron, me sentis-je obligée de dire.

- S'il n'y a que ça je peux vous virer et trouver quelqu'un d'autre pour organiser ma soirée !

- Monsieur Cullen !

Ma voix vient de partir dans des aigus ridicules, et mon cœur bat frénétiquement contre mes tempes. J'ai l'impression qu'il va s'arrêter. L'arrogance et le sérieux de son regard me font trembler à nouveau, mais un sourire éclaire son visage. Ce fou-t-il de moi ? À la vue de son sourire moqueur j'ai bien l'impression qu'il y prend en plus un malin plaisir !

- Venez à cette soirée Isabella, quémande-t-il en faisant nouveau pas vers moi.

- Je...

- Venez à cette soirée, répète-t-il, me coupant sans prendre de précaution. Je vous promets que vous ne serez pas déçue.

Mes dents maltraitent ma lèvre une seconde avant que ses doigts ne se posent dessus, me figeant tout entière.

L'attirance que je ressens pour lui depuis le premier jour se démultiplie violement, coupant mon souffle sous ce toucher tellement intime. Son regard plus sombre que d'ordinaire retrouve le mien après avoir erré sur ma bouche une seconde.

Je ne sais s'il peut voir que je lutte littéralement pour ne pas m'enfuir en courant.

Ses doigts contre mes lèvres sont chauds, et son souffle s'accélère légèrement quand son index glisse sur ma lèvre lentement, faisant exploser mon cœur dans ma poitrine.

Le désir s'insinue entre mes hanches, me faisant trembler d'autant plus alors que je refuse de penser à ce qui est en train d'arriver.

- Je veux que vous m'accompagniez à cette soirée Isabella, reprend-t-il après avoir inspiré profondément. S'il vous plait.

Mon cœur va certainement sortir de mon corps. Le souffle court, perdue dans son regard brillant, je n'arrive brutalement plus à lutter contre tout ce qui m'attire et me trouble chez lui : Et absolument tout ce que je découvre de lui me donne plus envie de creuser encore.

Pendant un instant, j'ai la sensation d'être suspendue dans les airs. Plus rien autour de moi, en dehors de lui, semble compte. Je ne sens que son souffle chaud, que ses doigts sur mes lèvres, que la chaleur de son regard et l'électricité qui flotte entre nous.

- Je… d'accord, lâché-je, incapable de repousser le désir brulant qui coule en moi.

Un sourire satisfait étire ses lèvres, puis son doigt lâche ma bouche après une légère caresse.

Il me contourne pour faire demi-tour, me laissant dans le sillage de son parfum doux et entêtant, le cœur battant.

Je dois lutter de toute mes forces pour retrouver l'usage de mes jambes et le rattraper.

Soudain, je me rends compte que je lui ai céder le plus facilement du monde, juste parce qu'il m'a touchée. Cette contestation allume un torrent d'incompréhension en moi. Quelle sorte d'impact cet homme a-t-il sur moi pour que je perde absolument toutes les raisons que j'avais de refuser de l'accompagner à cette soirée ?

- Si j'avais su que vous céderiez si facilement, je vous aurai supplié avant, s'amuse-t-il en continuant à marcher sans même me regarder quand j'arrive à sa hauteur.

Il s'est donc foutu de moi. Le plus volontairement du monde… Et je suis tombée dans le piège sans même voir à quel point il jubilait. Je suis d'un ridicule !

Mon cerveau fulmine plusieurs minutes. Je me retiens littéralement de lui faire une scène, ici, au milieu des magasins et des gens passant autour de nous sans même nous prêter la moindre attention. Je ne suis pas du tout en position de force face à lui, je le sais. Et maintenant, il le sait aussi.

- J'ai une condition, dis-je quand il s'arrête devant une vitrine remplie de robe toutes plus belles les unes que les autres -et largement hors de prix.

Il hausse un sourcil en se tournant vers moi, méfiant mais curieux.

- Je viens à votre soirée de lancement si vous… seulement si vous me laissez m'occuper seule de ma tenue.

Un sourire débordant de satisfaction veut s'imprimer sur son visage, mais il fronce légèrement les sourcils, souhaitant garder son sérieux.

- Je veux vous l'offrir, contre-t-il avec force.

- Et je veux m'en occuper, insisté-je en me radoucissant, espérant lui faire comprendre que je ne suis pas son ennemie. Je suis assez…

- Laissez-moi au moins ce plaisir-là, soupire-t-il en inclinant légèrement la tête pour m'observer librement.

Je tente d'ignorer le sursaut de mon ventre quand je me rends compte à quel point il est près.

- Je... non, soufflé-je d'une voix tremblante. J'y tiens monsieur. Vraiment.

Il m'examine un instant, puis, voyant que je ne souhaite vraiment pas lâcher le morceau, il soupire et abdique dans un léger sourire. Pendant plusieurs secondes, il reste silencieux. J'aimerais savoir ce qu'il pense. J'aimerais vraiment.

- Alors… vous allez vraiment venir...

J'ai la sensation qu'il cherche lui-même à simplement me l'entendre dire à voix haute. Comme pour être certain que je ne lui mens pas. Comme pour être certain que j'accepte de me rendre à sa soirée.

Je hoche la tête, sentant mes joues s'embraser alors que je suis de nouveau happée par son regard déroutant et d'une profondeur atroce.

- Je viendrais, murmuré-je pour balayer le doute flottant dans ses yeux.

Un sourire sincère étire sa bouche.

Le coton semble entouré mon corps tout entier alors que son regard fouille le mien sans s'en cacher.

La satisfaction transpire de ses traits, mais je m'en fiche. J'aime savoir que je suis responsable du sourire qu'il porte. J'aime savoir que ma seule présence déclenche ça, chez lui. C'est prodigieux.

Je me racle la gorge en inspirant, tentant de reprendre mes esprits plutôt que de rester là à le dévisager de la manière la moins professionnelle qui soit.

- J'ai une faveur, intervint-il quand je lui suggère que nous devrions rentrer.

- Je croyais que la faveur était que je vienne à cette soirée ?

Il tente de ne pas sourire, mais ça à l'air plus fort que lui. Je patiente une seconde, tentant d'ignorer son parfum autour de moi et les battements fous de mon cœur.

- J'aimerais vous inviter à diner, lâche-t-il, me figeant sur place. Ce soir.

Mon cœur est probablement remonté dans ma gorge.

- Je... je voudrais vous... vous remerciez pour... tout ça.

Sa soudaine hésitation me laisse troublée.

À nouveau, j'ai la sensation que l'homme que j'ai en face de moi n'est plus l'homme d'affaire millionnaire mais juste Edward Cullen. L'homme.

Celui qui est drôle, arrogant, prévenant, d'une beauté à couper le souffle. Celui qui me trouble et m'attire plus que de raison.

Je tente de me rappeler toutes les raisons pour lesquelles je ne peux pas accepter pendant que son regard profond sonde le mien.

- Je... je ne crois pas...

- Je sais, j'ai parfaitement conscience que vous êtes mariée, me coupe-t-il doucement en m'approchant à nouveau. Je vous demande juste de diner avec moi.

Son allusion à Riley serre ma gorge à m'en faire mal, à tel point que je dois inspirer lentement pour ne pas me mettre à pleurer le plus idiotement du monde.

Je voudrais ne plus jamais l'entendre me parler de mon mari, seulement, je ne veux rien lui dire à ce sujet : cela résumerait à devoir effacer une des raisons que j'ai à vouloir le tenir loin de moi. Et je ne suis pas prête à assumer cela.

- Monsieur je...

- Et ça sera, dans le cadre d'une relation professionnelle, évidement, précise-t-il dans un sourire aussi arrogant qu'irrésistible.

Vacillante, j'inspire à nouveau tentant de me raisonner. Un diner. Juste un diner.

- D'accord, murmuré-je faiblement.

Dans un état second, on rejoint le parking où son chauffeur nous attends.

Dans la berline noire, je tente de ne pas paniquer face à ce qui m'attends le soir même : je vais diner avec lui.

J'essaie de ne pas céder à la peur sourde qui me fait trembler, mais j'ai du mal à respirer calmement. Une culpabilité atroce me tord le ventre, à croire que la perte de Riley n'était pas suffisante.

Après plusieurs minutes où on avance au ralenti à travers la ville, mon client m'indique qu'ils vont me déposer à mon hôtel pour le reste de l'après-midi et que son chauffeur reviendra me chercher en soirée.

Je hoche la tête, soudain distraite par le col de sa chemise qui n'est pas correctement mis.

Tout le reste du trajet jusqu'à mon hôtel, je ne pense qu'à ça. Cela devient une obsession, me faisant abdiquer sans rechigner quand il me souffle qu'il veut m'accompagner à ma suite.

Dans l'ascenseur de l'hôtel, je ne vois que lui, que ça.

Le regard figé sur sa personne, je le sens me jeter des coups d'œil furtifs alors que mon cœur s'accélère le plus douloureusement du monde.

- Vous allez bien ? demande-t-il après plusieurs secondes d'un silence pesant entre nos corps crispés.

Je n'arrive pas moi-même à comprendre pourquoi cela est devenu une réelle obsession. Est-ce le seul moyen que mon cerveau a trouvé pour ne pas virer totalement chèvre en sa compagnie ?

- Oui je...

Je me racle la gorge en retrouvant ses yeux. Il doit me prendre pour une folle. Pourtant, il a l'air calme.

- Votre col, expliqué-je maladroitement en tordant l'anse de mon sac entre mes doigts.

- Oh, souffle-t-il en fronçant légèrement les sourcils. Vous pouvez ?

Déjà, il est presque contre moi, son corps à une distance non réglementaire de la mienne.

Mon souffle se coupe malgré moi quand il relève légèrement le menton, me laissant pleinement l'accès à sa gorge et le col de sa chemise retournée.

Tremblants, mes doigts glacés atteignent sans que je leur ordonne totalement sa gorge, remettant son col maladroitement. Je tente d'ignorer le mouvement que fait sa pomme d'Adam quand il déglutit à mon contact, son parfum qui m'entoure presque douloureusement et la chaleur qui se propage dans tout mon corps.

Bon sang Swan ! Ça n'est qu'un col !

J'ignore ma conscience qui se moque de moi et lisse le pan de sa veste dans un geste nerveux alors qu'il baisse les yeux vers moi.

Avant que je n'aie réussi à respirer, sa main se pose sur la sienne, maintenant mes doigts à plat sur son costume.

La douceur qui teinte ses yeux me déstabilise complètement, au point de me sentir trembler contre lui.

Pendant plusieurs secondes, mon regard est littéralement happé par le sien. Le trouble que j'y lis me serre la poitrine. Il ne peut que sentir à quel point je tremble, à quel point ma respiration est laborieuse. Pourtant, il ne fait rien pour s'éloigner.

- J'ai une dernière faveur, murmure-t-il en faisant glisser son regard sur mon visage avant de retrouver mes yeux.

J'humidifie mes lèvres nerveusement, sa proximité embrasant chacune de mes cellules.

Une intensité nouvelle s'empare lentement de son regard. Son pouce caresse légèrement le dessus de ma main, faisant battre mon cœur plus fort.

- Ce soir, j'aimerais... que cela soit juste Edward... et non plus Monsieur Cullen.

Sa demande semble écraser les émotions contradictoires en moi. J'aimerais qu'il s'éloigne pour retrouver une position décente, autant que j'aimerais, je crois, qu'il me serre contre lui à m'en faire mal.

À nouveau, le masque d'arrogance à disparut, le laissant plus beau, plus vulnérable que jamais. Le vrai Edward Cullen est juste là, sous mes yeux.

- Je... je vais essayer, articulé-je difficilement, en dépit de tout ce qui semble me traverser.

Le bourdonnement autour de nous cesse quand il me relâche doucement et reprends sa place initiale à mes côtés.

Je tente de respirer calmement, essayant de retrouver mes esprits. Je ne vais pas survivre à un tête-à-tête avec lui. Même si cela a déjà eu lieu, ce soir, je le sens, c'est différent.

Je ne vais pas survivre.

J'en suis certaine.


Hello mes petits kiwis ! (oui, vous changez de nom toutes les semaines !)

J'espère que tout le monde va bien malgré la situation très particulière. On ne va pas en parler hein, on est là pour se détendre et passer un peu de bon temps avec de l'amour et de la douceur... j'espère que ce chapitre vous aura plus, et, oui, je sais, je suis vilaine d'avoir coupé comme ça ! (c'est pour vous donner envie d'avoir envie de lire la suite ! Logique non ?)

Merci à toutes (tous ? Si il y a un garçon ici qu'il se manifeste!) pour votre engouement, vos mots et vos encouragements. Ca compte tellement pour moi !

On se retrouve très vite, promis.

Laissez-moi vos impressions, je veux vous lire.

J'vous embrasse,

Tied.