Chapitre 7
Mistletoe and Holly - Franck Sinatra
Le chauffeur d'Edward Cullen vient me chercher à l'hôtel à 19h tapante.
Dire que je suis stressée est un doux euphémisme. J'ai littéralement envie de vomir. Envie de vomir, et de faire demi-tour pour rentrer à New York le plus rapidement possible.
Une partie de moi, que j'essaie pourtant d'étouffer -en vain-, ne peut s'empêcher de se sentir déçue que mon client ne soit pas là lorsque je monte dans la voiture.
Après plusieurs minutes à traverser lentement la ville au rythme des embouteillages -qui semblent ne pas se terminer ici non plus, peu importe l'heure- je questionne le chauffeur sur l'endroit où nous allons.
- Le penthouse de Monsieur Cullen madame, me répond-t-il sans m'adresser un regard.
Cet homme est poli, bien que froid. J'ai le sentiment que s'il s'autorisait le moindre écart, mon client -son patron- le virerait sans le moindre scrupule.
Je soupire, puis tente de penser à autre chose que la soirée qui m'attends. Cela est, évidemment, peine perdue.
Cette ville est animée, jeune et vive. Chaque rue pétille de vie, de musique et de beauté. C'est vraiment joli, certain quartier sont très raffinés, je n'aurai pas cru. Des tonnes et des tonnes de palmiers orne les rues, et l'odeur iodé de l'océan aux portes de la ville berce son rythme fou. C'est un tourbillon.
Lorsque le chauffeur pénètre dans le parking sous-terrain de l'immeuble de mon client, je tremble tellement que je finis par me demander si je vais être capable de marcher ou de survivre à cette soirée.
J'aimerais ne pas être dans cet état ridicule. J'aimerais me sermonner, me dire que je suis adulte, et que cela suffise à me détendre et à cesser d'agir comme une enfant. J'aimerais que mon cœur ne s'emballe pas à la seule idée de devoir me retrouver face à lui… mais ça n'est pas le cas.
En descendant de la berline sombre, j'inspire un bon coup. Tout ira bien. Que peut-il, de toute façon, bien m'arriver ? Au pire, je me ridiculiserai un peu plus devant lui. Au pire, il se moquera de moi. Au pire, je bégayerai, rougirai, aurai envie de me cacher sous la table.
Cette pensée me fait grimacer, puis je ravale un rire. Je crois que je commence à être bonne pour un internement ferme et définitif. Ma rencontre avec Edward Cullen m'y a poussé juste un peu plus rapidement que prévu.
Bien qu'il fasse ressentir à mon être une tonne de choses absolument incroyables -et épuisantes- je me sens soulagée à l'idée de partager une soirée avec lui à l'extérieur. Quand nous sommes seuls, mon cerveau part littéralement en vrille : je n'arrive plus à aligner deux mots, je me bats littéralement pour ne pas m'approcher de lui.
Je ne peux désormais plus nier le fait qu'il me plait. Il me plait. Il est attirant. Je le sens, je le sais. Cependant, ça ne m'avance pas plus de le savoir. Que dois-je faire de cette information ? Dois-je l'enterrer au plus profond de moi ? En parler ? Dire à quel point tout cela est du grand n'importe quoi ?
Le fait de savoir que nous allons être à l'extérieur, et peu importe où pour dire vrai, m'aide à me dire que je suis capable de supporter cette soirée, d'y survivre.
Nous ne serons pas seuls, nous serons entourés -par des inconnus, certes- mais j'aurai de quoi détourner mon attention si mon cerveau détraqué m'envoie trop de pression ou si mon client se montre trop... déroutant.
Dans l'ascenseur, je suis presque étonnée de me rendre compte que mon cœur ne s'accélère pas comme lors de mon dernier voyage ici, avec lui.
Son chauffeur est toujours là, posté devant moi, me barrant la vue des portes grises et noirs alors que la cabine s'élève. Je jette un coup d'œil à mon reflet dans les miroirs autour de nous pour penser à autre chose qu'à la hauteur vers laquelle nous allons. J'espère sincèrement que Cullen a gardé ses rideaux tirés.
Je passe une main dans mes boucles que j'ai tenté de rassembler à l'aide de petites pinces plus soigneusement qu'à mon habitude.
Pour la première fois depuis des années, j'ai tenté de me rendre jolie. Je me suis trouvé tellement ridicule !
La culpabilité s'en est réveillée que plus forte. J'ai fini par démaquiller mes yeux, retrouvant ma peau pâle et les cernes qui m'accompagnent depuis des années. Je souhaite rester moi-même ; je ne serais jamais personne d'autre que ça.
La culpabilité est devenue écrasante quand j'ai enfilé mes collants, puis ma petite robe noire que j'affectionne tant.
Je ne comprends d'ailleurs pas bien pourquoi elle me broie autant le cœur. Edward Cullen est attirant, perturbant et d'un charisme presque absurde. Mais je n'ai ni de sentiments pour lui, ni de désir que je ne peux maitriser, ni d'affection particulière. Il est beau, indéniablement beau. Il est différent, définitivement. Il faudrait être la pire des idiotes pour le nier.
Je lisse ma robe d'un geste nerveux quand la cabine s'arrête à son étage. Quand les portes s'ouvrent sur l'appartement de mon client, j'inspire très lentement, tentant de contrôler la vague de pression qui me submerge soudain.
Je suis brutalement pleine de doutes, de culpabilité, de remords, d'ignorance et de peur. Qu'est-ce que je fais là ?
Je n'ai pas le temps de me poser plus profondément la question que le chauffeur avance dans l'appartement de mon client, qui apparait par la gauche de la pièce, le téléphone vissé à l'oreille.
Sa vision me coupe littéralement le souffle.
L'ouragan de culpabilité et de questionnement est balayé par une sensation plus forte qui fait s'accélérer mon cœur.
J'ignore encore pourquoi, comment, mais mes jambes me portent hors de la cabine sans même que quelqu'un ait besoin de me supplier de le faire. Si mon cerveau avait été logique et lucide, je me serais certainement félicité d'avoir réussis à sortir de l'ascenseur toute seule.
Cullen se tourne vers nous après une seconde, quand il se rends compte de notre présence. Mes yeux accrochent les siens un bref instant pendant qu'il s'excuse en silence d'être au téléphone, me souriant doucement.
Je déglutis presque douloureusement, m'empêchant de rougir ou de bafouiller quelque chose sans aucun sens.
Mes yeux profitent qu'il se penche pour regarder son ordinateur portable ouvert sur la table basse pour l'observer un instant. Je l'entends parler à son interlocuteur, mais je n'arrive pas à totalement comprendre ce qu'il dit. Pour dire vrai, sa vision me perturbe trop pour m'y intéresser. Je laisse mes yeux divaguer sur son corps long et fin, appréciant que trop le dessin de ses épaules carrées que sa chemise blanche dessine.
Son pantalon habillé gris tombe parfaitement et, si j'en crois le dessin de ses biceps tendus quand il s'appuie contre la table, il doit être sportif. Quel genre de sport un homme de sa nature peut-il bien pratiquer ? Le footing ? La nage ? Je me mords la langue, me sermonnant en silence quand Edward Cullen se passe une main sur le visage.
Son agacement et sa fatigue me sautent brutalement aux yeux. Aux vues de l'après-midi que j'ai passé -à me ronger les sangs- j'ai la sensation que le sien n'a pas été non plus reposant. Après à peine une seconde, je l'entends soupirer quand il se redresse pour me faire face.
- Écoute, on règlera ça demain. Envoie les articles à John et dis-lui de se pencher immédiatement sur le dossier Glend. Je veux le topo demain matin, et je m'en fou qu'il passe la nuit dessus.
Son regard profond retrouve le mien une seconde alors qu'il écoute la personne au bout du fil. Mon ventre sursaute dans un petit bond ridicule. Ses yeux ont-ils toujours été si clairs ?
- J'ai une urgence… professionnelle à régler, s'amuse mon client dans un léger sourire presque moqueur.
Je me mords la langue à nouveau, m'empêchant de sourire le plus niaisement du monde. Il raccroche dans la foulée puis avance vers nous, remerciant son chauffeur par la même occasion qui recule déjà vers l'ascenseur. Je sens mes sourcils se froncer d'incompréhension quand mon client arrive à ma hauteur.
- Isabella, me salut-il dans un sourire.
- Nous... votre chauffeur...
- Il est plus que l'heure qu'il aille retrouver sa femme, grimace-t-il en jetant un coup d'œil à sa montre.
Déjà, son chauffeur à disparut de l'appartement, nous laissant seuls. Les rouages de mon cerveau malmené m'empêchent de penser correctement pendant une seconde alors que mon client me dévisage impoliment. Pour dire vrai, je m'en fiche un peu. Qu'est-il en train de me faire ?
- Je vous prie d'excuser le bazar et mon... moi, marmonne-t-il en jetant un coup d'œil à sa chemise pourtant parfaite. On a eu un problème sur un magazine et je n'ai pas...
- Rien de grave ? demandé-je en fronçant les sourcils devant les traits soucieux de son visage.
- Rien de vital, tout devrait être réglé demain matin.
- Je... je peux rentrer si je tombe mal ou si vous...
- Oh non, je compte bien profiter de cette soirée que vous m'accordez, s'amuse-t-il en me contournant pour rejoindre la table basse où il ferme son ordinateur toujours allumé.
Dans la continuité de son geste, il verrouille son téléphone et le balance sur l'énorme canapé blanc.
- Plus de boulot, déclare-t-il en braquant son regard sur moi.
J'ai presque envie de répliquer que je suis là dans le cadre professionnel mais me ravise. Me ridiculiser une nouvelle fois ne serait pas bon pour mon estime de moi-même et j'ai besoin de garder un minimum de paix intérieure pour survivre à cette soirée.
- J'ai…
L'interphone de l'appartement l'interrompt brutalement. Il soupire, puis s'excuse à mi-voix avant de partir d'un pas rapide vers l'entrée où il décroche l'interphone.
- Faites le montez, ordonne-t-il presque sèchement.
Il raccroche avant de se tourner vers moi. De nouveau, j'observe les cernes mauves sous ses yeux. Cet homme à l'air épuisé.
- Vous devriez prendre des vacances, osé-je quand son regard clair verrouille le mien.
Un sourire étire sa bouche lentement, illuminant son visage entier.
- Des quoi ?
Cette fois, je ne retiens pas le léger rire qui me secoue.
- J'ai cru comprendre que vous aimez manger italien, reprend-t-il en avançant d'un pas vers moi. J'avais réservé au Toscana, pour ce soir.
Je me pince légèrement les lèvres, tentant de faire comme si mon cerveau ne me hurlait pas de lui demander qui lui avait dit ça et me concentre sur son visage soudain plein de doutes.
- Mais je... vu l'heure qu'il est...
Il soupire à nouveau. Une nouvelle fois, le masque de professionnalisme qu'il arbore tout le temps se fendille. Son visage impassible lorsqu'il est entouré pour le travail disparait lentement. Il a l'air… hésitant, presque trop peu confiant pour quelqu'un comme lui.
- À cette heure-ci, la veille de Thanksgiving on va mettre des heures à traverser la ville… J'n'ai pas envie de vous infliger ça et j'avoue que je meurs de faim, alors, je me suis dit que l'Italie viendrait à nous.
Cette fois, mes dents attaquent ma lèvre. Il nous a fait livrer notre repas ? Ici ? Maintenant ? Seulement tous les deux ?
- Ça ne vous pose pas de problème ? s'inquiète-t-il légèrement quand je me sens pâlir en réalisant ce qui est en train d'arriver.
- Qui vous a dit pour l'Italien ?
Un sourire énigmatique étire sa bouche, faisant briller ses yeux follement.
- Un bon journaliste ne dévoile jamais ses sources.
- Vous ne l'êtes pas, fais-je remarquer.
Ma remarque le fait sourire davantage.
- Je l'ai été. J'ai commencé ma carrière au Miami Today. J'ai été viré après une semaine.
- Vous avez été journaliste ? m'étonné-je, rougissant malgré moi.
- C'est un bien grand mot. J'ai surtout griffonné sur des bouts de papier et été le larbin de Jokins avant de lui dire d'aller se faire foutre. J'ai certainement eu la carrière de journaliste la plus courte du monde, s'amuse-t-il en haussant les épaules comme si ce qu'il dit ne compte pas le moins du monde.
- Je suis certaine que vous exagérez.
- Pas tant que ça malheureusement !
Un sourire a-t-il déjà fait s'arrêter un cœur de battre ? Non parce que, le sien, à l'instant, me donne envie de pleurer et de rire en même temps. Le tout certainement hystériquement.
- J'n'étais pas fait pour être journaliste, finit-il par dire après un court silence.
- Vous vous en êtes plutôt bien sortit.
- C'est vrai.
Pendant le léger silence qui suit -et qui me serre la poitrine face à l'intensité avec laquelle il me dévisage, je tente de me raisonner.
Je vais diner avec Edward Cullen à son propre appartement, sans personne autour. Cela fait monter une bouffée d'incertitude et de panique presque irrationnelle en moi. Que pourrait-il bien me faire pour que je regrette ce moment pour toujours ?
Je soupire discrètement quand l'ascenseur s'ouvre dans un petit "ding" discret et que mon client rejoint l'homme s'y trouvant, deux sac kraft à la main.
Ils échangent quelques mots tandis que je ne peux quitter Edward Cullen des yeux. Ses cheveux sont plus courts que la dernière fois qu'il est venu à NY. J'ai presque la sensation qu'il est carré, plus musclé aussi. Ou est-ce juste le fait que, pour la première fois, il ne porte pas de veste de costume ? Bien qu'extrêmement élégant, il parait presque plus… accessible, habillé ainsi.
Plusieurs fois, je me force à détourner les yeux de son corps et de son visage… mais, à chaque fois, inlassablement, mes yeux sont attirés par lui.
Est-ce normal, cette obsession pour son être ? Est-ce déjà arrivé à d'autre personne ? Une autre femme a-t-elle été perturbée plus que de raison par ce trentenaire charismatique à souhait ? Évidemment que oui. Je suis certaine que je ne suis pas la seule sur Terre à être totalement abasourdi par le charme qu'il dégage… si ?
Cullen glisse quelques billets au livreur qui s'en va sans demander son reste. À la vue de son visage quand il baisse les yeux sur sa main refermant son pourboire, je suis presque certaine qu'il n'a jamais été aussi grassement remercié.
- Je m'excuse d'avance de ne pas pouvoir vous emmener diner dans un endroit plus… convenable, s'excuse mon client en revenant vers moi, les sacs à la main.
L'odeur m'atteint -celle de la nourriture- en même temps que la sienne quand il s'arrête à ma hauteur. Je ne sais pas trop laquelle des deux me perturbe le plus.
- Ça n'est rien. Vous n'avez pas à vous excuser, réussi-je à dire malgré mon trouble.
Un léger sourire étire ses lèvres lorsqu'il me contourne pour s'en aller poser notre repas sur l'énorme ilot de sa cuisine. Mes yeux ne suivent que lui, incapable de l'ignorer ou de prétendre pouvoir -vouloir- regarder autre chose. Je m'avance presque prudemment, maintenant intimidée de me retrouver définitivement seule avec lui pour la soirée entière.
- Laissez-moi vous débarrassez, marmonne-t-il en revenant vers moi, attrapant mon sac à main.
Je l'observe le poser sur la console à notre côté, puis me contourner, passant derrière moi pour m'aider à m'enlever mon manteau. Mes mains tremblent avant même qu'il ne me touche. C'est incroyable, et vraiment saisissant.
Le grand miroir au-dessus de la console nous reflètent légèrement de biais, pourtant je vois son regard, son visage quand il passe derrière moi.
Un frisson remonte ma colonne vertébrale quand le bout de ses doigts dégage mes cheveux coincés dans mon col, les envoyant sur le devant de mon épaule gauche.
Je ferme les yeux une seconde quand sa peau s'attarde sur la mienne, refusant de penser à son souffle chaud sur ma nuque et à la sensation que cela fait naitre dans mon corps entier.
Je sais ce que c'est. Je sais ce qu'il me fait. J'ignore le rougissement de mes joues que mon reflet me renvoie, et la sensation de voir ses mains sur ma peau me procure. Je ne suis pas encore prête à l'accepter, ça aussi je le sais.
J'inspire lentement quand il m'enlève mon vêtement, le faisant glisser le long de mes bras, repoussant les vagues de désir et de culpabilité qui ont envie de m'abattre le plus violemment du monde. La peur me frôle également quand ses doigts remettent en place mes cheveux après qu'il a posé mon vêtement à coté de mon sac à main.
Je l'entends soupirer légèrement quand ses mains quittent mon dos.
Troublée, je tente de respirer le plus calmement possible, mais j'ai de nouveau la sensation que mon cœur vient de courir un marathon quand je croise brièvement son regard dans le reflet du miroir. Je vois, et je sens, ses yeux glisser sur mon corps pendant plusieurs secondes. Pourquoi ai-je eu envie de mettre ce foutu dos-nu ?
Presque pétrifiée, je n'ose plus bouger, pas même respirer. Mon ventre se tord, partagé entre l'envie qu'il s'éloigne, et celle qu'il reste si près de moi.
Bien qu'il ne me touche plus, la sensation de la chaleur de son corps près du mien me perturbe tellement que je me mords la lèvre pour ne pas reculer d'un pas et me retrouver contre lui, rien que pour savoir ce que son corps contre le mien provoquerait.
- Cette robe est vraiment… parfaite, murmure-t-il après une seconde de silence.
Presque sonnée, je le regarde me contourner pour me faire face à nouveau. L'intensité de ses yeux est tellement forte que j'ai du mal à ne pas détourner le regard, figée par mon propre désir et la culpabilité intense et douloureuse que je ressens.
- Vous avez faim ? demande-t-il en se reculant, après un silence trop pesant entre nous.
Je hoche la tête lentement, ralentie par son brusque changement de comportement.
Visiblement, l'effet qu'il me fait est largement moins perturbant pour lui. Je repousse la déception qui me brule l'estomac et me répétant qu'il n'est que mon client et le suit dans la cuisine pour prendre place sur un des tabourets de l'ilot.
Pendant un instant, il sort la nourriture chaude, et l'étale devant nous sans un mot. Je crois qu'il y aurait de quoi nourrir l'immeuble entier.
- Vous avez prévu de nourrir le quartier ? demandé-je, amusée par le nombre de plat s'étalant devant nous.
- Non, ça ne sera que pour vous et moi.
Son sourire me fait sourire sans que je ne le veuille réellement.
- Vous aurez surement des restes pour Thanksgiving, plus besoin de faire une dinde avec tout ça !
Son regard retrouve le mien, laissant sa main tenant une boite pleine de pate à la crème en suspend au-dessus de notre table. Mes paroles semblent réellement l'amusé. Quelque chose de presque enfantin flotte dans son regard, et mon cœur s'allège aussitôt.
- Je ne savais pas ce que vous aimiez, se justifie-t-il dans un sourire.
- Je suppose que c'est pour ça, oui. Ou alors vous pensez que je mange comme un ogre mais je refuse de croire que c'est le cas.
Je ne sais pas bien pourquoi, mais j'ai besoin de dire tout ce qui me passe par la tête.
- J'ai déjà mangé avec vous, me rappelle-t-il dans un rire.
- C'est vrai.
Il secoue la tête, réprimant un nouveau rire.
- Cela exclue donc l'ogre ?
Bon sang pourquoi suis-je incapable de me taire ?!
- Définitivement ! s'exclame-t-il en souriant grandement.
Je me pince les lèvres, m'empêchant de pouffer le plus idiotement du monde. Je me rends compte après une seconde à l'observer rire, que j'adore vraiment, vraiment, entendre ce son sortant de sa bouche. L'odeur alléchante des dizaines de barquettes devant nous font gargouiller mon estomac.
- J'espère que vous aimez les Saint-Jacques.
- Qui n'aime pas les Saint-Jacques ?
Il éclate de rire à nouveau.
- Ma sœur les déteste, m'informe-t-il en retrouvant son sérieux, bien que l'hilarité fasse encore briller ses yeux.
- Votre sœur est une bien étrange personne.
- Je ne vous le fait pas dire !
Je secoue la tête, amusée quand il prend place à mon côté. Quand il me propose du vin en attrapant la bouteille qu'il a sorti du sac, je me rends compte que je suis moins nerveuse. Perturbée, et certainement névrosée, certes, mais moins nerveuse.
En silence, je le contemple sortir des verres superbes et ouvrir la bouteille avec agilité, ses doigts fins connaissant parfaitement chaque geste.
Lorsque le liquide à la robe pourpre rempli mon verre à pied, je sens son regard bruler mon visage. Je tente de l'ignorer, me concentrant sur les plats devant nous.
- Si vous ne connaissez pas le Toscana, vous allez rapidement apprendre que c'est le meilleur Italien des USA.
- Des USA ? me moqué-je en retrouvant son regard étincelant.
- Des USA, affirme-t-il, sûr de lui.
Je retiens difficilement mon sourire taquin devant la certitude de ses yeux.
- Vous n'avez jamais gouté les lasagnes d'Angela, fais-je remarquer.
Il hausse un sourcil.
- Est-ce une proposition ?
- Je pourrais lui demander de vous en faire livrer quand vous viendrez à New York, éludé-je, tentant d'ignorer l'effet de son regard plus sérieux sur moi.
Quelque chose que je ne comprends pas bien flotte dans ses yeux une seconde avant qu'il ne prenne son verre de vin entre ses doigts.
- Au meilleur repas italien de votre vie, déclare-t-il solennellement.
Je ne peux m'empêcher de rire en faisant tinter mon verre contre le sien.
- Jusqu'à ce que vous goutiez les lasagnes d'Angela.
- Seulement si vous les partagez avec moi.
- J'en ai déjà mangé un million de fois, l'ignoré-je, repoussant ce que sa proposition me fait ressentir.
- Ça ne fera qu'une fois de plus, alors.
Je me réfugie dans mon verre, appréciant la douceur du vin et ignorant, au mieux, le regard de Monsieur Cullen sur moi. Edward.
- Vous finirez par céder, déclare-t-il avec un sérieux qui me noue l'estomac.
Je le regarde noir, ne pouvant m'empêcher de me sentir presque vexée. Suis-je donc incapable de lui refuser quoi que ce soit ? Depuis quand en a-t-il conscience ? Pourquoi est-il donc aussi confiant ?
- Toujours dans notre cadre professionnel, évidement, ajoute-t-il, un sourire dans la voix.
- Je ne vois pas dans quel cadre cela serait, sinon.
Son regard s'assombrit légèrement.
Je ne peux ignorer qu'il sait parfaitement que je reprends ses propres paroles. Je ne comprends pas moi-même à quel point ces dernières me paraissent blessantes aujourd'hui, pourtant, c'est le cas. Je me sens blessée. Réellement.
- Évidemment, approuve-t-il un peu plus froidement. Vous êtes mon employée, et, qui plus est, vous êtes mariée.
Je baisse les yeux sur mon alliance, sentant la brulure de la culpabilité bruler ma peau sous l'or blanc et fin. Notre promesse gravée à l'intérieure semble oppresser mon cœur si fort que j'ai du mal à continuer de respirer normalement.
Pendant plusieurs secondes, je sens son regard bruler mon visage. Je finis par relever les yeux vers lui, tentant d'ignorer la blessure de mon cœur encore à vif. Sans que je ne comprenne bien pourquoi, la bienveillance soudaine de ses yeux m'apaise.
- De quoi avez-vous envie Isabella ? finit-il par demander, la voix plus grave.
Son sérieux me noue l'estomac plus fort. Je déglutis douloureusement, la bouche soudain sèche. De quoi ai-je envie ? Me demande-t-il réellement ce que je pense qu'il me demande ?
- Pour votre repas, se sent-il obligé d'ajouter, retenant mal un sourire presque railleur.
Qu'ai-je donc à la place du cerveau ? Un petit pois ?
- Il est vrai que j'ai... beaucoup de choix, admis-je en regardant les dizaines de plats s'étaler devant nous.
Je le vois brièvement lever les yeux au ciel, mais sourire tout de même. Je suis soulagée que l'ambiance s'allège à ma remarque.
- Servez-vous.
C'est presque un ordre. Je repousse mon sourire, et attrape le premier plat qui vient. Des lasagnes. On échange un regard avec mon client -Edward- qui ne réprime pas le moins du monde son sourire.
J'arrive à manger (non comme un ogre) et à échanger des banalités avec mon client -Edward- pendant le reste du repas. Je suis étonnée de voir qu'il mange une quantité astronomique de ravioles en tout genre.
Sa présence à mes côtés, bien que perturbante, est finalement agréable. Je passe un bon moment. Nous ne parlons que vaguement du travail, nous concentrant principalement sur la nourriture. J'apprends qu'il déteste la nourriture indienne, que l'italienne est sa préférée mais que les plats français surpassent le reste. Quand nous nous attaquons au dessert -Les Zaletti- je rends compte que je suis détendue.
Edward Cullen est agréable. Avec lui, la conversation est facile et, bien que mon cœur sursaute chaque fois que son bras frôle le mien, j'ai, à mes côtés, un homme débordant de simplicité malgré son statut, et la vie qu'il mène. Mon ventre n'a pourtant pas l'air de s'habituer à sa présence et mes yeux n'arrivent que très -trop- rarement à se détacher de lui.
- N'est-ce pas le meilleur italien que vous ayez mangé ? demande-t-il en nous servant deux cafés.
- Dois-je répondre franchement à cette question ?
Il rit à nouveau, me tendant une tasse grise d'où s'échappe une douce fumée.
- Je préfère l'honnêteté au mensonge. Toujours.
- C'était très bon, concédé-je dans un sourire.
- Mais…
- Les lasagnes d'Angela n'auront jamais d'égales.
- Vous me vexez, s'amuse-t-il en restant debout à ma droite, les yeux rivés sur moi.
- Vous m'avez demandé d'être honnête, lui rappelé-je dans un sourire.
Il secoue la tête, puis s'appuie sur l'ilot de ses coudes, créant une nouvelle proximité troublante entre nous. Je me réfugie dans mon café, savourant la douceur de celui-ci.
- À quelle heure arrive votre mère demain ? finis-je par demander après un silence où nous dégustons nos boissons chaudes.
- Je dois vérifier mais il me semble qu'elle atterrit vers 9h30. Votre vol est à 12h non ?
- Oui, 12h15.
- Bien, Tom vous accompagnera à l'aéroport.
- Je peux me débrouiller seule vous savez ?
- Il vous accompagnera.
- Monsieur je...
- Edward, me reprend-t-il dans un sourire.
Je me pince les lèvres, me sentant littéralement incapable de l'appeler par son prénom.
- Je prendrais un taxi, insisté-je en ignorant sa remarque.
- Ça n'était pas une question.
Son regard plus dur me fige sur place. Je bloque mon soupire dans ma gorge, repoussant le sentiment presque désagréable que je ressens. J'ai, après ce diner parfait en sa compagnie, la sensation que je suis de nouveau redevenue Isabella-employée et non plus la femme qu'il a invité à dîner. Ai-je été, d'ailleurs, un peu plus que ça ?
- Voulez-vous voir la terrasse ? demande-t-il après un silence où mon cerveau se bat contre lui-même.
Je retrouve son regard clair où l'apaisement à reprit sa place. Ses sauts d'humeurs commencent littéralement à me donner le tournis. J'ai la sensation de devoir me battre sans cesse contre lui, et contre ce que je ressens, ce qui commence à être épuisant.
- La terrasse ? répété-je, perdue.
- C'est un penthouse, précise-t-il en reposant sa tasse de café à présent vide. J'ai une terrasse.
- Je...
- Je sais, vous êtes sensible au vertige mais... il fait nuit, fait-il remarquer en jetant un coup d'œil aux baies floutées par les rideaux légers.
Les lumières de la ville se dessine tout autour de nous tout de même mais, comparé à quand il fait jour, j'ai la sensation que la hauteur est moins vertigineuse. Je trouve ça même beau, toutes ces lumières.
- Peut-être que cela vous sera moins pénible, ajoute-t-il en avançant légèrement vers moi.
- Je... peut-être.
Je me relève un peu maladroitement du tabouret, me fustigeant d'être bien trop gauche comparé à lui. Les deux verres de vin que j'ai bu me semblent aussi un plus lourd que ce que je pensais.
Mon corps à l'air d'être cotonneux, et mon cerveau a du mal à penser quand mon client -Edward- dégage une mèche de cheveux de mon visage, la glissant derrière mon oreille doucement. Je ne sais pas bien si c'est l'alcool, ou simplement lui qui me trouble au point de ne plus réussir à me rappeler de mon prénom quand un doux sourire étire ses lèvres, ses doigts trainant plus de temps qu'il ne faudrait sur ma joue.
- Venez, ordonne-t-il à nouveau.
Je retiens un nouveau soupire, presque lasse de l'entendre me donner des ordres à tout bout de champs. Il pourrait au moins ordonner des choses plus sympas. Je me mords la lèvre pour ne pas sourire niaisement en le suivant à travers le salon. Je me concentre assez sur mes pieds pour ne pas trébucher et arriver entière près de la baie.
- Si vous ne vous sentez pas bien on rentrera, souffle-t-il, à nouveau prévenant.
Je hoche la tête, perdue dans l'intensité de son regard quand il le verrouille au mien. Il finit par pousser la baie qui s'ouvre sur une large terrasse, certainement elle-même plus grande mon propre appartement.
La vue est spectaculaire, mais je ne m'y attarde pas, me laissant le temps d'appréhender une crise de vertige.
Mais rien ne vient.
Il faut dire, aussi, que je ne prête pas forcément très attention à la vue qui s'offre autour de moi.
Les lumières bleues et mauves de la terrasse où se dessine une gigantesque piscine se reflètent sur le visage d'Edward Cullen face à moi, illuminant ses yeux clairs et captivants comme jamais. L'air sérieux, presque concentré qu'il arbore fait s'accélérer mon cœur une nouvelle fois.
Miami n'a qu'à bien se tenir, le spectacle le plus merveilleux est juste sous mes yeux, et il me tends la main pour me faire avancer sous le ciel étoilé.
Helloooo !
Un chapitre tout doux pour démarrer ce week-end ensoleillé (chez nous du moins!)
J'espère que tout le monde va bien. Je sais, vous allez me dire que je suis sadique de couper là mais hey ! Je ne pouvais pas tout révéler en un chapitre !
Ah, sinon, j'ai une question de la plus haute importance. Cette histoire, je la veux légère, douce, qui fait du bien et qui fait sourire (ouais, Edward ne nous fait pas QUE sourire mais bon!) Alors, je me suis posée la question : Voulez-vous du lemon ou non ? (scène de sexe explicite pour celles qui ne sauraient pas) J'me suis pas mal posé la question, j'avoue. J'en écris dans toutes mes romances, mais, pour celle-ci, j'aimerais votre avis sur la question, et j'écrirais en fonction de vos envies. Je veux savoir ce que vous en pensez.
Merci pour tout vos mots, encouragements et votre présence qui ne faiblit pas, bien au contraire.
A très très vite, je vous embrasse,
Tied.
