Chapitre 8
Winter Wonderland - Jeff Goldblum
Quand ma main rejoint la sienne, mon corps est secoué d'un long frisson.
Le vin dansant dans mes veines, pendant un instant, j'aime ce que je ressens sous le couvert de ses yeux d'une intensité incroyable.
Nos doigts se mêlent en silence, le vent secoue doucement mes cheveux. Je suis étonnée de ne pas avoir froid. Ici, pas de neige, pas de températures négatives... ici, il fait bon, presque chaud, même fin novembre.
La hauteur me noue l'estomac mais j'inspire profondément et, après un regard encourageant de mon partenaire -client, rendez-vous de ce soir- je passe la porte et fait un premier pas sur l'immense terrasse.
L'angoisse enserre immédiatement ma poitrine, mais j'inspire lentement, l'empêchant de m'étouffer. Je veux y arriver. Les lumières de la ville scintillent doucement autour de nous, embrasant l'horizon de trouble jaune, orange et blancs.
Le regard de mon client -Edward, ne me quitte pas lorsqu'il nous attire doucement en arrière, nous faisant avancer dans une lenteur mesurée jusqu'à atteindre le milieu de la terrasse. Des guirlandes éclaires chaque recoins, faisant naitre un sentiment en moi que je ne maitrise pas... Pour la première fois depuis ma rencontre avec Edward Cullen, j'ai l'étrange sentiment d'être... quelqu'un. D'être à ma place. Peut-être un peu étroite, et en l'occurrence sur le toit d'une ville inconnue mais, j'ai la sensation qu'elle est là.
Malgré l'incertitude, la peur et le trouble qui me traversent je me sens presque... bien. Je reste silencieuse, incapable de parler. J'aime ce que je ressens sous la coupe de son regard. C'est inédit, troublant... je me sens en sécurité, même beaucoup, beaucoup trop loin du sol.
- Vous voyez, murmure-t-il en nous stabilisant au milieu de la terrasse. Vous êtes sortie.
Je ne refoule pas mon sourire, même si le vent qui secoue mes cheveux me noue chaque muscle du dos.
- Je vous préviens que je ne pourrais pas rester ici très longtemps.
- Vraiment ? se moque-t-il gentiment. Vous êtes sûre ?
Je repousse un rire qui me détends un peu, secouant la tête tout en étant incapable de regarder autour de nous. Quand il se recule un peu, mes doigts serrent sa main plus fort sans que je ne le commande vraiment. Je n'ai aucune envie qu'il me lâche. J'ai la sensation que s'il le fait, je n'aurai plus aucun contrôle de moi-même. J'ai également conscience d'être tout sauf professionnelle, mais, la peur commençant à nouer ma gorge, je m'en fou totalement.
- Je ne vais pas vous lâchez, promet-il d'une voix grave.
- Si vous le faites je suis capable de me mettre à pleurer.
- Je ne le ferai pas, insiste-t-il avec certitude, ses yeux profondément ancrés dans les miens, ne me laissant pas la possibilité de vouloir m'enfuir.
- Vous n'avez pas intérêt ou je démissionne.
Il rit doucement, créant mon amusement malgré ma voix tremblante.
- Voulez-vous regarder ?
Il désigne la ville qui s'étale autour de nous d'un léger mouvement de tête, se rapprochant à nouveau de moi. Un frisson longe ma colonne vertébrale quand une autre bourrasque me bouscule un peu. Je tangue presque sur mes escarpins, repoussant mon envie de m'approcher un peu plus de lui. Comment a-t-il réussi à me faire venir sur cette terrasse ?
Est-ce normal, cette envie de me blottir contre lui ? Rien que pour sentir sa chaleur, son parfum ?
Je me racle la gorge quand son regard se fait plus insistant. Il m'a parlé, c'est vrai.
- Je... je ne préfère pas, bafouillé-je d'une voix sourde. Je crois que pour une première je vais m'en tenir à garder les yeux sur vous.
- Ça sera plus prudent.
Je me pince les lèvres, manquant de lui dire que je ne suis pas certaine que cela soit plus prudent de le regarder lui, mais me ravise. Je me suis suffisamment mise dans une position embarrassante pour ce soir. Et, prudent, n'est définitivement pas le terme auquel je pense quand je le regarde.
- La ville est merveilleuse ce soir. Vous loupez vraiment quelque chose, avoue-t-il dans une moue taquine après avoir jeté un coup d'œil autour de nous.
- Tant pis.
Ma réponse amplifie la malice qui danse dans ses yeux.
- Vous êtes sûre que vous ne voulez pas regarder ?
- Certaine, monsieur, affirmé-je avec assurance.
- Edward, me corrige-t-il immédiatement.
Il se mord légèrement la lèvre pour étouffer son rire alors que mon cœur s'affole.
J'n'ai pas besoin de voir la ville. Le spectacle des lumières illuminant ses yeux me suffit amplement. Autour de nous, tout est comme flouté. Je ne vois que lui. Je ne veux voir que lui.
- On va essayer quelque chose, reprend-t-il avec sérieux après un instant.
Je fronce légèrement les sourcils en le regardant faire un petit pas vers moi. Mon ventre se tord quand je prends conscience à quel point il est près. Son souffle chaud balaye mon visage une seconde, réduisant mes pensées qui s'affolent au silence. Que veut-il essayer, au juste ? L'appréhension broie sans ménagement mon estomac. J'ai la sensation que le temps se fige, et que, brutalement, les bruits de la ville autour de nous s'amoindrissent
- Fermez les yeux, murmure-t-il dans une lenteur démesurée.
- Quoi ?
Ma voix cassée et tremblante me fait rougir, trop consciente de notre proximité. Que me demande-t-il de faire ? Que veut-il ?
- Vous me faites confiance ? Demande-t-il en verrouillant son regard au mien.
Je me mords nerveusement les joues. Je le connais à peine ! Comment peut-il demander une chose pareille ? Pourquoi lui ferais-je confiance ? Au nom de quoi ? Je ne connais cet homme que depuis quelques semaines !
- Je... oui, lâché-je malgré les questions tourbillonnant dans mon cerveau, consciente de frôler l'imbécilité.
La fierté teint son regard une seconde avant qu'il ne fasse glisser ses doigts le long de mes poignets. Ses mains se rejoignent dans ma nuque, entourant lentement mon visage.
Le désir s'insinue en moi avec violence. Il inspire profondément, faisant s'accélérer ma respiration alors que mon cœur s'affole, s'apparentant à pire qu'un sprint. J'ai la sensation que je vais tomber quand son pouce passe effleure brièvement ma joue qui se colore à son touché. Et s'il m'embrassait ? Et s'il le faisait ? Là ? Maintenant ? Pourrais-je survivre à un pareil geste de sa part ?
- Fermez les yeux, répète-t-il, son pouce caressant à nouveau ma joue.
Comment puis-je accepter des gestes aussi intimes de sa part sans même lutter contre ?
Je suis, et de loin, la plus mauvaise professionnelle du monde… pourtant, je n'ai aucune envie de lutter contre lui, contre ça.
J'inspire lentement, presque par à-coups et mes paupières se ferment lentement, me privant de la superbe vue de son visage et de ses yeux me scrutant avec une attention inédite.
Le ventre noué, j'attends quelques secondes dans un silence des plus intenses. Mon cœur bat contre mes tempes et j'ai même la sensation que sa respiration s'accélère un instant.
Pourtant, il ne fait rien.
Son pouce caresse une nouvelle fois ma joue avant que ses mains ne quittent mon visage. Je m'accroche à ses bras quand je le sens me relâcher, la panique prenant le pas sur le désir bouillonnant dans sous ma peau.
- Je ne vais pas vous lâcher, s'amuse-t-il d'une voix pourtant basse.
Mes doigts s'enfoncent malgré moi dans ses avant-bras. Mon dieu, sa chaleur est incroyable ! Comment n'ai-je pas remarqué avant à quel point ses bras étaient musclés ?
Je me mords la lèvre à nouveau, l'aveuglement me rendant d'autant plus nerveuse.
J'ai l'impression que la sensation de son touché n'en est que décuplée. Ses bras entourent mes hanches après une seconde, me faisant rougir malgré moi. Mon sang s'affole dans mes veines, faisant bouillonner d'avantage le désir sous ma peau qui augmente à chaque seconde. J'aimerais pouvoir dire que je voudrais ne plus ressentir tout ça mais, à l'instant, ce désir, ces tremblements, son odeur autour de moi... tout ça, tout me fait me sentir plus vivante que je l'ai été depuis des années.
Quand il me ramène contre lui, son souffle se coupe en même temps que le mien.
Je tente de cesser de réfléchir pour ne pas défaillir mais je m'en sens incapable. Je suis dans ses bras. Dans ses bras. Son corps contre le mien est brulant, et j'ai du mal à penser quand sa respiration chaude s'écrase sur mon visage, brulant mes lèvres dans une délicieuse torture.
- Gardez les yeux fermés, murmure-t-il en appuyant brièvement ses mains sur mes hanches, me forçant à reculer d'un pas.
- Vous n'allez pas me faire passer par-dessus la rambarde hein ? demandé-je nerveusement, incapable de repousser mon envie de parler pour me distraire de la chaleur de son corps contre le mien.
- Non, je vais vous aider à voir.
Mes sourcils se froncent une seconde avant de le sentir me faire tourner entre ses bras.
Mon ventre se noue violement quand sa chaleur me quitte et que le vent, soudain plus frais qu'avant qu'il me prenne contre lui, balaye mon visage.
J'inspire à plein poumons, appréciant malgré tout de réussir à respirer plus profondément. Ses mains sur mes hanches me rapprochent de lui à nouveau. Je tente de ne pas réfléchir à la hauteur à laquelle nous nous trouvons et à l'effet que l'homme derrière moi me fait. Être avec lui est définitivement épuisant.
Mon corps se tend lentement, m'indiquant que me retrouver face à la ville de la sorte, et ce même si je ne la vois pas derrière mes paupières closes, n'est pas apprécié. Celui d'Edward dans mon dos me réchauffe doucement tandis que je tente de me raisonner pour ne pas laisser la panique m'envahir. Je ne crains rien. Aussi improbable que cela puisse paraître, je sais que je suis en sécurité contre lui. Quand il s'avance légèrement pour se retrouver totalement contre mon dos, se blottissant contre moi sans s'en cacher, ma respiration se coupe une nouvelle fois.
Je ne peux pas repousser ce que je ressens : cela me tétanise et me soulage à la fois... je sais désormais que je suis capable de désirer un autre homme que Riley.
Je déglutis à sa pensée, mes yeux me brulant derrière mes paupières closes.
- Respirez, conseille l'homme derrière moi d'une voix rauque après quelques secondes de silence.
La peur noue mon estomac douloureusement. Ça n'est pas seulement la hauteur, le vent qui me pousse sans arrêt contre mon client. C'est lui. Lui, et ce que je ressens pour lui qui me paralyse. J'ai la sensation que chacun de mes membres est ankylosé.
J'inspire aussi profondément que j'en suis capable et expire lentement, chassant les larmes qui menacent.
- Bien, commence-t-il d'une voix calme. Vous saviez que la Floride était appelée l'État soleil ?
Je me mords la lèvre, repoussant un sourire malgré les tremblements incessants qui me secouent. Ses mains se nouent entre-elles contre mon ventre, alors que son visage passe par-dessus mon épaule. Il doit surement admirer la vue qui s'ouvre devant nous. Cette pensée broie mon ventre horriblement.
- Je... non, avoué-je en fronçant les sourcils, perdue.
- Il fait beau presque toute l'année. De janvier à décembre, le thermostat ne descend jamais bas.
- Comme à New-York, lancé-je ironiquement.
- Tout à fait... mais, contrairement à New-York, nous n'avons jamais de neige ici.
- Je pense déménager dans cette ville sous peu, avoué-je en réprimant un rire.
- Vous n'aimez pas la neige ? s'étonne-t-il dans un sourire.
Je secoue la tête, ignorant son visage si près du mien.
- Trop froid... je... je déteste ça. On en a plein les cheveux, on est trempés, glacés... c'est détestable.
Cette fois, un rire le secoue.
- J'aime la neige, lâche-t-il en retrouvant son sérieux. Je regrette de n'en avoir jamais ici.
- Venez vivre à NY, vous serez servi.
- Je vais y penser.
Je ne refoule pas mon sourire puis inspire doucement. Ses cheveux caressent ma joue quand il pose son menton sur mon épaule, faisant sursauter mon cœur. Le désir, qui ne m'a pas quitté, s'accentue légèrement. J'ai envie de me blottir contre lui, de m'imprégner de son odeur mais me retiens, accrochant mes doigts à ses poignets pour m'ancrer dans la réalité. Essayer, du moins.
- On ne le voit pas avec la nuit noire mais, à droite, au bout de la terrasse, il y a l'océan Atlantique. Les plages de sables blanc et les palmiers le séparent de la ville qui grouille jour et nuit.
Sa voix chaude déclenche quelque chose en moi à mesure qu'il me parle. Le soulagement. Mon corps se détends lentement au contact du sien. J'inspire son odeur boisée, adoucissant et enflammant mon âme d'un même ensemble. L'effet que me fait cet homme est... incompréhensible, mais magnifique.
- Au fond, tout au fond de la ville, il y a Little Haïti... et vous êtes en une rue transporté dans les Caraïbes. La nourriture, les cafés, bars vibrants et animés, les sonorités créoles et ce monde artistique mouvementé... ils font tous les mois un festival, le Sounds of Little Haïti. C'est... absolument magnifique. Le quartier se transforme en fête, et tout le monde y est convié.
- Vous y êtes déjà allé ? demandé-je piqué par ma curiosité.
- Oui, avoue-t-il dans un sourire. C'est grandiose. Il faudrait que vous voyiez ça, un jour.
Un sourire étire mes lèvres sans que je ne veuille le retenir. L'entendre me parler de ce quartier me donne envie d'y aller, de voir ces couleurs, ces lumières... Oui, vraiment, je voudrais y aller… avec lui, peut-être.
- De l'autre côté de la baie, il y a South Beach. Ce quartier est très connu, beaucoup de films ont été tournés ici...
- Deux flics à Miami ? deviné-je.
Je le sens sourire alors qu'il se redresse légèrement.
- Entre autres, oui, s'amuse-t-il, un sourire dans la voix. Océan Drive est superbe. Elle longe la plage, avec ses palmiers et ses bars animés, elle parait sans fin. Je vous y emmènerai, un jour.
Cette perspective me fait me mordre la langue alors qu'il repose son menton sur mon épaule. J'en ai envie, vraiment, vraiment envie.
- Au milieu de la baie, il y a le port. Ça n'est probablement pas le port le plus beau du monde mais des centaines de bateaux sont amarrés là, et les allers et venues sont sans fin. Plusieurs bateaux éclairent actuellement le port et la mer autour... vous les voyez ?
Les yeux clos, je souris à nouveau, ce qu'il me décrit se dessinant sous mes paupières.
- Je les vois, murmuré-je dans un sourire. Le vôtre y est ? demandé-je, incapable de repousser ma curiosité une nouvelle fois.
Un rire le secoue.
- Comment savez-vous que j'ai un bateau ?
- Je ne le savais pas, répondis-je presque timidement. Je... j'ai supposé. Si je vivais dans cette ville... j'aurais probablement un bateau aussi.
Son corps se moule à nouveau au mien alors que je le sens de nouveau amusé. Je me détends dans ses bras, osant même m'appuyer légèrement contre lui. De longs frissons longent mon corps à chaque respiration de sa part.
- Il est amarré là-bas, oui, finit-il par dire dans un sourire. Si vous ouvriez les yeux, je pourrais peut-être vous montrer lequel c'est.
Je fronce les sourcils, peu convaincue.
- Je ne crois pas que ça sera une idée très judicieuse monsieur, avoué-je, le ventre toujours noué par le vide autour de nous.
Ses bras me serrent légèrement, faisant s'accélérer à nouveau mon cœur.
- Edward, me reprend-t-il à nouveau. Bien, alors je continue. À nos pieds, si vous sortez de Brickell, vous arrivez à Downtown. Bordé par la Baie, c'est un quartier très vivant de jour comme de nuit. Vous pouvez vous y promener, boire un verre à n'importe quelle heure. L'hiver, ils en décorent les rues de manière spectaculaire.
- Encore Noël ? grimacé-je malgré moi.
Edward contre moi éclate de rire le plus naturellement du monde.
- Je suis désolé de vous annoncer que nous sommes en plein dedans...
- Quel désastre, maugréé-je avec force.
- Les décorations sont rouges et vertes cette année, poursuit-il en souriant. Si vous pouviez ouvrir les yeux, vous verriez que cela tranche particulièrement avant les températures environnantes.
Les vibrations de sa voix résonnent dans mon corps à chaque mot. Suis-je réellement prête à ouvrir les yeux ?
- Mais je ne voudrais pas que vous fassiez un malaise alors gardez les fermer, rit-il avant même que je ne puisse ouvrir la bouche.
Mes doigts longent presque distraitement ses poignets pendant que sa voix rauque reprend sa description du quartier dans lequel nous sommes. C'est luxueux, certes, mais vivant, animé, et à deux pas de la plage et des rouleaux de la mer que j'entends plus loin.
Inspirant profondément, l'air iodé rempli mes poumons pleins de son odeur. Je m'appuis un peu plus contre lui, me laissant aller alors que le bout de mes doigts caresse le dessus de ses mains sans vraiment m'en rendre compte.
Sa peau à une texture incroyable. Elle est chaude, douce, lisse. Je suis certaine que ses caresses sont d'une délicatesse insoutenable. Le brasier de mon ventre qui s'était quelque peu calmé semble se rallumer brutalement. Mon souffle s'accélère malgré moi, prenant férocement conscience à quel point notre position est intime et inaccoutumée.
Je me tends contre lui alors qu'il décrit le quartier qui se dessine à gauche de notre position, incapable de l'écouter réellement.
Ma reprise avec la réalité est douloureuse. Je me rends compte de ce qui est en train de se passer : je viens de baisser les armes, rien qu'en étant contre lui. Le vin m'a-t-il embrouillé le cerveau au point d'enlacer mon client ? Ou est-ce mon attirance incompréhensible pour lui qui a repris le dessus une minute ? Pourquoi ai-je eu seulement envie de lui faire confiance comme ça ?
- Tout va bien ? finit-il par demander devant le silence que j'impose et ma respiration plus lourde.
- Je... je voudrais ouvrir les yeux monsieur, lâché-je précipitamment, l'envie de pleurer m'atteignant avec violence.
- Edward, corrige-t-il un peu plus froidement. Vous pouvez le faire, m'encourage-t-il, à mille lieux des tourments qui veulent m'engloutirent. Je vous tiens.
- Non je... s'il vous plait, plaidé-je d'une voix ridicule, luttant contre ma peur qui veut m'étouffer anormalement.
- On va rentrer, répond-t-il d'une voix calme.
Malgré tout, je sens son corps plus crispé et la tension augmenter dans son être entier.
Il me soulève contre lui dans la seconde qui suit, me ramenant à l'intérieur de son appartement dans une vitesse dépassant l'entendement.
J'ai du mal à comprendre comment on a pu arriver à scruter l'horizon -lui, du moins- enlacés de la sorte alors que je m'interdis depuis notre rencontre de céder à mes envies, à mon attirance pour lui.
Quand, une fois à l'intérieur, j'arrive à ouvrir les yeux, mon ventre se tord péniblement en retrouvant son visage. Il parait... déçu, contrarié.
Et je ne sais brutalement plus où me mettre lorsque je me recule de deux pas, coupant définitivement tout contact entre nous.
Cet homme est dangereux, j'en prends douloureusement conscience. La vérité le concernant est presque intolérable : il me plait. Il me plait vraiment. Comme aucun homme ne m'a plus depuis des années… depuis Riley.
Il me plait et, à la façon dont il me regarde depuis le début de la soirée, je sais que ce que je ressens n'est pas que de mon fait. Mais ça ne devrait pas être le cas ! Il me croit toujours en couple avec Riley. Il sait que j'appartiens à quelqu'un d'autre, pourtant, il ne fait rien pour se tenir éloigné de moi. Quel genre d'homme fait ça ? Quel genre d'homme prends dans ses bras une femme qui appartient à un autre ? Quel genre de femme se laisse faire ?
La réalité m'étrangle. Je tremble tellement que je me demande vaguement si je ne devrais pas m'asseoir.
- Je... J'ai été apparemment trop présomptueux, murmure-t-il après une seconde à m'étudier me battre contre mon envie de m'enfuir en courant.
- Non je... c'est moi je...
- Isabella, tout va bien, me rassure-t-il en s'approchant d'un pas alors que je dois avoir l'air d'une folle.
- Je, je n'en suis pas certaine...
- Vous avez réussis à tenir à l'extérieur, à plus de 50 mètres de hauteur pendant mon ennuyante description de la ville...
Je me mords la lèvre, baissant brutalement les yeux. Il pense que c'est mon vertige qui m'a fait paniquer ? Vraiment ? N'a-t-il pas conscience de la torture que m'inflige mon cerveau depuis notre rencontre ? D'autant plus depuis mon arrivée ici ? J'ai la sensation que je vais imploser, ou fondre en larmes. L'un n'empêchera dans tous les cas pas l'autre.
Deux doigts se posent sous mon menton, m'obligeant à relever les yeux vers lui. Ses prunelles sont claires, bien qu'inquiètes.
- Ne baissez pas les yeux devant moi. Jamais.
Je déglutis nerveusement, secouée par de longues slaves de frissons tandis que son regard court sur mon visage qui rougit sous sa coupe.
- Tout va bien, répète-t-il doucement.
Un sourire presque invisible flotte sur ses lèvres quand j'inspire calmement, souhaitant vraiment me reprendre. Je suis ridicule de me mettre dans un état pareil. Je dois trouver la limite entre ce que je peux faire, et ce que je ne peux pas. Être enlacée par Edward Cullen est définitivement dans le camp des je ne peux pas.
- Miami à l'air d'être une ville... superbe, réussi-je à dire après plusieurs secondes.
Son sourire s'agrandit doucement tandis que ses doigts quittent mon visage dans une caresse qui fait s'accélérer mon cœur.
- Elle l'est. Si jamais vous avez envie de la visiter...
- Je... merci, le coupé-je, désireuse de ne pas l'entendre me proposer de le faire avec lui.
Que lui dirais-je alors ? Que je ne peux pas partager plus de temps avec lui ? Que je m'en sens incapable, bien que j'en meurs d'envie ? Que le réaliser est plus douloureux que tout ? Que je n'arrive pas à m'empêcher de me sentir coupable bien que mon mari ne soit plus de ce monde ? Que j'ai la sensation de le trahir chaque fois qu'il me sourit ?
Cette pensée noue douloureusement ma gorge et mon ventre, me faisant prendre conscience qu'il faut que je m'en aille avant que tout cela m'échappe. Je ne peux pas faire comme si être avec cet homme ne me torturait pas au point de ne plus savoir qui je suis, et ce que je veux.
- Je vais rentrer, lâché-je, la gorge nouée.
Edward Cullen me dévisage une seconde, puis je fais demi-tour pour aller récupérer mes affaires sous ses yeux inquiets. Mille questions dansent dans son regard qui me suit à travers la pièce. J'aimerais savoir le fond de sa pensée autant que j'aimerais, je crois, qu'il me dise de ne pas m'enfuir aussi brutalement. Je n'arrive pas à me calmer quand j'enfile ma veste, incapable d'agir sereinement.
Je veux partir. Je le veux… et je ne le veux pas. Je ne tourne vraiment pas rond.
- Je vous raccompagne, murmure-t-il d'une voix si tranchante que je n'ose même pas répondre, ni même le regarder.
Dans un silence pesant, le ventre noué, on regagne l'ascenseur qui nous ramène dans le parking de l'immeuble. J'étouffe. J'ai la sensation que cette soirée n'a été qu'une succession de bouleversement plus difficile à encaisser les uns que les autres.
Je ne me comprends pas. Je ne comprends pas Edward. Je n'arrive pas à cerner pourquoi je me torture autant, pourquoi je me pose autant de question, pourquoi, sa présence, n'est pas comme celle du reste de mes clients. Pourquoi est-il si différent ? Pourquoi suis-je incapable d'affronter tout ce que mon corps ressent ?
Arrivés au sous-sol où une voiture m'attend, la sérénité s'empare un peu de moi, faisant cesser ma lancinante torture. Savoir que je vais regagner ma suite où je serais seule -surtout loin de lui- me fait du bien.
- Vous voulez que je vienne pour quelle heure demain ? finis-je par demander une fois devant la berline sombre.
- 8h, dit-t-il, le regard fixé sur le véhicule devant nous.
Sa froideur ne me surprend pas. Je sais que j'ai un comportement déplorable. Ce n'est pas lui qui n'est pas normal… C'est moi. Je fais n'importe quoi. Je dis n'importe quoi. Que pense-t-il de moi, maintenant ? A la distance entre nous, j'ai le sentiment d'être détestable.
- Je serais là à 8h, alors, soufflé-je doucement, ralentit par les sensations contradictoires que je ressens.
Qu'est-ce qu'il m'arrive à la fin ?
Quand son regard retrouve le mien, mon cœur s'arrête une seconde. Comment fait-il pour me donner l'impression, en un seul regard, d'être soudain quelque chose de... précieux ? Alors que la seconde d'avant j'avais la sensation d'être cruelle ? Il n'a pas l'air d'être en colère contre moi… il a juste l'air… perdu.
Ses doigts remontent à hauteur de mon visage et, ses yeux ne lâchant pas les miens, il glisse une mèche de cheveux derrière mon oreille dans une douceur qui me fait trembler.
- Merci d'être venue ce soir, finit-il par dire après un instant de silence.
- Merci de m'avoir invitée, réussi-je à dire en dépit de mon cœur fou, qui, à nouveau, à envie de me percer la poitrine.
- Bonne nuit Isabella, murmure-t-il en se reculant lentement.
- Bonne nuit Edward.
Son prénom dans ma bouche le fige alors que mon souffle se coupe.
Tremblante, je me force à lâcher son regard empreint d'une intensité inédite et monter dans la voiture sans un autre regard pour lui.
Bordel.
Je ne sais même pas comment tout ça à bien pu arriver. Je ne comprends rien. Tout m'échappe…
Quand la voiture démarre et s'éloigne, laissant Edward seul dans le parking derrière nous, je n'ai qu'une envie alors que les larmes reviennent bruler mes yeux : je voudrais être capable de le rejoindre immédiatement.
Coucou mes petites cuillères !
Un nouveau chapitre un peu en avance, peut-être qu'il y en aura un autre ce week-end... si j'ai le temps ^^'
Je sais, Bella vous rends dingue (sorry but not sorry) Mais respirez, ça va bien se passer ! Et elle ne vas pas exploser (enfin je pense :'D)
Merci pour vos réponses par rapport au lemon, ça m'aide pas vraiment ahah mais bon, je pense savoir ce que je vais faire grâce à vos réponses alors, merci quand même !
Vous me laissez un mot ? (oui, même toi là qui ne laisse jamais de review ! Manifestes-toi que je sache que ça te plait !)
J'vous embrasse,
Tied.
