Chapitre 11

The Christmas song - Gregory Porter

Je m'insulte mentalement pour la centième fois en une demi-heure.

Je ne sais pas pourquoi j'ai fait ça. Si, je sais. J'en ai eu envie. Bordel.

Pourquoi a-t-il fallu qu'Edward se pointe à mon bureau au milieu de l'après-midi ? Pourquoi a-t-il fallu qu'il m'offre ces cadeaux ? Pourquoi a-t-il fallu qu'il soit... tellement lui ?

- Pauvre idiote ! craché-je à mon reflet dans le miroir de la salle de bain.

Bon sang mais qu'est-ce qu'il m'a pris ?

Remet-toi Swan !

Je suis rentrée à mon appartement comme une furie après le départ d'Edward Cullen, prétextant devoir aller me cacher pour mourir de honte à Jacob. Pour dire vrai, je suis morte de honte dans mon bureau, et je n'en ai plus grand chose à faire.

Edward Cullen va passer le réveillon de Noël avec nous. Il va être là, avec nous, avec moi, dans la même pièce que moi, avec nos amis toute la soirée. TOUTE LA SOIREE. Et je suis la pauvre... inconsciente qui le lui a demandé ! Qu'est-ce qu'il m'a prit ? Je soupire, puis grogne en laissant tomber ma tête contre mon bras.

Bon sang, achevez-moi !

- Bella ! Bouge-toi !

Je soupire, puis me redresse en inspirant lentement. Je ne suis pas certaine de pouvoir le faire… mais je vais le devoir.

- T'as fini de t'apitoyer sur ton sort ? me demande mon meilleur ami quand je déverrouille la porte de sa salle de bain.

Mon regard noir ne le fait même pas frémir.

- Pas tout à fait, avoué-je de mauvaise grâce en le bousculant pour passer.

- Tu es ravissante, me complimente-t-il en m'ignorant.

Je grogne pour réponse et pénètre dans la cuisine.

- Oh allez, ce n'est pas un drame !

- Pas un drame ? m'écrié-je en ayant la sensation que mon cerveau s'arrête brutalement de fonctionner. Je... écraser le chat de ta voisine le jour de la fête des voisins n'est pas un drame Jake ! Ou... ou faire croire à la petite déguisée en sorcière à Halloween que tu as déjà tout donné alors que tu t'es juste empiffré...

- Hé !

- J'ai invité Edward Cullen à fêter le réveillon avec nous !

- C'était très gentil de ta part, fait remarquer Sam en pénétrant dans la pièce.

Je laisse ma tête retomber en arrière et ferme les yeux, clairement au bout du rouleau.

- Ok, je te l'accorde... il a dû te prendre pour une folle.

Cette fois, je geins de désespoir.

- Mais... vois le bon côté des choses : il a accepté de venir !

Brutalement, j'ai envie de pleurer. Tout ça… tout est absolument n'importe quoi.

- Si tu l'as fait c'est peut-être simplement que tu en avais envie, commente Sam qui enfile un tablier où il y a écrit C'est moi le boss.

Je lui adresse un regard de biais qui le fait sourire d'une manière bizarre.

- Et s'il a accepté... continue-t-il d'une voix joyeuse.

- J'veux même pas l'entendre, gémis-je en sortant de la cuisine sous leurs rires.

Je dois vraiment réussir à penser à autre chose avant de devenir folle. Ma rencontre avec Edward va finir par m'achever. Je soupire en traversant le salon avant de me planter devant la baie qui donne sur leur petit jardin.

Avoir une jolie maison et un jardin en plein NY n'est pas donné à tout le monde. Je me tâte une seconde à sortir avant de renoncer.

Il neige à nouveau, et je n'ai aucune envie de mourir de froid.

Une année encore, ils ont décoré leur jardin -et leur maison- de manière spectaculaire. La pessimiste en moi s'est moquée d'eux en leur disant qu'ils étaient pires que des enfants... la gamine en moi a trouvé ça un peu joli. Évidemment, pour rien au monde je ne leur dirais.

Je finis par revenir au centre du salon et décide de dresser la table pour ne pas devenir folle. J'ai besoin de m'occuper les mains et l'esprit en attendant que la source de mes tourments arrive -d'une minute à l'autre.

Quand la sonnerie -Jingle Bell- retentit dans la maison après plusieurs minutes où je m'affaire à terminer la décoration de la table, une vague d'angoisse me submerge violemment. C'est lui ? Déjà ?

Je soupire de soulagement en entendant la voix de Leah, suivie de Paul, son plan-cul/petit-ami/étranger depuis presque un an. Ils refusent l'un et l'autre de mettre de nom sur leur relation et, bien que cela soit un peu étrange, je comprends presque leur choix. Temps qu'ils sont heureux ensemble…

- Salut peau pâle ! s'agite Leah en venant vers moi pour me prendre dans ses bras.

- Toujours pas décidé à faire un blanchiment ?

- Pour avoir ta tronche ? Tu rigoles !

J'adore Leah, vraiment. Ce petit bout de femme qui ne dépasse pas le mètre soixante est une tornade dans tous les sens du terme, mais elle est aussi ma meilleure amie depuis l'école élémentaire.

- Leah, je t'interdis de t'approcher plus de la table, c'est compris ? Argue Jacob avec force en toisant cette dernière sérieusement.

- Dis celui qui a fait tomber la pi...

Sam, derrière Jacob, fait de grands gestes à Leah pour qu'elle ne remette pas ça sur le tapis. Pas encore.

- Ok, je resterai dans le canapé ! crache celle-ci en approchant de ce dernier pour s'y laisser tomber.

- Chaque verre coute 5 dollars, se justifie Jacob quand il voit que je le regarde noir. J'ai aucune envie qu'elle fasse tomber la table pour je ne sais quelle raison !

Je ne peux lui donner complètement tort. C'est arrivé il y a trois ans et Leah a dû racheter tout le service à vaisselle des garçons. J'embrasse Paul qui, comme toujours, rit de leurs bêtises.

- J'vais devoir manger dans le canapé aussi ? S'inquiète Leah depuis le canapé en fronçant les sourcils.

À nouveau, la sonnerie résonne dans la maison, faisant s'arrêter mon cœur.

- Qui est-ce qui a ramené le dessert ? S'écrit joyeusement la voix d'Angela en pénétrant dans la maison sans que personne ne lui ouvre.

- Tu es ma reine ! S'écrit Sam en la rejoignant pour l'embrasser.

- Laisse-la dehors, il faut qu'elle s'aère avant qu'on la mange !

- Ok chef ! Ben ! T'as encore eu la bonne idée de te raser le crane ? s'exaspère le mari de mon meilleur ami en voyant Ben retirer son bonnet.

- Un pari à la con, avoue ce dernier en fusillant Angela du regard qui vient me prendre dans ses bras pour me saluer.

- On finit par s'habituer, assure cette dernière en m'adressant un regard plein de moqueries. Tu vas bien ?

- Comme en 40, souris-je, tendue comme un arc.

- Allez, je suis certaine que ça va être sympa !

Je soupire en réponse, tentant de penser à autre chose qu'au fait qu'Edward est maintenant le dernier à arriver. Vais-je mourir de stress ? Sincèrement, j'en suis presque certaine !

- Ok ! s'exclame Sam après quelques minutes à échanger avec les autres. Ce soir... notre merveilleuse Bella ici présente, a proposé à son... euh...

- Ami, souffle Jacob en m'adressant un sourire diabolique.

- A son ami, de venir faire le réveillon avec nous alors j'vous demande de l'accueillir le plus...

La sonnerie résonne dans la maison, le stoppant dans sa grande déclaration.

Figée, je n'ose bouger quand tous les regards convergent vers moi.

- T'attends quoi ? s'égosille soudain Leah en bondissant du canapé comme si elle avait été piquée aux fesses.

- Je... je... ça n'est pas chez moi, m'étranglé-je en secouant vivement la tête.

Désormais, je songe à m'en aller par le jardin et ne plus jamais revenir. Tant pis pour la neige. Depuis quand suis-je si peu courageuse ?

- Oh allez ! Va ouvrir Bella !

Je fusille du regard Sam avant de sentir Angela me pousser carrément vers l'entrée. La traitresse !

Avant de sortir de la pièce pour gagner l'entrée de la maison, je jette un regard circulaire à mes imbéciles d'amis, à ma famille puis soupire, vaincue.

- Bon je... soyez... cool ok ? Pas de... pas de truc bizarre ou de...

- Bordel tu vas allez lui ouvrir oui ?! S'agace Jacob en me faisant signe de la main de déguerpir.

Je l'assassine du regard avant de partir dans l'entrée. Je sais, je suis ridicule. Mais… bon sang, je suis incapable de faire autrement !

Derrière la porte vitrée, je devine sa silhouette et me mords la lèvre. Mon cœur s'accélère avant que je ne souffle pour tenter de maitriser l'angoisse qui m'engloutit.

Tu peux le faire Swan. Tu vas le faire.

Je jette un coup d'œil derrière moi pour voir que tout le monde m'observe.

- Regardez ailleurs ! m'énervé-je à voix basse.

Quand ils disparaissent tous en soupirant et que les conversations reprennent joyeusement dans l'autre pièce, j'ai dû mal à ne pas sourire. Mes amis sont fous à lier… Suis-je aussi cinglée qu'eux ? En ouvrant la porte, je me rends compte que je suis sûrement celle qu'il l'est le plus.

Je reste figée une seconde, savourant ce que mon corps ressent sans le repousser, cette fois.

Edward Cullen, sur le perron de mon meilleur ami... qui l'aurait cru ? Est-il possible qu'il soit encore plus beau que d'habitude ? Est-ce la neige qui continue de tomber inlassablement qui lui donne cette aura ? Ou les guirlandes de l'entrée qui illuminent son visage ? Ou juste... lui ?

- Bonsoir, finit-il par dire après quelques secondes à me dévisager avec cette intensité folle qui est la sienne.

- Bonsoir, répondis-je, ralentie par les battements incontrôlables de mon cœur devenu fou. Je... entrez, me forcé-je à dire, me sentant idiote à rester plantée là, incapable de détacher mes yeux de son visage parfait.

Je m'efface pour le laisser pénétrer dans l'entrée et retient même mon souffle quand il passe près de moi.

- Vous êtes sûre que je ne dérange pas ? demande-t-il à voix en basse en jetant un coup d'œil à l'arche qui nous sépare du salon où les voix et les rires fusent.

- Certaine.

Je tente un sourire rassurant, mais j'ai tellement la sensation d'être tétanisée par sa proximité et sa présence ici que je me demande franchement lequel de nous deux doit être rassuré.

- Je ne resterai pas longtemps.

Je fronce les sourcils, un peu troublée par sa phrase alors que la déception remonte dans ma poitrine.

- Je ne veux pas m'imposer, explique-t-il dans un léger sourire, son regard s'adoucissant légèrement.

- Ça n'est pas le cas. Je veux dire je… je vous ai invité, lui rappelé-je en retenant mal un rougissement.

Son sourire s'amplifie légèrement alors que son regard verrouille le mien. A nouveau, j'ai le sentiment que le temps se fige. Je me reprends après quelques secondes de silence, puis l'invite à me suivre.

Je ne sais absolument pas comment je vais survivre à cette soirée !

En le devançant pour entrer dans le salon où tout le monde est rassemblé, je me rends compte à quel point je tremble.

Une pensée me traverse alors que les regards convergent tous vers moi… vers nous.

Mon mari n'est pas là.

Il n'est... plus là.

Je déglutis difficilement, tente de reprendre le contrôle de mes pensées qui s'emballent douloureusement. Et puis, ça me percute, me coupant le souffle. Mon client va comprendre. Il va comprendre !

Comment ai-je pu ne pas y penser avant ? Étais-je si obnubilé par sa venue que j'ai oublié qu'il va comprendre ce soir que je lui cache cela depuis des semaines ? Comment n'y ai-je simplement pas pensé une seule seconde ?!

J'inspire quand je me rends compte qu'on attend que je parle. Tout le monde à les yeux rivés sur moi. Je respire le plus calmement possible, essayant de ne pas fondre en larmes de manière ridicule avant même de réussir à ouvrir la bouche.

- Tout le monde je... C'est Edward Cullen. Edward, j'vous présente Sam, le mari de Jake. Leah, Paul, Ben et, Angela, que vous connaissez déjà.

Putain mais pourquoi lui ai-je demandé de venir ?

Ils le saluent tous dans un même bonsoir joyeux qui me tire un léger sourire malgré tout.

Rapidement, Sam propose de débarrasser Edward de son caban, Jacob lui demande s'il n'a pas peiné à trouver l'adresse et Paul prends part à la conversation alors que je m'écarte légèrement, les laissant parler entre homme.

J'ai besoin de respirer et de me reprendre avant de me ridiculiser un peu plus. Comment tout cela est possible ?

Pendant une minute, je les regarde échanger avec facilité, me perdant dans la contemplation d'Edward Cullen au milieu de ma famille.

Je me pince les lèvres, refoulant mes questions de plus tôt. Ça n'est vraiment pas le moment que je me torture avec ça. Après tout, je ne lui ai jamais directement menti. Rien ne m'a jamais obligée à lui dire que j'étais veuve, et je n'ai jamais prétendu que Riley était encore en vie, et m'attendais chez nous…

Je soupire, jette un coup d'œil à l'extérieur où il fait nuit, désormais.

- Il est... commence Leah en arrivant à mes côtés pour observer les garçons à l'autre bout de la grande pièce.

- Je sais, dis-je juste, le regard fixé sur Edward qui sourit face à Paul qui gesticule pour expliquer quelque chose que je n'entends pas.

- Alors... Monsieur Cullen est devenu Edward, fait remarquer Angela en nous rejoignant.

Ma gêne se manifeste vivement alors que les sourires des filles fleurissent.

- Je... il m'oblige à l'appeler ainsi.

Mes amies autour de moi pouffent, me faisant les regarder de travers.

- Il t'oblige ? Sérieux ? Moi il peut m'obliger à faire ce qu'il veut quand il veut, j'te...

- Hé ! m'offusqué-je en grimaçant rien qu'à imaginer Leah avec Edward…

Non, jamais !

- Avoue qu'il te plait, argue cette dernière un peu plus bas, me faisant rougir un peu plus.

- Il lui plait, répond Angela sans que j'ai le temps d'ouvrir la bouche.

- Ah ah ! Je le savais ! Petite cachotière !

Je lève les yeux au ciel devant leurs bêtise puis soupire, mes questions revenant comme un boomerang.

- Je ne lui ai rien dit... pour Riley. Il... il ne sait rien.

Les filles échangent un regard alors que je me sens de plus en plus mal face à la conversation que je viens de lancer. J'ai réellement envie de m'enfuir. Nom de dieu ! Pourquoi ai-je toujours besoin de me fourrer dans des situations impossibles depuis que je connais Edward ?

- Tu ne lui as rien dit ? s'étonne Angie en me regardant comme si j'avais un troisième œil au milieu du front.

Parce que je suis une imbécile ?

- Je... on n'a jamais vraiment... parlé de... ça, avoué-je en haussant les épaules. Je ne voulais pas lui mentir mais en même temps...

- Ça mettait une barrière entre vous, acquiesce Leah sans que je n'ai besoin de le dire à voix haute.

Je regarde mon amie avant de baisser les yeux, gênée, touchée qu'elle m'ait compris si rapidement, si clairement. Elles me connaissent définitivement bien trop.

- Écoute... laisse juste... les choses se faire et on va faire en sorte que ça se fasse... bien.

- Leah je... non, supplié-je en sentant la panique revenir.

- Un petit coup de pouce n'a jamais fait de mal à personne, s'amuse Angela dans un sourire.

- Je... Non ! Les filles je... non ! Vraiment je... on en est pas du tout là. Pas du tout je... ça se trouve je ne l'intéresse même pas !

Elles échangent un regard, puis éclatent de rire en même temps. Je soupire et ai de nouveau envie de disparaitre de la pièce.

- Ça n'a rien de drôle, grogné-je entre mes dents, mes yeux se posant sur le visage de mon client visiblement amusé par la conversation autour de lui.

- Franchement, si tu ouvrais un peu les yeux, tu verrais que cet homme n'a d'yeux que pour toi. Je suis certaine que même Leah est transparente pour lui !

- Ça me désole de l'avouer mais j'en suis certaine aussi. Il m'a à peine regardé, marmonne cette dernière avec un air de condamnée à mort.

Je mords ma lèvre à nouveau, laissant mon regard trainer sur la nuque du sujet de notre conversation avant de soupirer, mes pensées s'emmêlant.

- J'sais même pas ce que je veux, avoué-je en m'agaçant moi-même.

- Bai...

- Leah ! la coupé-je vivement alors qu'elles éclatent de rire à nouveau.

Peuvent-elles arrêter de rire à mes dépends ?!

- Allez, déride-toi ma vieille ! On va passer une super soirée, promet Angie en passant son bras autour de moi pour me ramener contre elle dans un geste tendre.

J'inspire lentement et essaie de me convaincre que je vais survivre.

Ça va être une bonne soirée. Je peux le faire.

Edward à l'air étrangement à l'aise au milieu de mes amis. Le voir ici est... détonnant. Il a troqué sa veste de costard habituelle pour une simple chemise bleu clair cintrée parfaitement, qui mets en valeur ses larges épaules.

Je soupire en baissant les yeux vers mes mains où mon alliance semble peser une tonne chaque fois que mes yeux s'égarent sur la personne assise en face de moi dont le regard revient sans cesse sur moi, malgré les conversations, les gens autour.

Je bois une énième gorgée de mon champagne, essayant d'ignorer la chaleur dans mon corps chaque fois que son regard croise le mien.

Je ne m'habitue pas à sa présence. Mon corps réagit toujours de cette manière extrême, presque douloureuse. Mon cœur bat vite, mon sang boue sous ma peau, ma peau se pare de frissons... Je suis presque heureuse que les filles aient tenu à avoir le canapé pour nous trois, cela m'évite d'avoir, en plus son odeur me torturant.

Cependant, l'avoir pile en face de moi, de l'autre côté de la table basse est... déconcertant.

- Alors comme ça, vous bossez tous les deux ? demande Paul après une conversation animé autour du dernier match des New York Knicks -grâce à laquelle j'apprends que mon client n'y connait rien.

- Je travaille pour lui, le corrigé-je en ignorant volontairement le regard de mon vis à vis qui me dévisage encore.

- Petit veinard, s'amuse Paul en lui donnant un léger coup d'épaule.

Sa phrase fait naitre chez Edward ce sourire presque invisible qui fait s'accélérer mon cœur violemment.

- Paul ! le gronde Angela, ne pouvant ne pas sourire pour autant.

Je tente de ne pas rougir et inspire lentement en avalant une gorgée de mon champagne.

- Je devrais paraitre offusquée non ? demande Leah d'une voix plate, les yeux dans le fond de sa coupe de champagne.

Les autres éclatent de rire alors que mon client fronce légèrement les sourcils, ne comprenant visiblement pas ce que raconte Leah.

- Tu devrais être offusquée si tu étais sa petite amie, intervint Sam dans un rire.

- Oh, c'est vrai, admet Leah en croquant dans une tomate cerise.

- T'inquiètes chérie, tu restes mon option numéro un, se défends Paul en adressant un regard énamouré à Leah.

Cette dernière lève les yeux au ciel, mais n'arrive pas à ne pas sourire pour autant. Si ces deux-là ne sont pas amoureux l'un de l'autre…

- J'vous avais prévenu que mes amis étaient étranges, soupiré-je en jetant un regard à Edward qui assiste à la scène comme on assiste à un match de tennis.

- Vous n'avez pas encore vu toute ma famille, rétorque-t-il dans un sourire.

Mon cœur loupe un battement. A-t-il dit pas encore ?

Il y a un léger silence où je me perds sans arriver à lutter dans son regard clair et calme, puis Jacob lève son verre pour porter un toast, me sortant de mon trouble face à l'intensité de ses yeux incroyables.

- À nous, dit mon meilleur ami très dignement, sa coupe en l'air. À notre...

Son regard glisse vers moi, déviant mon attention.

- 17ème, lui indiqué-je dans un sourire.

- A notre 17ème Noël ensemble ma Bella, à notre... 10ème réveillon à boire du champagne et, surtout, à notre nouvel invité ce soir qui nous honore de sa présence.

Je lève les yeux au ciel en même temps qu'Edward en face de moi. Notre geste nous fait sourire mutuellement.

Je suis plus détendue que je l'aurai cru. Je ne suis pas la plus à l'aise, surtout lorsque mon alliance pèse une tonne mais je pense que cette soirée va m'aider à… appréhender un peu mieux mes réactions envers l'homme qui me fait face.

Si, pendant l'apéritif, j'ai la sensation de mieux maitriser mes émotions, à table, c'est pire.

C'est mille fois pire.

Il est assis à côté de moi. En prime de son odeur, sa cuisse frôle la mienne depuis le début du repas.

Le désir, l'alcool, l'effervescence de la fête autour de nous, tout se mêle dans mon crâne qui manque d'exploser quand les doigts d'Edward frôlent les miens sur la table quand il attrape le pied de son verre à vin.

Je ramène discrètement ma main contre mon poitrine, consciente, pourtant, de frôler l'absurde. J'ai la sensation d'avoir 15 ans, et de vivre mes premiers émois.

Les conversations vont bon train. Edward rit souvent, et je n'arrive presque pas à détacher mes yeux de lui.

Que m'a-t-il fait ? J'ai l'impression d'être incapable de m'intéresser réellement à autre chose qu'à son rire, qu'à son regard ou chaque chose de lui qu'il dévoile avec aisance. Il aime la musique. Il va à des concerts sans cesse (m'en serais-je seulement douté !) Il déteste en grande partie l'art, ne trouve aucun intérêt aux jeux de société (ce qui choque la tablée tout entière) et n'a de cesse de dire que les chats sont des animaux diaboliques, ce qui créer une polémique à table.

- Franchement ! Vous ne pouvez pas me dire qu'un chien vaut mieux ! m'horrifié-je.

- Et par mille fois ! s'écrit mon voisin de table en se tournant vers moi. Vous avez déjà vu un chat défendre son maitre quand il se fait attaquer ?

- Je... ok, admis-je en réalisant que je n'ai pas de preuve pour le contrer dans ce qu'il insinue. Mais si vous regardez le reste... un chien c'est... ça bave ! Il faut le sortir mille fois par jour, et vous pouvez lui lancer un bâton mille fois il ira le chercher !

- Ça s'appelle de la loyauté.

J'éclate de rire, ce qui a l'air de satisfaire Edward qui sourit à nouveau à m'en faire perdre les pédales.

- Ça s'appelle de la bêtise, dis-je entre deux rires. Je ne prendrais jamais de chien à vivre avec moi, hors de question !

- Je n'admettrais jamais qu'un chat vaut mieux !

- Eh bien, vous vivrez avec votre chien, moi avec mon chat et tout ira bien !

Il lève les yeux au ciel, avant de rire, amusé par ma répartie idiote.

- Vous aviez un chat avec Riley non ? demande Paul, le nez dans son assiette.

Je me fige légèrement, oubliant pourquoi je riais une seconde avant alors que j'ai la sensation que l'on m'a foutu une gifle.

- Il est devenu quoi ce chat ? continue-t-il en ignorant Angela face à lui qui lui fait des gros yeux.

Un léger silence flotte alors que je me gratte la gorge, maintenant bien trop sérieuse.

- Je... la mère de Riley a voulu le récupérer quand j'ai quitté Statent Islande, dis-je juste, pétrifiée sur ma chaise alors que la conversation est littéralement en train de m'échapper.

Le regard d'Edward à mon côté me fait comprendre qu'il a saisi que l'on parlait de mon... mari. Bordel.

- Quelqu'un veut des brocolis ? demande Jacob, espérant passer à autre chose.

- Ce chat, c'était une terreur, enchaine Ben dans un sourire nostalgique. Le nombre de fois où il a voulu me bouffer !

- Vous voyez ! glisse Edward en se penchant légèrement vers moi dans un sourire de victoire.

Je tente de sourire aussi, mais je n'y arrive pas.

- Des brocolis ? insiste Jake en tenant le plat en hauteur devant lui, le regard désespéré.

- Comment il s'appelait déjà ?

- Personne pour les brocolis ?

- Roger, se souvient Paul avant d'éclater de rire. Riley à toujours trouvé des noms débiles à ses animaux !

Malgré tout, je me sens sourire lentement.

C'est vrai que Riley à toujours donné des noms totalement idiots à ses animaux. Des vieux prénoms, pour la plupart. Et d'autre un peu plus bizarres…

- Gamin il a eut un chat qu'il a appelé compote, continue Ben dans un rire en secouant la tête. Qui fait ça ?

La table rigole doucement. De ces rires un peu étranglés, un peu gênés qui sont là quand on évoque des souvenirs joyeux qui sont devenus douloureux parce que la vie en a décidé autrement. Pour Riley, la vie à simplement changé d'avis, et l'impact a été violent pour chaque personne autour de cette table.

Les rires se taisent lentement, et mon cœur s'alourdi une nouvelle fois.

- Ce qu'il me manque ce con, soupire Paul dans un sourire triste, l'émotion nous secouant tous.

Pendant quelques secondes, un silence presque religieux s'installe alors que la douleur s'éveille plus violemment, me faisant respirer plus vite.

Les doigts d'Edward se posent contre les miens sur la table, ce qui fait sursauter mon cœur.

Les autres échangent quelques mots, mais je n'arrive plus à les écouter.

À son contact, la douleur de la perte de Riley diminue lentement, jusqu'à devenir plus supportable. Je relève les yeux vers lui après une seconde, me perdant dans la clarté de iris où je me noie sans lutter.

Pour la première fois depuis que je connais Edward, je me laisse envahir par les émotions qu'il provoque en moi, refusant de m'enfuir, de détacher mon regard du sien, ou de simplement retirer ma main. Je n'en ai pas envie. Je veux juste... je veux juste ressentir ce qu'il me fait éprouver à l'instant. Cette sensation de n'être plus seulement une femme brisée par la mort de son mari. Cette sensation d'être... juste une femme. Juste ça. Juste moi. Dans ses yeux, je suis Isabella, et rien d'autre.

- À Roger, dit soudain Jake ne levant son verre de vin au-dessus de la table.

J'étouffe un rire un peu nerveux en reportant mon attention sur la tablée, partagée entre mon chagrin et le souvenir de ce chat que Riley adorait mais qui détestait tout le monde, même moi.

- À Riley, souffle Paul en me regardant avec tendresse et douleur mêlés.

- À eux, réussi-je à dire en levant mon verre, sentant le regard d'Edward sur mon visage et la sensation dans mon ventre que ses doigts toujours contre les miens me font.

On trinque tous ensemble, y compris Edward qui, sans broncher, encaisse la nouvelle de la mort de mon mari en écoutant les conversations qui tournent autour de celui-ci pendant quelques minutes encore.

Il n'a pas l'air en colère ou... déçu. Je ne sais même pas ce que je dois comprendre à travers son regard qui ne change pas me concernant. Toujours aussi intense, déroutant, troublant et prodigieux.

Je sais juste que, le reste du repas, ses doigts effleurent régulièrement les miens, et mon cœur sursaute un peu plus fort à chaque fois.

Deux heures plus tard, je me retrouve seule dans la cuisine à faire la vaisselle. Jake était censé m'aider, mais ce salaud à préférer partir profiter de la musique avec les autres qui dansent et rient comme des fous dans le salon qu'ils ont plongé dans le noir, laissant allumées seulement les lumières du sapin et les dizaines de guirlandes qui décorent la pièce.

Pour dire vrai, être un peu seule me fait du bien. Edward est sorti appeler sa famille et, malgré moi, je dois admettre que me tenir loin de lui quelques minutes m'aident à retrouver un tant soit peu de concentration.

Cet homme est... comment le qualifier avec des mots ?

- Besoin d'aide ? demande son ténor juste derrière moi me faisant relâcher l'assiette entre mes mains sous la surprise. Désolé, s'amuse-t-il en se postant à mon côté, attrapant un torchon au passage.

- Ne faites pas la vaisselle avec moi, ordonné-je d'une voix mal assurée, osant à peine le regarder.

- Je peux savoir pourquoi ? demande-t-il en m'ignorant, attrapant un verre qu'il essuie habilement.

- Vous êtes notre invité.

Il éclate de rire, faisant louper à mon cœur plusieurs battements. Bordel.

- Alors je n'ai pas le droit de vous offrir une robe parce que je suis votre client, je n'ai pas le droit de vous inviter à diner parce que je suis le client, et je n'ai pas le droit de vous aider à faire la vaisselle parce que je suis l'invité ? énumère-t-il dans un sourire, visiblement heureux de se moquer de moi.

- C'est à peu près ça, marmotté-je en repoussant mon amusement, et ma gêne.

- Qu'ai-je le droit de faire, alors ? demande-t-il un peu plus sérieusement après une seconde.

Je me mords les joues tandis que l'ambiance légère se transforme en quelques secondes. Je suis certaine qu'il a compris, pour Riley. Je suis certaine qu'il a tout compris. Tout.

Quelque chose de lourd flotte entre nous, faisant battre mon cœur plus lourdement.

- Je... je n'en sais rien, murmuré-je, les yeux rivés sur le verre à pied entre mes doigts.

Un léger silence passe puis je l'entends soupirer légèrement à mon côté.

- Pour le moment, je vais me contenter de vous aider à faire cette vaisselle et je ne veux pas vous entendre protester.

Je lui souris presque timidement, reconnaissante de la gentillesse dont il fait preuve avec moi. Je ne comprends pas bien ce qui le pousse à l'être autant mais, ça me fait du bien. Vraiment.

- Vous me ferez penser à remercier votre mère, dis-je en m'essuyant les mains quand toute la vaisselle est terminée.

- Ma mère ? demande Edward en reposant le torchon sur le bord de l'évier à mon côté pour qu'il sèche.

- De vous avoir élever en parfait gentleman, m'amusé-je en lui souriant doucement, espérant détendre l'atmosphère étrange qui règne entre nous depuis le dîner et depuis son arrivée dans la cuisine un peu plus tôt.

Un sourire en coin apparait sur sa bouche alors qu'il me dévisage avec une intensité qui me fait frissonner.

Pendant un instant, je cesse à nouveau de lutter contre lui alors que nos yeux s'accrochent sans qu'aucun de nous ne bouge d'un millimètre.

Je me noie, littéralement, et j'aime ça.

Dans l'autre pièce, les autres continuent de danser et de s'amuser. Je les entends rire mais, pour une fois, je n'ai plus envie de fuir. J'ai juste envie de rester là… et de ressentir tout ça à jamais.

- Vous comptiez me le dire ? finit-il par demander après un moment à m'observer comme personne ne l'a jamais fait.

Je baisse les yeux immédiatement, redoutant plus que tout d'avoir à affronter ça. Une fois n'est pas coutume, il se rapproche et ses doigts se posent sous mon menton pour m'obliger à le regarder.

Son regard verrouille le mien, m'emprisonnant dans les tourments qui se dessinent dans ses iris claires et tellement profondes. Son odeur chaude m'entoure, rallumant mon corps trop longtemps endormi.

- Ne baissez pas les yeux devant moi Isabella, murmure-t-il lentement, comme pour me laisser le temps de m'imprimer définitivement ses mots en tête.

Ses doigts courent de mon menton à la joue, frôlant ma mâchoire alors que mon ventre se tord dans une délicieuse torture. Il est tellement près que je pourrais me blottir contre lui si j'en avais le courage et la force.

Quand son pouce caresse ma joue avec douceur, mon cœur s'emballe déraisonnablement.

- Je... je ne voulais pas vous mentir, soufflé-je doucement, tentant de ne pas défaillir. C'était juste... plus simple.

Il fronce légèrement les sourcils, fouillant mon regard sans cesse. J'ai l'impression que ma réponse ne fait que faire naitre d'autre question chez lui.

- Plus simple ? répète-t-il doucement.

- Parler de lui m'est... insupportable, dis-je faiblement.

- Je ne vous force pas à parler de lui.

- Je sais.

Il cherche ses mots un instant avec de soupirer.

- J'aurai... j'aurai préféré l'apprendre de votre bouche, plutôt que de le comprendre le soir de Noël, avec vos amis présents, avoue-t-il dans un calme perturbant. J'aurai... préféré que vous m'expliquiez plus tôt les raisons de toutes vos... réactions quand j'abordais le sujet avec vous.

- J'en suis désolée, je ne voulais pas...

- Vous n'avez pas à l'être, me coupe-t-il.

Pendant un instant son regard glisse sur ma bouche.

Je me fige, incapable de rester de marbre face à la chaleur de son regard qui retrouve le mien une seconde plus tard. J'ai même l'impression de respirer plus vite, mon cœur voulant de nouveau courir ce marathon insupportable mais visiblement inévitable quand il est près de moi.

- Je peux vous poser une question ?

Je me pince les lèvres en hochant la tête, ralentie par les émotions qui déferlent sur moi violemment. Mon cœur va certainement sortir de ma poitrine. Maintenant que Riley n'est plus la seule excuse vraiment valable pour ne pas me laisser aller à mes instincts, que vais-je trouver pour le maintenir loin de moi ? Pour me maintenir loin de lui ?

- Pourquoi ne m'avoir pas dit que vous aviez perdu votre mari ?

Les larmes me brulent les yeux sans même que je n'arrive à les maitriser. J'inspire lentement tentant de ne pas fondre entre larmes devant lui.

Son pouce caresse ma joue une nouvelle fois alors que son regard se voile de douceur, faisant sursauter mon cœur. Vais-je survivre à cet instant ? Ou mon cœur va-t-il s'arrêter de battre ?

- Je... je crois que vous savez pourquoi, chuchoté-je, incapable d'assumer pleinement le fait que je suis en train de laisser tomber tous les murs que j'ai ériger autour de mon cœur pour lui... rien que pour lui.

Il fronce les sourcils, un peu perdu, alors que je peux deviner les rouages de son cerveau s'emballer d'ici.

Puis, lentement, quelque chose change dans son regard, me déboussolant un peu plus.

Je ne sais pas comment être proche de lui. Je ne le sais pas. Mais… je veux qu'il comprenne que… tout ça… tout ça veut dire… quelque chose. Je ne sais pas encore vraiment quoi, ou peut-être ne suis pas prête à l'assumer mais j'aimerais être capable d'être proche de lui…

Pour la première fois de ma vie, je désire véritablement être proche de lui pour de vrai.

Mesurant chaque mouvement que je fais, je me redresse de l'évier contre lequel je suis appuyé, n'osant réfléchir à ce que mon corps veut faire. Je ne sais pas si je suis prête à l'assumer pleinement, mais quand les yeux d'Edward s'assombrissent légèrement en me voyant m'approcher un peu plus de lui, ma respiration s'accélère.

Dans ses yeux où un tas d'émotions dansent, je sais qu'il a compris. Je le vois.

Cela me soulage et me déstabilise en même temps. J'ai l'impression d'être à nue... totalement.

Ma main se pose dans une lenteur démesurée sur son torse, et je savoure sans le repousser la chaleur de sa peau à travers le tissu de sa chemise.

Son cœur sous ma paume s'accélère brusquement, comme si j'étais la seule responsable de ça.

Le désir me fait trembler alors que mes propres émotions me font rougir devant l'intensité des battements sous mes doigts.

Mon regard remonte doucement de ma main à son cou, admirant le dessin parfait de ses épaules à travers le tissu et de sa mâchoire carrée, comme taillée dans la pierre.

Je l'ai tellement regardé ce soir que je pourrais le dessiner les yeux fermés. J'ai la sensation de le connaitre déjà par cœur, de connaitre chaque sourire, chaque regard, chaque centimètre de son sublime visage.

Puis mes yeux se fixent sur sa bouche.

Une partie de moi aimerait l'embrasser. L'autre en est totalement incapable.

Mon regard retrouve le sien après plusieurs secondes alors que les tremblements de mon propre corps s'intensifient.

Lentement, un léger sourire apparait sur ses lèvres. Celui qui est presque invisible et qui me broie le cœur sans ménagement. Sa main bouge légèrement contre moi, son pouce allant jusqu'à ma bouche qu'il effleure à peine, me faisant respirer plus vite.

- On va aller danser, murmure-t-il d'une voix rauque, son regard sondant le mien à la recherche de réponses.

Je ne suis pas prête à lui en donner tout de suite. Mais… bientôt.

Bientôt.


Coucou mes petites cuillères !

J'espère que tout le monde va bien...

Ne me lancez pas de tomates, je promets que (un jour) ces deux là passeront à l'acte ^^'

Le prochain chapitre sera publié le jour de Noël alors, par avance, je vous souhaite de passer un très beau réveillon.

Vous me laissez un mot ? Dites vous que ça sera sûrement ça, le plus beau des cadeaux de Noël :)

J'vous embrasse, merci pour tout.

Tied.