Chapitre 14

All I want for Christmas is you - Mariah Carey

Pendant une seconde, son regard glisse sur mon visage pour caresser mes lèvres.

Mon ventre se tord et j'inspire difficilement alors que mon cerveau cesse de fonctionner normalement. Ses doigts pressent un peu les miens quand il retrouve mon regard. Ses iris chaudes provoquent une série de frisson en moi qui me donne le tournis. Ce que me fait cet homme sans presque me toucher est dingue. Si jamais il m'embrasse...

- Gaufres !

Il fronce les sourcils, un peu étonné par mon intervention totalement idiote et irréfléchie.

- Je... hum, veux-tu gouter les meilleures gaufres de New York ? bafouillé-je en faisant un vaste geste de ma main libre vers le marchand de gaufres un peu plus loin qui fait grouiller mon estomac depuis notre arrivée ici.

- Je te suis, approuve-t-il dans un sourire.

Je tente de sourire, mais je n'y arrive pas réellement.

Sa main ne lâche pas la mienne quand reprends notre marche pour aller nous commander deux gaufres chaudes débordantes de chocolat.

C'est délicieux, et incroyablement soulageant de manger quelque chose. J'ai la sensation que cela me redonne de la force et fait cesser mes tremblements.

À la sortie du marché de Noël, nous reprenons un taxi pour rejoindre Bryant Park où un deuxième marché de Noël enchante littéralement Edward.

C'est vrai que celui-ci aussi est superbe.

Un sapin géant qui trône en plein milieu des petites maisons de verres qui servent de stands. C'est vraiment beau. Il est plus grand que Union Square, et moins familial mais tout aussi agréable.

Ici, nous buvons un cidre chaud qui me réchauffe un peu. Je commence à être gelée malgré le soleil qui brille haut dans le ciel et les épaisseurs qui me couvrent.

Au bout de Bryant Park, une énorme patinoire s'ouvre devant nous, ce qui laisse Edward dubitatif.

- Tu veux en faire ? demande-t-il en me lançant un regard.

- Ici ? Non, on ira ailleurs.

- Combien avez-vous de patinoire dans cette ville au juste ?

Sa remarque me fait rire alors qu'on traverse la rue pour rejoindre le trottoir d'en face et passer devant la Public Library qui est elle aussi décorée de manière remarquable.

- Sincèrement ? Je ne sais pas trop. 3, peut-être 4 officielles. Certains petits lacs sont tellement gelés en hiver qu'ils deviennent des patinoires naturelles et gratuites à travers la ville.

Edward secoue la tête en riant encore, s'arrêtant de marcher. Je me tourne vers lui quand je vois qu'il ne bouge plus.

- C'est une institution, chez nous, lui fis-je remarquer, ce qui amplifie sa moquerie. Tu n'en as jamais fait ?

- Ça n'est pas ce que nous avons de plus à Miami ! se moque-t-il délibérément.

- Vous pourriez en avoir en salle.

- Il y en a surement. Je n'en sais rien. Et... si j'en ai fait. Quand j'avais 10 ans.

Sa moquerie ne passe pas inaperçu et j'espère que mon regard noir va le dissuader de continuer sa plaisanterie, ce qui a l'air de l'amuser d'autant plus.

- Je vais t'emmener en faire, tu en as conscience ? finis-je par demander dans un sourire.

Un air de défit illumine son regard d'une manière qui me noue l'estomac alors qu'il s'approche de moi lentement.

- Va falloir t'accrocher, menace-t-il en reprenant mes propres mots.

- J'ai tout mon temps.

Un sourire vrai, authentique, étire sa bouche, et mon cœur sursaute quand ses doigts remettent en place une mèche échappée de mon bonnet.

Ses mains sur moi... bon sang, c'est certainement la meilleure sensation du monde !

- Allez, emmène-nous à la suite de ton expédition secrète !

L'heure qui suit, je l'emmène découvrir le Rockefeller.

Le sapin illuminé l'impressionne, mais il y a tellement de monde que nous ne pouvons pas nous y attarder. Je lui explique tout de même que c'est le plus grand sapin de la ville et que plus de 30 000 lumières l'illumines chaque année de mille couleurs.

Edward m'écoute attentivement, me pose parfois des questions alors que je lui parle des traditions de la ville, des défilés, des spectacles et de la musique de Noël qui envahit les rues principales de fin novembre à début janvier.

- Je ne comprends pas qu'une fille comme toi qui n'aime soi-disant pas Noël puisse vivre dans une ville qui le fête autant ! se moque-t-il quand on arrive devant FAO.

- Je suis là pour guider les pauvres touristes perdus tels que toi… Vois-tu ce magasin de jouet derrière moi ?

Il jette un coup d'œil dans mon dos avant de revenir à mon visage.

- C'est le magasin de jouet de la ville. C'est le plus connu de l'état. Des milliers de personnes font des heures de route pour venir ici.

Edward fronce légèrement les sourcils en regardant la devanture de la boutique à nouveau.

- Qu'a-t-il de particulier ?

Un sourire étire mes lèvres.

- Tu vas voir.

À l'intérieur, Edward est stupéfait de la beauté des lieux et des milliers de jouets, de peluches et de cadeaux couvrants les étagères des différents étages. On prend le temps de traverser le magasin, nous faufilant entre les clients qui sont nombreux.

Je retiens un sourire quand on arrive dans la partie instruments de musique, contente de moi. Edward n'a aucune idée de ce que je vais lui montrer. La nervosité me noue un peu l'estomac, aussi. Va-t-il aimer ? Il m'a l'air tellement... simple, depuis le début de notre balade... pour autant il n'en est pas moins un des hommes les plus riches de la ville. Il a dû voyager, voir des milliers de choses… j'espère simplement que tout ça va lui plaire.

Je le vois froncer les sourcils quand on atteint ce que je souhaitais trouver.

- Qu'est-ce que c'est ? demande-t-il en me jetant un regard interrogateur.

- Le piano de Schwarz.

Un sourire énigmatique étire ses lèvres. Quelque chose brille dans ses yeux. Quelque chose de fort, d'intense… d'incroyable.

Je jette un coup d'œil autour nous, sur les murs rouges de la salle en souriant. Bien, au moins, j'ai réussi à le surprendre.

- Je sais que tu aimes ça, m'expliqué-je un peu moins sûre de moi quand je retrouve son visage. Je me suis dit que... que ce piano géant allait peut-être te plaire…

Les deux animatrices arrivent à l'instant où Edward ouvre la bouche, le coupant dans son élan pour me répondre.

Pendant quelques secondes, on les écoute parler et expliquer le rôle de ce piano : les faire danser, nous amuser, divertir, et nous enchanter avec les plus grands morceaux.

Edward est attentif, et, au moment où la musique commence sous les pas des femmes sous nos yeux, mes doigts rejoignent ceux d'Edward.

Je ne sais pas bien pourquoi je viens de lui prendre la main, mais je ne veux pas y réfléchir.

Les yeux figés sur les femmes en face de nous, d'autres nombreux clients tout autour, je ne peux que sentir ses doigts accrocher les miens avec douceur, et son regard sur mon visage. Je ne veux pas le regarder. Si je le fais... non. Je veux savourer l'apaisement que je ressens à son contact et la chaleur qui se diffuse partout en moi.

Pendant un moment, nous ne bougeons plus. On écoute, on regarde. Je l'entends rire quelques fois, et ça me fait du bien.

Plusieurs fois, son pouce caresse ma paume.

Plusieurs fois, je sens son regard sur mon visage qui brule ma peau... ou est-ce moi qui rougit ?

Qu'importe, à chaque fois, mon cœur loupe un battement et mon envie de me blottir contre lui s'accentue.

Quand on ressort du magasin, il neige à nouveau, et la nuit est définitivement tombée. Edward me jette un regard presque moqueur avant que nous remontions la rue en silence. Oui il neige, je sais.

- Alors... ce piano géant ? finis-je par demander après un silence apaisant où nous observons la rue enneigée autour de nous.

Sa main n'a toujours pas quitté la mienne... et j'ai vraiment besoin d'une distraction. J'ai la sensation que le désir que je ressens pour lui ne fait qu'accroitre à mesure que les secondes passent et que, bientôt, je vais être engloutie.

- C'était... superbe.

Je lui jette un regard, espérant qu'il développe.

- Le fait de jouer avec ses jambes est... sportif, plaisante-t-il, me faisant sourire. Vraiment, je ne savais pas que ce genre de chose existait. Mais… Rubinstein, Charles, Bach… C'était fou.

- Tout est possible ici... c'est ce que j'aime dans cette ville.

On échange un sourire plein d'une émotion incroyable puis poursuivons notre balade. Il fait plus froid, maintenant que la nuit est tombée, mais la ville est d'autant plus belle. Les décorations illuminent chaque rue, chaque endroit… C'est beau, vraiment, vraiment beau.

Un des endroits que je préfère au monde s'ouvre sous nos yeux quand nous dépassons la 5ème avenue.

Central Parc.

À notre gauche, l'hôtel d'Edward, le Plaza, se dessine. On échange un sourire, puis traversons la rue pour attendre le parc.

Tout New-yorkais qui se respecte est un inconditionnel fan de cet endroit. C'est cliché, certes, mais, ici, la vie est tout de suite différente. Dès que l'on pénètre dans le parc recouvert de neige, le bruit de la ville diminue à tel point que l'on a l'impression d'être sortit de NY. J'aime irrationnellement ça, ici.

J'aime le calme du parc, j'aime les grandes étendues couvertes de neige brillante, les chemins tracés par les passant à travers la poudreuse, les arbres entourés de guirlandes lumineuses et l'Histoire, la magie dont regorge cet endroit. Les hurlements des taxis et de la police laissent place à la paix et à la verdure. Et je dois bien avouer que, en hiver, ainsi recouvert de neige, le parc est d'autant plus apaisant.

- Le cœur de New-York.

Un sourire étire la bouche d'Edward.

- C'est très beau, confirme-t-il d'une voix sérieuse.

Je hoche la tête, reportant mon attention sur notre balade plutôt que sur lui. Bon sang, mon cœur ne peut-il pas se calmer ?

Nous marchons encore plusieurs minutes avant d'atteindre le coin le plus côtoyé du parc : Wollman Rick et sa patinoire géante.

- Bordel, siffle Edward entre ses dents.

Sa réaction me fait rire alors que je l'oblige à descendre les marches enneigées pour rejoindre la patinoire et les bancs en contre bas.

- Tu vas vraiment m'obliger à faire ça ? demande-t-il en s'asseyant devant moi, qui reste debout à l'observer bêtement.

- Je ne t'oblige à rien. Je te fais faire les choses que tout bon touriste ne peut refuser de faire ici.

Un sourire incroyable étire sa bouche quand ses doigts, toujours liés aux miens, me tirent un peu vers lui, m'obligeant à baisser les yeux pour continuer à le regarder tant je suis près de lui.

- Et si je n'en ai pas envie ?

Je repousse mon sourire et la sensation que sa proximité me fait ressentir pour ne pas défaillir ou lui sauter dessus.

- Tu peux rester ici, tout seul, pendant que je glisserai avec facilité sur la glace qui n'attends que moi.

Une nouvelle fois, il éclate de rire. Ravie de mon effet, je souris le plus niaisement du monde.

- Ok, finit-il par abdiquer en se relevant vivement, se retrouvant à une proximité dangereuse de ma personne. On va louer des patins ?

Je dois faire preuve de calme et de contrôle pour m'éloigner de lui et prendre place dans la file d'attente. Heureusement pour nous, la patinoire est calme en ce jour de Noël. Tant mieux.

On enfile nos patins assis sur le même banc qu'à notre arrivé et je fronce les sourcils en voyant Edward les nouer avec dextérité. Bon sang, il y a-t-il une chose qu'il ne sait pas faire ? Ou qu'il fait mal ?

Sur la glace, Edward hésite un instant sur le bord, visiblement incertain de ce qu'il est en train de faire.

- Tu te dégonfles ? me moqué-je en faisant quelques mouvements sur la glace.

- Isabella... gronde-t-il d'une voix sourde qui me fait sourire un peu plus.

Je recule de deux pas en me pinçant les lèvres, attendant sagement qu'il lâche le bord de la patinoire.

Voilà un terrain sur lequel je maitrise, et, sur lequel mon client est totalement débutant.

Cette pensée me réjouit sans que je ne comprenne bien pour quoi. Je me demande même s'il ne va pas faire demi-tour avant qu'il ne baisse les yeux sur ses pieds.

Quand il relève le regard vers moi, je tente d'ignorer l'amusement qui flotte clairement dans son regard et l'effet que ce dernier me fait. Qu'y a-t-il ? Ai-je une tache sur le nez ? Un bouton énorme au milieu du front ? Une...

Mes pensées se stoppent nettes quand il glisse aisément jusqu'à moi, son sourire presque invisible flottant sur sa bouche, augmentant l'incompréhension qui me secoue.

- Tu... quoi ?

Il recommence à glisser avec aisance, me frôlant, tourbillonnant autour de moi pendant un instant alors que mes pensées se bousculent.

- Edward ! grogné-je quand je comprends qu'il s'est littéralement foutu de moi.

Il réapparait devant moi, un sourire diabolique sur les lèvres.

- Je ne m'excuserai pas, prévient-il en souriant un peu plus. J'adore vraiment te regarder penser que tu as le contrôle de la situation !

- Tu es...

- J'ai fait du hockey sur glace au lycée, avoue-t-il, particulièrement fier de lui.

Je grogne littéralement en voulant m'éloigner mais il me rattrape avec beaucoup trop de facilité, me ramenant contre lui d'un bras autour de mes hanches.

- Viens par ici !

- Tu m'as carrément menti !

- Pas vraiment, se défend-t-il dans un rire alors que je me débats pour lui échapper -quelques secondes, seulement. Je t'ai dit que j'en avais fait quand j'avais dix ans. Je n'ai juste pas précisé que j'en ai fait aussi régulièrement les dix années qui ont suivi.

Je ravale une insulte dans ma propre bouche et tente de paraitre plus vexée que je ne le suis vraiment. Pour dire vrai... j'm'en fiche. Je suis même amusée.

Mais la façon dont il me retient contre lui rien que parce que je veux lui échapper... bordel. Je voudrais ne jamais avoir à quitter ses bras tant cela est déroutant et agréable.

- Voilà encore un domaine dans lequel tu es meilleur que moi, baragouiné-je de mauvaise foi.

Je le sens lever les yeux au ciel, puis il recule lentement, m'emmenant avec lui jusqu'au milieu de la patinoire.

- J'ai peut-être seulement plus d'années d'expériences, reprend-il dans un sourire, son souffle chaud contre mon visage me faisant frissonner.

- Oh... pardon monsieur je pensais...

Il me ramène brutalement plus fort contre lui, coupant mon souffle alors que ma blague s'éteint sur mes lèvres.

- Cesse de m'appeler monsieur. C'est insupportable.

- Je… je plaisantais, bafouillé-je d'une petite voix face à l'intonation rauque de sa voix.

Je sens ses lèvres effleurer ma tempe avant qu'il ne me relâche et s'éloigne.

Presque paniquée, je me tourne pour le voir reculer, me souriant comme s'il était l'homme le plus heureux, le plus insouciant du monde.

De légers et petits flocons tombent à nouveau. Je jette un coup d'œil au ciel, le maudissant presque. Encore de la neige ? Vraiment ?

Edward revient à moi avec un sourire jusqu'aux oreilles.

- Il neige, fait-il remarquer.

Je lève les yeux au ciel face à sa joie débordante, puis fait quelques pas pour me détendre.

Edward me suit en silence, puis finit par attraper ma main. Une nouvelle fois, nos doigts se lient.

Mon appréhension disparait à mesure que nous avançons, nous souriant parfois sans rien avoir besoin de nous dire.

Le froid me fouette le visage, les flocons de neige prennent place sur mon bonnet, dans mes cheveux, mais je me sens bien. Je me sens vraiment, vraiment bien. J'ai la sensation effarante d'être libre, et heureuse. Voilà des années que je ne m'étais pas sentie aussi... moi.

- Alors ? demande Edward après un moment. Tu m'en veux toujours ?

Je ne suis pas certaine de pouvoir lui répondre. Je souris tellement que j'ai envie de rire, là comme ça, sans vraiment en comprendre la raison. En ai-je besoin, finalement ? Il a l'air... heureux lui aussi, il sourit, il rit, même. Parfois il tourbillonne autour de moi, me frôlant, me caressant sans s'attarder. Il a une aisance sur la glace qui dépasse l'entendement.

Bien, je sais maintenant qu'il n'y a rien qu'il ne sache pas faire.

Après presque une heure à patiner, nous séparer puis nous retrouver dans des flots de rires, nous sortons de la piste, la main d'Edward dans le bas de mon dos.

- Prêt pour la suite ?

- Il y a une suite ? s'étonne-t-il en haussant les sourcils.

Je hoche la tête puis risque un léger sourire alors qu'il s'approche encore de moi. Toujours plus près, toujours plus proche...

- Je...

Je me racle la gorge, ayant du mal à parler quand il remet une mèche qui s'est échappée de bonnet et en profite pour caresser ma joue du bout des doigts.

- J'aimerais te montrer un dernier endroit auquel je tiens.

- Je te suis, dit-il en se reculant pour me tendre la main.

Une nouvelle fois, nos doigts se nouent dans une facilité déconcertante. J'ai le sentiment d'avoir fait ça toute ma vie.

- Il va falloir qu'on prenne un nouveau taxi, le prévins-je quand nous sortons du parc.

Le regard qu'il m'adresse me fait rire.

- Allez, la prochaine fois c'est promis, ton chauffeur pourra nous emmener partout.

Il lève les yeux au ciel, souriant tout de même, tandis que je hèle un taxi qui s'arrête devant nous.

Dans la voiture, à nouveau, le silence se fait. J'aime ces moments de calme avec Edward ; ceux où sa seule présence me suffit. Je ne saurais expliquer ce que je ressens pour lui... mais je crois que, pour la première fois depuis très longtemps, je n'ai plus envie de contrôler absolument tout. Angela et Jacob ont raison, je dois vivre.

Quand la voiture nous dépose Hudson Yards, Edward me lance un regard perplexe.

- On est là pour affaire, dis-je sérieusement, le faisant visiblement douter de notre présence ici.

Hudson Yards comporte un des plus importants rassemblements de buildings de New-York. Encore récent, ce lieu est loin de l'agitation de Times Square, mais la magie n'en est, à mes yeux, que plus présente.

- Où est-ce que tu nous emmènes ? finit par demander Edward dans un rire quand je le tire par la main pour contourner le gratte-ciel qui nous barre la route.

Je ne réponds pas, me contentant de sourire en avançant un peu plus vite. J'ai hâte de voir, à nouveau, ses yeux s'illuminer devant le spectacle que ma ville va lui offrir.

Lorsque le jardin se dresse devant nos yeux, Edward ralentit son rythme de marche presque automatiquement.

- C'est... commence Edward sans pour autant réussir à finir sa phrase.

Oui, ça l'est.

Vraiment.

Cet endroit est, depuis que je l'ai découvert, une merveille dont je ne me lasse pas.

Au pied de la Vessel, monument architectural un peu étrange mais unique, une centaine d'arbre entourés de guirlandes lumineuse couleur or ont été déposés dans le jardin au centre des buildings.

L'endroit est calme, sa création récente permet de trouver ici plus de paisible la nuit tombée que nulle part ailleurs dans la ville.

J'aime cet endroit, définitivement.

Je me rends compte que je suis en train de l'aimer davantage quand Edward se tourne lentement vers moi, un sourire émerveillé sur le visage.

- Je voulais que tu vois ça de nuit, expliqué-je légèrement hésitante devant son regard brillant. Je trouve que cet endroit... peu de place au monde m'apaise comme ici.

Les yeux d'Edward quittent les miens un instant pour voguer autour de nous.

On avance un peu sous les arbres créant un énorme cercle autour du monument que mon vis-à-vis regarde attentivement, nos mains se rejoignant à nouveau sans que je ne le décide vraiment.

- Étrange, n'est-ce pas ? demandé-je en jetant un coup d'œil à la structure devant nous.

Il étouffe un rire.

- L'art dans toute sa splendeur... ça a une allure bizarre !

J'acquiesce en souriant.

On pourrait aller en haut de ce monument dans lequel on peut monter et descendre autant que souhaité, mais je préfère rester sur la Terre ferme, et admirer le spectacle sous mes yeux ; celui d'Edward, les yeux levés vers les lumières qui n'a pas l'air de savoir où regarder.

Pendant un moment, mes yeux s'attardent sur le dessin net et tranchant de sa mâchoire, et sur la légère barbe qui la recouvre.

- J'ai l'impression que c'est irréel, murmure-t-il en tournant sur lui-même lentement.

J'aimerais réagir, mais je n'y arrive pas. J'ai la sensation que c'est lui, là, à l'instant, qui est irréel.

Irréel, et magnifique.

Je le laisse découvrir l'endroit presque désert en gardant le silence, retenant mal mon cœur qui s'accélère face à tout ce que je ressens pour lui.

Quelques familles marchent ici et là, mais nous sommes presque seuls.

Quand on arrive au milieu d'une dizaine d'arbre bien plus grands que nous qui sont totalement illuminés, mon cœur à un soubresaut quand je vois Edward se tourner vers moi pour me regarder.

Les lumières autour de nous donnent à son regard des reflets or qui amplifient la sensation de profondeur qui l'habille habituellement.

- Cet endroit est probablement mon préféré, murmuré-je doucement, de peur de briser cette chose incroyablement intense qui flotte autour de nous.

Est-ce ça, la magie ?

- C'est très beau, admet-il calmement. Vraiment très beau.

Je hoche la tête presque lentement, ralentie par mon ventre qui sursaute quand sa main effleure ma joue. Cette fois, mon cœur loupe un battement.

Il ne repousse pas une mèche de cheveux, ou ne prétends pas remettre mon bonnet en place, ou enlever un flocon perdu ici ou là. Il caresse ma joue, pour de vrai. Il effleure ma peau délibérément alors que son regard se mue en quelque chose de plus profond encore.

Une tendresse inédite ressort de ses prunelles incandescentes.

Je sais ce qu'il se passe. Je le sais, parce que, j'y pense, moi aussi. L'embrasser m'obsède depuis des heures. Chaque fois qu'il est près de moi, je ne pense qu'à ça. Je ne pense qu'à me blottir contre lui, qu'à sentir sa chaleur, son odeur, et la force qu'il possède.

Mon cœur s'arrête quand il s'approche d'autant plus de moi.

Nous restons immobiles quelques secondes.

Je suis incapable de bouger.

L'atmosphère se charge d'électricité qui me broie l'estomac douloureusement. La chaleur du désir est diffuse, et me fait presque mal tant elle prend de la force à mesure que les secondes passent. J'ai la sensation que les lumières autour de nous, que l'ambiance, que le silence amplifie chaque battement de cœur, chaque sensation.

Il ne me faut qu'une demi-seconde pour comprendre que son téléphone sonne quand son regard perd de sa luminosité et qu'il serre les dents.

- C'est peut-être important, murmuré-je d'une voix ridiculement tremblante.

Ses yeux quittent mon visage pour son écran de téléphone. Je l'entends soupirer quand il me lance un léger regard avant de porter le téléphone à son oreille lorsque je lui souris du mieux que je peux. Je suis certaine que cela ne ressemble pourtant pas à grand-chose.

Mes yeux se perdent sur sa bouche pendant qu'il échange quelques mots brefs avec son interlocuteur.

- Je dois rentrer à Miami, finit-il par dire d'une voix tendue après avoir raccroché.

Mes sourcils se froncent quand je retrouve ses yeux où l'agacement règne.

- Je... maintenant ?

- On a un problème important sur New Moon.

- Oh.

Incapable de vraiment réagir, je reste à l'observer alors que les questions fusent dans mon cerveau mal mené. Sa main toujours sur mon visage bouge légèrement avant que son pouce n'effleure le dessin de ma lèvre inférieure.

- J'suis désolé. J'n'ai pas le choix.

- Non je... pas de problème. C'est... c'est important je...

- Tu pourrais... venir avec moi, murmure-t-il après un instant, maintenant trop peu sûr de lui.

Mon cœur s'arrête une seconde.

- Je...

- Tu n'es pas obligée de venir ce soir... ou... ou comme tu veux je...

Son hésitation sème le trouble en moi. Pendant un instant, j'ai terriblement envie de lui dire oui… l'instant d'après la réalité, ma réalité me revient comme un boomerang. Je ne peux pas partir sur un coup de tête.

- Je ne peux pas je... j'ai mon travail ici, et même si je...

- C'est vrai, excuse-moi c'est... c'était idiot.

Sonnée, je ne sais pas quoi répondre alors qu'il effleure de nouveau ma bouche de son doigt avant d'inspirer lentement. Il me faut plusieurs secondes pour comprendre ce qui est en train de se passer. Alors, il s'en va ? Comme ça ? Maintenant ?

- Merci pour aujourd'hui. C'était... c'était parfait.

- J'espère que New-York t'a plu, souris-je en tentant d'ignorer le trouble de ce qu'il vient de se passer provoque en moi.

- Je suis sous le charme.

Pendant un instant, je reste à nouveau interdite par ce que je ressens contre lui et par ce que je lis dans ses yeux brulants. On se dévisage à nouveau avec cette tension qui me comprime la poitrine et m'empêche de respirer correctement.

- Je te raccompagne chez toi, finit-il par déclarer.

- Non je... je vais prendre un taxi.

- Isabella...

Son ton ne me donne pas la moindre envie de lui tenir tête alors, sagement, je finis par acquiescer d'un léger sourire, ce qui le fait sourire à son tour. On regagne l'avenue en silence, puis je hèle un taxi qui s'arrête rapidement.

Dans le véhicule qui me ramène jusqu'à chez moi, mon cœur ne se calme pas. La façon dont il m'a regardé à Hudson Yard… je ne peux pas ignorer ce que je ressens près de lui, et tout ce que j'ai lu dans son regard, l'espace de quelques secondes.

Je finis par lui jeter un coup d'œil, assis de l'autre coté de la banquette, les yeux fixés sur la rue enneigée. Ses mâchoires se serrent et se desserrent dans un silence pesant. La tension qui émane de lui m'empêche de faire un geste, de dire un mot. Il à l'air en colère, et je ne sais pas ce que je pourrais dire pour que les choses s'apaisent. Est-ce cet appel ? Tout ce qui en découle ? Est-ce... moi ?

Mes pensées s'embrouillent pendant plusieurs longues minutes et quand, enfin, le taxi s'arrête devant mon appartement, la mélancolie s'empare de moi.

Je n'ai pas envie de le quitter.

Je n'ai pas envie qu'il disparaisse… pas comme ça, pas maintenant.

- Je te raccompagne, lâche sa voix rauque à l'instant où j'ouvre la bouche pour parler.

Je n'ose pas répondre, tant j'ai peur de dire quelque chose qui n'aurai aucun sens. Dehors, le froid de la nuit m'atteint de plein fouet alors que je rejoins Edward sur le trottoir qui m'attend en silence, les yeux rivés sur moi, et uniquement sur moi. Dans son regard, j'ai la sensation d'être la chose la plus belle de la terre.

- Je pouvais trouver la porte toute seule, tenté-je dans un sourire en arrivant à sa hauteur.

Un léger rictus étire sa bouche, mais ses yeux restent sérieux, et incroyablement profonds.

- Je n'aime pas te savoir seule, avoue-t-il en s'approchant alors que je cesse de bouger.

- J'ai été seule 30 ans de ma vie, plaisanté-je d'une voix faible en haussant les épaules délibérément. Ça ira.

J'inspire douloureusement quand sa main rejoint à nouveau mon visage qu'il caresse brièvement, son corps s'arrêtant trop loin du mien.

Son regard fouille le mien et j'ai le sentiment qu'il y cherche en vain des réponses qu'il ne trouve pas. Il finit par soupirer alors que je retiens mon souffle, inquiète.

- Je suis vraiment désolé je… cet appel…

- Edward…

- Je ne voulais pas que cette journée se termine de cette façon, poursuit-il en m'ignorant.

Mes mains se posent sur les pans de son manteau alors que je ravale tout ce que j'aimerais lui dire, mais que je suis incapable de laisser sortir.

Pendant un instant, il attend que je réponde, que je réagisse, mais je n'arrive plus à penser correctement quand il est si près que son souffle brule mon visage entier.

- Je n'aurai pas pu passer une plus belle journée, réussi-je tout de même à dire après un silence étouffant.

- J'aurai aimé que tu la trouves aussi incroyable que la mienne.

- Elle l'a été.

Le manque de confiance que je lis brutalement dans ses yeux me laisse interdite. Pense-t-il que ma journée à ses cotés ai pu être… mauvaise ? Ennuyeuse ? Comment un homme qui a autant confiance en lui peut-il douter un seul instant de ce que je ressens en sa présence ? A-t-il seulement idée de ce qu'il me fait ? De ce que je ressens quand il est près de moi ?

- Elle a même été plus que ça, repris-je, le cœur battant.

Son regard fouille le mien à nouveau… et le désir que j'y lis me broie tout entière.

Je le vois serrer les dents quand, presque inconsciemment, je m'approche de lui, collant mon corps contre le sien malgré les épaisseurs qui nous séparent. Mes mains atteignent les pans de son manteau dans l'unique but de le retenir encore un peu. Savoir qu'il va partir à des centaines de kilomètres me donne la sensation que, déjà, je respire moins bien.

Et je veux respirer. Je veux respirer à nouveau.

Il lui faut à peine un quart de seconde pour poser sa main sur la mienne, me maintenant contre lui alors que son regard illuminé par les nombreuses lumières de ma rue fouille le mien. L'effet de son contact se propage à une vitesse folle dans tout mon corps.

Son regard est troublant, ardent.

J'ai la sensation d'être toute petite quand il pose son front contre le mien dans une lenteur mesurée, comme s'il voulait me laisser le temps de comprendre, et de réagir. Les battements de mon cœur s'intensifient, mon souffle, lui, se coupe une seconde, noyée dans ce que je ressens pour lui.

Puis, lentement, il ferme les yeux, me privant de son regard où danse la chaleur de son désir pour moi, comme hier.

J'ai peur. Je suis terrifiée, mais la seule chose dont j'ai envie, là, maintenant, c'est de sentir ses lèvres contre les miennes. Pendant de longues secondes, je ne pense qu'à ça. Je ne vis que pour ça. Que pour lui. J'ai la sensation troublante de déjà lui appartenir alors que rien n'est arrivé.

J'inspire profondément, incapable de regarder autre chose que son visage quand son pouce me caresse l'arrête de la mâchoire, créant une série de frisson dans tout mon corps. Mes doigts s'enfoncent dans le tissu de son manteau. L'effet qu'il me fait, rien qu'en m'effleurant est démentiel.

Je ferme les yeux à mon tour, en proie à un vertige qui me foudroie alors que les émotions m'étranglent.

Mon nez frôle le sien une première fois. C'est mon geste. Ça vient de moi.

Son souffle se coupe une seconde, faisant repartir mon cœur dans un rythme infernal.

Je recommence mon geste, savourant cette nouvelle proximité qui fait bouillir d'autant plus le désir en moi alors que m'appuie un peu plus contre lui. Finalement, j'abandonne la lutte contre lui… contre ça. Je le veux. Je le veux plus que je n'ai jamais rien voulu d'autre.

Ses lèvres effleurent les miennes à la même seconde. À son contact, des picotements naissent sur mes lèvres, et se répercutent dans tout mon corps.

Il recommence son geste une fois, deux fois. Je le sens trembler contre moi alors que tout mon être semble s'enfoncer profondément dans une bulle tendre et chaude faite seulement de lui, et de son odeur intense et entêtante.

Je le sens s'éloigner très légèrement, puis sa bouche effleure une nouvelle fois la mienne.

Il ne m'embrasse pas réellement, mais ce geste est bien trop intime pour ne pas comprendre que toutes les limites viennent d'être franchies.

Je me relève sur la pointe des pieds dans l'unique but de le sentir plus près, ce qui multiplie les zones de contacts entre nous, et le désir augmente de manière prodigieuse.

C'est ça… c'est prodigieux.

Quand, l'instant d'après, il s'éloigne, j'ai du mal à ne pas gémir de frustration.

Son regard sombre et brillant retrouve le mien, faisant sursauter mon estomac. Je veux qu'il m'embrasse encore. J'ai la sensation que je ne peux me rassasier de la sensation de sa bouche sur la mienne. Je n'ai pas le temps de dire un mot que son téléphone sonne à nouveau.

Ses mâchoires se crispent, pourtant il laisse son téléphone sonner et se contente de me dévisager avec une lueur inédite dans le regard. M'a-t-il vraiment embrassé ? Un léger sourire étire sa bouche quand son pouce vient caresser ma lèvre alors que je lutte pour réussir à reprendre mon souffle. J'ai la sensation d'être paralysée, totalement noyée dans tout ce que son baiser m'a fait ressentir.

- Écris-moi, murmure-t-il la voix d'autant plus rauque que d'habitude, faisant se tordre mon ventre presque douloureusement.

Je hoche la tête lentement, ralentie par tout ce que j'éprouve pour cet homme qui m'embrasse sous les flocons, un 25 décembre, au milieu d'un New York endormi par la neige.

Il finit par effleurer mes lèvres une dernière fois, puis, s'éloigne pour regagner le taxi sans me regarder, me laissant seule au milieu des lumières de ma rue qui me paraissent désormais tellement plus fades sans lui…


Hello !

Je sais ! Il est tard (mais pas encore samedi donc, officiellement, je ne suis pas en retard...)

Bon, comme j'appréhende vos réactions, (que j'espère nombreuses parce que j'ai vraiment besoin de retour sur ce chapitre que vous attendez depuis... -hum, le début ?-) et que je n'ai rien d'autre à dire que des bêtises étant donné que je suis HS, je vais vous laisser ici ! Oui, oui !

J'voulais vous remercier aussi, pour tout vos mots suite aux derniers chapitre de Stay... merci pour tout. Si certaines veulent me rejoindre sur instagram, j'y publie plein de jolies images ! Tapez Tied Foster et vous me trouverez !

On se retrouve la semaine prochaine ? Laissez moi un mot, motivez moi pour que je vous ponde la suite (si je puis dire ^^)

J'vous embrasse.

Tied.