Chapitre 19
Feliz Navidad - Celia Cruz
Le trajet jusqu'à l'île d'Esmée me parait... interminable, et quelque peu étrange.
Interminable parce que, malgré la grandeur et la sécurité du bateau à Edward, -que ce dernier dirige d'une main de maitre- toute cette eau autour est stressante.
Étrange, parce que j'ai la sensation de rentrer dans une autre dimension… L'île d'Esmée... sa mère à une île qui porte son prénom.
Quel genre de vie à cette famille ?
Sur le trajet, Edward me raconte que son père a offert à sa mère cette île, l'année de leur mariage. Sa mère n'y allant plus depuis le décès de leur père, c'est souvent eux qui y vont pour profiter de l'île et de la maison qu'ils y ont construit sur la plage. Je me mords la langue en retenant mes interrogations... qui offre une île en plein océan ?
Je suis un peu nerveuse quand on l'aperçoit de loin, courant sur l'eau à une bonne vitesse.
Nous allons être seuls, quelques heures, au milieu de l'océan dans un décor de rêve... aurais-je pu rêver mieux que cet instant à l'abri de tous les regards ?
Je jette un coup d'œil à Edward qui, les mains sur le volant noir du bateau, lunettes de soleil sur les yeux, regarde droit devant lui.
Pendant un moment, je n'arrive plus à détacher mes yeux de son visage concentré, du dessin parfait de sa mâchoire. Aurai-je pu seulement espérer un jour, ressentir ce que je ressens, à nouveau ? J'ai la sensation de n'avoir jamais été malheureuse. J'ai la sensation de n'avoir jamais perdu Riley, de n'avoir jamais connu le chagrin, le vrai chagrin.
- Tu veux tenir la barre ? demande Edward après un instant, coupant le fil de mes pensées s'assombrissant.
Ses lunettes fumées m'empêchent de voir ses yeux quand il tourne la tête vers moi, appuyé contre le montant de la petite cabine en verre. Je mets une seconde à comprendre sa question, sentant mon ventre se nouer.
- Quoi ? demandé-je tout de même, perdue.
Il veut que je prenne le volant ? Est-il fou ?
- Viens-là, ordonne-t-il, un sourire perçant sa voix.
Mon corps avance vers le sien avant même que je n'ai réussi à réfléchir posément à sa proposition. Je déglutis, de plus en plus nerveuse quand je me retrouve contre lui.
- C'est exactement comme une voiture, me rassure-t-il quand mes yeux se posent sur le tableau de bord impeccable. Ne réfléchis pas trop, tout sera automatique... suis ton instinct.
Malgré ses mots rassurants, je me sens blêmir.
- Edward je... je ne suis pas sûre...
C'est trop tard.
Mes mains sont sur le volant rutilant et je me retrouve face à l'immensité de l'Océan, l'île pile en face de nous se rapprochant lentement.
Ses doigts glissent sur les miens, me maintenant accrochée au volant que je sers de toutes mes forces.
- Tu vois, souffle Edward derrière moi, un sourire dans la voix.
Dans la même seconde, ses mains relâchent les miennes. Bordel !
J'aimerais le retenir, lui dire de ne pas lâcher ce putain de volant mais je suis incapable de prononcé un mot. Je suis tellement crispée que j'ai du mal à réfléchir posément, suffisamment du moins pour lui répondre.
Après plusieurs longues secondes à sentir son regard m'observer, son corps s'appuie légèrement contre le mien et ses bras s'enroulent autour de moi.
L'effet est immédiat, et, malgré le tremblement qui me secoue vivement à son contact, tout en moi s'apaise d'un seul coup. Le fait d'être a la barre d'un bateau en plein mer me parait presque… secondaire.
J'inspire lentement puis soupire, savourant son corps contre le mien et la caresse de son souffle sur ma peau quand il embrasse mon cou distraitement.
- Tu conduis un bateau, souffle-t-il après une minute de silence où je tente de ne pas me déconcentrer, le regard fixé droit devant nous.
- Je... oui, lâché-je, n'y croyant pas moi-même. Edward je... bordel, je conduis un bateau !
- Et sur l'eau, s'amuse-t-il, soudain taquin.
- Ne me le rappelles pas, grimacé-je, ce qui le fait éclater de rire.
- Tu sais qu'un bateau est censé...
- Edward ! grondé-je, le faisant rire à nouveau.
Je finis par lui rendre la barre après quelques minutes encore, l'île à présent trop près pour que j'arrive à rester derrière le volant sans me sentir trop nerveuse.
Quand nous sommes tout près, la couleur de l'eau change subitement.
Du bleu sombre, elle passe au turquoise, puis a plus clair encore. Elle est si transparente, si limpide que j'arrive à voir le sable blanc qui se trouve au fond.
Toute cette eau me rend nerveuse, pourtant, je dois avouer que le spectacle est incroyable.
Je tente de maitriser ma nervosité quand l'homme de mes tourments stoppe le moteur et accoste un ponton en bois clair, attachant le bateau à l'aide d'une corde énorme après avoir sauté sur la terre ferme.
Quand il se tourne vers moi, son sourire est grandiose et j'ai la sensation que je vais mourir de combustion spontanée s'il continu à être aussi… sublime.
Silencieuse, j'attrape la main qu'il me tend pour me faire descendre du bateau.
Une fois sur le ponton, mon angoisse se tranquillise... ou est-ce la peau d'Edward sur la mienne, et ses doigts qui se mêlent aux miens en silence ?
Il fait chaud, plus chaud qu'à Miami. J'ai même du mal à croire que nous sommes le premier janvier, tant New-York et sa neige me paraissent loin...
- Tout va bien ? demande Edward après un moment à marcher, regagnant un chemin dans le sable tracé de petits cailloux gris pour remonter vers une superbe villa qui apparait plus haut sur la plage.
C'est paradisiaque, je ne me souviens pas avoir vu plus bel endroit depuis ma venue au monde.
- Tu es silencieuse depuis qu'on est arrivés.
- Tout va bien, souris-je, touchée qu'il soit si... lui. C'est... c'est magnifique, vraiment.
Un sourire heureux le traverse alors qu'il jette un coup d'œil à la maison que nous atteignons doucement.
- Mes plus beaux souvenirs sont ici, avoue-t-il, une certaine nostalgie dans la voix.
- Tu viens souvent ?
- Moins souvent que je ne le voudrais... mais dès que j'arrive à me libérer une journée, je viens. Aucun endroit sur Terre ne m'apaise comme ici.
Mes doigts pressent un peu les siens, espérant qu'il comprenne que je suis apte à comprendre... à tout comprendre.
On finit par atteindre la porte de la maison alors qu'il me partage des souvenirs d'enfance. Je me sens sourire en imaginant un Edward haut comme trois pommes courir en couche culotte sur le sable blanc.
À l'intérieur, un sentiment étrange m'envahit... est-ce normal que je me sente aussi... bien ?
La beauté des lieux est à couper le souffle. Le plafond est haut, des poutres se dessinent à plusieurs mettre et l'espace est immense. C'est chaleureux, clair et de très bon goût. Cette bâtisse... elle est la maison familiale idéale remplie de caractère et de charme.
- C'est superbe, murmure je, me tournant sur moi-même pour découvrir la pièce de vie.
- Ma mère à tout dessiné.
- Elle a beaucoup de goût.
Il m'observe faire le tour du canapé, marchant dans la pièce jusqu'à atteindre la cuisine ouverte que je frôle du bout des doigts. Le marbre blanc servant de plan de travail est magnifique. Tout est harmonieux. C'est sublime.
- Ce sont tes parents qui l'ont fait construire ? M'intéressé-je en reportant mon attention sur Edward qui me regarde sans dire un mot.
Quelque chose que je ne saisis pas flotte dans ses yeux clairs, comprimant mon cœur dans ma poitrine. Est-il… ému, de me voir ici
- Ma mère était enceinte d'Emmett. Elle a passé sa grossesse à tout imaginé, et à tout supervisé.
- Ça devait être... passionnant.
Un sourire illumine ses yeux alors que je m'approche de lui, respirant doucement son parfum maintenant familier.
- Mon père lui a laissé carte blanche. Il était un chirurgien à San Francisco, il travaillait beaucoup. Maman a passé une grande partie de son temps seule ici. Ils avaient prévu de venir y vivre définitivement à la retraite de mon père.
L'éclat de tristesse qui traverse ses traits à ses derniers mots me noue la gorge.
Même si son deuil est fait, même si sa colère s'est estompée, je sais, je vois à quel point la perte de son père a dû être violente, douloureuse et inacceptable.
Pendant quelques secondes, perdue dans son regard où danse des centaines d'émotions intenses, je ne sais que trop bien ce qu'il ressent. Je ne sais que trop ce que ça fait de perdre quelqu'un que l'on aime.
Ses doigts atteignent mon visage qu'il caresse doucement, de manière si légère que si je ne l'avais pas sous les yeux, j'aurai pu douter de son toucher. Comme de plus en plus quand je suis près de lui, j'éteins mon cerveau torturé et fais la seule chose dont j'ai réellement, pleinement envie : je me blottis contre lui, enroulant mes bras autour de son corps et plongeant le visage dans le creux de son cou.
Je veux lui apporter un peu de paix, si je le peux.
Si je le sens surprit un instant, ses bras s'enroulent autour de moi et il me serre contre lui à son tour, posant sa joue sur le haut de ma tête alors que je ferme les yeux.
C'est fou, d'être aussi bien contre quelqu'un... non ? Pendant longtemps, j'ai pensé que cela n'arriverait plus jamais. J'ai pensé que je ne voudrais plus que cela arrive et... et Edward est entré dans ma vie. Est-ce ça, le destin ?
- Je vais te faire visiter, souffle ce dernier après une minute de silence apaisant entre nous.
Attentive et curieuse, je le laisse m'entrainer à travers la maison sur deux étages, immense, et sublime.
J'ai un sourire à l'étage -dans la chambre qu'Edward occupe quand il vient ici en regardant l'eau transparente et le sable blanc sur la plage : j'ai la sensation d'être en vacances... tout ici me parait à des milliers de kilomètres de ma vie, de NY, de la soirée de lancement, de la neige et même de Jacob.
Sa pensée me fait presque grimacer : il va me tuer de ne pas lui avoir écrit.
Après la visite, je m'excuse auprès d'Edward que je quitte pour partir sur la plage, attrapant mon téléphone dans mon sac à main pour appeler Jacob.
Quand il décroche, son sourire résonne même s'il ne dit rien.
- Salut belle inconnue !
- Mon Jake, souris-je malgré moi en enlevant mes chaussures pour sentir le sable chaud caresser mes pieds.
- J'ai cru que tu ne m'appellerais jamais.
Je lève les yeux au ciel devant le ton dramatique qu'il emploie.
- Hum, pas de ça avec moi Jake... tu ne devineras jamais où je suis...
L'excitation dans ma voix me parait presque ridicule.
- À Miami ? ironise-t-il.
- Enfaite je... j'en sais rien, réalisé-je avant de rire.
- Attends Bella t'es bien chez Ed...
- Oh oui je le suis, ris-je nerveusement. Je... on est sur une île au milieu de l'océan.
Il y a un léger silence.
- Sur une île ? répète mon meilleur ami lentement.
- Ouais. Du sable blanc, des palmiers et l'océan autour.
- Je sais ce qu'est une île, me rappelle-t-il alors que je m'avance prudemment vers l'eau calme qui va et vient sans vagues sur le sable. Il t'a emmené sur une île ?
- L'île de sa mère, corrigé-je d'une voix plate.
J'aimerais faire comme si cela n'était pas extraordinaire au point de me coller des frissons mais je n'arrive pas à faire semblant.
- Sa mère a une île, reprend-il, abasourdi.
Je ris légèrement, consciente de sûrement passer pour plus folle que je le suis.
- Je sais, dis-je en atteignant lentement l'eau qui vient chatouiller mes pieds nus.
- Il est sûr d'aimer les femmes ? demande sérieusement Jacob après un silence.
- Jake !
- Quoi ? On ne sait jamais !
Je lève les yeux au ciel à nouveau, jetant un coup d'œil autour de moi.
- Dis-moi qu'il fait vraiment moche et qu'une tempête tropicale arrive droit sur vous.
- Il fait très beau, et il commence à faire chaud.
- Je te déteste.
- Je sais.
Son rire résonne dans mon téléphone. Ce son familier me fait du bien et j'ai brièvement la sensation d'être revigorée, d'avoir retrouvé toute ma conscience, toutes mes forces.
- Ma chérie... profite, surtout. Le retour à New-York va être... chargé et froid.
Je grimace.
- J'envisage de ne jamais rentrer et de m'installer sur cette île pour toujours. Tu verrais la maison c'est...
- S'il te plait, je suis devant la baie à la maison, il neige à nouveau, marmonne-t-il avec exaspération.
- Tu adores la neige, lui signifié-je dans un sourire.
- Avant de savoir que ton prince charmant t'avait emmené sur l'île de mes rêves !
- Hé ! C'est mon rêve là Jake ! Et je te rappelle que tu pars à Bora-Bora la semaine prochaine pour 15 jours !
Je le sens sourire à travers le combiné.
- Sincèrement, heureusement, sinon je serais venu me taper l'incruste avec vous.
Pendant un instant, j'écoute juste sa respiration et la joie que j'ai à l'entendre.
- Alors... comment ça se passe ?
- Tu n'auras pas de détail, le prévins-je de mauvaise grâce.
- Tu n'es vraiment pas...
- Au revoir Jake...
- C'est bon j'arrête ! s'écrit-il alors que je ris à nouveau. Tant que tu es bien...
- Je suis bien, le rassuré-je dans un sourire.
Je jette un coup d'œil à la maison dans mon dos, m'apercevant qu'Edward en est sorti et a enfilé un short comme maillot de bain. Mon dieu.
- Génial, dis Jacob que j'avais presque oublié devant cette vision descendu du paradis -ou de l'enfer. Il marche toujours sur l'eau ?
- Il fait plus que ça, admis-je en me sentant rougir.
Jacob éclate de rire contre mon oreille, me reconnectant difficilement à la réalité.
- Bien... alors fonce chérie, te laisse pas impressionner, tu es aussi parfaite que lui.
J'émet un son entre le grognement et le soupire en doutant largement de ce qu'il avance. Il dit ça simplement parce qu'il n'a jamais vu Edward torse nu au soleil. Comme là.
- Je dois te laisser, Sam t'embrasse.
- J'vous embrasse aussi, je t'appelle quand je suis rentré.
- Profite, répète-t-il dans un sourire avant de raccrocher.
Je respire une seconde avant de rejoindre Edward qui, plus haut sur la plage ne fait que démultiplier ce que je peux ressentir pour lui. S'il vient ici souvent, cela ne m'étonne pas le moins du monde qu'il soit aussi bronzé.
- Tout va bien ? demande-t-il en m'observant revenir à lui.
Je hoche la tête en réponse, tentant de respirer lentement. Vais-je imploser à force de tout garder en moi de la sorte ?
- Si tu veux tu peux aller te changer pour te joindre à moi... j'ai décidé que nous n'allions rien faire d'autre que lézarder au soleil le temps que les autres arrivent.
- Tu sais à quelle heure ? demandé-je distraitement.
J'ai vraiment besoin d'une distraction pour lâcher son corps parfait des yeux. Peut-il me parler des ouragans ou des requins qui dévorent les surfeurs ?
Mon regard retrouve le sien tandis que le soleil inonde ses yeux d'une manière si forte qu'ils ont l'air d'autant plus clairs, d'autant plus incroyables.
- En début d'après-midi je pense, sourit-il en s'approchant encore plus.
Ses doigts dégagent une mèche de mon visage, accélérant mon souffle. J'ai l'impression d'être à bout de nerf, réellement.
- Je vais... je vais me changer, alors, marmonné-je le cœur battant.
- Je t'attends.
Je me mords la langue en le contournant pour repartir vers la maison, le corps tremblant. Pourquoi suis-je aussi nerveuse, tout à coup ? Ai-je seulement pris conscience que nous sommes seuls dans cet endroit paradisiaque et que...
Bon sang Swan, la ferme !
Je me sermonne en montant à l'étage pour m'enfermer dans la salle de bain attenante à la chambre d'Edward. Notre chambre pour la journée. Je m'adosse à la porte en soupirant avant d'étouffer un rire.
Cet homme sera ma perte.
Le temps passe trop vite... bien trop vite.
Je ne sais pas vraiment comment je suis arrivée sur cette île avec Edward, mais, ici, tout est tellement beau et paradisiaque que je décide simplement de me taire et de profiter du soleil et de la présence de l'homme parfait à mon côté.
Finalement, sa famille arrive avant même que je n'ai pu profiter pleinement de la vision parfaite d'Edward sur la plage où nous restons couchés à discuter pendant un moment.
Assis sur la plage, je reste un moment à observer la famille d'Edward échanger leurs souvenirs en communs qu'ils ont construit ici.
Plusieurs fois, je sens Edward dans mon dos secoué par les rires qui l'animent. J'aimerais le voir, mais, finalement, je suis bien contre lui... vraiment bien. Pour rien au monde je n'ai envie de quitter ses bras.
Je m'appuie davantage contre lui à cette pensée et soupire de contentement. Ses bras me serrent un peu plus en réponse, comme s'il ressentait la même chose puis ses lèvres flottent dans mes cheveux quelques secondes.
Comment quelqu'un d'aussi parfait que lui a-t-il pu tomber sur la fille la plus névrosée de New-York et, le pire, vouloir d'elle ?
L'après-midi est déjà bien avancé quand on déjeune sur la terrasse plus haut sur la plage. Cette île est une merveille, et cette maison... qu'en dire ? J'ai la sensation de vivre un rêve. Comment pouvons-nous n'être début janvier ? Il y a-t-il toujours autant de neige à New-York ? Avons-nous fait un bond dans le temps ? Noël n'était-il pas hier ?
- Tout va bien ? demande distraitement mon voisin de table en se penchant légèrement vers moi.
Son geste fait sursauter mon ventre et mon regard retrouve la clarté du sien. Il est certainement la plus belle partie de mon rêve.
- Tu m'emmènes ici et tu me demandes si je vais bien ?
Un léger sourire étire sa bouche quand sa main se pose sur ma cuisse, sous la table.
Pendant un instant, il ne bouge pas, son regard toujours aussi apaisé dans le mien. J'ai pourtant la sensation que l'électricité qui flotte autour de nous me retourne tout entière.
- Tu pourrais avoir envie de rentrer, souffle-t-il dans le même sourire, accélérant mon cœur.
- Sincèrement ? Je crois que je pourrais rester vivre ici pour toujours.
- Malgré toute cette eau ?
L'air moqueur qui habille ses traits me fait me mordre la langue ? Pourquoi est-il plus sexy chaque instant qui passe ? Est-ce simplement parce qu'il est encore torse nu ? Que son odeur m'atteint par vagues ? Ou parce que sa main vient de remonter d'un centimètre sur ma peau nue et frissonnante ?
- Je... l'eau n'a aucune importance, réussi-je à dire difficilement.
- J'imagine que c'est parce qu'il n'y a pas de neige ici.
La satisfaction traverse légèrement ses traits quand je cligne des yeux, restant difficilement attentive quand ses doigts glissent très légèrement vers l'intérieur de mes cuisses avant de revenir dans une caresse à leur place initiale. Pourquoi ai-je besoin de prendre mon temps ? Ne pouvons-nous pas quitter l'intégralité de nos vies loin d'ici pour n'être que... que ça ? Que nous ? Pourquoi sa famille a-t-elle dû venir nous rejoindre déjà ?
- Pas de neige... Pas de décoration de Noël, pas de verglas et pas de musiques ridicules, finis-je par débiter nerveusement.
- Juste toi, en maillot de bain, approuve-t-il à voix basse, son sourire presque invisible étirant ses lèvres parfaites.
Ses mots provoquent une série de frisson sur ma peau tandis que ses doigts reprennent leurs caresses inédites et brulantes.
- Et toi, murmuré-je en me sentant rougir sous la puissance du désir qui s'insinue en moi brutalement.
Ses yeux sont brillants et son sourire s'agrandit avant que Chloé n'éclate de rire, me ramenant brutalement à la réalité où Emmett fait le pitre pour amuser sa nièce.
- Et ma famille, grimace Edward à mon côté en jetant un coup d'œil à son frère tenant son verre dans un équilibre très précaire sur son front.
Sa remarque, et les rires des autres se fichant de notre intermède fait brutalement retomber la pression entre nous, me faisant rire nerveusement.
- Profites-en, tu ne les vois pas souvent.
- Tu vas bientôt rentrer à NY, me rappelle-t-il en attrapant son verre de vin pour en boire une gorgée.
J'ai la sensation que ses mots font tomber une enclume dans mon estomac. Je vais bientôt rentrer... oui. Je savais que je ne pourrais pas rester indéfiniment ici. J'ai encore mille choses à terminer pour la soirée de lancement et cette perspective me parait presque étrange... pourquoi ma vie à New-York me parait tellement... loin ?
Je finis par me rendre compte qu'Edward vient de me parler quand mes yeux retrouvent les siens, me ramenant dans ce sublime endroit.
- Je... quoi ? demandé-je, perdue.
- Je te demandais si tu étais pressée de rentrer.
- À New-York ?
- À Miami... mais si tu veux...
- Cesse de... arrête de te moquer de moi sans cesse ! grondé-je en tentant de le repousser de ma main, ce qui ne fait qu'accroitre son amusement.
Un rire le traverse alors qu'il ramène ma main à sa bouche pour en embrasser mes doigts calmement. Je me sens rougir sous son regard profond, bien trop profond pour ma pauvre âme.
- Je te proposais de rester, reprend-il après m'avoir étudié quelques secondes.
La chaleur de mes joues s'intensifie légèrement. Pourquoi ai-je envie de pousser ma main contre sa bouche rien que pour la sensation que ses lèvres sur moi procurent ? C'est prodigieux.
- Ici, précise-t-il, comme si j'avais besoin qu'il le fasse.
En ai-je besoin ? Bordel tu vas répondre ?
- Je... ce soir ?
Il hoche la tête doucement, attendant ma réaction. Il me propose de rester ici… avec lui ? Cette nuit ?
Sa main fini par lâcher la mienne puis il enroule ses bras autour de moi, me tirant doucement à lui sur le canapé gris pour m'approcher davantage.
Son geste fait largement sursauter mon ventre qui se tord à sa proximité quand son visage se retrouve à une distance peu raisonnable du mien.
Le bruit lent et presque inexistant des vagues plus loin s'estompent brutalement alors que plus rien au monde ne compte que son corps chaud contre le mien. Nous n'avons jamais été si peu dévêtus et l'un contre l'autre… cette constatation est…
- Les autres ont leur avion tôt pour rentrer à San Francisco demain matin, mais... tu ne t'en vas pas tout de suite alors on pourrait juste profiter de cet endroit encore un peu, juste tous les deux.
Je reste muette une seconde, appréciant ce que sa proposition provoque en moi : du soulagement.
Malgré... tout, nous n'avons eu que très peu de moment rien qu'à nous depuis mon arrivée la veille, et comprendre qu'il veut simplement être seul avec moi me fait un bien fou. Cela soulage quelque chose en moi... quelque chose que je ne soupçonnai même pas.
Son regard n'a pas lâché le mien alors que je me restreins à rester calme face à la vague d'émotion qui me traverse en observant le visage de cet homme qui a tout bouleversé dans ma vie, au point d'en être réduite à avoir la sensation de n'être en vie que lorsqu'il me regarde... comme ça.
Je n'ai pas besoin de réfléchir, ou d'avoir besoin de temps pour savoir ce que je veux... je le veux lui, qu'importe ce que cela veut bien dire. Qu'importe la raison, et la culpabilité sourde qui me fait frissonner dès qu'il ne me touche pas. Je le veux.
Il m'observe en silence effacer la poignée de centimètres qui nous séparent jusqu'à embrasser doucement sa bouche, savourant l'apaisement mélangé au désir se mêler en moi et me faire trembler.
Je veux ressentir ça à jamais.
- J'imagine que ça veut dire oui, chuchote-t-il quand je me recule pour pouvoir le regarder me sourire.
Ses doigts repoussent les mèches de cheveux qui virevoltent autour de mon visage avant de se poser dans mon cou, ses doigts caressant ma joue distraitement.
- Oui, approuvé-je sur le même ton.
- J'adore t'entendre dire ça, avoue-t-il en repoussant mal un sourire d'une arrogance inouïe.
Je me contente de lever les yeux au ciel, repoussant ce que ses mots me font ressentir... serais-je capable, un jour, de m'engager autant que je l'ai été avec Riley... avec Edward ?
Il m'embrasse aussi légèrement que moi à son tour, coupant le fil de mes pensées avant de soupirer longuement.
- Tu vas devoir faire quelque chose pour moi, murmure-t-il après un instant où je le dévisage sans réussir à faire autre chose.
- Quelque chose ? répété-je maladroitement.
Ce quelque chose noue mon estomac quand il s'écarte et se relève, me surplombant superbement.
Il me faut un quart de seconde pour me rendre compte que les autres ne sont plus autour de la table... mais plus loin, sur la plage, et dans l'eau.
- Tu vas venir te baigner avec moi.
Je ne peux m'empêcher de rire nerveusement en retrouvant le visage -et le corps- superbe de l'homme qui me fait face.
Cet homme est-il bien mon client ? Ce que l'on fait là est-il... légal ? Ai-je vraiment besoin de divertir à ce point mon esprit tordu ?
- Je suis sérieux, reprend Edward en me tendant la main. Tu viens avec moi.
Son ton de patron dictant des ordres a le don de me faire pâlir alors que je me reprend.
- Je... je ne crois pas...
- Isabella, soupire-t-il, soudain sérieux.
Je me pince les lèvres, maintenant vraiment nerveuse. Suis-je à ce point névrosée pour refuser de simplement me baigner avec cet homme... parfait ?
- Tu me fais confiance ? demande-t-il calmement alors que je me bat contre mes propres pensées idiotes et détraquées.
Je suis détraquée. Totalement.
- Oui, murmuré-je d'une voix faible devant le sérieux de son regard.
- Alors viens.
Ses doigts remuent légèrement sous mes yeux et j'inspire profondément. Je suis cinglée, définitivement.
Une lueur de victoire éclaire son regard quand je glisse mes doigts contre les siens pour me relever.
- Je ne te promets rien, le prévins-je alors qu'il me tire à lui lentement.
- Je ne t'ai rien demandé de promettre.
Un instant, le sentiment que cette conversation n'est pas si légère qu'il n'y parait m'effleure. A l'instant, j'ai envie de promesses… de vraies, et belles promesses.
- Parce que je... je suis vraiment...
- Parfaite ? s'amuse-t-il en collant son corps contre le mien.
Sa chaleur est presque douloureuse tant elle perturbe tout en moi. Malgré tout, le sérieux de son regard sur moi me fait rougir légèrement. Me trouve-t-il vraiment parfaite ?
J'inspire profondément son odeur mélangée à celle de l'océan à qui je tourne le dos.
- Névrosée, le corrigé-je dans un sourire crispé.
Un léger rire le secoue et me fait frissonner.
- Tu te souviens que j'aime les défis ?
- Je crois que j'aime t'en imposer, avoué-je sous son regard oscillant entre l'incrédulité et l'amusement pur.
- Et je crois que j'aime définitivement ce que je découvre de toi, sourit-il dans un calme déconcertant.
Mon cœur loupe un battement alors que le sang afflux à nouveau mes joues. Ses yeux glissent un instant sur mon visage avant de se poser sur ma bouche. Comment peut-il dire des choses aussi... Bordel.
- Allons-nous baigner, lâche-t-il après un silence où j'ai la sensation que mon cœur accélère sans cesse sa course.
En descendant la plage, mes doigts liés aux siens, je prends brutalement conscience d'une nouvelle certitude qui me serre le cœur lentement, mais sûrement, venant écraser tout ce que je pensais savoir, et être : je suis littéralement en train de tomber amoureuse de cet homme.
Hello vous !
Oui, je sais, je suis en retard (ça commence à devenir une habitude !) Mais franchement, c'est un miracle que vous ayez ce chapitre pas trop -TROP- en retard !
Envoyez moi des bonnes ondes et de la force pour la suite...
Vous me laissez un mot ? Que je sache ce que vous ressentez là, maintenant...
Ah, et profitez du soleil de cette île en plein océan, on retrouve très bientôt la neige de NY !
J'vous embrasse, merci pour tout,
Tied.
