Chapitre 21
It's the most wonderful time of the year - Andy Williams
Resserrant mon manteau autour de moi, je sautille sur place en hélant un deuxième taxi qui m'ignore royalement alors que je jure le plus vulgairement du monde en pleine rue. Ne croyez pas n'importe quoi : les taxis New-Yorkais sont loin d'être tous agréables !
Quand le troisième s'arrête dans un léger crissement de pneus juste devant moi, je remercie le ciel de m'écouter aussi rapidement. Mes escarpins ne m'auraient pas supporté une minute de plus au milieu de toute cette neige à gigoter à cause du froid.
Lorsque j'atteins le petit bureau que je partage avec Jacob, je me sens sourire en passant la porte, même si j'ai pesté tout le trajet contre cette foutue neige qui ne disparait pas de New-York.
- Tu étais bien mieux sur ton île de rêve hein Swan, marmotté-je pour moi même en balançant mon sac et mes dossiers sur mon bureau toujours autant en bazar.
Je jette un coup d'œil au bureau de mon meilleur ami qui est parfaitement rangé et bien trop vide à mon gout. Je soupire en l'imaginant que trop bien à Bora-Bora avec Sam, un verre de cocktail à la main et la mer turquoise pour seul horizon.
Quelle chance !
Je finis par m'installer derrière mon bureau pour enfin me mettre à travailler : il faut vraiment que tout soit bouclé aujourd'hui.
Vers 10h, je me prépare un quatrième café avant de pester contre la machine qui n'en fait qu'à sa tête. Je sursaute vivement quand mon téléphone sonne depuis mon bureau. Je bondis jusqu'à lui, décrochant sans pouvoir empêcher mon cœur de décoller.
- Monsieur Cullen, souris-je sans résister.
- Isabella, murmure sa voix grave dans un sourire.
L'entendre apaise brutalement mon corps tendu depuis mon réveil. J'ai hâte de le retrouver. Vraiment plus que hâte. Et j'ai suis terrifiée par le week-end à venir.
- Ça va ? Tu as l'air... essoufflée ?
- Non, non, ça va, mentis-je en levant les yeux sur ma machine à café qui vient de faire un bruit étrange. Ma machine à café me donne du fil à retordre.
Je n'avouerai jamais à Edward que j'attends son appel depuis mon réveil et, qu'en plus, j'ai littéralement couru jusqu'à mon portable pour ne surtout pas louper le son de sa voix.
- Je t'en achèterai une autre, s'amuse ce dernier.
- Pas la peine, je vais juste arrêter le café je crois, grimacé-je en jetant un coup d'œil à mes doigts qui tremblent.
Je l'entends rire légèrement, ce qui me laisse rêveuse.
- Tu me manques, murmuré-je sans y réfléchir.
Je suis presque heureuse qu'il ne puisse pas me voir rougir.
- Tu me manques aussi, répond-il un sourire dans la voix. Je serais là ce soir.
Je me mords la lèvre nerveusement, la hâte tordant mon ventre.
- Tu atterris à quelle heure ? finis-je par demander après un instant à l'écouter respirer calmement.
En fermant les yeux, je l'imagine aisément à son bureau immense, les yeux rivés sur la ville s'étalant devant lui.
- Vers 20h, le temps de traverser la ville je pense être chez toi pour 20h30.
- Une envie particulière ?
Je le sens sourire à travers le combiné que mes doigts resserrent.
- Pour le diner, me sentis-je obligé de préciser.
- Tout ce que tu voudras, souffle-t-il un sourire dans la voix.
Un silence s'installe tandis, qu'une nouvelle fois, j'écoute sa respiration, l'imaginant sourire derrière son bureau parfaitement rangé. Tout le contraire du mien, en somme.
- J'ai hâte, reprend-il d'une voix plus grave.
Un frisson me secoue, brulant mon ventre.
- Moi aussi.
Un bruissement se fait entendre dans le combiné avant que la voix étouffée d'Edward ne dise quelques mots, signifiant la fin de notre conversation. Le bruissement revient, je comprends vaguement qu'il a dû poser sa main sur le micro de son portable.
- Je dois te laisser, encore une réunion qui n'attends que moi.
- Je n'attends que toi aussi, lui signifié-je dans un sourire.
Je l'entends grogner légèrement, ce qui augmente mon amusement et les battements de mon cœur.
- Isabella... pourquoi dis-tu ce genre de chose quand tu es à des centaines de kilomètres ?
- On se voit tout à l'heure, lui rappelé-je d'une voix plus douce.
- Et pour les trois soirées à venir.
Cette perspective fait remonter vivement l'anticipation et le trac en moi, me faisant frissonner.
- Je file, reprend-il sans conviction. A ce soir Isabella.
- Bonne journée.
Quand il raccroche, je reste quelques secondes les yeux dans le vide, savourant seulement ce que la simple entente de sa voix m'a fait ressentir l'espace de quelques secondes.
Depuis notre séjour sur l'île d'Esmée, quelque chose s'est apaisé en moi. Je jette un coup d'œil à mon alliance et ose même un léger sourire en caressant l'or blanc.
Je récupère mon café puis m'assoie derrière mon bureau pour finaliser ce que j'ai à faire pour la soirée de lancement. Quand mes yeux se posent sur le stylo qu'Edward m'a prêté des semaines plus tôt, je sens mon corps tout entier se réchauffer à sa simple pensée. 9 jours sont passés depuis mon retour à New-York. 9 longues journées sans voir Edward, sans sentir son parfum ou la chaleur de son regard sur moi. Bien que je l'ai eu au téléphone des dizaines de fois, je n'arrive pas à calmer le manque que je ressens, et la hâte que j'éprouve à l'idée de pouvoir enfin le retrouver ce soir.
Entre deux rendez-vous finaux avec les prestataires, je passe un coup de fil à Angela qui semble surexcitée plus qu'elle ne le devrait... ou est-ce... normal ? Suis-je la seule à angoissée à mort à dans l'attente de la soirée de ma carrière ?
La pression de celle-ci fait monter un trac en moi qui dépasse l'entendement. J'n'ai jamais été aussi stressée par un évènement.
Edward à beau me répéter encore et encore que tout sera parfait, j'ai la sensation que mon anxiété ne fait pourtant qu'accroitre, et Jacob n'est même pas là pour faire remonter ma confiance en moi !
En fin d'après-midi, je passe faire quelques courses et récupère ma tenue de soirée au pressing en bas de ma rue avant de rentrer chez moi, grelottant presque de froid. Si j'avais le choix, je retournerai vivre sur l'île d'Esmée à jamais. Je suis sûre et certaine désormais qu'Edward me suffirait largement pour le restant de mes jours.
Après plusieurs heures à faire le ménage dans l'appartement de fond en comble, je m'attèle à préparer notre diner. Les mains au milieu des citrons, je n'arrive pas à m'en défaire à temps pour décrocher mon téléphone qui déclenche le répondeur après quelques trop courtes sonneries, laissant la voix de mon meilleur ami résonner dans mon appartement.
- Salut belle inconnue ! J'espère que tu es actuellement en train de passer du bon temps avec l'Appolon Cullen !
Je lève les yeux au ciel, laissant mon couteau en suspend dans l'air au-dessus de mon citron.
- Cela étant dit, je te rappelle si besoin est, que tu as la soirée de lancement demain soir et que je, nous, pensons bien à toi !
- Tu vas tout déchirer ! intervient la voix de Sam, me faisant rire.
- Ouais, ça va être grandiose. Prends plein de photos et envoie-nous des souvenirs. Et ce soir : détends-toi !
- T'inquiètes pas que si elle est avec Cullen...
Je jure dans ma cuisine en ignorant les paroles salaces de Sam qui finissent par me faire rire malgré moi. Ces deux-là... ils ne changeront jamais !
- On va faire de la plongée ce matin, et, oui, on est le matin... rappelle-moi quand tu as mon message !
J'entends un léger bruissement avant que Jacob ne reprenne d'une voix plus étouffée :
- Oh ! J'allais oublier ! J'espère que tu penses enfin à porter les dizaines de sous-vêtements que je t'ai acheté ces dernières années ! Tu me diras ce qu'Edward en penses ! Bisous !
Je ris toute seule dans ma cuisine en l'entendant raccrocher, avant de secouer la tête... s'il savait !
Une heure plus tard, je suis douchée, coiffée et j'ai même mis un chouilla de mascara pour me défaire des cernes qui ornent mes yeux depuis mon retour ici. Pour la première fois depuis des années, ça n'est pas Riley, ou mon chagrin... c'est Edward, enfin, la soirée d'Edward. J'ai tellement de choses en tête que je ne vois pas le temps passé. Les journées ne sont pas assez longues et mes nuits sont beaucoup, beaucoup trop courtes.
Je sursaute en finissant de remonter la fermeture éclair de ma robe quand la sonnerie de la porte d'entrée résonne dans l'appartement.
J'y cours presque, manquant de trébucher à deux reprises. Devant la porte, je prends une seconde pour calmer ma respiration hachurée et me redonner une apparence normale -et non celle d'une folle furieuse. Le trac noue mon estomac quand je déverrouille la porte, l'ouvrant sur Edward qui me coupe littéralement le souffle.
Je reste figée une seconde dans cette comptemplation sortie tout droit de mes fantasmes les plus inavouables, ressentant avec force tout ce qu'il provoque en moi rien qu'en posant les yeux sur lui.
Ai-je déjà dit à quel point cet homme portait bien le costume ? A quel point il était grand ? Élancé ? Taillé comme un Dieu ? Parfait ?
Mes pauvres souvenirs de lui me paraissent bien fades comparés à l'éclat intense qui brille dans ses yeux quand ils s'accrochent aux miens, son sourire invisible -celui que j'adore de plus en plus- étirant ses lèvres. Mon cœur sursaute à sa vision, et mon estomac semble se ratatiner sur lui-même. Bon sang, ce regard !
- Isabella, sourit-il de sa voix grave, provoquant une série de frisson sur ma peau.
Je souris du mieux que je peux en retour, profondément heureuse de me trouver enfin face à lui. J'ai l'impression de ne pas l'avoir vu depuis bien, bien trop longtemps.
- Entre, je t'en prie.
Ma voix tremble. J'inspire profondément son odeur quand il m'effleure pour pénétrer mon appartement, refermant la porte derrière lui en essayant de retrouver une attitude normale et une respiration correcte. C'est peine perdue quand son corps vient se presser contre le mien dans mon dos, ses bras se nouant puissamment autour de moi.
- Tu m'as manqué, souffle-t-il contre ma nuque, faisant louper un battement à mon cœur.
Je n'ai pas le temps de réagir qu'il me fait tourner entre ses bras, remontant ses mains autour de mon visage pour m'observer, retournant brutalement mon estomac sous les émotions vives que son contact provoque.
J'avais raison : rien ne change. Tout est toujours aussi... aussi intense, et déroutant.
Quand son regard glisse sur ma bouche et qu'il humidifie ses lèvres de sa langue, j'ai la sensation que mon cœur va s'envoler. Est-ce logique que ce simple geste de sa part provoque en moi en avalanche de désir ? Je me sens trembler quand il se penche vers moi, frôlant mon nez du sien. Je suis obligée de m'accrocher à son caban pour ne pas tomber à la renverse tant cela m'électrise. Bordel.
- Tu es très belle.
Son murmure provoque en spasme qui résonne jusque dans ma poitrine, décuplant mon désir pour lui.
Je ferme les yeux quand sa bouche effleure la mienne avant qu'il ne s'éloigne, hachurant mon souffle en même temps que le sien. Quand cela va-t-il cesser ? Réussirai-je un jour à supporter qu'il m'embrasse, m'effleure sans avoir la sensation que tout brûle en moi ?
Mes doigts s'enfoncent dans le tissu de mon manteau quand je me redresse sur la pointe des pieds en le sentant s'éloigner, incapable de le laisser partir un centimètre plus loin. Je dois le sentir. Vraiment. Pendant la seconde qui sépare sa bouche de la mienne, j'ai l'impression que son touché est devenu littéralement vital, comme si… comme si je ne savais brutalement plus comment vivre, respirer sans lui.
Quand ma bouche se pose sur la sienne, mon cœur loupe un battement. Il en loupe un deuxième quand ses bras me pressent contre lui et qu'il approfondit notre baiser ardemment, nous perdant l'un et l'autre dans ce que j'ai moi-même déclenché.
Le désir boue sous ma peau, me faisant trembler contre lui quand ses mains chaudes glissent sur mon corps, me faisant mal étouffer un gémissement contre sa langue.
Bordel !
- Bonsoir, murmure sa voix cassée dans un souffle rapide, relâchant ma bouche pour poser son front contre le mien.
Les yeux clos, je respire si difficilement que j'ai du mal à reprendre pieds. Un seul baiser peut-il faire totalement cesser un cerveau à jamais ?
- Bonsoir, finis-je par répondre après plusieurs secondes.
Je le sens sourire quand il effleure mes lèvres avant de se reculer sagement, me faisant ouvrir les yeux.
- Ca sent divinement bon, avoue-t-il en me relâchant comme à regret.
- Je... j'ai fait des tagliatelles au citron.
Son sourire s'agrandit, faisant sursauter mon estomac. Bon sang, pourquoi est-il plus beau chaque fois que je le vois ? Ai-je seulement conscience de la chance insolant que j'ai d'être celle avec qui il... bordel Swan !
Je sors de mon état de léthargie après une seconde à le regarder, lui proposant finalement de le débarrasser de son caban sombre.
- Comment a été ton vol ? m'intéressé-je en retournant à la cuisine pour couper le feu sous la sauce des pates qui mijote lentement.
- Long, avoue-t-il en s'appuyant contre le bar pour m'observer.
- Quoi ? Pas d'hôtesse de l'air pour te divertir ?
Je ne sais pas moi-même pourquoi ma phrase me parait... idiote et pourquoi j'ai pourtant eu besoin de le dire à voix haute.
Je le vois secouer la tête du coin de l'œil, son regard brulant mes jambes nues alors que je me mords la langue pour ne pas m'insulter tout haut.
- Non, pas d'hôtesse de l'air pour me divertir.
Il laisse passer un silence alors que je relève les yeux vers lui, me noyant dans la profondeur des siens. La nervosité me secoue sans que je ne comprenne bien pourquoi quand il contourne le bar pour me rejoindre et qu'il effleure ma joue du bout de ses doigts.
Je savoure sa caresse d'une tendresse apaisante en fermant les yeux, m'abandonnant totalement à ce que je ressens.
- Comment a été ta semaine ? finit-il par demander après plusieurs secondes où je sens son regard bruler mon visage entier.
- Longue, avoué-je en rouvrant péniblement les yeux pour le voir tout près.
Mes mains remontent dans les cheveux tombant légèrement sur son front que je repousse doucement.
- Et la tienne ?
- Longue, s'amuse-t-il en sourire doucement. J'ai cru que j'allais passer ma semaine au bureau, littéralement… avec la sortie de NewMoon c'est l'effervescence. Et puis, l'appartement m'a paru... vraiment, vraiment vide, et froid sans toi.
- Certainement moins que toute la neige dans la rue.
- Tu finiras par l'aimer.
Je secoue la tête négativement, le faisant finalement sourire un peu plus.
- Tu verras que si.
- Ta famille arrive quand ? demandé-je pour le faire changer de sujet, souhaitant juste voir disparaitre cet air trop sûr de lui qu'il arbore.
- Demain dans l'après-midi.
La perspective de leur arriver me fait me mordre la lèvre. Cela veut dire que la soirée de lancement approche bien, bien trop vite.
- Nerveuse ? demande-t-il après m'avoir observé une seconde.
- Je... je ne crois pas que nerveuse soit le bon mot.
- Tout sera parfait.
- Hum... on en reparlera demain soir après la soirée !
- J'ai confiance en toi. Je ne vois aucune raison pour que cela ne soit pas aussi... fabuleux que la femme que j'ai sous les yeux.
Je me sens rougir, ce qui le fait sourire davantage.
- As-tu faim ? demandé-je pour changer de conversation.
- Très, souffle-t-il d'une voix plus sérieuse en se penchant vers moi.
Mon souffle se coupe quand son nez effleure le mien, faisant se retourner mon ventre tout entier.
- Ces pâtes ont l'air divines.
Je ne repousse pas le sourire qui étire mes lèvres quand il se recule, me laissant le souffle court, appuyée contre le meuble de cuisine derrière moi.
- C'est à peu près la seule chose que je maitrise en cuisine, finis-je par avouer.
- Vraiment ? Aurais-je donc trouvé le point faible de Mademoiselle Swan ?
Je lève les yeux au ciel en m'éloignant pour attraper deux assiettes et nous servir des pâtes.
- Il y a-t-il autre chose que je dois savoir sur toi ?
- Pour mes points faibles ?! Je crois que tu en connais déjà assez comme ça !
- La peur de la noyade a visiblement été retiré de la liste, s'amuse-t-il alors que je nous sers en essayant de ne pas en mettre partout.
- J'aimerais t'y voir toi, marmonné-je de mauvaise foi, ce qui le fait franchement rire.
On s'installe à la table basse pour diner, allumant la télévision qui défile en bruit de fond. Pendant un moment, on échange sur la semaine qui vient de passer et la soirée de lancement qui arrive à trop grand pas. J'ai le trac la concernant, c'est indéniable. Savoir que j'ai fait tout ça pour Edward accentue ce sentiment. Et s'il était déçu ?
Malgré ça, pendant plusieurs minutes, je l'écoute me parler de marketing et de publication en ne pouvant m'empêcher de sourire. C'est tellement... normal, évident comme situation... J'ai la sensation d'être à des années lumières de notre rencontre.
- Tu veux dire que tu n'as jamais envisagé de vivre ailleurs qu'ici ? demande Edward reposant sa tasse de café sur la table basse après le diner.
Je hausse les épaules, ne sachant quoi répondre.
- Je... j'aime cette ville, finis-je par dire après un moment.
- Même si c'est la capitale de la neige et de Noël ?
Le sourire qui étire mes lèvres est plus fort que moi.
- Elle ne l'est pas. Et puis, la neige fondra bientôt et nous retrouverons une vie totalement normale.
Edward m'observe un moment en souriant discrètement.
- Quoi ? finis-je par demander après un instant.
- Rien, sourit-il encore.
Cette façon qu'il a de me regarder... m'en lasserai-je ? Je suis certaine que non.
- Et toi ? Quitter Miami ? finis-je par demander après un léger silence où je suis incapable de lâcher des yeux la ligne parfaite de sa mâchoire.
- Je... j'en sais rien, probablement, murmure-t-il en braquant son regard sur sa tasse.
Sa réaction me fait froncer légèrement les sourcils. Son regard finit par retrouver le mien, coupant ma respiration devant sa profondeur.
- Ça va dépendre de l'avenir, je suppose, poursuit-il calmement, comme pour ne pas me faire fuir.
Je me mords la langue en silence, refoulant le frisson qui me secoue face à la tournure que prend cette conversation. Sommes-nous en train de parler de ce que je crois que nous parlons ?
- On n'y ait pas encore, dans tous les cas, sourit-il après un silence, apaisant la tension soudaine entre nous -en moi.
Je l'observe boire une gorgée de son café en me perdant dans les questions que cela soulève en moi. Serais-je capable de tout quitter, pour lui ? Mon boulot ? Mon appartement ? Ma famille ? Jacob ? Notre entreprise ? Jusqu'où serais-je prête à aller pour notre histoire ?
Mes pensées se perdent autour de tout ce que j'ai déjà sacrifié, pour Riley. Et sur tout ce que cela m'a apporté, et enlevé.
Comme par automatisme, mon regard se baisse une nouvelle fois sur mon alliance, oppressant mon cœur lentement. La douleur n'est plus aussi violente qu'avant. Je l'ai remarqué, déjà... Depuis Edward, je souffre moins, c'est indéniable. J'ai la sensation d'être... d'être plus en paix avec celle que je suis devenue, et celle que je veux être.
Je sursaute quand ses doigts effleurent mon épaule dénudée par ma robe, retrouvant le regard calme et confiant de l'homme qui me fait face.
- A quoi penses-tu ? demande-t-il sereinement, son regard verrouillant le mien.
- Rien je... j'ai la sensation de... de voir le deuil différemment, soufflé-je avec hésitation.
Ses sourcils se froncent légèrement. Il a l'air brutalement perdu par ma réflexion alors que je tente un sourire pour le rassurer.
- J'veux dire je... il y a des semaines je n'étais pas... pendant longtemps j'ai eu la sensation de ne pas pouvoir avancer pour tout ce qui concernait Riley et... ces dernières semaines...
Je hausse les épaules en cherchant mes mots tout en baissant les yeux sur l'anse de ma tasse que je triture entre mes doigts, ne sachant comment résumer tout ce qu'Edward a provoqué dans ma vie ces dernières semaines.
- J'ai la sensation de réussir à respirer à nouveau, sans avoir l'impression qu'on me broie le cœur…
Son regard verrouille le mien à nouveau, nouant ma gorge.
- Tu as avancé, souffle Edward avec toujours autant de calme.
- Plus que ce que je m'en croyais capable.
Quelques secondes, les mots brulent mes lèvres sans que rien n'arrive à sortir. L'émotion, mes sentiments pour lui s'emmêlent, faisant accélérer mon cœur quand je repose ma tasse sur la table basse à côté de la sienne à présent vide. Je finis par m'approcher de lui jusqu'à pouvoir glisser mes doigts sur son visage, dessinant le contour de ses lèvres roses distraitement.
Il me regarde faire, restant le plus silencieux du monde, même si sa respiration chaude sur mes doigts s'accélère légèrement à mon touché.
Je veux nous laisser toutes les chances possibles d'y arriver. Je veux que l'on puisse vivre tout ce que l'on a à vivre... et s'il faut que je quitte tout pour lui... je crois que j'en serais capable. Ce que je ressens contre lui... oui, j'en serais capable.
- C'est grâce à toi, murmuré-je d'une voix affaiblie par l'émotion après plusieurs secondes à sentir mon corps se réchauffer au contact du sien.
Un sourire traverse son visage même si ses yeux sont d'un sérieux déboussolant. Une émotion forte y vibre, me donnant envie de me livrer à lui davantage alors que ses doigts passent au travers de mes cheveux et que les miens accrochent son menton pour approcher son visage du mien.
- Tu... tu me rends plus... vivante... balbutié-je contre sa bouche en fermant les yeux sous ce que je ressens d'être si près de lui. J'aime New-York, mais... s'il fallait...
Ses doigts glissent jusqu'à ma nuque alors que sa main me tire d'autant plus à lui, sa bouche embrassant la mienne, me stoppant dans mes dires.
- Je ne t'imposerai pas de quitter New-York ou quoi que ce soit de ta vie pour moi, finit-il par dire en laissant son nez longer le mien. Je... je t'imposerai jamais un tel choix.
- Edward...
- Non je... je sais ce que ça te demanderait, de tout quitter ici... ta vie est ici Isabella et en aucun cas je ne t'autoriserai à tout sacrifier pour moi.
Je me mords la lèvre nerveusement, incapable de refouler ce que ses mots provoquent en moi en me reculant légèrement pour pouvoir observer son regard un peu plus sombre. Cela veut-il dire que... que notre relation n'ira jamais plus... loin que ce que nous vivons actuellement ?
- Mon bureau pourra toujours déménager jusqu'ici, évoque-t-il avec un sérieux après m'avoir dévisagé une longue minute.
- Edward...
- Mes précédentes relations m'auront au moins appris à savoir ce qui est important, me coupe-t-il dans un léger sourire qui n'atteint pas ses yeux. Tu es importante... plus que... plus que n'importe quoi dans ma vie, ajoute-t-il d'une voix plus basse.
Les larmes brulent les yeux sans que je n'arrive à me reprendre, ou à même vouloir contrôler ce que ses mots me font ressentir. Je suis émue parce que... bon sang, ce que je ressens à l'instant est tellement fort, tellement ardent...
Ses lèvres embrassent doucement les miennes, faisant sursauter mon estomac alors que je ferme les yeux à son contact, savourant sa douceur comme si je l'avais attendue toute ma vie... j'ai l'impression, ce soir, dans mon petit appartement de New-York que c'est finalement le cas. Comme si... comme s'il était celui que j'avais toujours attendu, toujours voulu.
- Laisse-moi prendre soin de toi, murmure-t-il contre ma bouche en se reculant légèrement.
- Je... je ne veux pas que tu penses que tu es... que tu es une sorte de pansement ou...
- Ça n'est pas le cas, assure-t-il avec confiance, me faisant rouvrir les yeux pour tomber dans ses émeraudes où je me noie sans lutter. Vraiment c'est... j'ai la sensation que c'est toi qui me sauves, et non l'inverse.
Je déglutis alors qu'il saisit mes hanches pour me faire asseoir sur lui avant d'inspirer profondément. Je me penche vers lui pour garder le plus de contact possible alors qu'il s'appuie sur le dossier du canapé pour m'observer de son regard déboussolant.
- Après la mort de mon père j'ai... j'ai longtemps eu la sensation que je n'arriverai plus à être... heureux, confit-il avec émotion. Et puis... tu es apparue.
Je me sens rougir furieusement alors que son sourire refait son apparition, embrouillant mes sens quand ses mains descendent sur mes reins.
- C'est... c'est toi qui es apparu, marmotté-je en fermant les yeux sous la sensation de son corps contre le mien et de ses mains chaudes brulant le haut de mes fesses.
- Je t'assure que c'est toi. Toi, et... ton air, là, pointe-t-il en caressant ma joue.
- Mon air ?
Son sourire s'amplifie alors qu'il hoche la tête, accélérant mon cœur davantage quand je retrouve son regard.
- Ton air, assure-t-il en effleurant mes lèvres une nouvelle fois.
Pendant un moment, un silence apaisant s'installe entre nous. Le désir flotte en moi et autour de moi, pourtant, ni lui ni moi ne bougeons d'un pouce. Je suis... bien. Juste bien. Ses mots repassent en boucle dans mon cerveau torturé avant que je n'ose poser la question qui me chatouille les entrailles.
- Je peux te demander quelque chose ?
- Tu le fais déjà, fait-il remarquer avec un sourire arrogant.
Mon regard noir le fait rire délibérément.
- Dis-moi.
- Tu... tu dis que tes précédentes relations t'ont appris à savoir ce qui était important...
Il hoche la tête pendant que je cherche comment formuler ma phrase sans être trop envahissante alors que le sérieux reprend sa place dans ses yeux déroutants.
- Est-ce que... est-ce que tu as perdu quelqu'un de façon...
- Violente ?
Je hoche la tête, presque gênée alors qu'il caresse ma mâchoire lentement.
- Non je... j'ai été fiancé, pendant quelques temps.
Fiancé ? Sa révélation me fait frissonner tandis qu'il scrute chacune de mes réactions. J'ai la sensation qu'une brulure acide remonte le long de mes membres pour venir bruler mon ventre presque douloureusement. Je me redresse légèrement, m'asseyant sur ses cuisses en dépliant mes jambes autour de lui pour l'écouter presque religieusement.
- Victoria a été ma petite amie pendant... presque 10 ans. Je… je ne sais jamais trop quoi en dire. Je n'étais pas malheureux avec elle mais je n'ai jamais eu la sensation d'être... totalement heureux, non plus. On s'est rencontré à la fac, on a presque tout vécu ensemble. Et un matin, elle est juste... elle est partie.
- Comme ça ? demandé-je en me rendant donc que je suis presque en colère contre cette fille.
Je ne la connais pas, mais rien que le fait de savoir qu'il l'a aimé, qu'il l'a embrassé, touché... je ravale une grimace. Depuis quand suis-je... jalouse au point d'en avoir mal au ventre ?
- J'ai refusé de comprendre qu'il y avait un problème entre nous avant de voir l'appartement vide en rentrant du bureau en plein été. Je crois que ça faisait longtemps qu'elle n'était juste plus heureuse...
- Elle… elle est partie comme ça ? Sans… sans explication ou…
- La veille elle m'a demandé de choisir entre elle et CullenCorp.
Je fronce les sourcils, ne comprenant pas bien. Qui était-elle pour lui demander de faire un tel choix ? Comment avait-elle pu lui imposer une telle chose ? Quelle femme pourrait donc se... se lasser de lui et simplement le quitter de la sorte ?
- Si elle t'a quitté je suppose que…
- J'ai mis tout mon temps, toute ma vie dans cette boite.
Je l'observe en silence réfléchir une seconde, semblant rassembler ses pensées alors que ses yeux se perdent quelques instants dans le vide. Pense-t-il à… à elle ? A ce choix qu'il a fait ce jour-là ?
- J'ai toujours fait passer ma carrière avant tout... avant elle, aussi, avoue-t-il sans pour autant sembler regretter son choix.
Sa réaction apaise quelque chose en moi… ma jalousie ?
- Ta carrière est tellement importante Edward...
- Tu l'es plus, lâche-t-il en se redressant pour pouvoir être plus près.
Mon cœur sursaute alors que mon ventre se noue.
- Je ne t'imposerai jamais de choisir, assuré-je en remontant mes mains dans sa nuque pour caresser le soyeux de ses cheveux.
- Mais, si tu le faisais, ça serait toi Isabella.
- Edward... m'opposé-je le souffle coupé qu'il dise une telle chose.
- Ça serait toi, sans une hésitation, assure-t-il avec force. Tu es... tu n'imagines pas combien j'ai la sensation de réussir à respirer de nouveau depuis toi, murmure-t-il le plus sérieusement du monde, faisant décoller mon âme une nouvelle fois.
Sa main prend mon visage en coupe alors que mon souffle s'accélère sous ce que je ressens contre lui. C'est merveilleux. Presque effrayant, mais merveilleux.
- Je me fou de la soirée de lancement, poursuit-il la voix grave. Je... ça sera parfait, et même si c'était un fiasco ça... ça ne changera rien à ce que je ressens pour toi. Mon histoire avec Victoria…
Il soupire en m'observant à nouveau alors que j'ai l'impression que mon cœur va exploser.
- Ça n'a jamais rien eu à voir avec nous… avec toi. C'est… toi, c'est différent. Personne… personne n'a jamais compté plus que toi.
Je reste silencieuse, absorbée par ses mots et la façon déroutante dont les sentiments sortent avec facilité pour lui. C'est tellement... tellement fort ce que je ressens pour lui que j'ai la sensation que mon cœur va s'envoler à force de battre si vite s'il continue à me dire des choses aussi belles.
- J'ai conscience qu'il te faut du temps... ce que tu as vécu avec Riley...
Il secoue la tête, comme dépassé par ce qu'il voudrait me dire alors que, suspendu à ses lèvres, je n'arrive pas à détacher mon regard de ses yeux profonds où brille une émotion vive qui me fait trembler.
- Je...
- Je ne te demande pas de m'en parler si tu n'en as pas envie, si tu n'es pas… prête.
- Ça n'est pas... parler de lui a été tellement... tellement douloureux pendant si longtemps, avoué-je la voix affaiblie par l'émotion.
Ses doigts caressent ma joue tendrement, comme pour m'apaiser alors que j'inspire profondément pour reprendre mon souffle. Ça n'est pas que Riley. C'est lui, aussi… surtout.
- Je crois que je ne saurais quoi t'en dire. Le perdre a été... la pire épreuve de ma vie. J'ai... longtemps j'ai eu l'impression d'être morte avec lui cette nuit-là.
La tristesse qui me traverse me fait frissonner alors que les larmes gagnent mes yeux.
- Il n'y a pas eu que sa disparition... ça a été... tous ces mois de souffrance, d'impuissance et de... d'espoir qui se sont achevés de la manière la plus... la plus horrible qui soit.
Les souvenirs affluent en nombre et, pour la première fois, je les laisse m'envahir sans lutter contre eux à m'en arracher le cœur. Je suis surprise de constater que cela ne m'anéanti pas. Je n'éclate pas en sanglots. Je n'explose pas sous la douleur, je ne me tords pas de chagrin. La douleur est là, dans ma poitrine et bien réelle mais… elle est différente. Je sais que l'homme contre moi y est pour… pour tout.
- Jusqu'au bout il a pensé qu'il s'en sortirait. Il... Riley était d'un optimisme immuable.
- Qu'a-t-il eu ? demande Edward à voix basse, comme pour ne pas me briser.
- Cancer de la moelle osseuse.
Sa main caresse à nouveau ma joue, apaisant doucement la dure réalité.
Cette histoire est la mienne, la nôtre. Grâce à Edward, je sais que mon chagrin finira par s'apaiser. Il ne disparaitra jamais, ça, je le sais aussi... parce que, quelque part, au fond de moi, je ne cesserai jamais d'aimer Riley. Il aura été mon amour, mon meilleur ami pendant plus de 10 ans, rien ne pourra m'enlever nos souvenirs, les bons, comme les pires.
Mais désormais, je veux être avec Edward. Je veux vivre ce qu'il a à m'offrir et lui donner tout l'amour qu'il mérite parce que, de ma vie, j'ai la sensation de n'avoir jamais connu une plus belle âme que la sienne.
Pendant un instant, son regard profond et intense semble panser chacune de mes douleurs, ne laissant que des cicatrices moins profondes que celles qui saignaient abondamment il y a encore tellement peu de temps...
Mes mains remontent contre dans ses cheveux pour en caresser les mèches folles qui se bataillent avec le reste de sa chevelure indomptable.
- Et puis, il y a eu toi, ajouté-je plus bas en posant mon front contre le sien pour le sentir plus près.
Ses bras s'enroulent autour de moi pour me serrer contre lui alors qu'il inspire lentement en fermant les yeux.
Le temps d'un instant, le temps se suspend et mes sentiments pour lui résonnent dans mon cerveau, faisant frissonner ma peau. Je l'aime. J'aime cet homme... pour de vrai, d'une manière qui me déboussole.
Mon cœur s'accélère dans ma poitrine. Mon ventre se tord délicieusement alors que l'homme sous moi bouge légèrement, effleurant mon nez du sien dans une lente caresse qui me torture déjà le corps.
- Embrasse-moi, finit-il par murmurer d'une voix étouffée, son souffle s'accélérant en même temps que le mien.
Quand sa main atteint mon visage et que mes lèvres rejoignent les siennes, je sais que j'ai décroché un bout du paradis.
Coucou vous !
Vous ne rêvez pas : on est vendredi et je publie ! (ceci est ce qu'on appelle un miracle !)
J'espère que ça vous plaira toujours autant, merci pour tout vos mots et messages, vous êtes des amours, vraiment.
J'vous remet ici mon Instagram si vous voulez qu'on discute, qu'on échange, ou savoir l'avancé des prochains chapitres, et savoir, si jamais vous le voulez, si j'ai pas déjà une idée de prochaine romance en tête (elle me torture, m'enfin je dis ça, je dis rien) ... (d'ailleurs, je suis en vacances pour 10 jours, je compte bien écrire, écrire et écrire! et j'espère terminer Les Flocons (oui, je l'appelle comme ça) le pluuuuuus vite possible pour vous partager la fin (bah oui, faut bien un jour) de nos amoureux (on ne panique pas, il reste encore quelques chapitres!) j'ai hâte et pas hâte, parce que, même si Bella me rends dingue par moment, je les aime particulièrement ces deux là... et j'ai jamais fait autant de parenthèse dans une parenthèse ! Arrêtez-moi ! ) cherchez moi sous : Tied Foster ! (ah bah enfin !)
Vous me laissez un mot ? Savoir si je dois continuer à vous torturer (un peu) ou non !
J'vous embrasse,
Tied.
