Chapitre 22

Last Christmas - Ariana Grande

Je m'engouffre dans l'ascenseur et appui rapidement sur le bouton pour rejoindre mon étage en me secouant pour faire tomber la neige qui stagne encore mes cheveux.

L'odeur du café emplit tranquillement l'habitacle vide alors que les portes se referment, m'emprisonnant dans la cabine froide.

Une seconde, je croise mon regard dans le miroir terne qui me fait face.

Je retiens mal un rire en observant mes cheveux emmêlés, mes yeux cernés mais brillants et le sourire idiot qui orne mes lèvres. J'ai clairement l'air d'une fille qui vient de vivre la meilleure nuit de sa vie. L'était-elle ?

Mes doigts effleurent par automatisme mon cou alors que je me laisse plonger délicieusement dans les souvenirs de notre nuit, frissonnant malgré le vide tout autour de moi.

Edward est... ai-je dis à quel point il est parfait ? Est-ce... est-ce normal, de ressentir autant de choses à son contact ?

J'ose même fermer les yeux alors que l'ascenseur poursuit sa montée à travers les étages, me souvenant sans mal des sensations intenses et inédites de cette nuit. Sa peau contre la mienne, son souffle dans mon cou, son regard ne lâchant pas le mien et la sensation encore brulante de nos corps ne faisant qu'un... je retiens un soupire alors que l'ascenseur se stabilise, me faisant me pincer les lèvres pour ne pas rire nerveusement, à nouveau. Cet homme... je ne m'en lasserai jamais.

- Tu m'as manqué, souffle son ténor quand je pose le sachet contenant nos cafés brulants et viennoiseries sur le bar de la cuisine.

Sa respiration chaude me faisant frissonner tandis qu'il s'appuie dans mon dos en nouant puissamment ses bras autour de moi. J'étouffe un soupire en sentant à quel point son torse nu est brulant.

- Je ne suis partie que 10 minutes, m'amusé-je en me tournant pour lui faire face.

Ses yeux sont si lumineux que mon souffle se coupe sous leur intensité.

- Hum... après cette nuit, 10 minutes c'est déjà... beaucoup trop.

Son nez caresse le mien une seconde avant qu'il ne m'embrasse brièvement. Il a raison, aussi ridicule que cela puisse paraitre... il m'a manqué lui aussi.

- Je nous ai pris le petit déjeuner, marmotté-je quand sa bouche glisse sur ma joue avant d'effleurer mon cou.

- Je croyais que tu ne déjeunais pas.

Son souffle brulant sur ma peau... bordel. Je dois fermer les yeux très fort et me concentrer au maximum pour réussir à trouver la force de lui répondre.

- Je...

- Hum ?

- Edward peux-tu arrêter ?

Son rire chatouille ma peau avant qu'il ne se redresse pour me faire face.

- T'aurais-je donné faim ?

- Donner faim ? Tu m'as affamée tu veux dire !

Son regard s'inonde brutalement d'espièglerie alors que je lutte pour ne pas lui sauter dessus encore une fois. M'aurait-il rendu... accro ? Suis-je donc incapable de me sentir pleinement... rassasiée ? Combien de fois avons nous fait l'amour au juste ? Trois fois ? Quatre ? Sans compter...

- Je ne t'ai pas entendu te plaindre, reprend-il, coupant court à mes pensées partant dans tous les sens.

- Je...

- À moins que tu n'aies juste pas... aimer ?

Je me sens rougir avant même de pouvoir dire quoi que ce soit. Son air arrogant revient, le rendant littéralement irrésistible alors que son sourire s'agrandit superbement. L'ai-je déjà trouvé plus beau que ce matin ?

- Je ne crois pas que tu puisses douter un instant de... de ça, avoué-je en nouant mes bras autour de son cou dans le seul but de le maintenir contre moi.

- J'ai adoré ça aussi.

Ses lèvres effleurent les miennes dans un sourire commun. J'ai l'impression de n'avoir jamais été plus heureuse... vais-je retoucher Terre un jour ?

On déjeune dans un silence apaisant alors que la neige cesse enfin de tomber sur New-York. Plusieurs fois, son regard incroyablement intense me perturbe mais je reste concentrée sur mon café délicieux -le meilleur de New-York- et essaie de ne pas penser à la soirée à venir.

La soirée de lancement est ce soir et, bien que tout soit prêt -presque- y penser me fait presque avoir la nausée. Bon sang ai-je déjà été aussi stressée par un évènement ?

- À quelle heure pars-tu ? finit par demander Edward quand je jette nos gobelets vides.

- Pour 9h, soupiré-je en jetant un coup d'œil à l'horloge pour constater qu'il est déjà 8h30. Je dois aller prendre ma douche et passer récupérer la livraison de fleurs, la toile avant d'aller au Plaza et...

La bouche d'Edward me fait taire alors que je soupire de plaisir, savourant la douceur de sa bouche contre la mienne.

- Respire, souffle-t-il contre mes lèvres dans un sourire.

Je garde les yeux clos quand il se recule pour entourer ma nuque de ses mains.

- C'est la soirée la plus importante de ma carrière, murmuré-je doucement.

- De la mienne aussi, s'amuse-t-il.

Je grimace en gémissant mollement.

- Ne me dis pas...

Ses doigts font pression dans ma nuque, me faisant rouvrir les yeux pour le voir me regarder avec... adoration. Oui, je crois que c'est le mot.

- Tout ira bien, promet-il en posant son front contre le mien.

La confiance qu'il met en moi me dépasse et me fait pourtant du bien. J'inspire avant de l'embrasser doucement à mon tour, souhaitant juste ne pas perde cette chose ardente et déboussolante entre nous.

- Merci, soufflé-je à voix basse, la gorge nouée par l'émotion.

Un léger sourire -celui que je préfère- étire ses lèvres avant qu'il ne m'embrasse à nouveau, laissant sa bouche trainer sur la mienne plus longtemps qu'il ne le faudrait. Quand ma langue effleure sa lèvre, je le sens me presser davantage contre lui alors que le désir m'embrase, me faisant gémir.

- Ok, file à la douche, ordonne-t-il en me relâchant brusquement, faisant s'étrangler un rire dans ma gorge.

Je l'embrasse brièvement avant de rejoindre la salle de bain en trottinant, mordant ma lèvre quand je referme la porte derrière moi. Je vais perdre la tête si rien ne change entre nous… Cet homme sera ma perte.

Après une douche où je prends le temps de respirer lentement, je suis plus calme. L'effervescence de la fête monte cependant rapidement lorsque je m'habille et je tremble légèrement quand je rejoins mon salon où Edward est assis, feuilletant le livre que je lis en ce moment.

- Il est superbe, lui appris-je en arrivant devant lui.

Son regard clair retrouve le mien, faisant s'accélérer mon cœur malgré moi.

- Tu es superbe.

- Et tu n'as pas encore vu ma robe pour ce soir...

Son regard réprobateur me tire un sourire alors qu'il se relève, me surplombant largement. Notre position me fait me sentir soudain toute petite. Suis-je vraiment en train de le narguer ?

- Je trouve que tu me cherche un peu trop.

Je me pince les lèvres pour ne pas rire alors que ses doigts repoussent les cheveux de mon visage.

- Aurai-je le droit de te voir avant ce soir ?

Je secoue la tête négativement en même temps qu'il me ramène contre lui.

- Je... ça va... ça arrivera vite, balbutié-je, perturbé par son souffle chaud sur mon cou qu'il embrasse brièvement.

- Juste un peu ?

- Edward...

Son rire me tord les entrailles avant qu'il ne soupire contre ma peau.

- Je vais aller prendre ma douche.

Je hoche la tête avant qu'il ne se redresse et caresse ma joue de son pouce.

- Je pense que je vais y aller, soufflé-je en luttant pour ne pas fermer les yeux sous la douceur de son geste. J'ai une soirée monumentale à préparer.

- Monumentale ?

- Grandiose.

Le sourire qui étire ses lèvres est incroyable. Pendant un instant, aucun de nous ne bouge... je reste plongée dans l'incroyable intensité de ses yeux et j'aime ce que je ressens pour lui, définitivement.

- File, finit-il par dire dans un sourire avant de m'embrasser brièvement.

- On se retrouve ce soir.

- Tu seras la fille en blanc ?

Je lève les yeux au ciel, l'ignorant superbement en récupérant mon téléphone sur le bar.

- Non ?

- A ce soir Edward !

Son rire résonne quand je sors de l'appartement, laissant l'homme de mes rêves seul chez moi.

Quand je regagne mon bureau après une traversée de la ville qui dure des heures -et j'exagère à peine, je soupire en sentant mon téléphone vibrer pour la dixième fois.

- J'arrive, j'arrive !

Je balance mon bonnet sur mon bureau et finis par sortir mon téléphone, qui vient encore de vibrer. Mais qu'est-ce qu'il se passe bordel ?

Quand j'attrape le cellulaire, je comprends tout de suite ce qui ne va pas : ça n'est pas le mien.

Je jure en manquant de me taper le front. Bordel mais pourquoi fallait-il que je prenne le téléphone d'Edward aujourd'hui ? Pas étonnant que ce dernier s'affole au vue de la soirée qui l'attends !

Je soupire en le déverrouillant pour envoyer un message à mon propre téléphone pour avertir Edward de mon erreur.

Mes sourcils se froncent en voyant le nom de Jacob apparaitre dans le journal d'appel mais je décide d'ignorer ma curiosité qui veut s'insinuer de façon malsaine en moi. Il est normal qu'ils discutent s'ils le veulent et je ne veux surtout pas pénétrer l'intimité d'Edward. Je n'ai pas envie d'être la petite amie frigide qui va fouiner dans le téléphone de son homme dès qu'elle en a l'occasion !

Après m'être fait un café, et avoir laissé sonner le téléphone d'Edward trois fois de plus, je soupire en rassemblant la totalité de mes données pour la soirée de ce soir... c'est maintenant, ça commence.

J'ai rendez-vous dans une heure à l'hôtel et je dois encore faire... tellement de choses ! Après avoir listé tout ce qu'il fallait pour la soirée, j'ai un sourire de contentement en me rendant compte que tout est prêt. Je passe un rapide coup de fil à l'hôtel, vérifiant que tout est en place et que les équipes sont déjà là pour installer toute la décoration pour ce soir.

Avant de quitter mon bureau, je balance le téléphone d'Edward, qui vibre une nouvelle fois, et décide de repasser chez moi pour lui déposer avant de regagner mes activités. Avec un peu de chance, et comme il avait encore un certain nombre de choses à régler, il y est encore.

Dans le taxi qui me ramène chez moi, je soupire en sentant son téléphone vibrer une nouvelle fois. Cet homme est-il toujours autant demandé ?

Je repousse ma curiosité une nouvelle fois mais, quand on arrive dans ma rue et que ça vibre à nouveau, je ravale ma fierté et sors finalement le cellulaire de mon sac, le déverrouillant pour tomber sur une dizaines d'appels et de messages.

Presque tous son de son bureau de Miami. Combien de temps passe-t-il au téléphone au juste ? Est-ce seulement aujourd'hui et en vue de la soirée qui arrive ? Ou est-ce son quotidien ?

Mon cœur sursaute quand le journal d'appel affiche le nom de mon meilleur ami.

Je fronce les sourcils en cliquant sur le journal d'appel, constatant qu'il a essayé de le joindre deux fois depuis 9h. Pourquoi Jacob l'appelle-t-il ? Est-ce à cause de la soirée ?

Le sachant en vacances, cela me perturbe légèrement alors que mes doigts font défiler leurs appels lentement, sentant l'incompréhension grandir en moi.

Quelque chose que je ne saisis pas flotte autour de moi et s'accroche à mes poumons, m'empêchant de respirer calmement tandis que le taxi s'arrête en bas de mon immeuble.

J'en descends distraitement, soufflant chauffeur de la garder la monnaie avant de me rendre compte que leurs appels ne datent pas d'aujourd'hui.

Un sentiment étrange grandit en moi soudain alors que, ma curiosité l'emportant, je fais remonter le journal d'appel jusqu'à loin... bien trop loin.

Janvier.

Décembre.

Novembre.

Octobre.

Jacob connait-il Edward depuis si longtemps ? Pourquoi ? Comment ? Ne m'avait-il pas dit qu'il n'était en contact avec lui que depuis... que depuis novembre ? Que depuis notre rencontre qu'il a lui-même organiser ?

Je reste un instant perdue par ce que je vois et comprends. Pourquoi ce sont-ils appelés autant de fois depuis des mois ? Pourquoi me le cacher ?

Le téléphone vibre entre mes mains glacées, me faisant sursauter alors qu'un message s'affiche, nouant violemment mon estomac.

Quelque chose de plus fort que moi me fait se couper mon souffle alors que mes doigts tremblants glissent sur l'écran, ouvrant le message alors que tout en moi me dicte de ne pas le faire.

Combien de temps tout ce cirque va-t-il encore durer ? Bella mérite de savoir.

L'incompréhension se mélange brutalement à la peur alors que j'ai la sensation que tout devient flou autour de moi.

Rosalie.

Pourquoi ce message ? Qu'est-ce qu'il se passe ? Qu'est-ce que je mérite de savoir ? De quel cirque parle-t-elle ? Est-ce... est-ce normal, cette peur violente et étouffante qui grandit en moi alors que mon cœur s'affole presque douloureusement ?

Mon ventre se resserre sur lui-même alors qu'un autre message arrive, bloquant ma respiration pour de bon.

Elle ne nous pardonnera jamais. Je vais tout lui dire.

Cette fois, le message est de Jacob.

Comme incapable de comprendre et de réagir, mon cerveau et mon cœur se referment dans une violence inédite alors que mon souffle s'accélère. Sans savoir réellement ce qui est en train d'arriver, je comprends brutalement que je suis au milieu de quelque qui va me briser.

Interdite je reste plusieurs secondes les yeux fixés sur l'écran du téléphone, perdue dans l'incompréhension au milieu du trottoir enneigé. Je ne sais même plus le froid autour de moi, comme si j'avais été anesthésié par ce que tout ce que je découvre. Mais qu'est-ce qu'il se passe bordel ?

Sonnée, comme si j'assistais à un crash en étant le plus impuissante du monde, je monte à mon appartement sans avoir la sensation d'en être pleinement consciente.

Ça n'est pas normal... Ces appels, ces messages. Quelque chose cloche. Putain tout en moi ne fait que me prouver que quelque chose cloche réellement.

Quand je rentre dans l'appartement, mes yeux se posent immédiatement sur Edward au milieu de la pièce, mon téléphone entre les mains.

Son visage s'illumine quand il pose les yeux sur moi, me donnant la nausée.

- J'étais en train de te répondre, commence-t-il avant que l'inquiétude ne le traverse plus largement quand son regard accroche le mien. Isabella ?

J'aimerais faire comme si rien n'était arrivé.

J'aimerais faire comme si je n'avais pas vu tous ces appels.

J'aimerais faire comme si je n'avais pas lu le message de Rosalie et celui de Jacob…

Mais je n'arrive plus à calmer mon ventre qui me brûle et à faire taire ce sentiment d'incompréhension et de peur qui grandit en moi.

- Qu'est-ce que je dois savoir ?

Son incompréhension s'accentue alors qu'il repose mon téléphone pour s'approcher d'un pas. J'ai la sensation que s'il ne me rassure pas tout de suite, je vais exploser.

- Quoi ?

- Qu'est-ce que je dois savoir ? Répété-je nerveusement en serrant son téléphone plus fort entre mes doigts glacés.

- Isabella je n'ai...

- Les appels avec Jacob depuis... depuis des mois, indiqué-je ne sentant ma voix trembler sans que je ne puisse le contrôler.

Je le vois pâlir sous mes yeux alors que j'ai la sensation de ne plus rien comprendre, de ne plus rien être capable de comprendre.

- Je peux t'expliquer, souffle-t-il d'une voix atrocement en calme en s'approchant d'un pas.

- M'expliquer ? M'expliquer quoi ? Je... Qu'est-ce que je ne sais pas Edward ?

Ma voix monte dans des aigus ridicules alors que je perds patience, sentant mon cœur s'emballer douloureusement dans ma poitrine. Est-ce les larmes qui brulent mes yeux à ce point ?

- Calme toi, on va...

- Me calmer ? répété-je dans un tremblement. Je... je suis très calme Edward je t'assure que... dis-moi ce qu'il se passe !

- Écoute c'est... c'est compliqué.

Je me retiens mal de lui crier dessus avant qu'un nouveau message arrive sur son téléphone qui vibre entre mes doigts.

Rosalie, encore.

Tu comptes faire quoi ? Tu comptes lui dire avant qu'elle tombe amoureuse de toi ?

Mes yeux me brulent à nouveau alors que l'incompréhension se transforme en colère. Quand mon regard retrouve le sien, je le vois serrer les dents.

Je déteste vraiment ce que je ressens ! C'est horrible, froid et, putain, c'est pire que tout. Mon corps est en alerte, comme si j'étais en danger alors que... suis-je en danger ?

- Edward je... je suis loin d'être totalement idiote je... putain dis-moi ce qu'il...

- Notre rencontre n'était pas le fruit du hasard, finit-il par dire alors que j'ai la sensation que je vais devenir hystérique s'il ne m'explique pas tout de suite ce qu'il se passe.

Ses mots résonnent dans ma tête une seconde avant que j'inspire lentement, essayant de comprendre ce qu'il raconte.

- Je te demande pardon ?

- Je t'ai croisé en automne, sur un salon à Manhattan.

Si j'ai cru que l'incompréhension m'empêchait de respirer sur le trottoir, je me rends brutalement compte que ça n'était rien comparé à ce que je ressens maintenant.

Comme si j'étais incapable de comprendre ce qu'il me dit, je le vois avancer d'un nouveau pas lentement, presque prudemment alors que je fouille dans mes souvenirs une quelconque trace de lui avant... avant notre rencontre. Je ne comprends pas… Je ne comprends rien !

- Quoi ?

- J'y ai rencontré Jacob, poursuit-il d'un air plus sombre. J'ai vu votre travail, j'ai pensé que vous pourriez faire de ma soirée que... que tu pourrais faire de ma soirée quelque chose de... d'incroyable.

- C'est quoi le rapport avec moi ? m'impatienté-je nerveusement, serrant les dents pour contenir la colère qui monte en moi par vagues presque douloureuses.

- Je... je te voulais, lâche-t-il avant de fermer les yeux une seconde comme pour ordonner ses pensées. De manière... bordel tu m'imagines pas comme le simple fait de poser les yeux sur toi a été... douloureux.

Il secoue la tête alors que j'ai la sensation que mes jambes vont céder sous moi poids. Il me voulait ? Comment ça ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Qu'a-t-il fait ?

- Edward...

- De fil en aiguille j'ai forcé Jacob à me parler de toi, je voulais qu'il nous présente, il a pensé que je pourrais te... te faire du bien, t'aider à tourner la page. On a fait en sorte d'organiser... ce... ça.

L'incertitude qui flotte dans ses yeux quelques secondes fait s'accélérer douloureusement mon cœur dans ma poitrine alors que j'ai la sensation qu'on m'empêche littéralement de respirer. Tout était... ils avaient tout prévu ?

- C'est une blague ? Edward, dis-moi que...

- Jacob a pensé qu'avec la pub que cette soirée allait vous faire, nous serions gagnant-gagnant...

Notre rencontre n'était qu'un... qu'un arrangement ? Je repose son téléphone qui me brule les doigts sur la console de l'entrée en tentant de comprendre ce qui est en train d'arriver. Est-ce un cauchemar ? Il m'a acheté ? Qu'est…

- Tu… tu m'as acheté ? répété-je d'une voix atrocement calme, à mille lieux de l'affolement présent dans ma tête.

- En aucun cas, s'indigne l'homme face à moi, un éclat de colère brulant son regard.

Si, il l'a fait. Que croit-il ? Que parce qu'il a de l'argent il peut… il peut tout obtenir ?

- Tu... tu as établi ce... ce plan avec mon meilleur ami ?

Ses lèvres se pincent en une ligne mince alors que la nausée me retourne l'estomac.

- Dès que j'ai posé les yeux sur toi j'ai... Isabella essaie de comprendre ça n'est pas...

À nouveau il ferme les yeux alors que la panique remonte brutalement dans ma poitrine, accentuant la douleur dans ma gorge. Comment ai-je pu être aussi aveugle ? Comment ai-je pu penser que c'était ce stupide destin qui le mettait sur ma route ?

- Tu ne sais pas à quel point c'était stupide comme idée mais j'avais besoin de savoir qui tu étais, souffle-t-il plus calmement, comme pour justifier son geste.

- Tu aurais pu faire comme tout le monde et venir me parler Edward !

- Je ne suis pas comme tout le monde, me rappelle-t-il avec arrogance alors que je le fixe, stupéfaite. Ça n'aurait servi à rien ! Jacob n'a rien voulu me dire concernant ta vie avec Riley, simplement que tu avais beaucoup souffert et que je pouvais peut-être t'aider à surmonter ton chagrin…

- Non mais je rêve ! m'exclamé-je en passant une main sur mon front pour tenter de rester debout.

- Écoute j'ai... on s'est rencontré et ça m'a paru tellement idiot mais je... il y avait la soirée et tu avais l'air tellement... tellement vivante je n'ai pas voulu tout arrêter je... Tes idées ont été incroyables dès le départ et...

- Tu m'as mentis Edward ! lui reproché-je vivement en refermant mes bras autour de moi, comme pour me protéger.

Mes jambes vont-elles me lâcher ? Comment pouvons-nous en être arrivé là alors qu'il y a deux petites heures nous nous aimions ? Était-ce réel ? Sincère ?

- Le fait que notre rencontre soit un arrangement entre Jacob et moi ne change rien, assure-t-il avec force en m'approchant à nouveau.

- Tu rigoles j'espère ? m'horrifié-je en reculant d'un pas quand il se retrouve trop près. Ça change tout ! Tu croyais quoi ? Que j'allais prendre ça en souriant et continuer à coucher avec toi ?

- Isabella, je t'en prie, ne sois pas comme ça... s'agace-t-il, me donnant l'impression de n'être qu'une enfant capricieuse.

- Comme quoi ? Tu ne peux pas tout acheter sous prétexte que tu as autant d'argent que tu veux Edward ! J'ai, putain, j'y crois pas... la seule fois de ma vie où je veux vraiment faire confiance j'ai...

- Tout ce qu'on vit est réel, ça ne change rien, maintient-il avec force alors que j'ai la sensation d'étouffer sous le poids du chagrin qui obstrue mes poumons.

- Non Edward, non c'est... rien n'est sincère ! Depuis le départ tu me mens je... je ne peux pas croire que tu l'aies été un seul instant !

- Comment peux-tu dire une chose pareille ?

- Comment as-tu pu me mentir ? m'étranglé-je. Et Jacob ? Et... ta famille... elle aussi alors ? Vous êtes...

Je cherche mes mots un instant sans trouver à décrire ce que je ressens réellement.

- C'est pour ça que Rosalie est si froide avec moi ? compris-je brutalement.

La honte traverse les traits d'Edward alors que tout s'éclaire brutalement en moi. Comment tout a-t-il pu m'échapper à ce point ?

- Je ne peux pas croire que la seule à ne pas m'avoir menti soit Rosalie !

- Elle a détesté l'idée dès le départ, avoue-t-il d'une voix plus basse.

Alors tout le monde est au courant de leur petit jeu ? Comment ai-je pu ne rien voir, ne rien comprendre ?

- Et ta mère ? demandé-je le souffle court, attendant presque le coup de grâce.

- Elle ne sait rien.

Un léger silence s'installe alors que tout tourbillonne autour de moi. Les yeux d'Edward traduisent des émotions indéchiffrables mais je suis tellement en colère contre moi même que je n'arrive même plus à le regarder en face. Ma gorge se noue quand je prends douloureusement conscience de ce qui est en train d'arriver.

- Comment j'ai pu être aussi... naïve j'ai... putain j'ai vraiment cru...

Il s'approche un peu plus alors que je repousse en vain la peine que tout ce qu'il m'avoue me fait ressentir. Comment puis-je passer au-dessus de ça ?

- Isabella, attends-je...

- Attendre quoi ? m'énervé-je en me dégageant quand ses doigts veulent atteindre mon visage. Que tu me mentes encore ? Que tu montes un plan débile avec mon meilleur amie pour me sortir de ma dépression ? De mon deuil ? Pauvre veuve que je suis...

- Ne sois pas idiote, s'agace-t-il en serrant les dents face à mon rejet. Tu n'y aies pas !

- Je suis idiote maintenant ? Non mais je rêve ! Depuis des semaines vous me mentez tous les deux je... j'arrive pas à croire que tout ça soit faux tu... comment as-tu pu Edward ? Je pensais que je comptais, que tout ça...

- Qu'est-ce que ça change ? siffle-t-il en haussant brutalement le ton. Regarde ce qu'on a vécu depuis rien n'est... rien n'a été prémédité !

- Rien n'a été prémédité ? Tu veux dire que tu n'avais pas prévu de m'emmener sur ton île pour me baiser tout en sachant que tu me mentais ?

- Ne parle pas comme ça, ordonne-t-il en serrant les dents sous la colère qui brûle soudain ses iris.

- Quand ça Edward ? l'ignoré-je volontairement dans le seul besoin de déverser ma colère. Quand as-tu été sincère ? Quand tu m'as embrassé la première fois ? Quand tu m'as parlé de ton père ? Quand tu m'as fait l'amour ou quand tu as décidé que tu pouvais détruire ma vie d'un claquement de doigts ?

Une déception vive traverse ses traits alors que tout se floute autour de nous sous le silence qui me répond. Alors quoi ? Il... il pense qu'il peut me mentir pendant des semaines sans que je ne réagisse ?

Soudain, alors que mes mains tremblent davantage, j'ai la sensation d'être vide.

Je veux qu'il parte. Je veux qu'il disparaisse, qu'il emmène avec lui chaque souvenir, chaque sentiment.

- Je ne peux pas, m'étranglé-je après une seconde à tenter de calmer mes tremblements sans y arriver. Sors de chez moi.

La douleur dans ses yeux se fait vive quand il comprend ce qu'il se passe.

- Isabella...

- Sors d'ici Edward. Je... sors de ma vie.

- Réfléchis un instant, supplie-t-il pourtant alors que j'ai juste envie d'hurler. Penses-tu que j'aurais pu te mentir quand je t'ai parlé de ma vie, de mes souvenirs d'enfance, de mes parents...

- Sors d'ici, répété-je difficilement, le chagrin étouffant ma voix.

- Tu te trompes, crache-t-il le regard sévère en ne bougeant pas d'un pouce pour autant.

Je le regarde une seconde, ahurie et écrasée par le chagrin. Il est incontestablement la personne que j'aime le plus et que j'ai le plus aimé mais là... non, il est clair que l'homme que j'ai ce matin devant moi n'a rien de celui qui a dit ne jamais vouloir me perdre !

- Lourdement oui, repris-je d'une voix effroyablement éraillée. Dire que je pensais... je croyais que tu en valais la peine, que, peut-être, je serais capable de tout affronter pour toi et toi tu... tu étais juste... Tu... putain tu croyais quoi ? Que je ne le découvrirai jamais ? Que ça allait rester votre petit secret pour toujours ?

- Cesse de faire l'enfant ! s'énerve-t-il en m'approchant à nouveau.

Je ne sens plus mon corps pendant quelques secondes, totalement déconnectée de la réalité... de cette réalité.

Puis, je me mets à trembler lus violemment encore, trembler de colère et de déception. Comment ai-je pu lui faire confiance aussi aveuglément ? Comment Jacob a-t-il pu me mentir droit dans les yeux tellement de temps ?

- Sors d'ici, répété-je avec colère.

- Laisse-moi au moins...

- Non ! Tu vas pouvoir appeler Jacob et lui raconter ô combien votre plan à foiré !

- il n'y a pas de plan, putain, je... Isabella je suis amoureux de toi, crie-t-il brusquement en faisant un mouvement de bras vers moi.

Je l'observe une seconde le souffle court cligner des yeux, comme si ce qu'il venait de dire avait été plus fort que lui.

Cependant, je suis trop en colère pour l'entendre. Je veux qu'il parte. Qu'il parte vraiment, qu'il disparaisse de ma vie et que tout ce cirque cesse enfin !

- Sors d'ici, dis-je encore, incapable de l'écouter, de vouloir absorber ce qu'il dit et ce qu'il ressent.

Il ne sait pas ce que ça me fait d'apprendre que depuis le premier jour il me ment. Il ne sait pas à quel point j'ai la sensation que le poids du chagrin va me m'enfoncer dans le sol sans rien pouvoir faire pour m'en sortir.

La colère me submerge alors qu'il ne bouge toujours pas, figé dans un mélange de stupéfaction et de colère qui rendent ses yeux brillants.

- Sors ! répété-je en perdant brutalement mon calme. Sors d'ici ! Sors de ma vie !

Serrant la mâchoire, son regard fouille le mien quelques secondes alors que je fulmine littéralement, incapable de réfléchir ou d'accepter ce qui est en train d'arriver.

Les larmes débordent de mes yeux quand il me contourne pour atteindre la porte d'entrée dans mon dos et disparaître quelques secondes plus tard en claquant la porte avec toute sa force.

Pendant un instant, je tente de faire faire comme si le son et la douleur de son départ ne résonnent pas dans mon corps entier mais, la réalité revient, douloureuse, violente et brutale...

Tout est fini, le rêve vient de voler en éclats.

Je me laisse glisser contre le mur froid sans force, sans conviction, ayant à peine le courage de respirer alors que le chagrin s'abat sur moi avec barbarie.


Je sais, vous me détestez !

C'était trop beau pour être vrai... pas vrai ?

Bon, je m'en vais silencieusement et je vais me cacher jusqu'à la prochaine publication ! Ne me tuez pas please !

Et on laisse un mot si on veut la suite !

J'vous embrasse,

Tied.