Disclaimer: Star Wars ne m'appartient pas.
Chapitre 2 :
Cela faisait plusieurs jours qu'ils dérivaient. Les derniers membres de la Résistance.
Le Faucon Millenium, redoutable et insaisissable lors de batailles, était devenu plus encombrant qu'autre chose. C'était le vaisseau le plus connu de la galaxie, le plus reconnaissable et surtout, le plus recherché. Tout le monde voulait mettre la main dessus que ce fut l'armée du Premier Ordre ou les chasseurs de prime.
Rien qu'à l'idée de devoir se poser sur une planète, le stress de la générale Organa montait en flèche. Mais comme à son habitude, elle n'en montrait rien. Grâce à l'aide de Rey, ils parvinrent à envoyer un message à leurs anciens alliés, comme sur Crait, avec l'espoir qu'un deuxième message montrerait à quel point ils étaient en détresse.
C'était donc le cœur dans la gorge et cramponnée à son siège que Leïa regardait le vaisseau, par le cockpit, se poser pour le ravitaillement. Ils faisaient en sorte que ce ne fût jamais la même personne qui sortît à chaque fois et surtout pas Rey, Poe, Finn, ou bien elle-même.
Ce jour-là, le niveau de carburant les obligea à se poser. Leïa avait remarqué que Rey ne tenait plus en place et tournait comme un lion en cage. La jeune femme tapait du pied nerveusement et regardait par-dessus l'épaule de Poe qui manœuvrait le vaisseau avec facilité.
Encore un autre problème en devenir. D'instinct, Poe avait pris le siège du pilote et ne le lâchait plus. Rey en était frustrée, vraiment frustrée. D'une certaine manière, très officieuse, elle avait hérité du Faucon avec l'aval amical de Chewbacca et se sentait spoliée par cet homme qu'elle ne connaissait quasiment pas et qui ne semblait écouter l'avis des autres que quand ça le chantait. La jeune femme ne prenait les commandes que lorsque Poe faisait une pause. Et en bon pilote qui se respecte, étant toujours sur le pied de guerre, ses pauses étaient courtes.
Pour se calmer les nerfs, Rey effectuait des réparations sur le vaisseau. Parfois, Finn venait l'aider ou plutôt lui tenir compagnie. Il lui racontait toutes ses péripéties, la mission à Cantobait avec Rose, et ses leçons de pilotage avec elle.
Le jeune homme parlait souvent de Poe aussi. Sorti des rangs du Premier Ordre, l'ancien stormtrooper ne jurait que par lui. D'une certaine façon, Rey comprenait. Poe Dameron sortait lui aussi du rang et avait une légère allergie à l'autorité si elle ne venait pas d'une certaine générale, et encore. Il avait du charisme et regroupait facilement les gens autour de lui. Face au Premier Ordre, il s'était montré brave et avait réussi à échapper à l'impitoyable Kylo Ren. Et c'était le meilleur pilote de la Résistance ! Donc Rey comprenait d'une certaine façon que Finn l'ait pris pour modèle.
Par contre, le jeune homme faisait lui face à un mur. Rey ne répondait jamais à ses questions et le sourire qu'elle affichait retombait souvent et facilement.
Pour l'heure, la jeune femme n'aspirait qu'à une chose, respirer l'air dehors et marcher. Marcher longuement, jusqu'à ce que ses pieds, ses jambes, n'en puissent plus.
— Qui sort aujourd'hui ?
Sa voix avait porté un peu plus qu'elle ne l'aurait voulu, claquant sèchement. Leïa lui jeta un regard éloquent.
— Connix.
Les mâchoires de Rey se contractèrent et elle se laissa retomber contre le dossier de son siège. La générale se pencha vers la jeune femme, et lui murmura :
— Tu ne peux pas Rey. C'est trop risqué pour toi de sortir et je ne veux pas que tu te mettes en danger pour rien. Crois-moi, je n'en peux plus non plus de rester enfermer dans cette boîte de conserve, ajouta-t-elle avec un soupir las.
Évidemment, c'était compliqué pour Leïa. La générale n'était pas montée dans le Faucon depuis des années, et n'était même pas remontée à bord lorsqu'elle avait vu Han pour la dernière fois. Tout lui rappelait son voyou de mari et son frère. Et son fils, lorsqu'elle avait pu profiter de quelques escapades entre deux votes au Sénat.
Soudain, ils furent tous secoués par l'atterrissage. Leïa se leva et donna ses dernières instructions au lieutenant, suivie de près par Poe, qui en rajoutait une couche sur les précautions à prendre.
Chewbacca abaissa la rampe avec un grognement d'encouragement. La jeune femme blonde eut un sourire, avant de rabattre la capuche de sa cape sur sa tête quand la porte s'ouvrit.
Rey ne put résister et s'accroupit au bord. Du sable. C'était familier. Un nœud se forma dans son estomac. Cela lui rappelait toutes ces rayures pour compter les jours, la soif, le regard avide d'Unkar Plutt, la solitude. Ce petit carré de sable visible la dégoûtait autant qu'il l'appelait. La jeune femme réalisa avec tristesse qu'elle donnerait tout pour y poser les pieds, enfoncer ses mains dedans, éprouver sa chaleur. Il pouvait être doux par moments mais la plupart du temps, il était hostile.
Une larme solitaire dévala sa joue. Rey se redressa subitement et inspira un bon coup. Une main s'abattit doucement sur son épaule.
— Tout va bien ? s'inquiéta Finn.
Rey se tourna vers lui.
— Oui. C'est juste tout ce sable…
— C'est terrifiant, termina-t-il avec un air très sérieux.
La jeune femme ne put s'empêcher de sourire.
— J'espère vraiment ne plus avoir à reposer un pied sur du sable, continua-t-il en pointant le sol du doigt d'un air accusateur.
Un rire s'échappa de la bouche de la jeune femme. Combien de fois avait-il été choqué à chaque fois qu'elle disait vouloir retourner sur Jakku ? Les quelques heures passées dans le désert avaient suffi à le dégoûter.
Finn lui lança un regard surpris. Depuis qu'il avait retrouvé son amie, il ne savait pas sur quel pied danser avec elle. Lorsqu'il l'avait rencontrée, Rey était hostile, dominée par son instinct de survie, puis l'amitié s'était tranquillement installée entre eux. La joie de se retrouver s'était ternie quand il s'était rendu compte que la jeune femme avait à nouveau érigé un mur autour d'elle.
Son humeur changeait souvent. Surtout lorsqu'il essayait d'en savoir plus sur la mort de Snoke. La seule fois qu'il lui avait demandé comment elle avait fait pour passer le barrage que représentait Kylo Ren, Rey avait perdu toutes ses couleurs et son regard était si triste qu'il avait aussitôt regretté d'avoir posé la question.
Le jeune homme lui sourit en retour.
Un étrange silence s'installa dans le vaisseau.
Poe les dévisageait sans expression particulière, l'air perdu dans ses pensées. Ses yeux étaient creusés, cernés et son visage, émacié. Il ne s'arrêtait jamais et passait son temps à essayer de tout régenter. Le pilote en payait le prix.
Ce que Rey prenait pour de l'arrogance était en fait de la bonne volonté. Jusque-là, leurs échanges avaient été limités. Mais c'était la première fois qu'elle le voyait ainsi. Vulnérable, humain.
Leurs regards se croisèrent, et la jeune femme sentit se frémissement familier qui émanait de Poe, très diffus, beaucoup moins intense que chez certaines personnes. En temps normal, elle ne l'aurait jamais remarqué, mais Rey comprit alors pourquoi il était le meilleur pilote de la Résistance, et qu'il était aussi en proie à ses propres démons.
La jeune femme lui sourit comme pour signifier une trêve à leur querelle silencieuse. Elle inspira longuement, prête à retourner à ses boulons. Rey allait disparaître de la salle commune quand une voix s'éleva derrière elle.
—Rey… Est-ce que ça en vaut la peine… d'être mon ami ?
Rey franchit les quelques mètres qui les séparaient pour essayer de déchiffrer l'expression du visage de Finn.
— Pourquoi dis-tu ça ?
Le jeune homme ne répondit pas tout de suite. Il tenait la main de Rose, toujours inconsciente.
—Depuis que j'ai fui le Premier Ordre, toutes les personnes que je rencontre sont blessées ou enlevées ou tuées. Regarde dans quel état elle est ! L'une des premières choses qu'elle m'ait dit, parce que je voulais quitter le croiseur pour que tu puisses me retrouver en sécurité, c'est que j'étais un lâche. Et elle avait raison. Et à cause de moi, on est là.
En voyant les épaules de son ami s'affaisser, Rey s'agenouilla en face de lui et serra son bras.
—Finn. Tu n'es pas un lâche. Tu te bats pour les personnes auxquelles tu tiens. Tu es un vrai ami. Tu es venu me chercher dans l'endroit que tu fuyais par-dessus tout. Tu as sauvé la vie de Rose sur Crait. J'en aurais fait autant. Elle a sûrement changé d'avis à ton sujet en s'interposant. Ne te jette pas la pierre. Toi, tu n'as trahi personne.
Le jeune homme pressa gentiment son bras et lui sourit. Mon son froncement de sourcil la fit paniquer. Elle venait de faire une bourde. La jeune femme se leva d'un bond et fit mine d'avoir trouvé l'interlocuteur qu'elle cherchait, en l'occurrence C3-PO. Mais c'était sans compter sur Finn qui avait bien écouté.
— Moi je n'ai trahi personne ? Qu'est-ce que tu sous-entends ? Vas-tu enfin me dire la vérité ?
—Pas ici, répondit-elle après quelques secondes de réflexion.
Finn la suivit dans le cœur du vaisseau, où Rey venait se réfugier.
— S'il-te-plaît, ne me juge pas trop vite. Seule Leïa le sait. Et ne le dis à personne. Promets-le.
— Je te le jure.
Alors elle commença son récit. La tête de son ami quand il comprit qu'ils avaient été sur le même vaisseau au même moment valait son pesant d'or.
— Il t'a proposé de le rejoindre ?
— Oui.
— Et tu lui as répondu quoi ?
— Rien. Je me rends compte que c'était une erreur. J'ai paniqué et j'ai fait n'importe quoi.
—Il t'a offert l'univers sur un plateau et tout ce que tu as trouvé, c'était de lui reprendre ce fichu sabre ?
— Oui ! Mais… Quoi ? Je ne te suis pas.
— Mais oui, c'est ça… marmonna-t'il pour lui-même. Même si ça ne me rassure pas du tout.
Rey fronça les sourcils. Le jeune homme éclata de rire. Un rire assez incrédule.
— Rey, on dirait qu'il t'aime bien.
La jeune femme ne s'attendait certainement pas à cela de la part de son ami. Elle sentit ses joues, son visage entier en fait, chauffer.
— Non tu dis n'importe quoi, s'énerva-t-elle.
Mais son ami n'en démordit pas, comme s'il venait de faire la découverte du siècle.
— Non pas que ça me plaise, mais ça expliquerait certaines choses !
— Et lesquelles ?
— Sur Takonada, je l'ai vu t'emmener dans ses bras. Et il ne t'a pas torturée.
— Bien sûr que si ! Il est entré dans ma tête !
— Oui mais tu étais dans un bien meilleur état que Poe, je te jure. Il t'a proposé de devenir son apprentie, énuméra-t-il. Il a tué Snoke à ta place !
— Et il est devenu le nouveau Suprême Leader ! C'est le pouvoir qu'il voulait !
— Mais il ne t'a pas détruite. Kylo Ren t'a offert la galaxie !
— J'ai été la seule personne à essayer de le comprendre, Finn. Son histoire est plus compliquée que ce qu'on pense. Et je n'ai pas été particulièrement gentille.
— Mais ça peut suffire. Il te fait confiance.
— Je ne pense pas que ce soit encore le cas.
Mais le jeune homme n'entendit pas sa phrase car il s'était levé comme s'il s'était assis sur cactus en lançant :
— Ne bouge pas ! Je reviens tout de suite.
Finn disparut, laissant Rey dans la confusion la plus totale. Dans un sens, le raisonnement de son ami tenait la route, mais ne connaissant rien à… l'amitié, elle ne savait pas quoi en penser. La jeune femme se rappela son dernier contact avec Ben. Il l'avait presque suppliée de ne pas rompre le lien. Elle sentit son cœur se serrer et un malaise monter en elle. L'idée était vraiment déroutante. Une vague d'anxiété la submergea.
Rey voulut que le sol du vaisseau s'ouvrît sous elle et que l'espace l'emportât quand elle vit Finn revenir accompagné de Leïa.
La générale s'assit à la place que le jeune homme occupait et darda sur elle son regard sombre.
— Tu es si surprise que ça ? démarra-t-elle de but en blanc.
La jeune femme était encore incapable de lui répondre.
— Finn n'a pas vraiment fait preuve de finesse, mais je me suis faite cette réflexion aussi.
Rey sentait son corps entier chauffer et elle sentit ses oreilles et ses pommettes s'embraser quand son regard croisa celui de la générale. Il y avait dans ses yeux noirs un peu de malice, cet espoir qui ne la quittait jamais, et une autre lueur qu'elle ne parvenait pas à déchiffrer.
La voix de Finn brisa partiellement leur contact silencieux.
— Rey ! Imagine tout ce qu'on pourrait faire ! Tu pourrais le manipuler et le détruire !
Leïa le foudroya du regard.
— Pardon, s'excusa-t-il, penaud. Ce que je veux dire, c'est que tu pourrais le manipuler un peu et le faire changer… d'avis ?
Un rire amer s'éleva entre eux.
— Non Finn. Mon fils est peut-être impulsif, mais il est intelligent. Il vient de se libérer du joug d'un homme en qui il a eu confiance toute sa vie quand ses parents n'y voyaient rien et ne le voyaient pas. Un homme qui l'a manipulé, utilisé pour son don, son pouvoir. Il comprendra très vite la moindre supercherie et nous le fera payer très cher.
— Ah… soupira le jeune homme. Faites comme si je n'avais rien dit. Mais alors qu'allons-nous faire ?
Rey, heureuse que la conversation se détourne enfin, se pencha vers ses amis. L'idée de Finn l'avait vraiment choquée, et le fait que Leïa eut approuvé la déroutait. La jeune femme s'exclama :
— Je vais reconstruire le sabre laser. Je ne sais pas encore comment mais je le ferai.
Leïa fronça les sourcils. Elle savait que Rey était douée, que la Force était puissante en elle. Cependant, un problème de taille se dressait devant elle. Le cristal kyber était brisé et personne ne savait encore s'il produisait la moindre énergie. Et si les débris émettaient quelque chose, le résultat serait une arme dangereusement instable.
— J'ai trouvé les textes Jedi sur Ach-to. Peut-être ont-ils les réponses à mes questions.
— Le Premier Ordre doit surveiller l'île à présent.
— En fait ils sont ici. Dans le Faucon.
Les regards insistants de ses amis l'incitèrent à poursuivre.
— J'ai vite compris que Luke ne viendrait pas avec moi. C'était très clair. J'ai senti qu'ils me seraient utiles. Et puis, je n'ai pas le choix. Si je dois encore affronter Kylo Ren, il me faudra un sabre laser.
— Les as-tu déjà lus ?
— Non.
Finn se redressa énergiquement, tendit la main à Leïa et lança :
— Alors, allons voir ça !
Ensemble, ils remontèrent à la salle commune, où Rey ouvrit un tiroir. Elle en sortit de vieux grimoires aux pages jaunies, et plus fragiles que de la porcelaine.
Leïa frissonna. La Force imprégnait ces livres. Il émanait d'eux l'énergie de nombreux Jedi. Ces pensées dérivèrent vers son frère, disparu. Comme Han.
Le bruit mat des livres posés sur la table sortit la générale de ses pensées moroses.
Ils s'assirent, sans oser les ouvrir. BB-8 les rejoignit dans un concert de « bip ». Le droïde vint se coller à la jambe de Rey, et dirigea son objectif sur elle, en émettant encore des « bips ».
— Ce sont les vieux textes jedis. Nous allons essayer de trouver comment fabriquer un nouveau sabre laser.
Rey prit un des livres au hasard. BB-8 pencha sa tête en demi-sphère d'un côté, l'air impatient.
« Bip ! »
— Je vais l'ouvrir ! J'ai peur de l'abîmer.
« Bip ! » l'encouragea-t-il, tout en portant son attention sur les mains de son amie humaine.
La jeune femme regarda ses amis et vit dans leurs yeux des signes d'encouragement.
— Très bien, murmura-t-elle en saisissant la couverture rigide.
Le cœur au bord de lèvres, Rey passa les doigts sur la première page. Elle oublia totalement la présence de ses amis.
Elle sentait la Force. L'énergie de beaucoup de Jedi, qui avaient eux aussi tournés ces pages, remonta le long de son bras. Comme hypnotisée, la jeune femme mit quelques secondes à comprendre ce que lui demandait Leïa.
Elle étudia les volutes qui décoraient les pages et l'écriture. Une calligraphie très soignée. Celui ou celle qui avait réalisé cet ouvrage avait dû y passer un temps inconsidérable.
— Je ne peux pas le lire. C'est trop ancien. Et je ne sais lire que le basique.
Leïa tendit les mains pour se saisir du manuscrit tout en étudiant Rey du regard. Finn la dévisageait aussi, les sourcils froncés. Embarrassée, la jeune femme les éclaira.
— J'ai été abandonnée à l'âge de huit ans sur Jakku. J'ai appris à lire avant… Le peu que j'ai appris m'a sauvée.
Personne ne fit de commentaire. Sauf BB-8 qui émit un long sifflement compatissant.
Leïa haussa les sourcils tout en parcourant les pages du regard.
— Je n'arrive pas à le lire non plus. À vrai dire je pense peut-être connaître une personne, voire deux, qui pourraient.
— Vraiment ? demanda Rey, peu convaincue.
— Eh bien, oui. Ça risque d'être compliqué avec la première, retorqua la générale en la regardant droit dans les yeux.
La jeune femme sentit que Leïa lui faisait passer un message.
— Quant à la deuxième, nous sommes plutôt chanceux, puisqu'il est à bord.
— Il ? s'étonnèrent Rey et Finn, simultanément.
— Oui. C3-PO. C'est un droïde de protocole de l'ancienne République. Il aurait servi ma mère biologique, Padmé Amidala pendant des années. Alors je pense qu'il peut nous renseigner.
BB-8 s'excita dans une explosion de « Bip ! », avant de disparaître dans un couloir.
— Il est enthousiaste, se moqua Finn gentiment.
— Les droïdes avec du caractère sont souvent les plus intéressant, confirma Leïa avec un sourire. R2-D2 est coriace et insolent. Luke ne cessait de lui demander d'être plus respectueux et d'arrêter de jurer. Ils ont plusieurs points communs. Ils sont braves, très loyaux et très attachés à leurs maîtres.
— C'est bien vrai.
BB-8 revint tout fière avec C3-PO derrière lui qui lui demandait de ne pas aller aussi vite.
— Générale, BB-8 est venu me dire que vous demandez mes services. Que puis-je faire pour vous ?
Le droïde doré était comme à son habitude raide comme la justice. Comme Rey pouvait le constater, les droïdes avaient du caractère et la première fois qu'elle avait eu affaire à C3-PO, elle s'était demandé s'il était normal qu'il fût si arrogant. Mais il était toujours prêt à rendre service et la jeune femme arrêta de penser à son ton supérieur. En fait ça le rendait plutôt amusant.
Leïa lui expliqua la situation. Ravi de retrouver une de ses fonctions premières, C3-PO s'exécuta avec joie. À vrai dire, il s'emporta même une peu.
- Princesse, évidemment que je peux déchiffrer ce langage ! Je connais plusieurs millions de langues et dialectes ainsi que leur représentation écrite, ou dessinée ! Je suis très heureux de pouvoir vous aidez et vous initier à cet art magnifique ! Cela fait tellement longtemps ! La dernière fois qu'un maître a fait preuve d'autant d'intérêt, c'était le petit maître Ben ! Princesse, il était vraiment doué…
Oh. Rey haussa un sourcil et échangea un regard avec Leïa. Heureusement qu'ils avaient C3-PO, puisqu'en effet, demander un tel service à cette autre personne s'avérerait… impossible ou dangereux, ou les deux.
Mais le droïde, enflammé, continua dans son élan à parler de ses souvenirs et du bon vieux temps (il était vraiment très fier d'avoir réussi à persuader des autochtones qu'il était un dieu), sous le regard curieux de Finn, sans noter l'embarras de sa princesse.
Voir ses amis autour d'elle, avec le même objectif la remplit d'une sensation qu'elle avait cru disparue. L'espoir.
- Un pas après l'autre, murmura la jeune femme pour elle-même.
Rey se laissa tomber avec un soupire satisfait dans le fauteuil de Han. C3-PO venait de faire des merveilles. Contrairement à quoi elle s'attendait, le droïde s'était montré très pédagogue et très patient avec elle. Ils avaient commencé au hasard par un livre qui relatait l'histoire des Jedi et des Sith. Rien de très technique, mais pour un moment, elle se sentit satisfaite de voir que quelque chose fonctionnait enfin.
L'ambiance dans le cockpit était très calme et silencieuse, comme si on était coupé du reste du vaisseau. Un moment parfait de paix pour méditer. Elle était seule, plongée dans le noir, la lumière des étoiles, hypnotique à la vitesse lumière, éclairait son visage.
Chewie, qui n'était pas loin, piquait un somme. Mais le géant ne dormait que d'une seule oreille, au cas où ils auraient un problème.
Poe aussi se reposait, rattrapé par toutes ces heures de sommeil manquées. C'était un soulagement pour Rey d'avoir cet endroit pour elle seule.
La jeune femme s'installa confortablement et ferma les paupières. Le bourdonnement des machines et des moteurs commença à la bercer. Sa respiration se fit plus calme, plus profonde. Rey se concentra sur la Force. Elle la sentait, à la fois puissante et paisible. La balance était toujours là. Le chaos de l'espace à l'extérieur, le repos et la vie à l'intérieur.
Soudain, elle sentit une fluctuation dans la Force comme jamais elle ne l'avait sentie auparavant.
Rey ouvrit les yeux.
A côté d'elle, nimbé dans une douce lumière, installé aussi confortablement qu'elle dans le siège de Chewie se tenait Luke Skywalker, un petit sourire moqueur au coin des lèvres et les yeux pleins de malice.
— Luke ?
La jeune femme n'en crut pas ses yeux.
—Comment est-ce possible ? Vous êtes mort !
— Je te remercie de me rappeler ce petit détail…
Le rouge lui montant aux joues, Rey se confondit en excuses. Le Jedi se rendit compte de la panique de son apprentie et leva les mains en signe d'apaisement.
Il la couva d'un regard paternel.
— Je comprends ta surprise. Je n'y croyais pas mes yeux quand Obi-Wan Kenobi est apparu pour la première fois de ma vie devant moi, comme ça.
Un silence confortable s'installa entre eux. Toujours choquée, la jeune femme sentit une vague de soulagement la submerger.
— Je t'avoue que je ne pensais pas y arriver. Je n'ai vu que trois personnes sous cette forme. Ben Kenobi, maître Yoda et mon père.
Son visage devint soudain plus sérieux.
— Je voudrais continuer de te former. Je suis désolé d'avoir mis tant de temps à comprendre. Veux-tu que nous finissions ce que nous avons commencé ?
Rey hocha fébrilement la tête. L'espoir était là, plus puissant que jamais.
— C'est incroyable ! réussit-elle enfin à articuler. Comme si vous n'aviez jamais disparu…
— Personne ne disparaît vraiment.
Un sourire s'épanouit sur le visage de sa padawan. Luke s'installa de nouveau confortablement, les mains croisées sur le ventre.
— On se voit plus tard alors. Demande à ma sœur de t'aider, j'ai eu l'occasion de lui apprendre quelques petites choses par le passé.
Il lui adressa un clin d'œil et sous les yeux ébahis de Rey, la silhouette du Jedi s'évapora.
La jeune femme dut contrôler son excitation pour ne pas aller secouer Leïa et lui annoncer la nouvelle. À la place, un rire incontrôlable lui échappa. La générale serait soulagée d'apprendre cette nouvelle. Cette bonne nouvelle.
Remotivée, Rey ferma de nouveau les yeux et médita.
Ce ne fut que bien plus tard qu'elle sortit de cet état de relaxation. Elle s'apprêtait à se lever pour dégourdir ses jambes, quand elle sentit autre chose. Une perturbation qu'elle connaissait bien. Et qu'elle redoutait.
Les yeux de Ben croisèrent les siens, et ne les quittèrent plus.
Il avait l'air aussi surpris et embarrassé qu'elle. D'autant plus pour Rey qu'il était assis à la place qu'occupait Luke un instant plus tôt.
Le stress monta en elle.
Les mâchoires de Ben se crispèrent.
— Alors j'aurais tué Snoke ? attaqua-t-elle.
Il lui décocha un regard noir.
— Il ne restait aucun témoin. Hux ne m'apprécie pas, et c'est lui que j'ai vu en premier quand je me suis réveillé. Il m'aurait tué, répondit-il sur le même ton. Il n'y a pas de contrat sur ta tête si c'est ce qui t'inquiète. J'ai d'autres choses à faire que poursuivre une vingtaine de résistants sans vaisseau, sans amis, sans argent.
Rey se força à rester calme. Il était doué pour mettre les gens hors d'eux, mieux valait ne pas répondre à sa provocation.
La jeune femme le prit au dépourvu en changeant de sujet. En changeant de ton aussi.
— Pourquoi tu as fait ça ? Pourquoi tu m'as demandée de te suivre, alors que tu sais très bien que je ne passerai pas du côté obscur ?
— Je ne t'ai pas demandée de passer du côté obscur. Je t'ai demandée de gouverner la galaxie avec moi.
Rey fronça les sourcils.
— Et Crait ? Lancer tous tes chasseurs contre moi était une façon d'exprimer ta déception ?
Ben ne lui répondit pas, se contentant de la fixer avec intensité, comme il savait si bien le faire. Et malgré les faits, la jeune femme n'était pas insensible à ses prunelles sombres qui la scrutaient sans gêne. Comme s'il n'y avait qu'elle qui comptait. Il lui donnait l'impression d'être une personne à part entière, spéciale.
— Il n'y avait pas que moi. La résistance, mes amis, ta mère ! Tuer ton père ne t'a pas suffi ?
Elle savait que c'était petit. Ce genre de remarque était dangereuse, mais étrangement, Ben ne s'énerva pas. Une moue boudeuse lui répondit. Alors qu'il était penché en avant pour l'écouter, le jeune homme détourna le regard et s'adossa contre son siège avec un soupir las. Il semblait contempler l'infini.
— Tu ne sais rien, Rey.
Sa voix était si basse que la jeune femme faillit ne pas entendre sa phrase. Déconcertée, Rey se permit de ne pas répondre tout de suite. Ben n'avait jamais semblé être aussi calme, même s'il fallait admettre qu'il ne s'était jamais énervé à chaque fois que le lien s'était fait entre eux.
Il avait meilleure mine, c'était indéniable. L'horrible blessure qu'elle lui avait infligée ne serait alors plus qu'un mauvais souvenir. Et aussi bête et futile que cela pouvait paraître, ses cheveux épais formaient de nouveau de belles boucles. Ben regagnait en prestance. Et il retrouvait la forme physique. Cela n'augurait rien de bon s'ils étaient amenés à se disputer et à se battre de nouveau.
— C'est difficile de savoir avec toi, Ben.
La jeune femme eut de nouveau son attention. Et ses yeux… Elle avait l'impression de voir ceux d'un enfant.
— Je ne fais confiance à personne.
Rey se sentit blessée. Certes dans son monde à lui, elle l'avait abandonné comme on jette un morceau de ferraille rouillé. Mais c'était compliqué de faire des efforts de son côté à elle sans oublier le passé.
— J'ai essayé de te comprendre, répondit-elle sèchement. Et j'essaie encore, malgré le passé.
Étonnamment, même si le ton qu'elle venait d'employer était plutôt dur, une lueur d'espoir anima le regard du jeune homme. Du moins, le crut-elle.
Alors il fit une chose à laquelle Rey ne s'attendait pas. Ben se leva et se pencha sur elle. Les vibrations du lien, qui se tenaient relativement tranquille jusqu'à ce moment, s'intensifièrent. Un bourdonnement résonna dans ses oreilles. Elle s'agrippa aux accoudoirs de son siège, ne comprenant pas pourquoi d'un coup il empiéta dans son espace vital.
Le jeune homme tendit la main vers elle. Confuse, Rey cessa de respirer. Délicatement, il effleura sa joue du bout des doigts. La Force intensifiait les sensations, et la jeune femme ressentit le contact comme une décharge électrique.
Son souffle balaya son oreille et ses cheveux.
— Je suis désolé.
Muette, Rey accrocha son regard alors qu'il se redressait. Ce qui ne dura que quelques secondes, quand il disparut.
Interdite, elle déglutit difficilement… et reprit sa respiration. Elle ne voulait pas comprendre ce qui venait de se produire.
La dernière fois que Ben avait été aussi proche d'elle, de cette façon, il avait forcé son esprit brutalement, et fouillé ses pensées les plus profondes jusque dans ses rêves. Que venait-il d'essayer de faire ? Lire de nouveau dans son esprit ? Impossible, ce genre de techniques ne fonctionnait pas dans le Lien. Le jeune homme l'avait déduit rapidement de lui-même.
Alors pourquoi ? Qu'avait-il voulu lui dire ?
La jeune femme savait que Ben avait une personnalité beaucoup plus complexe que ce qu'elle imaginait. Un pas en avant se solvait souvent par dix pas en arrière. Ce qui voulait dire qu'il y avait toujours un conflit en lui.
Les grognements de Chewie la sortirent de ses pensées. Rey pivota dans son siège et vit Leïa débouler dans le cockpit.
- Rey ! Je viens de voir quelque chose d'extraordinaire ! J'étais dans ma cabine, en train de fouiller dans de vieilles affaires, quand j'ai senti quelque chose ! La Force, je suppose. La sensation est passée et tout d'un coup j'ai vu Luke !
La jeune femme sourit, un peu décontenancée par l'excitation de son aînée, d'ordinaire calme et réfléchie.
- Je pense que vous avez dû le sentir la première fois, il est venu me voir aussi. Mais Luke est…
- Oh, Rey… Je le sais très bien. Je sais très bien que mon frère est un fantôme de la Force. Il m'avait parlé des fantômes de Ben Kenobi, Yoda et de… mon père. Au départ je ne l'ai pas cru. Et j'ai réfléchi. La Force ? Les Jedi ? Je lui ai dit que je sentais des choses.
- Luke vous a formée ! s'exclama Rey en souriant.
- Ne t'emballe pas. Il m'a appris quelques tours de passe-passe, comme les vertus de la patience, la méditation… faire flotter des objets, répondit Leïa avec un clin d'œil.
- Et défier le froid mortel de l'espace ?
Une ombre passa dans le regard de la générale. Elle s'assit dans le siège du copilote avant de répondre.
- Je suppose que c'est Finn qui a vendu la mèche…
- Oui. Il m'a raconté tout ce qu'il s'est passé depuis son réveil sur le croiseur.
Un sourire moqueur étira la bouche de Leïa.
- Ce garçon est une vraie pipelette. Pas étonnant qu'il n'ait pas supporté la rigidité du Premier Ordre.
Rey se pencha vers son aînée et demanda timidement :
- Leïa, j'ai besoin que vous me formiez. Je sais que je vous demande beaucoup, mais j'ai toujours besoin que quelqu'un me guide. Je suis loin d'être prête. Je suis loin d'être un Jedi.
- Rey…
La jeune femme agrippa fermement les mains de la générale.
- S'il vous plaît. Vous êtes mon dernier espoir, avoua-t-elle, les larmes aux yeux. Luke a été avare et les seules choses de la Force que je connaisse, je les ai vues dans la mémoire de Ben, quand il a forcé la mienne. Je ne veux pas de ça. Ce n'est pas un bon souvenir.
Devant la détresse de Rey, Leïa se leva et la serra dans bras, dans une étreinte maternelle.
- Je ne te promets pas d'être le meilleur professeur, mais je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour t'aider. Nous ne sommes pas seules. Luke nous aidera, murmura la générale.
Tout à coup, Chewbacca rugit dans le vaisseau. Tous les passagers se retrouvèrent dans la salle commune.
R2-D2 bipait furieusement pour obtenir l'attention de tout le monde.
Leïa se glissa à ses côtés et l'encouragea à délivrer son message.
Un hologramme apparut. Un visage familier et rassurant.
- Les amis, vous n'imaginez pas à quel point c'était compliqué de vous envoyer ce message ! Le Premier Ordre est aux abois. Soyez tranquilles, ils ne vous cherchent pas. Mais les communications sont plus filtrées que jamais. Je peux vous cacher. Si personne de confiance ne vous a déjà répondu, utilisez le code que j'ai envoyé à R2-D2 pour me contacter. Que la Force soit avec vous !
L'image de Maz Kenata disparut. Des cris de victoire et de soulagement s'élevèrent dans tout le vaisseau.
Rey ressentait le même soulagement que ses amis, et elle ne pouvait s'empêcher de penser à une chose. Sur ce point, Ben ne lui avait pas menti.
Un sourire naissant sur ses lèvres, la jeune femme croisa le regard de Finn, de Poe, de Chewie et de Leïa.
Il y avait toujours de l'espoir.
J'espère que ce chapitre vous aura plu. J'ai mis beaucoup beaucoup de temps à faire ce chapitre, j'ai essayé de trouver un fil conducteur pour tout le reste de l'histoire, mais ce n'était pas évident pour moi avec la fin de l'épisode VIII. J'ai regardé les films plusieurs fois, lu des bouquins, vu les trailers pas mal de fois, pour trouver des infos et une fin cohérente (autant dire que je n'y suis pas arrivée...). D'autant plus que je ne suis jamais satisfaite de ce que je fais à 100%..., donc il a été écrit et réécrit plusieurs fois. Une grosse partie du chapitre a été écrite avant la sortie de l'épisode IX, et j'ai visé assez juste concernant quelques points je crois. Je vais poursuivre en suivant la ligne du film, mais en y changeant quelques petites choses. Le chapitre suivant sera plus centré sur Ben Solo, et on verra ce que j'avais imaginé pour Dark Rey...
Si je reviens souvent sur ce qu'il s'est passé dans les films précédents, c'est pour trouver une certaine cohérence dans l'intéraction entre les personnages, parce qu'en fait on se rend compte qu'ils ne se connaissent pas très bien, voire qu'ils ne se sont jamais rencontrés, ce dont on a du mal à se rendre compte vu que le spectateur est omniscient.
Merci pour vos reviews, mais j'avoue que j'ai été un peu impressionnée par la vitesse à laquelle vous réagissez et le nombre de reviews, qui ne sont pas du tout les mêmes que pour d'autres sujets (genre quand on publie sur un manga qui ne compte que 4000 stories, comparé à SW, c'est rien).
Pardon pour les coquilles s'il y en a.
Bonne année et à bientôt.
