Disclaimer: Star Wars ne m'appartient pas.
Chapitre 3 :
Kylo Ren savourait l'instant.
Il s'efforçait tant bien que mal de retenir le rictus qui menaçait de relever le coin de sa bouche.
Une sensation de victoire faisait bouillonner son sang, à la vue de son ennemi à terre. C'était puéril mais diablement délicieux.
Le meilleur dans cette situation était qu'il n'avait même pas eu recours à la Force. L'annonce du retour des chevaliers de Ren avait réussi à faire disparaître toutes les couleurs du visage du général Hux. Non seulement il ne restait qu'un simple général, mais en plus il allait devoir faire preuve d'autant de diplomatie et d'hypocrisie avec ces brutes qu'avec Kylo Ren.
Armitage Hux le détestait. Le sentiment était mutuel.
Le Suprême Leader n'avait pas besoin de forcer l'esprit de qui que ce soit pour sentir la peur, le stress dont il était l'origine.
Tous les chefs de guerre, les politiciens assis autour de la table faisaient profil bas, les yeux baissés. Un silence lourd pesait dans la pièce. Quelqu'un autour de la table se racla la gorge de façon peu discrète pour essayer de briser ce silence et alléger cette atmosphère lugubre.
Kylo Ren laissa la situation perdurer quelques secondes et finalement, il se redressa.
— Ce sera tout pour aujourd'hui, annonça-t-il.
Ils tentèrent tous de ne pas montrer leur empressement à quitter la pièce. Une fois seul, il se laissa tomber dans son fauteuil et se prit la tête dans les mains. Gérer le Premier Ordre s'avérait plus ardu qu'il ne l'aurait cru. Surtout lorsqu'il avait affaire à des incapables.
Mais ce n'était pas cela le plus fatiguant.
Un souvenir le rongeait.
Luke.
Le choc de le revoir avait tout simplement court-circuité son cerveau. La rage l'avait aveuglé de façon si puissante qu'il n'avait pas été capable de distinguer la réalité de l'illusion. Luke avait évoqué Rey et Han Solo. Le jeune homme avait alors complètement disjoncté.
Et en effet, Luke le hantait comme son père. Car même s'il n'avait pas tué le Jedi, il était responsable du sacrifice de son oncle qui avait voulu sauver la Résistance, et dans un dernier espoir, avait demandé pardon et tenté de sauver Ben.
Des souvenirs de son apprentissage lui revenaient de plus en plus souvent, bien malgré lui. Kylo Ren pensait souvent aux souvenirs pris de force à Rey. L'île et l'océan. Il avait du mal à admettre son intérêt pour Ach-to, peut-être parce que c'était les émotions de Rey qui se superposaient aux siennes lorsqu'il y réfléchissait. La jeune femme bouleversait sa vie de façon tellement inattendue qu'il n'arrivait pas à déterminer ce qu'il ressentait.
Le Suprême Leader se redressa et posa ses mains sur la surface froide du bureau, détournant le regard vers les grandes baies vitrées à travers lesquelles il distinguait les étoiles.
En vérité, Ben avait désespérément besoin d'être seul. Vraiment seul, face à lui-même. Il ne regrettait pas d'avoir tué Snoke. Ne plus entendre sa voix et ne plus se sentir surveiller en permanence le soulageait. Il avait besoin de réfléchir, de s'éloigner de cet univers toxique.
Kylo Ren regardait avec impatience le technicien qui s'efforçait de trouver la pièce qui posait problème.
— Tout cela reste entre nous, ordonna le Suprême Leader.
L'homme face à lui, qui aurait pu être son père, ne releva même pas la tête pour répondre d'un ton un peu trop calme, voire carrément nonchalant :
— Évidemment, Monseigneur.
Penché légèrement en avant, les mains gantées à plat sur le plan de travail, il tentait d'impressionner le technicien. En vain. Kylo Ren n'avait pas l'habitude. En général, les gens réagissaient de façon très forte en sa présence. Ils blêmissaient, rougissaient, transpiraient à grosses gouttes, se figeaient, tremblaient, bégayaient, pleuraient… Certains faisaient même demi-tour en le voyant.
Le Suprême Leader était complètement déstabilisé. Oh, il n'en montra rien, mais ça l'agaçait. Pendant une seconde, il envisagea de l'envoyer à Hux, pour un reconditionnement. Mais l'idée de croiser le chemin du général sans que ce soit nécessaire l'en dissuada très vite.
L'homme aux cheveux poivre et sel continua de trifouiller dans les circuits quelques instants avant de resserrer visses et boulons et d'appuyer sur le bouton d'allumage. Son apparence soignée détonait de son attitude désinvolte.
— Voilà Monseigneur, cette unité est dépourvue de tout traqueur, annonça-t-il en s'essuyant les mains.
Le petit robot noir s'anima en émettant le ronronnement caractéristique aux astromécanos du Premier Ordre.
— Bien, marmonna Kylo, qui fixait le droïde avec perplexité.
BB-9E faisait pivoter sa tête sur son corps rond, son œil passant du Suprême Leader au technicien. Ce dernier désigna Kylo du doigt. Le droïde le fixa et lui assura son obéissance.
Le technicien se saisit d'une télécommande, appuya sur un bouton et le plan de travail s'abaissa. Kylo recula légèrement et croisa les mains dans le dos. Plus la table baissait, plus la tête de BB-9E partait en arrière, alors qu'il ne quittait pas le jeune homme de son œil rouge, ce qui menaçait de lui faire perdre l'équilibre. Alors qu'il paraissait déjà petit, il l'était encore plus aux pieds du Suprême Leader.
— Maintenant, il est à vous Monsieur.
Avoir BB-9E avec lui au cours de son voyage pourrait s'avérer utile puisqu'il partait seul, sans avoir prévenu personne de sa vraie destination.
C'était la première fois qu'il faisait cela depuis un très long moment. Voyager avec un droïde. Ben voulait juste ne pas tomber sur un bavard ou pire, un petit rebelle qui n'hésiterait pas à exprimer le fond de sa pensée.
— Vous devez avoir vos raisons, mais j'ai pensé que si vous demandez ce service, et que vous insistez, c'est que vous voulez disparaître.
Kylo braqua aussitôt ses prunelles sombres dans celles du technicien. Il soutint son regard.
— J'ai pris la liberté de le reconditionner complètement. Il conserve toute la mémoire qu'il possède déjà, mais surprise à celui à celui qui en voyant votre nouveau compagnon essaiera de vous localiser…
Surpris, Kylo le sonda discrètement. C'était tellement inhabituel qu'il songea un instant à un espion. Ce qu'il trouva le rassura et en même temps, réveilla un drôle de sentiment, enfoui profondément en lui.
Cet homme ne semblait pas avoir peur de lui. Pourquoi ? Le Suprême Leader décida de le tester.
— Très bien. Je veux que vous vous occupiez également personnellement de la préparation du vaisseau avec lequel je vais voyager.
La surprise peignit le visage du technicien. Il eut du mal à retenir un sourire.
— Quel est votre matricule, pour que je puisse vous transmettre les informations du vaisseau ?
— Je n'en ai pas, Monseigneur, mais prenez ça.
Il tendit à Kylo une sorte de comlink fait maison.
— Appuyez sur ce bouton quand vous aurez besoin de moi.
Ben saisit l'objet et reporta son attention sur lui. L'ingénieur n'avait pas vraiment répondu à ça question.
— Je m'appelle Nor Ido, confia-t-il.
Son sourire, franc cette fois, désarma Kylo. Il devait s'éloigner.
— Depuis combien de temps travaillez-vous pour le Premier Ordre ?
— J'étais là bien avant le Premier Ordre, retorqua Nor Ido, laissant planer le sous-entendu.
Un rictus étira le coin de la bouche du Suprême Leader. L'ingénieur soutint son regard sans ciller. Et là, il sentit la vague de tristesse qui submergea Nor Ido, sans même qu'il effleure son esprit. Mais l'homme sourit, mélancolique. Le jeune homme fronça les sourcils.
— Vous avez confiance en moi ?
— Je crois que vous êtes un bon, un très bon pilote, n'est-ce pas ? Qu'est-ce qui vous guide quand vous volez ?
— L'instinct, répondit Kylo, en évitant de mentionner la Force.
— Eh bien, c'est l'instinct qui me pousse à vous faire confiance.
— Pourquoi ?
— Ce que vous faites pour l'évacuation du Suprématie… ce n'est pas ce qu'il s'est passé pour Starkiller, dit Nor Ido, amer. Ce genre de chose compte pour les soldats. A part Crait, vous avez l'air d'avoir un peu plus de jugeote sur certains points comparé à votre prédécesseur.
Il y eut un long silence.
— Vous me faites penser à mon fils…, répondit l'ingénieur à sa question muette. C'était un très bon pilote. Il suivait son instinct coûte que coûte. Mais c'était une sacrée tête brûlée.
Le technicien le dévisagea d'un air paternel en souriant. Kylo Ren se rapprocha et se pencha sur lui, le dominant de toute sa taille, les poings serrés, son regard s'assombrissant très rapidement.
— N'oubliez pas que je suis le Suprême Leader, asséna-t-il d'une voix sourde et menaçante en le fixant dans les yeux.
Brusquement, il tourna les talons et marcha longuement dans les couloirs du Finalizer, à grandes enjambées. Le jeune homme ne ralentit qu'une fois dans ses quartiers et s'immobilisa net au milieu de la pièce de vie, haletant.
Il avait prit la fuite, parce que durant une fraction de seconde, il avait cru voir Han Solo.
Il avait complètement oublié BB-9E, qui avait dû pousser sa vitesse au maximum pour le suivre. Le droïde buta violemment dans ses jambes. Surpris, Kylo faillit perdre l'équilibre. Le choc violent lui tira un grognement douloureux. Ce qui eut au moins le mérite de le ramener à la réalité.
Il se pencha sur l'astromécano et lui asséna entre ses dents :
— Dégage.
BB-9E n'apprécia pas du tout. Il protesta avec des " roar" anormalement aigus.
Kylo braqua sur lui son regard le plus noir et fit brusquement un pas en avant, le mouvement de sa cape rendant sa silhouette encore plus imposante. Cela coupa net les revendications du petit droïde qui fonça se cacher.
Pour ce qui était du droïde obéissant, c'était raté. Il avait bel et bien écopé d'un petit rebelle. Avec des revendications dignes de la Résistance.
De mieux en mieux.
Un soupir frustré échappa à Kylo.
— Ce n'est pas comme ça que j'imaginais cette journée, grommela-t-il pour lui-même.
Une série de "roar" aigus répondit de loin, semblant venir du côté de son lit.
« Moi non plus ! »
Incrédule, Kylo tourna la tête dans sa direction. Il ne vit qu'une antenne dépasser la hauteur du lit.
Farouche mais pas vaillant.
Le masque noir déformé lui renvoyait un regard vide et triste.
Kylo se leva de son fauteuil, contacta ses chevaliers, leur ordonnant de le rejoindre dans une salle d'entraînement. Il avait besoin de se défouler, parce que depuis la bataille de Crait, un peu plus d'un mois plus tôt, il ne se passait rien. Enfin, non, pas rien, faire évacuer le Suprématie et redéployer toutes les forces survivantes demandait un temps et des efforts considérables. Alors que le Premier Ordre se vantait d'avoir mis à terre la Résistance, le jeune homme, lui, vivait cet épisode de sa vie comme une défaite cuisante. Il s'était fait avoir comme un débutant. Et sa colère ne s'apaisait pas.
Les chevaliers de Ren étaient réputés pour leur férocité et leurs grandes aptitudes au combat. Kylo leur fit passer des heures terribles. Chacun avait son propre style, mais le jeune homme, avec sa puissante maîtrise de la Force, les surpassait tous. Et il n'hésitait pas à s'en servir contre eux. Heureusement pour eux, et Kylo lui-même, Vicrul avait suggéré un entraînement avec de simples bâtons. Bien que rompu au combat rapproché, le chevalier restait prudent. Il ne ressentait peut-être pas autant la Force que ces compagnons, mais il sentait la tension dans l'air et la colère de son maître. Il tenta de rester de marbre quand il vit le Suprême Leader prendre de l'élan, fléchir les jambes, ses genoux frôlant le sol pour glisser sous la garde d'Ushar et enfin lui asséner un puissant coup, sec, dans les jambes. Kylo se redressa et pivota sur lui-même, son bâton l'accompagnant dans son mouvement. L'arme s'arrêta contre la gorge de son adversaire, qui sentit le choc. Mais il ne dit rien. Il se contenta de lever les mains, signifiant qu'il avait eu son compte.
Kylo libéra le chevalier et se tourna vers les autres. Ils n'osaient pas le dire mais ils étaient épuisés. Le jeune homme aussi n'en pouvait plus, il ne s'était pas ménagé. Il prit le temps de reprendre son souffle.
— C'est terminé.
Ses hommes hochèrent la tête et disparurent les uns après les autres. Une fois sûr qu'ils soient bien partis, Kylo se laissa tomber au sol, son corps accusant le coup de tout ce déchaînement de force et de violence. Il se sentait tellement vidé d'énergie que son esprit se reposait enfin un peu. Mais il savait que tout reviendrait rapidement, après que l'endorphine ait fait effet.
Un vacarme assourdissant le sortit de sa torpeur. Le jeune homme se redressa en tailleur et observa BB-9E qui venait d'entrer dans la salle et avait buter contre des armes qui s'étaient étalées partout. Le droïde bipa des excuses. Kylo se frotta les yeux.
— C'est pas possible, murmura-t-il pour lui-même.
L'astromécano s'était arrêté à une distance plus que raisonnable de son maître. Ce dernier lui fit signe d'approcher de la main. BB-9E roula prudemment. Il se rendit compte que pour la première fois, il était presque aussi grand que son maître colérique.
— Quoi ? demanda Kylo sans prendre de pincettes.
Le ventre du droïde s'ouvrit et son bras mécanique lui tendit un petit objet. Kylo fronça les sourcils.
— Il a essayé de me contacter ?
BB-9E secoua vivement sa tête et lui dit que le vaisseau que le Suprême Leader avait demandé était disponible, et qu'il fallait donc contacter Nor Ido. Stupéfait par la prévoyance du droïde, Kylo ne réagit pas tout de suite. Il soupira profondément et demanda le numéro du hangar et l'emplacement du vaisseau, puis le jeune homme s'empara du comlink.
Il donna rendez-vous au technicien pour l'heure d'après. Kylo se leva et plusieurs articulations craquèrent, protestant contre le mauvais traitement qu'il venait de leur faire subir. Il enfila sa veste matelassée et posa sa cape sur ses épaules. Le jeune home sortit de la salle et retourna à ses quartiers où il se doucha et se changea avant de se diriger vers le hangar, BB-9E le suivant à la trace.
Le Suprême Leader ne put retenir un soupir de déception. On était loin d'un chasseur TIE, de sa navette personnelle et encore plus de son TIE Silencer. Les mains dans le dos, il fit le tour de la banale navette de transport. Quelle idée… mais c'était la sienne.
Des bruits de pas se rapprochaient derrière lui. Le jeune homme se retourna pour voir Nor Ido arriver d'un pas tranquille. Son uniforme impeccable et sans pli dénotait toujours autant de son attitude.
— Bonjour Monsieur, salua-t-il Kylo en inclinant la tête.
— Bonjour.
Le jeune homme monta dans le vaisseau pour rejoindre le mécanicien, qui faisait des vérifications. L'ingénieur le suivit. Nor Ido ignora le regard interrogateur du mécanicien qui dirigea son attention vers Kylo Ren avant de revenir sur lui.
Le Suprême Leader s'adressa d'abord au mécanicien.
— Je veux plus de puissance dans le moteur de cette navette. C'est possible ?
— Bien sûr, Monseigneur, répondit-t-il avec fierté.
Après tout, c'était lui qui s'occupait des innovations incessantes apportées au TIE Silencer. Ce chasseur serait bientôt le vaisseau de combat le plus performant de la Galaxie, grâce à lui et à son équipe. Il évitait de se vanter, mais il savait très bien qu'il avait la meilleure équipe de mécanos du Premier Ordre. Modifier cette navette serait un jeu d'enfant.
— Combien de temps ?
— Deux jours, répondit-t-il sans hésiter.
— Et si je demande que ce soit prêt pour demain ?
— Si vous mettez les ressources nécessaires à disposition, oui, osa-t-il.
Kylo Ren hocha la tête.
— Sortez, je dois parler de certaines choses avec monsieur Ido.
Un peu décontenancé, le mécanicien s'exécuta, non sans lancer un regard en arrière. Il ne connaissait Nor Ido que vaguement, de réputation. Un homme qui sortait un peu du cadre et qui n'avait pas peur de la hiérarchie. Peut-être un ancien ingénieur de l'Empire. Personne ne savait vraiment. Parce que personne ne s'y intéressait vraiment. Et parce qu'il y avait un certain nombre d'ingénieurs dans le Premier Ordre, tout comme de mécaniciens.
Peu importait. Il appela le reste de son équipe et fit rapidement une liste du matériel nécessaire. À l'intérieur du vaisseau, Nor Ido demanda :
— Souhaitez-vous que je fasse les mêmes modifications qu'à BB-9E ?
— Oui. Et je veux me passer de code du Premier Ordre.
— Si je fais ça, votre vaisseau sera visible. Ce ne sont pas tous les vaisseaux qui peuvent passer sans code, si vous me suivez. Je crois que pour passer inaperçu, il vaut mieux faire comme tout le monde.
Piqué de ne pas avoir le dernier mot, Kylo ne se rendit même pas compte de tous les tics nerveux qui agitaient ses yeux qui se plissaient. L'ombre d'un sourire aux lèvres, l'ingénieur fouilla dans ses poches. Il en sortit un badge et une petite boîte.
— Il est pour vous. Vous devrez le garder en permanence. Ne le perdez pas.
— C'est bien pour ça que je n'en veux pas…
— Vous n'avez pas vraiment le choix.
— Combien de temps ça va prendre ?
— À peu près autant que pour BB-9E.
Kylo acquiesça, mais l'ingénieur ne le regardait déjà plus, occupé à démonter des pièces de métal et des fils électriques sur le panneau de commande. Le jeune homme quitta le vaisseau, BB-9E le suivant à la trace.
Le lendemain matin, le jeune homme se réveilla en sursaut. Il s'assit, les réminiscences de son rêve le paralysant. Le jeune homme mit quelques minutes à se sortir de cet état. Réalisant qu'il était bel et bien seul, il soupira. Encore un cauchemar. Des souvenirs qui remontaient à la surface.
Cette fois-ci, c'était la première fois qu'il avait rencontré les Chevaliers de Ren. Il n'était qu'un adolescent inquiet de voir Luke seul face à eux dans le vieux temple Jedi d'Elphrona. Son oncle lui avait confié la sécurité de Lor San Tekka, avec qui le Jedi cherchait de vieilles reliques. Ren avait vu très clairement le doute dans l'esprit de l'apprenti Jedi.
Ce n'était que des souvenirs.
Kylo se leva et alla se rafraîchir rapidement. Il était temps de partir. Snoke avait à peine fouillé l'esprit de Rey qu'il avait entamé des recherches pour trouver le repère de Skywalker. Après sa mort, le nouveau Suprême Leader avait enfin trouvé les coordonnées d'Ach-to, à force de détermination. Kylo confiait à Ap'Lek, le plus stratège de ses Chevaliers, la surveillance des généraux du Premier Ordre, notamment, Hux et Pryde. Il ne le remplaçait pas, il servait à les intimider et à le prévenir en cas de soupçons sérieux de mutinerie.
Même aux Chevaliers de Ren, il ne leur avait pas dit où il se rendait exactement. Kylo se méfiait quand-même de ces hommes sanguinaires. C'était Snoke qui les avait rendus réels, et les avait « offerts » au jeune Ben Solo. Ils lui avaient juré allégeance, après qu'il ait tué Ren, devenant ainsi Kylo Ren..
Le jeune homme rejoignit le hangar où se trouvait son nouveau moyen de transport. L'ingénieur l'attendait dans le vaisseau avec BB-9E. L'homme le salua et lui fit le point sur ce qui avait été fait, étant donné que qu'il était parti avant que l'ingénieur ait fini son travail.
— Vous êtes intraçable, Monsieur.
Satisfait, Kylo s'assit dans le siège du pilote. Il grommela un « merci » de mauvaise grâce. Nor Ido eut l'intelligence de prendre congé, sans s'offusquer de sa mauvaise humeur.
— Bon voyage, Monseigneur.
Kylo répondit en actionnant les commandes de pilotage. L'ingénieur descendit. Le jeune homme fixa l'espace sombre devant lui. Le vaisseau décolla. Une fois franchi le bouclier de protection, il enclencha la vitesse lumière. Quelques heures plus tard, il sortit de l'hyper-espace. Kylo ne vit d'abord qu'une planète bleue. Puis enfin il distingua les îles, minuscules.
Un sentiment d'appréhension, l'envahit. Il avait pris la décision presque sur un coup de tête et ne savait pas trop ce qu'il venait chercher, mais quelque chose l'attirait malgré lui. Ayant repéré l'aire d'atterrissage, il posa la navette.
D'un coup, ce fut comme si le temps s'arrêtait. Tout était silencieux. Calme. Ben crut entendre une petite voix l'appeler. Le jeune homme se leva et sortit du vaisseau, BB-9E roulant à ses côtés. L'air était humide, l'odeur du sel, omniprésente. Le ciel était plombé de nuages gris balayés par le vent. Devant lui un escalier pavé et usé se perdait entre deux amas rocheux. La voix semblait plus forte. Elle lui disait de libérer sa Force.
Méfiant, il sonda les environs. Il sentait la lumière et l'obscurité. Le jeune homme laissa ses sens le guider. Il gravit les marches et nota la présence d'oiseaux bruyants. Ben s'arrêta et regarda autour de lui. Il y en avait partout. Leurs yeux globuleux auraient dû l'attendrir, mais il ne pensa qu'au fait que s'il en avait assez de ne se nourrir que de rations, ces petites bêtes rondelettes seraient parfaites.
Puis le jeune homme reprit sa route. Quelques minutes plus tard, alors qu'il regardait en même temps le paysage autour de lui, il s'arrêta brusquement en sentant une présence devant lui. D'instinct, il dégaina son sabre laser. Le sabre étincelant au-dessus de sa tête, il s'immobilisa devant le petit groupe d'autochtones. À leurs coiffes et leurs robes, il devina des femelles. En fait, Ben avait l'impression de voir un groupe de grands-mères, qui lui arrivaient à la taille. Presque dans un même mouvement, elles penchèrent la tête sur le côté l'air franchement dubitatives, et pas si impressionnées par l'arme qui crépitait. L'une d'elle, devant, plissa les yeux et l'examina de la tête aux pieds.
Le jeune homme se fichait en général de l'apparence qu'il renvoyait, mais en sentant ses yeux sur lui, il eut l'impression d'être un petit garçon prit en faute. Ce qui était un peu le cas. La matriarche leva son bâton et le secoua dans les airs. Les autres poussèrent des cris d'encouragement. Abasourdi, d'un petit mouvement du poignet, il secoua le sabre au-dessus de sa tête. Elles applaudirent avec entrain. Ben désactiva son arme alors qu'elles se dirigeaient vers lui. Les gardiennes le poussèrent dans le village, en babillant gaiement. Le jeune homme ne comprenait pas. Elles auraient dû avoir peur de lui. Sa silhouette sombre et le sabre laser écarlate n'étaient pas des plus encourageants.
La matriarche le guida vers une hutte de pierre. Il entra à sa suite. Elle tapota le lit de camp et montra l'intérieur de la hutte avant de le désigner. Le jeune homme comprit que cette hutte serait la sienne pendant son séjour. Il hocha la tête et la regarda sortir. Ben la suivit. Elle revint brusquement vers lui avec un immense harpon. Puis elle lui montra une hutte en ruine.
Ah. Il n'allait pas passer son séjour tranquillement. Le jeune homme se saisit du harpon, signifiant son accord. Il n'avait pas vraiment le choix.
La nuit tomba rapidement sur l'île. Ben était retourné au vaisseau pour récupérer le reste de ses affaires. Il était soulagé de ne plus être le principal intérêt des Gardiennes. BB-9E les rendait très curieuses. Le droïde avait poussé une salve de trilles paniquées quand elles l'avaient entouré. Menant clairement une vie religieuse et étant donné l'éloignement de cette planète, elles ne voyaient sûrement pas tous les jours des droïdes sur leur île, il avait donc vite compris que son astromécano ne risquait rien.
Ben s'installa le mieux qu'il put. Le jeune homme alluma un feu. Il s'assit en face des flammes et retira ses gants. Sa cape humide suivit. Réalisant que vraiment personne sur cette île le connaissait et viendrait le déranger, Ben se mit plus à l'aise. Il défit la ceinture de sa veste et posa son sabre à côté de lui.
Progressivement, une douce chaleur envahit la hutte. Le jeune homme trouva une ration dans l'un des deux sacs. Sans grande conviction, il prépara son repas. Enfin seul avec lui-même, il sentit le poids de la tension permanente qu'il s'infligeait s'abattre violemment sur lui. L'esprit toujours occupé, dormir lui semblait parfois une perte de temps. Sans compter sur les cauchemars qui lui faisaient redouter le moment où il fermait les yeux. Il y avait quelque chose de particulier sur cette île. Elle lui imposait le calme et le respect, mais sans qu'il comprenne pourquoi. Il se sentait comme hors du temps.
Le jeune homme se leva après avoir mangé, et appela BB-9E. Le droïde roula tranquillement jusqu'à lui et entra dans la hutte.
Le lendemain, il passa la matinée à aider à reconstruire une des huttes. Le jeune homme avait deviné laquelle il s'agissait. Ce n'était pas de gaîté de cœur qu'il avait commencé le travail, mais il avait conclu un marché. Au moins appliquer le mortier et placer les pierres les unes après les autres lui occupait l'esprit.
L'après-midi, deux gardiennes le guidèrent à une crique. Elles désignèrent un énorme harpon et une corniche, de l'autre côté. Ben évalua la distance. Il pouvait y arriver avec la Force. Le plus long fut de scruter l'eau déchaînée dans l'espoir d'apercevoir une nageoire. Remonter la créature qu'il avait réussi à pêcher ne fut pas une mince affaire non plus.
Satisfaites, les gardiennes ne lui demandèrent rien de plus. Cela se répéta les deux jours suivants, le laissant épuisé. À peine s'allongeait-il le soir que le sommeil l'emportait. Ces mauvais rêves se calmaient, lui permettant de récupérer.
Le troisième jour, il se réveilla au son des « bips » de BB-9E. L'astromécano se tenait peu vaillant dans l'embrasure de la porte, relativement éloigné. Il lui demandait clairement de se lever.
Ben se redressa sur un coude et le fixa, incrédule. Il devrait avoir une conversation sérieuse avec Nor Ido sur la reprogrammation des droïdes. Soit l'ingénieur se fichait vraiment de lui, soit il n'avait vraiment pas prévu le changement complet de personnalité de BB-9E. Le jeune homme se retenait de voler dans les boulons du droïde, parce que cette sacrée boule de métal remplissait quand même bien ses fonctions. Il lui avait appris quelques informations sur ses hôtes, après avoir fouillé dans sa mémoire un long moment.
Ben se laissa retomber en arrière, et se frotta le visage, profitant de quelques secondes pour se réveiller complètement de lui-même. Il se redressa finalement, repoussa sa couverture, et s'assit. Le jeune homme se saisit de sa gourde et la sensation de l'eau fraîche le secoua. Il se leva et sortit. La matriarche l'attendait sur le banc de pierre, un bol dans les mains, un autre posé à côté d'elle. Ben s'étonnait de voir à quel point c'était facile de communiquer avec les Lanais. Le peu de mots qu'il prononçait était dans sa langue, et elles dans la leur. Personne ne se comprenait grâce aux mots, mais les intonations et les gestes suffisaient. Ben la rejoignit. Il y avait beaucoup de brouillard ce matin-là et un peu de vent. BB-9E avait déjà rejoint la matriarche. Le jeune homme retint difficilement un sourire en voyant que ses petits pieds ne touchaient pas le sol. Il prit le bol rempli de fruits secs et du lait bleu au goût si particulier dont il commençait à peine à s'habituer.
Le premier matin, il pleuvait alors la gardienne l'avait mené dans l'une des huttes où elles prenaient toutes ensemble un petit déjeuner avant de commencer leur journée. La veille, elle l'attendait sur le banc. Ils mangèrent, bercés par la vie qui les entourait.
La matriarche récupéra son bol vide. Ben se leva, et enfilant ses gants. Il descendit d'un pas leste et gagna la hutte en reconstruction. Les Lanais étaient déjà affairées. Le jeune homme étudia l'avancée des travaux. Avec son aide, ils pourraient bien avoir fini vers midi.
Elles étaient toutes perchées sur des escabeaux quelques heures plus tard. Ben leur fit signe de descendre. Elles devraient tenir en équilibre précaire si elles s'acharnaient. Lui seul était assez grand en tendant les bras sur l'escabeau pour poser la dernière couche de mortier. Il rejoignit la terre ferme sous les yeux étonnés des gardiennes. Elles avaient formé une chaine et lui passaient les briques de pierre au fur et à mesure. Il n'en restait plus qu'une à poser.
Il y eut un silence entre eux. Le jeune homme s'empara de la dernière pierre des mains de la gardienne. Ben enleva ses gants sans se presser. Elles commencèrent à murmurer entre elles. Par la Force, que faisait-il avec cette pierre ? Ravi, par leur impatience, il eut un rictus discret. Le jeune homme adorait faire ça. Et c'était avec Rey que ça marchait le mieux.
D'un geste de la main, il attira leur attention sur le pavé. Les gardiennes se rapprochèrent de lui. Ben ferma les yeux et se concentra. Pour lui, c'était un exercice facile.
La pierre s'éleva doucement dans les airs. De la main, il la dirigea vers le point le plus haut du dôme. La dernière pièce se cala parfaitement, sous leurs yeux ébahis.
Des exclamations enjouées s'élevèrent autour de lui. Le jeune homme se mit à reculer les laissant savourer ce moment. Il était vraiment satisfait et soulagé d'avoir fini cette tâche épuisante. Les gardiennes le firent asseoir avec elle pour prendre le repas de midi, profitant du soleil qui perçait les nuages. Il se rendait compte que ce n'était pas désagréable de ne pas être détesté par tous les gens qui l'entouraient. C'était reposant de ne pas avoir à garder un œil derrière lui. Il se laissa servir un copieux déjeuner.
L'une d'elle tenta de le convaincre de se joindre à elles pour une fête, avec d'autres Lanais qui venaient des environs. Comprendre une telle demande s'avéra plutôt compliqué et cocasse. Il refusa poliment, et aucune n'insista. Cependant, une autre s'approcha avec le harpon. Il eut un haussement de sourcils éloquent. En trois jours, il avait remonté beaucoup de poissons, beaucoup plus que ce à quoi les gardiennes s'attendaient. Et il leur restait un stock tout à fait honorable. Le jeune homme passa son tour ce jour-là. Il s'amusa de son expression triste mais un peu coupable. La gardienne laissa tomber et s'éloigna.
Ben se détourna et retourna dans sa hutte. Il se décrassa et se changea, passant simplement un tricot à manches longues et un pantalon plus légers noirs. Il nota alors la présence d'un carnet, d'une mine de plomb, d'une plume et d'un encrier sur le lit. Comment… ? Le jeune homme saisit le cahier et feuilleta rapidement les pages vierges.
Tout de même décidé à faire le tour de l'île, enfin, il prit le carnet et la mine, laissa ses gants derrière lui mais fixa tout de même son sabre laser à sa ceinture, rassuré par ce poids familier. Ben marcha tranquillement profitant de la chaleur du soleil. Il s'arrêta quelques secondes devant l'escalier qui menait au temple avant de se détourner. Hors de question d'y grimper.
Il continua son chemin et trouva un promontoire rocheux dépourvu de végétation. Au bord du précipice, il y avait un rocher qui semblait anormalement lisse, comme coupé en deux. Le jeune homme s'approcha. La pierre était bel et bien lisse sur le dessus, la surface brillante, comme fondue. Ce n'était pas naturel. Ben frôla la pierre du bout des doigts. Ses yeux se fermèrent d'eux-mêmes alors que la vision s'imposait à lui. Rey était passée par là.
Une idée lui traversa l'esprit. Il posa son nécessaire à dessin sur le rocher et recula. Bien au centre, dans un très vieux réflexe, il porta sa main droite derrière sa tête, au-dessus de son épaule gauche pour saisir son arme. Ses doigts se refermèrent autour du vide. Ben cligna des yeux, troublé, et fixa son sabre, toujours à sa ceinture. Cette île avait décidément un effet curieux sur lui. Il se secoua et activa son arme. Le faisceau écarlate instable provoquait des vibrations familières et rassurantes dans la garde du sabre.
Le jeune homme en profita pour effectuer une série de mouvements, improvisant une séance d'entraînement solitaire. Il termina jambes fléchies, ancrées au sol, son sabre devant lui dans une garde défensive. Il se redressa et pointa son arme vers l'horizon des deux mains. Le soleil l'aveuglait mais il crut apercevoir une silhouette à côté du rocher, à contre-jour.
Ben désactiva son arme, les sourcils froncés. Son esprit avait dû lui jouer un tour puisqu'il était bel et bien seul. Il secoua la tête et s'avança pour récupérer le cahier et le crayon. Le jeune homme s'assit au bord de la falaise, sur un tapis d'herbe confortable, et choisit une vue. Il fixa le cahier, une vague d'excitation teintée d'appréhension montant en lui. Le vent se levait en brise légère et rafraîchissante.
Il sortit un petit couteau pliable de sa poche et commença effiler la pointe de la mine. Ben ouvrit le cahier et commença à dessiner. Ses premiers essais n'étaient vraiment pas terribles. Ça faisait tellement longtemps qu'il n'avait pas dessiné. Puis il s'enhardit, les vieilles habitudes revenaient. Plus tard, il délaissa la vue pour faire un dessin de mémoire. Ce qui le laissa émotionnellement épuisé. Le jeune homme scruta le résultat final avant de refermer le carnet. Il le posa à côté de lui et s'étendit sur le dos. Ses yeux se fermèrent et il se laissa emporter par la fatigue.
Ben fut réveillé par une brusque bourrasque de vent. Il se redressa. Un bruit désagréable résonnait faiblement dans ses oreilles, comme un murmure. Il se leva et ramassa ses affaires. Agacé, le jeune homme suivit les voix. Il marcha un petit moment avant de s'arrêter au bord d'un précipice. Au bout du plateau affaissé, des vagues balayées par le vent se fracassaient contre le bord. Au centre, des algues se jetaient dans un trou béant dans le sol. Les murmures étaient plus forts.
Entre tous ces sons, il entendait distinctement une voix menaçante, qui l'appelait de façon de plus en plus insistante.
« Ben! BEN ! Ben Solo ! Skywalker !»
Le jeune homme comprenait très bien quel était cet endroit. La Force ici était puissante, indomptée. Après avoir passé quelques minutes difficiles à résister à cet appel, il se détourna du côté obscur, la main agrippée à la garde de son sabre. Ben remonta vers le village, le souvenir de la voix d'outre-tombe hurlant encore dans sa tête.
Merci pour les reviews et les ajouts en follower !
J'espère que ça vous a plus. Si ça paraît un peu long et bizarre, c'est normal. Disons que le chapitre 3 s'est transformé en chapitre 3,4, et 5... donc celui-ci fait plutôt office de transition du coup. Mais je pense que les dernières lignes peuvent vous donnez un indice de l'ambiance à venir ! Le chp 4 arrivera dans quelques jours je pense, il me reste juste quelques petites choses à ajouter et à corriger.
A bientôt.
