Disclaimer: Star Wars ne m'appartient pas.

Bonne lecture !


Il se releva, tendu.

Rey. Elle était là, devant lui. À nouveau.

Elle lui souriait.

Une rage bouillonnante monta en lui.

— Ben.

L'expression de la jeune femme changea. Ses sourcils se froncèrent. L'air confus, elle l'appela de nouveau, en faisant un pas vers lui.

— Ben, est-ce que tout va bien ?

Le sang du jeune homme ne fit qu'un tour dans ses veines.

Il n'allait pas se laisser faire par les visions du côté obscur cette fois-ci.

Donc tout se passa très vite.

Son bras fusa, aussi vif qu'un serpent. Son poing se referma violemment sur le col de la tunique blanche de Rey.

Sous l'impact, le corps de la jeune femme se banda. D'instinct, elle referma ses mains sur son poignet pour se retenir et ne pas perdre l'équilibre. Ben n'attendit qu'une fraction de seconde. Le corps de Rey commença à se détendre.

C'était ce que Ben voulait.

L'adrénaline remonta dans tout le haut son corps. Il replia brutalement le bras, pour profiter de son déséquilibre, attirant Rey à lui. Un cri de surprise lui échappa. Son souffle se coupa quand son plexus solaire heurta le poing fermé de Ben à la fin de son mouvement.

Il profita de son élan pour retendre son bras et lui faire effectuer une courbe ascendante. Les pieds de Rey quittèrent le sol, son corps plana dans le vide.

Ben fléchit les genoux.

Et il abattit son bras, son corps accompagnant le mouvement jusqu'au sol.

Le vacarme de l'impact résonna dans toute la grotte.

Ben s'immobilisa, son poing puissant toujours serré.

Sous le choc, le sol s'était creusé sous Rey. Son corps éprouvait les vibrations de l'impact. Elle avait beaucoup de mal à respirer.

Mais… Cette Rey aurait dû être morte.

La fureur monta à la tête de Ben.

Alors qu'elle parvenait enfin à fixer son visage, ses yeux s'écarquillèrent de terreur. De désespoir la jeune femme tendit faiblement les bras vers lui, alors qu'il s'accroupissait au-dessus d'elle. Ses mains tendues comme des serres se refermèrent autour de sa gorge.

Un cri eut le temps de s'échapper :

— BEN !

Il serra. Fort.

Dans un sursaut d'adrénaline, Rey put agripper ses poignets. Mais… autant essayer de bouger une montagne, surtout qu'elle commença à manquer d'oxygène.

Instinctivement le corps de Rey se débattit. Ses jambes étaient agitées de soubresauts. Ses mains tentaient en vain d'atteindre Ben, frappant faiblement ses bras, quant à eux inflexibles. Les yeux noisette cillaient, incontrôlables. Son visage rougissait et ses veines ressortaient sous peau.

Un grognement de victoire lui échappa. Ce serait bientôt fini. Il en aurait fini avec cette vision de cauchemar.

Un son faible et rauque parvint à son oreille.

— Ben.

Des larmes coulaient au coin des yeux de Rey.

Soudain ses orbites se révulsèrent.

Et là, il perçut enfin l'énergie familière, de plus en plus faible. Le Lien. Pendant un instant qui sembla durer une éternité, il observa son visage, si réel, si familier. Comment avait-il pu croire à une vision ? Il fixa sans le croire ses mains, les jointures blanchies, vissées au cou de la jeune femme.

La fureur de Ben s'apaisa brutalement. Le jeune homme enleva ses mains. Tremblant il les regarda. Rey peinait à respirer. Elle prenait de grandes inspirations entre deux quintes de toux.

Ben baissa les yeux sur Rey. Son souffle revenait. Sa respiration était sifflante, mais s'apaisait. Il fixa ses yeux rougis et embués. Les marques blanches de ses doigts sur son cou. Les rougeurs dans l'échancrure de sa tunique provoquées par le frottement de l'impact contre son poing.

La réalité le frappa comme un coup dans l'estomac.

Il avait pratiquement tué Rey. Pas celle de la vision. Non. Il avait fait du mal à la seule personne qui le comprenait. La seule personne qui voulait être son ami. La seule personne qu'il aurait accepté aussi proche de lui… aussi proche de Ben Solo.

— Non, souffla-t-il. Non, non, non, non !

Ben n'arrivait plus à respirer. Plus qu'ébranlé, il se laissa tomber en avant sur ses genoux et ses avant-bras, sa tête frôlant le sol, à côté de celle de Rey. C'était le chaos sous son crâne, il n'arrivait plus à organiser ses pensées. Le sang battait fort dans ses oreilles.

Son souffle se bloqua.

Et il hurla.

Toute sa frustration, sa colère, son incompréhension s'évacuaient.

Sous lui, le corps de Rey frémit. Elle détourna la tête, des larmes coulaient sur son visage, ses sanglots se mêlant douloureusement à sa respiration saccadée.

Quant Ben eut chassé tout l'air de ses poumons, ses yeux s'étaient embués.

Il le savait. C'était fini.

Plus tremblant que Rey, Ben colla sa tempe contre la sienne profitant de la dernière fois qu'il pourrait être aussi proche d'elle.

Il se redressa et la contempla une seconde. Ses bras étaient retombés, repliés à côté de sa tête. A l'intérieur de ses avant-bras, où la peau était la plus pâle, tout le long, du poignet et disparaissant au niveau du coude, une ligne rosée se dessinait. Elle ne portait pas les longues bandes de tissu qui recouvraient ses bras d'ordinaire, dévoilant quelques cicatrices, parfois à peine visibles, témoins des années difficiles de son enfance. Le jeune homme effleura du bout des doigts la peau satinée, mais rencontra la blessure à vif.

Rey tressaillit violemment à son contact, et son corps se crispa. Elle pleurait. Elle lui sembla si fragile. Et elle ne le regardait pas, la tête résolument de côté.

Un tas d'émotions lui tomba dessus, violemment. Honteux, confus, il s'écarta. Ben s'assit, ferma les yeux, fort, et souffla. Il les ouvrit, la vision troublée. Il recula sur les fesses et fut stoppé net par un rocher dans dos.

Un mouvement attira son attention. Dans un grognement d'effort, qui se termina en gémissements, Rey roula difficilement sur le côté. Tout l'arrière de ses bras, de ses mollets était égratigné, du sang perlait. Elle dut s'y reprendre plusieurs fois pour se redresser, grimaçant et retenant difficilement des plaintes de douleur.

Le corps de Ben se tendit vers l'avant. Il voulait l'aider. Réparer son erreur.

— Rey, s'étrangla-t-il.

La jeune femme s'assit avec raideur, refusant de croiser son regard. Il baissa la tête et tenta de reprendre un souffle normal.

Mais ils étaient toujours dans le lien. Leurs émotions s'entrechoquaient comme des vagues. Ça faisait si mal qu'il en avait la nausée.

Sentant ses yeux sur lui, Ben leva la tête. Finalement, Rey le fixait, son visage figé par le choc. Mais d'un coup son expression changea. Les muscles de son cou et de sa mâchoire se contractèrent. Sa bouche se pinça, ces cils se mirent à battre furieusement, n'empêchant pas de nouvelles larmes de couler.

Elle prit une inspiration tremblante et disparut.

Ben fixa un long moment l'endroit où elle se tenait.

Quelque chose monta en lui.

Peu importait le côté obscur, les Jedi.

Il avait perdu. Il l'avait perdue. Pour de bon.

Le jeune homme se recroquevilla sur lui-même. Il ramena ses jambes contre lui, baissa la tête et l'agrippa de toutes ses forces.

Ben se laissa submergé par toutes les émotions qu'il avait retenu toutes ces années.

Peur, rancœur, tristesse, colère, douleur, et la solitude.

La Force venait de lui rappeler cruellement qui il était vraiment. Elle venait de le démasquer, sans ménagement.

En face de lui, dans le miroir, recroquevillé, le petit garçon pleurait. Seul.


Ben ne se souvint pas du voyage de retour au petit village. Le froid le ramena à la réalité. Il mordait à travers ses vêtements et la pluie glaciale trempait ses cheveux, cinglante. Il se tenait devant la porte rouillée de la hutte de son oncle.

Confus, le jeune homme se détourna, regagnant celle qu'il occupait. Transi de froid, il alluma un petit feu. Il fouilla dans le sac contenant les maigres affaires qu'il avait emportées. Rapidement, il trouva de quoi se changer. Ben s'assit devant les flammes et pencha la tête en avant. Il frictionna énergiquement son crâne avec une serviette pour chasser le maximum d'eau de ses cheveux. Il la passa sur son visage et ses yeux avant de la poser à côté de lui.

Un éclair illumina l'intérieur de la hutte. Le fracas du tonnerre fit vibrer l'île. Puis le bruit de la pluie s'intensifia.

Ben ferma les yeux et inspira profondément. Et souffla. Il se sentait vidé. D'énergie. D'émotion. Il avait la curieuse sensation d'être physiquement là, il sentait la gravité, l'environnement qui l'entourait mais à la fois, il avait l'impression d'être hors de son corps.

Les yeux toujours fermés, le jeune homme pencha sa tête en arrière contre la paillasse, prêt à se laisser emporter par le sommeil.

Il y eut un coup contre la porte, faisant gémir le métal. Ben ouvrit les yeux. Il ne bougea pas d'un poil. Il ne voulait voir personne. Un nouveau coup retentit, suivi de quelques « roar » et de… « bip » ? Le jeune homme soupira. Son astromécano était coincé dehors, sous la pluie diluvienne. Il se leva dans un effort qui lui parut surhumain.

Ben ouvrit la porte et se retrouva face à un BB-9E plutôt énervé. Il se détourna du droïde dès l'instant où celui-ci commença à l'accuser d'être un mauvais maître, de le laisser tout seul s'inquiéter alors que la tempête faisait rage. Le droïde était sorti à la recherche du jeune homme. Après une salve de « bip » survoltés, ce qui était une nouveauté, l'astromécano lui fit remarquer que s'il ne quittait ses vêtements mouillés, Ben allait littéralement mourir de froid.

Comme un automate, le jeune homme baissa les yeux. Une flaque se formait à ses pieds. BB-9E se tenait prêt du feu, séchant ses circuits, ne quittant pas son maître de son œil. Ben secoua la tête dans l'espoir de remettre son cerveau en état de marche. Le jeune homme avisa rapidement les vêtements qu'il avait préparé.

Il enleva le maillot fin à manches longues. Un bruit triste s'échappa du droïde alors qu'il allait enfiler un chandail plus épais et plus chaud. Ben le fixa. Il fit passer sa tête dans le vêtement sans lui répondre. Ce droïde était décidément beaucoup trop curieux.

Et Ben n'allait sûrement pas lui expliquer d'où venaient ses cicatrices.

Le jeune homme s'allongea sur la paillasse, rabattit la couverture chauffante et se tourna sur le côté. Ben s'attendit à devoir attendre longtemps que son cerveau arrêtât de lui renvoyer sans cesse les images de la grotte, mais le sommeil le happa en quelques secondes.

Il se réveilla à la lumière du jour. Ben ouvrit les paupières, laissant l'occasion à un rayon de soleil de révéler pour une fraction de seconde les nuances dorées de ses iris. Il plissa les yeux, aveuglé et se redressa. Sa main passa sur son visage, un mal de tête pointant au niveau de ses tempes. Heureusement, il avait dormi d'un sommeil sans rêve. BB-9E était en mode veille, émettant un doux ronronnement.

Ben se leva et sortit de sa hutte. Il n'y avait aucun nuage à l'horizon. L'océan, à perte de vue, était calme, comme une nappe d'huile. Une brise légère faisait danser les herbes. Mais le village n'était pas calme. Les gardiennes s'affairaient à nettoyer les vestiges de la tempête.

L'une d'elle remarqua sa présence. De sa démarche claudicante, elle se hissa jusqu'au jeune homme et le regarda avec insistance. Il savait très bien ce qu'elle voulait, mais il n'était vraiment pas d'humeur.

— Non, asséna-t-il.

Ben se détourna, prenant la direction de la falaise. Il s'assit dans l'herbe, son regard fixant l'océan. Les évènements de la vieille lui pesaient encore sur l'estomac. Il fallait le faire.

Le jeune homme avait fait face à l'obscurité, sans vaincre ses peurs. Au contraire, cela en avait créé une nouvelle.

Ses yeux se posèrent sur le X-wing qui gisait sous l'eau. L'évidence était là, sous ses yeux. Il devait affronter la lumière.

Ben se leva et contempla l'escalier de pierres vertigineux. Le jeune homme commença son ascension sous les yeux surpris des gardiennes. Elles échangèrent des commentaires en suivant du regard sa silhouette qui évoluait sans faiblir. Après tout, cet étrange inconnu n'avait pas fait preuve de beaucoup de curiosité à l'égard du temple Jedi, contrairement à tous ceux qui étaient passés avant lui.

L'escalier menant au temple était encore plus abrupte que celui qui menait au village. Même s'il avait réussi à finalement dormir, la fatigue psychique était toujours là. Ses mollets étaient en feu. Mais il ne faiblit pas.

Ben pénétra dans l'immense cavité rocheuse. Rien à voir avec la pénombre et les timides reflets de la lune de la grotte. Les reflets du soleil rebondissaient contre l'eau accumulée dans le bassin que formait la mosaïque, et éclairait les parois de rayons blancs et fugaces. Le jeune homme examina le motif. Il serra les poings, sachant parfaitement ce que c'était. Sa signification était évidente.

Dualité. Obscurité et lumière. Equilibre.

Il avait devant lui le premier Jedi en méditation, usant des deux penchants de la Force. Ses mâchoires se serrèrent. L'ironie avait voulu que ce soit ce genre de personnage qui soit représenté dans ce temple de la lumière. Un personnage dont il était le reflet, mais qu'on avait rejeté.

Le jeune homme se détourna de l'image et se dirigea vers le socle de méditation sur la corniche. Le soleil baignait de lumière le promontoire rocheux, comme une invitation à se laisser faire. Il posa ses mains à plat sur la pierre. Les souvenirs de sa formation lui revinrent. Sans réfléchir, il s'assit en tailleur. Le dos droit, ses poumons se gonflant et se vidant d'air calmement. Ben laissa son regard flâner sur la vue à couper le souffle de l'île. Il ferma les yeux.

Un long moment passa sans pensée pour le troubler. Enfin Ben ne réfléchissait à rien. La seule chose dont il avait conscience était la chaleur du soleil et la brise.

Jusqu'à ce que…

— Bonjour, mon grand.

Il ouvrit les yeux. Pétrifié par la présence imposante de Luke Skywalker, le jeune homme ne réussit qu'à le fixer du regard.

— Je t'avais dit qu'on se reverrait.

Le fantôme du Jedi s'assit près de lui. Contrairement à la vision de la grotte, il ne ressentait aucune intention belliqueuse. Juste de la bienveillance.

— Tu es venu chercher des réponses. Mais tu ne t'attendais pas à ce que tu as vu, n'est-ce pas ?

Ben s'obstina à garder ses yeux rivés à point à l'horizon.

— Et laquelle pensez-vous que je pourrais trouver ici ? demanda-t-il, amer.

Luke eut un sourire en coin.

— La mienne. Je vois que tu as déjà affronté le côté obscur. Mais à quel prix ?

— Vous avez dit que vous me hanteriez. Voilà la meilleure promesse que vous ayez tenue, contra Ben, sèchement.

— Non, Ben. Tu n'es pas responsable de ma mort.

Le jeune homme se leva et lui fit face.

— Bien sûr que si !

Il désigna Luke et le socle de méditation à tour de rôle.

— Ça, c'est à cause de moi.

La voix tremblante, Ben eut du mal à laisser la vérité s'échapper.

— Votre sacrifice.

Luke se leva et posa les mains sur les épaules de son neveu. Ses yeux bleus étaient plein de bienveillance.

— Non, mon garçon. Aveuglément, j'ai cru que reproduire l'ancienne gloire des Jedi était ce qu'il y avait à faire. J'ai compris trop tard que si je n'avais pas eu d'œillères, pas eu peur du côté obscur, du passé, cette dualité en toi n'était peut-être pas une mauvaise chose. Je l'ai réalisé quand je suis arrivé ici. J'ai cru qu'il était déjà trop tard, alors j'ai abandonné. Tu es ma famille et je n'ai pas été à la hauteur. Je suis désolé, Ben.

Des larmes traîtresses tombaient sur le visage du jeune homme.

— Je t'en prie, mon grand. Ôte-toi, ce poids.

Un soupir échappa à Ben, malgré lui.

— Il y a toujours de l'espoir, ajouta Luke.

— Non ! C'est trop tard ! hurla Ben en se dégageant, brusquement. J'ai voulu la tuer de toutes mes forces, de toute mon âme !

— C'était à cause de la vision, Ben. Tu n'as pas voulu tuer celle qui t'a tendu la main.

En voyant son neveu secouer la tête, refusant ses paroles, Luke ajouta :

— Tu n'es pas un Sith. Tu ne le seras jamais. Tu es un Skywalker. Et un Solo. Tu as le courage de ta mère et la compassion de ton père.

Le regard ténébreux et intense du jeune homme voulait transpercer le Jedi.

— Non, j'ai tué assez de personnes, innocentes ou pas, pour dire que je ne suis pas quelqu'un qui sait faire preuve de compassion, siffla-t-il sombrement.

Le fantôme haussa les sourcils. Ben n'avait pas l'air convaincu par Luke, et réciproquement.

Le jeune homme se détourna de son oncle et sortit du temple. Il sut que le fantôme du Jedi ne le suivrait pas.

Bouleversé, il redescendit dans le village, le sang battant dans ses tempes. Les gardiennes, toujours affairées, commentèrent sans peur la tempête qui passa devant elles. Le souffle court, Ben s'arrêta en plein milieu du village. Il osa se tourna vers la hutte qui avait abritée Luke Skywalker.

Il poussa la porte qui grinça autant que la sienne. Tout avait été rangé. Il plus de traces de son oncle. Un petit coffre modeste était posé à côté du lit. Suivant son instinct, Ben souleva le couvercle. Il trouva un premier objet qui raviva de lointains souvenirs. Le jeune homme détailla un petit moment le petit objet doré qu'il fit jouer entre ses doigts. Tout au fond, sous les robes usées de Jedi, il trouva un objet encore plus intéressant.

Une vieille relique. C'était un petit bout de métal rond, incrusté d'un morceau de pierre rouge brisée. Il le prit entre ses doigts avec prudence.

Le jeune homme examina le morceau de gemme rouge. Il savait très bien de quoi il s'agissait. Un pouffement de rire amer lui échappa. Il l'enferma dans son poing. Luke Skywalker avait été trop faible pour faire disparaître une telle relique. Trop sentimental pour un maître Jedi.

Attiré par le cristal, Ben ferma les yeux. Il vit l'immense silhouette sombre, le sabre rouge activé devant lui, sa lumière écarlate se reflétant dans ce casque qu'il connaissait si bien. La main libre de Dark Vador se tendit vers le jeune homme.

Soudain, Ben sentit une douleur lancinante lui broyer le cœur. Et une colère terrible fit bouillonner son sang. Il sentit sa peau le brûler. C'était pire que tout ce qu'il avait ressenti dans la grotte. Ben n'arrivait pas à faire la différence entre ses émotions et celles de Vador.

D'un coup, tout cessa, et il tomba à genoux. Le jeune homme ouvrit les yeux. La colère était de nouveau là, comme la plus fidèle des amies. Ben fixa l'un des deux dés brillants qui s'échappait de son autre poing. Il repensa à ce que lui avait dit la vision de la grotte. Et il se rappela les yeux d'abord chaleureux, puis pleins de panique de Rey.

Le jeune homme serrait l'objet de plus en plus fort, jusqu'à se faire mal. Il se redressa subitement, donna un coup de pied violent dans le coffre qui se renversa après avoir glissé plus loin. Un hurlement de rage sortit de sa gorge. Le sol craqua sous ses pieds, la hutte trembla.

Ben sortit et regagna la sienne. Il n'avait plus rien à faire sur cette île.

Les gardiennes s'étaient figées en entendant la pierre se fissurer. D'instinct, elles se regroupèrent derrière la matriarche. Elles sentaient toutes un changement chez cet humain qui les avait aidées.

Docilement, BB-9E l'attendait.

— Nous partons. Entre les coordonnées du Finalizer, ordonna-t-il sèchement.

Pour une fois, le droïde ne protesta pas et roula vers la navette. Le jeune homme mit peu de temps à rassembler ses affaires. Il enfila sa veste matelassée, boucla sa ceinture autour de sa taille et retrouva le poids familier de son sabre. Il fixa sa cape, mit ses gants. Digne, il chassa d'un revers de la main les dernières traces de larmes et sortit. Le menton levé, son visage affichait de nouveau cette expression arrogante.

Sans un regard en arrière, le Suprême Leader gagna la navette. Le vaisseau s'éloigna rapidement. Une fois en orbite, Kylo Ren poussa brusquement la manette de l'hyperdrive.


La force de ses mains allait la tuer. Il écrasait littéralement ses voies respiratoires.

La jeune femme ne pouvait plus faire entrer l'air dans ses poumons. Le sang comprimé dans sa tête battait à tout rompre. Des points noirs apparurent devant ses yeux. Soudain pendant un quart de seconde, il arrêta de trembler. Ses mains se desserrèrent d'un coup.

D'instinct, le corps de Rey chercha à prendre le plus d'air possible. A travers ses yeux plein d'eau, elle distingua son visage. La jeune femme y découvrit une expression qu'elle ne lui avait jamais vu. Elle aperçut ses yeux noirs complètement perdus qui la dévisageaient. Puis il regarda ses mains, incrédule.

Le corps épuisé de Rey se crispa pendant qu'elle toussait, ce qui raviva la douleur du choc dans tous ses membres. Elle avait tellement mal. Son souffle reprenant un rythme un peu plus normal, elle ouvrit les yeux.

La jeune femme vit son regard quitter son visage, descendre le long de son cou jusque dans son décolleté où la peau contre son sternum la brûlait.

Une grimace étrange déforma les traits de Ben. Elle l'entendit murmurer quelque chose le souffle court, qu'elle n'avait pas la force de comprendre.

Soudain il se laissa tomber en avant au-dessus d'elle. De stupéfaction, le cœur de la jeune femme rata un battement. La tête de Ben était juste à côté de la sienne. Elle l'entendit, comme s'il se retenait de pleurer et de respirer.

Le hurlement du jeune homme lui déchira non seulement les tympans mais aussi l'âme.

Tétanisée, Rey avait une conscience accrue de ce corps qui l'emprisonnait sans pourtant la toucher. C'était leur connexion. Elle le sentit se redresser légèrement mais s'obstina à fuir son regard. La jeune femme frémit d'abord en sentant ses cheveux effleurer son visage, puis quand il colla sa tempe contre la sienne. La peau en contact avec la sienne était brûlante.

Ben tremblait de tout son corps. Le contact dura quelques secondes qui semblèrent une éternité avant qu'il ne se redresse. Son souffle pantelant balaya son visage.

Sa présence si proche d'elle la submergeait. Rey repensa à leur dernière conversation, à cette étrange proximité. La jeune femme tressaillit quand ses doigts effleurèrent la peau de son bras. Elle ressentait des émotions contradictoires. Le geste de Ben était très doux, presque comme une caresse. Mais désormais, elle avait peur de lui. Rey s'autorisa à le surveiller du coin des yeux, sans pour autant tourner la tête. De ce qu'elle vit, il ne restait rien de l'homme furieux qui avait tenté de la tuer.

Un autre tremblement la prit. Le jeune homme venait de frôler sa peau blessée. Rey se crispa de nouveau en détournant vivement le regard. Si elle en avait eu la force, elle l'aurait… A vrai dire, la jeune femme ne savait ce qu'elle lui aurait fait. Elle aurait sûrement tout gâché à son tour.

Soudainement, son ombre disparut au-dessus d'elle. La jeune femme se souvint alors où elle était. En plein milieu de la forêt d'Ajan Kloss, calme et lumineuse. On entendait les bruits de la nature tout autour. C'était surréaliste. Le bruissement des feuilles et des brindilles qui craquaient, ainsi que le son mat de la terre meuble qui remuait ramena Rey à Ben. Sans le voir, elle savait qu'il s'était éloigné, mais qu'il était toujours là.

Il fallait qu'elle se lève. Dans un effort qui lui parut inhumain, Rey se tourna sur le côté. Elle s'appuya sur ses mains pour se redresser. La douleur était si forte que ses bras tremblaient. Après plusieurs essais qui la laissèrent en pleurs, elle s'assit.

— Rey…

La jeune femme grimaça et des larmes tombèrent de nouveau. Non seulement elle avait mal, mais il y avait aussi cette voix qu'elle ne reconnut pas. Ce n'était pas Kylo Ren.

Rey fixa Ben, le visage décomposé. C'était incompréhensible. En face d'elle, il n'y avait qu'un homme qui se torturait.

Mais elle refusait de lui parler. Ses cordes vocales ne le lui permettaient pas après le traitement qu'il leur avait fait subir. Et La jeune femme ne voulait pas lui montrer à quel point il l'avait brisée.

Elle sentait sa confusion et sa culpabilité. Elle ne savait pas ce qu'il lui était arrivé avant qu'il apparaisse devant elle, mais plus les minutes passaient, moins Rey, sous le choc, était capable de faire la part des choses. Tout ce dont elle avait conscience était qu'il avait voulu la tuer.

Ses yeux l'implorant et son visage complètement défait n'y changeait rien.

Une vague de douleur la traversa. Les muscles de son cou et de sa mâchoire se contractèrent. Sa bouche se pinça, ces cils se mirent à battre furieusement, n'empêchant pas de nouvelles larmes de couler.

Elle prit une inspiration tremblante.

Ben disparut.

Seule au milieu de la forêt, Rey se permit un cri de douleur. Elle se laissa retomber en arrière. Elle était incapable retenir son corps meurtri. La jeune femme entendit une voix au loin.

— Rey !

Elle vit Finn accourir. Il se jeta à terre à côté d'elle.

— Rey ! Oh non ! Que s'est-il passé ? Rey ! Tu m'entends ?

— Finn…

La jeune femme avait envie de lui dire de s'en aller. Elle voulait être seule.

L'ombre de son ami planait au-dessus d'elle. Finn l'examinait, ses yeux remplis d'incompréhension. Doucement, il prit sa main dans la sienne et la tourna. Son geste provoqua une nouvelle vague de souffrance qui remonta jusqu'à son cœur. Le visage de Rey se tordit mais elle eut du mal à étouffer un gémissement.

— Oh non ! Désolé Rey ! Dis-moi où tu as mal…

La voix coupable de son ami changea d'un coup du tout au tout.

— Rey, je t'en prie, dis-moi ce qui est arrivé.

La voix de Finn était sourde, légèrement tremblante. Il venait de voir les blessures sur ses bras et surtout, les marques rouges autour de son cou. Mais son amie semblait complètement ailleurs, hébétée, sur le point de s'évanouir.

Perdu dans ses réflexions, le jeune homme entendit à peine BB-8 qui roulait jusqu'à lui. Il se tourna vers le droïde qui avait penché la tête sur le côté en voyant Rey, l'air de ne pas comprendre ce qu'il voyait.

— BB-8, commença Finn, d'une voix blanche. Va chercher de l'aide. Tout de suite.

Il y eut quelques secondes de flottement. L'astromécano voyait l'inquiétude sur le visage de Finn. Il voyait aussi Rey, allongée par terre, les yeux fermés. Quand Rey avait les yeux fermés, elle dormait… mais dans un lit. Alors pourquoi son amie humaine dormait dans l'herbe, au milieu de la forêt, Finn à côté d'elle, comme si son système avait buggé ?

Tout à coup les bips de BB-8 résonnèrent dans toute la forêt autour d'eux. Les yeux de l'ancien stormtrooper s'écarquillèrent lorsqu'il comprit ce que le droïde concluait de la situation.

— BB-8 ! Stop ! Arrête !

Le droïde continua complètement paniqué.

— STOP ! hurla Finn, pour couvrir les bips. BB-8, Rey n'est pas morte ! Regarde !

L'astromécano se tut et scanna le corps de son amie. Il n'était pas un droïde médical, mais il pouvait quand-même procéder à des analyses de base. Ce qu'il trouva ne le rassura pas. Il l'exprima dans un long sifflement.

— Elle a besoin d'aide. Vas-y ! Vite.

Le petit droïde s'élança entre les arbres sans plus perdre une seconde.

Préoccupé par l'état de Rey, le jeune homme eut l'impression que des heures s'étaient écoulées quand le speeder arriva.

Finn se secoua en voyant Leïa. Il se leva précipitamment pour l'aider. Le visage de la Générale était fermé. Le médecin était déjà à genoux près de la jeune femme, en train de lui faire toute une batterie de tests.

— Est-ce que quelqu'un sait ce qui lui est arrivé ?

La générale se tourna aussi vers Finn, dans l'espoir d'une réponse.

— Non. Je la cherchais. Elle était déjà comme ça quand je l'ai trouvée, mais consciente.

— Est-ce qu'elle était capable de parler ?

— Non, c'était comme si elle n'avait même pas conscience que j'étais là… Elle souffrait, beaucoup, ajouta Finn, hésitant.

Le médecin dévisagea l'ex-stormtrooper, puis son regard passa à Leia. Sa bouche s'ouvrit et se ferma plusieurs fois, comme s'il se retenait de dire quelque chose. Après un dernier regard à sa nouvelle patiente, il se releva.

— D'après les premiers résultats, son état n'est pas préoccupant. Mais il va lui falloir des pansements et du repos. Beaucoup de repos.

Leia hocha la tête, en partie soulagée. Le speeder les ramena tous à la base. Finn aida de nouveau la générale. Le visage de sa mentore était toujours fermé. Ils suivirent le brancard à son rythme. Le jeune homme hésita encore quelques secondes avant de prendre son courage à deux mains.

— Ce n'est pas… normal. N'est-ce pas ? demanda-t-il, incertain.

Les yeux sombres de Leia le dévisagèrent.

— Je ne sais pas Finn.

Elle posa une main sur son bras, tenta un sourire.

— Va la rejoindre, je sais que tu es inquiet.

Le jeune homme acquiesça et obéit. Maz la rejoignit tranquillement. Son air serein ne la quittait jamais. Leia pensa alors à son frère. Elle devait garder espoir. Il le fallait. Pour Finn, Poe, la Résistance, pour la liberté. Et pour la famille qui lui restait.

Dans l'aire médicale, ils étaient en train d'installer Rey à côté de Rose. La jeune apprentie Jedi lui avait dit qu'il était quelqu'un de bien. Un vrai ami. Rose s'était sacrifiée pour le sauver. Mais en les voyant toutes les deux inconscientes, il eut un doute.

Une frappe sur l'épaule le sortit de ses pensées moroses. Poe le tenait par les épaules, le visage sérieux. Son habituelle expression canaille reprit rapidement le dessus.

— Tout ira bien. Elles sont fortes, le rassura le pilote.

— Nous sommes l'étincelle, se rappela Finn.

— Oui, nous sommes l'étincelle, affirma Poe.


Bon, j'espère que c'était intense… et que vous ne me détestez pas trop…

En tous cas, c'était cool à écrire !

Ça y est ! Je connais la fin de mon histoire ! Je suis pressée d'y arriver mais il reste un peu de chemin à faire ;) Et j'ai une nouvelle idée d'histoire, mais… chaque chose en son temps.

Moongrim : Merci pour ta review ! Je t'avoue que je n'avais absolument pas pensé à Dagobah en écrivant ce chapitre, et celui-ci, comme quoi chacun a une interprétation personnelle d'une histoire :) Pour ce qui est de ton commentaire sur Rey et Ben, j'ai bien rigolé parce que je savais déjà ce qui allait venir ! (rire diabolique) Eh oui, ça n'en a pas l'air mais oui, Kylo/Ben est bien mon personnage préféré de la saga ! Je ne sais pas si tu l'as déjà lu mais si tu veux un peu de fluffy et de fun, va voir mon OS Star Wars ;).

Harpie : Tes reviews sont tellement gentilles ! Merci, parce que je ne suis pas indulgente avec moi-même. Je me suis relue, il y a pas longtemps et… j'ai ressorti les Bescherelles ! Je pense qu'il va y avoir une correction des 4 premiers chapitres dans quelques temps. Maintenant pour répondre à ta review sur l'OS, c'était vraiment un challenge, parce que j'ai retranscrit les dialogues originaux du film, j'ai dû romancer la scène des Princesses sans perdre l'énergie, et ensuite j'ai tout construit autour. J'avoue qu'à un moment j'ai eu peur de perdre l'humour dans la scène vers la fin entre Ben et Rey. Quant aux références, je me suis faite plaisir, si j'avais pu, j'en aurais mis dans toutes les phases !

A bientôt !