Disclaimer: Star Wars ne m'appartient pas.

Bonne lecture !


Le tir du blaster n'atteignit pas sa cible. Déçu, Beaumont laissa retomber son bras. Il fixa la cible, à une cinquantaine de mètre. Les yeux et la bouche d'un stormtrooper semblaient se moquer de lui. Sur une plaque de métal ronde fixée à un pique en bois, quelqu'un avait dessiné grossièrement les traits caractéristiques d'un casque de stormtrooper.

Non, s'entrainer au tir n'était vraiment pas son activité favorite. Une main se posa sur son épaule. Beaumont se tourna et ses yeux rencontrèrent ceux de Finn. Son regard semblait lui dire de ne pas perdre espoir. C'était facile pour lui puisqu'il avait été stormtrooper. L'universitaire se remit correctement en position et pointa son blaster vers la cible. Il se concentra mais au moment où il s'apprêtait enfin à tirer, une détonation retentit à côté de lui. Un éclair rouge fusa vers la cible et l'atteignit pile au milieu du front.

Tous les regards se tournèrent vers Rose. Elle baissa son arme avec un haussement d'épaule. Beaumont aperçut le sourire de l'ancien stormtrooper. Il allait lui dire qu'il abandonnait pour la journée, quand le visage de Finn changea d'expression. Un froncement de sourcils à peine visible.

— Ça va ?

Le jeune homme sembla reprendre contact avec la réalité. Finn se tourna vers l'universitaire pour le rassurer.

— Oui… C'est juste que… Je dois vous laisser. Heu, c'est fini pour aujourd'hui, vous êtes libres, annonça-t-il en reculant avant de se tourner et de disparaître dans la forêt.

Tous ceux qui étaient dans la clairière se regardèrent entre eux. Ce n'était pas dans les habitudes de Finn d'être aussi bizarre. De toute façon l'heure qui lui avait été accordée pour les leçons de tirs touchait sa fin. Les conversations reprirent puis tout le monde retourna à ses occupations. Kaydel rejoignit Rose et Beaumont.

— « Vous êtes libres. » ? Est-ce que l'un d'entre vous deux sait ce qu'il se passe avec Finn ? demanda-t-elle en croisant les bras sur sa poitrine.

Rose soupira.

— Je ne sais pas… mais ce n'est pas la première fois que je le vois disparaître dans la forêt.

— Peut-être qu'il va rejoindre Rey.

Les deux jeunes femmes se tournèrent vers lui en même temps. En voyant les expressions sur leurs visages, Beaumont s'empressa de préciser sa pensée.

— Finn m'a confié que les Jedi l'intriguent. Et je pense qu'il est sincère. Il vient souvent me voir pour me demander où j'en suis, si j'ai fait des découvertes.

— Tu en es sûr ? demanda Rose, un brin sceptique, les bras croisés.

— Oui… Je pense qu'il… espionne Rey et la Générale pendant leurs entraînements, ajouta Beaumont d'un ton hésitant.

Rose sembla satisfaite par sa réponse. Son blaster retrouva sa place dans son holster. Le trio rejoignit le cœur de la base pour leurs prochaines tâches.

De son côté, Finn s'enfonçait dans la forêt. Ça durait depuis quelques jours. Il faussait discrètement compagnie à ses amis. Ou plutôt, il essayait d'être discret. Mais le jeune homme était persuadé qu'à chaque fois toutes les feuilles et toutes les brindilles d'Ajan Kloss s'étaient mises d'accord entre elles pour rendre cette tâche impossible.

Les yeux au niveau des hauts feuillages, Finn aperçut enfin la silhouette familière. Elle était de dos, tournée vers le soleil, ce qui était parfait. Le jeune homme imita sa position. Son postérieur se posa sans trop faire de bruit quand il s'assit les jambes croisées. Il se rendit compte qu'il avait retenu son souffle. En posant ses mains sur ses genoux, il expira longuement, puis ferma les yeux. Finn tenta de son mieux de faire le vide dans son esprit et de se concentrer sur cette petite voix qui taquinait l'arrière de son esprit depuis quelques semaines. Ce n'était pas vraiment une petite voix, plutôt une sorte de bourdonnement, mais pas désagréable.

Pendant ses petites sessions d'espionnage, le jeune homme avait retenu les conseils. Inspirer, expirer profondément. Visualiser l'air qui entrait dans le corps et celui qui en sortait. Ne penser qu'à ça et à rien d'autre. Rester focalisé sur la respiration. Une fois le calme atteint, se laisser guider par la Force, la laisser passer à travers soi. Trouver la vie, la mort. L'équilibre.

Concrètement, c'était difficile. Finn arrivait à se calmer, mais des pensées parasites continuaient de le perturber. Allait-il réussir ? Était-ce la Force qu'il sentait ?

S'il la sentait, c'était grâce à la personne à quelques mètres de lui. Quelque chose semblait émaner d'elle, une espèce d'aura qui s'étendait jusqu'à lui et sûrement à tous les êtres vivants autour d'elle.

L'ancien stormtrooper n'aurait jamais cru qu'il serait aussi dur de mettre des mots sur cette sensation, cet instinct qui le poussait à faire ce qu'il était en train de faire. Et c'était dur de le faire tout seul.

Soudain, il sentit une présence se rapprocher de lui. Ça marchait ! La respiration de Finn s'accéléra sous le coup de l'excitation. C'était incroyable ! Enfin il y était arrivé !

— Finn ?

La voix résonna dans sa tête, lointaine. Et si… et si c'était un fantôme de la Force dont Rey lui avait parlé ? Luke Skywalker ?

— Finn !

— Biiiiiiip !

Les fantômes faisaient « Bip » ?

Le jeune homme ouvrit les yeux. Oh, ce n'était pas du tout un fantôme de la Force. Rey se tenait devant lui, les bras croisés sur la poitrine avec un regard à la fois sévère et intrigué. A sa posture, il supposa que BB-8 l'imitait. Finn avait complètement oublié BB-8.

— Finn ?

— Rey ? couina-t-il, la gorge nouée de s'être fait surprendre.

— Qu'est-ce que tu fais ?

— Et… et toi ? Qu'est-ce tu fais ?

— Qu'est-ce que je fais ?

— Rey, arrête de répéter tout ce que je dis.

— Quoi ? s'indigna-t-elle.

— Quoi, quoi ?

— Finn…

Le grondement menaçant de Rey et l'un des nombreux bras de BB-8 qui sortit discrètement de son ventre rond, hors de la vue de la jeune femme, le dissuadèrent de continuer d'essayer de faire le malin. Il chercha une réponse un minimum crédible.

— Je… Je reprends mon souffle ! s'exclama-t-il en se mettant plus à l'aise, ses mains posées à plat le soutenant derrière lui.

— Tu reprends ton souffle ?

— Oui, c'est ça. Et toi, tu faisais quoi ?

Les yeux de son amie se plissèrent et son sourire s'agrandit. Elle ne le croyait pas.

— Un truc Jedi, répondit-elle vaguement.

— Oh…

Rey se retint de rire. Elle vit l'étincelle d'intérêt s'allumer dans son regard. Finn pouvait être curieux et maladroit. Mais jamais il ne l'espionnerait sans raison pendant son entrainement. D'ailleurs il se releva, ses yeux la suppliant.

— Est-ce que tu peux me dire ce que c'est exactement ?

— D'accord, répondit-elle d'un air sérieux.

La jeune femme se rapprocha de lui et le regarda dans les yeux, une ombre de sourire aux lèvres.

— Pas tes oignions.

Finn mit quelques secondes à réagir. Rey retint difficilement son rire en voyant sa mine dépitée. Il renversa la tête en arrière avec un long soupir. Le sifflement moqueur de BB-8 ne l'aida pas.

— Rey, je suis désolé…

La main de la jeune femme se posa sur son épaule.

— Pourquoi tu fais ça ? demanda-t-elle, toute trace de moquerie disparue.

— Tu sais bien, je suis curieux.

— Hum, oui… Est-ce qu'il y a quelque chose dont tu voudrais me parler ?

Rey n'avait pas l'air dupe. A vrai dire, elle semblait avoir compris ce qu'il lui arrivait. Son regard était perçant, comme si elle voulait le convaincre de dire ce qu'il avait sur le cœur. Au fond de lui, le jeune homme avait peur. C'était une peur irrationnelle que son amie le juge, alors qu'il savait très bien que Rey ne ferrait jamais ça. Mais, Finn était un stormtrooper. Il avait été un stormtrooper du Premier Ordre, engeance du côté obscur. Était-il digne de prétendre à l'aide de Rey, voire de Leia ?

— C'est juste de la curiosité, affirma-t-il. J'ai beaucoup de choses à apprendre sur la Résistance, la Rébellion, les Jedi… Tu vois, quoi…

— Je vois…

BB-8 gazouilla, sa tête en demi-sphère se penchant sur le côté.

— Oui, parce que j'étais un stormtrooper, soupira Finn.

Ce droïde était vraiment trop perspicace.

— Tu promets que tu n'en parleras à personne ?

Le ton suppliant du jeune homme fit froncer les sourcils de Rey. Elle lui tendit la main. L'ancien stormtrooper s'en empara.

— Je promets. Seulement à une condition, dit-elle d'une voix ferme, les yeux plissés.

Inconsciemment, Finn tenta d'échapper à sa poigne, mais c'était oublier la force de son amie. Elle verrouilla sa prise sur son poignet.

— Je veux que tu arrêtes de dire des choses et de me poser des questions stupides et sans intérêt sur Ren… et de donner des idées bizarres à Rose.

— Quelles idées bizarres ?

— Il y a deux semaines, j'ai subi un drôle d'interrogatoire.

— Je ne vois pas de quoi tu veux parler. En tout cas, ça fait plus d'une condition…

— Finn, s'il te plait.

— D'accord. Plus de Ben Solo ? ajouta-t-il en fronçant les sourcils.

— Ren, insista-t-elle fermement.

— D'accord.

— Deal ?

— Deal. BB-8 ? demanda Finn en pointant un doigt vers l'astromécano.

« Bip ! »

Rey le libéra. Soulagé, il secoua sa main dans l'espoir d'accélérer le retour de son sang dans ses veines.

La jeune femme croisa de nouveau ses bras sur sa poitrine. Elle n'aimait pas le fait qu'il ait pu l'espionner. Ben… Ren aurait pu se manifester à n'importe quel moment à cause de la Force. Elle avait du mal à se décider sur ce qui l'ennuierait le plus s'il venait à surprendre une de leur étrange connexion. Ce qu'il verrait ou entendrait ? Ou bien simplement le fait qu'il serait le témoin de leur étrange intimité qu'elle gardait jalousement secrète.

— Rey…

— Oui ? répondit-elle calmement.

— Je suis perdu…

Leurs yeux se croisèrent. La jeune femme lut sa détresse dans ses prunelles noires. Sans réfléchir, elle se rapprocha et ferma ses bras autour de son cou. Le jeune homme répondit à son étreinte.

— Je comprends mieux que tu le crois, murmura-t-elle.

Elle en profita encore quelques secondes. Lui aussi. Pendant un instant, ils oublièrent qu'ils étaient Rey, le dernier espoir de la galaxie et Finn, l'ancien stormtrooper. Il y avait juste Rey et Finn.

— Finn, si tu as besoin de parler à quelqu'un, demande à Leia.

Le jeune homme s'écarta, les sourcils froncés.

— A Leia ? Pourquoi à Leia ?

— Si tu as besoin, fais-le.

— Leia n'a pas de temps à perdre avec…

— Elle écoutera, l'interrompit Rey en le prenant par les épaules. Crois-moi.

Finn hocha la tête. Il n'était pas prêt à en parler avec Leia. Et puis, ces drôles de sensations, peut-être n'étaient-elles dues qu'à son imagination. Le jeune homme déglutit difficilement. Il essayait de trouver sa place dans la Résistance. Ce n'était plus le moment de se mentir à lui-même. Il essaierait de parler à Leia. Plus tard.

Rey se détourna. De la main, elle lui fit signe de la suivre.

— Puisque j'ai été interrompue pendant ma méditation, commença-t-elle d'un ton faussement accusateur, je pense qu'une vengeance s'impose.

Finn ouvrit la bouche pour exprimer son désaccord, mais les yeux rieurs de son amie l'en empêchèrent. Il s'arrêta, les bras croisés sur le torse, s'attendant au pire. La jeune femme fouilla dans le coffre qui renfermait tous les objets qui servaient à son entraînement.

Les yeux de Finn s'écarquillèrent quand elle brandit deux bâtons en bois sculptés. Rey le rejoignit et lui en tendit un. Il s'en saisit avec excitation. Une garde avait été taillée joliment, mimant de façon plutôt fidèle un sabre laser. L'excitation céda la place à la panique. Rey allait lui botter les fesses.

Il était meilleur tireur qu'escrimeur. Pendant son instruction, il avait toujours été moins bon au maniement de ce genre d'arme. Sa défaite contre Kylo Ren était encore cuisante. Toutes ces sensations bizarres, son instinct plus développé que d'habitude, tout avait commencé quand il avait pris le sabre laser dans sa main et quand il s'était élancé contre le fils de Han Solo.

Le jeune home observa Rey faire des mouvements de poignet crâneurs. L'arme dansait autour d'elle avec rapidité et fluidité. Pour tenter de faire bonne mesure, il l'imita.

Un sifflement moqueur attira son attention. BB-8, bien à l'écart, venait de dire tout haut ce que Finn pensait tout bas.

— Je vais te botter les fesses, confirma la jeune femme avec un grand sourire.

Mais elle fit tout l'inverse. Son amie se montra patiente et se surprit elle-même en essayant de lui apprendre à corriger certains mouvements ou certaines positions. Puis Rey éclata de rire. Pendant une seconde, il se demanda ce qui avait provoqué une telle hilarité. Concentré, le jeune homme ne s'était pas rendu compte qu'il imitait le bruit du sabre laser.

Alors il décida de continuer à faire le pitre. L'entraînement de Rey tourna court. La jeune femme n'avait jamais ri comme ça devant lui. Il n'aimait pas la voir triste.

Rey rayonnait comme un soleil. Elle méritait de pouvoir rire tous les jours.


Rey voulait se réveiller. Elle voulait ouvrir les yeux. C'était si difficile. Ses paupières étaient si lourdes. La jeune femme entendait des bruits lointains autour d'elle. Elle n'avait pas la force de faire attention à ce que les personnes disaient. Rey avait envie de se lever et en même temps elle était si bien.

Non elle n'allait pas se réveiller.

Au bout d'un moment, elle ne sut combien de temps, une seconde, une minute, peut-être une heure, voire plus, tout devint silencieux. La jeune femme ne voyait pas, n'entendait plus. Mais elle put sentir, très distinctement le contact. Une main. Sur son front, sa joue, ses cheveux, de nouveau sa joue. C'était un geste tellement doux, tellement gentil, que son cœur se serra. Le genre de geste qu'elle attendait désespérément depuis qu'elle était petite. Une marque d'affection qui lui donnerait du courage.

Rey eut envie de pleurer en sentant la main quitter son visage. Mais elle était trop fatiguée pour se réveiller et supplier cette main inconnue de rester.

A la place, un instant plus tard, elle sentit quelque chose couler le long de son nez. Une larme. Un doigt se chargea de la faire disparaître avec douceur. Puis elle sentit son esprit partir, paisible.


Rey se réveilla en sursaut. Elle avait mal au dos et aux bras. Sa joue était collée au plan de travail. Les fragments du cristal kyber étaient toujours dans le creux de sa main. Elle soupira. Ses vertèbres craquèrent quand elle se redressa.

Elle s'était lamentablement endormie alors qu'elle essayait de trouver une solution. Rey en avait envisagé plusieurs, mais aucune ne la satisfaisait. Elle pourrait utiliser les deux fragments, mais à la place d'un sabre équilibré, elle obtiendrait une arme instable et dangereuse. Comme Kylo Ren. Non. La deuxième solution, c'était d'aller chercher un nouveau cristal. Sauf que le Premier Ordre avait la main mise sur les dernières mines de cristal kyber connues pour faire fonctionner ses armes. Fouiller d'autres planètes prendrait un temps fou. Autant chercher une visse dans une carcasse de Destroyer. Et du temps, elle le savait, elle en manquait.

Consciente qu'elle n'arrivait à rien, Rey rangea les morceaux du cristal dans sa boîte. Un ronflement attira son attention. La jeune femme se rappelait qu'avant de s'endormir, elle était seule à l'établi. Beaumont était assis dans un fauteuil pliable qu'il avait dégoté. Un des manuscrits était ouvert posé contre son ventre, son carnet était sur ses genoux. Sa main gauche tenait encore un stylo qui menaçait de tomber.

Quelle position inconfortable pour travailler ! Il était sûrement arrivé pendant qu'elle dormait et n'avait peut-être pas voulu la déranger. Sauf qu'il s'était endormi à son tour. Beaumont était sollicité partout, mais il revenait toujours auprès de la jeune femme, ou plutôt auprès des textes Jedi, même s'il était épuisé. Rey sourit. Elle était contente que Beaumont soit là.

Au final, il avait beaucoup de points communs avec C-3PO. A chaque fois qu'il traduisait quelque chose, il lui faisait quasiment un point complet sur le contexte historique. Au moins il lui épargnait la grammaire. La première fois, la jeune femme avait pensé qu'il y mettait un peu trop de zèle, comme un certain droïde de protocole, mais finalement elle s'était laissée avoir à son jeu. Ce qu'il racontait était captivant. Sans aucun doute, Beaumont aurait été un merveilleux professeur. Elle s'était rendue compte que c'était un privilège de l'avoir à ses côtés. Ses connaissances semblaient illimitées. Elle buvait ses paroles comme de l'eau.

Les fragments du cristal retrouvèrent leur place dans leur petite boîte. Une forme blanche attira l'attention de Rey. Du coin de l'œil, sur sa gauche, une feuille blanche noircie par l'écriture de Beaumont était posée sur la paillasse. L'universitaire avait dû la poser avant de s'endormir.

La jeune femme étudia les notes tranquillement. Ses sourcils se haussèrent quand elle comprit ce qu'il avait trouvé. Pouvait-on vraiment faire ça avec la Force ? Si c'était le cas, elle était étonnée que personne ne lui en ait jamais parlé.

Un grognement la tira de ses pensées. Beaumont s'étirait en grimaçant. Ses sourcils se froncèrent quand les os de son dos et de sa nuque craquèrent. Puis il vit Rey, qui le regardait compatissante.

— Tu n'es pas obligé de faire ça tous les jours si tu es fatigué, dit-elle.

Beaumont se leva et fit un pas vers la jeune femme. Il se maintint à la paillasse en espérant qu'elle ne le verrait pas claudiquer.

— Ça va, ça va. C'est juste qui si tu t'endormais dans cette chaise, tu serais dans le même état que moi.

— Je crois que je vois de quoi tu veux parler, répondit-elle en désignant sa chaise. Je dormais quand tu es arrivé ?

— Oui, j'espère que je ne t'ai pas dérangée. J'ai essayé d'être le plus silencieux possible.

— Non, tu ne m'as pas dérangée.

Beaumont s'empara d'une espèce de tabouret haut qu'il rapprocha de l'établi. Il s'assit à côté de Rey.

— Est-ce que tu as souvent le sommeil agité ?

La jeune femme se tourna vivement vers lui, ses mains triturant la feuille avec nervosité.

— Comment ça ?

— Je n'ai pas compris ce que tu disais, mais tu avais l'air d'appeler quelqu'un.

Le souvenir de cette présence revint à son esprit. Était-ce un rêve ? Une vision ? Ou bien… Non, elle l'aurait senti et elle ne serait pas restée endormie. C'était de plus en plus difficile de savoir. Ses rêves et ses visions étaient si réalistes que la jeune femme n'arrivait plus à les différencier les uns des autres.

Ça devait être un rêve. Après tout, elle avait toujours voulu ce genre de contact depuis son enfance et ces derniers temps, elle avait encore plus besoin d'être entourée de personnes pleines d'affection. Peut-être que son inconscient tentait de combler cette envie. Mais de qui avait-elle rêvé ? Rey n'en avait pas la moindre idée.

— C'était un rêve, juste un rêve, Beaumont.

— Pas la Force ?

— Non. Pas la Force, mentit Rey.

En le voyant tenter de réprimer un bâillement, elle ajouta :

— Et je suis sérieuse, si tu es trop fatigué, ce n'est pas grave…

— Ecoute, Rey, l'interrompit-il. Je sais que j'ai le double de ton âge, mais je ne suis pas encore un papi qu'il faut dorloter.

— D'accord, très bien ! capitula la jeune femme, amusée.

— Alors tu as vu mes notes ? demanda-t-il en tapotant la feuille de papier.

— Oui. Tu veux bien me l'expliquer plus… clairement ?

Beaumont se contorsionna pour récupérer le manuscrit.

— C'est dans celui-ci. Les chroniques de Brus-bu. J'ai pensé que ça pouvait t'intéresser.

— Donc on parle bien de guérison par la Force ? demanda-t-elle, perplexe.

L'universitaire opina.

— Comme les autres manuscrits ne donnaient rien, j'ai pensé autant tenter de trouver quelque chose du côté ésotérique. Je sais que ce n'est pas ce que tu aurais préféré, mais je pense que la solution sera plus spirituelle... Et j'ai trouvé ça… je ne pense pas que ça va t'aider à reconstruire le sabre mais qui sait, ça pourrait toujours servir…

Rey leva une main entre eux, plus il parlait, plus son débit était rapide tant il était excité comme un enfant. Son ami se calma. Après s'être raclé la gorge, il reprit plus calmement.

— C'est une technique qui demande beaucoup, beaucoup de calme et de patience…

Rey fit la moue. Elle arrivait de mieux en mieux à s'ouvrir à la méditation. A chaque essai, elle avait le sentiment de ne faire qu'un avec la Force. Son esprit commençait à entrevoir des choses avec plus de clarté. La jeune femme commençait à comprendre que la Force était neutre. Son corps et son esprit n'en était qu'un seul et même vecteur dont ses propres choix influençaient la direction.

— Tout ça à l'air quand-même compliqué, continua Beaumont. D'après le manuscrit, guérir par la Force est l'un des actes les plus difficiles à réaliser. Littéralement, ça dit que… pour y arriver il faut… la traduction est assez compliquée, ce que je trouve est assez paradoxal…

Il leva les yeux vers Rey qui le regardait avec les sourcils froncés par la concentration.

— Ce serait « il faut s'oublier soi-même et donner le meilleur de soi-même » …

La jeune femme se redressa sur sa chaise bancale et sans réfléchir, elle ouvrit de nouveau la petite boîte et serra les cristaux au creux de son poing. Distraitement, elle les fit rouler entre eux. Les fragments roulaient l'un contre l'autre de façon rassurante. Chaque fois qu'ils se touchaient, elle se sentait mieux.

Beaumont continuait de parler quand tout à coup, elle se mit à penser à autre chose. Elle ouvrit la main et observa les morceaux du cristal kyber. Ils ne pourraient jamais être séparés… Ils ne faisaient qu'un…

— Rey ?

La jeune femme entendit la voix de Beaumont qui lui parut lointaine si lointaine. Ses yeux ne pouvaient pas quitter les morceaux de gemme bleue. Son souffle s'accéléra.

Ils ne faisaient qu'un.

— Rey ?

La voix se fit plus insistante. La jeune apprentie Jedi se redressa en sursaut. Sa main se referma. Le cristal brisé était chaud dans sa paume.

— Pardon… J'étais perdue dans mes pensées…

— J'ai vu ça… Pendant un instant j'ai cru que tu allais les manger, dit-il en désignant les cristaux.

— Tu disais ?

Beaumont ferma le vieil ouvrage et se réadossa au dossier de sa chaise.

— C'est la plus grande preuve de générosité qui puisse exister. C'est la meilleure représentation du but ultime d'un Jedi. Mettre sa vie au service des autres. Littéralement.

Rey se pencha vers lui.

— Leia ne m'a jamais parlé de ça.

— Ça peut s'expliquer. C'est un exercice difficile et dangereux. D'après les informations que j'ai pu obtenir sur l'Ordre, sous la direction de maître Yoda, avant l'ordre soixante-six, personne n'a accompli ce genre d'exploit. Peut-être que Leia n'en a jamais entendu parler…

La jeune femme secoua la tête.

— D'accord mais pourquoi est-ce si dangereux ?

— Rey, si je comprends bien, pour guérir quelqu'un, je pense que tu dois lui faire don de ton énergie vitale. Si tu veux mon avis, ce ne doit pas être une décision facile.

Le visage de l'apprentie se ferma. La voie des Jedi était longue et difficile. Elle pensa à tous ce qu'elle savait des Jedi. Anakin Skywalker avait fait preuve de courage face à l'Empereur pour sauver son fils. Luke Skywalker avait réussi à se projeter à l'autre bout de la galaxie pour sauver la Résistance… et Ben.

— Un sacrifice.

De surprise, Beaumont se redressa. D'un geste plein d'hésitation, l'universitaire posa une main sur celle de son amie. Celle qui était fermée sur le cristal d'Anakin Skywalker, les articulations blanchies.

— Être un Jedi, c'est se sacrifier pour les autres.

— Je ne suis pas sûr que tu devrais voir les choses comme ça, lui conseilla Beaumont en secouant la tête.

— Tu as raison...

— A l'époque de l'Ordre, c'était ça. Dédier ça vie au bien être des autres, à la paix dans la galaxie. Aujourd'hui il n'existe plus. Luke Skywalker et la Générale ne sont pas comme les Jedi du passé. Tu es l'avenir des Jedi. Tu es libre. Bon, évidemment personne ne dira non si tu nous donnes un coup de main, mais si tu veux reconstruire quelque chose, tu peux faire ce que tu veux.

— D'accord. Mais je ne pense pas être capable d'utiliser cette technique… Je ne suis pas… Je ne suis pas assez puissante… Comment…

— Imagine que Finn, ou Leia, aient besoin d'être sauvés et que tu saches te servir de cette technique, qu'est-ce que tu ferais ? intervint l'universitaire un peu brusquement.

— Je l'utiliserai.

— Sans réfléchir ?

— Oui, ce sont les personnes qui comptent le plus pour moi !

Beaumont sourit.

— Alors tu as ta réponse.

La jeune femme fronça les sourcils. Il allait la laisser se débattre seule avec cette moitié de réponse. Leia avait une trop grande influence sur lui. Beaumont se leva et visiblement fier de lui, il tapota son épaule et quitta l'établi.

Avec un grognement frustré, Rey se laissa tomber contre le dossier de son fauteuil. Elle pencha sa tête en arrière avec un long soupir, tandis que ses doigts continuaient de faire rouler les cristaux l'un contre l'autre dans le creux de sa paume.


Rey se réveilla tôt. Elle avait fini par installer un lit de camp dans son établi. La jeune femme s'étira. Elle se sentait bien. Depuis quelques jours, son esprit semblait s'apaiser. Rey se leva, puis elle enfila sa paire de bottes, boucla sa ceinture autour de sa taille avec calme.

Elle avait envie de voir le soleil se lever.

Ses pas la guidèrent tranquillement à travers la base. Quelques valeureux étaient déjà debout ou finissaient leur garde. La jeune apprentie écarta les fougères qui étaient sur son chemin avec douceur. Elle rejoignit la petite clairière où elle s'entraînait. La lueur dorée du soleil matinal baignait la forêt d'une atmosphère paisible, un peu surréaliste.

Rey s'assit en plein milieu, comme elle en avait l'habitude. Mais elle avait une conscience accrue de son environnement. Les arbres et les autres végétaux brillaient dans cette aurore, constellés de gouttes de rosée qui scintillaient comme des cristaux.

C'était si beau. Elle ne se lasserait jamais de voir autant de vie, autant de verdure. La jeune femme ferma les yeux. Ses poumons se gonflaient et se rétractaient avec paix. Elle sentait la Force partout. Autour d'elle, en elle, à la frontière de sa conscience et de son inconscience.

Elle était surprise d'être aussi calme. Il fallait juste se laisser faire. Rey ôta ses chaussures. Puis sa ceinture avec le blaster. Les bandes de tissus, qui drapaient son corps et ses bras suivirent, ainsi que les bracelets en cuir. Elle se sentit mieux, plus confortable, plus proche de l'essentiel, uniquement vêtue de son pantalon et de sa tunique ajustée.

La jeune femme ferma les yeux, prête pour la méditation. De loin, elle sentit la présence de Leia, discrète et sereine, se rapprocher dans son dos. Rey savait qu'elle ressentait le même calme. Les animaux autour d'elle menaient leur vie sans faire attention aux intrus qui avaient pris un peu de place sur leur territoire. Chaque son lui parut très distinctement aux oreilles. Un battement d'aile, des coussinets frôlant la terre et les feuilles mortes, le froissement des fougères qui dansaient au rythme de la brise. Des cliquetis, des feulements, des piaillements, des miaulements.

Rey ressentait l'équilibre. Elle n'avait jamais eu l'occasion profiter de la Force de façon aussi paisible. La jeune femme repensa à son rêve. Cette main douce qui lui avait offert tant de courage. Elle ne savait toujours pas à qui elle appartenait. La jeune apprentie ne se sentait pas triste à l'idée d'ignorer l'identité de cette personne. Après tout, ce n'était qu'un rêve. Un rêve qui faisait du bien.

Les pas de Finn se rapprochèrent. Son ami. Il était comme un soleil. Plein d'espoir et de gentillesse. Un peu de doutes aussi.

Le jeune homme arrêta sa course à côté de Leia qui couvait sa protégée d'un regard serein. Ce qui se passait sous yeux était incroyable. Avant de les rejoindre, il avait senti quelque chose. Dans sa tête ? Dans son cœur ? Ou bien dans tout son corps ? C'était si puissant et pur à la fois. Il s'était laissé guidé par son instinct, suivant cette ligne invisible.

Finn ne s'attendit pas à ce qui se passa ensuite. Son amie était assise, sereine comme la statue d'un temple. Il ne voyait que son dos, mais sentait l'énergie dont elle irradiait. Rey n'était pas en train de se battre avec un sabre laser, elle ne soulevait pas une montagne, mais plus que jamais il ressentit la puissance qui se dégageait d'elle, alors qu'elle ne faisait que méditer.

Dans la lueur dorée du soleil, son amie semblait elle-même émettre une lueur. La Force qui émanait de Rey était comme la lumière d'une lampe qui attirait les insectes. Irrésistible. Aucune créature à la ronde sensible à la Force ne pouvait y échapper.

Soufflé par cette puissance tranquille, le jeune homme s'assit, ne pouvant faire autrement que recevoir la Force que Rey donnait généreusement. Leia posa une main rassurante sur son épaule. Elle ne lui demandait pas de partir. Finn la remercia du regard. Il eut envie de pleurer de joie de voir que son amie avait enfin trouvé un peu de paix. Il resta silencieux, même quand le corps de Rey s'éleva quelques mètres au-dessus du sol.

Depuis sa discussion avec Beaumont, la jeune femme avait passé la dernière semaine à faire de son mieux pour atteindre l'état de grâce dans lequel elle se trouvait. Elle voulait essayer, de tout son cœur.

C'était difficile de mettre de côté ce sentiment sombre de n'être que la fragile petite Rey, mais chaque jour avait sa petite victoire. Ses amis autour d'elle lui donnaient tant. Leur affection, leur confiance. Elle n'était plus seule.

Rey voulait donner autant qu'elle recevait cette énergie. Elle voulait aider les autres. Depuis toujours. C'était dans sa nature.

C'est alors qu'elle la perçut. Cette étincelle de vie. Elle était toute proche. Une créature blessée.

Rey ouvrit les yeux. Elle était juste là, perchée sur la branche tortueuse d'un arbre à quelques mètres.

La jeune femme réalisa que son corps lévitait, mais cette information ne l'atteignit pas. Quelqu'un avait besoin d'elle, c'était plus important.

Ses pieds touchèrent le sol sans un bruit. Elle se laissa guider par son instinct et rejoignit la petite créature. La branche sur laquelle elle était perchée était presque à sa hauteur. Rey n'avait qu'à tendre le bras pour l'atteindre.

Deux grands yeux d'ambre la fixaient sans ciller. Ils sertissaient de façon disproportionnée une petite tête touffue dont les oreilles étaient résolument tournées vers la jeune femme à l'affut du moindre bruit suspect. Le corps rond du petit animal était recroquevillé, sa longue queue rabattue devant lui comme une protection. Sa fourrure était dense et avait l'air très douce. Les vibrisses translucides brillaient, couronnant un petit museau en perpétuel mouvement.

C'était l'animal le plus mignon que Rey ait jamais vu. La jeune femme se rapprocha le plus silencieusement possible. Dans le creux de la cuisse, elle distingua un long trait écarlate brillant. Le sang avait commencé à sécher, se collant aux poils.

Une vague d'empathie submergea Rey. Elle ne pouvait pas laisser cette petite créature comme ça. C'était comme se voir elle-même.

Son cœur se gonfla. Elle devait la sauver. Elle voulait la sauver. La Force lui murmura alors que ça n'avait rien à voir avec la seule envie de Rey. C'était plus simple et en même temps ça allait plus loin.

Il fallait la sauver.

La jeune femme tendit la main, guidée par la Force. L'animal ne bougea pas. Elle laissa des sensations, des sentiments la remplir. L'espoir, la tendresse. Elle n'avait pas peur de donner un peu d'elle-même si elle pouvait soulager la douleur de ce petit être.

La petite créature comprit que la femelle bipède devant elle ne lui ferait pas de mal. Ses yeux d'humaine lui disaient même qu'elle voulait l'aider. Sa main était tendue mais ne bougeait plus, comme si elle attendait son consentement. La petite boule de poil se laissa convaincre, sa longue queue s'écarta, laissant entrevoir un peu plus la blessure.

Le soulagement s'empara de Rey en voyant l'animal baisser sa garde. Il réagissait à la Force qui émanait d'elle. D'un pas, la jeune femme se rapprocha. Son cœur se mit à battre plus fort. Au début, ce fut à cause de sa propre impatience, puis elle se rendit compte que son rythme cardiaque se calait à celui de la créature. Rey inspira longuement. Elle était prête.

Un chatouillis lui traversa le bras jusque dans la main. La sensation s'intensifia au bout de ses doigts, puis elle y persista. Le petit être frissonna. Les poils de son dos se hérissèrent brusquement avant que son corps tout entier finisse par se détendre. La plaie se referma doucement. Quand il ne resta pas la moindre trace de blessure, Rey baissa la main. La boule de poil se mit en mouvement. Elle tourna sur elle-même, sa longue queue touffue dansant autour d'elle, puis elle s'arrêta face à la jeune femme et se tendit vers elle, aussi loin que ses membres courts le lui permettaient.

Rey sourit. Elle avait réussi. Mais son cœur s'emballa d'un coup. Des points jaunes et noirs se mirent à danser devant ses yeux. La force quitta ses jambes. La jeune apprentie se sentit partir en arrière. Les dernières choses dont elle se souvint furent le bruit de son corps tombant au sol et la jolie boule de poil qui se propulsa dans les airs pour s'enfuir. Puis des voix, de différentes tonalités, qui l'appelèrent.

— REY !


Hello, j'espère que ça vous plait toujours. Bon, j'ai encore divisé le chapitre… Je crois que je suis une psychopathe des chapitres (relativement) réguliers.

J'ai repris le boulot depuis quelques semaines (la reprise est dure), je risque de prendre plus de temps pour publier du coup. Mais j'espère que pour vous tout va bien aussi.

En général, pour écrire, je fonctionne en deux temps. D'abord je visualise, souvent avec de la musique, puis j'écris mais dans le silence. Je pense que j'ai besoin de me concentrer quand je suis devant l'ordinateur… Bref, tout ça pour vous dire que pour la dernière partie du chapitre, quand Rey sauve la petite bête, la musique qui m'a inspirée vient de l'OST de "Ex_Machina", le morceau est "A Beginning", je pense que ça peut donner une idée plus précise de l'ambiance que j'ai voulu donner à cette partie du chapitre.

Harpie : Comme toujours, merci, merci, merci, merci ! Tes reviews sont toujours comme du chocolat, c'est tout doux, et ça remonte le moral !

A tout de suite pour le chapitre suivant !