Disclaimer: Star Wars ne m'appartient pas.
Bonne lecture !
— Bonjour.
Une petite main s'immobilisa en l'air, au-dessus de l'étal. Deux yeux innocents se tournèrent vers la grande silhouette.
— Où sont tes parents ? Une petite fille ne devrait pas rester toute seule en ville. C'est très dangereux.
La petite fille s'écarta du stand de fruit, le regard baissé sur ses chaussures usées jusqu'à la corde. L'un de ses pieds balayait le sol, frottant contre le sol. Elle savait qu'il l'avait vue, prête à attraper ce fruit aux jolies couleurs éclatantes, plein de promesse, au nez et à la barbe du marchand qui discutait vivement des dernières courses de modules.
Normalement, personne ne la voyait. Elle était aussi rapide et discrète qu'une souris des sables. Mais lui, le grand monsieur avec les bracelets qui brillaient beaucoup à ses poignets, l'avait vue. Heureusement, il n'avait pas l'air en colère. C'était bizarre, en général, personne n'aimait les voleuses ou les voleurs, surtout les petits comme elle.
La petite fille risqua un coup d'œil à l'adulte devant elle. Il n'était pas humain. De longs appendices de peau qui partaient du haut de son crâne s'enroulaient autour de son cou, les extrémités disparaissaient sous la capuche qui protégeait sa peau très pâle et rose du soleil écrasant. Ses yeux rouges étaient effrayants comme ses dents pointues. Pourtant, son sourire, bouche fermée, était rassurant comme son regard.
La petite fille n'avait pas l'habitude qu'on fût gentil avec elle. Elle savait que c'était dangereux quand un inconnu s'intéressait à un enfant.
— J'ai pas de parents, laissa-t-elle échapper d'une tout petite voix.
La petite fille plaqua ses deux mains contre sa bouche à peine les mots sortirent de sa bouche. Le grand monsieur eut un sourire amusé. D'un coup, il héla sèchement le marchand qui se tourna et se figea en voyant la personne qui l'avait interpellé.
— Pardon Monsieur Mutt… Toi ! Tu es encore là ! Vermine !
— Ça suffit, gronda le monsieur Mutt. Je vais t'en prendre trois.
Monsieur Mutt désignait les beaux fruits si appétissants d'un doigt terminé par un ongle très long et acéré. Le marchand obtempéra sans discuter et lui tendit rapidement un sachet en papier. Monsieur Mutt s'en empara et d'un geste de la tête, il fit signe à la petite fille de le suivre avec un sourire amusé.
Elle s'apprêtait à le suivre quand un détail la fit froncer le nez. L'orpheline se tourna vers le marchand. Il avait l'air encore tout chamboulé. Si chamboulé qu'il n'avait même pas demandé l'argent à Monsieur Mutt ! La petite fille se dit que c'était bien fait pour lui. Elle ne comptait plus le nombre de fois qu'il l'avait menacée de lui couper les mains ou les oreilles.
La bouche ouverte, elle tourna la tête vers ce drôle de monsieur qui avait fait peur au marchand. Sa bande lui avait dit à plusieurs reprises de se méfier des inconnus. Les alliances entre les gamins abandonnés des rues n'avaient rien à voir avec de la fraternité. Au sein-même de ses clans, c'était un peu chacun pour soi. Cependant, les enfants étaient tous d'accord sur un point. Il valait mieux souffrir de la faim que devenir esclave. Ou pire. Donc le message passait sans cesse entre eux, pour prévenir les nouveaux venus et rappeler à l'ordre ceux qui se laisseraient tenter par des démonstrations de gentillesses.
La petite fille se sentit justement tiraillée. Certes, en volant les marchands, il était rare de s'attirer leur sympathie. Dans son cas, elle n'attirait l'attention de personne. Elle avait très vite compris que son œil abîmé qui lui faisait mal, l'expression de son visage déjà trop dure pour une gamine et son attitude revêche ne l'aideraient jamais en rien. Même les autres enfants ne s'intéressaient pas beaucoup à elle. Tant pis pour eux.
Alors, c'était dur quand-même de résister à cet étrange personnage. Piquée par la curiosité et guidée par son estomac qui avait remplacé son cerveau en voyant les fruits, la petite fille le suivit à travers la foule. Il y avait beaucoup de monde au marché. Heureusement qu'il était grand. Mais quand elle faillit le perdre de vue, la gamine sentit la panique monter. Parce qu'elle s'était faite une raison, elle devait survivre et cette occasion inespérée ne se représenterait pas de sitôt.
La petite fille vit le monsieur s'arrêter une nouvelle fois et discuter avec un autre marchand. Il avait encore une fois ce drôle de sourire à la fois gentil et terrifiant. Elle prit son courage à deux mains et s'approcha de lui très discrètement, alors qu'il repartait. Sa petite main trembla quand elle agrippa le tissu brun de sa cape et tira dessus pour attirer son attention.
Il se tourna un peu brusquement, une expression féroce sur le visage. Puis il sembla la reconnaître et il se détendit aussitôt. Il eut un drôle de geste de la main en regardant derrière elle. La gamine n'eut pas le temps de se tourner pour voir à qui il pouvait s'adresser, qu'il avait déjà posé une main légère sur son épaule. Une fois sûr d'avoir de nouveau toute son attention, il la lâcha.
—Ah, te revoilà, j'ai cru t'avoir perdue, dit-il. Ça m'aurait vraiment fait de la peine que tu sois partie alors que j'ai quelque chose pour toi.
Il s'accroupit pour se mettre à sa hauteur et lui tendit le sac avec les gros fruits et une gourde. La bouche de la petite fille s'assécha aussitôt. Elle n'avait pas bu depuis la fin d'après-midi de la veille. Son regard passa plusieurs fois entre l'adulte et le sac.
N'y tenant plus, la gamine lui arracha nourriture et eau des mains, puis elle s'enfuit sans demander son reste. Elle disparut dans la foule puis dans l'ombre d'une ruelle. Pour plus de tranquillité, elle grimpa à l'ombre d'un toit. Elle s'adossa à la coupole tout en débouchant la gourde. La première gorgée eut du mal à passer, la deuxième passa un peu plus facilement, la troisième fut un vrai délice, la quatrième… Il n'y eut pas de quatrième. Elle devait faire attention et économiser précieusement cette eau. La gamine plongea la main dans le sac en papier et en sortit un fruit aux couleurs chatoyantes. D'instinct, elle se mit à saliver, sachant ce qui l'attendrait quand elle croquerait dedans. Elle ne fut pas déçue. Si elle avait pu manger le noyau, elle l'aurait fait. La petite fille dévora son petit déjeuner inattendu et se lécha les doigts pour profiter encore du goût du sucre.
Son petit estomac rassasié, elle soupira de contentement et profita de l'ombre du toit, peu pressée de retrouver la chaleur écrasante de la rue.
Depuis son perchoir, elle le vit. La petite fille s'accroupit sur le toit. Elle n'était pas retournée au Dortoir depuis deux jours. Enfin, elle avait essayé mais les autres enfants lui avaient fait comprendre qu'elle n'avait plus sa place parmi eux.
La gamine n'avait pas pleuré. Du moins, pas sur le moment. Elle s'était contentée de les toiser, la tête haute, le regard dur. Elle avait récupéré le peu d'affaires qui lui appartenaient et elle s'était dirigée vers la sortie avant de faire volte-face brusquement.
— Vous êtes tous stupides ! avait-elle crié en insistant sur la première syllabe du dernier mot.
— On t'a vue avec Kybo Mutt ! T'étais prête à l'suivre ! La première règle, c'est pas faire confiance aux inconnus ! T'es faible ! avait répliqué le chef de bande, à peine plus âgée qu'elle.
Derrière lui, d'autres enfants avaient suivi et approuvé bruyamment. Elle avait haussé les sourcils avec arrogance.
— Sauf que c'est toujours moi qui rapporte le plus d'eau et que je suis la seule à connaître le passage secret, avait-elle annoncé d'un ton plus calme mais plus prétentieux.
— Tu racontes n'importe quoi !
— T'es une menteuse !
— Croyez-moi ou pas, vous verrez.
Sur cette menace à peine voilée, la petite fille avait repris son chemin, satisfaite d'avoir fait tomber un silence de mort. Mais plus elle s'était approchée de la sortie, plus sa colère était montée. Une fois dans la ruelle déserte à peine éclairée par la lumière bleue du crépuscule, la petite fille s'était mise à taper du pied, son visage crispé, des larmes coulant sur ses joues sales.
Elle n'avait pas menti, pas vraiment. Parce qu'elle était la plus agile et la plus rapide, un des enfants plus âgés qui était parti lui avait un jour montré un passage pour accéder à l'un des réservoirs de la ville. Elle n'avait simplement pas partagé l'information. Mais elle avait toujours rapporté plus que sa portion, en eau ou en nourriture. Voir les yeux pleins de gratitude des autres gamins lui donnait l'impression d'être importante, d'exister.
Assise sur le toit de la cantina, elle était bien seule. La petite fille avait élu domicile sur ce toit-là en particulier parce que le brouhaha de l'établissement la rassurait, et le propriétaire tolérait sa présence, tant qu'elle ne mendiait pas, ne faisait pas les poches de ses clients et surtout n'entrait pas dans la cantina.
Mais ce toit en particulier donnait sur la grande place du marché. Stratégie payante puisqu'elle venait de repérer la silhouette désormais familière de Kybo Mutt. Le soleil de midi frappait fort et la gamine transpirait sous le châle usé qui protégeait sa tête du soleil. Elle souffla. Son œil droit lui faisait de plus en plus mal. Elle oublia la douleur quand elle vit sa cible s'arrêter au même stand que d'habitude. Comme s'il l'attendait.
La petite fille ajusta son baluchon sur son épaule et descendit lestement du toit. Déterminée, elle se fraya aisément un chemin au milieu des passants. Elle s'arrêta à côté de Monsieur Mutt. Il se tourna tranquillement vers la gamine.
—Bonjour, petite.
Il sourit sans ouvrir la bouche et révéler ses dents terrifiantes. Il plissa les yeux en voyant son maigre paquetage.
— Que se passe-t-il ? Tu n'es plus la bienvenue chez toi ?
La gamine secoua la tête de gauche à droite.
— Non, ils sont idiots.
Surpris d'entendre sa voix beaucoup plus mature que lors de leur première rencontre quelques semaines plus tôt, il prit le temps de réfléchir. Quel changement en si peu de temps. Intrigué, Monsieur Mutt choisit d'être franc avec elle.
— Je pense que tu as raison. Je t'ai observée. Tu es forte.
Aussitôt, la gamine fronça les sourcils.
— J'ai beaucoup… d'amis en ville, vois-tu. Ils ont vu à quel point tu es rapide, discrète, agile. Je t'ai vue aussi grimper sur les toits. Tu es très impressionnante. Et tu as la main leste, c'est peu de le dire. Mais attention, je ne dis pas que c'est bien…
— Je ne peux pas faire autrement, je dois voler ! s'exclama la gamine.
— Je sais, je sais… Tu ne risques rien avec moi, je te le promets. Depuis le temps que je te vois, j'aurais très bien pu aller te dénoncer au marshal…
Monsieur Mutt laissa sa phrase en suspens. La petite jeta un œil autour d'elle. C'était vrai, depuis le temps, s'il avait voulu le faire, elle serait sûrement en prison.
— Mais je m'en serais voulu d'avoir gâché tout ton potentiel.
Intriguée, elle pencha la tête sur le côté.
— Mon potentiel ? répéta-t-elle.
— Oui. Vois-tu, j'aimerais beaucoup t'accueillir chez moi. Je connais d'autres personnes qui sont comme toi. Et je les ai accueillies aussi. Tu pourras manger et dormir sans avoir de soucis à te faire, tu pourras apprendre à lire et écrire ou tout ce que tu voudras d'autre.
C'était tentant. Très tentant. Trop tentant ? Elle avait attendu tellement longtemps. Mais attendu quoi ? Peu importait, son esprit était occupé à imaginer un lit avec un matelas confortable qui l'attendrait tous les soirs et à s'imaginer le ventre plein, repus.
— Qu'en dis-tu ?
Il l'avait vue en train de réfléchir. La gamine releva le menton et soutint son regard.
— Et en échange, vous voulez quoi ?
Kybo Mutt eut un pouffement de rire. Elle était décidément très surprenante.
— Ton nom, par exemple. Ce serait déjà bien pour commencer.
Elle glapit de douleur. La jeune femme n'arrivait pas à combattre l'intrusion dans son esprit. On l'obligeait à revoir tous ses vieux souvenirs. Elle avait à peine conscience de son propre corps et n'avait aucune idée de l'endroit où elle se trouvait. La jeune femme se rappelait seulement d'une main gantée de noir tendue vers elle, avant de sombrer dans un profond sommeil.
— Non… non… Arrêtez… Où je suis ?
La panique monta brusquement, comme une vague irrésistible. Elle ouvrit les yeux et soudain, elle eut l'impression de voir double. Voir des deux yeux ressemblait-il à ça ? Elle distingua vaguement un plafond, les lumières clignotaient en grésillant, des machines sonnaient de façon complètement anarchique. La pièce changeait également, par flashs, un moment elle voyait la chambre, l'instant suivant, elle ne voyait que l'espace étoilé. La jeune femme se sentait mal. C'était horrible et terrifiant, comme un cauchemar, à ceci prés qu'elle avait conscience que tout ça était réel.
— NON !
Elle ne sut pas vraiment si son cri avait seulement retenti dans son esprit ou si elle l'avait hurlé.
— Séfi, calme-toi.
La jeune femme entendit la voix résonner de loin, mais elle sentit nettement la main chaude qui se reposa sur front et celle qui s'empara de sa main d'une poigne ferme mais rassurante. La voix était calme, basse et profonde. La jeune femme tourna la tête.
Kylo Ren.
Tout était si bizarre et incompréhensible !
Quand il n'y avait que l'espace noir constellé d'étoiles, la jeune femme le voyait lui aussi en double. L'une des silhouettes de Kylo se tenait droite, les yeux clos, concentrés, quelques gouttes de sueur perlant sur son front. L'autre, à peine discernable, était penchée douloureusement, haletante, luttant de toute ses forces contre une attraction qui venait visiblement de Séfi elle-même. Alors qu'elle ne faisait rien, rien d'autre que d'essayer de le repousser plutôt. Une drôle de lumière qui pulsait régulièrement entre les deux silhouettes les reliait. C'était de l'énergie. Elle ne comprit pas d'où lui vint cette certitude, mais elle le savait.
Était-ce son âme qu'elle distinguait ?
Soudain, elle se souvint aussi de quelque chose d'important. Elle ne l'avait pas tué, elle avait failli à sa mission, et Kybo, il allait la tuer !
Séfi sentit Kylo Ren réussir à s'emparer de nouveau de son esprit. Fatiguée de se battre, elle le laissa faire.
Elle avait déjà perdu.
C'était difficile. Très difficile. Le vieux professeur semblait aussi immobile qu'un fossile. Peut-être qu'il se transformait en fossile ? Elle ouvrit la bouche, mais ses hésitations l'empêchèrent de dire les mots. Ses lèvres remuèrent sous le regard imperturbable du professeur. Il ne la disputait pas, ni ne l'encourageait. C'était perturbant, et agaçant.
Séfi leva les yeux et croisa le regard de Kybo Mutt. Installé à son bureau, son bienfaiteur étudiait lui aussi une tablette. Il lui sourit.
— Vas-y, je sais que tu peux le faire.
Le cœur de la gamine se gonfla d'espoir. Elle voulait réussir et voir la fierté dans son regard. Il l'avait sortie de la rue et de la misère. Une voix crachota dans le comlink. Séfi n'y fit pas attention et commença sa lecture hésitante. Le son de sa voix ne sembla pas réveiller le vieil homme, toujours aussi immobile qu'une momie desséchée.
Ses pieds remuaient frénétiquement sous la table alors qu'elle suivait les lettres du doigt. Chaque fois qu'elle buttait sur un mot, autant dire souvent, elle tapait du pied frustrée. Le professeur restait toujours immobile. Alors qu'elle s'énervait, la lumière des mots projetés sur la tablette s'intensifia avant de pâlir.
— Séfi ?
La gamine ne releva pas la tête. Elle n'entendit pas les drôles de bruits de verre brisé qui s'intensifiaient. Les mots commençaient à disparaître et sa frustration enfla.
— Séfi ! Ça suffit !
Le rugissement de Kybo la ramena à la réalité. Il faisait drôlement sombre. Le vieux précepteur avait fini par s'endormir, la tête baissée. Son bienfaiteur se leva de son bureau et marcha vers elle. Il n'était pas content.
— Réveillez-vous ! dit-il fermement en secouant le professeur.
Mais ce dernier ne réagit pas. Kybo posa la main sur son cou. Un frisson lui parcouru l'échine.
— Elle s'est éteinte, la tablette…
Il se tourna lentement vers Séfi.
— C'est qu'il faut la recharger, répondit-il distraitement.
— La batterie était pleine.
— Quoi ?
— Je lisais, et les mots, ils s'effaçaient.
— Séfi, mais qu'est-ce que tu racontes ? s'énerva Kybo.
— La lumière, elle a disparu tout doucement et les mots brillants se sont effacés…
— Arrête de dire de bêtises !
— … et ça m'a énervée ! Et je…
— SEFI !
Le hurlement de Kybo lui arracha un hoquet de surprise. C'était la première fois qu'il lui criait dessus. Angoissée, elle sentit des larmes s'échapper sur ses joues. Soudain, ses yeux s'écarquillèrent. Kybo suivit son regard. L'ampoule de la dernière lampe encore allumée se mit à briller de plus en plus fort. Il dut se cacher les yeux et se mit devant Séfi qui avait l'air de plus en plus paniquée.
L'ampoule explosa.
La petite tressaillit avant de se mettre à pleurer. Entre toutes les ampoules explosées et le macabé à côté de la gamine, Kybo ne savait pas ce le retenait de s'énerver. Il prit sur lui et s'empara des mains de Séfi.
— Chut, chut, ce n'est rien. Ne t'inquiète pas, d'accord ?
La petite hocha la tête. Satisfait, Kybo se dirigea vers les fenêtres pour ouvrir un peu les volets. Ça ferait entrer de la chaleur, mais au moins, ils y verraient un peu plus clair. La petite voix de Séfi s'éleva.
— C'est toi qui as éteint toutes les autres lumières ?
Le sang de Kybo se figea dans ses veines. Il n'était pas quelqu'un de très impressionnable. Mais la peur le happa malgré lui. En regardant Séfi, un drôle de pressentiment l'envahit. Comme si elle n'était pas étrangère à tout ce bazar, mais sans avoir conscience.
— Oui, c'est moi, lui mentit-il.
Kybo attrapa son comlink.
— Finalement, dites au docteur de venir. J'ai besoin de lui tout de suite.
Ben Solo ouvrit les yeux. Pendant quelques secondes, il cligna des paupières, aveuglé par la lumière dorée d'un soleil. Finalement, sa vision s'adapta et il put enfin observer son environnement.
Devant lui, la mer, ou un océan peut-être. C'était beau. Le soleil couvrait l'eau verte d'éclats dorés. La mer était à peine agitée, juste assez pour que le bruit du ressac fût apaisant. Autour de lui, une mangrove et une végétation dense d'un vert splendide recouvrait presque toute la surface de sable blanc et l'eau peu profonde du lagon.
Cela faisait des années qu'il n'avait pas contemplé un paysage de façon aussi paisible. Les rayons du soleil chauffaient sa peau pâle. Il ferma les yeux et poussa un soupir.
Soudain, une vague heurta ses chevilles nues. Le contact brusque de l'eau fraîche contre sa peau l'obligea à ouvrir les yeux. Le jeune homme les baissa sur ses pieds nus qui s'enfonçaient dans le sable humide.
Un éclat de rire le fit frissonner de la tête aux pieds. Il l'aurait reconnu entre mille. C'était impossible. Le jeune homme se tourna lentement, sonné.
Plus haut sur la plage, à l'ombre des arbres, elle était là. Ses longs cheveux bruns étaient noués en une tresse simple, un peu lâche. Parmi les quelques cheveux qui s'échappaient de sa coiffure, une unique et fine mèche blanche balayait son front. Son visage était complètement détendu et ses yeux noirs brillaient.
Au loin une voix familière résonna derrière les arbres.
— Qu'est-ce que tu as mis dans ces caisses ? Je crois que tu as oublié que Chewie ne venait pas avec nous !
— De quoi sustenter vos insatiables estomacs. Quand vas-tu finir par admettre que tu deviens vieux ? répondit-elle avec un sourire.
Elle s'agenouilla pour arranger la natte sur le sable. Puis elle s'assit dessus en frottant ses mains pour se débarrasser du sable. Une grande silhouette émergea de la végétation.
Une autre vague frappa les jambes de Ben qui, surpris, manqua de perdre l'équilibre. C'était de plus en plus étrange.
— Je ne suis pas vieux. Je me bonifie avec le temps. Comme un bon vin, déclara Han Solo.
Le contrebandier déposa deux petites caisses sur la natte. Sous l'œil blasé de sa femme, il s'assit à côté d'elle avec un sourire en coin.
— Bien sûr, retorqua-t-elle en haussant les sourcils.
Leia roula des yeux en se redressant pour sortir le contenu des caisses. Depuis le bord de l'eau, Ben continua d'observer ses parents, stupéfait. Il regarda ses mains, s'examina rapidement. C'était son corps à lui, son corps d'adulte.
Tout ça était réel ?
En tous cas, l'illusion était plus que parfaite. Les sons, les odeurs, la chaleur du soleil, la température de l'eau…
Et Leia leva les yeux vers lui. Elle ficha son regard dans le sien et tendit la main vers lui.
— Ben, mon chéri ! l'appela-t-elle.
Le jeune homme se figea. Malgré lui, il sentit ses yeux le piquer et se remplir d'eau.
— Viens, ajouta-t-elle d'une voix douce en agitant les doigts.
Le corps prêt à faire un pas en avant, Ben fronça les sourcils. L'eau remua derrière lui, et un petit garçon passa à côté de lui. A mi-chemin entre le bord de l'eau et la natte, il se tourna vers le jeune homme. Ses cheveux châtains étaient plaqués sur son front, dégoulinants d'eau, et ses yeux bleus pétillaient de malice.
— Alors tu viens ?
Ben ne répondit pas. Une sensation étrange l'envahit. Ce garçon, ce n'était pas lui. Il ne le connaissait pas.
— On se reverra, lui assura le petit garçon.
Le jeune homme n'eut pas le temps de lui répondre quoique ce soit puisque le garçon courut à vive allure et se jeta sur Leia qui poussa un cri de surprise. Elle râla pour la forme avant de le serrer contre elle. Han tendit la paume de sa main et le garçon topa dans la sienne.
— Bien joué, lui dit Han en dévisageant sa femme, qui s'essuyait le visage.
Le jeune homme secoua la tête. Ses oreilles se mirent à bourdonner. L'image de ses parents se brouilla. Il se frotta les yeux, et soudain, ce fut le noir complet.
Ben se réveilla brusquement. Essoufflé, il se redressa. Tout ceci avait semblé si réel. Le jeune homme s'assit sur le bord du lit, posa les coudes sur ses genoux et se prit la tête dans les mains. Ça ne s'arrêterait jamais. Encore des souvenirs mêlés à des visions.
Son cœur se mit à battre beaucoup trop vite alors qu'une vague de désespoir et de regrets s'abattait sur lui. Un geignement lui échappa. Il ne voulait pas craquer de nouveau. Parce que s'il le faisait alors il pleurerait durant des heures et laisserait libre cours à sa rage. Le jeune homme haleta pendant plusieurs minutes, cherchant vainement à se calmer.
Un ronronnement brisa le cercle sombre de ses pensées. Ben redressa la tête et observa BB-9E qui roulait prudemment jusqu'à lui. Le petit droïde se méfiait toujours de ses sautes d'humeur. Contre toute attente, il vint se coller à sa jambe et siffla doucement.
« Je suis là. Ça va aller. »
Si Ben ne sentait pas si mal, il en aurait ri. N'ayant pas le courage de le repousser, le jeune homme posa une main sur sa tête en demi-sphère. Le métal froid sous sa paume l'apaisa curieusement.
Heureux de ce revirement inédit de situation, BB-9E se mit à ronronner de plus belle. Un début de rictus retroussa un coin de la bouche de Ben.
— Ne t'emballe pas, marmonna-t-il.
Plus tard, Ben se dirigeait vers la cellule de Séfi Redshadow d'un pas pressé. Si on pouvait appeler sa cellule une cellule. À chaque réunion, il sentait dans le regard des officiers supérieurs de la curiosité mêlée à de l'incompréhension. Cette jeune femme avait presque réussi à l'assassiner et elle bénéficiait d'un bien meilleur traitement que certains prisonniers aux délits mineurs.
Au détour d'un couloir, il fut rejoint par l'un de ceux qui n'en pensaient pas moins.
— Général Hux ?
Les mains dans le dos, droit comme la justice, le général suivait son allure, un pas derrière lui.
— Nous avons fini d'analyser la combinaison et le couteau, ils ne proviennent pas de planètes désertiques. En revanche, il y a des résidus sur le tissu et sur les semelles. Cela prend plus de temps à analyser, de nombreuses planètes correspondent.
— Et le vaisseau ?
— Les mêmes résidus. Cependant, tous les derniers déplacements ont été effacés.
— Pouvez-vous les retrouver ?
— Non. Elle, ou peu importe qui est derrière ça, a pris soin de ne laisser aucune trace.
Le jeune homme serra les poings.
— Continuez les recherches.
Une porte s'ouvrit devant lui. Il s'apprêtait à entrer quand la voix de Hux l'interpella.
— Et de votre côté, Suprême Leader ? Avez-vous pu obtenir des informations ?
Kylo examina la silhouette sur le lit d'hôpital avant de se tourner vers le général.
— Rien de précis… Elle est dure à lire. Le médecin doit me donner ses résultats.
Le jeune homme entra dans la pièce avant de se rendre compte que Hux ne le suivait pas. Il fit volte-face une nouvelle fois.
— Venez, ordonna Kylo d'une voix sans appel.
— M… Moi ? bredouilla le général, surpris.
Il essaya de ne pas hausser ses sourcils roux. Armitage savait très bien ce qu'il se passait dans cette chambre. Le Suprême Leader passait tout son temps à pratiquer sa force vaudou sur cette fille. Lire dans les pensées restait pour lui une idée complètement abstraite et farfelue.
— Vous êtes là et je n'ai de pas de temps à perdre.
Si Kylo Ren s'était exprimé relativement calmement, Hux sentit la note d'impatience dans sa voix. Aussi, le général s'empressa d'acquiescer et de le suivre. Les deux hommes s'approchèrent du médecin au chevet de Séfi.
— Alors ? demanda aussitôt le Suprême Leader.
L'homme se tourna vers eux. Des rides soucieuses barraient son front. Il tendit sa tablette à un droïde.
— Elle est pour le moins… intéressante.
— Qu'entendez-vous par là ?
Le médecin désigna le visage de la jeune femme.
— En regroupant les informations que vous me donnez et mes résultats, cette blessure est très étrange. Elle s'étend, la cicatrisation ne se fait pas bien. Mais elle n'est pas d'origine infectieuse ou bactériologique.
— Une maladie génétique ?
— C'est là que c'est très étrange.
Kylo observa le médecin. Il avait l'air nerveux mais aussi excité.
— Quel âge lui donnez-vous ? demanda le docteur.
— Vingt-cinq ans, guère plus, tenta le général en haussant un sourcil.
Le médecin secoua la tête.
— C'est ce que je me suis dit quand je l'ai vue. Les scanners ont révélé une croissance osseuse anormale. Au début j'ai cru à une maladie génétique. J'ai quand-même fait des prélèvements de différents tissus et c'est là que ça devient très curieux.
Le Suprême Leader et Hux échangèrent un regard mêlé d'inquiétude et d'incompréhension.
— La croissance continue, reprit le médecin. Non, je devrais plutôt dire, son corps connaît une évolution à une vitesse croissante.
— J'ai peur de ne pas comprendre, intervint le général.
— Elle est beaucoup plus jeune que ce qu'on pense, répondit Kylo.
Le médecin hocha la tête.
— Elle a dix-sept ans.
Le visage d'Armitage Hux exprima l'incompréhension la plus totale. Kylo en aurait ri si la situation avait été moins sérieuse.
— Alors elle vieillit vite ? Une maladie génétique peut expliquer ça, reprit le général.
— En temps normal, oui, ça existe. Mais en séquençant l'ADN, ce que j'ai trouvé était tout sauf naturel.
Le Suprême Leader eut un drôle de pressentiment. Il posa la main sur la cheville de la jeune femme. Rien. Elle dormait paisiblement, sonnée par les sédatifs. Comme à chaque fois qu'il la sondait, son esprit faisait portes closes, tel un écran noir. Le jeune homme s'écarta.
— Vous allez nous dire qu'elle est à moitié droïde, railla Hux.
— Pas tout à fait, mais c'est l'esprit. L'assemblage des molécules et des gènes ne correspondent pas à ce que la sélection naturelle aurait fait. Ils ont été placés dans un ordre bien précis, à dessein. Mais je n'arrive pas à comprendre comment. En tous cas, elle n'est pas la première Séfi Redshadow.
— Quoi ? s'exclama Hux.
— Cette personne n'est rien de naturel.
Le regard du général passa plusieurs fois entre le médecin et Kylo Ren. Ce dernier avait drôlement pâli.
— C'est un clone, précisa le Suprême Leader.
Hux se tourna vers son chef avec une grimace.
— C'est impossible.
— Le Suprême Leader a raison. Mais ce n'est pas une copie parfaite. La personne qui a fait cela n'avait pas toutes les connaissances ou tous les moyens nécessaires. En ce sens, on peut la comparer à un droïde. Si on n'a pas le manuel en entier, il se peut qu'il y ait des défaillances. Mais en soi, c'est un exploit !
Stupéfait, le général avait lui aussi changé de couleur. Abandonnant toute contenance, il se passa une main sur le visage. Son père en avait rêvé et n'y était jamais parvenu, se rabattant sur les rafles d'enfants. Et pourtant quelqu'un avait réussi. Enfin presque, d'après le médecin. Cependant, il se reprit rapidement.
— Bien, donc s'il s'agit d'une « copie », il doit bien y avoir une… « originale » ?
— Effectivement. L'ADN correspond à quelqu'un à qui vous avons eu affaire lors de l'assassinat de feu le Suprême Leader Snoke.
Le général croisa les bras et examina la jeune femme avec curiosité. Il y avait quelque chose de vaguement familier dans ses traits, mais cette blessure, l'empêchait de se faire une idée précise. Il ne vit pas le sourcil de Kylo se hausser.
— Nous avons retrouvé une trace de sang inconnu sur une arme dans la salle du trône du Suprématie. Il correspond à cette personne.
Le médecin tendit la tablette à Hux. Elle montrait l'arme, un diagramme incompréhensible et surtout, un visage, désormais familier.
— La pilleuse d'épave ?
Le général se tourna vers Kylo. Celui-ci fit alors comme s'il n'existait pas. Hux leva les yeux au ciel avant de reprendre.
— J'ai une question. Elle vieillit. A quel âge estimez-vous son espérance de vie ?
— Le vieillissement à l'air de s'accélérer. Elle pourrait atteindre les cinquante ans. Ou peut-être moins. Elle est peut-être très forte aujourd'hui mais cela demande à son corps une énergie considérable. Elle ne tiendra pas longtemps à ce rythme.
— Merci, docteur. Laissez-nous, s'il vous plaît.
De plus en plus curieux. Kylo Ren n'était pas franchement connu pour sa politesse. Cependant, le médecin obéit et sortit de la pièce. Dès que la porte se referma, Hux attaqua.
— Vous le saviez. Vous l'avez reconnue dès le début, n'est-ce pas ?
Le Suprême Leader ne prit pas la peine de répondre.
— Qu'est-ce que cette pilleuse d'épave a de si spécial ?
Encore une fois, Kylo Ren ne répondit pas.
— Alors c'est la Résistance qui est derrière tout ça ? tenta Hux, de plus en plus sur les nerfs.
— Bien sûr que non.
— Bien sûr que non ?
— La Résistance n'a pas les moyens de faire une chose pareille.
— Vous parlez de l'attentat ou cette fille, ce… clone ?
— Les deux. Non, il y a autre chose. La Force…
— La Force ?
Agacé par le général qui répétait toutes ses fins de phrases, Kylo attendit quelques secondes avant de lui répondre.
— Oui, le médecin a dit qu'il ne comprend pas comment elle a été faite. Quand je la sonde, je ne ressens d'abord que la Force et le côté obscur. Absolument aucune lumière, ce qui écarte la Résistance. Et je sens une certaine puissance venant d'elle, mais rien à voir avec ce que j'ai déjà connu.
— Je ne crois pas à votre magie.
Kylo Ren leva le bras et dirigea son index ganté vers Hux avec un haussement de sourcils évocateur.
— D'accord, d'accord ! Pardonnez-moi ! s'empressa de dire le général en levant les mains. Que comptez-vous faire ?
— Vous continuez vos recherches et je vais continuer de fouiller sa mémoire.
— Bien, très bien…
— Et vous allez monter une équipe pour fouiller dans les archives de l'Empire.
— Je vous demande pardon ?
— Le côté obscur a été l'apanage de l'Empire, et du Premier Ordre. Donc on va commencer par le commencement, Dark Sidious.
En voyant que Hux fronçait le nez, Kylo faillit perdre patience. Mais il se contint. Pour une fois qu'ils arrivaient avoir une conversation à peu près polie…
— L'Empereur Palpatine.
Un sourire crispé étira la bouche du général.
— L'Empereur, bien sûr.
— Gardez le plus de ce qui s'est dit dans cette pièce entre nous pour l'instant.
Sentant qu'il était congédié, avec un hochement de tête un peu sec vers Kylo Ren, Armitage se détourna et se dépêcha de sortir.
Une fois la porte fermée, le Suprême Leader arpenta la pièce pendant quelques minutes, alors que son cerveau assimilait toutes ces nouvelles informations. Dire qu'il était surpris aurait été mentir. L'idée lui avait déjà traversé l'esprit sans vraiment le convaincre.
Séfi était différente en regardant de plus prés. Pas la même couleur de cheveux, de peau, la sienne était plus hâlée avec plus de tâches de soleil. Le tatouage. L'œil. Et elle avait cette expression dure sur le visage qui ne la quittait jamais, sauf durant son sommeil. Ben sentait que Séfi serait la clé pour découvrir le passé de Rey.
De façon plus inquiétante, il avait un très, très mauvais pressentiment. Quelqu'un devait s'amuser à tirer les ficelles d'un jeu dont personne n'avait les cartes et devait bien se moquer d'eux tous, le Premier Ordre et la Résistance. Mais le prix à payer pour être là où il était était trop élevé pour laisser un autre individu se mettre en travers de sa route.
Voilà ! Je sais, j'ai pris mon temps. Mais quand ça vient pas, ça vient pas ! Donc, pas de nouvelles, bonnes nouvelles ? Je crois ? N'hésitez pas à me faire part de vos réactions, ça m'aide beaucoup ! Merci beaucoup aux nouveaux followers et aux ajouts en favoris !
J'espère que ça vous a plu ! J'espère que Séfi vous plaît ! Je sais que c'est toujours un risque d'introduire un nouveau personnage, mais j'essaie vraiment de lui donner du corps ! Il n'y a pas beaucoup d'action dans ce chapitre, je commence à poser les petits cailloux qui mènent à la fin de l'histoire, même si on est loin d'y être.
À bientôt.
