Disclaimer: Star Wars ne m'appartient pas.
Bonne lecture!
Ben attendait. Après le départ du général, il avait ordonné au droïde médical de réveiller la prisonnière. Il n'avait pourtant pas hâte de se plonger à nouveau dans son esprit.
L'exercice était éreintant. C'était comme s'il y avait une barrière de protection autour d'elle qui l'attirait dans un abîme sombre dont il avait du mal à se dépêtrer. Il devait redoubler d'effort pour échapper à cette étrange attraction.
La seule visualisation de la situation qu'il se faisait ressemblait à un négatif de son propre pouvoir. Comme si leurs pouvoirs fonctionnaient de manière complètement opposée.
Assis dans un fauteuil près d'elle, Ben l'observait. Une sensation étrange lui nouait la gorge. Rey et Séfi se ressemblaient plus que physiquement. Le jeune homme ne savait pas dire laquelle des deux avait eu l'enfance la plus misérable. Peut-être était-ce de la compassion qu'il ressentait ?
Ben secoua la tête pour tenter de chasser cette pensée.
Le jeune homme se laissa tomber dans le fauteuil où il s'était installé, à côté de Séfi. Il se força à respirer profondément, mettant son émotivité exacerbée sur le compte de la fatigue. C'était un comble pour un partisan du côté obscur de vouloir contrôler ses émotions, non ? Sur cette pensée sarcastique, il eut un pouffement amer. Sa tête s'appuya contre le dossier du siège.
Dans un tremblement incontrôlé, épuisé par tous les efforts qu'il devait déployer pour explorer la mémoire de Séfi, le jeune homme commença à piquer du nez. Il devait vraiment songer à changer de technique.
BB-9E roula rapidement dans un concert de trilles. Le petit droïde se colla de nouveau à ses jambes. Bien réveillé pour la peine, Ben s'écarta de l'astromécano. Mais BB-9E était tenace.
— Arrête !
Autant parler à un mur, le petit droïde ne se laissa pas impressionner. C'était nouveau ça. BB-9E releva sa tête vers lui, son œil rouge braqué sur son maître. Heureusement pour Ben, les astromécanos du Premier Ordre n'avait pas cette coque translucide brillante qui recouvrait l'œil. Ça le rendait un peu moins attendrissant. Attendrissant ?
Ben soupira. Il devait être vraiment, vraiment fatigué pour penser une chose pareille. Le jeune homme se frotta les yeux.
« Vous êtes fatigué. »
Agacé, Ben fronça les sourcils.
— Oui.
« Il ne faut pas. »
— Quoi ?
« Il ne faut pas que vous soyez fatigué. »
— Je t'ai dit d'arrêter.
« Vous devez rester alerte, il y a une personne dangereuse dans cette pièce. »
— Oui, c'est moi. Je crois que tu devrais partir, le menaça Ben.
« Séfi Redshadow est dangereuse. »
De plus en plus énervé, Kylo tendit le bras vers le droïde.
« Elle vous affaiblit, maître. Et elle vous fait devenir faible. »
Le jeune homme suspendit son geste. Ce droïde devenait très perspicace.
« Elle vous rappelle quelqu'un qui vous est cher. »
Figé de stupeur, Ben ne répondit pas. À la place une série de bips attira son attention. Séfi se réveillait.
BB-9E semblait l'avoir compris lui aussi. Un ronronnement menaçant émana du petit droïde, ce qui surprit le jeune homme. À défaut d'être vraiment combatif, il devenait un peu plus brave. BB-9E se mit devant son maître dans une posture à la fois défensive et agressive. Bien essayé, mais il n'en demeurait pas moins un droïde de soixante centimètres. Ce qui était loin d'être menaçant.
Un de ses bras mécanique sortit de son corps sphérique et se pointa vers le lit. Une flammèche apparut au bout du chalumeau. Deux petites flammes s'allumèrent de chaque côté à la base de la plus grosse.
Ben prêta à peine attention à ce curieux mimétisme, concentré sur Séfi. Il n'allait pas plonger d'emblée dans son esprit. Les efforts que ça lui demandait allaient finir par le tuer. Il allait changer de technique. Le jeune homme se pencha en avant et l'observa se redresser.
Son esprit troublé ne put penser qu'à une seule chose avant qu'il n'arrive à se reprendre.
Rey.
Séfi ouvrit difficilement les yeux. Elle ne bougea pas durant plusieurs secondes. La jeune femme fut surprise de ne plus entendre et ne plus voir le chaos. Elle était seule dans sa tête. Le plafond ne clignotait plus, même si la lumière blanche était un peu agressive pour ses rétines. Les seuls bruits se résumaient aux ronronnements du vaisseau et aux bips des machines reliées à son corps par divers câbles, électrodes et aiguilles.
La jeune femme leva une main gauche tremblante devant son œil. Cette fois, tout était réel. Elle avait faim. Son estomac se tordait. Séfi se redressa lentement sur ses coudes pour ne pas s'évanouir. Elle soupira.
Elle était sur un lit d'hôpital sous un drap très fin, mais très chaud. Ce dernier glissa en suivant ses mouvements. La jeune femme fronça les sourcils. Elle ne portait plus ses propres vêtements. Quelqu'un l'avait changée en débardeur noir et pantalon de la même couleur.
La jeune femme s'assit et ne put réprimer le bâillement qui acheva de la réveiller. Elle se trouvait de toute évidence dans une chambre médicale impersonnelle, et froide, comme l'air qu'elle sentait sur ses épaules nues.
Séfi frissonna puis elle se figea avant de porter une main sur le côté droit de son visage. Ses doigts frôlèrent la peau sous son œil. Habituellement à vif, la plaie ne lui faisait plus mal. Le souffle court, la jeune femme posa ses doigts tremblants dessus. À la place d'une boursoufflure brûlante et suintante, elle ne sentit que la chaleur normale de sa peau. Le dessous de son œil et sa pommette avaient désenflé. Un drôle de pansement semblait couvrir la blessure.
Elle n'avait plus mal.
La jeune femme allait sourire quand tous ses poils se hérissèrent. Le lit était contre le mur à sa gauche. Sur sa droite, sans le voir, elle sentait la présence de quelqu'un. Séfi tourna la tête.
Comme d'habitude, il était là. Kylo Ren. Elle n'aurait su dire à quoi il pensait, mais il avait l'air de patienter, curieux, mais un peu troublé. A ses pieds, un petit droïde semblait la menacer. La jeune femme l'ignora. Son regard se releva sur le Suprême Leader.
Il scrutait son visage de ses yeux noirs avec un peu d'impatience. Tout de même troublée par son calme, Séfi fronça les sourcils. Il avait juste l'air de l'attendre, il n'essayait même pas d'entrer dans sa tête.
D'un coup, tous les souvenirs pris de forces, toutes les hallucinations que cela avait provoqué, le souvenir de sa présence dans son esprit impossible à combattre, tout cela raviva des flashs qui la frappèrent comme un coup terrible à l'estomac. La jeune femme recula dans le lit, le drap fin tomba au sol. Le mur l'arrêta, et elle n'entendit plus que les battements paniqués de son cœur dans ses oreilles. Dans son affolement, elle avait tiré tous les fils reliés à elle, certaines électrodes étaient tombées. L'aiguille d'une perfusion se tordit dans son bras, mais elle était tellement désorientée qu'elle ne s'en rendit pas compte.
Après un long silence, elle ne tint plus.
— Qu'est-ce que je fais là ? demanda-t-elle d'une voix à la fois tremblante et agressive.
Séfi le vit tressaillir au son de sa voix. Il continuait de la fixer comme s'il la connaissait déjà et qu'il ne l'avait pas vue depuis un long moment. Mais pourquoi ? Les sourcils de la jeune femme se froncèrent.
— Pourquoi je suis là ? Pourquoi…
Sa voix mourut dans sa gorge quand il se leva. Kylo Ren était bien plus impressionnant que dans ses souvenirs, surtout alors qu'il n'y avait qu'eux dans cette petite pièce. Elle se recroquevilla, ses longs cheveux aux reflets cuivrés glissant devant son visage comme un rideau.
Kylo tendit une main vers elle. Sa main nue se posa sur son avant-bras. D'un seul mouvement, il la tira un peu vers lui, de façon à ce qu'elle se redresse. La jeune femme résista du mieux qu'elle put, sans succès. Une fois assise, il tira sur le bras collé contre sa poitrine pour le détendre. Il retourna son poignet, exposant ainsi l'intérieur de son bras.
Séfi suivit son regard. L'aiguille avait retrouvé une position plus naturelle, mais du sang coulait. Elle grimaça en fermant le poing. Grâce à lui, la jeune femme venait de prendre conscience de la douleur.
Un droïde médical entra et il se dirigea droit vers elle. Il lui enleva l'aiguille et les autres électrodes, puis il appliqua un bandage à son poignet. Enfin, il ressortit, toujours sans un mot. Le petit droïde rond qui l'avait menacée à son réveil le suivit mais s'arrêta avant la porte. Comme s'il montait la garde.
Kylo se rassit face à elle. La jeune femme recroquevilla ses orteils et rentra la tête dans les épaules avec un frisson. Il faisait toujours aussi froid.
— J'ai besoin que tu me dises d'où tu viens.
Séfi releva les yeux. La jeune femme sembla hésiter. Elle avait l'air de vouloir se confronter à lui, mais il décela dans son regard une certaine peur qui la faisait s'écraser.
— Pourquoi vous n'allez pas directement dans ma tête ? demanda-t-elle d'une petite voix une peu revêche. Ça a l'air plutôt facile pour vous.
— Détrompe-toi, si je continue, ça pourrait te tuer.
Nerveusement, la jeune femme ramena ses cheveux par-dessus son épaule et passa les doigts dedans. Séfi se sentait déstabilisée.
— Pourquoi ne l'avez-vous pas déjà fait ?
— Tu m'es bien plus utile vivante que morte. D'où viens-tu ?
Un pouffement de rire amer échappa à Séfi.
— Vous n'êtes pas arrivé à savoir ça ?
— C'est une information que tu protèges avec beaucoup de volonté. Je ne connais pas encore toute ton histoire, mais je pourrais t'aider si tu m'en dis plus.
— Oh, non… je ne crois pas… personne ne peut m'aider.
Séfi observa le visage du Suprême Leader tressaillir à nouveau.
— Il n'y a qu'une seule personne ayant le droit de vie ou de mort sur moi. Je suis étonnée d'être toujours en vie, d'ailleurs.
Kylo haussa les sourcils. Avait-elle oublié qu'une menace pesait sur elle à cet instant, juste en face d'elle?
— Comment ça ? Kybo Mutt ?
— Qui d'autre ? Et avec toutes vos machines sophistiquées, vous n'avez pas trouvé la puce ?
— La puce ?
Pour toute réponse, Séfi leva son bras et tapota son tatouage. Kylo se raidit.
— Dis-moi d'où tu viens et comment le contacter, et je te libèrerai, gronda-t-il.
— Mais pourquoi ?
Il se leva comme un diable et se tint devant elle, la dominant de toute sa hauteur. Toujours assise, la jeune femme dut pencher la tête en arrière pour soutenir son regard. Une drôle de sensation l'envahit. Elle pouvait sentir des émotions enchevêtrées venir de lui. Troublée, elle fronça les sourcils.
— Tu es esclave, mais je vois que tu peux être plus que ça.
Voyant qu'elle semblait toujours peu convaincue et sur la défensive, le Suprême Leader se rassit. Il allait jouer cartes sur table. Il lui tendit alors un long gilet noir. En réponse, elle eut l'impression d'avoir encore plus froid. La jeune femme s'en empara avec hésitation. Elle soupira d'aise en sentant la chaleur du vêtement sur ses bras.
— Montre-moi, demanda-t-il calmement.
Séfi fronça les sourcils.
— Montre-moi comment tu es devenue esclave et d'où tu viens.
— Je… je ne comprends pas.
Kylo ouvrit alors le poing qu'il tendit vers elle. Dans le creux de sa main, il y avait cet objet qui avait détourné son attention et l'avait empêchée de mener sa mission à son terme. La pierre rouge. À nouveau, elle se sentit irrésistiblement attirée. La jeune femme se pencha en avant, mais Kylo Ren referma la main.
— As-tu déjà entendu parler de la Force ?
La jeune femme se redressa et le fixa. La force ? Non. Mais quelle force ? À moins que… Un écho lointain dans sa mémoire, peut-être ? Pas sûr…
— Non…
— Elle est présente en toi, comme moi. Si tu me laisses faire, je pourrais t'aider à t'en servir, et plus personne ne cherchera à te soumettre.
— Mais qu'est-ce que c'est ?
— Le pouvoir. La Force est une énergie présente partout dans la galaxie. Chez certaines personnes, elle l'est plus que chez d'autres. Comme toi.
Séfi se pencha en avant, les yeux plissés.
— Vous voulez m'aider ? demanda-t-elle incrédule.
— Je vois de la passion et de la rage en toi. On t'a utilisée et manipulée toute ta vie. Je sais ce que ça fait.
Son regard ne mentait pas. Il n'essayait pas de la piéger. Séfi hocha la tête.
Kylo tendit la main et attrapa doucement la sienne. Il était un peu dérouté. Autant elle pouvait se montrer féroce, et autant se recroqueviller sur elle-même l'instant d'après, aussi farouche qu'un animal blessé.
Le jeune homme chercha son approbation du regard. Il guida sa main fraîche sur front.
— Visualise ce que tu veux me montrer et imagine que tu veux me le transmettre. Respire calmement, et ne pense à rien d'autre.
La jeune femme acquiesça avant de fermer les yeux. Kylo l'imita. Il se concentra. Aussitôt, il eut de nouveau la sensation d'être aspiré, sauf que c'était encore plus puissant.
Le jeune homme commença à se sentir bizarre. Il réalisa avec difficulté que son corps tremblait. Il allait s'évanouir.
Il y eut un cri et la main de Séfi quitta son front. La sensation le quitta aussitôt, mais le laissa un peu secoué. Ben ouvrit les yeux.
Séfi était de nouveau contre le mur, ses jambes ramenées contre elle.
BB-9E brandissait son bras à choc électrique entre eux. Le droïde ronronnait de nouveau de façon menaçante.
— Je suis désolée… je ne peux pas…
Le jeune homme se mit à réfléchir à toute vitesse. Séfi était une énigme.
— Laisse-moi entrer.
— Non !
— Je suis entré de force dans ton esprit, les premières fois. Là, c'est toi qui as forcé le mien, assez brutalement. Si cette fois, c'est toi qui m'accueilles, ce sera peut-être plus facile.
La jeune femme finit par hocher la tête. Elle ferma les yeux et tenta de suivre ses conseils, se concentrer et respirer calmement. Des doigts se posèrent sur sa tempe. La sensation d'intrusion revint, moins désagréable que les fois précédentes, mais au lieu de la combattre, elle lui ouvrit la porte.
Séfi ouvrit les yeux. Elle était au milieu d'une cour au sol couvert de sable. La gamine regarda en l'air.
La nouvelle maison de Kybo était très impressionnante. Son bienfaiteur avait fait construire sa nouvelle demeure en secret, au cœur d'un canyon. Assez loin de la ville pour être tranquille et assez près pour faciliter les affaires. Toutes les pièces de ce palais, car oui, c'était si grand qu'on pouvait sûrement appeler ça un palais, avaient été creusées dans la roche. Séfi commençait à se rendre compte de la richesse et de l'influence de son bienfaiteur.
Cette cour était un trou naturel au cœur du canyon, au cœur de la montagne. Les parois naturelles étaient si hautes et si escarpées que la gamine avait l'impression d'être écrasée, prisonnière.
Cependant, l'espace était assez large pour que les rayons du soleil puissent frapper le sable blanc généreusement, renvoyant une puissante lumière aveuglante.
En tout cas, c'était assez aveuglant quand on venait de l'intérieur.
Soudain, Séfi entendit des bruits de pas familiers. Elle ne tourna pas la tête. Kybo était encore un peu fâché depuis que le précepteur était mort. Mais ça ne l'empêchait pas de tendre l'oreille.
Autour de la cour, une arcade avait été dégagée et des colonnes sculptées assez simplement à distance régulière soutenaient le poids de la roche. L'arcade menait à d'autres pièces et à d'autres couloirs.
Kybo marchait avec un homme à la peau aussi sombre que les mystérieuses graines de caf que son bienfaiteur achetait à un prix exorbitant. Les deux hommes avaient l'air en pleine discussion.
— … trop jeune.
— Et alors ? Regarde les autres. Ils sont à peine plus âgés.
— Je ne sais pas… Regardez-la. Ils n'en feront qu'une bouchée.
— Pourquoi crois-tu qu'elle soit là ?
— Je peux lui apprendre les bases, mais je refuse de faire ça.
— Depuis quand es-tu en position de refuser quoique ce soit ?
— Je croyais que vous vouliez en faire votre héritière, pas… ça.
— Parce qu'elle apprend à lire ? Tu es toujours aussi naïf. Séfi ! Viens par ici, ma chérie !
La gamine obéit. Elle put enfin examiner le deuxième homme. Il était vraiment très grand et très musclé à en juger la taille de ses bras. Il avait de longues tresses noires rassemblées à l'arrière de sa tête. Leurs regards se croisèrent. Il aurait pu être effrayant mais ses yeux étaient mélancoliques. En baissant les siens, elle aperçut son poignet couvert d'un tatouage complexe à l'encre si blanche qu'elle contrastait violemment avec sa peau noire.
La voix de Kybo la tira de ses réflexions.
— Tu vois Séfi, je t'avais dit qu'il y avait d'autres enfants comme toi.
La gamine tourna la tête vers l'autre côté de la cour. Il y avait d'autres enfants, que des garçons et une fille. Une togruta. Ils semblaient discuter et ils avaient tous un bâton dans la main. Séfi fronça les sourcils. Elle avait un sentiment bizarre. Depuis qu'elle avait été jetée du Dortoir, elle n'avait plus vraiment envie d'être avec d'autres enfants. Les garçons étaient méchants et stupides. Les filles, elles pouvaient être pires. Parce que c'était encore plus dur pour les filles d'être abandonnées à la rue.
— Je te présente Soïan. Il va t'apprendre plein de nouvelles choses.
— Bonjour Séfi.
— Bonjour, répondit-elle en le regardant dans les yeux.
Kybo fit un signe vers les enfants.
— Va les rejoindre, j'ai encore un peu besoin de Soïan.
Séfi se dirigea peu pressée vers le groupe d'enfants. Elle eut toutefois le temps d'entendre une bribe de conversation en Kybo et Soïan.
— Ne soyez pas tendre, mais si le soleil venait à taper un peu trop fort sur une de ces petites têtes, protégez-la, peu importe le prix.
— Oui, maître.
En entendant ce dernier mot, Séfi se retourna. Ses yeux croisèrent à nouveau ceux de Soïan. Elle eut le temps de voir des rides soucieuses sur son visage, avant qu'il ne lui sourît et ne lui fasse signe d'avancer.
Quand elle tourna la tête, deux garçons s'étaient détachés du groupe. Le plus grand et costaud faisait tournoyer son bâton, avec un sourire mauvais. L'autre semblait n'être qu'un suiveur.
— Moi, c'est Kerk. Lui, c'est Pol. Alors c'est toi la nouvelle chouchoute ? T'es pas très impressionnante… T'arrives à me voir en entier ave un seul œil ?
Le garçon éclata d'un rire idiot. Malheureusement, oui, elle voyait très bien sa face de rat malgré la cécité de son œil droit que Kybo avait fait soigné du mieux qu'il pouvait. La douleur s'était apaisée un peu.
Séfi les dévisagea tour à tour. Pol avait l'air très mal à l'aise et jetait sans cesse un œil à Kybo. Kerk puait l'arrogance. Elle fixa sa main tendue mais s'abstint de lui répondre. Elle savait très bien quel genre de garçon il était. Grande bouche, petit cerveau, mais avec une surprenante capacité à prendre l'ascendant sur les plus faibles.
— Eh ! Tu vas répondre ?
Jamais. Séfi leva le menton et le défia du regard.
— Pour qui tu te prends ? cracha-t-il.
— Kerk ?
— Tais-toi, Pol ! Tu te prends pour une princesse ?
— Non.
— Oh, tu as une voix. Tu seras jamais assez forte pour être dans le groupe. On va te faire bouffer le sable, minus.
Séfi haussa les épaules. Kerk devint tout rouge. Pol, lui, devint tout blanc et retourna à reculons vers les autres enfants. Elle vit les poings de face de tomate se serrer sur le bâton.
Soudain, avec un cri de rage, il balaya l'air avec le bâton. L'arme en bois ne rencontra que le vide. Séfi s'était ramassée au sol. Elle croisa le regard surpris, mais furieux, du garçon. À une vitesse assez surprenante, elle arma son poing et frappa de toutes ses forces. Kerk tomba à genoux en se tenant l'entrejambe.
— Je vais te le faire payer, couina-t-il.
Séfi se leva en détendant brusquement son autre bas, paume vers l'avant. Il y eut un craquement sec, suivi d'un cri. Kerk tenait son nez qui saignait abondamment. La gamine le toisa. Elle discerna encore de la fureur dans ses yeux pleins de larmes. Elle ferma la main et le frappa à la mâchoire. Le garçon s'effondra en crachant du sang et sûrement ses dernières dents de lait. Séfi haussa les sourcils.
— C'est bon ! Arrête ! cria Kerk.
La gamine recula et fixa sa main. Elle s'était faite mal en frappant deux fois de la même main. Séfi frissonna. Sa paume était couverte du sang de Kerk. Beurk.
Une ombre apparut près d'elle. Soïan venait de les rejoindre dans le sable. Il la regardait avec un mélange d'étonnement, de fascination et de crainte. Toutefois, il lui tendit un chiffon, avant d'aider Kerk. Elle s'essuya la main, puis, d'instinct, elle se tourna vers Kybo.
Alors qu'il était appuyé contre une colonne, c'était impossible de ne pas voir l'immense air satisfait plaqué sur son visage.
Plus tard, vers la fin de l'après-midi, Séfi était en sueur et couverte de sable. Il s'était insinué sous ses vêtements et dans ses chaussures. Même avant, en vivant dans la rue, elle n'en avait jamais été autant couverte.
Tous les enfants étaient allongés, suivant les instructions de Soïan. Il passait entre eux et corrigeait leur posture pendant l'étirement.
— Allez, redressez-vous doucement et asseyez-vous, demanda Soïan d'une voix calme.
Les enfants obéirent. C'était facile d'écouter Soïan, il avait toujours l'air calme.
— Eh ! Bravo pour ce matin.
Séfi se tourna vers sa voisine, la togruta à la peau orange. La gamine ne comprenait pas pourquoi elle chuchotait, mais elle répondit de la même façon.
— De quoi tu parles ?
— Kerk ! Personne n'osait lui donner une bonne leçon, Soïan n'est pas d'accord.
— Il m'a attaquée, répondit Séfi en haussant les épaules.
— On s'en fiche ! Bien joué ! Il a pleuré comme un bébé ! Au fait, moi c'est Paro.
— Séfi.
Paro lui sourit. C'était un vrai sourire. Finalement, les filles aussi pouvaient être gentilles. Peut-être qu'elles pourraient s'entendre et devenir amies ? Pour la première fois depuis très longtemps, Séfi sourit.
Soïan s'approcha des deux filles qui relevèrent les yeux vers lui en même temps.
— Rangez vos bâtons et allez vous laver, on vous appellera pour le dîner. Séfi, Kybo demande à ce que tu le rejoignes après.
La gamine hocha la tête. Elle allait se lever quand elle sentit le regard perplexe de Paro sur elle. La togruta jouait distraitement avec le sable tout en la scrutant. Le sourire de Séfi se fana, elle s'était peut-être fait des espoirs un peu trop vite.
Déçue, Séfi se leva quand elle remarqua le même tatouage complexe que Soïan à son poignet. Paro suivit son regard et chercha à cacher sa main. Ses yeux bleus avaient perdu tout air rieur. Ils étaient tristes, comme ceux de Soïan.
— T'as de la chance, lui dit Paro en se relevant.
Elle s'éloigna, regagnant l'ombre du palais. Séfi la suivit, se demandant ce qu'elle avait bien voulu dire par là.
Enfin propre et débarrassée du sable collant, la gamine rejoignit Kybo. Il était dans son nouveau grand salon privé, assis sur des coussins qui prenaient quasiment toute la place dans la pièce. Il y avait un petit coffre à côté de lui rempli de crédits qu'il comptait. Sur une tablette, il suivait une course de module. Finalement, Kybo finit par s'apercevoir de sa présence et coupa le son. De la main, il lui fit signe d'approcher. La gamine obtempéra et s'assit près de lui.
— Alors ? Qu'as-tu pensé de ta journée, ma chérie ?
Séfi haussa les épaules.
— Allons… J'ai vu que tu ne t'es pas entendue avec ce garçon…
— Kerk.
— Oui, c'est ça. Mais tu as dû t'entendre avec les autres ?
— Euh… oui…
— C'est bien. Je sais que tu es souvent toute seule, alors je suis rassuré.
La gamine hocha la tête. Elle ne s'était pas encore fait d'amis, mais elle n'avait pas ressenti la même hostilité venant de Kerk chez les autres.
— Est-ce que tu as aimé la leçon d'aujourd'hui ? Tu sais, je me doutais que tu savais te battre. Soïan ne voulait pas me croire, il trouvait que tu étais trop petite…
— Je ne suis pas petite ! réagit violemment Séfi.
S'il y avait une chose qu'elle ne supportait pas, c'était qu'on la prenne pour un bébé.
Surpris par son éclat, Kybo eut un mouvement de recul. Elle était décidément bien mystérieuse. Un moment, silencieuse et presque apathique, un autre, agressive et bien plus adulte qu'elle ne le paraissait. Quel tempérament surprenant. Peut-être un peu trop imprévisible, preuve était l'état de ce pauvre Kerk.
— Du calme petit tigre. C'est ce que j'ai dit à Soïan. Il a vu de quoi tu es capable. Si tu veux, tu pourras continuer avec les autres, mais tu pourrais aussi avoir des leçons particulières avec lui.
Séfi fronça les sourcils. Kybo tendit la main pour caresser ses cheveux. La fillette se détendit soudainement. Elle n'avait jamais reçu de geste d'affection, alors ça faisait bizarre. Un bizarre agréable. Elle ne savait pas ce que c'était d'avoir un papa, mais elle ne pouvait s'empêcher de penser que ça devait un peu ressembler à ça.
Il se pencha en avant, comme pour lui confier un secret.
— Soïan est un très grand guerrier. Le meilleur que je connaisse. Tu pourrais être la meilleure. Je serais fier si tu devenais même meilleure que lui. Qu'en dis-tu ?
— Oui.
Kybo sourit gentiment.
— C'est ça que j'ai perçu la première fois que je t'ai vue. Ta force, ton courage, ta détermination. Tu pourrais être la meilleure et j'ai besoin des meilleurs à mes côtés.
Séfi sourit à son tour, ravie. Son bienfaiteur lui tendit la main avec une moue amusée.
— Eh bien, me voilà ravi, mademoiselle, déclara-t-il avec emphase en secouant leurs mains.
Un homme entra dans le salon avec une drôle de boîte.
— Tiens, regarde, ce monsieur tombe très bien. Il est très important car il s'occupe de plein de petites choses qui facilitent la vie.
Il s'assit près d'eux et ouvrit la caisse. Il avait un visage sympathique et semblait bien s'entendre avec Kybo. Dans la boîte, il y avait comme une planche pour poser le bras et un anneau déplié à la verticale. Il y avait plein de boutons et de symboles brillants. Dans l'autre partie de la boîte, il y avait comme un petit blaster avec une grande aiguille. Séfi observa le contenu de la boîte avec curiosité.
— Qu'est-ce que c'est ?
— C'est pour faire des tatouages, ma chérie.
Kybo remonta les manches de sa robe et écarta les bracelets qu'il avait aux poignets. Elle distingua des traces d'encre noire et rouge qui remontaient le long de ses bras jusqu'au-dessus de ses coudes.
— Je vais en avoir comme toi ?
— Tout à fait. Pose ton bras et passe ta main dans l'anneau. Ça va te brûler un peu mais ne t'inquiète pas, tu ne sentiras vite plus rien.
Séfi obéit et la machine se mit à ronronner. L'anneau se déplaça de la base de son poignet jusqu'à quelques centimètres plus haut sur son bras. Une lumière chaude émana de l'intérieur de l'anneau et il redescendit jusqu'à la base de son poignet. La gamine sursauta quand sa peau la brûla. Elle sentit la main de Kybo sur sa tête pour la rassurer. Quand elle put dégager son bras, elle admira le dessin qui était apparu sur sa peau.
— Avec ce tatouage, tout le monde saura que tu es de ma famille, et gare à celui ou celle qui voudra s'en prendre à toi, Séfi.
La gamine était déboussolée. Elle avait une famille.
Kybo lui fit face et lui prit les mains. Puis il caressa sa joue avec un sourire rassurant.
— Il ne manque plus qu'une dernière petite chose.
Kybo enleva un de ses bracelets et le tendit au monsieur qui le colla contre le drôle de petit blaster. Le petit choc des deux métaux produisit alors un petit son cristallin. Intriguée par ce joli son, elle se tourna vers Kybo.
— Ce bracelet est en beskar, c'est un des alliages les plus résistants de la galaxie, on raconte qu'il peut repousser les sabres des Jedi, expliqua Kybo en remettant son bracelet.
Le monsieur tendit le blaster vers Séfi. Elle écarquilla les yeux quand elle comprit que l'aiguille allait lui percer la peau.
— Ne t'inquiète pas, Séfi. C'est moins terrible que ça n'en a l'air. Ça va juste pincer un peu. Regarde-moi.
Il prit son visage dans ses mains. Rassurée par son regard, elle tenta de rester tranquille.
— Je compte jusqu'à trois, dit-il avec un clin d'œil. Un…
— Aïe !
Séfi se dégagea en se tenant le cou. Effectivement, ça pinçait. Avec la douleur, elle n'avait pas fait attention au tressaillement de Kybo lorsque l'autre homme avait appuyé sur la gâchette.
— Avec cette puce, Séfi, je pourrais toujours savoir où tu es, tu ne seras plus jamais seule, murmura-t-il, en chassant doucement ses larmes de ses joues.
En explorant ces souvenirs, Kylo sentit la souffrance et les regrets qui s'emparaient de Séfi. Aussi, il rompit le contact. Quand le jeune homme ouvrit les yeux, ce qu'il vit en premier furent les larmes de la jeune femme. Il dut résister fort à la rage qui montait en lui.
D'une autre façon, ce qu'il venait de voir faisait douloureusement écho à sa propre histoire.
— Je suis désolé.
Séfi ouvrit les yeux. Elle déglutit avec peine.
— Je… je n'avais que huit ans. J'étais seule, sans perspective, ni aucun espoir. Et un peu naïve, mais comment lutter quand on te tend la main ?
Kylo comprenait un peu trop bien ce qu'elle voulait dire.
— Soïan était chargé de former ceux que Kybo appelle ses « gladiateurs ». J'ai passé les neufs ans qui ont suivi entre cette cour et une arène. On se battait à mort contre ceux d'autres clans. Et bien sûr sans arme moderne, ou à la moindre pulsion électrique. Mais Kybo m'a réservée un sort un peu différent des autres. Je suis son bras armé, je suis chasseuse de prime sans la prime, comme tu peux le constater. Soïan a fait la dernière grande guerre contre l'Empire. Quand il est rentré chez lui, il n'avait plus rien, sa maison, toute sa famille, disparus. Et pourtant c'est l'homme le plus humain que je connaisse. Paro est mon amie. Quelques années plus tard, j'ai tué Kerk. Il avait quelque chose contre les filles. Il a essayé de s'en prendre à moi puis à Paro. Il m'a suppliée comme un bébé... Et Kybo… Disons que Soïan a été une bien meilleure figure paternelle que lui. Et maintenant, je suis face à un sorcier en attendant que mon heure vienne.
Sa voix amère ne laissait pas de place au doute concernant les regrets qu'elle éprouvait.
— Tu n'as pas à te blâmer, Séfi.
— Je sais, mais c'est comme ça que les regrets fonctionnent, toujours là, bien présents.
Le Suprême Leader acquiesça.
— Dis-moi où il est.
La jeune femme fronça les sourcils.
— Dis-moi où il est avant qu'il ne prenne la décision d'activer la bombe dans ta tête.
— Pourquoi ? Je suis fatiguée.
— Ne le laisse pas gagner.
— Comment ?
— Je te mènerai à lui et t'offrirai ce que tu veux le plus.
— La liberté ?
— Et la vengeance.
Ils se mesurèrent un instant du regard. Il était sérieux. Peut-être avait-elle une chance ?
— Que veux-tu en retour ?
Un rictus releva brièvement un coin de la bouche du jeune homme. Elle avait posé la même question à Kybo.
— J'ai des questions, qui te concernent notamment, sur le passé, j'ai besoin de ton aide. Je veux que tu sois à mes côtés, au commandement de mes chevaliers.
— En quoi ça changera ma condition ?
— Tu seras sous mes ordres, mais tu ne seras plus esclave. Tu pourras prendre des décisions, et surtout je n'aurais aucun bouton pour faire exploser une bombe dans ta tête.
Séfi grimaça.
— Il se doutera de quelque chose.
— Peut-être, mais tu ne seras pas seule.
Après quelque secondes, le regard de la jeune femme changea.
— Tatooine. Il aime parler. Beaucoup parler. Et il aime montrer qu'il est cultivé. Son égo est démesuré, bien plus que ce que tu as pu entrevoir. C'est son point faible.
Kylo plissa les yeux. Tatooine…
— Je vais te redonner tes affaires, tiens-toi prête.
Il se leva et se dirigea vers la sortie quand un raclement de gorge l'obligea à se retourner.
— Ben ?
Le jeune homme se figea. Son cerveau le ramena sans contrôle à Rey. Leurs voix… Il inspira profondément avant de se tourner vers Séfi.
— Comment connais-tu ce nom ?
— Quand tu es rentré dans ma tête de force, je crois que j'ai eu des visions… Je t'ai vu, toi. Et j'ai… senti… autre chose, quand je t'ai attaqué… une présence, une fille je crois…
Interdit, le jeune homme ne bougea pas.
— C'est à cause de ça que tu… que tu me regardes comme si tu me connais depuis longtemps ?
Kylo n'arriva pas à lui répondre, tentant tant bien que mal de ne pas montrer à quel point elle le déstabilisait.
— Je ne suis pas cette fille à qui tu penses tout le temps.
— Je sais, murmura-t-il avant de sortir de a chambre, BB-9E sur les talons.
Confinement, partie 3... et oui, j'ai un peu de temps du coup ! J'espère que ça vous a plu ! Le prochain chapitre arrivera dans quelques jours (oui, oui, encore un chapitre coupé en deux). Ne vous inquiétez pas, on retrouve Rey après !
Ilai: Merci beaucoup, ta review m'a remotivée. Des mystères, en effet, et j'ai une idée bien précise derrière la tête :)
A bientôt.
