Une semaine
« Je n'en peux plus » sanglote l'ange.
Raphaël se mordille la lèvre inférieure tandis que son vis-à-vis poursuivait.
« Je n'y arrive plus, vraiment, c'est plus possible. Il veut pas s'arrêter de pleurer, j'arrive plus à fermer l'œil de la nuit à cause de ça, j'ai fait tout ce que j'ai pu imaginer pour le calmer, je lui ai chanté des comptines, je l'ai bercé, j'ai même mis de la farine dans son biberon, mais il y a rien qui marche ! Alors forcément, je suis complètement crevé, et mon patron commence à me dire que si ça continue il va me mettre dehors… Et tout le monde qui me dit que je suis irresponsable, que j'aurais jamais dû avoir un protégé et que c'est bien fait pour moi si mon copain est mort, que c'est sûrement ma punition… »
Les larmes commencent à couler.
« J'en ai marre, quand je rentre à la maison, je veux seulement être au calme, mais le bébé ne veut pas s'arrêter de crier, et je voudrais le jeter par la fenêtre ! Je voudrais l'étouffer avec un oreiller, peut-être que là, il va enfin se taire ! »
Sans un mot, Raphaël tend une boîte de mouchoirs à l'ange qui s'en empare avec un hoquet.
« Alors ? »
Son frère le regarde et Raphaël voudrait disparaître sous terre.
« Je suis désolé. »
L'autre fronce les sourcils.
« Comment ça, désolé ? Elle s'en est sortie, non ? Dis-moi qu'elle s'en est sortie ! »
« Non, elle ne s'en est pas sortie. »
Raphaël connaît par cœur l'éventail des réactions provoquées par la mort de quelqu'un qu'on aime. Alors il n'est pas surpris de se prendre une engueulade copieuse.
« TU ES SENSÉ ÊTRE UN MÉDECIN ! TU ES SENSÉ SAUVER LES GENS, PAS LES LAISSER MOURIR ! »
« Je suis désolé. »
Il ferme les yeux et laisse la tempête déferler sur lui.
« Est-ce qu'elle a eu mal ? »
La fille devant lui paraît au bord des larmes. Pas étonnant, sa fiancée est morte depuis seulement deux jours. Ça ne suffit pas pour faire totalement son deuil.
« Est-ce qu'elle a eu mal ? S'il te plaît, je veux savoir. »
Venin de Léviathan. Pour un ange, c'est mortel. Et ça fait souffrir le martyre.
Araël a agonisé pendant une demi-journée, et même déconnecter ses nerfs n'a pas suffi à la soulager. A la fin, il a fini par accéder à ses supplications pour qu'il la tue.
« Elle n'a rien senti. »
Devant lui, la fille gémit et se plie en deux.
« Merci » gémit-elle. « Merci. »
Raphaël ravale sa nausée.
« Il veut plus me parler » geignit l'ange, ses ailes tombant tristement. « Quand j'essaie de lui parler, il s'en va ! Il me claque la porte au nez ! Tu as idée de ce que ça fait, de voir ta chair et ton sang te rejeter ? »
« Non » lâche Raphaël platement.
« Quand il me parle – si il me parle – il me dit des horreurs ! La dernière fois, tu sais ce que c'était ? Il m'a demandé pourquoi je ne crevais pas tout de suite ! Pourquoi il me fait ça ? »
L'Archange se mord la lèvre. Est-ce que je sais, moi ?
« Non, je ne veux pas le voir. »
Raphaël se pince l'arête du nez.
« Ton gardien est malade. Tu peux bien prendre le temps d'aller lui rendre visite ? »
« Ce n'est pas que je ne peux pas, c'est que je ne veux pas. Il me fait trop chier. »
L'Archange ne sait pas s'il doit gifler son interlocuteur ou rester correct. La première option est plus que tentante, mais il prend la deuxième.
« C'est ton gardien. »
« Et alors ? Ça ne veut pas dire que je suis obligé de l'aimer. »
« Qu'est-ce qui te prend de venir me déranger ? » râle Lucifer, visiblement pas du tout content.
Raphaël le regarde.
« J'ai eu une mauvaise semaine. »
Sa voix est calme, mais à voir son visage, Lucifer devine facilement qu'il est au bout du rouleau.
Il s'écarte pour laisser entrer son cadet chez lui.
« Allez, viens. Je vais faire du café. »
