NdA : Désolée du délai, encore une fois. J'espère que ce chapitre vaut le temps de l'attente.

Disclaimer : Magic Kaito est la création d'Aoyama Gōshō et Miraculous Ladybug appartient à Thomas Astruc.


Chapitre Cinquième


Quand les quatre lycéens descendirent au restaurant de l'hôtel pour dîner, ce soir-là, Kaito et Akako avaient tous les deux la mine sombre.

Aoko et Saguru tentèrent de meubler la conversation en attendant que tous les invités arrivent au restaurant, mais ils ne cessaient de jeter des coups d'œils inquiets à leurs camarades : après tout, ce n'était pas le genre de ses deux-là de se morfondre.

Il étaient sept à table pour le moment : eux quatre, le second de l'inspecteur Nakamori au sein de la Brigade du Kid et deux policiers français. Mais les adultes discutaient entre eux et réquisitionnèrent Saguru pour traduire la conversation, aussi Aoko se retrouva avec ses deux camarades qui broyaient du noir pour une raison obscure.

Au bout d'un moment, elle n'y tint plus et demanda :

« Akako-chan, tu n'as pas l'air dans ton assiette, qu'est-ce qui se passe ? »

La sorcière la fixa un moment avant de secouer la tête.

« L'atmosphère… elle est lourde et pesante… il y a une présence… que je n'arrive pas à identifier… »

Kaito et Saguru se tournèrent dans sa direction. Le détective cligna des yeux, perdu, avant de retourner à son travail d'interprète, mais le magicien se renfrogna. Si Akako arrivait à ressentir la présence de ces démons toute proche… elle n'était pas dans cet état-là, à leur arrivée, et elle semblait plutôt bien une heure plus tôt. Alors pourquoi ressentait-elle cela maintenant ?

Il se tourna soudain quand le bruit de la porte leur parvint. Il vit alors le maire entrer en compagnie de l'inspecteur, d'un homme qu'il ne connaissait pas et de deux adolescents qui devaient être un peu plus jeunes que les lycéens japonais.

Les quatre se dirigèrent vers eux, l'inspecteur faisant au passage un signe rapide à ses hommes qui étaient rassemblés à une autre table.

« Ah, vous êtes déjà là, parfait ! s'écria la maire, ravi. Parfait, parfait. Je pense que vous ne connaissez pas encore ma fille, Chloé ? »

Il poussa avec fierté sa progéniture, qui semblait assez peu ravie d'être là et préférait restée collée au jeune garçon qui l'accompagnait plutôt que de se présenter. Le garçon eut un sourire gêné en se passant la main dans les cheveux, avant de tenter de s'éloigner de Chloé – sans succès.

Kaito et les autres la saluèrent brièvement. La jeune fille ne donnait pas vraiment l'impression d'apprécier les repas officiels, mais plus encore, elle avait l'air de détester les gens en général.

« Et je vous présente un de mes bons amis, Gabriel Agreste. Vous avez peut-être entendu parler de lui ? C'est un excellent styliste, vous savez. Et talentueux.

— Enchanté », lâcha le styliste avec réserve, avant de se répéter en japonais.

Les autres firent de même, avant de se tourner vers la dernière personne à ne pas avoir été présentée : le jeune garçon blond qui essayait toujours de s'éloigner de Chloé sans que cela ait l'air trop impoli.

Le styliste le remarqua et poussa le garçon devant lui.

« Je vous présente mon fils, Adrien. »

Le garçon eut un sourire timide avant de s'incliner légèrement. Il croisa alors le regard de Saguru et son visage s'éclaira.

« Ça alors ! Qu'est-ce que tu fais là ? »

Tout le monde se tourna vers le détective, surpris. Ils ne s'attendaient pas vraiment à ce que le Britannique connût le garçon.

Saguru les ignora et salua le blondinet :

« Ravi de te revoir aussi, Adrien. J'accompagne simplement la Brigade du Kid à la demande de mon père pour les aider à communiquer avec la Police de Paris. Mais je suis plutôt surpris de te voir toi. Pourquoi es-tu ici ?

— Oh, et bien, mon père voulait que je l'accompagne, répondit le garçon avec un grand sourire. Lui et le maire se connaissent bien… et puis mon père a déjà eu plusieurs fois dans les mains l'objet que Kid veut voler, alors il voulait venir en personne…

— Je vois. En tout cas, je suis content de te revoir », fit Saguru dans un sourire.

Le jeune mannequin lui sourit, avant de s'asseoir à côté du détective.

Les trois lycéens regardaient l'échange, médusés. Le Britannique finit par soupirer et se tourna dans leur direction.

« Oui, je le connais. Ma mère travaille dans le domaine de la mode, et c'est un des partenaires commerciaux internationaux de Gabriel Agreste, d'accord ? – Il se tourna vers Kaito – D'ailleurs, la fois où je t'ai appelé depuis Paris, je l'accompagnais à un défilé auquel elle avait contribué.

— … ah. »

Les Japonais regardèrent un moment le jeune mannequin qui se mit à gigoter sous l'attention qu'il recevait. Il préféra prendre le menu et le fouiller du regard.

« Alors… s'est-il passé quelque chose de notable depuis la dernière fois ? demanda Saguru en se tournant vers Adrien.

— Oh, et bien… ah, c'est vrai ! »

Il reposa le menu et fixa le détective avec excitation.

« Mon père a enfin accepté que j'aille au collège !

— Vraiment ? J'en suis ravi pour toi, lui répondit Saguru avec un sourire.

— Pardon ? fit Kaito en s'incrustant dans la conversation. Tu veux dire que tu n'allais pas à l'école avant ?

— Non, répondit Adrien en secouant la tête. Mon père préférait que je reçoive une éducation à domicile. Ça l'inquiète que je sorte seul… mais j'ai réussi à le convaincre que je pouvais aller au collège et il a enfin fini par accepter ! finit le blondinet avec un grand sourire.

— Et même qu'il est dans ma classe ! Pas vrai, Adri-chou ? s'incrusta Chloé qui en avait assez d'être ignorée par son ami d'enfance.

— Heu… oui, c'est vrai… »

Kaito souffla. Ça se voyait comme le nez au milieu de la figure qu'Adrien aurait préféré être partout sauf là où il était en ce moment, soit, avec cette fille qui s'accrochait à son bras tellement fort que c'était à se demander comment il faisait pour ne pas se le déboîter. Il secoua la tête et préféra se présenter :

« Au fait, enchanté, je m'appelle Kaito Kuroba, ravi de te rencontrer !

— Adrien Agreste, tout le plaisir est pour moi, répondit poliment le garçon. Tu es un ami d'Arthur ? »

Kaito cligna des yeux.

« Heu…

— Disons plutôt que c'est un camarade de classe que j'ai le malheur de devoir supporter à longueur de journée, mais qu'on l'aime bien quand même, intervint Saguru dans un sourire, avant d'ajouter en japonais, face au regard perdu du magicien : oui, c'est de moi qu'il parlait. Mon second prénom est européen, c'est ma mère qui avait insisté. En fonction du pays où je me trouve, j'utilise l'un ou l'autre, c'est plus pratique de cette manière. »

Kaito le regarda un moment.

« Arthur ? Sérieusement ?

— Je ne t'ai pas demandé ton avis », le coupa le Britannique avant de retourner vers son ami français pour continuer sa conversation interrompue.

Il n'en eut pas l'occasion, car à ce moment-là le magicien explosa de rire en frappant son poing contre la table.

« Ar… Arthur ? C'est vraiment ton nom ici ?

— Un problème avec ça ?

— Mais… tes parents… ont vraiment fait exprès… c'est pas possible autrement! continua Kaito qui avait du mal à rire et parler en même temps. Je croyais que ça allait déjà assez loin quand tu avais juste les mêmes initiales que Sherlock Holmes et le kanji de la recherche dans ton nom… mais maintenant en plus tu as le prénom de l'auteur ?

— Tais-toi ou je te fais manger ton assiette. »

Le magicien hoqueta avant de reprendre, tant bien que mal, son souffle.

« Et… et… et bien, si je m'attendais. »

Il respira doucement avant de laisser un rictus s'installer sur son visage, et de lâcher :

« Mais n'empêche… tu imagines à quel point ç'aurait été gênant si tu avais été fan de Miss Marple ? »

Une veine apparut sur le front du Britannique, mais il n'en laissa rien paraître et préféra ignorer royalement le fauteur de trouble pour se tourner vers Adrien. Le magicien, lui, finit par reprendre son calme et attrapa son menu pour cacher le large sourire qu'il abordait toujours.

« Et donc ? Tu apprécies le changement ?

— Évidemment ! On a tellement plus de libertés quand on va à l'école ! Oh, bien sûr, je dois continuer les séances photos et tout ça, mais au moins je me suis fait des amis et…

— Mais, Adri-chou ! Et moi alors ? intervint de nouveau la blonde à côté de lui.

— Je veux dire… d'autres amis, Chloé. Je t'aime bien, mais… plus on est de fous plus on rit, non ?

— Grmbl…

— Enfin, bref. Qu'est-ce qu'il y a d'autre de nouveau… ah ! Évidemment ! Tu as entendu parler de Ladybug et de Chat Noir ? »

Kaito tendit discrètement l'oreille. Tout était bon à prendre, et ce garçon paraissait très enthousiaste. Parfait pour obtenir des informations.

« Non, qui est-ce ?

— Les super-héros de Paris, bien sûr !

— … super-héros ? répéta Saguru qui n'avait pas l'air convaincu.

— Oui ! Ils protègent Paris du Papillon ! Le Papillon akumatise les gens pour attaquer Ladybug et Chat Noir, tu vois, continua le jeune mannequin sur le ton de la confidence.

— « Akumatise » ?

— Oui, il utilise des Akumas, des espèces de papillons noirs qui lui servent à contrôler les gens ! Dès qu'il sent que quelqu'un est dans une colère noire ou… broie du noir de manière un peu plus importante que la moyenne, on va dire, il envoie ses Akumas pour les faire rentrer dans un objet auquel tient la personne et après…

— Adrien ! »

Le garçon s'interrompit d'un seul coup en entendant la voix tranchante de son père et se ratatina sur sa chaise.

« Oui, Père ?

— Cesse de parler de ce genre de chose à table !

— Très bien, Père. »

Le garçon s'enfonça dans sa chaise, la mine contrite. Kaito fusilla – discrètement – Gabriel Agreste du regard. Il avait interrompu son fils là où ça commençait à devenir intéressant !

Chloé secoua la tête avant de les fixer d'un air supérieur.

« Vous savez, Ladybug m'a déjà sauvée plusieurs fois des Akumas. Pas vrai Adri-chou ? Ils semblent toujours m'en vouloir, je ne sais pas pourquoi…

— C'est vrai… »

Kaito se dit que si Ladybug devait sauver cette Chloé régulièrement de personnes devenues folles de colère et qui lui en voulaient pour des raisons inconnues, c'était que la fille du maire ne devait pas être très fréquentable…

« Adrien, tu pourrais me donner plus de détails ? demanda Saguru, son mode détective activé, en prenant garde de parler à voix basse pour éviter que le styliste n'entende.

— Ah, et bien… on ne sait pas trop. Le Papillon a commencé à sévir à Paris il y a quelques mois… alors Ladybug et Chat Noir sont arrivés pour réparer les dégâts…

— Tu disais tout-à-l'heure que le Papillon « akumatisait » les gens pour attaquer ces… Ladybug et Chat Noir, c'est ça ?

— Oui, c'est ça, il rêve de mettre la main sur leurs Miraculous.

— Leurs quoi ?

— La source de leur pouvoir, si tu préfères. Ladybug possède des boucles d'oreilles qui lui donnent le pouvoir de création et Chat Noir a une bague qui lui confère celui de destruction… le Papillon doit avoir envie de mettre la main dessus… apparemment, si on rassemble les deux, il paraît qu'on peut… »

Le jeune mannequin haussa soudain les épaules et eut un petit rire gêné en se frottant les mains. Il tritura un instant la bague qui était à son doigt avant de replonger dans son menu, alors que son père continuait de lui jeter des regards appuyés depuis sa chaise.

Kaito, lui, enregistra les informations qu'il venait de recevoir avec soin. Ce garçon semblait plutôt bien informé, car certains détails qu'il avait donné ne figuraient pas dans le Ladyblog qu'il avait épluché au cours de l'après-midi – l'idée que quelque chose pouvait se passer en rassemblant les deux « Miraculous », notamment. Et pourtant, ce site semblait être le plus complet du web.

Comment un site amateur tenu par une collégienne faisait pour être presque plus à jour que les sources officielles, en revanche , il n'en savait rien…

« Mais par contre… j'aimerais savoir… comment se fait-il que la population fasse comme si de rien n'était ? demanda alors le magicien. Je veux dire… ça pourrait en terroriser plus d'un, non ?

— Oh, et bien… on a un système d'alerte mis en place en cas d'attaque d'Akuma, bien sûr. Mais je pense que c'est surtout grâce au pouvoir de Ladybug…

— Comment ça ?

— Elle possède le pouvoir de création… mais elle s'en sert aussi pour réparer les dégâts causés par une attaque, comme ça, instantanément ! Elle peut aussi soigner toutes les blessures en même temps ! Elle est tellement géniale… »

Le collégien s'interrompit, le regard rêveur. Kaito ricana silencieusement. Clairement, le petit mannequin avait un sérieux béguin pour la super-héroïne…

« Kaito… de quoi vous parlez depuis tout-à-l'heure ? Aoko ne comprends pas le français… se plaignit l'amie d'enfance du magicien avec une moue boudeuse.

— Ah, et bien… »

Il valait quand même mieux la prévenir de la situation, non ? Si jamais un autre démon attaquait pendant leur séjour, c'était plus prudent qu'elle sache de quoi il s'agissait…

Il lui fit un résumé de toute la conversation, et à la fin, Aoko avait les yeux écarquillés de panique.

« Des démons qui attaquent Paris en contrôlant les gens ? Mais c'est horrible ! Pourquoi personne n'en parle ?

— Je ne sais pas… j'avoue que ça me turlupine… à mon avis ça ne peut pas juste être l'impression de sécurité qu'offre le pouvoir de Ladybug… il doit y avoir autre chose…

— C'est aussi quelque chose qui m'inquiète, intervint l'inspecteur Nakamori en entrant dans la conversation. J'ai eu quelques informations des policiers avec qui nous sommes censés travailler, mais tout ce que j'ai compris, c'est que dans ces moments-là, la seule chose à faire c'est courir dans la direction opposée et laisser les super-héros faire le travail… même la Police ne peut qu'évacuer les gens ou éventuellement essayer de retenir les… démons… en attendant que Chat Noir et Ladybug arrivent… »

Le policier avait l'air inquiet et contrarié. Ça se voyait que la situation ne lui plaisait pas du tout et il triturait sa fourchette dans tous les sens au lieu d'avaler ce qu'il y avait dans son assiette.

« Mais il y a quelque chose de bizarre… Aoko pensait que Chat Noir était un voleur. Depuis quand est-il un super-héros ?

— Apparemment, il ne s'agit pas de la même personne, répondit l'inspecteur. Le voleur auquel nous avons eu affaire au Japon a officiellement déclaré qu'il cessait ses activités, et ce garçon qui protège Paris a affirmé qu'ils n'avaient que l'animal-thème comme point commun. La seule fois où Chat Noir a été accusé de vol, il s'est avéré que c'était en fait le fait d'un imposteur. »

Les deux lycéens hochèrent la tête, tandis que l'inspecteur soupirait avant de continuer :

« En tout cas, si jamais un de ces démons attaque, je veux que vous vous mettiez en sécurité le plus vite possible. Je sais que tu es du genre à toujours aller voir ce qu'il se passe, Kaito-kun, mais cette fois, s'il-te-plaît, reste tranquille si ça déraille.

— D'accord… »

Kaito avala son assiette sans entrain.

Quand il eu fini, il sentit qu'on tirait sa manche et il se retourna pour voir Akako qui lui tendait discrètement un papier plié en quatre. Il l'attrapa et le déplia sur ses genoux pour le lire.

« L'Âme représente le Papillon. Les deux sont Psyché. Mais je doute que le Démon soit celui dont tout le monde parle. Ce serait trop facile. Et je n'ai toujours aucune idée de qui peut être l'Ange. Peut-être la personne qui est contrôlée ? »

Kaito prit un stylo dans une de ses nombreuses poches et écrivit rapidement :

« Il faut attendre de voir. Le Démon est soit celui qui contrôle les gens, soit la personne contrôlée elle-même, soit le papillon qui sert de lien entre les deux. Mais on ne peut pas déterminer qui est quoi pour le moment. Pour l'Ange, je ne sais pas non plus. Il faudra attendre pour voir. »

Il repassa le papier à Akako qui lut la réponse et lui jeta un regard vaguement inquiet.

« Qu'est-ce que vous faites ? Vous vous envoyez des mots doux ? »

Kaito manqua de s'étouffer, et se tourna vers Aoko qui les regardait avec un sourire en coin.

«Ahōko ! Ça va pas, non ? Et puis quoi encore ?

— Allons, inutile de nier… vous aviez un rendez-vous ce week-end, après tout… »

Kaito devint écarlate et préféra détourner le regard en poussant son assiette à fromage au loin pour pouvoir se frapper la tête contre la table. Cette stupide excuse d'Akako allait le suivre un bon moment…

Il vit Adrien, à côté du Britannique, qui semblait être en grand conflit avec lui-même – et avec sa veste, aussi, accessoirement. Le garçon finit par souffler, excédé, avant de se tourner vers le magicien, et lui demanda :

« Tu n'aimes pas le fromage ?

— Je n'ai plus très faim, en fait, fit le lycéen en haussant les épaules.

— Ah. Dans ce cas, ça te dérange si je prend ta part de camembert ? »

Kaito cligna des yeux. Avant de baisser les yeux sur l'assiette qu'il venait de repousser. Il haussa les épaules et la lui tendit.

Le mannequin le remercia avant de prendre le triangle de fromage avec empressement. Il inclina doucement de la tête avant de prendre un air naturel. Il le posa sur son assiette, puis, alors qu'il pensait que personne ne le regardait – Kaito le fixait discrètement du coin de l'œil – il prit le morceau avec rapidité et le glissa sous la table. Quand il ressortit les main une seconde plus tard, le camembert avait disparu.

Le magicien cligna des yeux. Ce gosse venait vraiment de planquer un morceau de fromage dans ses fringues ?

… oh, et puis, il faisait ce qu'il voulait après tout. Il pouvait très bien avoir un petit creux une fois sorti du restaurant…