Much Alike

Alma mettait un point d'honneur à venir se faire examiner tous les trimestres pour être sûre de ne pas avoir quelque chose de potentiellement transmissible à ses clients. Pour un Cupidon, c'était une attitude plutôt atypique, vu qu'ils préféraient garder entre eux les conséquences de leur profession.

« Alors ? » interrogea la jeune femme tandis que Raphaël se redressait.

Le médecin lui adressa un sourire réconfortant.

« Comme d'habitude, rien à signaler. »

Les ailes rose orangé se relaxèrent imperceptiblement tandis que la belle de nuit descendait du lit bas.

« Contente que ça dure. Mieux vaut prévenir que guérir, mais ça, tu le sais déjà, hein ? »

« Si seulement tous les ados en cloque que je vois défiler entre ces murs pouvaient se montrer aussi prudents que toi » soupira le guérisseur.

Alma s'immobilisa alors qu'elle réenfilait un de ses longs bas de soie.

« A propos d'ado… est-ce que Gail vient te consulter ? Les autres filles me disent qu'elle ne va jamais chez les matrones. »

Les yeux bruns de l'Archange s'étrécirent.

« Tu sais que je suis tenu au secret médical » lui rappela-t-il.

Le Chérubin poussa un soupir.

« Je veux seulement vérifier qu'elle prend soin d'elle. »

L'expression de Raphaël s'adoucit.

« Elle n'oublie jamais de renouveler sa pilule, et elle refuse d'exercer sans préservatif. Tu l'as bien éduquée pour le métier. »

Les épaules de la prostituée s'affaissèrent.

« …Merci. Tous les chœurs croient que les Cupidons, c'est un boulot facile, alors qu'en fait… »

« Oui, je sais » fit gentiment le médecin.

Une étincelle malicieuse s'alluma dans les yeux gris perle.

« Oui, t'es bien placé pour ça, hein ? T'en prends plein la gueule, t'en prends plein le cœur, t'en prends plein le moral, tout ça parce que tu te consacres aux gens vingt-quatre heures par jour et sept jours par semaines. Comme une pute, quoi. »

Les lèvres de l'Archange se retroussèrent.

« Pas tout à fait comme ça. Tu oublies que tu parles à Notre Dame de la Virginité Perpétuelle, comme disent certains. »

La grâce de la belle de nuit scintilla.

« Vierge de corps, peut-être, vierge d'esprit, pas question. T'en as trop vu pour ça. »

« Et toi, tu es dépucelée dans les deux cas » rétorqua le guérisseur.

La femme agita les ailes et termina d'enfiler son bas, avant de se concentrer sur ses sandales à talon d'un rouge de pomme mûre.

« Ouais, je sais que je suis sale. C'est juste que ça en vaut la peine, quand je regarde le client qui pionce après. Parce qu'ils ont l'air… je sais pas. »

« Plus détendus ? » suggéra l'Archange.

« Parfois. D'autres, ils sont… apaisés. Voilà, ils sont en paix. Ils viennent remontés à bloc, tout nerveux, tout excités, tout énervés et quand ils repartent, ils sont en paix. Ça paye super bien une bite dans le cul, tu penses pas ? »

« Je ne saurais dire » rigola le médecin, « mais convaincre une gamine de ne pas s'ouvrir les veines, ça compense vachement pour avoir à écouter geindre le type qui se plaint de son eczéma. »

« Voilà ! » s'écria Alma. « Trouver le positif, c'est ça ! »

Sur ces mots, elle se mit à rire et sortit un fume-cigarette en ivoire de sa pochette en cuir beige. Raphaël eut une grimace faussement réprobatrice.

« Je suis le seul autorisé à fumer ici, je te rappelle ! »

« Oui, monsieur ! Je file tout de suite ! » répondit la belle de nuit d'un ton espiègle.

Elle partit sur ces mots, après un dernier sourire de ses lèvres couvertes de rouge presque violet.