NdA : Behold, l'avant-dernier chapitre ! J'espère que vous aimerez, il est assez long à cause du nombre de PdV différents. Je ne suis toujours pas complètement satisfaite, mais j'ai décidé que j'allais boucler cette histoire avant le début du camp Nano donc toute nouvelle édition sera pour plus tard. Enjoy ?

Disclaimer : Magic Kaito est la création d'Aoyama Gōshō et Miraculous Ladybug appartient à Thomas Astruc.


Chapitre Vingt-deuxième


Saguru avait vu sa vie prendre graduellement un tournant des plus étranges : des hypnotiseurs, puis des voleurs en costume, puis des super-héros, et très récemment, des crises d'amnésies qui semblaient tout sauf naturelles (il n'était pas tout à fait tranquille concernant le dernier point) ; par conséquent, voir des coccinelles réparer le musée du Louvre (même s'il le voyait sur un écran), quoique étrange, était une expérience intéressante, mais sans plus.

« C'est pratique, ce pouvoir, nota-t-il malgré tout, avant de se tourner vers l'officière qui était à côté de lui. Est-ce que Ladybug s'en sert régulièrement ?
— Juste en cas d'attaque Akuma, lui répondit-elle tout en fouillant dans ses papiers. Ce serait exceptionnel si son pouvoir était infini, mais il a été reporté qu'il ne faisait qu'effacer les interventions des Akumas. Je suis d'ailleurs soulagée que le Louvre ait été réparé. Vu qu'il avait été détruit avant l'apparition de Poker Face, on ne pouvait pas être sûrs, mais bon, je suppose que c'était le déclencheur de l'akumatisation… sans compter que ça a fait des étincelles, si on puis dire.
— Ah… j'ignorais qu'il y avait de telles restrictions. Est-ce qu… »

Saguru ne put finir sa phrase : en effet, une ribambelle de coccinelles avaient envahi le poste de police en s'infiltrant par le trou de la serrure, avant de se regrouper autour de lui. Elles ne le touchèrent pas, pourtant. Elles restèrent un moment en suspend autour de lui, avant de repartir d'où elles étaient venues. Saguru libéra une respiration qu'il ne se souvenait pas avoir retenu.

« C'était quoi, ça ?
— Je suppose qu'elles voulaient soigner votre blessure ? Mais comme l'Akuma l'avait déjà fait avant… c'est bien la première fois, d'ailleurs. Ce Kid a l'air de vous tenir en haute estime. »

Saguru eut un sourire.

« Je n'en suis pas si sûr. Mais il reconnaît mes efforts, en tout cas. »

La policière pencha un instant la tête, avant de hausser les épaules pour aller rejoindre ses collègues, une pile de feuilles dans les bras. La place vacante fut bien vite occupée par l'inspecteur Nakamori, qui attrapa une chaise dans un coin avant de s'affaler dessus.

« Et bien… on dirait que les dégâts sont terminés… les unités qui sont allées rejoindre les super-héros ne devrait pas tarder. On a arrêté quelques-uns des terroristes à la bombe, c'est déjà ça de pris. »

Le jeune détective se redressa.

« Vraiment ? Combien ?
— De ce que j'ai entendu, deux personnes. S'il y avait d'autres complices, on ne pourra pas les retrouver, par contre. »

Saguru fronça les sourcils. Il y avait définitivement eut plus de deux personnes quand Kid et lui avaient été pris en embuscade… il espérait que Spider ferait parti du lot, et le craignait en même temps : qu'est-ce que l'hypnotiseur pourrait bien faire sur le trajet ? Depuis le temps qu'il travaillait sur lui, il avait compris que le criminel protégeait toujours ses arrières…

Il vit la porte s'ouvrir et le groupe de policiers qui était allé rejoindre la scène de combat rentra dans la pièce. L'homme qui était au centre du groupe était menotté et ne disait absolument rien à Saguru, malgré le fait qu'il ressemblait à l'archétype même du parrain de mafia. Il était en train de se débattre et de crier quelque chose concernant Kid, mais il n'y tint pas compte ; il dirigea plutôt son regard vers l'autre personne menottée : Spider, sans son masque, et manifestement inconscient, si on en croyait la manière dont il était soutenu par les policiers qui l'entouraient.

« Que lui est-il arrivé ?
— Chat Noir l'a assommé, répondit l'officier Raincomprix. On a ramené son casque, c'est le brigadier Grutel qui l'a.
— Je vois. »

Une des questions qu'il s'était souvent posée était : est-ce le masque de Spider lui permettait d'amplifier ses pouvoirs ou masquait-il simplement son identité ? C'était quelque chose qu'on finirait bien par découvrir. En attendant, il demanda à quelqu'un d'aller chercher un masque de nuit pour couvrir les yeux de Spider. On n'était jamais trop prudent.

« Vous pouvez nous dire comment le combat s'est terminé ? demanda un des officiers à la troupe. On n'a eu aucun visuel depuis la vidéo du Ladyblog. Les journalistes ne courent pas les rues, à cette heure.
— Je ne peut pas dire grand-chose, monsieur. L'Akuma avait été vaincu, mais Kid s'était déjà enfui. La seule chose à noter est que c'est Chat Noir qui utilisait le Miraculous de Ladybug, mais je n'ai pas pu demander pourquoi, il avait l'air pressé de partir. Il me semble que Ladybug était là aussi, mais sans costume je ne pouvait pas être sûr.
— Je vois… et l'épée ?
— C'était Chat Noir qui l'avait. Il est parti avec. Il faudra lui demander de la rendre la prochaine fois que les super-héros apparaîtront, je suppose…
— Merci, sergent. Amenez-moi ces deux-là en cellule, et cherchez leurs identités.
— Si je puis me permettre, intervint Saguru. L'homme blond s'appelle Gunter Von Goldberg II, même s'il a l'habitude de se faire appeler Spider lors de ses escapades criminelles. Je travaille sur son cas depuis trois ans pour essayer de trouver des preuves de sa culpabilité. Je pense qu'Interpol sera ravi d'apprendre sa capture.
— Je vois. Merci. Il nous reste quant même à chercher l'autre. Quelque unes de nos unités cherchent à retrouver d'éventuels complices, mais je doute qu'on pourra les retrouver dans les conditions actuelles.
— Tant pis. Au moins, celui-là est un gros morceau. »

À ce moment-là, Saguru cessa de suivre la conversation. Il s'éloigna du groupe, dépassa l'inspecteur Nakamori qui était en train de faire un compte-rendu rapide de la situation à la police de Tokyo par téléphone en attendant l'écriture de son rapport, et trouva un coin tranquille pour sortir son téléphone.

Il envoya un « tout va bien ? » à Kuroba, même s'il se doutait ne pas recevoir de réponse avant un moment. Il espérait juste qu'il le verrait une fois rentré à l'hôtel : avec tout ce qu'il s'était passé, son camarade de classe aurait besoin de compagnie. Il savait qu'il était loin d'être le premier choix, mais… on pouvait toujours espérer. Ne serait-ce que pour avoir la conscience tranquille.


Le message arriva sur le téléphone de Kaito, mais il n'y tint pas attention. Il était plus occupé à vérifier l'état de Jii, dans la chambre d'hôtel que le vieil homme avait loué. Akako était assise à côté de lui, en train de passer un coup de chiffon sur son balai volant tout en lui faisant un compte rendu le plus détaillé possible de tout ce qui s'était passé pendant qu'il était sous l'influence du Papillon. Inutile de le dire, il n'était pas content du tout. Sa seule consolation était que Snake et Spider avaient été arrêtés, mais… est-ce qu'ils resteraient longtemps sous les barreaux ? Ça restait à déterminer. Et même ça ne pourrait pas effacer le fait que l'épisode « Poker Face » resterait un bon moment comme une tâche hideuse sur l'image de Kid.

Une fois assuré que Jii allait bien, il alla jeter une œil au Ladyblog. La vidéo dont Akako avait parlé était toujours là. Aucun doute, le Démon n'avait absolument rien à voir avec Kid. Est-ce que la Police se méfierait de lui, maintenant ? Ou serait-il traité comme une autre victime parmi d'autres, et oublieraient vite ? Qui savait.

« C'est tout ce que le public a à disposition ?
— Oui, répondit Akako. Tu as de la chance, les téléportations de ta forme de démon t'ont permis de fuir les caméras. Si le Chat tient sa langue, personne ne saura que ta plus grande faiblesses sont les poiss…
— SILENCE ! Ne prononce pas ce mot. Quel genre de folie t'a pris pour avoir une idée pareille, d'ailleurs ?
— Ah, je voulais juste perturber le pouvoir qui avait emprise sur toi. Le Papillon manipule les émotions, et avait exacerbé ta colère pour te contrôler. J'ai supposé que forcer une autre émotion à dominer ta colère affaiblirait son contrôle, et la peur était la plus facile à générer dans cette situation. C'était pour ton bien, Kaito-kun.

Le magicien grommela.

« Et sinon, autre chose à dire ou tu as fait le tour ?
— Ah, non. Il me reste une chose. »

La sorcière sortit un papier de sa poche et le tendit à Kaito, qui l'attrapa avec un air curieux, qui se transforma en surprise en voyant ce qu'il y avait écrit dessus.

« C'est bien ce à quoi je pense ?
— Tu penses que je me suis reposée sur mes lauriers pendant que Ladybug et Chat Noir se faisaient voler leurs Miraculous comme des débutants ? souffla Akako. Ça m'a pris un peu plus de temps que prévu, mais j'espère que ça suffira.
— Tu plaisantes ? C'est tout ce dont j'avais besoin. Merci beaucoup.
— Tu me remercieras avec ce rendez-vous que tu me dois toujours. »

Kaito grogna pour la forme.

« D'accord, d'accord. Maintenant, si tu m'excuseras, il y a quelque chose que je dois faire… »


Marinette était assise sur un coussin dans le salon/lieu de travail de maître Fu, en train de boire un thé pendant que Tikki et Wayzz se partageaient des biscuits sur la table basse à côté, et que le Gardien des Miraculous examinait l'épée que la jeune héroïne avait ramené avec elle.

« Et bien… c'est véritablement un travail magnifique… si je pensais voir un jour un des trésors perdus de l'Ordre des Gardiens…
— Vous ne l'aviez jamais vu avant ? demanda Marinette.
— Oh, non. Cette épée avait été perdu bien avant ma naissance. Au moins, pour ça, je ne suis pas responsable, fit-il avec un rire gêné. Mais elle figure dans le Livre. Je pense que je pourrais aller voir… »

Il fit mine de se lever, mais Wayzz fut plus rapide et attrapa la tablette de son Choisi pour la poser sur ses genoux. Le vieil homme remercia le kwami de la protection d'un signe de tête avec d'aller chercher les pages scannées du Livre des Miraculous.

« Ah ! Voila. Elle est mentionnée ici. »

Il montra la page à Marinette, qui écarquilla les yeux avec surprise.

« Jeanne d'Arc ? C'était une porteuse de Miraculous elle aussi ?
— Oui ! fit Tikki. C'était même ma première porteuse française. Enfin, j'en avais eu une qui était gauloise encore avant, mais ça commence à remonter un peu loin… enfin bref. Comme je l'ai dit plus tôt, c'est un artefact très dangereux, et on ne peut pas le laisser à la portée de tout le monde. Maître Fu, serait-ce possible de la cacher dans la Miracle Box ? »

Marinette cligna des yeux.

« On peut faire ça ?
— On finirait pas s'ennuyer, tu sais, si on ne pouvait pas emmener de quoi s'occuper à l'intérieur…
— Ah, oui. C'est logique. »

Tikki alla voleter autour de l'épée pour aller récupérer les boucles d'oreilles qui étaient toujours attachées dessus, avant de les rendre à sa porteuse. Marinette les prit et les remit avec empressement sur ses oreilles : elle se sentit soudain bien plus détendue, de sentir le contact familier des Miraculous.
Elle regarda maître Fu ouvrir la cachette de la Miracle Box. Tikki disparut rapidement à l'intérieur en traînant l'épée derrière elle, pour en ressortir les mains vides quelques minutes plus tard.

« C'est tout bon ! L'épée est en sécurité maintenant.
— Il ne reste plus qu'à justifier sa disparition à monsieur le maire… fit Marinette qui ne sentait vraiment pas la discussion.
— On peut simplement dire la vérité.
— Bien sûr… je suis sûre qu'il va beaucoup apprécier.
— Tu préfères laisser l'épée à disposition du prochain Akuma que créera le Papillon ?
— Heu… non. Pas vraiment. On n'est pas passé loin de la catastrophe, ce soir. D'ailleurs, il doit être dégoûté d'avoir été si près du but… »


« Dégoûté » n'était peut-être pas tout à fait le mot adéquat pour décrire l'état actuel du Papillon. Mais c'était quant même assez proche. Un mot un peu plus soutenu, comme « écœuré », pouvait faire l'affaire.
En soupirant, le vilain se détransforma pour laisser la place à Gabriel Agreste. Nooroo, son kwami, sortit de la broche qui était attachée à son cou et voleta en silence à côté du lui.

« Si près du but… il avait les deux Miraculous sur lui. Les deux. Si je l'avais fait venir ici directement au lieu de le laisser vagabonder, ils seraient à moi à l'heure qu'il est ! »

Nooroo ne répondit pas : pour sa part, il était soulagé que l'Akuma aient été arrêté à temps, et ce n'était pas vraiment le genre de chose qu'il pouvait dire à l'humain qui utilisait son pouvoir.

Gabriel se détourna vers l'entrée secrète de sa cachette, et suivit le trajet familier jusqu'à retourner dans son bureau, où son ordinateur était toujours allumé d'avoir suivi le cambriolage de Kid à distance quelques heures plus tôt. Il rabattit l'écran et s'affala sur son siège. Il avait besoin d'un verre de quelque chose pour faire passer cette défaite. Rien de trop fort, il avait une apparition officielle dans la matinée. Par vidéo, mais quand même. Sauf qu'il n'avait pas envie de se lever.

« Nooroo, tu peux aller me chercher une bouteille dans le placard ? »

Il moment de silence, puis une bouteille apparut dans son champ de vision. Il voulut l'attraper, mais au dernier moment, elle s'éloigna de lui. C'est alors qu'il se rendit compte que la bouteille n'était non pas tenue par le petit kwami mauve, mais par une main gantée de blanc.
Il se tourna d'un seul coup.

« KID ? »

Le voleur eut un sourire en coin et fit un léger signe de main.

« Papillon. »

Fantastique. Il n'y avait que ça pour que sa journée sombre encore plus bas.

« Que voulez-vous dire ? Et comment êtes-vous entré chez moi ?
— Par la fenêtre. Et nous savons tous les deux de quoi je parle, Monsieur Agreste.
— … j'espère vraiment que vous n'êtes pas en train de m'accuser d'être un criminel juste à cause de mon nom.
— Non, j'ai juste de très bons informateurs. Mais même sans ça… c'est bien connu, la meilleure cachette est celle qui est juste sous son nez, je suis bien placé pour le savoir. Mais ce n'est pas le sujet actuel. Vous pensiez vraiment pouvoir vous jouer de moi sans conséquences ? »

Gabriel resta silencieux un moment. La situation était critique. Un criminel de renommée internationale connaissait son identité. Et il s'était détransformé, donc il ne pouvait plus compter sur Nooroo pour le moment pour pouvoir se battre.

« Vous avez dû vous tromper d'endroit. Pensez-vous vraiment que j'ai le temps de jouer au super-méchant avec mon travail ?
— Oh, je pense justement que vous avez largement le temps de vous terrer dans votre cachette au beau milieu de la journée. Et il est inutile de nier : vous avez un Miraculous, vous devez vous douter que ce n'est pas la seule source de magie disponible dans ce monde…
— La sorcière… grommela Gabriel.
— Exactement ! Elle a traqué l'énergie de votre Miraculous jusqu'à cette maison. Et je doute que le Papillon soit votre fils ou votre gouvernante, à en juger par la divinité qui vous suit. »

Gabriel jeta un œil à Nooroo, qui essayait brusquement de se faire petit derrière lui, et pourtant n'avait fait aucun effort pour se cacher plus tôt. Le traître.

« Donc elle n'utilise pas de Miraculous, comme je le pensait… si je pouvais mettre la main sur un pouvoir pareil…
— Ne comptez même pas là-dessus, l'interrompit Kid. Vous n'êtes pas taillé pour le job. Et ne pensez pas qu'un pouvoir pareil n'a aucune conséquence… d'ailleurs, en parlant de ça. »

Il s'assit sur le bureau et croisa les bras.

« Je suis curieux de savoir pourquoi un styliste aussi renommé que vous irait prendre le risque de perdre sa réputation en jouant au super-vilain… vous pourriez élaborer ?
— Pourquoi je ferais ça ?
— Oh, et bien… »

Kid sortit son pistolet à cartes de sa veste et le fit tourner autour de son doigt.

« … disons que ça me permettra de déterminer dans quel état je vais vous laisser. »

Comme si ça allait l'impressionner. Kid était peut-être un criminel, mais il n'était pas un meurtrier. Même sous son emprise, il n'avait pris la vie de personne.

« Si cela ne vous dérange pas, j'aimerais garder cela pour moi.
— Et si cela ne vous dérange pas, j'aimerais insister. »

Les deux se fixèrent en silence pendant un moment, jusqu'à ce qu'une petite voix s'élève à côté d'eux.

« On dit que quand on réunit les Miraculous de la Création et de la Destruction, on peut obtenir le pouvoir absolu.
— Nooroo ! »

Kid se tourna vers le petit Kwami qui fixait nerveusement son maître.

« Le pouvoir absolu, vraiment ? »

Gabriel soupira avant de couper son Kwami qui s'apprêtait à continuer.

« Je suis sûr que vous avez vos raisons pour être de ce côté-ci de la loi. Moi, j'ai les miennes. Fin de l'histoire.
— Il m'est difficile de laisser la situation ainsi sachant tout le mal que vous faites aux gens à cause de ces « raisons », objecta le cambrioleur. Qu'est-ce qui vaut assez pour manipuler ses pairs de cette manière ? Pas l'argent, vous en avez largement assez… pas la renommée non plus… la folie des grandeurs ? Hum…
— Ma femme. »

Il n'avait pas le choix, donc. Bien triste, qu'il ait ciblé une des seules personnes qui pouvaient retrouver sa trace… le seul moyen de s'en tirer, à présent, c'était d'être assez honnête pour convaincre Kid de ne pas le dénoncer.

« Comment ça ?
— J'ai… perdu mon épouse, Émilie, il y a quelques temps. La médecine moderne ne peut plus rien faire pour elle… seuls les pouvoirs conjoints de la coccinelle et du chat noir pourraient la sauver…
— Vous vous êtes dit que vous pourriez jouer à l'apprenti sorcier pour essayer de la récupérer, c'est ça ?
— Je sais que je peux la ramener. Peu importe les risques que ça encourt.
— Quels risques, exactement ?
— Peu importe, je suis près à les surmonter ! »

Kid se tourna un peu pour faire face au Kwami papillon.

« Quels risques ?
— … combiner les deux Miraculous permet d'exaucer un vœu, mais en échange ce vœu aura un contrecoup équivalent.
— Donc… si on ressuscite une personne, une autre mourra en échange ?
— Oui. »

Kid hocha la tête.

« Je vois.
— Vous voyez ?
— Oui, je vois que vous n'êtes qu'un égoïste qui se fiche des dommages collatéraux pour atteindre son objectif.
— Je vous demande pardon ? »

Kid tapota le rebord de son chapeau. Contrairement à son habitude, il ne souriait pas ; il le dévisageait à la place d'un air glacial qui ne collait pas du tout à son personnage.

« Une personne qui est prête à terroriser une ville entière pendant des mois ne mérite pas de récupérer ce qu'il a perdu. Une personne prête à sacrifier une personne pour en récupérer une autre ne le mérite pas non plus.
— De quel droit vous permettez-vous de dire une chose pareille ? Vous n'avez aucune idée de ce que c'est de perdre un…
— Si. Je sais très bien ce que ça fait, si vous voulez savoir.

Gabriel s'interrompit, pris au dépourvu.

« J'ai vu la personne la personne qui m'était la plus chère au monde partir dans les flammes. Et je ne pense pas pouvoir jamais en faire le deuil. Croyez-moi, je sais ce que ça fait. »

Kid le fixa dans les yeux.

« Je sais aussi que si jamais je ramenais cette personne à la vie en prenant de tels risques, elle ne me le pardonnerait jamais. Et si votre femme était une once meilleure que vous, elle ne vous le pardonnerait pas non plus. »

Les deux hommes se regardèrent en silence pendant un moment. Puis Gabriel soupira.

« Je sais qu'elle m'en voudra probablement. Je sais que je pourrais perdre quelqu'un en échange. Peut-être même moi. Il y a peu de chances que cette histoire se finisse bien, mais… »

Il redressa la tête.

« Si je ne fais rien, la fin sera forcément mauvaise. Vivre sans elle… c'est juste impossible. Chaque fois que je vois… un endroit où elle était et où elle n'est plus… c'est un enfer à vivre, et même si je devais tout perdre… je ne peux pas laisser passer ce qui pourrais être mon unique chance de la retrouver… »

Kid s'approcha de lui.

« Personne ne peut perdre un être cher sans souffrance, c'est le lot de tous ceux qui restent derrière. Votre femme n'est peut-être plus là physiquement, mais ça ne veut pas dire qu'elle vous a laissé seul. Elle vous a laissé vos souvenirs ensemble, vos sentiments l'un pour l'autre, votre fils qui souffre tout autant que vous en ce moment… si vous vous perdez dans le passé qui n'existe plus, vous perdrez tout ce qu'il vous reste sans même vous en rendre compte.
— Vous avez l'air de parler d'expérience. »

Le voleur resta silencieux un instant.

« Parce que c'est le cas. Il y a eu un moment où ma vie ne se résumait plus qu'à être Kid. J'y mettais tout mon temps et toute mon énergie, quitte à mettre en péril qui j'étais en dessous. J'ai failli y rester plusieurs fois. Mais vous savez ce qui m'a aidé à remonter ? Les personnes qui étaient suffisamment têtues pour vouloir m'aider. Elles ne savent pas forcément tout ce qu'il m'est arrivé, mais elles ont essayé quand même. Ça n'a pas été facile, mais je pense qu'elles ont plutôt bien réussi. »

Un sourire triste remplaça son ancienne expression.

« Je sais que ce sera dur, mais… il vous reste des personnes qui tiennent à vous. Votre fils et votre assistante, par exemple. Ça prendra du temps pour que la blessure cicatrise, elle ne disparaîtra peut-être pas, mais vous apprendrez à faire avec. C'est ce qui nous rend humains, après tout. Et même si elle n'est plus à vos côtés, elle est quand même avec vous… »

Il avança une main vers Gabriel et tapota légèrement sa poitrine.

« Juste ici. »

Kid se redressa une dernière fois, avant de réajuster son chapeau et se diriger vers une fenêtre.

« J'ai fini tout ce que j'avais à faire ici. Je vais vous laisser méditer notre conversation.
— C'est tout ? Vous n'essayez pas de vous venger ?
— Oh, pas la peine. Je pense que vous êtes suffisamment puni comme ça. »

Sur ce, il disparut dans un parfait silence, aussi rapidement qu'il était venu, laissant Gabriel seul dans son bureau.

Il resta un moment silencieux, puis contempla la bouteille qu'il n'avait pas encore touché. Finalement, il se leva en soupirant pour aller la remettre en place.

Il se rendit alors compte d'un problème. Il ne sentait pas à ses côtés le mouvement poudreux des ailes de son kwami.

« Nooroo ? »

Le silence lui répondit. D'instinct, il porta sa main à son cou, où était d'ordinaire fixée sa broche, cachée par sa cravate.

Il n'y avait plus rien.